‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 49 sur 153 · ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ANGLETERRE

l'Ecosse (Livre XII, ch. XXU). Ces guerres, comme celles qiril fit sur le continent, n'eurent d'autre mobile que son ambition ; cependant la nation, flattée de ses victoires et fi ère d'avoir vu deux rois prisouniers , supporta volontiers des sacrifices onéreux , et considéra ce règne comme le plus glorieux de son histoire et la dernière (leur de l'antique chevalerie. Philippine de Hainaut, femme d'Édouard, soutint l'honneur de son époux pendant son absence, et même les armes à la main. Lorsqu'elle fut morte , le roi , affaibli par les souffrances , se laissa diriger par Alice Perrers, qui l'entraînait aux plaisirs et l'isolait des ih». affaires. La nation, qui voyait avec dégoût cette femme siéger jusque dans les tribunaux, fit entendre hautement ses plaintes, et le força de l'éloigner. Il avait courtisé avant elle la belle comtesse de Salisbury; un jour, au milieu de la danse, elle laissa tomber une jarretière ; le roi la ramassa et s'écria, pour réprimer quelques sourires mùlins : lin uni soit qui mal y pense; puis il se l'attacha à la jambe, en ajoutant que plus d'un se trouverait heureux de porter cet insigne. Ce fut ainsi qu'il institua l'ordre de la Jarretière, destiné à n'être jamais conféré à plus de vingt-cinq personnes (1).

Lorsque Édouard eut perdu son fils et ses conquêtes d'outremer, il se vit méprisé par les siens, trahi par ses domestiques. Alice Perrers, qui était revenue près de lui, le voyant sur le point de mourir, lui ôta du doigt un riche anneau, et s'en alla ; les gens de service firent main basse sur ce qu'ils pouvaient emporter. Il ne resta à ses cotés qu'un prêtre qui lui présenta un crucifix en l'exhortant à bien mourir ; il baisa l'image du Sauveur, fondit en larmes, et rendit le dernier soupir

Ce fut Édouard III qui commença la gloire manufacturière de son pays en y attirant les artisans llamands. L'université d'Oxford comptait sous son règne trente mille étudiants La haine contre les Français fit oublier l'ancienne distinction de Normands et de Saxons, et consolida la nationalité anglaise. L'usage de la langue française fut interdit dans les tribunaux et le parlement. Appau- im.vri par ses guerres d'ambition, Édouard était contraint, à chaque instant, de recourir au peuple pour avoir des subsides, qu'il n'obtenait qu'au moyen de concessions toujours profitables à l'avenir.

(I) Quelques-uns croient que t'est là un conte. Le moiue de Cluny, qui recherchait en 1457 l'origine de cet ordre, ne put se procurer aucun renseignement à ce sujet, sinon qu'il venait de femmes. Sunt plerique autumantes hune ordmem exordtum sumsitsc a sexu muliebri. Hearne'» WbeUnnwlede, ap.

Les tributs payés sous différents noms à la cour de Rome furent ou abolis ou restreints, les appels au pape prohibés et les seigneurs confirmés dans leurs droits de conférer les bénéfices. Quelques-unes de ces mesures étaient conformes à cette indépendance à laquelle aspiraient les nations, et les pontifes n'y mirent point obstacle; mais, quant à celles qui touchaient à leur suprématie et au choix des prélats, ils les repoussèrent avec tant d'insistance qu'ils s'aliénèrent les esprits, et les disposèrent à prêter l'oreille aux détracteurs du saint- siège. ,j«n wtckt De ce nombre fut Jean Wiclef, prédicateur à Lutterworth et professeur de théologie à Oxford. Il fit une traduction du Nouveau Testament en anglais, et commença dès lors à déclamer contre les mœurs du clergé, ses riches possessions et les désordres introduits dans l'Église, surtout au temps du grand schisme; puis, il se livra à des invectives bouffonnes contre la suprématie des papes, contre le culte des saints, les vœux monastiques, le célibat des prêtres. Wiclef, surnommé l'étoile du matin de la réforme, passe pour avoir été d'une vie irréprochable ; mais il prêchait avec une violence désordonnée, traitant les prêtres de menteurs, d'hérétiques, d'antéchrists, et n'exceptant de ses injures que les prédicateurs ambulants, ses disciples ; il faisait l'éloge de l'Église primitive pour dénigrer la moderne. Selon lui, le droit de propriété se fonde sur la grâce; en conséquence, les pécheurs deviennent indignes de posséder (i). De pareilles doctrines étaient la cause la plus active des soulèvements.

Cité devant quelques évêques, il se présenta accompagné de grands seigneurs ; mais le peuple se mit à lui jeter des pierres. Alors il expliqua ou modifia, par de basses tergiversations (2), ce qu'il y avait d'ambigu dans ses écrits. Il en fut quitte pour être averti de ne plus scandaliser les esprits faibles. Il se tut en effet; mais, dans ses écrits, il attaqua la foi avec plus d'acharnement, niant la transsubstantiation et rejetant la confession au-

(1) Il raisonnait ainsi : La peine de la trahison est la confiscation ; or tout péché est une trahison contre Dieu; donc le pécheur doit tout droit à l'autorité et à la propriété. 11 disailen employant aussi cette.arguraentation de légiste : Nulle femme n'est l'épouse d'un homme tant qu'elle n'a pas donné son consentement ; mais, dans la cérémonie nuptiale , l'homme dit : » Je te prends pour femme, • avant qu'elle ait donné son contentement ; il dit donc une chose fausse, et par conséquent le contrat est nul.

(2) Ainsi, par exemple, il avait dit que Ton ne pouvait donner de» chartes d'hérédité perpétuelle ; que Dieu même était dans l'impossibilité d'accorder à l'homme les biens civils à perpétuité. Or il expliqua que, par perpetvo, il avait entendu dire après le jugement dernier.

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