‹ Histoire universelle, ancienne et moderne (volume 5)Chapitre 75 sur 77 · PENDANT LE QUATRIÈME ACE · texte numérisé non relu

PENDANT LE QUATRIÈME ACE

le tombeau des cultivateurs , afin d'honorer l'agriculture et d'encourager les travaux domestiques. Les parens des jeunes époux les unissaient ; ils se juraient fidélité , et retournaient dans leurs foyers accompagnés de chœurs de musiciens et de danseurs. La maison était illuminée et ornée de guirlandes. En allant au temple , ils avaient placé des fleurs sur leurs têtes ; au retour on y posait une corbeille de fruits, douce image d'abondance et de prospérité.

On chantait des vers à l'honneur d'Hyménéus , jeune citoyen d'Argos, qui rendit autrefois la liberté à de jeunes Athéniennes enlevées par des corsaires, et qui reçut la main d'une de ces vierges pour prix de son courage.

On passait ensuite dans la salle du festin; les poètes chantaient des épithalames sur la lyre. Un jeune enfant, couronné d'aubépine et de feuilles de chêne, portait une corbeille de pain, et entonnait un hymne qui finissait par ce refrain : « J'ai changé mon ancien état contre un état plus )) heureux. )>

Un chœur de jeunes danseuses, parées de myrtes, et formant des pas voluptueux , représentait les jeux, les caprices et l'ivresse de l'amour. Le père allumait un flambeau nuptial, et conduisait sa fille chez son époux. En s'y rendant, elle portait un

Mœur!

Go8 TABLEAU DE LA CKLCE

vase de terre destiné à cuire l'orge ; une de ses femmes tenait un crible , et sur la porte on suspendait un instrument propre à piler des grains.

Tandis que ces emblèmes rappelaient les devoirs d'une vie laborieuse , toutes les personnes invitées à la fête chantaient et dansaient autour de la maison. Les amis de l'époux en défendaient l'entrée. Le jour suivant on venait les féliciter par de nouveaux chants consacrés à l'Hymen.

Les mœurs de la Grèce offraient aux regards de l'étranger deux tableaux bien opposés. En arrivant à Corinthe ou dans Athènes, il ne voyait partout que le plaisiretla volupté ; ses yeux étaient éblouis par l'éclat trompeur d'une foule d'élégantes courtisanes qui répandaient sur leurs cheveux de la poudre jaune , se noircissaient les sourcils , et se fardaient les joues avec du blanc et du rouge. L'or et les pierreries éclataient sur leurs vêtemens ; les guerriers célèbres , les poètes , les orateurs couronnés déposaient à leurs pieds les palmes qu'ils avaient conquises. Les magistrats les consultaient ; elles semblaient présider aux assemblées publiques ; tout présentait l'image de la licence et de la corruption.

Mais si , fuyant les plaisirs , cet étranger cherchait le véritable bonheur, il devait pénétrer dans l'intérieur des maisons et des familles. Là il trou-

Page 1