ANGLETERRE. EDOUARD II
gnés. Thomas de Lancastre à leur tête, les barons exigèrent l'expulsion de l'insolent étranger dans des termes qui flétrissaient tout à la fois le protégé, et mettaient en évidence les vices du gouvernement. Le roi jura de faire droit à leurs griefs; mais ensuite il se Gt absoudre de son serment par le pape, et rappela son favori. Les seigneurs reprirent alors les armes, et contraignirent le roi à laisser réformer sa maison par sept prélats, huit comtes et . six barons ordonnateurs. Cette commission établit de sages règlements, et décida qu'à l'avenir les hauts emplois de judicature, de finance, de guerre, seraient conférés en parlement par les barons, qui se réuniraient une fois par mois, et partageraient avec le roi le droit de guerre et de paix.
Ces mesures constituaient le pouvoir aristocratique; mais le roi les abolit et rappela son favori. Les confédérés se levèrent alors en masse, et mirent à mort Gaveston comme traître envers la patrie. Édouard prit les armes ; mais ce fut tout au plus si, par »31! la médiation du légat, il put obtenir des excuses qu'il accepta.
Bientôt le comte de Lancastre prétendit remettre en vigueur l'ordonnance de 1311 ; mais le roi, circonvenu par Hugues Spencer, son nouveau favori, l'attaque, le fait prisonnier et l'envoie à la mort avec plusieurs ëe ses complices. Leurs biens sont donnes à Spencer, qui devient d'autant plus odieux qu'il acquiert plus de puissance. Isabelle se met elle-même à la tête d'une faction IMSpour le renverser, passe sur le continent, enrôle en Flandre trois mille hommes, débarque dans l'île, et marche sur Londres, en lM6, répandant le bruit que son intention est de délivrer le roi de ses favoris. Les Spencer sont mutilés d'une manière obscène et livrés à la mort; le juge lit au roi cette sentence : Moi, Guillaume Troussel, procureur du parlement et de la nation anglaise, je vous déclare, en leur nom et de leur autorité, que je révoque et rétracte l'hommage que je vous fis ; que je vous prive , dès ce moment, de la puissance royale, et je proteste que je ne vous obéirai plus comme à mon roi. Puis le grand maréchal brise la baguette, et dispense les officiers royaux de leur service.
Edouard fut mis en prison; mais , s'il s'était fait mépriser sur le trône par ses débauches et sa lâcheté, il excita la compassion quand on le vit maltraité par sa femme, qui se déshonorait avec Mortimer. Isabelle, afin de prévenir les effets de ce retour din- nn. térêt, lui fit enfoncer un fer rouge dans les entrailles ; elle régna trois ans avec son amant. Lorsque Édouard M, qui avait été proclamé l'héritier de trône, eut atteint sa dix-huitième année, il songea à se soustraire à ce joug honteux et à venger son père ;
s'étant concerté avec les mécontents, il lit arrêter Mortimer, qui fut condamné par le parlement à être attaché à la queue d'un cheval et traîné dans les rues. La sentence s'exécuta malgré les indécentes supplications de la reine, qui elle-même, après avoir échappé à un jugement par l'intervention du pape Jean XXII, fut enfermée dans le château de Risings, où elle vécut encore vingt-sept ans.
Édouard III, sommé de venir rendre hommage à Philippe VI pour la Guyenne et les comtés de Ponthieuetde Montreuil, refusa d'abord d'obtempérer à la citation; puis il se présenta armé de pied en cap, la couronne en tête, avec une magnificence extraordinaire, quand le cérémonial exigeait qu'il prêtât le serment tête nue, sans gants, sans épée et sans éperons. Il fallut de vives instances pour les lui faire déposer, et ce fut à ses yeux une telle humiliation qu'il en conçut contre Philippe une haine mortelle.
Tout le monde aurait pu croire que l'Angleterre était aussi abaissée que la France était puissante. Princes et rois faisaient leur cour à Philippe VI; de toutes parts on accourait à Paris, le séjour le plus chevaleresque de l'univers, et Ton vit une fois jusqu'à quatre rois joutant devant le château de Vincennes.
Mais les deux royaumes de France et d'Angleterre, dont l'origine était la même, avaient marché d'un pas très-inégal dans la voie du progrès. Les conquérants normands étaient de beaucoup supérieurs pour l'intelligence aux Anglo-Saxons, qu'ils avaient vaincus; telle n'avait pas été la situation des Francs à l'égard des Gaulois. L'aristocratie normande, issue d'une source commune, éprouvait les mêmes besoins et réclamait les mêmes privilèges, qu'elle obtint par la grande charte. L'aristocratie française, au contraire, composée de races diverses, mue par des intérêts opposés, était divisée par des inimitiés intestines, suivait des partis différents et se contentait d'obtenir de l'argent. Les évêques d'Angleterre se réunirent aux barons, et firent cause commune avec eux, tandis qu'en France ils devinrent leurs adversaires en prenant parti pour les communes. L'aristocratie anglaise, se ménageant dans les batailles, poussait en avant les vilains ses vassaux, lorsque l'autre, s'abandonnant à sa fougue, se battait en personne et se faisait hacher à Bouvines, àCrécy, à Azincourt. En France, l'aristocratie eut à lutter contre les marchands insurgés; en Angleterre, elle se livra elle-même au négoce, et se fit du comptoir un nouveau moyen de grandeur. La France aboutit donc à une monarchie absolue, au point de rendre une révolution inévitable, comme unique remède au mal ; en Angleterre, au con-