‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 5)Chapitre 63 sur 77 · PENDANT LE TROISIÈME ACE · texte numérisé non relu

PENDANT LE TROISIÈME ACE

Aristophane, le plus célèbre, le plus mor- Ami»

phare.

riant et le plus licencieux des poètes comiques , vivait à Athènes dans le beau siècle de Périclès. Il fit oublier ses prédécesseurs , Magnes , Cratinus, Cratès, Eupolis. Il tempéra le fiel de Cratinus par la grâce d'Eupolis : traitant dans ses allégories les intérêts les plus importans de la république , il attaquait dans ses satires les intrigues du sénat, la corruption des magistrats, la jalousie des généraux, l'orgueil des philosophes et la versatilité du peuple.

Quelquefois on voulut réprimer la licence du théâtre , mais la passion populaire l'emporta souvent sur l'autorité. Les poètes comiques furent enfin ramenés à la bienséance par l'exemple d'Anaxandride , condamné à mourir de faim pour avoir parodié insolemment des vers d'Euripide. Le poète tragique avait dit : « La nature donne )) ses ordres, et s'inquiète peu des lois qui la con- » trarient. » Anaxandride appliqua au peuple d'Athènes ce qu'Euripide disait de la nature.

Anaxagore, disciple de Thaïes, enseigna le Ana«Sore. premier la philosophie aux Athéniens : il distingua l'esprit de la matière . et reconnut positivement une intelligence suprême qui organise , anime et conserve tout. Tl fut exilé comme impie pour

avoir dit que la lune n'était pas une divinité, mais une terre semblable à la nôtre.

r.mpc- Empédocle, d'Agrigente, orna les matières les

docle.

plus abstraites du charme de la poésie. Sa patrie lui offrait la couronne ; il lui préféra la liberté, et il établit l'égalité parmi ses concitoyens. 11 disait aux Agrigentins : a Vous courez après les plaisirs y) comme si vous deviez mourir demain ; et vous » bâtissez vos palais comme si vous ne deviez J) jamais mourir. »

Son talent le rapprochait d'Homère. Il illustra sa pairie par ses lois , et la philosophie par ses écrits. Son poème de la Nature fut son plus bel ouvrage : il y dit que Dieu, intelligence suprême, source devérité, ne peut être conçu que par l'esprit.

Hérodote. Hérodote, d'Halicarnasse , regardé comme le père de l'histoire , en fît le premier une générale. Les temps barbares qu'il décrivit présentaient d'affreux tableaux : partout il avait à peindre le crime triomphant , la vertu persécutée, la liberté opprimée , et la terre inondée de sang par la tyrannie ; il adoucit l'horreur de ces peintures par les charmes de son style ; et son ouvrage, couronné aux jeux olympiques , occupa presque le même rang que l'Iliade parmi les chefs-d'œuvre de l'esprit humain.

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Les troubles de sa patrie et les discordes des Grecs le forcèrent à finir ses jours en Italie.

Thucydide , plus jeune de treize ans qu'Héro- nmqraa*. dote , commanda les armées athéniennes avec gloire , et lutta contre la puissance de Périclès ; mais , n'ayant pu prévenir la surprise d'Amphipolis , dont s'emparèrent les Lacédémoniens sous les ordres de Brasidas, il fut banni. Nous devons à cet exil de vingt ans l'histoire de la guerre du Péloponèse.

La sagesse , l'austère gravité de l'auteur et son amour pour la vérité se montrent dans cet ouvrage. Thucydide aimait mieux instruire que plaire : on ne trouve point dans son histoire les images et les grâces de celle d'Hérodote ; mais aussi jamais la vérité ne s'y montre altérée par des fables.

Son style concis est quelquefois trop dur ; mais, cexjui est digne de remarque, c'est que dans son livre il ne dit qu'un mot de son exil , sans se défendre et sans se plaindre.

Ctésias , de Gnide , autre historien célèbre, fut ctésia*. le médecin d'Artaxerce. D raconta les événemens dont il avait été témoin , et ce qu'il avait lu dans les archives de Suse. La clarté du style était son

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principal mérite. Aristote doutait de la vérité de ses récits.

xé.iophon. Xénophox , athénien , célèbre par la retraite des dix mille comme par ses écrits, se montra constamment aussi vertueux citoyen qu'habile général. 11 n'écrivit sur la politique qu'après avoir observé les gouvernemens , étudié les lois dirigé les affaires ; sur l'art militaire qu'après avoir commandé ; sur la morale qu'après avoir pratiqué les vertus qu'il enseignait.

Son but était de rendre les hommes meilleurs en les éclairant. Peu de temps avant la bataille de Manlinée il se retira à Corinthe, et revint ensuite finir ses jours à Scillonte.

piston. Platon , disciple de Socrate, voyagea en Egypte. Les prêtres lui firent connaître leur histoire, leur philosophie et leurs antiques lois. On croit qu'il avait connu aussi les livres de Moïse.

Son vaste génie embrassa toutes les partie**de la philosophie. Il croyait à l'existence d'un Dieu suprême , à l'éternité de l'âme , aux récompenses et aux punitions après la mort. Sa morale était remplie de vérité, sa métaphvsique d'imagination > sa législation de chimères sublimes.

Son esprit brillant, son style pur et vraiment attique , la sagesse de ses principes, l'élévation de

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ses senlimens et l'aménité de son caractère excitèrent l'admiration universelle, et lui firent donner le surnom de divin.

Il ne prit point part aux affaires publiques , et leur préféra les lettres. Plusieurs rois , et entre autres Denys , tyran de Syracuse , l'appelèrent près d'eux pour s'éclairer par ses lumières. Il donnait ses leçons à l'extrémité d'un faubourg d'Atbènes , dans le jardin d'Académus , d'où son école prit le nom d'académie.

Ses disciples formèrent deux sectes ; les académiciens qui continuèrent à enseigner dans son jardin; et les péripatéticiens qui donnèrent leurs Wons dans le Lycée.

Aristote , de Stagire en Macédoine , fut le Ar chef des péripatéticiens. A l'âge de dix-sept ans il étudia la philosophie à l'école de Platon. Retourné dans la Macédoine, il y jouit d'un grand crédit près du roi Philippe qui le chargea de l'éducation d'Alexandre. Après l'avoir achevée il revint ouvrir son école dans le Lycée d'Athènes.

Son génie était d'une vaste étendue : il perfectionna la dialectique ; son immense érudition est prouvée par ses nombreux ouvrages qui embrassent toutes les scieaces. Sa philosophie, traversant les siècles ,. et survivant aux ruines d'Athènes et de Piome , fut long-temps la seule doctrine reçue

dans les écoles modernes. Ses préceptes étaient regardés comme des oracles , et on s'exposait à être traité comme hérétique en combattant ses erreurs sur la physique, que tant de découvertes nouvelles ont fait reconnaître.

Aristote avait acquis trop de gloire pour échapper à l'envie : on l'accusa d'impiété ; il fat cité en justice par Eurymédon ; et, craignant le sort de Socrale , il se retira dans l'île d'Eubée , où il finit ses jours.

L'indignation que lui causa la mort de Callisthène , et son amitié pour Antipater , le firent soupçonner de complicité avec les meurtriers d'Alexandre; mais les plus graves historiens révoquent en doute l'empoisonnement de ce prince , et traitent de calomnie l'imputation faite à son instituteur.

xénocratc. Xénocrate, l'un des successeurs de Platon , professait les mêmes principes que son maître , mais avec trop d'austérité dans sa doctrine et de sécheresse dans son style. Platon l'exhortait souvent à sacrifier aux grâces. Philippe et Alexandre voulurent gagner ce philosophe par leurs largesses ; mais ils le trouvèrent incorruptible. On avait une si haute idée de sa probité, qu'étant appelé en témoignage dans une affaire , les juges le dispensèrent du serment, et se contentèrent de

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sa parole. Il aimait la retraite , et se montrait peu en public. Dans un siècle corrompu sa vertu fit une telle impression qu elle arracha au vice quelques jeunes Athéniens.

Diogène, contemporain d'Alexandre, était de Diogène. la secte des cyniques , dont Antisthène , disciple de Socrate , fut le chef. Ces philosophes menaient une vie dure, n'avaient pour habit qu'un manteau, et portaient une besace, un bâton et une écuelle : Ils faisaient consister le bonheur dans l'indépendance, et celle-ci dans la pauvreté. Diogène outra leur système ; il méprisait non seulement les richesses, mais les lois, les bienséances et les usages de la société : ce mépris s'étendait surtout le genre humain. Ses railleries étaient mordantes, et son effronterie sans bornes. Il marchait nu-pieds et couchait dans un tonneau.

Lorsque Alexandre arriva à Corinthe, tous les philosophes vinrent lui présenter leurs hommages. Diogène s'en dispensa. Ce monarque alla le voir, et lui demanda ce qu'il désirait de lui. « Que tu » t'écartes, dit le cynique; ne me cache pas mon » soleil, y) Les courtisans se montraient irrités de Cette insolence ; le roi sourit et dit : « Si je n'étais » Alexandre je voudrais jhre Diogène. » Leurs vanités s'entendaient.

Ce cynique, plus fou que philosophe, persuadé

Zi-iion.

if) i TABLEAU DL LA GllLCL

qu'il était supérieur à l'humanité parce qu'il la dédaignait, se promenait en plein jour avec une lanterne. On lui demanda ce qu'il cherchait: ce Un » homme )) , répondit-il.

Comme il se vantait de fouler aux pieds les tapis et l'orgueil de Platon , celui-ci répliqua : a Oui , » tu foules mon orgueil avec plus d'orguil en- » core. »

On donnait à ces prétendus philosophes lé nom de cvniques , parce qu'ils aboyaient comme les chiens après tout le monde , et n'épargnaient personne.

ZENON , stoïcien , avait été d'abord disciple de Cratès le cynique ; mais , choqué de l'impudence de cette secte , dont il garda cependant toujours un peu la dureté , il s'attacha à l'école de Xénocraie.

Ses principaux disciples furent Cléanihe, Chrysippe et Possidonius. On les nomma stoïciens parce qu'Us donnaient leurs leçons sous des galeries ou portiques , en grec stoa. Ils méprisaient la volupté, bravaient la douleur, et ne faisaient consister le bonheur que dans la vertu : ils appelaient souverain bien la conformité avec 1 ordre , et mal ce qui lui était contraire. Leur doctrine , pure et sublime , entretint la vigueur et l'esprit public chez les peuples qui l'adoptèrent; mais elle

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était cependant trop austère et trop au-dessus de l'humanité.

Épicure donnait ses leçons à Athènes, dans un Épieure. jardin. 11 ne nous reste rien de ses nombreux ouvrages; mais sa grande renommée dure encore. Lucrèce et Cicéron nous ont fait connaître son système, développé dans les temps modernes par Gassendi. Opposé aux stoïciens, il faisait consister le mal dans la douleur, et le bonheur dans la volupté. 11 attribuait la formation du monde au hasard, et ne croyait pas que les dieux s'occupassent de la terre. Le souverain bien se trouvait selon lui dans le repos et dans l'absence des peines ; aussi fit-il de cette impassibilité l'attribut des dieux.

Sa conduite était austère et sa doctrine relâchée. Pour éviter les maux qui suivent les excès, et les peines qui dérivent des vices , on le vit toujours vertueux , tempérant et frugal.

On n'imita point ses vertus ; on abusa de son système ; et il est bon de remarquer que sa philosophie amollit les mœurs, et corrompit les peuples qui abandonnèrent la doctrine de Zenon pour suivre la sienne.

Pyrrho.x, citoyen d'Elide. Sa doctrine était Pvrrhen. celle du doiate ,• son ccofc fut appeîée sceptique.

Ce philosophe soutenait qu'il n'existait rien de certain, et qu'on devait 1 ou jouis suspendre son jugement. Les conséquences de ce système sont très-dangereuses, puisqu'il fait douter de la justice et de la vérité , de l'honnêteté et de l'infamie; et que, conformément à ses principes , la justice et l'injustice dépendent, non de l'ordre éternel établi par Dieu, mais de l'intérêt et des conventions des hommes. Ce système conduisait nécessairement à l'indifférence pour le bien et pour le mal, et à la destruction de tout esprit public ; car il ne peut exister de bons citoyens là où. l'on ne croit pas fermement à la vertu.

Aristippc. Aristippe, disciple de Socrate, fut accusé par les stoïciens et les académiciens d'être novateur, et de vouloir établir une alliance monstrueuse entre la vertu et la volupté. Faisant consister le bonheur dans une suite d'impressions douces, il rapportait tout à lui, et ne tenait à l'univers que par son intérêt : les devoirs ne lui paraissaient que des échanges; il enseignait à respecter les lois pour n'être pas inquiété , et faisait du bien pour en recevoir.

Selon sa doctrine on devait oublier le passé , ne point craindre l'avenir , et ne penser qu au présent.

Sa complaisante philosoplùe lui valut la faveur

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du tyran de Syracuse, qu'il flatta bassement," et, comme on lui reprochait de s'être mis aux genoux de Denys afin d'obtenir une grâce pour un de ses amis , il répondit : a Est-ce ma faute si cet homme » a les oreilles aux pieds ? »

Mé\ andre était un poète athénien qui, selon Menante. le jugement de Quintilien, effaça ses prédécesseurs , et se montra aussi comique qu'Aristophane, avec un goût plus fin et plus délicat.

Phidias. Cet artiste est immortel comme les phuus. monumens d'Athènes qu'il dirigea. Ses ouvrages avaient un si grand caractère que , selon la remarque de Quintilien, il réussit mieux à représenter les dieux que les hommes.

La statue de Minerve , haute de vingt-six coudées, fut son chef-d'œuvre. Il voulait la construire en marbre, et dit au peuple qu'en la faisant ainsi elle durerait plus , et coûterait moins. La vanité du peuple, choquée de celte économie, lui ordonna de se taire ; et on décida que la statue serait en or et en ivoire.

Son génie fut la victime de l'envie : on l'accusa de vol et d'impiété ; la puissance et l'amitié de Périclès ne le sauvèrent pas de la mort.

Méton , célèbre astronome , dix mois avant la Maou. guerre du Péloponèse avant observé le solstice

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