‹ Histoire universelle, ancienne et moderneChapitre 2 sur 46 · TOME VII. * a · texte numérisé non relu

TOME VII. * a

aurait accusé sans preuves un citojen du crime de lèse-majesté»

Si ce prince eût persisté dans ces nobles sentie mens , il aurait égalé en sagesse Marc- Aurèle et Trajan , qu'il surpassait peut-être en gloire mili-^ taire; mais l'ivresse du pouvoir et l'ambition des prêtres qui l'entouraient lui firent bientôt aban*^ donner cette sage politique. Les chrétiens, à peine délivrés de la persécution , se divisèrent en sectes; Pempereur aurait dû ne se servir de son autorité que pour leur défendre tout acte contraire à la tranquillité publique; il fallait éviter , en se mêlant à ces querelles d'opinions', de leur donner une fu-^ neste importance; et sans doute, s'il n'eût point envisagé ces dissensions comme politiques, les disputes métaphysiques des chrétiens n'auraient point eu plus d'influence sur le sort des peuples, que les controverses des différentes écoles de phi^ losophie, qui depuis si long^temps avaient partagé les esprits sans troubler la terre. Mais dès que le pouvoir de Fempereur intervint dans les affaires religieuses, elles se transformèrent en affaires d'état. L'esprit d'opposition- et de liberté qui était sorti du sénat entra dans les conciles j l'audace qui avait quitté la tribune reparut dans la chaire : les consciences résistèrent à l'autorité ; les prêtres prétendirent commander aux âmes, comme les princes aux corps, et le monde s'accoutuma à reeon-^ naître deux puissances, l'une spirituelle, l'autre temporelle, dont les passions ne laissèrent jamais marquer les limites avec précision.

Quelques priaces, jaloux de leur pouvoir et mal

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entoures , opposèrent souyent l'hérésie aux dogmes reçus par Féglise, et proscrivirent ceux qu'ils ne pouvaient conràincre. D'antres^ faibles, timorési dominés par des prêtres ambitieux , cédèrent à la tiare une partie des prérogatives de leur couronne. Le désir d'une vaine gloire, la soif des richesses , l'espoir de la puissance répandirent dans l'ëglise les germes de la corruption; cette religion morale qui proscrivait toutes les passions, qui enseignait toutes les vertus, qui faisait un mérite de la pauvreté, un devoir de l'humilité, et qui ordonnait à tous ses ministres de prêcher aux hommes l'union, l'égalité, l'amour et ^l'oubli des injures, offrit k la terre le tableau scandaleux des dissensions les plus opiniâtres , de l'ambition la plus effrénée , des querelles les plus indécentes et des vengeances les plus cruelles*

Au nom de celui qui avait déclaré que êon royaume n était pas de ce monde , on se disputa honteusement les honneurs, les richesses, la domination) au nom du Dieu qui pardonne, on se lança réciproquement les foudres célestes; au nom du Dieu de paix, la terre fut ensanglantée.

. Toutes les pages de cette histoire, et, pendant plusieurs siècles, celles de Phistoire moderne, ne seront que trop remplies des désordres , des cri<^ mes qui furent le résultat de ces funestes égaremens : en les décrivant avec fidélité, il est juste, il est essentiel d'éviter toujours une faute non moins commune , celle de confondre une religion simple , morale , tolérante , pacifique, avec les passions et les excès de ses ministres. L'histoire n'est

plus impartiale et n£ conserve plua son noble c*-t Tiictère,]oi's<)He, trop iErit4ed£$ftbli$t eUeaccuM les ipriof^ipei; c'est trujpapcr Iqahommfts au Ueud^ les t^clùi'or, qiie d'itltribuer à U philotophU lett erre^^^ de» sopbisttitt, à U liberté les crimes de l'apaorcbie, à la religion les faiblesses et leq ricei qu'elle condamne.

■I L'Afrique futle premier théâtre de ces dbcor-r ' des. C^cilieQ, ëv^uede Cartbage, futaceusépar Donat d'avoir usurptîl'épiscopatet de s'être trouva su nombre des iraditeura, c'est-à-dire, de ces pbriilieus qui, par faibleaae, dans le temps de la persécution, avaient découvert et sacrifia aux ma^ gistrats les livres saints^ Cette querelle diTis^ l'église; soixante-dix évèques d'Afrique décla> rèreat C^cilien innoceot et lég^ement ordonné ; le parti des donatistes, lu'dent et neai^reux, ne youlut point reconn^tre cette décision.

L'empereur, 'dans le dessein de terminer cq schisme, convoqua en3i4, daas'Ja viUe d'Arles, un concile : le pape Sylvestre v enyoya deux lér gats : cette assemblée fit encore un décret favo^ rable aux évéques Félix et CéciLien; elle rendit compte au pape de ses décisions et de ses motifs. Les évëque» quj composaient ce concile se doa-> paient alors au successeur de saint Pierre qae le titre de trv» t. cher frire } ils l'intitèncbt à publier leur décret et à le oodimititiqaer aux autres églises.

L'année suivante d'antres troubles éclatèrent fn Palestine : les Juifs, irrités contre les chrétiens, exercèrent sur eux des violences. Constan-

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|in réprima ces excè», déclara libre tout esdaye phr^ti^ï^ s^ppartenant à un Jaii^ dëf «ndit aax lar aëlites d'eu acheter ^ et les menaça de la confiscatiim de leurs bieni et de la perte de la vie^ a'ib forçaient an cbrékien à se f aire circoncire. En même texnpd il abolit dgns tout l'empi^re le supplice de la croixt

Le^ dojoatifites^ toujçMirs opiniâtre» dana leur irësialance y appelèrent à l'emp^rear du jugement du poncile ; ce prince refusa d^abord de Juger cette querelle religieuse qu'il ne croyait pas de sa compétences mais depuis 9 chfingeant d'opinion, il fit ordonner à Céçilicn ^ par le proconsul d'Afrique^^ de se rendre à Romfi et de comparaître devQïLt lui : cet évèque n^pbéit pas ; Pemperenr, quelque temps après , ae trouvant à Milan, )oge^ seul cette cause , et rendit un décret qui déclaT: rait GéciUen innocent et ses adversaires calom-^ liiateurs..

Cet acte d'aiitoritd^ dans une affiliée qui n'inté« ^ssait que la ocosciasce, fut ap]H*ottvë dans là auite par Uundes pins fermes soutiens de la religion , saint. Augustin ) qui parut n'y yoir que le désir de rétablir la paix de l'église. Mais on ne tarda pas à éprouver rineonyénient inévitable qui devait résuher.de l'importance que donnait à ces misérables querelles l'influence du pouvoir souverain : les donati^es ne respectèrent pas plus l'autorité de l' empereur que celle du concile; la con* ^sc^tion de leurs biens ne put vaincre kur opiniâtreté y ils méprisèrent l'excommanication lancée, f^nire eax^ et cç soIiisBcie d^énéra en hérésie.

„ Une secte beaucoup plus dangereuse se porta - en Afrique aux plus grands excès. Les drconcel-^ Uona , paysans foaatiques, interprétant an gré de leurs passions les préceptes de l'Évangile, roolurent établir violemment sur la terre cette égalité absolue qui n'existe pour les hommes qu'après la mort : prenant le titre de protecteurs des opprimés , ils brisaient les chaînes des esolaves y leur donnaient les propriétés de leurs mitres, affiran-r chissaient les débiteurs de leurs engagemens , massacraient leurs créanciers , prenaient audacieuse— ment la défense des donatistes, et immolaient les catholiques à leur Tengeance.

Sous prétexte que Jésus~Christ avait défendu à saint Pierre l'usage da glaive , ils ne s'armaient que de branches d'arbres , qu'ils appelaient hâton tf /»raëlf et s'en servaient pour assommer leurs ennemis. Leur cri de guerre était louange à Dieu; leurs généraux portaient le titre de chefs des saints. Loin de craindre l'autorité des mi^istrats et la rigueur des lois , on voyait plusieurs de ces furieux, égarés par le fanatisme, se donner volontairement la mort dans l'espoir d'obtenir la palme du martyre. Ils annonçaient d'avance cette résolution insensée, s'engraissaient, comme les victimes destinées aux sacrifices, et se jetaient ensuite an milieu des flammes ^ ou se précipitaient du haut d'un rocher dans la mer. Tant que l'ardeur des différentes sectes se consumait en vaines disputes , on se bornait à des excommunications ; une tolérance générale était peut-être le remède le plas utile qae la raisoQ pût dicter & l'autorité; mais lorsque les

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sectaires joignaient l'action à la parole et se permettaient de violer les lois de l'ëtat y de trooUer la tranquillité publique et d'attaquer la yie oa la propriété de leurs concitoyens ^ il devenait just^, et indispensable alors que la puissance temporelle déployât sa force contre eux : Tempereur charges^ les comtes Ursace et Taurin de punir leur audace ; on fut obligé de les combattre ^ et on ne put étouffer cette révolte que par le massacre d'un grand nombre de ces fanatiques*

L'esprit de vertige des Juifs semblait alors s'être répandu dans toutes les parties du monde ; il y portait la discorde , et le fanatisme qui avait faii de la Judée , pendant tant de siècleS| on théâtre d'intrigues scandaleuses, de querelles opiniâtres^ de guerres acharnées, et cette fureur de parti qu» ne put apaiser , dans Jérusalem y l'approche de l'ennemi armé. pour la détruire. On doit remarquer que toiutes les sectes produites par les écarts d'une vive imagination naquirent dans l'Orienté L'Europe avait soumis l'Asie par ses armes ^ et l'Orient à son tour conquit FOecident pas ses opinions. On sait peu de détails sur les six années qui suivirent la révolte des circoncellions, et qui précédèrent celle où Licinius prit pour la seconde fois les armes contre l'empereur. U parait quey pendant ce long espace de temps , Constantin resta en lily*rie , occupé à défendre les frontières de l'empire contre les Sarmates, les Carpiens et les Goths. Il signala ses armes pardenombreuxtriomphes^s'em* parade la Dacie et contraignit les Goths non-seule* ment à conclure la paix, mais à lui fournir quarante

i 6 HISTOIRE

iniUe soldats, auxiliaires plus dangeréajt: qa'tî^ tileSé

Eâsèbe , toujours e&agërë. dans les ^lo]^s qu'il prodige an protecteur des ebrëtiens, prétendait que Constantin ayaît subjugué toute la Scythieet conduit ses légions jusqu'à la mer du Nord. S'il étendit si loin ses conijctét^s , on doit croire qu'il fut obligé d'abandonner promptemerit ce qu'il « vait eonquîs ^ puisqu'on le tevit encore fréquemment combattre les barbares sur les bords du Da^ nube. Ses rîctoires brillantes Paient loin d'être décisîres , et les ennemis yaincns reprenaient bientôt leurs annes, ce qui faisait dire & Siîénus que « les lauriers de Constantin ressemblaieht aux » fleurs du jardin d'Adonis y aussitôt fanées qu'éj> panomeSi »

Depuis la chute de la liberté , on trouve beaucoup d'incertitudes dans l'histoire : tel est l'effet du despotisme 9 les nations se montrent indifférentes , même à la gloire dps armes. Elle devient un patrimoine particailieTjjwesque étranger à la chose publique : ce n'est plus alors Fhistoire de l'état , c^est celle d'nn prince qu'on écrit, et les événemens ne nous sotit transmis que par des apologies ou par d^s satires.

Èfiucation En mémetefiîtisqifePemperear combatfaît pour 4e cons- se défendre contre les anciens ennemts de nome, taniin. •j s'occupàït du soitt d'assurcT i ses enfans la pos*session de son trône, et donnait à ses trois fils le titre de César. Il leur composa une maison et leur at- ' tacha une garde. Trop habile 'pxmv ne pas sentir qu'une puissance absolue, établie si nouvellement

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parlafûrintie, devait èlt^défendaepirkcoiiragey il s^gccupa soigneusement de l'ééacatioa de ces jeunes princes y les forma lui-n^ême aux exercices , à la tempérance, les accoutumai faire de longues marches, à supporter le poids des armes, à braver l'intempérie des saisons, et chargea les plus habiles maîtres d^ëclairer leur esprit; Comme il croyait^ d'après l'exemple dé son père, que l'affeelion des peuples est la base la plus solide de la puis^uice des souverains, i} s'efforça de graver dans le coeur de ses fils cette maxime : «c La justice doit être la r^le % du prince , et la clémence son sei^timent; »

La nature et la fortune trompèrent la pir4toyanoe de Conètantin ; ses fils héritèrent de sei défauts et non de ses vertus^ Lé seiil de ê^é enfans qui aurait pu réaliseir ses espérances, Crispus^ élevé par Lactance , mâi'chait sur les traces de son père , et voyait comme lui ses armes couronnées par la victoire j mais il périt bientôt victime de la falousie de sa belle-mère et de Faveugk impétu^^ site de Pauteut de ies jours^

Son instituteur Lactaiice fut tm des* célébrée écrivains de ce tmnps. Son style était éloquent et pur; on l'appelait le Cicérôn chritieru Q s'illustra dans son apologie du christianisme^ et mcotra plus de force encore dan^ ses attaques contre le poly* théisme*

%xk 320 Pemperetir nomxilà c^onâul son troisième fils encore enfant ^ il ne lui permit que de signer des lettres degraôe, sani doute pour le faire jouiï^ victoire d* du plus heureux droit de la puissance^ Deux ans Constantin après, Constimtin^ rappelé dans les eampapar une ««ul'

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inrarion des barbaies , trarersa le Dmabe, battit ËubuiH- les Sarmates, et tua de ta main leur roi Raaiinonde> iMxStr^ Oa établit à Rome, enfarenr de cette victoire, tes ^^*'- jenx Sermatiques,

Édiub Les travaux militaires n'empêchaient point ce """'""prince actif de se livrera ceux de la législation. 11 ordonna dans tout l'empire de consacrer le dimanche i la prière et au repos. L'augmentation continuelle des taxes produisait son effet ordinaire; elle dégoûtait les hommes d'une vie infortunée ; étouffant tous les sëntimena de la natore, elle reu" dait les mariages plus rares , et portait les époux malheureux aux actions les plus coupables : ils exposaient la nuit, dans les rues et sur les grands chemins , leurs enfans qu'ils ne pouvaient nonrrir. L'empereur publia des édits sévères contre ce crime; mais, en m4me temps, comme il ne pon-^ Tait contraindre A se marier ceux qui gardaient le célibat par principes religieux ou par misère, il «boUt la loi Peppéa dont les dispositions puni» saient par des amendes tout citoyen âgé de vingtcinq ans et non marié.

Un de ses édita menaça de peines sévères les aruspices et tous ceux qui , par des opérations magiques ou par des philtres , profitaient de la crédulité des hommes, en leur promettant de servir ' lenr haine ou leur amour. Transigeant cependant encore à cette époque avec la superstition du polythéisme, il toléra les charlatanismes idolAtres qui n'avaient pour but que de guérir les maladies et d'écarter les orages.

Une antre loi» annulant tontes les confiscations

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ordonnées par Dioclëtien et par Galère ^ rendit aux églises leurs biens et leur donna ceux des martyn morts sans héritiers*

Il publia contre le rapt un édit ^ trop séfère ^ qui ne distinguait pas la séduction de la violence»

Presque toutes les Tilles des provinces étaient alors a4niinistrées par une sorte de sénat dont lee membres s'appelaient décurions y et les chefa duumvirs : on les choisissait parmi les membres des familles les plus distinguées , et la plupart dea citoyens évitaient ou quittaient ces fonctions g3ra« tuites et onéreuses, parce qu'elles les assujettis* «aient à des contributions plas fortes que celles qu'on exigeait des autres habitans. Constantin ^ pour maintenir une instituticm utile, soumit à des peines pécuniaires tout citoyen élu qui refuserait ces charges ou les abandonnerait. Par le même édit il appliqua au profit de ces administrateurs les terres des citoyens qui mourraient sans héritiers. . Ainsi y dans la décadence de Tempire , tout es-r prit public se trouvant éteint , il fallait que le pou- . ^'^"^* voir absolu contraignit les citoyens à exercer les pnbUqiMf. charges qu'autrefois leuvambitionse disputait avec tant d'ardeur* L'administration publique n'était plus regardée que comme une corvée. Les. officiers, brevetés par l'empereur, sollicitèrent et obtinrent l'exemption de ces charges publiques ; chacun fuyait les emplois qui ne le rendaient utile qu'au peuple , et ne cherchait avidement que ceux qui le rapprochaient des princes. Les places de l'état n'étaient plus rien , les places de cour étaient tout. On s'accoutuma promptement àne reg^xder

les di{^ità de qoeateHr, de pr^or et idème d« consul , qne comme des titres bonorifiques ; l«ur^ foDctioDs réelles ne iurent remplies que par les comtes , les généraux) les o£&ciers de la maiioa de l'empereur.

arduB- CepeudaDt, comme Constantin ^ justepar prin-r coutuitin cipe8antantqD'ambitieuxparcaractère,£atpromp' tement informé des plaintes qu'excitaient par-tout l'aridité de ses conseillers et k conduite arbitraire de ses gouremeura de prorincea , il défendit fiux juges et aux magistrats d'exécuter tous décrets , même les siens ^ s'ils étaient contraires aux lois, et il ordonna de n'ayoir dans les jugemens aufun égard à la naissance et an rang des accusést « Le crime^ djsait-il , efface tout pririlése et toute « dignité. »

Telle était l'étr;inge contEadiçtion qa'of&vicnt alArs^ dans la conduite et dans les lois de l'empereur, l'attrait du pouToir absolu* l'^mnor de la justice et les souTenirs de 1« libertéf

Il défendit p^r un décret aqx percepteurs det contributions d'enler» ao^ agriculteurs leuri boeafs et les instrumens du labourage. Jusqu'à cette époque' la répartition des impâta avait été réglée par les notables de- chaque lieu , et les ci* «hes se serraient de lenf influence pour faire peter la plus grande partie de ce fardeau sur les pau' Très. Constantin , dans l'e^oir d'arr^tetrcee lAna, chargea les gouTerneura de provinces seols de ri" gler celte répartition; c'était remplacée le« iacon- Téniensdel'aristocritieparlei dangers plus grandi de l'arbitraire.

DU BABtEHPIKEç 2i

L'empeceur^ soigneux de récompenser les sol<^ datsqui lui ayaient donné la victoire et l'empire y leur distribua use grande quotité de terres qui se trouvaienf; Tscantes»

Courent les souverains, jaloux de leur pouvoir^ prëfërent lessoldat s étrai^er s aux soldats ci tpyenSf Constantin , {Ans frappé de l'utilité qu'il pouvait tirer du courage des Francs et d^s Goths que des périls futurs auxquels de tels auxiliaires expo^ saient l'empire ) prit à son service }es plus braveb de ces guerriers^ Ces mercenaires ne devinrent dangereux que pou^r ses suçcesseurSé Us servirent Constantin f|vec zèle : Ébonit, capitaine franc ^ se distingua par de brillaus exploits dans la pre« mià^e guerre que Gqnstantio entreprit contre liir pinius) et qui lui valut la possession de la Macé*doine, tle la Grèce et de l'IUype»

Quoique l'empereur ne fAt pas encore bapti^ , sonresp'^ct etque^ p^r politique , il parât )niqu'à cette épo-- cuite cUni- ^ue Bi^nager l'ancienne religion de l'empire , il ^''°' fie cessait p^s ui^ instant , n^ème ^u bruit des ar-^ mes, de montrer sa prédilection 0t son respeet poar le cuite du Dieu fiuquel il attribuait ses triomphes^ On voyait, au milieu de ses camps, un aratoire desservi par des prêtres et par des diacre* qu'il appelait fe9 gardes de son ume. Chaque légion avait sa chapelle et ses s^nisttresj» et , avant de donner le signal da combat , Pempereiftr, à U tète de ses guertiws, prosteraë aux pieds de H croix, invoquait le Dieu des iurmées, et lui demandait la victoire*

f^icjnius, sou collègue et sonriyal) lé mo<|uMt

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d0 ces pratiques qa'il appelait superstitleases, tan-* dis qae lui-même, environne d'une foule de pontifes, de devins et d'anispices, cherchait à lire sa destinée dans les présages et dans les entrailles des victimes.

Guerre Après la mort de M axence et de Maximin , tout tantin et 1 empire se trouvant partagé entre dea3i. maîtres, ^ciniiu. Constantin et Lioinius, chacun d'eux ne s'occupa plus qu'à perdre son rival pour régner seuL La différence des cultes et des mœurs semblait alors diviser le monde romain en deux peuples, les chrétiens et les idolâtres. Les premiers regardaient Constantin comme leur défenseur, comme leur appui, comme leur chef.- Licinius, qui ne s'élait prêté jusque-là que par politique au système de tolérance établi par Constantin, changea de façon d'agir dès qu'il eut vaincu Maximin, et se plaçant à la tête du nombreux parti qui restait attaché au polythéisme, aux anciennes lois et aux anciens usages des Romains, il se déclara eunemi dea chrétiens. Ce prince espérait écraser facilement, par le poids de l'immense population dont il pron tégeait les moeurs et la croyance, ces chrétiens si récemment tirés de l'esclavage , et à peine rétablis des profondes blessure^ ^ue leur arait faites une longue persécution^

Les deux chefs étaient braves et habiles ; Licî-i nius avait pour lui le nombre , la superstition , le respect qu'inspirent les choses antiques et sur-tout cette opinion , presque généralen^nt établie, que la gloire de Rome était inséparablement liée au culte de ses dieus;.

DU BAS^BMPIRE. sS

 tes yieilles traditions , toaméeè en ridicule par les philosophes , et qai ^ chez un peuple corrompu y n'étaient plus soutenues par le^ mœurs y Constantin opposait un parti d^hommes enthousiastes^ d^autant plus ardens qu'iU avaient été plus comprimés , et des légions enorgueillies par une longue suite de triomphes, qu'aucun péril n'arrêtait, et qui croyaient, à la vue du labarumy être conduites par Dieu même à la victoire.

Des deux parts, en se décidait à commencer la guerre^ on chercha des raisons pour justifier l'infraction de la paix. Licinius prétendit que son rival, sous prétexte de marcher contre les Goths , était entré en armes sur son territoire ^ sans son aveu 2 Constantin accusa Licinius d'avoir cherché à fomenter dans Rome une révolte contre lui , ei d'avoir payé des scélérats pour l'assassiner.

Les deux armées , qui deraient décider du sort Bauiué des deux empires , des deux princes et des deux cultes ^ se rassemblèrent et se trouvèï^nt bientôt en prëselice sur les bords de l'Hèbre*

Tous les prêtres y tous les devins de l'Orient pro^ mettaient à Licinius un triomphe certain ; l'oracle deMilet se montra moins courtisan^ Consulté pat ce prince , il lui répk)ndit : « Vieillard y tes forces ih sont épuisées j ton grand âge t'accable ; il ne » t'appa]^i$nt phts de lutter contre de jeunes guer-* » riers. »

Ce monarque , au moment de combattre^ après avoir sacrifié des victimes, montràait à ses soldats les statues des dieu^ éclairées par mille flambeaux , leur dit : « Compagnons ^ voilà les divinités de nos

â4 Ml8TOIB£

^ ancêtres, les objets de notre antique y^nérationl % notre ennemi e&t l'ent&eini de nos pères , de nos i> lois, de nos mcears, de nos dieux; il adore une » divinité inconnue y idéale , ou plutôt on pourrait y> dire quHl n'en reconnaît aucune* U déshonore » ses àrmed'en remplaçant les aigles romaines par jD un signe consacré au supplice des brigands , par ft un infâme gibets Cette bataille Ta décider de no-^ » tre sort et de votire religion ; si cette divinité )» obscure, ignorée, remporte la victoire sur tant » de dieux illustres et puissans^ aussi redoutables » par leur nombre que par leut majesté , nous se-> » rons alors fbrcés de lui élevet des temples sur les ]^ débris de ceux que nos pères ont fondés^ Mais si , » comme noua en avons ^assurance ^ nos dieux » signalent aujourd'hiiileur ponvcdr eu accordant » le triomphe à nos armes ^ noua |ioursuivrons jus** j^ qu'à la mort cette secte infâme dont Fimpiété )> sacrilège méprise les lois et outrage le cieL » Dans cette journée, Phabileté de Constantin trompa la vieille expérience de Licinius^ Dérobant àa marche à rennemi, il fiasse le fleuve dans um endroit qui n'était défendu que par un faible poste* La victoire fiit le prix de sa tactique savante et de àon inconcevable témérité* Ouvrant le passage à ses troupes^ à la tète de douze cavaliers, il ren-^ tersa et détruisit lient cinquante gueriîeip qui s'op posaient à sa marche* Ce fait, qui semble plus romauesque qu'historique, est attesté par Zozime; et l'on sait que cet écrivain était l'un des plus grands ennemis et l'un dés plus opini&tres détracteurs de té prince^

Licinias^ enfermé dans Bysance^^ s'en À^happa rnue prëcijpitamment lorsqu'il vit sa nombreuse flotte ^''**^*' vaincue par celle de soa rival que commandait le jeune Crispus. Il franchit le détroit, rassembU les débris de ses troupes, et, risquant un dernier effort pour disputer l'empire à son colique, il lui ^ livra bataille près de Ghrysopolis ^. Il fit encore Baume d« porter à la tête de ses légions les images dés dieux u,."^*** ^ de Rome ^ de la Perse et de l'Egypte : mais , en même temps ^ troublé par la crainte que lui inspiraient les triomphes récens. de la croix, et regardant le labarum comme un étendard magique, â donna l'ordre à ses soldats de ne point poirter leurs regards sur ce signe funeste»

jamais les légions de l'Orient n'avaient cont^ Défaiu battu avec si^ccès celles de l'Occident, La victoire u,>\^lt, * de Constantin fut complète; il détruisit presque entièrement ]^||nnée de Licinius qui chercha son s^ut dans la fuite.

Dans ces temps de décadence , il ne paraissait son «baispoint honteux de survivre à l'hodneur et à la li- îl'^on* berté; on ne voyait plus de Gaton ni même d'Antoine. Licinius, vaincu^ se prosterna devant son seigiieuf et maître , déposant à ses pieds le diadème y et sollicitant humblement la conservation d'une vie dégradée. Les prières de Constancie , sa femme yi^^pir de Tempèrent, lui firent obtenir la grâce qu'il implorait j mais la politique Peiâporta bientôt sur la clémence , #t le prince détrôné , étant accusé de former quelques intrigues pour ve-^

* An de Jëiius-élirût 3aSi TOMÎ Vtl. 4

COU vrer sa puissance^ eut la tète tranchée par les ordres de Fempereur^ dont ce meurtre ternît la gloire.

Abolition Pendant le cours de cette guerre, tous les par— théi^T *i«®»* ^® Pancién culte s'étaient formellement déclarés pour la cause de Licinius. Sa chute entraînia celle du polythéisme. Constantin, irrité, ne crut plus nécessaire de montrer les mêmes ménage— mens pour l'idolâtrie. S'il ne persécuta* pas les personnes , il comprima les opinions y et favorisa le zèle ardent des chrétiens, implacables ennemis de ces divinités fabuleuses qui, suivant leur foî^^ n'étaient que des démons. Dans tous les lieux où Constantin crut que ses ordres n'éprouveraient pas une résistance invincible, il fit renverser les autels, abattre les temples, et sur-t<rut ceux consacirésà Bacchus et à l'impudicité. Cette attaque^ dirigée contre une religion inséparablement liée aux lois, aux coutumes anciennes, lui fit perdre Tafiection des Romains. La capitale du monde ^ consacrée à Mars, à Jupiter, était elle-même un vaste Panthéon ; l'encens y fumait dans sept cents temples consacrés aux dieux de l'Olympe par la superstition, au fondateur de Rome par la reconnaissance , aux empereurs par la coutume. L'autorité absolue ne pouvait renverser promptement de si fortes et de si antiques barrières;* et, malgré les efforts des maîtres du monde, l'idolâtrie conserva long-temps dai 'Rome de nombreux partisans et un asyle inviolable.

Dans tout le reste de l'empire , l'exécution des ordres de Constantin fut prompte et facile; il

DIT BAS-EMFIRB. 27

ëcmit aux peuples d^ Orient en ces termes : « Ma. )) victoire sur les ennemis de Jésus-Christ ^ la. » chute des persécuteurs des chrétiens prouyent » la puissance du Dieu qui m'a choisi pour éta- » blir son culte dans l'empire; c'est lui qui m'a » conduit des rivages de la Bretagne jusqu'au » centre de l'Asie; sa main puissante a fait tom* yi ber toutes les barrières qu'on opposait à noire » raarche« Tant de bienfaits exigent ma reconnais- » sance , et je dois par-tout être le protecteur des » hommes dévoués au Dieu qui m'a protégé* Je » rappelle donc tous les bannis , je remets tous )) les particuliers en possessiondeleur fortune^ je )) rends aux églises leurs richesses , et je veux que » tous les. chrétiens , forts de mon appui y se féli- » citent de mes triomphes, et jouissent d'avance » de la prospérité qui les attend. »

Il paraît surprenant qu'une révolution, qui blessait les consciences, qui offensait la superstition, et qui changeait si brusquement le culte, les mœurs et les lois, n'ait point alors excita de révoltes : on eût dit que les idolâtres avaient cessé de respecter leurs dieux, et qu'ils ne. croyaient plus à leur puissance depuis qu'ils s'étaient laissé vaincre par le Dieu de Constantin. Il est vrai que l'empereur employait, pour réussir, la persuasion autant que. la force, et qu'en protégeant les chrétiens il s'opposait à leurs vengeances. Dans l'un de ses édits, rendant hommage à la sagesse du Créateur, à la pureté de la morale chrétienne , il compare la douceur de son père, qui suivait les maximes de l'Évangile , à la cruauté de Galère , de

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Maxence^de Maxirain et de Licinias; et^ dëcla? rant que ses victoires n'ont ëté que le prix de sou zèle pour rétablir le vrai culte de la Divinité , profané par les erreurs de l'impiété , il rappelle au^ hommes que le culte d'un seul Dieu était la religion primitive 9 que Jésus-Christ n'était venu sur la terre que pour rendre Tantîque pureté à cette croyance, dont le polythéisme n'était qu'une altération et qu'une corruption; s'adressant ensuite aux chrétiens, il réprime leur zèle trop emporté, leur défend toute persécution, ne leur permet d'autres armes pour vaincre les infidèles que celles de l'exemple et de la vérité , et garantit aux opiTniâtres adorateurs de^ idoles ui^e tranquillité pçir-p faite.

Sans vouloir refuser à ce prince le mérite de

cette modération , il est cependant juste d'atténuer

les éloges excessifs que la flatterie lui a prodigués.

Sa tolérance était un peu forcée ; la majorité de

la population de l'empire restait idolâtre ; et il

aurait craint, par trop de violences ou trop de

précipitation, de compromettre sa puissance»

L'autorité du sénat lui avait déjà fait sentir ce

danger en maintenant dans Rome l'ancien culte ,

au mépris des décrets qui avaient ordonné la clô-.

ture des temples et la cessation des sacrifices.

Désqrdrai Quoi qu'il en soit , si l'empereur se fût con?

^r" ^^ *®"^^ d'établir et de protéger par-tout la liberté

«ionnétpar de cousçience , les progrés de la foi chrétienne

les conrti- • . ^. / -i \ '1 .,

fans, auraient été plus sages sans être moins rapides ; la religion et l'empire se seraient vus exposés à moins de troubles et de malheurs , si l'empereur

BU BAS-Em?IKB. ^9

arait moins rapproché les prêtres du trône, et s'il n^avait pas o£Eert aax ministres d'un cnlte eni^emi de tout ce qai est mondain l'appât dangeveux et presque irrésistible delà faveur, de la fortune et de la puissance : mais, flatté, pressé, entraîné par lesévêques quiPentouraient, ce prince montra bientôt autant de passion pour convertir que pour vaincre; il aimait autant à prêcher qu'à combattre; ses courtisans l'applaudissaient avec enthousiasme, mais ils ne donnaient à leurs vices qne le masque de la piété, et leur hypocrisie^ «ouvrant défausses couleurs une avidité sans frein et des concussions sans bornes, livra l'empire aux plus affreux désordres.

Les plaintes qui s'élevaient de tontes parts pénétrèrent enfin dans Iç palais* Constantin se montra honteux et indigné de ces excès. S'adressant 11Û jour à l'un de ses favoris, il traça devant lui, sur la terre, avec sa lance, la figure d'un corps humain : « Entassez, lui dit-il, à votre gré les » richesses de l'empire , possédez même le monde » entier, il pe vous restera un jour que cet étroit » espace de terre que je viens de mesurer, pourvu » même qu'on vous l'accorde. »

L'événement vérifia ces paroles mémorables, car, sous le règne de Constance, ce même couçtisan, abusant toujours de son pouvoir, fut mas<sacré par le peuple et privé de sépulture.

Quoique l'empire éprouvât tous les maux inséparables de la perte de la liberté, et soufirit de tous les abus qui suivent les progrès du pouvoir irl^itraire , le souvenir de tant de guerres civiles

3o uisTomis

attachait les peil|des aa joug da prince qui les I^Tait dëliyréa de tant de tyrans. Les Romains n'épiaient pas heureux y mais ils vlTaient tranquilles; les barbares^ tant de fois vaincus^ tentaient plus, rarement de passer leurs limites ^ et l^s ëtemels ennemi^ çie Kon^e^ les Peirses, n'osaient pas ei^*core s'affranchir da traite honteux que leur avaient impose Galère et Dioçlët^en* Héréftie en Après la défaite de Licinius, l'empereur ^ voueiiél^^* priant pacifier l'Orient, fit un long séjour à Nîco- ^"***' mëdie. Ce fut là qu'on lui décerna le titre dé F'ictorieux qu'il voulait et quHl ne put trans-^ mettre à ses enfans , oomme il Içur transmit son autorité* Il avait formé le dessein de se rendre en Ég;ypte ; une nouvelle alarmante qu'il reçut le força de renoncer à ce voyage. Il apprit qu'une hérésie, qui divisait tous les esprits , veiiait de faire éclater dans cette contrée le feu de la sédition. Avant de parler des troubles que produisit l'opiniâtreté de cette nouvelle secte, dont l'hérésiarque Arius était le chef , il est nécessaire de retracer en peu de mots l'état où se trouvait alors l'église, et quels avaient étéj( depuis trois siècles ^ l'esprit du christianisme, ses prqgrès et la cause de la haine constante qui s'était vaineipent opposée à s^ propagation.

Puisque la Ju4éefut le berceau de ce culte, et que la religion de Jésus ne fit , suivant les auteurs ecclésiastiques , que perfectionner celle de Moïse , il est nécessaire de reporta nos regards sur les diverses opinions qui s'étaient établies chez les Juifs avant la prédication de l'Évangile.

A l'exception de la secte des rachébites, peu

DU BAS -EMPIRE. 5l

importante et peu conntte, il parait qae les Hébreux, jusqu'à l'époque de leur captivité en Syrie, et quelque temps après leur retour en Judée, altërèrent peu la doctrine de Moïse, et que ce ne fut qu'environ trois siicles avant la naissance de Jésus-Christ , qu'il s'établit dans leur croyance an mélange d'opinions philosophiques et religieuses.

Sous le règne des premiers Ptolémëes , un grand sectei nombre de Juifs, habitant alors Alexandrie, ce- tune , des délient au désir de connaître les systèmes de plu- ,"I!t"$ ulésieurs philosophes qui cherchaient à concilier les »«p«»t«»opinions de Platon, de Pythagore, d'Hermès et de Zoroastre. Frappes de la conformité qui paraissait exister entre les idées de Platon et celles de Moïse sur la grandeur et sur la puissance de Dieu, ils se persuadèrent que ce philosophe, ainsi que Pythagore, avaient connu les livres de Moïse, et en avaient tiré ce qu'ils Voyaient de sublime dans leur» écrits* Ils adoptèrent donc en partie ce système chimérique de conciliation qu'on nomm ait le «yncr^/f^m^. D'autres Juifs, qui avaient échappé aox malheurs de leur patrie à l'époque de lacaptivitë, s'étant sauvés en Egypte, se retirèrent an milieu des déserts pour éviter la haine qui les poursuivait dans les villes. Là , privés de livres , éloignes de leurs temples, ils si'accoutumèrent à la vie ascétique; quelques pythagoriciens, persécutés comme eux, cherchèrent un asyle dans la même contrée; la conformité de leur «ort rapprocha leurs opinions, et ce mélange produisit les sectes des esséniens et des thérapeutes.

5fi ttlSTOIBB

MoÉrirs dé» Lorsque Ptoymée Pbiladelphe ^ dont la vertu èssëmens. tolérante voulait répandre par -tout le bonheur, sans distinction de parti, de secte et de pays, permit aux Juifs exilés de retourner dans leur patrie, ils propagèrent en Palestine leur nouvelle doettine. Les esséniens, accoutumés dans leur retraite à une vie contemplative , à la pratique d'une morale austère , ne purent supporter la corruption qui s'était introd^uite dans Jérusalem et dans les autres villes de Judée j attachés à leurs principes et à leurs usages , ils vécurent à part dans les campagnes , loin des cités : la plus grande union régnait entre eux^ et tous se secouraient mutuellement^

Tournés vers l'Orient , ils priaient Dieu avant le le?er du soleil^ se livraient ensuite au travail; à la cinquième heure du jour ils se baignaient, et faisaient après , en commun , un repas frugal ^ pendant lequel régnait un profond silence* Leurs mets étaient bénis par un prêtre. En sortant de table, ils rendaient grâces à Dieu , retournaient au tra-^ vail , et le soir , se réunissant pour souper, observaient les mêmes usages et gardaient le même si*» lence*

On les voyait tou j ours vêtus de blanc) leuts biens

étaient en communauté. Suivant les principes' de

, Pythagore, personne n'était admis parmi eux qu'as

près trois ans de noviciat , pendant lesquels on

éprouvait leur discrétion, leur zèle et leurs vertus*

Un serment , rigoureusement exigé , leur faisait prendre l'engagement de ne point nuire à autrui f d'observer ponctuellement la règle de la communauté^ de fuir les méchans^ d'obéir aux lois, d'&«

Dû BA8-EUFIRE4 35

trefidèleà au gouvernement^ de ne point altërer I|i doctrine^ et de perdre la rie plutôt que de révéler mx profanes le seCrçt de leui* reli^oOi

Cettie aecte austère , et d'euteint plus fanatique qu'elle se croyait plus suinte, opposa dans la suite aiix Romains uisie rësistiMice invincible ; les plus croels auppUces ne purent obtenir d'eu?: aucune action y anctttiepâroile contraire à. leur croyance.

Ils se persuadaient que tout dans le monde était encbainé et r^lé d'avance Jiar le destin; que l'ame^ immortelle de sa nature^ emprisonnée dans le ^rps j en sortait , au xçLoment de la mort , pour recevoir, si .elle avait été vertueuse, de grandes récompenses d^ns un lieu où régnait un printemps étemel, ou pour être tourmentée dans de sombres souterrains^ si elle s'était laissé entraîner par le tice.

Les thérapeutes 9 plus exaltés encore daiis leur M«»r«des tl^yance , se consacraient a une vie entièrement u»i contemplative > abandonnaient legrs familles, re-^ flonçaient à tous les biens ^ à tous les liens terres«ti:es^ et^ se détachant de la matière, élançaient ardemment leur Bxne vers la Divinité, croyant dans' leur ex:taae que 4 dégagés de l'influence des sens^ as s'approchaient de Dieu et pouvaient jopir de la Wne de toutes aoa perfections^

Ces nouvelles doctrines ne prirent point de Crédit sur la phis grande pattie du peuple , qui , sous le noQi de saduc4ens, testait attachée aux anciennes opinions 5 ne comprenait que ce qui frappait les sens ^ et ne croyait pas à l'immortalité de l'ame. GeiUL d^entre les Juifs qui , sans adopter la morale TOME vn< 5

pure des essënîens, admettaient le système im* matériel de cette philosophie mystérieuse , s'appelèrent pharisiens. Au défaut de vertus y ils sur-»chargeaient le culte de règles puériles, de longues prières, de pratiques superstitieuses, et voilaient^ sous Papparence d^une fausse piété, leur désîrin* satiable de pouvoir et de richesses.' Dominant la multitude par leur indulgence pour les désordres, par leur gravité extérieure, par leurs austérités apparentes, ils s'emparèrent d'une grande autorité, ébranlèrent souvent celle des rois: tyrans lorsqu'ils exerçaient la puissance, factieux lorsque le gou-t» vernement l'emportait, ils furent une des principales causes des troubles et des guerres civiles qui déchirèrent leur patrie.

Les caraïtes , moins nombreux parce qu'ils étaient plus raisonnables, tenaient un juste milieu entre ces partis exagérés t au reste, malgré l'inimitié qui régnait entre les esséniens , les isaducéeÀ^ les pharisiens, ils se regardèrent toujours comme de la même communion et ne s'accusèrent jamais d'hérésie , croyant apparemment , comme le dit Condillac, que les questions de la liberté, de l'immortalité de l'ame et de l'existence des esprits n'étaient que des choses problématiques, sur lesquelles on pouvait différer d'avis sans violer la loi de Moïse.

Établisse. Ce fut daus ce pays, divisé d^opinîons, au mi- ^risti^ lieu de ces questions de secte , que la lumière de nisme. l'Evangile parut. Jésus-Christ l'apporta, ses apôtion^de^'É- très et ses disciples la propagèrent; les premiers ^«Bgiie. ^ chrétiens furent des Juif» convertis} mais dès leiu:

su BAS -EMPIRE. 35

premier pas , malgré les dispositions de ce peuple àcroLoe aux. prophètes et aux mûsacles^ ils durent rencontrer et rencontrèrent en effet de nombreux obstacles»

La doctrine de Jésus-Christ irritait les phari-aieziA^ parce, qu'elle condamnait l'hypocrisie, l'ambition, la cupidité, et plaçait la foi et l'exercice des vertus au-dessus des vaines cérémonies et des pratiques superstitieuses* Moins contraire au système des esséniens , elle irritait cependant leur amour-propre en blessant leurs prétentions à la supériorité qu'ils croyaient avoir par leur austérité siir toutes les écoles philosophiques et sur toutes les sectes religieuses.

Le3 saducéens et la masse du peuple hébreux, plus attachés, ik la lettre qu'à l'esprit de la loi et desprophétie?, attendaient pour saiireur un prince de la maison de David, fort par les armes , bril- Unt de^majesté , éclatant pa^r sa puissance , et qui étendît leur gloire mondaine et leur domination terrestre*

Ne croyant pas à l'immortalité de l'ame, iU regardaient comme chimérique un royaume spirituel , un bonheur qui ne commençait que dans une autre vie, et ne pouvaient reconnaître comme le Messie un. homme obscur , un prophète pauvre qui n'avait d'autres armes que, la parole , d'autre puissance que la vertu, n'ordonnait que des pri- Tations et ne promettait que des biens célestes.

D'ailleurs, quoique Jésus-Christ et ses disciples ae montrassent exacts à fréquenter le temple , à célébrer la Pàque , à se conformer aux rites près*

96 mSTOIRB

crits , ils 1^» reg«rdfti«nt comme èés imiotat^urà' téméraires tpi t^uUiéiit sa]b«titiiinr uHe nerciTelkr loi à celte de Moïse* Ebfin les Hébrettx , ^î »'ëtaîent toujours crus lesecil peuple chéri ée Dieu , ne pouraiepl supporter qa*iiiie mmvelle secte appelftt le» aotres n^ian» è partager les lomière» àe la vraie croyance et les faveur» de la Dirrilité.

Telles furent les caoses qui portèren* Ja plu^ grande partie de» Jn^fs à rejeter la nonreBeloi, çt qui excitèrent |eur haine <ipinîâtre contre les chrétiens. Malgré ces difficultés , la doctrine ^e l'Érr vangile, prêehée en Palestine, s^étendit par le sèle' 4es apôtres d'abord à Dansas ^ ^ Antioche ^ et bîen-r tôt à Éphèse et à Smyrne. Elle pénétf a dans toute» les villes d'Asie, trayepsa \% mer, parcourut F Ar^ çhipel, »'intrqfdttisit aundlidn des temple» antiques de la Grèce, di^ns le» opulentes cité» de Gotintbe, d'Athènes et de Sparte, Arrivée en Egypte, mei-rr gré les ténèlires de la snperstitiqn , elle firt premptement de nombreuiTÇ prosélytes dans Alexandrie, L'activité d'un commerce i|i^mense y l'éuirissait? des hommes de tous )es pays , des sectateurs de toutes les religions, des phil^MOphes de tqutesles écc;* les, et l'întérèt public y fXMnniandait 1^ tolérance.

Borne, destinée à devenir n^ jour la capitale du! pionde chrétien , ^près irtoir cf ssé d'être la reme du monde idolâtre , ne tarda pa« i^ recevoir dana ses murs tous les partisans de ee nouveciu eolte*

Un passage de Tacite prouve quç da temp» de Néron, soixante-^dix ans après H n$iissance de Jésus-Christ , il existait déjà dans cette ville uir grand nombre de chrétiens ; ix^ais si cette "époque^

Qn les confondait encore souvent avec le» Juifs. Lii morale sévèise de l'ÉTangile ^ priebée par dtts hommes pauvre» ?l êmrpks y était trop opposée à Forgueil des grands* et afix HMKinrs conronquieadea ri* pbes , pour être aceiieillie jEarorabieintiit par eux. Elle ne devaât èlre reçue a vk ka w at que par lea malheureux ) pmr les esclaires.^ par ks oppriasés^ par tou»ceii£ 91» avaient liesom de Feapoîdr d'une autre vie pour ae eonsd^r des infnrtones qu'ils!^ éprouyaiesirt sur la terre; ausai: Fhntoûre laisse an Toile d^obseurité siir L^s pçemieoa paa <fa| chri»tjaoisiDe,

Commençant ^iresqua en silence celte iaunense ré?olutiott qui chimigea les opiniums et ks XMeurs delà terre, le cliriatiaiiiiMiia mairciiaity croissait daus l'omjjbffe ^ et a'étend^t Icng-^temps avant d^attirer aur lui lea r^)avd4 <|édaignew( des classea élevées qui ma si^iccttpaiefift c^ dr» quereUea des yriaeesy dpa imtrigueades cwiFa, et qu'étoarfissaîent eosiitiiw^lleiiietnt lai tinconpbea ott les re-tr^rs jd^ armées, bi cknt^. onY^taiioii: des ty-> vans , radiation dies aascmUéta pnULkpies j k pampe des fètea et lat aiDJ|emM£é des îeux.

Les hommes voimi^ les pbw qccupds dé la ve^ chereHe de la vérité^ ^ V^^ ^ ccmsacraient k Fé* tude de la philosophie^ n'avaient ^ors,. pour la phtfçirty'd^auArebut dMUi leuacs fr^fanx que d'approfondir les. syslàmes les plus propres à mainte* mr Famfe dans k calmB aumifien desovages de lu vie, à augmenter la somme dje nos jouissances et à diminuer celle de nos peinesw C^ était le bonheur terrestre ^u^îla çhesch|iiifm.t; ks «us k phçstieiit

dans 1a T€rta> les autres dans la volaptë; laissant fu peuple la croyance du Tartareet de i'Élysëe^' ils se moquaient des dieux de la fable y ne croyaient pas à d'autres y ou n'adoMttaient que des idées Vagues de destin et de providence, et regardaient comme chimérique toute recherche d'une félicité placée au-delà des bornes de la vie.

Les premières notions confuses qui se répandirent sur la 'croyance des chrétiens n'excitèrent que l'étonnement et le mépris des partisans du culte établi. Accoutumés à n'adorer que le mai'* tre du tonnerre , que des astres briilans, des étémens formidables , des rertus éclatantes , des passions impérieuses et des héros déifiés , habitués à encenser l'amour , la fortune , la vengeance , la force et la gloire y ils regardaient comme insensés les sectateurs d'une doctrine qui sacrifiait tous les plaisirs et toutes les passions à l'idée , selon eux chimérique y d'une félicité éternelle, qui prêchait l'humilité aux grands, rappelait l'égalité aux prin* ces, méprisait le luxe, honorait la pauvreté , et remplaçait les majestueuses divinités de l'Olympe par un Dieu inconnu , né dans la classe des arti-* sans, éloigné pendant sa vie de toutes les grandeurs du monde, et condamné par ses conci-« toyens au plus honteux supplice* Causes de S'il cst {aciic de comprendre pourqiioi les Ro-* ^'^^'^i^/'inains méprisaient une croyance nouvelle, auissi contre le contraire à leurs idées qu'à leurs mosurs , il ne l'est ttisme. pas autant d'expliquer les motifs de leur haine violente contre ce culte moral, et qui les portèrent à proscrire les adorateurs de Jésus-Christ ,

DU BAS-PWIBE. Sg

tandis qae leur tolérance Âllimitéerespectait par-^ tout les religiçns de toas lea pea|des et les sapera» titions de tous les genres*

Plusieurs causes contribuèrent à fomenter cettai haine qui fit yersef tant de sang. Les Juifs ^ ae regardant comme le peuple chéri de Dieu y méprisaient les autres peuples ; ils ne roulaient former aucun lien avec eux^ supportaient avec indignation le )pug des Romains ^ refusaient de rendre aux images des empereurs les hommages prescrits par les lois et par la religion de Fempire. Toujours disposés à la réyolte quand toute la terre obéissait aux vainqueurs du monde , une destruc<tion totale leur paraissait moins humiliante que Tasservissenient* D'ailleurs la voix de leurs prophètes y qu'ils interprétaient au gré de leurs désirs^ leur faisait espérer l'appui du ciel et un triomphe éclatant.

Sous le règne de Néron ils se révoltèrent, y prirent les armes, chassèrent les Romains de leur pays y bravèrent l'autorité des maîtres de la terre ^ nfassacrèrent les troupes qui occupaient leurs villes, et firent reculer les invincibles légions dont jusque-là lesParthes seuls y dans l'Orient , av.aient repoussé les armes*

Leur fanatisme et leur opiniâtre résistance lea rangèrent au, nombre des plus implacables ennemis de Rome; on sentit bientôt qu'on ne pouvait les soumettre sans les anéantir*

Cette goierre furieuse , et les estcès auxquels se livrèrent les difFérejUtes» sectes juives qui déchirèrent la malheureuse Jér(isalen% jasqp'au den^ej

^o msToinÈ

jour 4e soVl «xiatence y portèrent an plas haat degi^ Fexaspëration des Romains contre ce peuple , contre ses lois et contre son culte. Les chrétiens , que VoA confonéait arec eux ^ furent enveloppés dans ccrtte hakie ^ et dès lors il ne put exister de rapprochement ni de paix en^ tre les adorateurs de Dieu et les sectateurs du polythéismeè

En yain les ^retiens opposaient aux accusa-*» tioRs de leurs ennerais uiie morale pure , une tie humble f une parfaite soumission aux princes ; ett rain même leur accroissement prouvait avec éyi<* dence ijue , loin de pai^tager la hfiine et le mépris d^ Juife pour les autres peuples^ ils voulaient les attirer tous à leur croyance ^ comme ils refusaient de participer aux eér^nonies publiques et aux sa*crifices dans Un p^ys où le^ lois civiles et reli-» gieuses étaient inséparablement miles ^ cm les traitait en factieux : cen'était point comme adorateurs d'une divinité particulière qu'on les poursuivait^ mais comme des rebelles aux loisi Leurs adver^ i^aires ne voulaient point laisser dans Pindépeii* dance les ennemis de leurs prêtres ^ de leurs tem* ^les ) de leur luxe , de leiurs passions , de leurs fêtes, de leurs jeux. Aucune transaction ne devait ;âvoîr lieu entre des croyances , des mœurs y des ^ntimens, des principes si opposés. La puissance dépl<^ sa éorce, les proscriptions commencé* tent sous le règne 4e Domitien, la terre fut cou'- ▼erte de martyrs ; mais la violence qui détruit les corps ne peut rien sur les esprits ^ on immole Ifiê hommes I mais on ne tue pas les opinions; et

dûchris-

lUnisinf*.

DU BAS-^EltPlRE. 4l

là sang de ces Tiotimes humaines fortifia les racines de leiur foi.

Le courage des chrëtiess tortures et mourans ^^s'^* excita d'abord la pitië, et bientôt radmiration; les peuples I accoutumés à diviniser la force et l'hi^roïsme, se trouvaient disposés à placer dans le ciel ces mal^tyrs^ dont la fermeté affrontait tant de périls et tant de supplices pour défendre leur croyance. Beaucoup d'hommes commencèrent à regarder comme vraie une religion pour laquelle on bravait la mort. Aux yeux même de ceux qui regrettaient les antiques vertus , cette résistance invincible avait quelque chose de romain ; et lorsque tout ployait servilement sous le joug de la tyrannie, ces pruniers chrétiens seuls semblaient , par leur courage y rappeler le souvenir de l'anbienne liberté.

Plus tard quelques empereurs, assee sages pour sentir qu'on agrandit tout ce qu'on persécute , et assess vertueux pour rendre justice aux principes moraux des chrétiens proscrits^ écoutèrent favorablement leur apologie écrite par Justin, par Quadrat , par Aristide , philosophes convertis. La persécution se ralentit ; les prosélytes de la religion se multiplièrent tellement, que du temps de Tertullien on voyait dans tontes les parties de Fempire beaucoup d'anciens temples vides d'adorateurs , et que la foi chrétienne comptait déjà un grand nombre d'appuis dans le sénat , dans les maisons des grands et dans les palais des princes.

Malgré les efforts Cruels et infructueux de

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