LES DEUX-SIC1LES
trois galions , trente bâtiments de transport , trente sagittaires et cent soixante barques pontées ; une partie de ces forces lui avait été fournie par ses alliés et par la Provence ; mais la tempête d'abord, puis le climat firent avorter cette expédition. Il revint plusieurs fois à la charge , sans autre résullat*que de dévaster le pays. Rempli de piété à l'imitation de saint Louis, son oncle, ce prince construisait l'église de Sainte-Claire, où il fut enseveli; son immense mausolée avait une très-brève épitaphe (1). Il obtint du sultan d'Égypte que douze franciscains fussent attachés au Saint- Sépulcre , ce qui s'est toujours fait depuis. Savant et protecteur des doctes, il fit subir lui-même un examen à Pétrarque lorsqu'il fut question de le couronner poète, et le surnom de Sage lui fut déféré à cause des lois opportunes qu'il donna au royaume de Naples.
Le clergé, abaissé par les princes souabes, s'était relevé sous les princes angevins , au point de se soustraire à toute juridiction royale. Robert autorisa les magistrats, en cas d'injure et de violence, à procéder sommairement, sans distinction de personnes. Ce fut le premier exemple des conservatoires, comme on appelait les commissions chargées de juger spécialement ceux qui invoquaient la protection royale.
Il promulgua aussi quatre lettres arbitraires , ou rescrits aux juges , par lesquelles il leur accordait temporairement certains pouvoirs extraordinaires, comme celui de procéder d'office dans le cas de crime capital, d'injures aux prêtres, aux veuves, aux orphelins, et d'omettre les formes habituelles pour sévir contre les bandes de brigands. Des lettres semblables étaient parfois accordées à des barons, qui acquéraient ainsi l'autorité judiciaire.
Le pouvoir des barons allait croissant, soit à cause de l'absence de Robert, ou peut-être de sa condescendance, car il voulait se ménager les moyens de conquérir la Sicile ; ils se formèrent donc une clientèle autour de leurs châteaux, qui devinrent des repaires de malfaiteurs. Les faibles n'osaient pas les appeler en justice ; ils se livraient à tous les caprices de leur volonté, et recommençaient les guerres privées sans tenir aucun compte ni des lettres arbitraires du roi, ni des menaces de la cour de Rome.
A la mort de Robert, l'état des choses empira. Il avait destiné pour époux à Jeanne, son héritière, comme née du fils qu'il avait Jeanne i". perdu, André, fils de son frère aîné Charobert, roi de Hongrie, 19 Janvier.
(I) Suscipe Ilobertum regem virtute refertum.
qu'il fit élever à Naples, afin qu'il se façonnât aux usages de ses futurs sujets, et pût acquérir leur affection : précautions inutiles. Lorsque les deux époux lui succédèrent au trône, Jeanne allait atteindre sa seizième année, et son mari était plus jeune de quelques mois ; la magnificence de leur palais n'eut point d'égale en Europe. La reine Sanche de Majorque, veuve de Robert, Catherine, impératrice de Constantinople, et Marguerite de Tarente, reine douairière d'Écosse, tenaient autant de cours dans Naples. Marie, sœur de Jeanne, mariée secrètement à Charles Durazzo (1), brillait par son esprit et sa beauté ; Agnès de Périgord, mère de ce seigneur, complétait le cercle royal, où chacun faisait assaut de luxe, de fêtes, de raffinements et de galanterie, et où tout, ajouterons-nous, était péril pour la jeune et faible Jeanne. André, son époux, n'avait pas su se dépouiller des usages grossiers du madgyar, et prétendait régner non par les droits de sa femme, mais à titre d'héritier du trône. Deux factions divisèrent la cour et le royaume; le parti hongrois grossit par la faveur du pape et plus encore par l'insouciance de Jeanne. Tout entière à ses amusements, dont elle ne voulait pas que les affaires vinssent la distraire, elle associait les recherches de la civilisation italienne, polie et lettrée, aux pompes de l'Allemagne et de la Provence ; elle se plaisait à entendre Pétrarque lui réciter ses sonnets, et Boccace, lui lire ses nouvelles ; elle passait des jeux tloraux aux tournois et aux cours d'amour.
Frère Robert, précepteur d'André et tout -puissant sur la reine, louvoyait entre les deux partis, qu'il trompait, pour devenir l'arbitre du royaume (2). André, qui se trouvait gêné au milieu des
(1) Maisons d'Anjou et de Durazzo.
Charles de France.
Charles-Martel, roi dr Hongrie.
Charobert.
Coula, roi de Hongrie.
An dre, 1" mari
de
Jeanne I1* IBM 81.
Robert, comte d'Aeerra, ** époux de
Marie.
Marguerite, femme de
Jean, duc de Durauo.
Charles, duc de Durazzo, !•* époux de Marte.
Trois' filles.
I oui»
comte A
Charles III de ta haïr.