‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 5)Chapitre 76 sur 77 · PENDANT LE QUATRIEME AGE · texte numérisé non relu

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vait d'autres mœurs , un autre culte ; l'image de la Vénus pudique excitait son respect ; une tortue, placée par Phidias aux pieds de cette déesse , rappelait sans cesse à la beauté le devoir de se dé fendre , de rester dans ses foyers , et de ne pas prodiguer ses charmes aux regards indiscrets.

Ce n'était plus les conversations brillantes , les indécentes agaceries , les caresses perfides de Bacchis , de Lamia , de Phryné , de Laïs ; mais la pudeur mystérieuse , le vertueux amour, la douce confiance , l'activité adroite et laborieuse : là , enfin , la volupté était sage , le désir modeste , le plaisir constant , et tout était ensemble devoir et bonheur.

Les Grecs, aussi sévères pour la vertu de leurs épouses qu'indulgens pour les vices de leurs courtisanes, exigeaient qu'elles vécussent renfermées ; elles ne paraissaient qu'aux fêtes religieuses et dans les cérémonies publiques , et toujours accompagnées de femmes et d'esclaves. Le magistrat veillait à la décence de leur maintien , à la simplicité de leur parure. Si une femme commettait quelque infidélité, elle se voyait exclue, par un arrêt sévère, des fêtes publiques; on lui fermait la porte des temples.

Si ce respect pour les vertus domestiques entretint long-temps dans la Grèce la force salutaire tome 2. 39

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des mœurs républicaines , la passion des Grecs pour le théâtre et pour les courtisanes devint la principale cause de leur décadence.

Les femmes grecques semblaient étrangères à ces jeux, à ces plaisirs qu'idolâtrait le peuple, mais elles prenaient une part active aux travaux de leurs époux , à la gloire de leur patrie. Sparte surtout vit leur courage exciter celui des hommes, leur estime récompenser la vaillance , leur mépris punir la lâcheté.

Argos dut son salut à l'héroïsme d'une femme : cette ville allait tomber sous le joug des Lacédémoniens ; elle venait de perdre dans une bataille six mille hommes , l'élite de sa jeunesse ; le reste des habitans , consterné , renonçait à tout espoir de défense , et tendait les mains aux fers du vainqueur : dans ce moment une dame argienne , Télésilla , quiavait déjà illustré sa patrie par ses écrits, rassemble les femmes qu'elle croit capables de seconder ses projets; elle leur retrace vivement les malheurs et les outragesqui les menacent, la ruine de leur cité , la honte de l'esclavage ; elle leur distribue les armes dont elle a dépouillé les temples et les maisons des particuliers ; elle court avec ses généreuses compagnes, les range sur les remparts, et repousse l'ennemi consterné de cette résistance imprévue.

Le général lacédémonien , craignant qu'on ne

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lui reprochât la mort de tant de femmes s'il était vainqueur, ou la honte de sa défaite s'il était vaincu , se retire , conclut un traité , et laisse aux Àrgiens leur territoire et leur indépendance.

On rendit les plus grands honneurs à ces vaillantes femmes ; celles qui périrent furent inhumées le long du chemin d'Argos ; on permit aux autres d'ériger une statue au dieu Mars. On plaça sur une colonne, en face du temple de Vénus, le portrait de Télésilla : on la voyait dédaignant de porter ses regards sur des livres placés à ses pieds, et fixant avec ardeur ses yeux sur un casque qu'elle semblait prête à poser sur sa tête. Enfin, pour perpétuer le souvenir de cet événement mémorable , on institua une fête annuelle , dans laquelle les femmes paraissaient habillées en hommes et les hommes en femmes.

Les législateurs de la Grèce , attentifs à fortifier Fune,.aiiies tous les liens de l'état social , en prolongeaient les devoirs au-delà du tombeau; des lois sévères commandaient impérieusement d'honorer la mémoire des moins. Dans les premiers temps on les inhumait; l'usage de les brûler prévalut ensuite : on recueillait leurs cendres dans une urne qui était déposée dans un tombeau; sur ce tombeau la douleur venait répandre des larmes , semer des fleurs , et offrir des libations.

Dès qu'un citoyen mourait on parfumait son

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corps ; sa tête était couronnée de fleurs et couverte d'un voile ; on plaçait dans ses mains un gâteau de miel pour apaiser Cerbère, et dans sa bouche une pièce d'argent pour fléchir Caron. Il restait exposé vingt-quatre heures aux regards de ceux qui venaient lui rendre les derniers devoirs : ses amis trouvaient à la porte un vase d'eau lustrale pour se purifier. Les hommes, vêtus de noir, précédaient le convoi en exprimant leur affliction par des chants lugubres ; les femmes, éplorées, le suivaient , faisaient retentir l'air de leurs gémissemens, et coupaient des boucles de leurs cheveux pour les déposer en offrande sur la tombe. A la fin de la cérémonie on disait un adieu éternel à l'être chéri qu'on quittait pour toujours ; et souvent ces hommages funèbres se renouvelaient au jour de la naissance de celui qu'on avait perdu.

Dans ces tristes journées les femmes oubliaient tellement le soin de leur beauté pour se livrer à leur douleur, qu'on fut obligé de faire une loi qui leur défendait de se frapper et de déchirer leurs traits. Une autre loi déclarait incapable d'occuper les emplois publics le fils qui négligeait de rendre les derniers devoirs à son père. Plusieurs généraux furent envoyés au supplice pour avoir omis, après leur victoire, d'enterrer les morts. Les guerriers qui périssaient en défendant leur patrie recevaient de magnifiques honneurs; une ho-

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norable inscription gravée sur leur tombe perpétuait le souvenir de leurs noms et de leur courage; les orateurs les plus célèbres prononçaient leur oraison funèbre.

Les Grecs s'enflammaient pour tous les genres j™> de gloire : les troubles civils , les factions populaires , les guerres sanglantes , les invasions ennemies ne pouvaient refroidir leur passion pour les jeux publics ; ils y couraient en foule , et suspendaient leurs divisions pour s'applaudir réciproquement. Us déposaient à la porte du stade leur vengeance et leur haine , afin de se réunir , de se confondre et de se disputer paisiblement la palme tragique, celle de la lyre ou de l'histoire , et le prix de la course , de la lutte , du ceste ou du pugilat.

Les lieux où se célébraient ces jeux , semblables à un temple de la Paix qui séleverait au milieu d'un champ de bataille , étaient pleins de monumens dédiés à la mémoire des vainqueurs , ou consacrés par la reconnaissance : chaque ville y envoyait ses chefs-d'œuvre, et y possédait un trésor ; ils s'enrichissaient encore par les magnifiques présens des rois étrangers.

Les oracles qu'on y consultait grossissaient la foule de ceux qu'attirait l'éclat de ces fêtes. Malgré l'obscurité des oracles, malgré la vénalité bien connue des prêtres , la superstition dû peuple U

Theâlres.

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la politique des gouvernemcns entretenaient la crédulité. Les convulsions de la Pythie, ses regards égarés, ses cris plaintifs, la bouche écumante du prêtre et ses cheveux hérissés persuadaient au vulgaire qu'un dieu les agitait et dictait leurs réponses : ainsi l'on vit souvent des villes détruites et des Etats renversés pour un mot prononcé par un pontife corrompu ou par une vierge en délire.

En sortant de ces réunions générales de tous les peuples , les Grecs , retournant dans leurs cités , couraient aux théâtres, objet de leur passion favorite. Celui d'Athènes était immense ; il contenait trente nulle personnes. On divisait l'avantscène en deux parties ; les acteurs occupaient la plus élevée , etles chœurs la plus basse. L'orchestre restait vide ; on le destinait aux combats de poésie, de musique et de danse.

Les femmes, assises dans l'amphithéâtre, se tenaient éloignées des hommes et des courtisanes ; on réservait aux magistrats , aux généraux , aux corps, des places distinguées ; le reste se plaçait en tumulte, se promenait, disputait, faisait venu' du vin, des fruits, des gâteaux, et y passait les jours et les nuits.

On représentait dans la même journée des pantomimes, des farces , des tragédies , des comédies : les acteurs portaient des masques ; d'ingénieuses machines, tournantsur des roulettes, présentaient

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tour à tour l'extérieur ou l'intérieur d'un édifice ; d'autres servaient à opérer la descente des dieux , l'apparition des ombres , à imiter la flamme et le bruit du tonnerre.

Les places coûtaient d'abord une drachme par tête. Périclès , qui voulait occuper les Athéniens de leurs plaisirs pour les distraire de leurs affaires, réduisit ce prix à une obole ; il finit même par distribuer de l'argent aux pauvres pour leur en faciliter l'entrée. On se livrait avec fureur à ces amusemens : les Grecs y assistaient aux aventures de leurs dieux , aux exploits de leurs héros ; ils ne pouvaient quitter ces lieux où le génie des auteurs les plus célèbres leur retraçait sans cesse la gloire de leur patrie ; et cette passion pour le théâtre devint telle qu'on prodigua pour la satisfaire les trésors qu'une sage prévoyance avait destinés à l'armement des flottes et à la solde des troupes.

Un peuple si léger ne pouvait chercher que des Commerce. succès brillans ; aussi les Grecs ne firent que peu de progrès dans la science du commerce, et leur marine fut toujours plus militaire que marchande: ils recevaient les denrées de tous les pays du nord , de l'est et du sud , et n'exportaient que de l'huile de leur territoire et de l'argent de leurs mines. Corinthe seule par sa position devint l'entrepôt, nécessaire du commerce de l'Archipel, delaSyrie,

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de la Phénicie, de l'Egypte et de l'Italie. Les droits de transit qu'elle percevait fondèrent sa richesse. Rhodes, plus sage et plus industrieuse, s'appliqua au commerce, et porta dans toutes les contrées ses vins, ses bois, son miel et ses marbres précieux ; aussi les poètes grecs disaient qu'une pluie d'or y descendait du ciel ; et sa pacifique industrie la rendit plus long-temps heureuse que n'aurait pu faire l'esprit de conquête. Les Grecs éprouvèrent un destin tout opposé. Ce peuple , jouet d'une imagination vive, fut constamment éloigné de la raison par ses passions : paraissant doué d'une jeunesse éternelle , il ne la perdit que pour tomber dans la vieillesse sans avoir parcouru l'âge viril ; aussi Diogène , en parlant de la Grèce, disait, tenant ta lanterne à la main : « Je n'ai ren- -» contré des hommes nulle part ,* mais j'ai vu des » enfans à Lacédémone. »

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