‹ Histoire universelle, ancienne et moderneChapitre 1 sur 46 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Tableau de la yieillesse de l'empire romain.*— Anéantissement de la liberté par Constanlin. — Fondation du despotisme. — Tableau de l'empire après la mort de Constantin. — Translation du siëge de l'empire à Constantinople.—- Érection d'an arc de triomphe à Constantin. >— Prédilection de Constantin pour le christianisme. —Premières discordes ecclésiastiques. — Secte des circoncellions en Afrique. -— Éducation des enfans de Constantin. — yictoire de Constantin sur les Sarmates.— Établissement des jeux Sarmatiques. «^-Édits de Constantin.— Abandon des charges publiques. — Ordonnances de Constantin. — Son respect pour le culte de Dieu. — Guerre entre Constantin et Licinius. — •« Bataille de l'Hèbre* -« Fuite do Licinius. — Bataille de Chrysopolis. — • Défaite et fuite de Li« cinius. — Son abaissement et sa mort. — Abolition du polythéisme. — Désordres dans l'empire occasionnés par les courtisans. — HeVcsie en Egypte excitée par A ri us. — État d« l'égHse. ^- Sectes du syncrétisme , des esséniens et des thérapeutes. «^ Mœurs des esséniens. ^- Mœurs des thérapeutes, -i-. Établissement du christianisme. — Propagation de l'Étan« gile.— -Causes de la haine des Romains contre le christianisme*

— Progrès du christianisme. — Chute du polythéisme. — Premiers éyéques à Rome. — Pontifes de Romu jusqu'à Cous-' tantin. •— Le Paraclet.— Tableau des discordes causées par lea schismes. — Élection d'un chef de l'église , nommé ensuite pape. — L'excommunication. -— Moiale *du christianisme*

— Naissance de l'arianisme. — Efforts de Constantin pour établir la paix dans l'église. ^- Session d'un concile général* — ^Clôture du concile. — Abolition des combats de gladiateurs. — Mort de Crispas et d« .Fausla. «^ KévoUe contre

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3 AISTOIBB

CouiUntin. — Son d^piH di!Gnilir de Rome. — DdconTerts du «^pillera de léiqi-Chrial. — Constructioo'd'uae ^Um nommée le Stunt-Siîpiilcre. — Fondation da CoiuUntiiiople dana Byiance. — Le »iige de l'empire eal ûxi daai celte ville. — GraDds IraTam dans ByiaDce , ton* Cooitaulin. — Dddicaca de Conatantioople à la Vierge. — Inatitutiona de CoDstanlin.

— Victoire du jeune ConiUntîn anr lea Goths, — Morldn philosophe Sopaler. — R^TolntioB parmi les barbares. — NiissaDce de Julien l'Apostat. — Panégyriques de Constantin. — Révolte et mort de Cnlocère. — Partaj-e de l'empire entre les enfant de Conitantio. — Nouvelles di«*ei)*ion« de N«U*e. — Etil et mortd'Eustatbe. — IW«ol>^i«iancedel'é- T^que Atbauase , au sujet d'Ariui. — Accusations dirig<!ea •entre lui. — Sa jatlificelion , sa condanmatîtin , ta déposition. — Bëinljgration d'Arias. — Arrivée d'Athanase A Constaotinople. — Sa )p9liGcaIion devant Constantin. — Sa c<kndamnalion et ton exil. — Triomphe et mort d'Arius. — Loi sur la juridiction dpiscOpalv. — Autres décrets de Constantin,

— Déclaration de guerre aux Perses. — Maladie et baptême de Constantin. — Bappeld'AthBDtse. .— Mort de Coostanlin.

CONSTANTIN. (An 3i3.)

jN ous avons qaîtt^ ce Forum célèbre où brillèrent tant d'orateurs âoquens , ce sënat que Cynéas avait pris pour une assemblée de roîa, et où l'on admirait tant de vertus , ce Capitole où triom-. phèrent tant de héros ; et nous revenons avec Constantin vers cet Orient voluptueox où l'homme, berc^par la mollesse, enivré par les plaisirs, parut toujours destiné à s'engourdir au sein du repos , et à s'endormir dans l'esclavage.

Il Nous allons ëcinre l'histoire de la vieillesse de "cet empire, dont la force colossale avait si longtemps fatigué la terre : l'histoire de cette vieil-

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lesse est triste j mais elle cousenre cependant quelques traits qui rappellent son antique grandeur ; si elle n'élèye plus l'esprit ^ cjle l'intéresse encore ; on y Toit peu de ces actions héroïques qui excitent Tadmiration^ mais elle offre aux rois et aux peuples d^utiles leçons et de salutaires exem*-^ pies : on y trouvera le courage plus occupé à se défendre qu'à conquérir ; la politique s'y montre plus timide ; Fintrigue y succède à Faudace , la trahison aux révoltes; on assassine au lieu de Taincre.

Des conjurations fréquentes détrônent encore quelques princes, mais elles ne produisent plus de révolutions que dans le palais; elles sont presque indifférentes aux peuples , qui ne font que changer y non de sort y mais de maîtres.

« Depuis le partage de l'empire , comme le dit Montesquieu y l'ambition des généraux étant plus contenue ) la vie des empereurs fut plus assurée^ ils purent mourir dans leur lit^ ce qui parut avoir un peu adouci leurs mœurs. Ils ne versèrent plus le sang avec tant de férocité ; mais ^ comme il fallait que ce pouyoir immense débordât quelque part 9 on vit un autre genre de. tyrannie , mais plus sourde. Ce ne furent plus des massacres y mais des jugemens iniques, des formes de justice qui semblaient n'éloigner la. mort que pour flétrir la vie. La cour fut gouvernée et gouverna par plus d'artifice, par des arts plus exquis, avec un plus grand silence; enfin, au lieu de cette hardiesse à concevoir une mauvaise action et de cette impétuosité à la commettre > on ne vit plus ré-

gner que les tîces des âmes faibles et des crimes réfléchis. »

Depuis Auguste , les empereurs les plus ambitieux ayaieut respecté les formes républicaines; et les plus mauvais princes , se montrant encore citoyens y se faisaient populaires pour se rendre absolus. Ces maîtres du monde ne commandaient à la terre qu'au nom du peuple romain ; le sénat légalisait leurs ordres, les pontifes sanctifiaient leurs entreprises, les pluspuissans et les plus illustres personnages de Rome décoraient leurs trônes, entouraient leurs personnes et soutenaient leur gloire par l'éclat de leurs triomphes. Peu de •princes , même les plus lâches , se seraient crus dignes de conserver le norti et la puissance cCimperator, s'ils n'avaient parcouru fréquemment les camps nombreux qui garnissaient les frontières de l'empire ; ils quittaient souvent la toge , et se montraient à la tète de cts invincibles légions qui •faisaient respecter encore les Romains, à l'époque où la chute de leurs vertus et de leur liberté ne leur laissait plus d'autres titres à l'estime que le courage.

Anéantis- Sous le règne de Constantin , les traces de cet ?"uberté ^'^^î?"® système s'effacèrent ; il ne se soumit aux par Cous- ancicnnes coutumes que jusqu'au moment oii il n^eut plus de rivaux. Soigneux de détruire tout ▼estige de liberté, il fit même disparaître de ses ' enseignes les lettres initiales des noms du sénat et du peuple romain ; prenant pour prétexte la nécessité de les remplacer sur le laharum par celles du nom de lésus-Christ, Le* peuplé fut privé* de

DU BA8-EMPIBE.

tout droit d'ëlire ^ et le sénat de tonte part rëelle a la législation*

L'empereur craignait la puissance des grands, rondatio* et voulait cependant ménager leur vanité : il créa lû»*/*^*^ une foule de titi^s sans fonctions , ne confia l'auiorité qu'à des officiers choisis par lui , et dont l'existence dépendait de sa faveur. La nation ne fut plus rien, le prince fut tout ; la cour remplaça la patrie , et la monarchie n'étant plus légale devint patrimoniale.

Les princes aveuglés par l'amour du pouvoir craignent toute limite à leur autorité ; ils oublient que les institutions qui règlent et arrêtent leur marche peuvent seules lui donner quelque sûreté, et qu'en ne voulant pas de barrière contre l'abus de la puissance , ils la privent des seuls remparts qui ,. dans les jours de péril , peuvent la défendre.

Constantin ne s'aperçut point des dangers du despotisme qu'il fondait. Prince belliqueux , couronné par la victoire, chéri des soldats compagnons de ses triomphes , il se vit respecté des peuples qu'il avait délivrés d'une foule de tyrans : son habile et heureuse activité empêchait tout péril de naître , et rien ne lui résista que le clergé «qu'il avait affranchi , élevé et enrichi.

Tout despotisme est brillant lorsqu'il est décoré par la gloire , il donnQ même un bonheur apparent et passager quand il est exercé par un prince habile et )uste. La force de Constantin assurait à l'empire un profond repos ; l'équité qui dicta la plus grande partie de ses lois faisait jouir ses sujets d'une sécurité depuis lopg-temps inconnue. Ce ne

b HISTOIRE

Tableau fut Qu'après sa mort que tous les vices de ce ^ou«-

de l'empire ^ JT . . ' ,

•près la yernement sans contrepoids et de cette monarchie c™ai>uaUD. '^^^ ^^^ éclatèrent dans toute leur difformité , et amenèrent en peu de temps la chute de l'empire qui devint la proie des barbares*

Dès que Pâme active de Constantin cessa d'ani— merles membres épars de cet empire colossal, ses faibles successeurs y semblables aux despotes efféminés de l'Asie, ne montrèrent plus rien de romain. Une lâche oisiveté les enchaîna au miliea d'une cour corrompue ; ils s'enfermèrent dans leurs palais j toute leur puissance passa entre les mains des eunuques, des affranchis et d'une foule d'insolens domestiques. « Les plus grands personnages, les magistrats les plus*respectables, les plus braves guerriers , comme le remarque un historien moderne, M. Le Beau, se trouvèrent ainsi à la discrétion de cette foule de courtisans sans exe* péx4ence et sans mérite, qui ne peuvent servir l'état , ni souffrir qu'on le serve avec gloire. )>

Invisibles pour la nation, au fond d'un palais impénétrable à la vérité , environnés de prêtres que l'ambition éloignait de leurs devoirs , et qui ne s'occupaient que du soin d'associer leurs maîtres à leurs honteuses querelles , à leurs puériles disputes, .et souvent à leurs funestes erreurs, ces empereurs dégradés ne virent , ne pensèrent et ne régnèrent plus que par leurs favoris*

Depuis long -temps l'Italie , possédée par les conquérans du monde , enrichie des dépouilles de la Grèce, de l'Asie, de l'Afrique et de l'Espagne, n'était plus^ suivant l'expression de Montesquieu^

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que le jardin de Kome* Cette terre y couTerte de palais ) de maisons de plaisance ^ de parcs somp^ taeux 9 consommait tout et ne produisait rien. On y voyait en foule des riches efiTÀninés, des esclaves consacres au luxe et aux plaisirs ^ des gladiateurs j des baladins , des courtisanes ^ des pantomimes ^ mais presque plus de cultivateurs ni de soldats ; les laboureurs ne se trouvaient qu'en Afrique 9 en Sicile, en Egypte. Les légions, for« mëes par des recrues tirées des pays conquis ^ comptaient dans leurs rangs peu de citoyens et tine foule de barbares , plus disposés à piller l'empire qu'à le défendre. Le luxe de plusieurs cours et la multiplicité des offices faisaient sans cesse augmenter les impôts , dont le produit , dissipé par les favoris , était perdu pour la chose publique*

La translation du siège de Tempire à Constan- TrMi»utiôia tinople y achevant d'écraser l'Italie , lui enleva le l'empire à reste de sa population, de ses richesses , et l'on- ^orfe" " Vrit enfin sans défense aux sauvages enfans du Nord , qui triomphèrent sans peine de ces faibles descendans des vainqueurs de la terre , et plongèrent, pendant quelques siècles, le monde civi^ Usé dans les ténèbres de la barbarie.

C'est le récit de cette sanglante et terrible révolution que nous allons commencer. Il nous conduira promptement à l'époque où , dans le Nord et dans l'Occident, s'élevèrent, au milieu des débris de l'empire, ces nouvelles monarchies qui, après une longue nuit , sortirent enfin de ce chaos , fortes , brillantes ^ et firent reparaître dans la

Gaule 9 dans la Germanie et dans la Bretagne moderne ^ les sciences, les lettres, les arts, et tous ces rayons de la gloire humaine'qu'on avait craint de voir disparaître pour toujours au milieu de9 ruines de la Grèce et de Rome.

En Orient nous suivrons plus long -temps les faibles successeurs de Constantin, mais sans nous appesantir sur les tristes et honteux détails de cette suite monotone de tyrannies sans grandeur, de révolutions sans intérêt public, de crimes sans éclat : nous esquisserons rapidement les règnes de ces princes, dont la plupart ne parurent sur le trône ^e commue des ombres, et qui traînèrent plutôt qu'ils ne portèrent le sceptre des Césars , jusqu'au moment où les soldats fanatiques de Mahomet, les surprenant au milieu des disputes do leurs sectes et des jeux de leurs cirques, arraché-* rent de leurs fronts les débris d'une couronne qu'ils ne pouvaient plus soutenir*

Constantin, fondateur de ce nouvel empire^ parut dans les premières années de son règne plut occupé du soin de relever les anciennes institua lions que d'en créer de nouvelles*. Libérateur de Rome, ses premiers actes eurent pour objet la réparation des maux produits par la tyrannie et des désordres qu'entraînent les guerres civiles. Triomphant sous les enseignes d'un culte nouveau, il ne fit d'abord qu'affranchir et protéger une religion jusque-là proscrite. Ménageant le polythéisme , il le laissa quelque temps en possession de ses droits antiques et de ses honneurs.

BU BAS-^SldPlRE. .9

Aptè^ otoir ramené la justice dans Pémpire, il voulut y faire régner la tolérance j par cette sag^ politique 9 il rétablit ia/paix intérieure et mérita cette ûfFection sincère que les pat^lis vaincus ac^ coixient si rarement 8u& Vainqueurs*

Ce fut alors, dans Tannée 3i6, qu'on lui éleva Érection un arc de triomphe sur lequel on lisait cette ins-^ triomphe i cripiion dictée parla reconnaissance et non par la ConiiMim. flatterie : ie aénai et le peuple rowmu ont cort'^ isacré cet arc dé triomphe à Constantin ^ qui » à V inspiration de la Divinité et par 1xigrande\ir de nongéme^ àtatétede éonamtée ,usu^ par une juste a^engecume , délù^rer la Jiëpililique du Joug' d'un tyran*

L'empereur répondit modestement i cet hommage ^ en attribuant ses anocèa à Dieu seul. H fit plac^^ au bas de la longue ctoix que portait sâ 6tatue, cette autre inscription : C^e^tpar ce eigne salutaire , vrtd symbole de force et de courage , que J'ai délivré votre ville , et qu^J'ai rétahli te sénaè et le peuple romain dans leur ancienne splendeur^

En même temps que par cette déclaration so^ PréiiiéV.. knnelle il montrait «a prédilefctioti pour le chrî»- col?Juia tianisme« il résistait au zèle ardent des chrétiens ^^^"^ *^

christia-

^iti Pentonraient^ et leur interdisait toute réaction ftUme. contre leurs persécuteurs : par un édit^ pul^lié à Milan, il garantit i tous les citoyens de Feittfpi^e la libre profession et leurs différentes relxgidns^ oenfin, pour prouver combien il ctaignait de marcher sur les traœs des tyrans , il rendit une loi pour condamner à la torture t^ut délatenf qui

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