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(2) Pétrarque, qui vit alors cette reils maux. Naples est à ses yeux sulté, où il n'y a ni foi, ni justice , ni
cour, prie le ciel de préserver l'Italie de panne Mecque , une Babel où le Christ est inptété ; ceux qui y dominent sont des Phalari»,
ma.
M août.
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habitudes de cour, irrité'd'ail leurs des amours de Jeanne avec Louis de Tarente, voulut être sacré avant d'avoir atteint les vingt-deux ans fixés par le roi Robert; le jour de son couronnement, il fit arborer des fers et une hache, comme pour signifier qu'il en userait contre ses adversaires. Lorsqu'on veut agir, il ne faut pas menacer; ceux qui avaient des motifs pour redouter sa colère ourdirent une conspiration, à la tête de laquelle étaient le comte d'Artusio, fils naturel du roi Robert, et la Catanaise Philippine, confidente de la reine. Si Jeanne ne consentit pas à la mort de son époux, elle n'y mit pas du moins obslacle; André, après avoir été étranglé, fut jeté par la fenêtre du palais.
Personne ne songea sérieusement à le venger ; le pape seul enjoignit à Bertrand de Balzo, grand justicier du royaume, de rechercher les coupables. La reine ne put empêcher que la Catanaise et les complices de l'assassinat ne fussent pendus ot brûlés; elle eut l'audace d'épouser le duc de Tarente, et d'écrire à Louis le Grand de Hongrie, son beau-frère, pour s'excuser et protester de son innocence. Celui-ci répondit : Ta manière de vivre dèshonnête, la puissance royale que tu as retenue, ta négligence à punir le forfait, tes excuses que je n'ai point demandées, te montrent comme complice et coupable de l'assassinat. Personne ne saurait échapper à la vengeance de Dieu et à celle des hommes. Il demanda au pape de la déclarer indigne du trône, et réclama pour lui l'investiture du royaume de Naples, tandis qu'il se préparait à faire justice de cette femme à la tête d'une armée.
Il se mit en marche en effet, suivi de troupes mercenaires, bien que le pape, qui avait tenu sur les fonts de baptême un fils posthume d'André, cherchât à lui persuader de remettre le litige à son tribunal. On en vint aux mains : Jeanne, pour empêcher les Siciliens de faire cause commune avec les Hongrois, conclut la paix avec eux, et garantit une indépendance absolue; mais, abandonnée par les siens, elle s'enfuit en Provence ; Charles de Du- mt. razzo, regardé comme son complice, fut décapité, et plusieurs autres avec lui. Louis, après avoir placé les Hongrois dans les divers gouvernements, et laissé pour régent Étienne Loszk , prince de Transylvanie, retourna dans ses États.
Les Napolitains, dégoûtés bientôt d'avoir des étrangers pour maîtres, rappelèrent Jeanne, qui, déclarée innocente par le pape, lui vendit Avignon pour quatre-vingt mille florins. Elle engage
des Denys, des Agathocles. Il en veut surtout a frère Robert, qu'il traite de dégoûtant, de moine en haillons, d'intrigant, d'orgueilleui.
uirt. iviv. — t. Xll. 29
ses joyaux pour taire de l'argent, soudoie des troupes et recouvre ses États, à l'exception de quelques chah aux ; mais, intrépidement frivole au milieu de tant de périls, elle continue de se livrer aux plaisirs, tandis que l'orage grossit autour d'elle. Louis revint à la charge avec une troupe nombreuse de Hongrois, tous a cheval, recouverts, pour unique défense, d'une casaque de cuir en triple, et sans autres armes offensives qu'un arc et une longue epée; les housses de leurs chevaux leur servaient de lit pour la nuit, et la viande séchée, qu'ils faisaient bouillir après l'avoir pulvérisée, composait Unir nourriture. C'était ainsi qu'ils avaient fait la guerre aux Bulgares, aux Russes, aux Tartares, aux Serbes, dans les plaines ouvertes, où abondaient les pâturages; mais, comme les Italiens détruisaient toutes les subsistances ou se renfermaient dans les places fortes, ils se consumaient faute de fourrages. Ils n'en dévastèrent pas moins le royaume, qu'ils soumirent, à l'exception de (iaéte,( ù s'étaient réfugiés Jeanne et son époux. Louis cependant, effrayé des rav ages que la famine et la peste exerçaient dans son armée, et contraint d'ailleurs par l'expiration prochaine du service féodal, dut accepter une trêve à la condition que le
mi. pape ferait faire le procès de Jeanne, et que le royaume, si elle était reconnue coupable, reviendrait au roi de Hongrie; dans le cas contraire, il lui céderait les places dont il était maître, moyennant trois cent mille florins. , . ,
Afin d'éviter un procès, Jeanne établit, à l'aide de témoignages prêtés sous la foi du serment, qu'un philtre l'avait empêchée
1M? d'aimer André; il fut déclaré, en conséquence, qu'on ne pouvait lui imputer l'assassinat de ce prince, et la paix fut rétablie; Jeanne revint à Naples, et Louis de Tarente fut couronné. Mais que pouvaient ils faire dans un royaume déchiré par les factions, où les barons ne voulaient pas déposer les armes qu'ils avaient prises dans les derniers conllits?Des mécontents appelèrent même dans le pays la bande du comte Landau, qui fit trembler amis et ennemis. Pour la renvoyer, il fallut lever des impôts extraordinaires et suspendre b payement des sommes dues au pape, qui, mécontent de ce retard, mit le royaume en interdit. Louis de Ta-
1*88. rente, qui n'était qu'en galant frivole, mourut à l'âge de quase m«i. rante-deux ans. Alors Jeanne épousa, à la requête des barons, Jacques d'Aragon, roi titulaire de Majorque, mais en le tenant éloigné de toute autorité; il séjourna même le plus souvent en Es-
13n. pagne, et mourut sans l'avoir rendue mère.
Jeanne avait alors cinquante ans ; tous ses enfants étaient morts et sa sœur Marie n'avait laissé que trois filles. Jeanne, désignant
LES DEUX-SlCILES. U>1
Marguerite, Tune d'elles, pour lui succéder, la maria à Charles, neveu du duc de Durazzo, décapité naguère, que l'on surnomma Charles de la Paix, et qui s'attribuait quelques droits à la couronne de Hongrie. Des relations intimes entre luiet Louis le Grand portèrent ombrage à Jeanne, qui résolut aussitôt d'épouser Othon im, de Brunswick; puis elle favorisa Clément VH, et contribua par cette conduite à faire éclater le grand schisme d'Occident; Urbain VI l'excommunia, et poussa contre elle Charles de Durazzo. Alors la reine institua Louis d'Anjou, fils de Jean II de France, son >m héritier, et Clément VH érigea en sa faveur le nouveau royaume d'Adria, composé de l'État ecclésiastique, moins le patrimoine de saint Pierre et la campagne de Home. La mort de son père l'empêcha de passer les Alpes. Après avoir été couronné à Rome mu par le pape Urbain VI, qui lui prodigua les trésors de l'Église, et même aliéna pour lui ses possessions territoriales, Charles fit son entrée dans le royaume. Le peuple, irrité de ce que Jeanne avait adopté un prince français, ou plutôt soulevé par les menées de Charles, s'empara delà princesse et la ht étrangler, à la nouvelle que Louis d'Anjou s'avançait pour la délivrer. Ainsi périt cette reine, qui , après une jeunesse condamnable, avait montré un caractère généreux, de la franchise et de la bonté.
Louis d'Anjou aurait voulu rester en Provence pour y recueillir la portion la plus solide de l'héritage ; mais le pape le poussa en Italie, où, prenant le titre de roi, il continua pendant deux ans à faire la guerre à Charles III de la Paix, qui eut soin d'éviter les rencontres ; bientôt les maladies épuisèrent l'armée, les chevaux et les trésors de l'envahisseur, au point de réduire les meilleurs chevaliers à n'avoir que des ânes. Le duc, qui, après avoir vendu vaisselle, joyaux et jusqu'à sa couronne, était réduit à mettre un haillon déteint par-dessus sa cuirasse, mourut de la fièvre à Dari; ceux qui ne périrent pas s'en retournèrent en demandant l'aumône et en volant.
Délivré de son principal ennemi, Charles III refusa au neveu d'Urbain la principauté de Capoue, le duché d'Amalfi, le comté dtt Fondi, et autres possessions qu'il lui avait promises à l'époque de son couronnement. De là, une guerre et des excommunications scandaleuses qui troublent son règne jusqu'au moment où, appelé en Hongrie par une faction, il y est tué en trahison. hm.
Ladislas, son fils, âgé de douze ans, fut proclamé roi ; le parti français, de son côté, salua du même titre un autre enfant, Louis II, lils du duc d'Anjou, et Marie de Blois, sa tutrice, enleva presque toute la Provence à son compétiteur. Les Napolitains, mécontents
de la régente Marguerite, veuve de Charles III, et de l'avidité de ses favoris, se soulevèrent aussi en faveur d'Othon de Brunswick, veuf de Jeanne et créature de Clément VII, qui s'empara de Naples au nom du prince angevin. Au milieu de ce conflit, la plupart refusèrent obéissance aux deux prétendants; ils furent
iw. excommuniés tous deux par le pape, et le royaume tomba dans l'anarchie. Louis II, couronné dans Avignon, fut reçu à Naples au milieu des acclamations; malgré cet accueil, il fut bientôt réduit à laisser le trône a Ladislas.
Ce prince, qui avait grandi au milieu des dangers et des guerres civiles, s'était façonné aux intrigues en même temps que son courage se développait avec l'âge ; aussi perfide en politique et plus ambitieux que Jean Galéas, il s'était proposé pour but de renouveler la gloire de Frédéric II : Ou César, ou rien, disait-il. Après avoir obtenu la couronne de Hongrie et dompté ses ennemis, il profita des troubles excités par le grand schisme pour occuper
r,o«. Rome, dont il se déclara roi. Les Florentins, toujours attentifs à i53Vni préserver l'Italie de la domination des potentats, ne voulurent pas le reconnaître ; ils soudoyèrent contre lui Braccio de Montone,
ujo. et favorisèrent Louis II qui, couronné dans Avignon, passa les Alpes avec les secours que lui fournit le pape. Les fleurs de lis flottèrent à la tête de l'armée, et les Florentins, réunis aux Siennois, s'emparèrent de Rome. Louis vainquit Ladislas à Roccasecca ; mais, arrêté par la pénurie d'argent et la désertion de ses soldats
un. que le vaincu avait achetés, il fut contraint de se retirer honteusement. Les Florentins s'entremirent alors entre le roi et le pape pour leur faire signer la paix ; mais Ladislas profita de la pre-
nia mière occasion pour envahir Rome de nouveau. Les Florentins s apprêtaient à la lui reprendre, quand il fut atteint d'une maladie terrible, attribuée au poison ou à des philtres ; il tombait quelquefois dans des accès de rage, au milieu desquels il se livrait à
u». des cruautés atroces; enfin il mourut à l'âge de trente-huit ans, d'une véritable frénésie.
Jeanne h, Jeanne II, sa sœur, plus âgée que lui de cinq ans, lui succéda; laide et voluptueuse, elle fut le jouet d'indignes favoris. Jacques D de Bourbon, comte de la Marche, qu'elle épousa, voulant être roi de nom et de fait, la mit en prison et fit appliquer à la torture le grand sénéchal Pandolfello Alopo, son amant. Les barons et le peuple, indignés de voir leur reine traitée comme une esclave, l'enlevèrent à ses gardiens, et Jacques fut réduit â subir des conditions humiliantes; emprisonné à son tour, et puis délivré, H alla mourir moine dans un couvent. Après son départ, les Frao-
hfS DEUX-S1CILKS.
çais furent chassés de tous les emplois, qui passèrent aux Italiens, et messire Gianni C îracciolo fut investi de toute la confiance de la reine.
Plein d'habileté et de prévoyance, aimé du peuple, qui lui savait gré de pourvoir à sa subsistance, Gianni aurait dominé arbitrairement s'il n'eût rencontré l'opposition de Muzio Attendolo Sforza, père de celui qui devint duc de Milan. Grand guerrier, politique délié, tour à tour victime et favori du roi de Naples, passant du cachot au pouvoir, du pouvoir au cachot, il résolut entin, à la tête de sa faction, de renverser Caracciolo; mais, voyant qu'il échouait dans la lutte des intrigues, il n'hésita point à faire appel aux vieilles inimitiés des Durazzo et des Angevins, qui devaient être la cause de si grands malheurs et de la longue servitude étrangère. Il fit inviter Louis III, héritier de Louis II d'Anjou, à venir re- i«o. vendiquer ses droits. Sforza, nommé vice-roi par ce prince, réunit une armée, et Louis parut lui-même avec une flotte ; mais ils eurent à combattre sur terre Braccio de Montone, capitaine d'aventure, et sur mer Alphonse, roi d'Aragon et de Sicile, que Jeanne adopta. Louis, a qui son habile ennemi avait enlevé l'amitié du pape et le courage vénal de Sforza, fut défait et s'éloigna; Alphonse, ne pouvant tolérer l'arrogance de Caracciolo ni les trames qu'il ourdissait pour le supplanter, prit le parti de le faire arrêter.
Jeanne, épouvantée, s'enferma dans Castel-Capuano, déshérita r.n. Alphonse en faveur de Louis III, et recourut à Sforza, qui ne la sauva qu'avec peine. Cependant, Alphonse ayant été forcé de se rendre en Aragon, elle parvint, avec les secours que lui fournirent Gênes et Philippe-Marie Visconti , à recouvrer sa capitale ; Braccio, la meilleure épée de l'époque depuis la mort de Sforza, qui s'était noyé dans la Pescara, fut battu , et se laissa mourir. ut*.
Par un de ces caprices amoureux que l'âge n'amortissait pas chez elle, Jeanne se brouilla avec Giani Caracciolo; ses ennemis profitèrent de l'occasion pour le faire arrêter et l'envoyer au supplice, ne laissant à la reine que la consolation de lui faire faire de magnifiques funérailles. nw
Louis III avait aussi terminé ses jours sans laisser d'enfants. im. Jeanne désigna pour son héritier Bené , frère de ce prince , et mourut à l'âge de soixante-quatre ans. Avec elle s'éteignit la pre- mil mière maison d'Anjou, qui régnait depuis cent soixante-cinq ans. 1 fevrte Les adoptions capricieuses de Jeanne coûtèrent des guerres sans fin à la France et à Naples, qui, pour 3e disputer cette belle couronne , s'appuyaient sur les fantaisies mobiles d'une femme. La
Calabre fut alors réunie à la Sicile, sans égards pour les droits de René.
Nous avons vu comment cette île était échue en partage à Frédéric II d'Aragon , qui la défendit contre les Angevins ; mais, infidèle aux engagements qu'il avait pris envers la Sicile à l'époque de son couronnement, il ne sut pas soutenir la résolution généreuse de ses nouveaux sujets, et souscrivit à une paix sans honneur. Il avait pourtant rétabli Tordre dans Pile en lui donnant ou en lui permettant de se donner de sages institutions Afin de consolider la tranquillité intérieure, il congédia les bandes mercenaires de Catalans, qui s'en allèrent avec Roger de Flor chercher fortune en Grèce (1) ; pour récompenser ensuite la nation, qui l'avait élu dans l'accord d'une volonté énergique, il restreignit volontairement les droits de la monarchie.
L'influence du clergé s'était affaiblie dans la lutte que la Sicile avait soutenue contre la cour de Rome. Les Angevins avaient cherché plutôt à se concilier les barons que les cités, parce qu'elles rendaient impossibles les conventions secrètes. Caressées parce que leurs forces étaient nécessaires pour appuyer l'élection , les barons devenaient arrogants, et déployaient une pompe extraordinaire dans leurs vêtements , dans leurs réceptions, dans les cérémonies extérieures. A l'exemple de la noblesse aragonaise , si riche de privilèges, ils s'entouraient de clients et d'affalés qui s'obligeaient par serment à protéger leurs intérêts. Ce n'étaient plus les services, mais la naissance qui conduisait aux dignités les plus élevées. Le grand justicier, le grand chambellan, tous les commandants de terre et de mer, étaient choisis parmi les barons, lis avaient obtenu précédemment qu'il ne serait exposé aucune denrée sur le marché que les leurs n'eussent été vendues; de plus, il fallait que les vassaux s'en tinssent aux mesures adoptées par chacun d'eux pour le payement de leurs redevances. Peu contents de ces avantages , ils élevaient tous les jours de nouvelles prétentions, si bien que Frédéric, quoiqu'il joignît la force à la doucew . parvenait avec peine à les réprimer.
Afin de refréner l'avidité des magistrats dans la campagne . il limita leur juridiction et leur autorité. L'île fut divisée en quatre vallées au lieu de deux , et il nomma un certain nombre <! juges subalternes, qui relevaient de quatre grandes cours de justice. En même temps qu'il plaçait sous la dépendance du directeur des finances (magister secretus regni) des secrétaires spéciaux. j
(l) Vojn ci-<1e>.Mi>.
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institués à Païenne, "Messine, Catanc et Syracuse, Frédéric réduisit à une sorte de magistrature communale les maîtres jurés, institués par Charles d'Anjou, à raison d'un par ville ou bourg/pour surveiller les actes de la justice du roi, des nobles et du clergé. Il confia aussi aux municipes la nomination et la surveillance de plusieurs magistratures jadis d'institution royale, qu'il était difficile de contrôler de loin, ne réservant à la couronne que la .nomination du premier juge dans chaque localité. Les différentes cités furent divisées , autant que possible, de manière à former des forps indépendants, plus faibles contre l'autorité royale.
L'org misa! ion par municipes, à laquelle les Hohenstaufen s'étaient opposés, put aussi se développer, et dans la suite poser des limites à l'autorité du souverain. Un bailli, quelques juges et des jurés constituaient le collège municipal, qui , dans certains cas, s'adjoignait un nombre plus ou moins grand de marchands et d'anciens du pays. Les nobles , au moins dans les villes royales , et pins tard leurs affidés, furent exclus des charges municipales. Ainsi la corporation bourgeoise et le corps aristocratique se trouvaient séparés et dans un état d'opposition mutuelle. Frédéric permit aux nobles de vendre et d'hypothéquer leurs (iefs sans avoir besoin de l'assentiment royal, pourvu que ce ne fût pas en faveur du clergé, à la condition de payer au fisc le dixième de la valeur et de soumettre le nouveau propriétaire aux mêmes obligations que son prédécesseur. Ce qui semblait de sa part une concession arrachée par la nécessité était Tune des mesures les plus propres à diminuer les propriétés et à faire circuler les richesses, dont l'accumulation entravait l'exercice du pouvoir.
Le roi Jacques, a qui l'urgente nécessité faisait une loi de se concilier les Siciliens, avait exempté d'impôts des communes entières; aussi les finances manquaient lorsqu'une guerre interminable faisait sentir plus vivement le besoin d'argent. Frédéric eut beaucoup de peine à les relever. Il fit voter, à cet effet, des contributions nouvelles par les parlements, où il appela constamment, avec les prélats et les barons*, les syndics des villes, représentants du peuple, qui formèrent un troisième bras : il imitait ainsi, avec le nom, quelques-unes des formes de la constitution aragonaise. Le roi, revêtu des insignes de sa dignité, ouvrait l'assemblée par un discours adressé aux trois bras; les prélats et les barons étaient assis des deux côtés du trône, les syndics des villes en face, et chaque bras délibéraft séparément. La première assemblée tenue a Cutané. itti. dans laquelle Frédéric fut élu, décida l'union perpétuelle du parlement, et soumit le clergé à l'obligation de contribuer aux char-
ges publiques pour tous les biens qui ne seraient pas affectés spécialement aux fonctions du cuite.
Ce droit de la monarchie sicilienne, en vertu duquel Urbain II avait conféré au roi Roger Ier l'autorité de légat pontifical, fut recouvré par les princes aragonais , quoique Charles d'Anjou l'eût abandonné à la cour de Rome (1).
La Sicile sortit donc de sa révolution avec une organisation monarchique unique en Italie. Il faut savoir gré à Frédéric d'avoir maintenu la tranquillité et la justice dans des temps si orageux, sans recourir à l'oppression ; mais dès lors commence la décadence de l'île , où l'intérêt de l'aristocratie devint , au lieu de l'ordre politique, l'objet d'une législation partiale. Les nobles, que les princes souabes avaient tenus en bride, devinrent si audacieux dans la guerre qui succéda aux Vêpres siciliennes, qu'ils 1M7-4I. prétendirent, sous Pierre III, rendre héréditaires les plus hautes charges; chaque maison se fit, avec sa clientèle bourgeoise, le centre de partis qui se battirent sous les noms des Alagona et des Chiaramonte, des Palizzi et des Ventimiglia, chefs dont chacun avait sa bannière et ses prosélytes.
Ces luttes devinrent plus acharnées sous Louis, qui succéda à son Frédéric te père à l'âge de cinq ans, et sous son frère Frédéric III le Sim pie , qui sm?îf* n'en avait que treize. Tout l'édifice représentatif s'écroula, et le gouvernement central disparut presque entièrement, a La fureur a des partis devint telle que, partout où ils se rencontraient, ils se « tuaient sans miséricorde comme des bêtes féroces, au moyen a de pièges et de trahison; ils employèrent le fer et le feu pour a dévaster les domaines les uns des autres... La culturedes champs a fut livrée à un tel abandon, les produits recueillis se consumèa rent si complètement que cette île, qui naguère était une fona taine d'abondance, fut réduite par la famine et la misère à voir a un grand nombre de ses habitants émigrer par familles dans les o autres pays (2). » Le moment parut favorable aux rois de Na-
(1) Gbecorio, Comiderazioni sopra la storia di Sici/ta; Palerme, iso7.
(2) M. Vil lan i, qui s'exprime ainsi, livre II, cl). 16, ajoute ce fait à l'appui : m Un Catalan qui tenait un château fort amena ses compagnons à entrer en négociation avec un comte de Ventimiglia, qui, dans son désir d'être maître de cette place, y entra, trop confiant dan* le traité intervenu, avec cent quatre nommes, bien qu'il eût l'intention d'y mettre une garnison plus forte. Mais à peine s'y furent-ils introduits que les portes furent fermées par les traîtres , qui firent le comte et les sien* prisonniers. Quoiqu'il y eût, dans le nombre des homme* qui voulaient se racheter au prix de beaucoup d'argent, et qu'il était bon de conserver pour les chances incertaines de la guerre , l'âme féroce des Catalans se livra à toute sa cruauté. Dépouillant immédiatement les malheureux prisonniers,
LES DfcUX-SIClLES.
•im-
pies, qui avaient dissimulé, mais non déposé leurs prétentions; Jeanne occupa Messine , avec la promesse d'en faire la capitale de »»»• la Sicile; mais Chiara monte et Ventimiglia réunis la recouvrèrent, et les rois de Naples consentirent à la paix, à la condition que l'Ile leur payerait tribut.
Frédéric Ier avait établi , à la manière salique , le mode de succession par agnats, à l'exclusion des femmes; mais le pape wn. autorisa Marie, unique héritière de Frédéric III, à lui succéder. Pierre d'Aragon , après s'être opposé à cet arrangement, consentit à ce que Martin , son neveu , épousât la princesse ; mais, comme tous deux moururent sans laisser d'enfants , le père du mari , le vieux Martin , ex-roi d'Aragon , leur succéda. La Sicile tomba
' ° , .le Vieux
ainsi dans la condition malheureuse d'une province, condition dont elle ne put sortir pendant trois siècles. Pour comble de maux, le pape et les ro s napolitains ne cessaient de fomenter des discordes déjà inévitables d'après la constitution du royaume , et qui continuaient de l'agiter même après que la liberté avait péri.
Au premier rang parmi les barons figuraient les familles de Chiaramonte et d'Alagona, la première favorable aux Italiens et dès lors plus populaire , l'autre attachée aux Espagnols ; mais la faction latine et le parti catalan tyrannisaient le pays à l'envi, en s'arrachant les revenus de l'État, l'administration, la guerre, la justice. Au lieu d'améliorer leur organisation municipale, les villes se trouvaient dominées par les nobles , qui élisaient les magistrats, chassaient le capitaine royal, le remplaçaient par un baron de leur parti, et les traitaient comme des métairies dont ils auraient été les propriétaires.
Lorsque Martin II essaya de relever le pouvoir monarchique , les barons, oubliant leurs inimitiés, et d'ailleurs soutenus par le pape, se liguèrent à Castronovo pour se défendre les uns les autres. Martin , obligé alors de négocier avec eux , s'efforça de remettre les choses sur l'ancien pied, de recouvrer les revenus aliénés, et de placer le pays sous la protection d'une armée permanente de trois cents bassinets ou barbu tes , dont cent étaient Siciliens, et le reste étrangers.
ils leur lièrent, ainsi nus, les mains au dos, les firent monter les uns après les autres mit les créneaux de la plus haute tour du château, et les lancèrent sam» pitié de cette hauteur au fond du précipice, où leurs pauvres corps furent déchirés par l'impétuosité de la chute contre les anfractuo*ités des rochers. Le comte seul fut gardé vivant, non par un mouvement d'humanité, mais par le désir d'en obtenir, pour sauver sa tête, un château qu'il possédait dans le voisinage de ses barbares ennemis. »
TREIZIÈME ÉroOUE.
A peine ces améliorations commençaient-elles à produire quelque effet, que de nouveaux troubles éclatèrent. A la mort du roi Martin II, les partis relevèrent la tête ; Messine, se rappelant ses anciens efforts, secoua le joug étranger et promit fidélité au pape Jean XXIII, qui déclara les Aragonais déchus , faute d'avoir paye le tribut au saint-siége. Mais ce qui déplaisait au peuple convenait aux barons; ils vinrent donc en aide à ceux qui lui faisaient la guerre, et ne déposèrent les armes que lorsque Ferdinand de Castille, monté sur le trône d'Aragon , fut reconnu par tous comme roi légitime.
Alphonse ic 11 ne vint pas même visiter l'île, et si Alphonse (V d 'Aragon , me. qui lui succéda , s y rendit , ce tut uniquement pour colorer ses dessins sur la Corse et le royaume de Naples. Il se prétendait héritier de cette couronne par l'adoption de Jeanne II; mais René, frère de Louis III, s'appuyait du même titre. Les habitants se divisèrent entre les deux prétendants , qui s'npprétèrent à mériter le trône en faisant au pays le plus de mal possible. Alphonse assiégea Gaëte, défendue par les Génois , et la réduisit à l'extrémité ; comme on venait d'en faire sortir les enfants, les femmes et les vieillards , il répondit à ceux qui lui conseillaient de les repousser afin d'affamer la ville : Plutôt ne pas prendre Gaète que de renier l'humanité; il les accueillit et les nourrit.
La flotte de Gênes, qui était sous les ordres de Philippe-Mari.* s «Ski Visconti, battit celle d'Aragon près de l'île de Ponza (I), et tit prisonnier le roi lui-même, qui fut envoyé à Milan avec deux de ses frères et une centaine de barons tant espagnols que siciliens. Cet Alphonse avait lu quatorze fois la Bible avec les commentaires
(1) Celte victoire, que Sismondl appelle In plus importante, ta plus glorieuse qui, rte tout le siècle, eilt été remportée sur la Méditerranée, fut «lue à tin stratagème qui semble puéril à une époque où l'artillerie était déjà connu* « On comblait, disent tes chroniques napolitaines ( Rer. liai. Script.t XXI, Ilot ), avec du savon, de l'huile, de petits pots en terre cuite, des pierres <ie chaux, que l'on jetait du haut des huniers sur les navires ennemis , ce qui lai sa î qu'ils ne se voyaient pas les tins les autres, et frappaient sur le* leur», les prensni pour de* ennemis. » Jean Cavalcanli dil plus explicitement : « l e moyen employé par les Génois lut d'une adresse merveilleuse , ils emportèrent m nombre infini des vases de terre, comme casseroles et cruchons, qu'ils remplirent âe chaux vive et de cendre de guède; puis, au commencement de la bataille» ils s'arrangèrent pour que le vent leur souillât aux reins, et a l'ennemi en lace. Les nois ne recoururent pas moins aux vases qu'aux armes , et leurs ennemi» élaieid frappes a i visage par les cendres lu ù antes et enflammées que le vent chassai! ; les pores étant ouverts par la transpiration et par la fatigue de la bataille, cetii chaux leur causait tant de douleur qu'ils abandonnaient leurs armes, et que chacun ne s'occupait que de se frotter les yeux. *