CHAPITRE NEUVIÈME
État de rcmpire romain. — Stilicon est ministre en Occident..-*- RuOn est ministre en Orient. — Honorius et Arcadius sont proclamés Aagastes. --Partage de Pempire entre eux.. —Crimes de RuGn. •— Union d'Arcadius et d'£udoûe. — Inimitié entre Stilicon et Rafin. — Mort de RuBn. — Eutrope est ministre en Orient. -^ Rigueur du sénat de ConstaQtinopIe à Pcgard de Stilicon.-— Révolte en Afrique causée par Gildo. — Son jugement par le sénat. — Défection de Parmée de Gildo, causée par une méprise. — - Mort d« Gildo. — Union d'Honorius et de Marie, fille de Stilicon.—- Exploits et élévation d*AIaric» — Ses projets dUnvasion et de conquête. — Sa marche contre Rome. — Alarme dans cette ville. — Préparatifs de défense ' de Stilicon. — Fuite d^Honorius. — Arrivée de Stilicon k la . tête d^une armée. — Défaite d' Alaric. — Retour d^Honorius à Rome. — - Mort du moine Télémaque dans le cirque. — Abolition des combats de gladiateurs. — Ravenne devient le séjour de la cour d'Occident, -v Invasion de Radagaise. — Sa défaite et sa mort. — Révolte en Bretagne. — Constantin prend la pourpre.— Ses conquêtes dans les Gaules. — Intrigue d'Olympius contre Stilicon. ^~ Mort de Stilicon. — Tyrannie d'^Honorius. — Marche d' Alaric contre Rome. — Tableau de Rome.
— Sa capitulation. — Déport jl' Alaric. •— Mort de Tcunuqua Eusèbe. — Marche d' Alaric contrç Rome. — Soumission da sénat. — Élévation et disgrâce d^ Attale. — Prise de Rome par Alaric. — Mort d^ Alaric. <— Son sépulcre est creusé dans un fleuve. — Ataulphe, beau-frère d'Alaric , lui succède. — Union d' Ataulphe et de Placidie , sœur d'Honorius. — Révolte d^Héraclien en Afrique. — Marche de Constance contre lui. — Défaite , fuite et mort d^Héraclien. — Révolte de Gérontîus contre Constantin. — Trait de courage et mort de ce général.
— Mort de Constantin et de son fils Julien. — Mutilation et exil d'Attale. — Mort d*AtauIphe par la perfidie de Saurus. — Usurpation et cruauté de Singerie. — Captivité et délivrance de Placidie. — Mort de Singerie. — Avènement de Yallia an trône des Goths. — Ses exploits. — Honteux triomphe d' Ho-
norias à Rome. — État de l'empire d'Orie&t. -^ Rë?olte en ♦ Phrygie."— Régence d'Eudoxîe en Orient. — Persëcution exerçât contre Chrysostôme. -«Mort de cet ëvéque»—- Tkëodose II , fils d'Eudoxie , est nomme Cësar et Auguste.— Mort d'Eudoxie^ — Mort d'Arcadius. -— Régence d'Anthème en Orient. -^Régence de Pulehérie, sœur de Théodose II. — Portrait de j Théodose II. — Union de Théodose et d' Athénaïs , surnommée « "Eudoxie. <-« Disgrâce e| mort d'Eudoxie. -— Mariage de Pla- ,' cidie et de Constance. -^ Mort de Constance» — - Mort d'Jlo* | noriu^. '
empire
HONOWUS EN OCCIDENT ; ARCADIUS en ORIENT ; STILICON , AL ARIC , ATAULPHE.
(An 595.)
Lorsque les fils de Thëodose montèrent sur le ^ut trône de leur père, l'empire romain , relevé par ce romain. grand prince, n'avait encore perdu aucune de ses possessions. Ses limites étaient les mêmes que da temps de Constantin. Ce colosse, imposant par fia grandeur, éblouissant par sa richesse, vivait en^ core sur son antique renommée , et les rois des peuples barbares qui devaient bientôt le renverser, contenus par les victoires de Théodose, semblaient s'humilier devant la maj^esté romaine. lU en augmentaient même passagèremeut Véçlat, en courbant leurs fronts belliqueux au pied du trôna impérial, et en sollicitant l'honneur étrajpge. d'*jouter à leur titre de prince ceux de consul^ do patrice , de préfet ou de général ropiain.
Mais il fallait une main bien forte pour se ser*^ vir de soutiens si dangereux : la splendeur de l'état était illusoire; la corruption des mœurs avait n^iné
sa force ; les barbares seuls le défendaient contre les barbares; ils le dominaient avant de l'avoir conquis.
Rome 9 sans yerta, sans esprit public ^ sans courage, n'était plus qu'une ombre majestueuse. I^e peuple n'offrait aux regards attristés qu'uâe foule d'étrangers, de pauvres, d'esclaves et d'affranchis. Les grands, qui peu à peu avaient concentré dans leurs mains avides les fortunes des citoyens et les richesses de l'univers, fuyaient les camps, s'éloignaient des affaires , redoutaient également le poids du travail et celui des armes. Livrés avec fureur aux voluptés, ils semblaient se hâter de consumer en festins, en spectacles et en plaisirs , leurs immenses trésors qui devaient bientôt devenir la proie des barbares.
La décadence des mœurs entraîne toujours celle de l'esprit. En lisant les ouvrages des écrivains de cette époque , on ne voit que pauvreté dans les pensées, exagération dans les éloges, servilité dans les sentimens, enflure dans les expressions et luxe dans les images.
Un empire si vaste produisait cependant encore quelques hommes remarquables par leur caractère , par leurs talens , par leur amour pour la patrie ; mais les courtisans , les eunuques , les affranchis, les écartaient avec soin. Les vices de la cour paraissaient craindre la contagion de la vertu, et, comme le dit un auteur du temps , « ce n'étaient » point les hommes de mérite qui manquaient » aux places, c'étaient les places qui leur maB- » quaient* n
La seule habileté que Pîntrigue respectait encore, c'était l'habileté militaire ; car la tyrannie « toujours besoin des armes y puisque la force loi tient lieu de droit, et que sa main de justice n'est qu'une main de fer. Aussi l'empire, depuis Théodose, ne fut presque plus gouverné que par des gé* néraux; et, comme la bravoure se trou vait alors chez les barbares et non chez les Romains, nous verrons^ jusqu'à la chute de Rome, des guerriers barbares régner sous le nom des successeurs de Théodose*
Ce prince lui-même avait élevé aux plus grande siiMcoa honneurs le Vandale Stilicon , et lui avait donné occid«*t, pour femme sa nièce Serène. Effrayé des dangers qui menaçaient la faiblesse du jeune Honorius , il dit à Stilicon dans ses derniers momens : « Je vous » lègue mon pouvoir et je vous conjure d'hériter » de mes senlimens j chargez-vous de porter pour » mon fils le fardeau de l'empire : en vous le con- » fiant, je meurs sans inquiétude j Honorius peut » régner tant qu'Usera soutenu par le courage de » Stilicon et guidé par sa prudence. »
En déplorant cette triste nécessité, on doit convenir que le guerrier barbare justifia le choix de l'empereur. Malgré son humeur violente, sa cupidité insatiable et son ambition , Stilicon , grand capitaine, politique hâbUe, administrateur éclairé^ défendit avec succès le dépôt qui lui était confié , contint les factieux, fit trembler les intrigans^ vainquit les ennemis de l'empire et jeta sur Rome un dernier rayon de gloire.
La postérité reproche avec raison à Théodose R»»finest Hn autre choix, celui de Rufin qui gouverna l'O?- orient.