‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 5)Chapitre 72 sur 77 · CONTRE LES ROMAINS · texte numérisé non relu

CONTRE LES ROMAINS

berté, et à se joindre à la confédération des Magna-

niinili) do

Achéens. Il empêcha ses troupes de commettre Phiiopœ-

1 *• œen.

les excès qui suivent presque toujours la victoire refusa un présent de cent vingt talens que lui offraient les Lacédémoniens , et se couvrit d'une gloire brillante , qu'il dut plutôt à ses vertus qu'à ses armes.

Le roi de Syrie, attiré par les promesses des ,Dé£aite Etoliens, entra en Grèce , et s'empara de quelques chus' villes. Il pouvait, en poursuivant ses succès avec rapidité, acquérir assez d'alliés et de forces pour se mettre en état de fermer ces belles contrées aux Romains ; mais il ne profita de ses premiers avantages que pour étaler aux yeux des Grecs son luxe asiatique : perdant un temps précieux , il passa ses jours en festins et en débauches. Le consul Manius Acilius, rassemblant ses forces, l'attaqua près des Thermopyles, tourna sa position et le battit complètement. Antiochus, vaincu, se retira Sa retraite

en Asie.

en Asie , laissant ses alliés exposés aux vengeances de Rome.

Le consul conseillait aux Etoliens de se livrer sie>

d'HciacIée.

à la clémence du sénat ; ceux-ci refusèrent de se soumettre. On leur demandait de livrer aux vainqueurs les portes de leur capitale, Héraclée. Cette humiliation leur parut insupportable ; d'ailleurs ils avaient trop offensé les Romains pour croire à

leur indulgence. Toute négociation étant rompue, le consul forma le siège d'Héraclée. Les Etoliens combattirent avec le courage du désespoir: malgré leurs efforts Acilius prit la ville d'assaut, la livra au pillage, et força la citadelle à capituler. Le reste de la nation se renferma dans Naupacte : le consul les y bloqua , et les réduisit bientôt à la dernière extrémité. Apprenant enfin qu'Antiochus , leur dernier espoir, plus malheureux encore en Asie qu'en Europe , venait d'être totalement vaincu à Magnésie par Scipion , ils se soumirent au peuple romain, qui les contraignit à payer mille talens et à livrer leurs chevaux et leurs armes.

se sprte e Ce fut à peu près à cette époque que , le consul pœmcn . voulant s'emparer de Sparte, Philopœmen, ennemi de toute domination étrangère et haïssant autant l'ambition de Rome que celle de Philippe , se jeta audacieusement dans cette ville , ranima le courage des citoyens, et força le consul à s'en éloigner. Mais quelque temps après Lacédémone mit ce même Philopœmen dans la nécessité de marcher contre elle.

Les Achéens protégeaient l'indépendance des bourgs maritimes , que Sparte voulait toujours asservir. Les Spartiates , croyant que les bannis rentrés dans la ville depuis la paix, entretenaient des intelligences avec les Achéens, et favorisaient la

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cause des villes maritimes , proscrivirent ces émigrés, en firent mourir trente, rompirent toute alliance avec les Achéens ; et , aveuglés par leur ressentiment contre celte confédération, ils écrivirent au consul Fulvius, et lui offrirent de mettre la république dans la dépendance et sous la protection de Rome.

Les Achéens déclarèrent la guerre à Sparte , et les deux partis envoyèrent des députés à Rome pour rendre le sénat juge de ce différend. Sa décision fut ambiguë comme celle des oracles : les Achéens l'interprétèrent en leur faveur. Philopœmen s'approcha de Sparte à la tête de son armée, et demanda le châtiment de ceux qui , au mépris du traité , venaient récemment de s'emparer du bourg maritime de Los. Les citoyens les plus distingués sortirent de la ville pour négocier ; mais , au milieu de la conférence , les bannis de Sparte, qui se trouvaient dans le camp des Achéens, se précipitèrent sur leurs concitoyens , et en massacrèrent quatre-vingts. Ce funeste événement répandit le trouble dans la ville: Philopœmen y entra presque sans résistance ; et , ne regardant plus Sparte alors comme l'ornement de la Grèce , mais comme un trophée de Rome, il fît démolir ses murs, licencia ses soldats mercenaires, et porta le dernier coup à cette fameuse cité en abolissant les

lois de Lycurgue, qui firent si long-temps sa force.

Le sénat romain, jaloux des progrès delà confédération aehéenne, prit parti pour Lacédémone, cassa le jugement des Achéens, et ordonna que Sparte entrerait dans la ligue achéenne sans payer de tribut, sans recevoir de garnison, et en conservant son indépendance.

Depuis ce moment les Romains favorisèrent constamment tous les peuples ennemis des Achéens. A leur instigation les Messéniens se séparèrent de la ligue , lui firent même la guerre , et s'emparèrent de Coron. Philopœmen, quoique malade et âgé de soixante-dix-huit ans , commandait encore l'armée ; il marcha vers Messène, et battit d'abord les ennemis : mais ceux-ci, ayant reçu un grand renfort, l'enveloppèrent. Les Achéens , accablés Won .ie par le nombre, prirent la fuite. Philopœmen, cora-

lJhiic;pœ- . .

Bien à MÊ6- battant à 1 arrière-garde , faisait oublier sa vieil-

acné.

lesse par des prodiges de valeur : mais son cheval tomba -f il fut blessé et pris *. Dinocrate, général des Messéniens, l'exposa, chargé de chaînes , sur le théâtre aux yeux du peuple de Messène ; ensuite il le jeta dans une prison et le fit mourir. Lorsqu on présenta au héros le poison qui devait terminer ses

* An du monde 3S2i. — Avant Jcsus-Christ i83.

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jours, il demanda au bourreau ce qu'étaient devenus les Achéens , et particulièrement un officier nommé Lycortas qu'il chérissait. On lui répondit que ses troupes, se faisant courageusement jour au travers des Messéniens , s'étaient retirées, et se trouvaient en sûreté : « Eh bien ! dit-il, je meurs » content, puisque l'armée achéenne est sauvée. ))

La mort de ce grand homme rendit les Achéens ver^anre

° des -achéens

furieux ; tous prirent les armes : le désir de la vengeance doublait leurs forces ; ils ravagèrent la Messénie, s'emparèrent de la capitale, et la contraignirent à livrer les meurtriers de Plùlopœmen. Ils furent lapidés auprès de son tombeau. Dinocrate prévint son supplice en se tuant.

On porta les cendres du héros à Mégalopolis. Les peuples venaient au-devant du convoi ; l'armée le suivait ; et toute la Grèce en larmes semblait porter le deuil de sa gloire et de sa liberté. Cette année vit mourir trois grands hommes ; Annibal , Scipion et Philopœmen.

Les Romains , profitant de la division des peuples et du despotisme insensé des rois , suivaient avec leur habileté ordinaire le projet de subjuguer entièrement les Grecs.

Philippe ne régnait plus en Macédoine ; avant naine Je

P -rsée con-

la fin de ses jours la discorde qu'il avait répandue tr^onfrèw

' l L Deraétrjus.

dans la Grèce divisa sa maison. Persée , l'aîné de

5gO GUERRE

ses enfans , conçut une haine violente contre Démétrius son frère. Celui-ci, élevé par les Romains, pouvait un jour se rendre redoutable avec leur appui : Persée le crut, et résolut de le perdre. Il l'accusa d'abord faussement d'avoir voulu attenter à ses jours dans une joute, et d'être venu la nuit avec des gens armés pour l'assassiner. L'innocence de Démétrius triompha de la calomnie. Persée ne se découragea point , et persécuta tellement son frère que ce jeune prince , voulant mettre sa vie en sûreté , profita d'une absence du roi pour tenter de s'échapper. Persée accompagnait alors Philippe ; il avait placé auprès de son frère un traître qui , sous l'apparence de l'amitié, épiait ses démarches , et méditait sa perte. Par ses perfides conseils Démétrius , dans l'intention de rendre sa fuite plus facile , écrivit au gouverneur d'une province des lettres qu'on livra au roi. Cette correspondance fut regardée connue un crime. Philippe , accablé de chagrins , affaibli par l'âge et par les revers , et continuellement aigri par Persée , condamna Démétrius. 11 périt , et son frère monta sans rivaux sur un trône ensanglanté , qu'il déshonora par sa lâcheté , comme il l'avait souillé par ses crimes.

Le nouveau roi de Macédoine , que ses flatteurs enivraient d'orgueil, se crut capable de renverser la puissance du peuple romain : il grossit son ar-

CONTRE LES ROMAINS. 5c)I

mée , envoya des émissaires dans la Grèce pour la soulever, et chercha partout des alliés. Eumène, roi de Pergame , trahit sa confiance , et découvrit ses projets à Rome. Persée pour se venger fit attaquer ce prince par des pirates à son retour en Asie : Eumène, blessé par eux, fut laissé sur la place comme mort. Secouru par des pêcheurs , il revint à la vie , et reprit son trône , dont Attale , son frère , s'était déjà emparé sur le bruit de son trépas.

Paul-Emile, à la tête d'une armée romaine, Défaite

et mort de

attaqua Persée : cet habile général enfonça la pha- Persée. lange macédonienne ; il la détruisit totalement, remporta une victoire complète , et conquit toute la Macédoine. Persée , qui ne savait ni vaincre , ni mourir , fut chargé de chaînes , orna le triomphe de Paul-Emile, et termina ses jours dans la captivité.

Athènes sonmise aux Romains , Sparte vaincue , „ , ,

? r " Résistance

les Étoliens détruits, l'Asie subjuguée, la Macé- aesAcbceus doine réduite en province romaine n'offraient plus d'obstacles à l'ambition d'un sénat maître de tant de rois et de tant de peuples. Les Achéens seuls rappelaient encore par leurs exploits et par leur indépendance la puissance et la liberté de la Grèce ; Rome résolut leur ruine : elle sema d'abord la division parmi les villes de la confédéra-

5g.2 GUERRE

lion , et y acheta des partisans. Lorsqu'elle les vit désunies, et sans espoir de secours de la Macédoine ni de l'Asie, elle envoya des commissaires qui parlèrent en maîtres, traitèrent les Achéens comme des sujets révoltés, et firent des informations juridiques contre ceux d'entre eux qui avaient favorisé Persée par leurs conseils ou par leurs secours. Callicrale , indigne par sa bassesse du nom d'Achéen, vendit sa patrie, et dénonça tous ceux de ses concitoyens qui s'étaient le plus distingués par leur amour pour l'indépendance. On en arrêta mille , et on les envoya à Rome : le célèbre historien Polybe était de ce nombre. Le sénat, sans les entendre, sans les juger, les exila dans plusieurs villes d'Italie. Leurs compatriotes demandèrent long-temps leur liberté : enfin, au bout de dix-sept ans, le sénat permit leur retour. La plupart étaient morts de chagrin et de misère , et trois cents seulement revirent leur patrie.

Quelques années après la Grèce tenta un dergScI d<our nier effort pour recouvrer son indépendance : la k liberté, jjjjg^^ semblable à une lampe qui s'éteint, y jeta une dernière lueur avant d'expirer.

Démocrite, premier magistrat des Achéens , attaqua Sparte que protégeaient les Romains , et pilla la Laconie. Rome envoya des commissaires à Corinthe pour se plaindre de cette infraction des

Dernier

CONTRE LES ROMAINS. 5o,5

traités. Les Grecs irrités reçurent avec mépris leurs remontrances. Critolaùs, général des Corinthiens, parcourait toutes les villes de la Grèce, et les exci- c™,^/6 tait à combattre pour la liberté.

Le consul Mélellus se trouvait alors en Macédoine. Il fit partir quatre députés ponr Corinthe , et les chargea d'exhorter la ligue achéenne à ne pas s'exposer aux vengeances des Romains. Ces députés furent insultés et chassés.

Critolaùs disait hautement que, pour résister à Rome , il suffisait de le vouloir ; que tous les peuples, indignés contre sa tyrannie, n'attendaient qu'un signal, et qu'en montrant une noble audace on serait soutenu par les rois d'Orient. Les passions croient facilement ce qu'elles désirent , et le vif regret de la liberté perdue faisait saisir avidement le plus léger espoir de délivrance.

Thèbes , l'Arcadie , l'Eubée et la plupart des Achéens embrassèrent le parti de Corinthe. Métellus proposa de nouveau la paix , avec le sacrifice de quelques villes ; on refusa de l'écouter. A la tête de son armée, il marcha contre les Grecs, les mit en déroute , et fit plus de mille prisonniers.

Critolaùs, désespéré du mauvais succès d'une guerre dont il était l'auteur, prit la fuite et se noya. Diœus le remplaça et rassembla une armée TOME 2, 38

Sa mort.

3q4 guerre

de quatorze mille hommes. Mélellus, poursuivant

rapidement ses avantages , pa&a au lil de l'épéc un

corps de mille Areadiens, entra dans la ville de

Thèbes, qu'il trouva abandonnée par ses habi-

tans, et s'avança sur Corinthe , où Diœus était

renfermé.

Sur ces entrefaites Mummius arriva avec de nouveaux: renforts, et prit le commandement de l'armée romaine. Trois magistrats de la ligue achéenne , et dévoués à Rome, se trouvaient dans son camp. 11 les fit entrer dans la ville pour engager les Achéens à se soumettre : mais la faction de Diœus les jeta dans un cachot. Les assiégés firent ensuite une sortie vigoureuse, et forcèrent les Romains de s'éloigner.

Enflé de ce succès , Diœus offrit la bataille au consul : celui-ci, retenant l'ardeur de ses troupes, affecta une contenance timide pour enhardir l'aveugle présomption des Achéens. Ils s'avancèrent avec une confiance téméraire ; le combat eut lieu dans la partie la plus étroite de l'isthme. Le consul avait placé en embuscade sa cavalerie ; elle prit les Grecs en Qanc, les mit en pleine déroute , et leur coupa la retraite.

Diœus, perdant tout espoir de liberté, courut à Mégalopoîis , sa patrie, tua sa femme , mil le feu dans sa maison , et s'empoisonna.

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