ANGLETERRE. EDOUARD II
ensuite la liberté à tous ceux de ses sujets qui peuvent payer leur affranchissement : bienfait immense dû à l'avarice , et si mal compris par les serfs qu'il fallut employer la force contre quelques-uns pour les obliger à l'accepter (4).
Louis X étant mort sans laisser d'enfants mâles, son frère, Phi- me. lippe le Long, et sa fille se disputèrent la couronne ; comme c'était la première fois qu'il s'agissait d'une succession collatérale de Hugues Capet, le droit des deux héritiers fut mis en discussion , et les avocats excipèrent de la loi germanique, qui excluait les femmes de la faculté de posséder en terre salique. Le motif était absurde, attendu que cette loi concernait la propriété, non la politique, et qu'en outre elle était déjà tombée en désuétude. Certes les hommes d'État ne prévirent pas combien elle serait avantageuse à la France en lui épargnant ces guerres dynastiques, l'opprobre des quatre derniers siècles, qui poussèrent en Italie les Français, les Espagnols et les Allemands ; qui firent entrer l'Espagne, c'estrà-dire la moitié du monde, dans l'héritage du prince flamand, petit-fils de l'héritière, de Bourgogne et fils de l'héritière de Castille ; qui furent la cause des guerres de la succession espagnole, autrichienne et autres de moindre importance.
On était alors loin d'entrevoir toutes ces conséquences. Ce fut rwitoe v. dans son propre intérêt que Philippe fit valoir la loi salique, sans oublier de flatter les villes et les universités. Il introduisit la gabelle pour seprocurerde l'argent, décréta, mais sans résultat, Puniformité des poids et mesures, mit l'ordre dans les finances, réorganisa le parlement et rétablit la paix intérieure.
H mourut bientôt sans enfants, de même que son frère Char- imms. les IV, dit le Bel, qui lui succéda, et dans lequel finit la descendance directe des Capétiens. Philippe de Valois , fils de ce Charles qui fut roi partout et nulle part, était son successeur désigné ; mais Édouard III d'Angleterre, qui était fils d'Isabelle de France, sœur des derniers rois, mit en avant ses prétentions au trône. La loi salique fut de nouveau invoquée. Il est curieux de voir les partisans du prince anglais attaquer non la signification littérale, mais l'esprit de la loi ; sans doute, disaient-ils, elle exclut les femmes du trône, comme trop faibles pour un si noble fief, mais non les fils auxquels elles avaient donné le jour. La cour des pairs et des barons, en se prononçant en faveur de Philippe, ouvrirent le grand drame de la guerre anglaise.
Comme ducs de Normandie, les rois d'Angleterre avaient des
(1) Voy. t. X, p. 373.
intérêts contradictoires. Ils auraient dû chercher a s'étendre dans leur ile en subjuguant et en fondant avec leurs sujets les populations rebelles ; mais ils ne se sentirent pas le courage d'abandonner leurs possessions de terre ferme, qui les réduisaient à la condition d'hommes liges du roi de France, tandis que dans leur île même elles les faisaient considérer comme des étrangers. De leur côté, Les rois de France avaient pour tâche légitime d'étendre leur territoire jusqu'à ses limites naturelles, et, dans ce but, de déposséder ses vassaux puissants, auxquels ils enlevèrent la Bretagne, le Poitou, l'Anjou, la Touraine, le Maine et jusqu'à la Normandie, leur fief originaire. Il ne restait plus aux Anglais que la Guyenne; ils faisaient donc tous leurs efforts pour la conserver, comme les Français pour la reprendre. Déjà Philippe le Bel l'avait envahie pendant qu'Edouard Ier était occupé à éteindre eu Écosse les insurrections renaissantes ; mais il s'était vu contraint
1399. de la restituer. Philippe donna la main de sa sœur à ce prince, et celle de sa fille Isabelle à Edouard II. Ces deux mariages, au lieu de prévenir l'incendie, furent l'étincelle qui l'alluma. A cet Edouard Ier, considéré comme le fondateur de la liberté
m jw. anglaise, succéda son fils Édouard II. Ce prince, à la fleur de l'âge, mais sans autre énergie que celle de l'obstination, demanda au pape la permission de se frotter avec une huile merveilleuse qui donnait du courage; ce qui ne l'empêcha point de se laisser mener par des mignons et des favoris (1). De ce nombre était le Gascon Pierre Gaveston, qu'il fit comte de Comouailles et combla de richesses et de pouvoir. Il le mit à la tête de son royaume pendant qu'il allait épouser la gentille Isabelle de France; puis, à son retour, il lui donna tous les présents qu'il avait reçus de son beau-père. La reine et tous les seigneurs anglais en furent indi-
(I) Voici le serment qu'il prêta lors de son couronnement :
« Sire, voulez-vous octroyer, observer, confirmer par votre serment, au ponple d'Angleterre les lois et coutumes qu'il tient des anciens rois d'Aogleterre, vos prédécesseurs, justes et dévots envers Dieu, et spécialement les lois, coutumes et franchises accordées au clergé et au peuple par le glorieux roi saint Édouard, votre prédécesseur? — Je les octroie, et promets de les maintenir.
« Sire, voulez-vous maintenir a Dieu, à la sainte Église, au clergé et au peuple paix et harmonie en Dieu selon votre pouvoir? — Je la maintiendrai.
« Sire, voulez-vous faire en sorte qu'il soit observé dans tous vos jugements égale et droite justice, et discrétion rn miséricorde et charité, selon votre pouvoir ? — Je ferai eu sorte qu'elle soit observée.
« Sire, consentez-vous que les lois et droites contnmes que les communes de votre royaume auront choisies soient maintenues et observées? Les défendrez vous, et leur prélerez-vous force à l'honneur de Dieu, selon votre pouvoir? — J'y consens et je le promets. » Ryher, III , 63.