‹ Histoire universelle (volume 3)Chapitre 20 sur 102 · INQUISITION, — CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS · texte numérisé non relu

INQUISITION, — CROISADE CONTRE LES ALBIGEOIS

Ce nom d'inquisition rappelle une grande iniquité qu'on a voulu imputer comme un opprobre à l'Église; mais nous nous hâtons de déclarer que saint Dominique n'y eut pas la moindre part, et qu'il ne se proposa que d'instituer un ordre avec la mission non d'imposer la foi , mais d'en assurer la liberté (2) ; nous abordons ce douloureux sujet.

Les Pères de l'Eglise avaient proclamé la liberté des croyances tant que la leur fut persécutée ; mais, quand ils virent les hérétiques

(1) Impugnationis arma secumfratres non déférant, nisi pro dejensione romanx Ecclesix, christianx fidei, tel eliam (erra; ipsoruni. C. 7.

(2) Les cortes d'Espagne de 1812 déclarèrent, dans leur rapport sur l'inquisitiou, que saint Dominique n'opposa à fhércsie d'autres armes que les prières, la patience, Vtnstruclion. Il ne trempa mCme en riei» dans la déplorable guerre des Albigeois, à tel point que Hurler a pu la raconter eu détail san.s même écrire le nom de sa'nt Dominique.

abuser de la liberté, ils conclurentque l'erreur est, de sa nature, întolérante et persécutrice, et que, dans l'ordre intellectuel comme dans l'ordre physique, les forts peuvent tyranniser les faibles ; la répression des erreurs leur parut donc une défense légitime contre la tyrannie de la persécution et de la séduction. Saint Augustin, après avoir soutenu d'abord la liberté absolue, fut conduit à cette conclusion par les excès des donatistes ; il est vrai qu'il recommandait de corriger, non de punir par le dernier supplice, se souvenant que Dieu ne veut pas la mort du pécheur, mais qu'il se convertisse et qu'il vive.

Le droit romain s'était déjà pourtant immiscé dans ces sortes de cas. Les empereurs, se rappelant le temps où ils réunissaient les deux pouvoirs, comme chefs de l'État et pontifes suprêmes, crurent que la loi devait protéger la croyance et le culte comme les biens et les personnes ; en conséquence , ils multiplièrent dans ce but les décrets, auxquels ils donnèrent pour sanction des peines corporelles. Deux décrets contre les hérétiques furent publiés par Constantin, un par Valentinien , deux parGratien, quinze par Théodose P"", trois par Valentinien II , douze par Arcadius , dixhuit par Honorius, dix par Théodose II et trois par Valentinien III, tous insérés au code et portant différentes peines , mais rarement la peine capitale, parce qu'elle était repoussée par les évêques, lesquels décidaient si une opinion était hétérodoxe; la connaissance du fait et la sentence appartenaient au magistrat séculier.

Les choses se passèrent ainsi au déclin de l'empire romain, et continuèrent sur ce pied en Orient; mais en Occident, après l'invasion des barbares , lorsqu'il s'agissait de punir quelque transgression des lois ecclésiastiques, l'évèque usait de cette autorité , tout à la fois spirituelle et temporelle, dont il jouissait alors. Parfois encore, l'hérésie étant considérée comme une désobéissance politique, on procédait contre elle par la force, comme fit Aribert, archevêque de Milan, à l'égard de certains hérétiques qui s'étaient réunis sur le territoire d'Asti, dans le château de Montfort ; il prit la place d'assaut , et les conduisit à Milan , o\i il les envoya au bûcher.

Quand le droit romain fut remis en vigueur, on y trouva des textes a invoquer en faveur des persécutions contre les mécréants, comme dans lintérêt de la tyrannie, sans se rappeler que la loi d'amour avait aboli cette légalité farouche. Frédéric Barberousse, ayant tenu un concile à Véronne avec Luce ITI (l 184) , ordonna

aux évêques de s'enquérir des personnes suspectes d'hérésie, en les distinguant en quatre classes , les accusés, les convaincus, les pénitents et les relaps. Othon IV (1210), pendant son séjour à Ferrare, mit au ban de l'Empire les gazares et les patarins, et prononça contre eux des peines rigoureuses. Frédéric II, à l'époque de sou couronnement (1220), fulmina contre les hérétiques des châtiments temporels ; il revint à la charge par quatre édits rendus à Padoue (1240) , et dans lesquels il dit que, « faisant « usage du glaive que Dieu lui a confié contre les ennemis de la foi, « il veut que les nombreux hérétiques dont la Lombardie en particulier se trouve infectée , soient appréhendés par les évêques , et livrés aux flammes vengeresses, ou qu'ils aient la langue coupée.

C'est la première loi de mort portée contre les mécréants. Le même Frédéric en rendit une autre, dans les ConsHtutions du royaume de Naples ( 1231 ) , contre les patarins, en se plaignant que de la Lombardie , où ils abondaient principalement , ils eussent pénétré en grand nombre à Rome et jusqu'en Sicile (l) ; il envoya, pour diriger des poursuites contre eux, l'archevêque de Reggio et le maréchal Richard de Principat.

D'après l'exemple et l'autorité des décrets impériaux , les différentes villes firent des statuts contre les hérétiques. Le sénateur de Rome jurait de n'user d'aucune indulgence envers les patarins , sous peine de payer une amende de deux cents marcs d'argent; à Milan, il fut décrété que toute personne pourrait à sa volonté appréhender un hérétique ; que les maisons où on les découvrirait seraient démolies , et les biens qui s'y trouveraient confisqués (2). L'archevêque Henri de Settala , institué alors inqmsileur, jugulavit hœreses, comme l'en loue son épitaphe; mais il fut chassé par les citoyens. On voit encore à Milan la statue équestre du podestat Oldrade de Trézène , qui catharos ut debuti uxil (3) , dit l'inscription faite en son honneur.

(1) Const. Inconsutilem. Const. de Receptoribus, 1. — Une lettre d'Honorius aux villes lombardes (1226) dit : « L'empereur s'est plaint, parce que « les villes lombardes l'ont empêché d'en user comme il l'entendait contre « l'hérésie. » Rayn. ad an., n° 26.

(2) CoRio, p. II, 72.

(3) Elle est sur la place des marchands.

Galvano Fiamma, chroniqueur de beaucoup d'esprit, dit : In mormore super eqtium rcsidens sculplus fuit, quodinagnum vïtuperimn fuU.yoyti la note F à la lin du volume.

Ces mesures ne déracinaient pas les hérétiques ; leur nombre augmentait surtout en Languedoc, où ils envahissaient les biens de l'Église , bafouant les prédicateurs et tournant en risée les choses saintes, au point que c'était désormais une honte et presque un crime de porter la tonsure. Les chanoines de Béziers ne conservèrent leur église qu'en la convertissant en forteresse , tandis que des missionnaires partaient de Toulouse, la Rome des patarins, afin de propager l'erreur de proche en proche.

Le manichéisme sapait les bases de la société ; il fallait donc que la société le repoussât avec la même ardeur que l'on déployait dans l'attaque, et qu'il fût décidé si les enfants pourraient encore dire , mon père. Les armes spirituelles ayant échoué , le cardinal Henri , évêque d'Albano , eut recours au ])ras séculier, et , à la tète d'une armée, il obligea Hoger II à abjurer l'erreur, en même temps qu'il mettait le pays à feu et à sang.

Innocent III , à peine arrivé au trône pontifical , s'occupa des mojens d'extirper ces mauvaises semences ; il envoya donc des moines prêcher la sainte doctrine , en exhortant les princes à seconder leurs efforts. Quand les inquisiteurs Régnier et Guy avaient excommunié un hérétique , les seigneurs devaient confisquer ses biens et le bannir, sauf à sévir plus rigoureusement en cas de résistance. On leur adjoignit ensuite le légat Pierre de Castelnau , archidiacre de Maguelone , plus ardent que les deux autres.

A cette époque , Raymond VJ, comte de Toulouse, faisait la guerre au Languedoc et à la Provence , envoyant ses terribles routiers dévaster les terres des citoyens et des églises , sans tenir compte ni du carême , ni des dimanches , ni de la trêve de Dieu; chassant les évèques, il s'entourait de juifs et d'hérétiques, au milieu desquels il voulait faire élever son fils. 11 eut trois femmes vivantes, sans parler des incestes et des autres abominations dont on l'accusait.

Le légat Pierre lui enjoignit, au nom du pape, de cesser la guerre contre ses voisins , et de se concerter avec eux pour une croisade contre les hérétiques. Sur son refus, il l'excommunia. Alors le comte se rendit ; mais il manqua bientôt à sa promesse, et Pierre lui reprocha sa perfidie. Quelques jours se passèrent , et le légat fut assassiné par un chevalier de Raymond , qui se réfugia auprès du comte de Foix.

Foulques, qui de troubadour élégant s'était fait moine, et

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