‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 149 sur 153 · HIST. UNT?. — T. XII · texte numérisé non relu

HIST. UNT?. — T. XII

débouchés sont le Vérontis. Le duc de Milan est celui qui confine avec nous, et on le doit maintenir en amitié, attendu qu'en moins d'an jooron va à une grosse ▼ille de sa dépendance, qui est Brescia, laquelle confine avec Vérone et Crémone. Gênes, qui est puissante par mer sous le duc, pourrait nous nuire; or il faut rester bien avec celui-ci. Mais, au caa où les Génois voudraient du nouveau, nous avons la justice de notre côté. Nous nous défendrons vaillamment et contre les Génois et contre le duc , et cela avec bon droit. La montagne do Véronais est notre défense contre le duc, et elle s'est déjà défendue par ellemême. Tout notre pays est en outre défendu par les marais et par le PÔ, par trois mille hommes de pied et deux mille arbalétriers. (Test là le monde que nous avons, et s'il en fallait davantage, nous résisterions à toute la puissance du duc avec trois mille homme» de plus. Jouissez donc de la paix. Si le duc s'empare de Florence, les Florentins, qui sont habitués à vivre en commerce, quitteront Florence, et viendront habiter Venise, où ils amèneront la fabrication des étoffes de soie et de laine, de manière que cette ville demeurera sans industrie, et Venise multipliera, ainsi qu'il arriva pour Lacques quand un citoyen s'en fit seigneur. La fabrication de Lucques et sa richesse s'en vinrent à Venise, et Lucques devint pauvre. Restez donc en paix.

« Messire François Foscari, jeune procurateur, si vous savez répondre à ce* demandes, nous engagerons le conseil à adopter ce que vous proposez. Si vous tous trouviez dans Venise un jardin de cette condition qu'il vous donnât, chaque année, assez de froment pour faire vivre cinq cents personnes, et en outre qu il vous restât beaucoup de mesures à vendre; que ledit jardin vous donnât a*sez de vin pour cinq cents personnes, et que vous en eussiez de plus à vendre plusieurs chariots ; qu'il vous donnât toutes sortes de grains et de légumes pour beaucoup d'argent et encore toutes sortes de fruits pour nourrir cinq cents personnes chaque année, et qu'il y en eût à revendre; que ledit jardin vous donnât chaque année, tant en bœufs qu'en agneaux, chevreaux et volaille de toute sorte, de quoi suffire à cinq cents personnes , et qu'il en restât à vendre ; et de même fromages, raisin, poisson, sans qui! y eût aucune dépense pour les garder, H faudrait dire que ce jardin serait de très-grande valeur, donnant tant de choses. Puis si l'on venait vous dire un matin : Messire François, vos ennemis sont allés prendre sur la place trois cents marins i ils les ont payés pour entrer dam votre jardin, et ces hommes emportent cinq cents serpes pour dévaster les arbres et les vignes ; et enfin il y a aussi cent paysans avec cent herses pour ravager toutes les plantes et pour causer dommage à tout le bétail gros et menu ; si vous étiez sage, vous ne le souffririez pas; mais von« iriez au logis, et prendriez l'argent nécessaire po«r Paîer m,l,c hommes, rt ,es opposer à ceux qui voudraient faire du dégât. Mais, si vous alliez payer, messire François, ces cinq cents hommes avec des serpes et ces cent paysans pour ravager le jardin avec des herses, on dirait que vous êtes devenu fou. Prouvons que nous sommes dans la question. Nous avons résolu de faire connaître tout le commerce que fait présentement Venise, et avec qui. Noos parlerons d abord des marchands milanais, puis nous parlerons des registres des banques ment ce fait ; savoir, que chaque semaine il lui vient de Milan de dix -sept à dixhuit mille ducats, donnant dans une année la somme de neuf cent mille ducats , qui entrent dans cette ville .

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D'Alexandrie >»ow

DU LIVRE IIII. 723

De Tortone et Novare 5,000 104,000

De Crémone 2,000 104,000

De Bergame 1,500 16,000

De Parme 2,000 104,000

De Plaisance 1,000 52,000

« Tontes les banques démontrent qu'il en est ainsi : que les marchandises in» traduites dans le pays du duc de Milan s'élèvent à un million six cent douze mille ducats d'or par an. Vous semble-t-il que ce soit un beau jardin et très-noble, sans dépense aucune ?

« Alexandrie, Tortone et Novare y contribuent pour six mille pièce*

d'étoffe par an , à quinze ducats la pièce 90,000

Pavie pour 3,000 à 15 45,000

Milan — 4,000 à 30 120,000

Côine — 12,000 à 15 180,000

Monza — 6,000 à 15 90,000

Parme — 4,000 à 15 60,000

Crémone — 40,000 pièces de futaine à 4 £ 170,00

En tout. . . pièces 90,000 9oo,ooo

« Or nous avons, en outre, des Lombards, pour entrée, magasin et sortie, à raison d'un ducat par pièce, 200,000 ducat* , ce qui monte , avec les marchandises, à 28,800,000 ducats. Vous semble-t-il que ce soit là un lrè»-beau jardin pour Venise ?

« Il y a encore la grosse toile pour une somme de 100,000 ducats par an. Pnis les Lombards tirent de vous, chaque année, les objets suivants :

Coton, 5,000, pour '.. 250,000

Fil , 20,000, de 15 à 20 ducats le cent 30,000

Laine catalane, 40,000 à 60 ducats pour millier. 240,600

Laine française, 4,000, à 30 id. id 120,000

Draps en or et en soie , pour. 250,000

Poivre, 3,000 carichi (colis ), à 100 ducats chacun 300,000

Cannelle, fardi (paquets), à ICO 64,000

Jujubes, 200 milliersà400 , 80,000

Sans compter les jujubes vertes , pour plusieurs milliers de ducats.

Sucre de lre, 2% 3e qualité, à 15 ducats le cent 95,000

Toute* sortes de choses nécessaires » coudre et à broder 30,000

Verzino (bois pour teindre en rouge ), 4,000 à 30 ducats par

millier 120,000

Indigo et graine à teindre pour 50,000

Savon pour 250,000

Hommes esclave* 30,000

« De manière que, le tout évalué, cela viendrait à faire deux millions huit cent mille ducats (1). Est-ce là pour Venise un beau jardin, sans dépense ?

U) Certains passages embrouille*, dans l'édition de Sanuto donnée par Muratort, ont été rectifiés du mieu\ qu'il a été possible.

«H y a encore beaucoup d'objets avec les sels qui se vendent chaque année. Or tout ce que la Lombardie tire de ce pays est cause que nous faisons naviguer tant de bâtiments en Syrie, tant de galères en Remanie , tant en Catalogne, tant en Flandre, en Chypre, en Sicile et dans les autres contrées du monde, tellement que Venise reçoit, tant pour provision que nolis, deux et demi et trois pour cent. Les courtiers, les teinturiers , le nolis des navires et des galères, les peseurs ei emballeurs, les barques, les matelots, les rameurs, lesmattres d'équipage, avec le bénéfice des marchands, voilà une autre somme de six cent mille ducats, qui revient à nos gens de Venise sans aucune dépense. Or plusieurs milliers de personnes vivent grassement de ce bénéfice. Est-ce là un jardin qui se doive détruire ? Non certes ; mais il doit être défendu contre quiconque le voudrait dévaster.

« Si nous entreprenions la guerre , comme le dit ou comme le propose notre jeune procurateur , contre le duc de Milan , nous donnerions occasion à soudoyer des hommes avec des serpes pour couper les arbres qui rapportent à Venise des fruits si bons et si utiles , de payer des manants avec des herses pour ravager les plantations de tant de fruits utiles qui viennent chaque année de cette Lombardie à Venise. 11 nous faudrait recruter des hommes d'armes pour aller sur ledit pays, abattant les arbres et les édifices, incendiant maisons et villages, enlevant les animaux, renversant les murailles des villes et des châteaux, tuant les hommes avec désolation, mettant des impôts sur nos terres à la charge tant des citoyens que des paysans, et mettant dans cette ville des impôts sur les maisons, des emprunts sur les marchandises, sur les navires, sur les galères. Dieu sait ce que nous irions faire dans le pays du duc! mais il pourrait arriver que le duc sauvât ce qui lui appartient, et remédiât d'une manière ou d'autre à tout le mal, tandis que nous aurions causé la ruine de no* contrées. Que vaudraient alors, en effet, tant d'épiceries et d'étoffes d'or et de soie? Personne ne les achèterait plus, parce qu'on n'en aurait plus le moyen. Or, afin que vous ayez, seigneurs, quelques renseignements sur ce point , sache* que:

Vérone prend tous les ans 200 pièces de brocart en or,

en argent , en soie.

Vicence 120

Padoue. * . . * 200

Trévise. ...» ' 120

Le Frioul 4 50

Fellre et Cividal de Belluno 12

Et des épices pour tous ces lieux :

Poivre, carichi (colis) 400

Candie, fardi (paquets) 120

Jujuhes de toutes sortes, milliers 400

Avec beaucoup d'autres épices.

Sucre, milliers 100

Cire, pains 200

« Quand nous aurions dévasté leurs récoltes, ils n'auraient rien à dépenser, au grand préjudice de toutes les marchandises de Venise tout entière. 11 ne faut donc pas en croire notre jeune procurateur.

n D'un autre côté, le duc de Milan devrait pour se défendre, soudoyer des hommes d'armes, asseoir des impôts sur les paysans, les bourgeois, les gentilshommes, de manière qu'il n'y aurait plus d'argent pour acheter les susdites choses, au ci and dommage et à la ruine de notre cité et des citoyens. Permettez

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donc, seigneurs, que nous répondions aux ambassadeurs des Florentins en leur disant d'écrire à leur commune pour l'inviter à leur donner pouvoir de traiter de la paix, et à rapporter sa loi, pour qu'il soit possible d'avoir la paix.

- Nous avons vu de nos jours, en la manière susdite, Galéas-Marie de Milan, qui conquit toute la Lombardie et la Toscane, excepté Florence, la Romagneet la campagne de Rome, entrer en tant de dépenses qu'il ne put la supporter, et qu'il lui fallut par force rester en paix; et, cinq ans avant qu'il fit la guerre, il avait du mal à payer ses gens. Il en arrive de même à tous. Si vous vous tenex en paix, vous amasserez tant d'or que tout le monde vous redoutera à cause de votre or, et vous aurez surtout Dieu pour vous. Ce que nous disions il y a un an, répétons-le de nouveau : Si vous voulez avoir la paix , espérons en Dieu pour qu'il la leur fasse avoir. Que Dieu, Seigneur de tous, avec Notre-Dame et avec messire saint Marc , .vous fasse vous en tenir à la paix, qui est notre bien! »

Au mois de janvier suivant , les Florentins renouvelant leurs instances, et disant que si Venise ne leur venait en aide ils devraient faire comme Saroson, qui se tua lui-même avec tous ses ennemis , et que, s'ils restaient vaincus, leur servage amènerait celui de toute l'Italie , le doge convoqua le conseil, et parla en ces termes :

« Seigneurs, vous voyez chaque année que, par suite des événements survenus en Italie, beaucoup de familles viennent à Venise avec femmes, enfants et biens, et qu'elles vont remplissant notre pays. Chaque année, de même, il vient de Vicence , Vérone, Padoue, Trévise, des citoyens de tous les partis habiter ici avec leurs familles , au grand avantage de notre ville. 11 vient de même de tous côtés sur notre territoire des paysans et des familles honnêtes, pour y habiter et vivre pacifiquement en exerçant leur profession , eux et leurs enfants. Si vous voulez la guerre, ces gens-là s'en iront; votre ville et toutes les autres seront ruinées , et ils se sépareront de nous. Aimez donc la paix. Si les Florentins se donnent au duc, tant pis pour eux ; qui peut les en empêcher? La justice est avec nous. Ils ont dépensé, consommé, et se sont endettés. Nous sommes bien, et possédons un capital qui s'élève environ à dix millions de ducats. Nous vous engageons à vivre en paix , à ne rien craindre, et à ne pas vous fier aux Florentins, qui nous ont mis autrefois en guerre avec les seigneurs de la Scala. Ils nous demandèrent'alors un prêt d'un demi-million de ducat«,et, quand nous eûmes consenti à le leur donner , ils se mirent contre nous d'accord, avec ceux de la Scala. Cela se passa en 1333.

« En 1412, ils firent descendre contre nous le Florentin Pippo , capitaine des Hongrois, lequel nous causa de grands dommages et beaucoup d'antres griefs ; nous vous engageons fort à en user avec eux comme l'autre fois. Seigneurs, notre jeune procurateur ne nous étonne aucunement. Ses relations d'amitié avec ces Florentins lui font méconnaître la justice et la vérité en ce qui concerne Philippe-Marie; car la guerre provient de l'iniquité des Florentins, qui peuvent avoir la paix et ne le veulent pas ; et cela, parce qu'ils veulent nous pousser en avant, puis nous laisser seuls, prendre notre argent pour le dissiper, et conquérir avec nos ducats les terres d'autrui, comme ils firent en 1333. Seigneurs, ne nous étonnons pas de notre jeune procurateur et de la bienveillance qu'il porte à ces Florentins, pour plusieurs motifs et différentes choses qu'il a voulu dire. Votre collège a voulu connattre tous les revenus que nous percevons depuis Vérone jusqu'à Mestre, et qui s'élèvent à quatre cent soixante-quatre mille ducats. Au contraire, il lui a plu de s'enquérir de la dépense. Le revenu est bien audessus de la dépense en pleine paix, sans aucun contredit. En cas de guerre, il nous faudrait subvenir à tout avec notre argent. Si nous dépassions Vérone, il

nous faudrait supporter une grande dépense, et noua arriverions à ruiner le» gentilshommes, les citoyens, les artisans et la chambre des prêts. Il est donc mieux de conserver ce que nous avons, et de rester en paix.

« Seigneurs, nous ne vous le disons pas pour nous glorifier, mais seulement pour exprimer la vérité à la tribune el l'avantage de la paix. Vous le voyez par no* capitaines d'Aigues-Moites.de Flandre, par nos ambassadeurs qui vont alentour, par nos consuls et par nos négociants; ils vous disent tout d'une voix : • Seigneurs « Vénitiens, vous avez un principe de vertu et de bonté qui vous a tenus en « paix et voua maintient de telle manière dans celte existence pacifique, que vous a êtes les seuls qui naviguiez sur la mer et alliez librement par terre; tellement « que vous êtes la source de toutes les marchandises, que vous fournissez * tout le monde, que tout le monde vous aime et vous voit volontiers. Tout « l'or du monde vient dans vos murs. Vous serez heureux Uni que ce principe « subsistera, et qu'il sera aussi à propos. Toute l'Italie est en guerre, en feu , « en tribulations de même toute la France, toute l'Espagne, toute la Catalogue , « l'Angleterre, la Bourgogne, la Perse, la Russie et la Hongrie. Vous n'avez la « guerre qu'avec les seuls infidèles, qui sont les Turcs, à votre grande louange « et honneur. • En conséquence, nous vous engageons à vivre en paix, et à répondre aux Florentins comme nous fîmes il y a un an, de l'avis de tout le conseil. »

L'autorité du doge octogénaire dissipa les efforts des partisans de la guerre (l) ; mais au mois d'avril 1423, sentant sa fin approcher, il fit appeler quelque sénateurs, auxquels il parla ainsi :

■ Seigneurs, nous vous avons envoyé chercher , vu cette infirmité que Dieu a voulu nous donner, et qui sera la fin de notre voyage ici bas. En invoquant avec ferveur la toute puissance du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Dieu eu trois personnes, dont le Fils prit chair humaine, selon la doctrine de messire notre prédicateur frère Antoine de la Massa , auquel Dieu triple et un noua sommes obligés, par plusieurs raisons que nous toucherons pour autant qu'il nous sera possible. Ce Dieu enseigne aux quarante et un qui élisent le chef de notre ville, et cela en différents chapitres , de défendre la religion chrétienne, d'aimer leur prochain, de rechercher la paix et de la conserver. Ces choses , nous sommes tous obligés de les faire. Que Dieu qui a créé tout soit loué! Je vous notifie que de notre temps nous avons remboursé quatre millions d'emprunts; cette dette fut contractée par la guerre de Padoue, de Vicence et de Vérone. Notre mont se trouve posséder six millions de ducats , et nous nous sommes efforcés de faire en sorte que tous les six mois on payât deux termes des emprunts, ainsi que tous les emplois et administrations, toutes les dépenses de l'arsenal, et tout ce dont nous pouvions être redevables à autrui, et à quelque titre que ce fut; c'est ainsi que nous avons fait.

« Pareillement, à raison de la paix dont nous jouissons, notre ville de Veuise envoie chaque année dix millions de capital par tout le monde, avec des navires et galères, de manière à gagner , tant à l'exportation qu'à l'importation, quatre millions. Vous avez vu que les bâtiments qui naviguent sont au nombre de 3,000, de dix jusqu'à deux cents tonneaux, portant 10,000 marins; que nous avons 300 navires montés par 8,000 hommes ; en galères, tant grosses que légères , 45 clwque année, avec 11,000 marins Nous avons 16,000 charpentiers ; 1* valeur des maisons s'élève à sept millions de ducats, celle des loyers à cinq cent

(l) Marin Sanuto rapporte un autre dlscounde Mocénijfo à Ftwcari, ayant pour but de prouver, dans une lonpue partibolr. qu'il n> n anenn proflt à ce* conquête*, dans le*q«elles I* depeme

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mille. 11 y a 1,000 gentilshommes ayant un revenu annuel de quatre mille à soixante-dix mille ducats. Vous avez vu de quelle manière vivent nos gentilshommes, nos citoyens, nos paysans. Nous vous engageons en conséquence à prier la toute-puissance de Dieu, qui nous a inspiré d'agir comme nous avons Tait, et de poursuivre ainsi. Si vous faites de même, vous verrez que vous serez les maîtres de Tordes chrétiens, et que tout le monde vous craindra. Gardez-vous, comme du fen, de prendre ce qui est à d'autres, et d'entreprendre une guerre injuste, parce que Dieu vous détruira. Afln que nous puissions savoir de vous qui vous prendrez pour doge après notre mort, vous me le direz secrètement dans l'oreille, pour que je sois à même de vous engager à choisir celui qui le mérite» et vaut mieux pour notre cité.

« Seigneurs, j'en vois plusieurs entre vous qui veulent prendre celui que je désignerai ici. Messire Martin Cavallo est un digne homme qui le mérite tant pour l'intelligence que pour la bonté. De même messire François Bembo , messire Pierre Loredano, messire Jacob Trevisano, messire Antoine Contarini, messire Fantin Miclieli et messire Alban Bandoero. Tous ceux-là sont sages, capables et méritants; mais ceux qui disent vouloir messire François Foscari plaisantent, et disent des choses sans fondement. Si vous le faites doge , vous serez promptement en guerre. Celui qui aura dix mille ducats n'en aura plus que mille; celui qui possédera dix maisons n'en conservera qu'une, et ainsi de toute autre chose; de telle sorte que vous perdrez votre or, votre argent, votre honneur, et décherrez de la réputation dont vous jouissez. De seigneurs que vous êtes, vous deviendrez serfs et vassaux d'hommes d'armes, de gens de pied , de pillards et de valets de bagages. C'est pour cela que je vous ai fait appeler. Dieu vous laisse vous bien conduire et vous conserver ! Je vous déclare que, par suite de la guerre que les Turcs ont faite avec vous, vous avez de très-vaillants hommes à employer en toute circonstance, tant dans le gouvernement que dans les armes. Vous saurez donc que vous avez huit capitaines pour commander soixante galères et plus, de même pour les navires. Vous avez parmi les arbalétriers des gentilshommes capables d'être patrons de galères et de navires , et qui sauraient les conduire. Vous avez cent hommes habitués à commander des flottes , propres à diriger une expédition , de nombreux compagnons (maîtres d'équipages, officiers) pour cent galères, des chefs de chiourme expérimentés et in\truits pour cent galères. C'est le résultat de la guerre avec le Turc; aussi chacun dit-il que les Vénitiens sont les seigneurs des capitaines, de* patrons et des maîtres d'équipage. De même vous avez dix hommes qui ont fait mainte fois leurs preuves dans les grandes affaires, en donnant leurs conseils à l'État et en exposant leurs raisons à la tribune; vous avez aussi beaucoup de docteurs versés dans la sciencefet très-habiles aux affaires du palais. Vous voyez par expérience combien d'étrangers s'en tieunent volontiers au jugement de nos juges du palais. Continuez selon ce que vous trouvez, et vous serez heureux, vous et vos fils.

« Vous avez vu notre monnaie battre chaque année un million de ducats d'or, deux cent mille tant gros que demi-gros d'argent, et huit cent mille sous par an. Il va chaque année, tant en Syrie qu'en Égypte , cinq cent mille ducats de grossetti et cent mille ducats , tant en demi-gros qu'en sous, dans vos possessions et dans les pays de terre ferme. Il va chaque année dans vos possessions maritimes cent mille ducats en grossetti et sous ; en Angleterre, cent mille ducats en sous ; te surplus reste à Venise.

<< Vous avez vu que les Florentins introduisent chez nous chaque année seize mille pièces de draps fins, moyens et très-lins.; nous les transportons dans la Pouille. dans le royaume de Sicile, dans la Barbarie, en Syrie , à Chypre, à Rhodes,

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