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élevant ses propres actions au-dessus de relies du roi. Alexandre le reprit aigrement de eette insolence : Clitus, irrité , lui reprocha son ingratitude, rappelant imprudemment les services et le sort de Philotas et de Parménion. Le roi , qui pouvait à peine se contenir , lui ordonna de sortir de table , et l'appela traître et lâche. Alors Clitus, perdant toute mesure , et Ce sont cependant , lui dit-il, ces » hommes que vous appelez lâches qui vous ont )) fait remporter toutes vos victoires; c'est cette )) main même que vous insultez qui a sauvé vos )) jours sur les bords du Granique lorsque vous » présentiez le dos au fer de Spitridate : mais vous » n'êtes pas fait pour entendre la vérité; vous ne )) devez vivre qu'avec les barbares qui vous ado- » rent , et qui se prosternent devant votre robe » persane. »
En vain à ces mots les courtisans voulurent s'opposer à la fureur d'Alexandre; il saisit une javeline, et la plongea dans le corps de Clitus en s'écriant : « Va trouver maintenant Attale , Phi- )) lippe et Parménion ! )) Remords Le crime commis dissipa tout à coup l'ivresse :
[lu roi pour t
c; meurtre, le roi, voyant Clitus mort , fut saisi d horreur ; il se jeta sur son corps, et voulut se percer de la javeline qui l'avait tué. Ses amis l'emportèrent dans son palais ; il y resta deux jours couché sur la
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terre , faisant retentir l'air de ses cris , de ses sanglots, et décidé à se laisser mourir de faim.
Le devin Aristandrc lui rappela les oracles des dieux et les hautes destinées qu'il devait accomplir. Cnllisthène, parent d'Aristote, s'efforça d'opposer à un désespoir inutile les principes de la sagesse. Le philosophe Anaxarque employa pour le consoler une odieuse et basse flatterie en lui disant qu'un roi était la loi vivante de son peuple et le maître absolu des jours de ses sujets. Enfin les Macédoniens , trop touchés peut-être de son repentir , se rendirent complices de ce meurtre en déclarant par un décret que Clilus avait mérité son châtiment.
L'ambition , plus puissante que la flatterie sur Conquête l'âme d'Alexandre, pouvait seule le distraire de son juste chagrin; et, pour fuir ses remords, il ne s'occupa qu'à étendre sa gloire ternie : il résolut donc la conquête de l'Inde.
Son armée, en partant pour cette expédition , quitta la simplicité grecque pour étaler le luxe oriental : les boucliers des soldats étaient garnis de lames d'argent; l'or brillait sur leurs cuirasses et sur les brides des coursiers.
Peu satisfait d'être adoré par les barbares , Alexandre voulut engager les Grecs à lui rendre les honneurs divins ; mais le philosophe Callisthène
4;o conquêtes
>sa avec fermeté ses insinuations , refusa d'ir les Perses , soutint que , s'ils adoraient des ciels , les vainqueurs ne devaient pas se soumettre aux lois des vaincus , et qu'on devait suivre l'antique usage de la Grèce qui n'avait décerné les honneurs divins à Hercule et à Bacclius qu'après leur mort.
Le noble courage de Callisthène ne tarda pas à être puni; on l'enveloppa dans une conspiration formée contre Alexandre, qui ordonna sa mort.
Dès que le roi entra dans les Indes, les petits
princes de cette contrée se rangèrent sous ses lois :
cependant quelques villes lui résistèrent ; au siège
de Mazague, atteint d'une flèche, il avoua que la
douleur lui faisait sentir qu'il n'était pas un dieu.
Taxile, un des plus grands rois du pays, acheta
l'amitié d'Alexandre aux dépens de l'honneur de
son trône, et lui soumit ses étals et son armée.
Bataille Porus , plus courageux , défendit son indépen-
y aspe. ^aace ^ el se présenta avec de nombreuses troupes
sur les bords de FHydaspe pour combattre le
conquérant de l'Asie.
Alexandre employa d'abord la ruse afin de triompher de cet ennemi : il fît revêtir de son armure Cratère , un de ses officiers ; ce faux Alexandre, suivi d'un grand cortège et de quelques troupes, fixait l'attention de Porus sur un point du
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fleuve, tandis que le roi, à la tête de sa cavalerie, le traversait dans un autre endroit. Une affreuse tempête rendit ce passage très-périlleux, et ce fut alors qu'Alexandre , au moment d'être englouti par les flots, ou jeté au milieu des ennemis, s'écria : (( Athéniens , pourriez-vous croire que je » m'expose à tant de dangers pour mériter vos )) éloges? ))
Les Grecs vainquirent l'orage et le fleuve; leur armée , déployée dans la plaine , attaqua vivement les Indiens. Ceux-ci opposèrent vainement leur foule intrépide, mais sans ordre, à la tactique savante et à la discipline des Macédoniens ; les éléphans , qui faisaient leur principale force , blessés parles traits des Grecs, retournaient avec furie dans les rangs des barbares qu'ils écrasaient sous leurs pieds.
Après un affreux carnage la déroute devint pruonmei. complète. Porus combattit le dernier. Le sort trompa son courage : il voulait mourir ; il fut blesse et pris, a Comment veux -tu, lui dit Alexandre , » que je te traite ? — En roi ! )) répliqua le fier Indien. Cette noble réponse lui valut la restitution de ses Etats et l'amitié d'Alexandre.
Après ce triomphe le héros macédonien satisfit sa curiosité en s'instruisant des lois de ces peuples et de la religion des brachmanes.
Us ne mangeaient point de chair, ne buvaient que de l'eau, priaient jour et nuit, croyaient à la création et à la fin du monde, à l'immortalité do l'âme ei à la métempsycose. L'un d'eux, Calanus, s'attacha à sa fortune, et le suivit.
lUvoiicet Le monde ne suffisait point aux désirs d'Alexan-
rrtraite de
l'armée d' a- gfe • mais le terme de la patience des Grecs et des
lexandrc. * l
Macédoniens était arrivé; ils refusèrentdelesuivre plus loin : toutavaitcédéà son courage ; son armée seule l'arrêta. En vain il employa tour à tour les prières et les menaces ; la révolte devint générale, et d'autant plus difficile à vaincre, qu'on lui opposait, non des armes, mais des larmes.
Tous étaient décidés à résister ; aucun n'osait élever la voix : enfin un vieux guerrier prit la parole avec une noble hardiesse, et fit un tableau si pathétique des travaux et des fatigues de ses braves compagnons , qui montraient en soupirant leurs nombreuses cicatrices , qu'Alexandre , vaincu . obéit au vœu général, et ordonna la retraite. Témérité U descendit l'Hydaspe, et soutint encore beaudre. coup de combats avant d'arriver sur le bord clé là
mer. Aussi impétueux que dans sa première jeunesse , il franchit seul les remparts de la ville de* Oxidraques : adossé à un arbre, et combattant seul une fotde d'ennemis, il tomba percé d'un coup de lance , et allait périr victime de sa téiué-
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rite ', lorsque ses soldats, furieux , enfoncèrent les portes de la ville , et l'arrachèrent à ce péril imminent.
Néarque, d'après ses ordres , ramena la flotte en Perse. Pour lui , à la tête de son armée , il revint dans la Babylonie par la Gédrosie et la Carmanie. La fatigue et l'intempérie du climat détruisirent les trois quarts de ses troupes.
De retour dans son empire , il imita dans sa marche le triomphe de Bacchns. On avait placé sur des chars des tentes ornées de guirlandes et de fleurs : il y passait les jours et les nuits en festins. Des arbres, ployés en berceaux , ombrageaient sa route, couverte de tapis et de branchages. Des tonneaux de vin défoncés étaient placés devant toutes les portes des maisons. Un grand nombre de bacchantes , les cheveux épars, accompagnaient la marche ; l'air retentissait de leurs cris et du son des instrumens.
Pendant l'absence du roi les gouverneurs des provinces avaient commis de grands excès : il prouva sa justice et satisfit le peuple en les punissant. Mais d'un autre côté, livré aux conseils de l'eunuque Bagoas , il fit périr sans jugement le satrape de Posagarde, accusé faussement d'avoir pillé le tombeau de Cyrus. L'Indien Calanus, las de la vie, se brûla dans cette ville : on prélendit qu'il
fille Je Da
avait annoncé la mort prochaine du roi, qui pour célébrer ses funérailles donna un grand festin , où quarante convives moururent de leurs excès. Mariage Ce fut dans ce temps qu'Alexandre épousa
d'Alexan- I T. r
,a Statira, fille de Darius : il avait précédemment pris pour femme Barsine, veuve de Memnon, et Roxane , fille d'un satrape. Comme il voulait consolider l'union et la tranquillité des divers peuples soumis à son obéissance , il fit épouser à ses officiers les filles des meilleures familles de Perse.
Il passa en revue trente mille jeunes Persans , armés, disciplinés comme les Macédoniens, et qu'il destinait à remplacer ses vieux soldats. Après avoir rétabli l'ordre dans les provinces il reprit la route de Babylone.
Harpalus, chargé de ce gouvernement, et qui s'était enrichi par ses exactions , craignait un juste châtiment ; il se sauva à Athènes avec cinq mille talens. Anlipater exigeait qu'on le lui livrât . Harpalus offrit, à Phocion cinq cents talens pour obtenir son appui : il fut refusé avec dédain.
Plusieurs historiens prétendentqueDémosthène, qui devait parler contre lui , se laissa séduire par l'offre d'une coupe magnifique et de vingt talens. Un mal de gorge violent lui servit, dit-on , de prétexte pour ne pas monter à la tribune. L'un de ses rivaux le railla sur cet accident soudain , et se
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servit d'un jeu de mots signifiant qne la coupe et non l'esquinancie l'empêchait de parler. Démosthène, disent ces historiens, craignant le courroux du peuple, s'exila à Trézène. Pausanias révoque ce fait en doute. La noble résistance de cet orateur contre la puissance de Philippe et d'Alexandre réfute encore mieux cette fable.
Alexandre voulut envoyer les Macédoniens dans leur patrie : cette faveur leur parut une injure ; ils se révoltèrent ; et le roi eut besoin de toute sa fermeté et de quelques actes de rigueur pour étouffer la sédition.
Antipater donnait de l'ombrage au roi ; il le rappela de Macédoine, et lui préparait peut-être le sort de Parménion : jamais pourtant il n'aurait dû lui paraître plus nécessaire de conserver ses anciens amis. Le plus cher de tous, Ephestion , mou- Mort et
-, , -p, , Tiil* funérailles
rut dans ce temps a Lcbatane. La douleur du roi d'Éphestion
ami d'A-
fut excessive connue toutes ses passions , et , lors- lexandrc. qu'il revint dans sa capitale, il ordonna des jeux en son honneur , et lui fit faire des funérailles qui surpassèrent en magnificence celles des plus grands monarques- Son catafalque avait cent quatre-vingtquinze pieds de haut; la dépense s'éleva à trentesix millions ; et , non content d'immortaliser son ami, il lui éleva des temples, et voulut le faire adorer comme un dieu.
Kabylone.
476 CONQUÈTfeS
Tcx^dre Aî A.UX portes de Babylone, il fut arrêté par tes prédictions des Chaldéens , qui lui annonçaient que cette ville serait son tombeau. Les âmes les plus fortes ne sont pas toujours à l'abri des faiblesses de la superstition ; et c'était un étrange spectacle que de voir le conquérant du monde, troublé par des terreurs , effrayé par des oracles , errer incertain autour de Babylone , et craignant de s'exposer à la mort qu'il avait tant de fois bravée.
Enfin le désir de jouir des hommages qui l'attendaient dans cette capitale l'emporta sur la crainte. Arrivé dans son palais , il y reçut des ambassadeurs de presque tous les peuples de l'Europe et de l'Asie. Les députés de Corinthe lui offrirent , au nom de cette ville , le droit de bourgeoisie. Cette offre le fit d'abord sourire ; mais comme il apprit qu'Hercule seul avait obtenu ce privilège avant lui , il l'accepta avec joie.
Après s'être quelque temps occupé de l'exécution de ses plans pour l'embellissement de Babvlone , il fit des préparatifs pour de nouvelles conquêtes. Ses mémoires , trouvés après sa mort, [trouvent qu'il voulait porter ses armes en Italie , en Sicile, dans les murs de Cartilage , et jusqu'aux Colonnes d'Hercule.
Le succès de Néarquc et le souvenir des décou-
D ALEXANDRE-LF.-GRA\D.
«ertçs des Phéniciens lui avaient même, dil-on , inspiré le désir de faire , avec sa flotte , le tour de l'Afrique ; mais le sort arrêta tout à coup ses projets en terminant ses jours.
Au milieu d'un grand festin , après avoir vidé Sa mort, plusieurs fois la coupe d'Hercule, qui tenait plusieurs pintes , il perdit connaissance , et fut attaqué par une fièvre dont la violence résista à tout l'art des médecins. Réduit en peu de jours à l'extrémité , il donna son anneau à Perdiccas , et fit défiler devant son lit tous ses vieux soldats.
Leurs gémissemens furent la plus éloquente oraison funèbre. On lui demandait à qui il laissait l'empire : a Au plus digne , répondit-il , et je » prévois que vos discordes honoreront ma mé- » moire par d'étranges jeux funèbres. — Quand » voulez-vous, lui dirent ses généraux, qu'on » vous rende les honneurs divins ? — Lorsque » vous serez heureux. » Après avoir prononcé ces derniers mois il mourut, l'an du monde 3683, la première année de la n4- olympiade.
Plusieurs historiens assurent qu'Antipater , rappelé par Alexandre , et craignant sa rigueur , le fit empoisonner par Cassandre et par Iolas, ses fils. D'autres soutiennent que sa mort fut le fruit naturel de ses excès : pour appuyer leur opinion, ils rapportent que, malgré la chaleur du climat,
478 CONQUÊTES d'aLFXANDRE-LE-GRAND.
son corps resta plusieurs jours opposé sans se corrompre.
Les Macédoi iens eut son génie , les
Perses sa douceur. Tous frémirent des troubles que devait exciter le p . • -a succession. Si-
sygambis , plus aiïïigée de si mort qu'elle ne l'avait été de celle de Darius, refusa toute consolation , et se laissa mourir de faim.
Nul homme ne répandit plusd'éclat sur la terre. Son nom célèbre a traversé les siècles. Sa magnanimité, la force de son courage, l'étendue de son esprit et son extrême audace excitent encore l'admiration. En vain Tite-Live , qui ne voulait pas qu'un Grec eût acquis plus de gloire que les Romains, attribue la plupart de ses succès à la faiblesse et aux fautes de ses ennemis ; on ne peut refuser à Alexandre les plus grands talens et une habileté égale à son ambition. L'excès fut le défaut de ses grandes qualités.
Alexandre offre au jugement de l'histoire deux hommes ditférens et presque opposés. Avant la prise de Babylone ^ elle peut louer un prince prudent, libéral et tempérant, philosophe, clément, protecteur de l'indépendance des Grecs , et vengeur de leur gloire ; mais lorsque , enivré par la fortune , assis sur le trône de Xerxès , il se fut revêtu de la robe des Perses , de l'orgueil des sa-
TABLEAU DE LA GRÈCE, ClC.
trapes et des vices des courtisanes , elle ne nous montre plus qu'un roi ingrat , qu'un despote sanguinaire , qu'un homme faible et superstitieux, et qu'un insensé dont la ruine du monde n'aurait pu satisfaire la folle ambition.
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