‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 148 sur 153 · HARAXCL'ES OU DOCE MOCÉNICO POUR LA PAIX · texte numérisé non relu

HARAXCL'ES OU DOCE MOCÉNICO POUR LA PAIX

ici, comme déjà y sont venus plusieurs de leurs familles avec les femmes et les enfants, pour se fixer dans la cité de Noé, qui veut obéir à Dieu et se confier à lui. Autrement, si nous en venons à faire ce que veut notre jeune procurateur, les nôtres se disperseront, et s'en iront habiter dans des villes étrangères.

« Jeune procurateur, Noé fut saint, élu de Dieu, et Cham, qui se sépara do Dieu; tua Japhet, et Dieu le punit. De sa semence naquirent les géants, qui tyrannisaient et faisaient, sans crainte de Dieu , tout ce qu'ils voulaient. D'une langue Dieu en fit soixante-six, et à la fin ils se détruisirent tellemeot l'un par l'autre que plus n'apparut engeance de géants. Autant en adviendra aux Florentins, pour faire leur volonté sans crainte de Dieu. De leur langue il en sera fait soixante-six. Or ils vont chaque jour en France, en Allemagne, en Languedoc, en Catalogne, en Hongrie et par l'Italie, et se disperseront tellement qu'on ne les dira plus de Florence. Ainsi dira-t-on de vous si vous voulez faire à la manière de notre jeune procurateur. Craignez donc Dieu, et espérez en lui.

« Jeune procurateur, de si grande généalogie qui descendit de Noé, Dieu élut Abraham, le plus parfait qui fût en ces temps, et lui donna la circoncision, pour qu'il lût connu parmi les autres. Il avait élu de cette élection quiconque serait conçu de père et de mère étant dans le péché originel. Notre-Dame eu fut préservée seulement, parce que d'elle devait naître messire Jésus-Christ, notre Rédempteur, Dieu et homme, dont la chair n'étant d'aucun homme, du pur sang et lait de Notre-Dame, gouverné par le Saint-Esprit , ce fit ce très-saint corps qui avait une âme très- sainte, la plus noble qui fut jamais, et jamais n'en sera de plus parfaite. Ainsi le Verbe se revêtit dans son corps de cette chair, bien qu'on ne doive point comparer Dieu avec les choses créées.

« Mais, au sujet des choses que Dieu a créées, Attila descendit, semant partout les ruines , chassant les hommes occidentaux, et les mettant au pillage. Or Dieu inspira quelques puissants qui vinrent, pour leur sûreté, habiter dans ces lagunes, de manière qu'ils se trouvèrent demeurés saufs, c'est-à-dire pour avoir été élus par Dieu. Nous voyons que de grands monastères et des hôpitaux ont été faits dans notre cité à la louange de Dieu , et qu'il s'y fait de grandes aumônes. Si nous agissions comme le propose notre jeune procurateur, Dieu ne nous aurait plus pour élus, et nous aurions à attendre tout ce qu'ont éprouve les autres villes, ruinées, mises à sac, les gens tués et beaucoup d'autres r-w*. Puisque les Florentins vont cherchant le mal, laissez-les dans leur mal, et soyons de la cité élue parmi les autres. Demeurez donc en paix.

« Jeune procurateur, le Christ dit dans ses Évangiles Je. vous donne la paix, et il dit par là que vous devez chercher la paix. Si nous faisions à la manière de notre jeune procurateur, et que nous missions en oubli les commandeineot« de Dieu, que pourrions-nous attendre, sinon ruine et destruction ? Si vous voulez votre conservation, ne vous écartez pas des Évangiles. Les Florentins s'en sont écartés ; c'est pourquoi Dieu leur envoie mal et destruction.

«Jeune procurateur, rappelons-nous l'Ancien et le Nouveau Testament. Combien de grandes cités sont devenues méprisables par la guerre, qui s'étaient faites grandes par la paix, en multipliant la génération, les palais, l'or, l'argent, les joyaux, métiers, seigneurs, barons et chevaliers I Lorsqu'elles se mirent a guerroyer, ce qui est le métier du diable, Dieu les abandonna, et elles restèrent divisées. Les hommes furent détruits dans les batailles, l'or et l'argent manquèrent; enfin leur puissance devint petite; elles se détruisirent ainsi, comme elles avaient détruit les autres villes et devinrent esclaves des autres. Ainsi, cette cite, qui a régné mille huit années , Dieu la détruira. Veuillez ne pas faire à la manière de notre jeune procurateur.

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■ Jeune procurateur, Troie se fit grande en se maintenant en paix; elle multiplia la génération, les maisons, les palais, l'or, l'argent, les métiers, seigneurs , barons, chevaliers. Lorsqu'elle se mit à faire la guerre, les hommes se trouvèrent détruits dans les batailles, les femmes restèrent veuves , For et l'argent disparurent, la pauvreté se multiplia, la cité fut détruite , et les Troyens devinrent esclaves des autres. Cela arrivera à Florence, qui prend plaisir à enlever les terres d'aulriii et à s'approprier leur bien. Elle a commencé déjà par les nombreuses défaites qu'elle a éprouvées ; le pays a été saccagé, les citoyens ont été obligés à de grands sacrifices |M>ur leur rançon. Autant nous en adviendra si nous faisons à la manière de notre jeune procurateur. Restons donc en paix ; car notre ville de Venise est devenue riche en or, en argent , en métiers , en navigation, en marchandises, en gentilshommes, en maisons, en citoyens opulents, en multiplication de peuple par la paix, tandis que les autres pays étaient en guerre. La guerre détruirait cette république; mais, si elle veut, elle peut rester en paix et se confier en Dieu.

« Jérusalem multiplia en habitations, en palais, en seigneurs, en chevaliers, en or, et en argent, pour être restée en paix ; mais à Salomon, qui adora les idoles et leur bâtit des temples, succéda Roboam, qui se sépara de Dieu en désirant avoir le pays, les villes et les biens d'autrui. Dieu le détruisit et l'appauvrit , et le peuple, ne pouvant plus endurer les impots, se révolta, se donna â Jéroboam avec les dix principales tribus , et diminua son Etat. Ainsi en est advenu à présent aux Florentins, pour désirer ce qui est aux autres ; les villes et les bourgs qui furent à eux se sont donnés au duc, et ces paroles du psaume sont véridiques : Un autre aura la seigneureriet ses fils seront orphelins, ses femmes seront veuves. Autant nousen adviendra si nous faisons à la manière de notre jeune procurateur.

« Rome devint grande et riche par un bon gouvernement tant qu'elle resta en paix chez elle (1); là se firent des hommes grands et riches. Mais, quand les Romains commencèrent la première guerre punique, ils ruinèrent d'or et d'argent les hommes du pays, firent beaucoup de veuves, et s'adonnèrent à mu.tiplier la génération. Scipion l'Africain délivra, il est vrai, sa patrie, et conquit de l'or, de l'aident et de grandes richesses; mais la fiu fut que, à cause des lourdes taxes in »sées aux villes pour soutenir de longues guerres, les citoyens désirèrent un nom I ordre de choses. César se fit seigneur, et ils furent de mal en pis. Autant en arrivera aux Florentins ; les hommes d'armes prennent leur argent, et sont les seigneurs, et ils obéissent à ceux qui sont leurs serfs, à des vilains, engeance maudite, à des hommes d'armes. Autant nous en arrivera si nous faisons à la manière de notre jeune procurateur.

« Pise s'est faite grande, riche et peuplée par la paix et par un bon gouvernement. Lorsqu'elle désira ce qui était aux autres, elle s'appauvrit à faire la guerre, et la division se mit entre les citoyens qui se faisaient seigneurs. L'un chassa l'autre, si bien qu'elle fut soumise par la communauté la plus lâche de l'Italie, par Florence. Ainsi adviendra des Florentins, et déjà l'on voit qu'ils sont appauvris et se trouvent divisés ; ainsi adviendra de nous si nous faisons comme nous le propose notre jeune procurateur. Ce que j'ai dit de cette ville se peut dire de toutes les autres.

« A donc vous, messire François Foscari, notre jeune procurateur, ne parlez plus jamais à la tribune comme vous l'avez fait, à moins d'avoir bonne intelligence et bonne pratique , car Florence n'est le port de Venise ni par mer ni par terre, sa mer étant à une distance de cinq journées, de nos frontières. Nos

(i) L'exemple n'est pas des mieux ebokt*.

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