tome
546 GUERRE COMRE ATHENES
IWAVkVWWMWVYWVXlWVVMWVVWWlVW VV*»V\WVWVV\\WVW\VWV«VWWV"'V» KVM >V\
(An du monde 373G. )
Entreprise d'Antigone. — Dévouement d'Aratus banni de Sicyone. — Son commandement. — Mort d'Aristippe, tyran d'Argos. — Révolution à Sparte, causée par Agis et Léonidas. — Bannissement de Léonidas. — Son rappel. — Proscription et mort d'Agis. — Mort de Léonidas. — Règne de son fils Cléonum . — Ses exploits. — Proposition d'Aratus à Antigone.— Nouveaux exploits de Cléomène. — Bataille de Sélasie. — Défaite de Cléomène. — Mort d'Antigone. — Fuite de Cléomène en Egypte. — entrée d'Antigone dans Sparte. — Mort de Cléomène à Alexandrie. — Règne de Philippe, fils d'Antigone. — Mort d'Aratus. — Expédition, de Machanidas, tyran de Sparte. — Commandement de Philopœmen. — MortdeMachanidas. — Gouvernement tyrannique de Nabis. — Supplice de la statue. — Nouveaux exploits de Philippe. — Sa guerre contre les Romains. — Sa défaite. — Traité de paix. — Siège et reddition d'Argos.
Knticpnse Antigoive, débarrassé d'un si redoutable adversaire , crut que 1 instant était venu ou il pouvait marcher sans obstacle sur les traces de Philippe et d'Alexandre, et rendre à la Macédoine l'empire de la Grèce : après avoir rangé sous son pouvoir les villes du Péloponèse , que l'exemple do
ET SPARTE. 54y
Sparte vouait d'encourager à reprendre leur indépendance, il entra dans l'Attique. Athènes, accoutumée depuis long-temps à changer de maître, lui opposa une faible résistance ; il s'en empara , et y reçut les hommages que ce peuple léger prodiguait tour à tour à ses défenseurs et à ses ennemis.
Le roi de Macédoine croyait pouvoir ensuite triompher facilement de Sparte affaiblie par la guerre qu'elle avait soutenue contre Pyrrhus, et par les divisions qui l'agitaient nouvellement ; mais un peuple , jusque là peu connu , l'arrêta dans ses projets : ce peuple acquit bientôt une grande célébrité par son courage et par son amour pour la liberté.
Les Achéens formaient autrefois une petite république composée de douze villes : elle était faible , mais sage ; obscure , mais heureuse. Une liberté réglée par les lois garantissait le repos public. Les Achéens n'aspiraient point à la célébrité ; cependant la réputation de leur union et de leur probité s'étendit tellement que plusieurs grandes cités, comme Tarente, Sybaris, Crotone, empruntèrent leurs lois pour terminer les troubles qui les tourmentaient. Dyme , Patra, Elis, Léontium furent les principales villes de cette union. Le gouvernement était démocratique, et confié à un conseil composé des députés de cbaque ville.
Philippe et Alexandre détruisirent la liberté de cette confédération. Après leur mort les Achéens lestèrent sous la doininalion des Macédoniens : mais, lorsque Pyrrhus parut dans le Péloponèse , les villes achéennes chassèrent les tyrans que leur avait donnés Antigone, reprirent leur liberté, et se formèrent de nouveau en corps de république. Dévoue- A la même époque Sicyone brisa les chaînes de
mfatd'Ara-
tus, bamù ]\"icocIès qui s'en était rendu maître. Un jeune
»lc Sicyone. x '
ciioveU, nommé Aratus, échappé dans son enfance au massacre de sa famille , conçut avec quelques bannis le généreux projet de rendre la liberté à sa patrie : escaladant la nuit les murs de la ville, il surprit la garde, la mil en fuite, appela les citoyens à la défense de leur indépendance. Le peuple, raivimé par le cri de liberté, se souleva , mil le feu au palais du tyran, rappela les bannis , et se réunit à la ligue des Achéens.
sou cou- Aratus servit dans l'armée achéenne , et prouva, par son obéissance a ses chefs , quil respectait autaiu la discipline qu'il aimait la liberté : sa valeur et surtout sa sagesse lui méritèrent la confiance publique ; la ligue le nomma général des troupes qu'elle levait peur se défendre contre le roi de Macédoine et contre le tyran d'Argos. Aratus, loin de se borner à attendre et à repousser des ennemis si puissans , les attaqua. Corinthe était la
l'.T SPARTE. 549
barrière du Péloponèse; avec quatre cents hommes seulement il entreprit de s'en emparer, et y réussit. La citadelle de Corinthe passait pour imprenable ; Aratus vendit ses champs et les bijoux de sa femme pour payer un Corinthien qui lui indiqua un sentier taillé dans le roc , par lequel il parvint dans la forteresse , dont il se rendit maître. Il en chassa les Macédoniens, et y plaça une garnison achéenne.
La prise de cette ville donna tant de réputation à la ligue que Mégare et plusieurs autres villes vinrent grossir sa force par leur alliance. Le roi d'Egypte, Ptolémée, voulut lui-même entrer dans la confédération : il y fut admis : ce sage monarque n'effrayait point les républiques , car on le savait ennemi de toute tyrannie.
Ce fut dans ce temps que les Romains envoyèrent des ambassadeurs aux Achéens et aux Etoliens* pour les inviter à s'allier avec eux contre Teuta, veuve d'un roi d'illyrie. Les Illyriens alors exerçaient la piraterie sur toutes les côtes de la Grèce et de l'Italie. Les Corinthiens , flattés de la démarche de Rome , admirent leurs députés aux jeuxlsthmiques. Les Athéniens , toujours extrêmes dans leur amitié comme dans leur haine , accor-
An du monde 377S.
55o GUERRE CONTRE ATHÈNES
dèrent chez eux le droit de cité aux Romains, et ne se doutèrent pas qu'ils ouvraient leurs portes à des maîtres.
Mon <i'A- Tous les tyrans delà Grèce, voyant dans A ralus
Tistij>pc. ty- » ' »'
go". 'l Ar" *e ner°s de la liberté , le craignaient et le détestaient. Aristippe, qui régnait dans Argos, tenta plusieurs fois de faire assassiner le général achéen. Aratus, sans gardes, n'avait pour défense que l'amour de ses concitoyens , tandis qu'Aristippe , rempli de terreur, se faisait entourer de soldats qui portaient toujours l'épée nue, regardant tout homme comme un ennemi, se méfiant de ses courtisans, et craignant même sa famille : on ne voyait pas d'escalier dans sa maison ; sa chambre , très-élevéé, se fermait avec une trappe, par laquelle on passait une échelle pour y monter ou pour en descendre. Ara tus, voulant se venger de ses lâches complots , marcha contre lui et le défit complètement : Arislippe perdit la vie dans cette bataille.
Peu de temps après Ara tus obtint un triomphe plus doux sur Lysiade, tyran de Mégalopolis ; il parvint, par la force et la douceur de son éloquence, à lui persuader de déposer son pouvoir. Ainsi la ligue achéenne , fortifiée par tant de conquêtes et d'alliances, devint en peu de temps la puissance prépondérante en Grèce, et parut hé-
LT SPARTE. 55l
riler de la gloire que Sparte, Athènes et Thèbes avaient perdue.
Dans le même temps un roi, vertueux et digne des beaux jours de Lacédémone, faisait de vains efforts pour rétablir dans sa patrie les lois de Lycurgue et les mœurs antiques. Les Lacédénioniens. montraient encore du courage dans les grands dangers ; mais cette république avait perdu ce qui faisait sa véritable force, son mépris des richesses et son amour pour l'égalité. Un éphore, Épitadéus, par haine pour son fils, fit passer une loi qui permettait de donner ou de léguer son bien à qui l'on voudrait : cette loi et l'introduction de l'or étranger, fruit empoisonné des conquêtes, corrom^ pirent la république, et firent naître l'inégalité des fortunes ; les vices du luxe et de la misère divisèrent les esprits, amollirent les caractères, et hâtèrent la décadence. Peu à peu les richesses se concentrèrent au point qu'on ne comptait guère plus de mille Spartiates propriétaires ; le reste de la population se composait d'artisans et d'étrangers. Les riches opprimaient les pauvres, et les incarcéraient pour se faire rendre l'argent qu'ils leur avaient prêté. Telle était la situation de Sparte lorsque Agis et Léonidas montèrent sur le trône.
Léonidas, avare, fier et voluptueux, suivait le torrent du siècle. Agis à vingt ans offrait aux
Révolution regards étonnés l'image d'un ancien Spartiate.
i ."-parte , , •
causée par Anime du double amour de la gloire et de la panidas. tr\Cf soumis aux lois , ami delà liberté, partisan des anciennes mœurs , profondément affligé de la corruption de ses concitoyens et de l'abaissement de son pays, il conçut la noble idée de réformer la république, de ressusciter les anciens règlemens, et de rendre à Lacédémone son lustre et sa force : communiquant ses projets à ceux qu'il croyait propres à le servir, il trouva Lysandre, Agésilaset un grand nombre de jeunes citoyens disposés à embrasser sa cause. Il était sûr des pauvres, c'est-à-dire de la plus grande partie du peuple , dont il soutenait les intérêts ; mais les vieillards défendaient obstinément leurs fortunes et leurs préjugés, et les femmes repoussaient avec effroi tout changement qui aurait détruit le luxe et troublé leurs plaisirs.
L'aïeule seule d'Agis, la vertueuse Archidamie, ainsi qu' A gésistrate , sa mère, approuvaient ses nobles desseins , et l'encourageaient à les exécuter.
Agis, fortifié par leurs conseils, convoqua le peuple : il proposa sans détour le rétablissement des règlemens, l'abolition des dettes et le partage des terres : Léonidas s'y opposa vivement. L'un invoquait les droits de propriété, le maintien de
Tordre public ; l'autre les antiques lois, les intérêts du peuple , et la gloire inséparable de la liberté. La lutte fut longue et violente : les riches avaient acheté les suffrages d'un grand nombre d'artisans ; la cupidité se défendit avec acharnement contre la justice : enfin la proposition d'Agis passa ; mais elle ne fut adoptée qu'à la majorité d'une seule voix ; et, soit qu'on crut impossible de maintenir la tranquillité publique avec un roi si opposé aux lois qu'il devait faire exécuter, soit qu'on se laissât entraîner par cette violence qui porte toujours le parti vainqueur à mal user de la victoire, on chassa du trône Léonidas, sous pré- ' Bannisse-
' *■ ment de
texte qu'il avait enfreint les lois en épousant une Léonidasfemme étrangère, et l'on mit à sa place Cléombrote son gendre , ami d'Agis , et zélé partisan de la discipline antique.
Tous les titres des dettes furent apportés sur la place publique, et brûlés, à la grande douleur des créanciers et à la grande joie du peuple et de la jeunesse , qui disaient n'avoir jamais vu un feu si beau et si clair.
Le succès de la révolution semblait certain ; mais l'avarice del'éphore Agésilas fit tout échouer. Cet homme artificieux persuada au roi Agis qu'il se ferait trop d'ennemis en exécutant à la fois les deux lois nouvellement adoptées : selon lui un
>D4 CtJEA&E CONTRE ATHÈNES
changement aussi brusque devait produire un trop grand bouleversement ; c'était assez pour le moment d'avoir aboli les dettes, et la prudence voulait qu'on différât le partage des terres, et qu'on l'opérât graduellement.
Agis le crut et se perdit. Ce délai mécontenta le peuple, dont l'inconstance naturelle se tourna du côté des riches qui s'appliquaient alors à le séduire. Sur ces entrefaites Agésilas et Lysandre étant sortis de place, d'autres éphores furent nommés : ces nouveaux magistrats , choisis dans le parti contraire, accusèrent Agis et Cléombrole d'avoir porté atteinte par leurs innovations à la tranquillité publique. Agis, soutenu de ses partisans, se défendit avec vigueur; et, à la faveur d'une loi qui ôtait toute autorité aux éphores quand les deux rois étaient d'accord, non-seulement il triompha de l'accusation , mais il parvint même à faire déposer les éphores pour avoir violé cette loi en l'accusant.
Ce succès devait rétablir solidement son pouvoir; mais, par malheur la république s'étant alors alliée avec les Achéens contre les Etoliens , \gis se vit forcé de sortir de la ville, de prendre le commandement de l'armée, et de marcher au secours d'Aratus.
Pendantson absence Agésilas, redevenu éphore ,
mécontenta tellement les citoyens par ses violences> par son mépris pour les ordres de Cléombrote, et par les gardes dont il se faisait insolemment entourer , qu'on ne douta plus de son projet de parvenir à la tyrannie. Le peuple , aigri par les riches qui Son rarpd. prodiguaient leurs trésors pour le soulever, rappela Léonidas, et cassa tous les décrets précédemment rendus.
Ains , n'avant point trouvé l'occasion de corn- . Pm««»p-
° ' J l tionetmoit
Lattre, revint à Sparte : il y vit la révolution faite d'*s13et ses jours proscrits ; il se réfugia dans un temple pour mettre sa vie à l'abri de la fureur de ses ennemis. Cléombrote chercha aussi un asile près des autels des dieux; mais il trouva un appui plus certain dans la tendresse courageuse de sa femme Chélonide, fille de Léonidas. Cette princesse vertueuse, toujours fidèle au malheur, avait suivi son père dans l'exil malgré les ordres de son mari ; mais dès qu'elle vit Léonidas sur le trône et son époux près de l'échafaud , elle prit le deuil, et se déclara hautement pour Cléombrote : ses larmes, ses prières lui sauvèrent la vie ; il fut banni ; et Chélonide, toujours ferme dans ses devoirs de fille et d'épouse , le suivit dans l'exil malgré toutes les instances de son père.
On n'osait employer la force pour arracher Agis de son asile. Léonidas, afin de le tromper,
lui proposa de remonter sur le trône avec lui ; il ne fut point dupe de cet artifice ; mais il n'échappa ainsi à la puissance et à la ruse de ses ennemis que pour périr par la trahison des hommes dont l'amitié lui inspirait le plus de confiance. A mpharès et deuxautres traîtres l'engagèrent à sortir quelquefois la nuit, sous leur escorte, pour se rendre au bain ; et , comme il en revenait , ils se saisirent de lui, et l'entraînèrent devant les ephores.
Dans ce péril imminent sa fermeté ne se démentit pas; il soutint avec éloquence la justice de sa cause : mais sa perte était résolue ; on le condamna à mort ; et voyant dans cet instant un soldat qui répandait des larmes , il lui dit : « Ne a pleure pas la mort d'un citoyen vertueux ; » pleure plutôt les médian s qui le condamnent. »
On le conduisit au cachot. Le peuple , informé de l'arrêt, se souleva, voulut forcer la prison et délivrer Agis. Les soldats, bravant un ordre injuste, refusèrent de porter la main sur leur roi. Ampharès, alors magistrat, craignant ce tumulte , le fît étrangler par le bourreau.
Archidamie et A gésistrate, perçant la foule, se présentèrent dans cet instant à la porte de la prison. Le cruel Ampharès leur permit d'entrer; et, après avoir joui des larmes qu'elles répandaient sur
le corps de leur fils, il les fit tuer. Elles moururent en Lacédémoniennes. Agésistrale, présentant son cou au bourreau, dit : « Puisse au moitié » mon malheur être utile à Sparte ! »
Léonidas ne put saisir Archidamus , frère d' Agis, qui se déroba parla fuite à ses coups.
11 arrêta sa femme, et la força d'épouser son fils Cléomène. Celte princesse infortunée conserva toujours une haine profonde pour Léonidas; mais eHe se laissa toucher par les soins et par l'amour de son jeune époux, qui dans la suite fit briller sur le trône les vertus d'Agis.
Léonidas termina bientôt une vie souillée de M«t <i<-
Léonidis. ,
crimes. Cléomène , son fils et son successeur , Règne
de s'm fils
décidé à exécuter les grands desseins qu'Agis n'a- cleoméne vait pu remplir, crut avec raison que la guerre pouvait seule lui donner les moyens d'acquérir assez de gloire et d'autorité pour faire la révolution qu'il méditait : profitant du premier prétexte, il engagea la république à rompre avec les Achéens, se mit à la tête des troupes, montra son génie dès son début, prit Manlinée, et força Aratus à se retirer. Quelque temps après il remporta une srs exploit» grande victoire sur les Achéens près de Mégalopolis. Certain alors de l'attachement des troupes et de l'affection du peuple lacédémonien , dont ses succès flattaient l'orgueil, il revint inopiné-
ment à Sparte , surprit à table les éphores qui conspiraient sa perte, et les fit tuer par ses soldats. Agésilas seul se sauva dans une chapelle dédiée à la Peur, et qu'on avait placée à la porte du tribunal pour rendre plus sacrée la crainte salutaire des lois.
Cléomène bannit de la ville quatre-vingts citovens du parti le plus contraire à l'ancienne discipline ; il rassembla le peuple , déplora le sort d'Agis, vanta ses vertus, réhabilita sa mémoire, remit en vigueur ses décrets, fît adopter la loi du partage des terres, donna le premier l'exemple en se dépouillant de ses biens, et, après avoir rétabli les repas publics et tous les règlemens <!< Lvcurgue, il revola à son armée pour cdDSoiidei cette révolution par de nouveaux succès.
La fortune couronna encore quelque temps ses armes ; il s'empara de plusieurs places du Péloponèse , remporta une nouvelle victoire sur les Acbéens, et les força de lui demander la paix. Us furent obligés de se soumettre aux conditions qu il proposait, dont la première était qu'on le nommât général de la ligue achéenne.
Aratus, irrité, ne put se résoudre à perdre le os°d'A»~ commandement dont il jouissait depuis trenle-
ratns à An- . • U 1 1 •
»igone. trois ans: son ressenlunent 1 aveugla sur les vrais intérêts de sa patrie ; il envoya des émissaires à
PrOtir^i-
ET SPARTE. 55g
Anligone pour lui faire entendre que Clcomène méditait la conquête du Péloponèse dans l'intention de rendre les Lacédémoniens maîtres de la Grèce : on lui assurait que , s'il voulait s'opposer à l'ambition de Sparte , Aralus entrerait dans ses vues, et lui livrerait Corintbe comme place de sûreté. Bientôt Aratus, qui avait encore un grand crédit dans la ligue , décida les Mégalopolitains à solliciter ouvertement les secours du roi de Macédoine. C'est ainsi que les passions des Grecs les conduisaient à leur ruine.
La jalousie qui les divisait mit un terme à leur gloire en leur inspirant le fatal désir d'appeler d'abord dans leurs querelles les rois de Perse. L'or étranger perpétua ensuite la guerre et la discorde : toujours désunis , ils ne purent opposer que de faibles obstacles à l'ambition de Philippe et d'Alexandre. Les mêmes rivalités les soumireni au joug du conquérant de l'Asie ; et au moment, où la mort de Pyrrhus , l'heureuse révolution de Sparte et les succès de la ligue achéenne donnaient un juste espoir de faire revivre l'ancienne liberté, ces mêmes Grecs, loin d'être éclairés par lant de malheurs, commettent encore les mêmes iautes qui les avaient perdus. Les Achéens, les Eloliens , les Spartiates , les Thébains et les Athéniens, au lieu de s'unir indissolublement pour ré-
56o GUERRE CONTRE ATHENES
sisier aux rois qui voulaient les asservir , se divisent de nouveau. Aratus même, qui avait mérité par son courage le glorieux litre de restaurateur de la liberté , sacrifie l'intérêt public à sa jalousie contre Cléomène , et court en aveugle au-devant du joug macédonien. Enfin nous verrons bientôt ces peuples , incorrigibles dans leur égarement , implorer tour à tour la protection des Romains , et forger de leurs propres mains les liens qui les enchaînèrent
L'habile Antigone saisit promptement celle occasion de se mêler des affaires du Péloponèse : il accéda à toutes les propositions d'Aralus. Les Achéens, aigris contre Sparte par leur défaite , entrèrent dans l'alliance du roi de Macédoine , rompirent toute négociation avec les Lacédémoniens , et continuèrent la guerre.
Nouveaux Cléomène, sans s'effrayer de ces nouveaux obaiomene.0 stacles, redoubla d'activité, et remporta de nouveaux avantages : mais Antigone , s'étant avancé avec vingt mille hommes, s'empara *, malgré ses efforts, d'Orchomène , de Mantinée,) et le réduisit à défendre la Laconie. Le courage du roi de Sparte s'accrut avec ses dangers : il affranchit, il arma les Ilotes, et avec ce surcroît de forces ,
'* An du monde 3779.
ET SPARTE. 56l
trompant les ennemis par sa célérité, il parut tout à coup devant M égalopolis , et la prit d'assaut. Les habitans de cette ville aimèrent mieux s'exiler et abandonner leurs biens et leurs foyers que de reconnaître les lois de Sparte et de se séparer des Achéens. Cependant Geux-ci ne tardèrent pas à se repentir d'avoir appelé Antigone : il les traita non Comme des alliés, mais comme des sujets ; il les força de soudoyer ses troupes, releva les statues de leurs tyrans , et fit gémir Aratus du coup funeste qu'il avait porté à sa patrie.
Cléomène, profitant du moment où les Macédoniens étaient en quartiers d'hiver, tomba sur eux , les battit , et ravagea l'Argolide. L'été suivant QatailIc Antigone s'avança en Laconie avec trente mille hommes. Cléomène lui en opposait vingt mille *, Les deux armées se rencontrèrent à Sélasie , près du mont Olympe. Le combat fut opiniâtre et la victoire long-temps indécise. Euclidas , frère de Cléomène , posté sur une liauteur , commandait l'aile gauche de l'armée lacédémonienne. Les Achéens et les troupes d'Anligone qui lui étaient opposées devaient , suivant les ordres du roi , le contenir et non l'attaquer dans une position si forte. Le jeune Philopœmen , alors simple capi-
* An du monde 3^8 1.