‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 5)Chapitre 69 sur 77 · TOME · texte numérisé non relu

TOME

taine dans les troupes achéennes, apercevant dans l'armée ennemie un mouvement dont on pouvait tirer avantage , n'attendit aucun ordre, entraîna par son exemple ceux qui l'entouraient , et marcha sur les Spartiates. Les Achéens et les Macédoniens le soutinrent, s'emparèrent des hauteurs, enveloppèrent Euclidas, et détruisirent toute sa troupe ; Défaiie de cet événement décida la victoire. Malgré tous les

Clccinènc.

efforts du roi de Sparte la phalange macédonienne , piques baissées, enfonça les Lacédémoniens. Il fallait les tuer pour les vaincre: six mille restèrent sur la place ; leurs auxiliaires périrent presque tous. Cléomène ne ramena à Sparte que deux cents hommes. Au moment où il vit son aile gauche enveloppée et son frère massacré il s'écria : « Mon cher Euclidas, tu es perdu ! mais au moins » tu meurs en Spartiate; ta mort sera donnée » pour exemple à nos enfans, et chantée par les y> dames de Lacédémone. »

Mort Antigone ressentit une joie si vive d'avoir vaincu

l'Autigone. -—./,*, -,

Lileomene et Sparte que , dans son transport en s'é criant : « O l'heureuse journée î )) il vomit le sang , et fut attaqué d'une fièvre lente qui le conduisit au tombeau. Ainsi les faveurs de la fortune sont souvent aussi funestes que ses rigueurs.

Dans ce grand désastre Sparte montra son antique fermeté, et parut au moment de sa ruine

digne de son ancienne gloire. On y déplora le malheur public, non les malheurs privés; les vieillards enviaient le sort des jeunes guerriers morts pour la patrie.

Cléomène ne put soutenir la vue de Lacédé- Fnite Je mone près de subir le joug du vainqueur ; ayant en ésjt"' perdu l'espoir de la secourir, il résolut de la venger, et s'embarqua avec sa famille pour l'Egypte , dont il espérait tirer de puissans secours.

Un vieillard lui reprocha sa fuite, et lui dit qu'un descendant d'Hercule devait plutôt mourir sous le glaive d'Antigone que d'aller ramper dans la cour d'un successeur d'Alexandre. Cléomène répondit : « Quand on cherche la mort il » faut qu'elle soit utile et louable ; mais mourir » pour fuir l'adversité c'est manquer de courage » et abandonner sa patrie. »

Anugone entra dans la ville de Sparte: satisfait TntTè de sa victoire et du départ de Cléomène , il ne dan* sp»tc commit aucun excès ,• mais s'il ne répandit point de sang, il porta un coup mortel à la république en abolissant les lois de Lycurgue. Il retourna ensuite en Macédoine , où il ne vécut que trois ans4, Cependant Cléomène , arrivé à Alexandrie , fut reçu par Ptolémée avec les égards que méritaient

* An du monde 37S2.

son rang , sa gloire et son malheur. Le roi d'Egypte arma des vaisseaux et leva des soldats qui devaient rendre à Sparteson héros et sa liberté ; malheureusement la mort empêcha Ptolémée d'effectuer ses promesses.

Le nouveau roi n'hérita point de ses grandes qualités : injuste , cruel , livré aux débauches, la vertu de Cléomène l'importunait ; de vils flatteurs rendirent suspect à ses yeux ce grand homme qui s'était attiré l'affection du peuple d'Alexandrie. Les tyrans croient coupables tous ceux qu'ils soupçonnent ; la crainte est inséparable de la cruauté. Cléomène est jeté en prison ; ses amis lui en ouvrent les portes. Le roi de Sparte outré de cette injure , parcourt , les armes à la main , les rues d'Alexandrie en appelant le peuple à la liberté. Quelques braves Lacédémoniens l'entourent ; la multitude les suit , les plaint , mais ne les défend point. Les satellites du roi s'avancent , et les intrépides Spartiates, se voyant abandonnés , s'entre-tuent tous pour éviter la honte du supplice. Mort ae Le roi d'Egypte ordonna sans pitié la mort de la Alexandrie, mère , de la femme, des en fans de Cléomène , et fit attacher le corps de cet illustre prince à une croix.

A peu près dans ce temps l'île de Rhodes , que n avaient pu conquérir les rois de Perse, d'Egypte,

m même ce fameux Démétrius, vainqueur de tant de villes , fut presque détruite par un affreux tremblement de terre : il déracina les arbres , dévasta les champs , fendit les rochers , fit écrouler les édifices , et renversa ce fameux colosse placé à l'entrée du port, et qu'on admirait comme une des sept merveilles du monde.

Le courage des Rhodiens les avait défendus de leurs ennemis ; leur sagesse leur donna partout des amis. Les rois de Sicile, d'Egypte , de Syrie et de Macédoine prodiguèrent leurs trésors pour relever cette république, et Rhodes, en peu de temps, par leur secours reprit son ancien éclat.

Un peuple bien différent , les Etoliens , aussi brave , mais plus remuant, plus ambitieux , surtout plus avide, et qui ne vivait que de brigandages, agitait alors la Grèce*. Profitant de la ruine de Sparte, de la retraite et de la maladie d'Antigone , ils ravagèrent le Péloponèse. Aratus, sur le bruit de leurs excès, rassembla les forces des Achéens, et marcha contre eux : le sort trompa son courage ; il fut battu à Caphies. Le Achéens , trop faibles pour résister à des ennemis dont les hommes sans aveu de tous les pays grossissaient journellement l'armée ,

* An du monde 3783.

implorèrent de nouveau le secours du roi de Macédoine.

Règne de Antigone venait de mourir ; Philippe son fils lui

Pliiln.po, ,, . T j • , ,

fila <i -Anti- succédait. La jeimesse de ce prince , les succès des soue- ' . ■

Etoliens , et 1 espérance qu on avait encore à Sparte

de voir revenir Cléomène avec des secours d'Egypte, ranimèrent l'amour de la liberté. La jeunesse lacédémonienne courait aux armes ; les vieillards la rappelaient à la gloire ; les femmes l'excitaient à la vengeance ; tout était en mouvement. Déjà un éphore du parti macédonien avait péri dans une émeute ; tout à coup on apprend la trahison du roi d'Egypte *, la mort de Cléomène , la destruction de sa famille et de ses amis. On reçoit en même temps la nouvelle de l'arrivée de Philippe à Corinthe, de son alliance avec les Achéens et de la marche de ses troupes contre les Etoliens- Sparte alors passa subitement de la joie à la douleur, de l'espoir à la consternation ; le poids de ses chaînes lui parut d'autant plus insupportable qu'elle s'était crue plus près de les rompre.

Depuis ce moment elle gémit sous le gouvernement de plusieurs tyrans que la peur du réveil de la liberté rendait sanguinaires et féroces. L un d'eux, Chylon , fit égorger les éphores , et bannit

* An du monde 3785.

ou tua tous les citoyens dont les vertus lui causaient quelque ombrage.

Philippe en montant sur le trône prouva promptement qu'il voulait imiter l'illustre père d'Alexandre dont il portait le nom. Ambitieux , actif et brave, il aurait peut-être acquis la même renommée si la fortune de Rome n'eut dominé la sienne.

Avant d'entrer dans le Péloponèse il fit alliance avec plusieurs princes d'Illyrie, entre autres Démétrius de Phare, que les Romains venaient de chasser de ses Etats. Les Acarnaniens et l'Epire embrassèrent le parti des Achéens et du roi de Macédoine.

Dorimaque, général des Etoliens, entra dans l'Epire, qu'il dévasta. Philippe , sans être arrêté par cette diversion, pénétra en Etolie, s'empara des principales villes, et pilla l'Elide. Le favori de ce prince, nommé A pelles, abusant de son crédit, commit d'affreux excès dans les villes alliées , et se conduisit avec les Achéens comme le tyran le plus absolu. Tout tremblait devant sa puissance, et personne n'osait l'accuser : Aratus seul dit la vérité au roi , et lui fit entendre les justes plaintes des Achéens. Philippe, éclairé, répara ses injustices* A pelles s'en vengea en courtisan' et, après avoir cherché vainement à se défaire d'Aratus,il intrigua

Mort d'Aratus.

568 GUERRE COIVTRE ATHÈNES

avec les ennemis du roi , et fit échouer plusieurs de ses opérations. Aratus, toujours les yeux ouverts sur lui, le démasqua enfin complètement, et Philippe, convaincu de ses crimes, ordonna sa mort.

Le roi de Macédoine , ayant battu ses ennemis et affermi son autorité en Laconie , conclut la paix avec les Etoliens par la médiation des républiques de Rhodes et de Byzance. Un plus vaste projet occupait alors son esprit ; les Carthaginois, commandés par Annibal , étaient entrés en Italie , et venaient de gagner la bataille de Thrasimène. Philippe crut la circonstance favorable pour attaquer les Romains , et pour fonder sa grandeur sur leur ruine.

Un premier revers, qu'il essuya près d'Apollonie , aigrit son caractère qu'altérait déjà l'orgueil de la puissance et le penchant à la débauche. Il se vengea sur ses alliés de l'échec que ses ennemis lui avaient fait éprouver , chargea les Achéens de contributions, et ravagea la Messénie. Aratus, que l'éclat du trône ne pouvait intimider, lui reprocha hautement ses injustices. Le roi, importuné par ce rigide censeur , le fit empoisonner ; mais, dans l'espoir de . cacher un crime qui pouvait révolter toute la Grèce , le perfide chargé de cet ordre funeste lui administra un de ces poisons qui minent lentement le principe de la vie.

Aratus, mortellement atteint , n'ignorait point la cause du mal qui le consumait ; il attendit une mort certaine avec fermeté sans proférer de plaintes inutiles; et comme un de ses amis lui montrait de vives alarmes en le voyant cracher le sang avec abondance : « Tu vois , mon cher ï) Céphalion, lui dit-il, le fruit de l'amitié des )) rois. »

Tant que Philippe écouta les conseils de ce grand homme il combattit avec succès , et régna avec gloire : mais dès qu'il se fut privé par un crime de cet appui salutaire la victoire déserta ses drapeaux, la sagesse s'exila de ses conseils; son despotisme sans frein fit détester son autorité ; et la plupart des Grecs , las de sa domination , volèrent au-devant du joug de la république romaine qui consolait de leur défaite les nations conquises en les associant à sa grandeur et à sa liberté.

Aratus avait commandé dix-sept fois les Achéens; peu d'hommes célèbres l'égalèrent en vertus. Son seul défaut était un peu d'incertitude dans les affaires épineuses : son hésitation donna quelques avantages à ses ennemis , mais dès que le moment du danger arrivait son talent se développait dans toute sa force *. Sa mort causa un deuil général.

* An du monde 3793.

570 GUERRE CONTRE ATHÈXES

Les Achéens voulurent lui élever un monument; Sicyone , sa pairie , leur disputa cet honneur. Ses funérailles furent magnifiques ; on lui dressa des autels , el il emporta au tombeau le glorieux titre de libérateur des Achéens et de fondateur de leur république.

Le roi de Macédoine , favorisé par ses alliés , venait de faire quelques progrès en Illyrie , et de prendre la ville d'Issus. Les Romains , dont la fortune s'était relevée depuis la reprise de Syracuse et de Capoue , se décidèrent à tourner toutes leurs forces contre le roi de Macédoine. Cette lutte sanglante partagea la Grèce : les Lacédémoniens et les Etoliens se déclarèrent pour Rome ; les Acarnaniens et les Achéens suivirent le parti de Philippe.

Expédition Machanidas, alors tyran de Sparte, de concert

ie Mâcha- . J L

niir. ,iyran avec les Etoliens, pénétra dans le territoire des

tic Sparte. *

Achéens *. Philippe repoussa leurs efforts ; et malgré les secours qu'ils reçurent d'Attale, roi de Pergame , Philippe les battit encore. Sa puissance donnait de l'ombrage auxRhodiens, aux Athéniens et au roi d'Egypte ; ils craignaient de le voir conquérir toute la Grèce. Par condescendance pour , eux il proposa la paix aux Etoliens : ses offres

* An du momie 3 796.

turent rejetées. L'armée macédonienne, suivie de celle des Achéens , s'avança vers la ville d'Elis dans l'intention de s'en emparer. Mais le proconsul Sulpiciusy était arrivé avec quatre mille hommes : ce renfort, animant le courage des habitans , ils se précipitèrent sur les ennemis ,. forcèrent les Achéens à se retirer malgré la valeur de Philopœmen qui avait tué de sa main le général de la cavalerie desEléens. La retraite de l'armée achéenne entraînait les Macédoniens : Philippe, furieux , se jeta au milieu de l'infanterie romaine. Le carnage fut grand des deux cotés : le roi, enveloppé , se tira avec peine de la mêlée par le secours de ses plus braves guerriers. Sauvé de ce péril, il se relira , et courut défendre la Macédoine , attaquée par quelques princes Uly riens , alliés de Rome.

L'année suivante * Sulpicius et Attale s avancèrent avec leurs flottes vers l'Eubée, s'emparèrent d'Orée, échouèrent devant Chalcis, et se rendirent maîtres d'Opunte dans l'Achaïe, que Philippe ne put secourir à temps.

A la même époque Machanidas menaçait tout Comman-

1 * ' dément de

le Péloponèse , et faisait craindre aux Achéens la p1»!up<*ruine de leur république. Dans ce grand danger ils nommèrent Philopœmen général de la confé-

* An du monde 3797. — Avant Jéàiis-Cinist 207.

dération * : plusieurs exploits le désignaient déjà comme un digne successeur d'Aralus.

Philopœmen, né à Mégalopolis, fit ses études dans l'école d'Acésilas, dont la philosophie avait pour but d'inspirer aux citoyens l'amour de la patrie 3 et de leur enseigner la science du gouvernement. Dès son enfance il prit Epaniinondas pour modèle, et préféra à toute autre lecture les livres militaires d'Angélus et l'histoire d'Alexandre-le-Grand. Lorsque les soins de l'administration ou de la guerre lui laissaient quelque repos, il conduisait lui-même la charrue, et endurcissait son corps à la fatigue par le travail et par l'exercice de la chasse.

Nous avons vu à quel point son courage contribua à la victoire de Sélasie: dans cette grande bataille , s'élançant avec ardeur sur les ennemis , il eut les deux cuisses traversées par un javelot. On craignait en l'arrachant que le cuir attaché au dard n'empêchât l'extraction ou ne rendît la plaie incurable : il le rompit lui-même, en retira les tronçons , continua de se battre , et décida la défaite des Spartiates.

Après la bataille Antigone , surpris de ce mouvement de son aile droite, auquel il devait la

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victoire , et qu'il n'avait point commandé , demanda à son général Alexandre comment il s'était ainsi décidé à marcher sans en recevoir le signal. Le général répondit qu'un jeune capitaine achéen , nommé Philopœmen, chargeant sans ordre avec sa troupe , avait entraîné par son ardeur toute l'armée. Alors le roi lui dit : « Ce jeune Achéen s'est v conduit comme un grand général ; et vous , » général Alexandre , vous avez agi en jeune ca- » pitaine. »

Dans la suite ce monarque voulut attacher Philopœmen à son service ; mais ce généreux citoyen aimait trop son pays et la liberté pour accepter les offres d'un prince étranger. Sa renommée s'accrut encore par la mort de Démophantus , ehef des Ëtoliens , qu'il tua de sa propre main dans une charge.

Quand le vœu de ses concitoyens l'eut placé à la tête des armées et de l'Etat il changea la tactique des troupes, donna plus de profondeur à leurs bataillons, les accoutuma à marcher et à combattre sans rompre leurs rangs , et fit porter aux soldats des piques plus longues et des boucliers plus larges. Bannissant le luxe de la république , il rétablit l'ordre dans les finances , et ne permit de magnificence que celle des armes.

Toujours simplement vêtu et paré de sa gloire ,

on l'aurait plutôt pris pour un soldat que pour un général. Etant invité à dîner chez un de ses concitoyens , il ne trouva dans la maison que la maîtresse du logis qui ne le connaissait pas : elle le prit pour un domestique précédant son maître , et le pria de fendre du bois. Il quitta son manteau , el exécuta cet ordre sans rien dire. Le maître de la maison , arrivant alors , exprima sa surprise de le voir livré à une semblable occupation. Philopœ-1 raen lui dit : « Que voulez-vous; je paie l'intérêt )) de ma mauvaise mine. »

Après avoir fait toutes les sages dispositions qui devaient assurer le succès de ses armes il marcha contre Machanidas et lui livra bataille. Les Spartiates combattirent avec intrépidité; ils enfoncèrent même l'aile droite des Achéens : mais tandis que Machanidas les poursuivait , Philopœmen prit son corps d'armée en flanc , le mit en désordre , et coupa la retraite au tyran. Celui-ci , se rencontrant

Mort de ,..,■•.

Macbanida» sur son passage, voulait éviter son approche ; mais Philopœmen lui lança sa javeline avec tant de force qu'elle traversa sa cuirasse et son corps , et le renversa mort sur la place. Sparte perdit dans ce combat quatre mille de ses plus braves guerriers. La prise de Tégée fut la suite de cette victoire , et les Achéens , pour en conserver le souvenir , élevèrent une statue de bronze à leur général.

Peu de temps après on célébra les jeux Néméens * : Philopœmen , entouré de la brillante escorte de ses compagnons de gloire, y parut au moment où le musicien Pylade chantait ces paroles d'un ancien poète : « C'est moi qui couronne vos » têtes des fleurs de la liberté. » A ces mots tout le peuple, se tournant vers Philopœmen, lui rendit hommage par de vifs applaudissemens.

Nabis prit les rênes du gouvernement de Sparte : Gouvcrce tyran surpassa son prédécesseur en cruauté; T^"^ne{le il composa sa garde de troupes étrangères, envoya au supplice les hommes qu'il redoutait, bannit les citoyens les plus distingués , et s'empara de leurs richesses. Philippe mit en dépôt dans ses mains la ville d' Argos ; il y commit les plus grands excès ; ingénieux dans sa férocité, il inventa une machine snppHcr en forme de statue, qui ressemblait à la reine Apaga, sa femme. On la voyait revêtue d'habits magnifiques , qui cachaient les pointes de fer dont son corps et ses bras étaient hérissés. Si quelque riche citoyen lui refusait l'argent qu'il exigeait , il lui disait : « Je n'obtiens rien de vous ; mais j'es- )) père que ma femme Apaga aura plus que moi » le talent de vous persuader. » Nabis approchait alors le malheureux de la statue ; elle ouvrait ses bras redoutables, l'embrassait fortement, et Fin- An du monde 3799. —• Avant Jésus-Christ 2d5.

576 GUERRE COISTRli ATHÈNES

fortuné , percé de toutes parts, se bâtait de sacrifier sa fortune pour se soustraire au supplice.

Après la défaite de Sparte les Etoliens et les Épirotes , faiblement secourus par les Romains , firent la paix avec Philippe. Chaque succès, loin de satisfaire l'ambition de ce prince , l'augmentait et la rendait plus insatiable : grossissant son armée et équipant une grande flotte , il déclara la guerre aux Rhodiens, et passa en Asie pour combattre Attale * ; il pénétra jusqu'à Pergame , et , repoussé près de ses murs , il ravagea le pays. Les Rhodiens battirent sa flotte.

ef.ïoiua ae Plùlippe prit Scios en Bithynie : il massacra une 1 ippe' partie des habitans , vendit le reste , et rasa la ville. Au siège d'Abydos il refusa toute capitulation , et voulut qu'on se rendît à discrétion. Les habitans, désespérés, résolurent dépérir sur leurs remparts: ils chargèrent cinquante citoyens, dès qu'ils verraient les Macédoniens approcher, d'égorger les femmes et les enfans renfermé» dans le temple de Diane, de jeter dans la mer l'or et l'argent, et de mettre le feu à la ville. Ces horribles dispositions étant faites , ils se battirent avec fureur sur la brèche : la nuit suspendit le combat et le carnage. Les citoyens chargés du massacre des victimes et de l'incendie de la ville n'eurent pas la

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ET SPARTE. $nn

force d'exécuter ces ordres inhumains. Philippe franchit les remparts ; mais , malgré ses eîforts pour arrêter la furie des habitans , ils immolèrent leurs familles infortunées et s'entre-tuèrent tous.

Peu satisfait de ce lugubre triomphe , Philippe, Sa qui ne pouvait supporter le repos, repassa enEnï Grèce, et entra dans l'Attique. Les Romains lui déclarèrent la guerre, et envoyèrent une flotte au secours d'Athènes. Les Athéniens combattirent le roi de Macédoine : il les défit , et les contraignit de rentrer dans la ville; mais il ne put y pénétrer, et ses succès se bornèrent au ravage des champs.

Le roi , obligé de marcher contre les Romains , éprouva un échec, et ouvrit des conférences avec Quintius Flaminius pour traiter de la paix : l'orgueil de Philippe et la fierté romaine rendaient toute conciliation impossible ; on ne conclut rien.

Sur ces entrefaites une flotte romaine arriva dans le port d'Athènes : à sa vue les Athéniens firent éclater leur joie , et renversèrent les statues de Philippe. La tyrannie des rois de Grèce et d'Asie était si détestée qu'on croyait de venir libre en changeant de maîtres.

Pendant ce temps Nabis , maître de la plupar des villes du Péloponèse , continuait à s'agrandir par la terreur, et à s'enrichir par le pillage. Les tome 2. 3j

b^jH GUERRE CONTRE ATHENES

Achéens avaient change de général et de fortune; leurs troupes , privées du génie de Philopœmen , résistaient faiblement aux Spartiates. Plusieurs historiens reprochent à Philopœmen de s'être éloigné pendant la guerre, et de n'avoir pas voulu servir dans une armée qu'il ne commandait plus : il est plus probable qu'un homme aussi vertueux s'absenta, non par orgueil, mais par prudence, et dans la crainte que son crédit sur l'armée et sur le peuple n'inspirât de l'ombrage au nouveau chef de la république. 11 voyagea en Crète et prit part aux guerres civiles qui divisaient alors cette contrée.

L'île de Crète , gouvernée en république depuis Idoménée , se rendit célèbre et florissante par la sagesse de ses lois , par la modération de sa politique et par le courage de ses habitans : jamais attaqués , parce qu'ils étaient toujours prêts à se défendre , personne ne les haïssait , parce qu'ils étaient sans ambition. On ne les vit jamais armés en corps de nation ; mais ils fournissaient de braves soldats etd'excellens archers indistinctement à tous les princes, ce qui exerçait leurs guerriers San* compromettre leur gouvernement.

De toutes parts on venait étudier leurs lois , leur discipline et leur tactique : Aratus dut une grande partie de son habileté militaire à leurs instructions:

et sans doute Philopœmen vint aussi dans cette île pour y puiser de nouvelles lumières.

Pendant son absence l'orage qui se formait Sa déflite. contre Philippe grossit chaque jour : le roi de Pergame , les Etoliens , Nabis et les Thébains entrèrent dans l'alliance de Rome. Après plusieurs mouvemens sans résultat, et quelques combats sans importance , l'armée romaine et celle du roi de Macédoine se rencontrèrent en Thessalie > sur des hauteurs appelées Cynocéphales * ; les forces de chaque côté montaient à vingt-cinq mille hommes. Quintius Flaminius choisit avec art ce champ de bataille , où l'inégalité du terrain empêchait la phalange de mouvoir sa masse et de faire usage de ses forces. Les Romains l'enfoncèrent , tuèrent huit mille Macédoniens , et en firent cinq mille prisonniers. La cavalerie étolienne contribua .beaucoup à la victoire.

Philippe , complètement vaincu , demanda la de°pa£*lté paix , et se soumit aux .conditions qu'il plairait au sénat de lui imposer. En attendant la conclusion du traité on fit une trêve de quatre mois. Philippe paya provisoirement quatre cents talens, et donna m otage son fils Démétrius.

Le sénat nomma des commissaires pour régler

' Aa du monde 3S07.— Avant Jésus-Christ 197.

58o GUERRE CONTRE ATHÈNES

toutes les affaires de la Grèce : ils conclurent un traité dont les dispositions étaient que les villes grecques en Asie et en Europe seraient libres ; que Philippe en retirerait ses garnisons ; qu'il rendrait les prisonniers et les transfuges , paierait mille lalens, et laisserait Démétrius en otage à Rome.

On ignorait dans la Grèce les articles de la paix. Les jeux isthmiques se célébraient à Corinthe : au moment où le peuple élait assemblé dans le stade un héraut paraît, demande le silence, et prononce à haute voix ces paroles * : « Le sénat, le peuple » romain, et Titus Quintius Flaminius , général , )) ayant vaincu Philippe et les Macédoniens , dé- » livrent de toutes garnisons et de tous impôls les » Corinthiens, les Locriens, les Phocéens, les y) Eubéens , les Achéens , les Magnésiens , les )) Thessaliens , les Perrhèbes , les déclarent libres , )) et veulent qu'ils se gouvernent par leurs lois et » par leurs usages. »

Le profond silence qui régnait dans l'assemblée fut prolongé quelques instans par la surprise. Les Grecs ne pouvaient croire ce qu'ils entendaient ; ils demandèrent une seconde lecture de la proclamation : alors les transports de joie éclatèrent de toutes parts ; tous les Grecs , entourant Quintius ,

* An du monde 38o8. — Avant Jésus-Chrisi 196.

ET SPARTE. 58l

baisaient ses mains , ses vêtemens , et le couronnaient de fleurs. On s'écriait : « 11 existe donc une » nation qui combat pour la liberté des autres » peuples ? Elle n'est arrêtée ni par la mer , ni » par aucun obstacle , et cette puissance géné- » reuse, par la voix d'un héraut, abat la tyrannie, » et débvre la Grèce et l'Asie. »

La même proclamation fut publiée aux jeux Néméens : partout elle excita des transports d'admiration, de joie et de reconnaissance; jamais Rome dans ses conquêtes n'acquit une gloire plus pure.

Pbilopœmen , de retour dans sa patrie , voyait avec satisfaction l'abaissement de Philippe , qui opprimait la Grèce , et dont les émissaires avaient voulu plusieurs fois l'assassiner : mais cet homme d'Etat, clairvoyant ami de la liberté , démêlait l'ambition de Rome à travers sa feinte modération ; il regardait comme peu solide une liberté qui n'était due qu'à la protection d'une puissance étrangère ; et comme dans le conseil des Achéens Aristenète exhortait ses concitoyens à complaire en tout aux Romains , Philopœmen , ne pouvant se contenir , l'interrompit , et s'écria : « Aristenète , » tu es donc bien pressé de consommer la ruine

On obéit partout aux ordres du consul ; Nabis

si^e seul refusa de rendre Argos. Le sénat ordonna 3

et rcddilion

A.vrgos. Quintius de l'y forcer, et les Romains marchèrent contre Sparte. Nabis, repoussé dans une sortie, offrit de rendre Argos. Quintius exigeait l'affranchissement des villes maritimes , cent talens et des otages.

La négociation fut rompue : Quintius, à la tête de cinquante mille hommes, pressa vivement le siège. Les Spartiates se défendirent avec intrépidité : malgré leur courage les Romains franchissent enfin les remparts , pénètrent dans les rues. Les Lacédémoniens , furieux , mettent le feu aux édifices qui se trouvaient le plus près des murs : les flammes arrêtent l'ennemi, etles Romains, effrayés, se retirent.

Nabis rendit Argos, et la paix fut conclue. Quintius, satisfait d'avoir délivré l'Argolide , parcourut les villes de la Grèce, rétablit partout l'ordre et la justice, rassembla les députés de tous les peuples grecs à Corinthe, rendit compte de ses opérations , déclara qu'il n'avait accordé la paix à Nabis que pour empêcher la ruine de Sparte ; enfin il exhorta les, Grecs à l'union , et s'embarqua pour Rome , où il jouit des honneurs du triomphe le plus glorieux et le mieux mérité *.

* An du monde 3809. — Avant Jésus-Christ 195.

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