‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 50 sur 153 · ANGLETERRE · texte numérisé non relu

ANGLETERRE

riculaire. Dans un synode convoqué à Londres, dix de ses propo- mm. si lions furent condamnées comme hérétiques, et quatorze comme dangereuses. Suspendu de sa chaire, il en appela au parlement; réintégré dans ses fonctions à la suite d'une profession de foi satisfaisante, il mourut bientôt d'apoplexie (1).

Ses doctrines fomentèrent, si elles ne le déterminèrent pas, Richard n. un soulèvement qui troubla les premières années du règne de Richard H (2). Une taxe dont le produit devait servir à continuer la guerre contre la France fut imposée à tout Anglais au-dessus 1Mk de quinze ans ; elle produisit une insurrection générale, à la tôte de laquelle était Wat Tyler, et qui fut accompagnée des violences et des massacres ordinaires. Jean Bail, « pauvre prêtre, » comme l'appelaient les wicléfites, échauffait les esprits par ses prédications : Lorsqu'Adam bêchait et qu'Ève filait, s'écriait-il, qui était gentilhomme? Sa conclusion était que les hommes sont égaux, que les puissants avaient inventé la distinction entre les serfs et les libres, et qu'il fallait , par conséquent , les abolir toutes; le peuple lui donnait raison, saccageait et détruisait. Richard, par des actes énergiques accompagnés de douces paroles, parvint à calmer le tumulte, prit et justiciales chefs, qui avouèrent que leur intention était d'exterminer tous les nobles, les propriétaires, les évêques, les jurisconsultes, et de ne conserver que les ordres mendiants.

Richard, prince orgueilleux, violent, redoutable à quiconque osait lui résister, se laissait gouverner par des gens obscurs, et surtout par Robert de Vare, qu'il nomma duc d'Irlande. Ce fut un sujet d'indignation pour les seigneurs, parmi lesquels figuraient au premier rang les trois oncles du roi, Jean de Lancastre, Edmond d'York et Thomas de Glocester. Appuyé par la faveur populaire, Glocester l'emporta ; il obtint du parlement iw. que le gouvernement serait confié à un conseil de quatorze de ses créatures. Les jurisconsultes déclarèrent cet acte contraire à l'autorité royale. Robert de Yare et Richard prirent les armes; mais les cinq lords appelants eurent l'avantage, et condamnèrent à mort les ministres du roi, auquel ils firent jurer, ainsi qu'à la nation, obéissance à la commission du gouvernement. ,M8«

(1) R. Vacchatc, Life and opinions of John Wiclef; Londres, 18Î8. W. Leb&s, Lifeof Wiclef ; Londres, 1832.

(2) 11 est fait mention pour la première fois, à son couronnement, d'un usage qui, à coup sûr, est plus ancien, et qui subsiste encore. Un chevalier armé de toutes pièces se présente au milieu de l'assemblée, et jeta son gant en défiant quiconque prétendrait disputer la couronne au roi.

234 TREIZIÈME ÉPOgUE.

Après avoir enduré quelque temps cette humiliation , Richard ressaisit les rênes de l'État avec une énergie inattendue ; dès ce moment il régna d'accord avec le parlement, et tint une cour d'une splendeur excessive. Si cet éclat éblouit quelques Anglais, il déplut au plus grand nombre ; mais le premier qui osa le blâmer dans les communes fut menacé de mort. Glocester, pour lui avoir reproché ses dépenses, la paix avec la France et sa pu-

iiM sillanimité, fut tué par ses ordres, et sa mémoire condamnée.

La mort de ce prince laissa sans contre-poids la maison de Lancastre, déjà si puissante. Le duc de ce nom, troisième fils d'Édouard III , avait prétendu à la couronne de Castille ; son fils, Henri Bolingbroke, ducd'Hereford, avait prisle parti des appelants; mais, à force de bassesses, rentré engrâeeavec Richard,illui révéla les confidences que lui avait faites Norfolk, son complice. Ce seigneur lui donna un démenti, et le défia ; mais le roi évoqua l'affaire à son tribunal, et condamna Norfolk au bannissement perpétuel, et d'Hercford à un exil temporaire. Retiré sur le territoire français, Hereford se mit à ourdir des machinations contre Richard; il était favorisé par l'amour du peuple, par ses relations de parenté avec les principales familles d'Angleterre, et par les abus de pouvoir auxquels le roi se livrait. Devenu duc de Lancastre par la mort de son père, ildébarquadans l'Yorkshire avec soixante compagnons seulement; mais en peu de jours il

i*». eut soixante mille hommes. Richard, qui n'agissait jamais à propos, faible quand la fermeté devenait nécessaire , hautain quant il aurait dû plier, lent quand il fallait de l'activité, se hâtant follement quand il eût été sage de temporiser, crut alors pouvoir violer impunément la constitution ; mais alors elle prouva combien elle était forte.

Abandonné des siens, arrêté par trahison, il entendit Lancastre lui adresser ces paroles? La nation vous répudie; votre naissance lui est suspecte, voire administration odieuse ; voire règne est passé; vous allez me suivre à Londres. Sur trente-trois chefs d'accusation, tous relatifs a la violation de la constitution, Richard II fut dépose par le parlement, qui conféra la couronne à son ennemi, au détriment de l'héritier légitime, Edmond Mortimer, comte de March, issude Lionel d'Anvers, second fils d'Edouard III. néon iv. Bolingbroke, qui prit le nom de Henri IV, déclara qu'il régnait par droit de naissance d'abord, comme le plus proche héritier mâle de Richard, puis en vertu de son abdication ; il oubliait qu'il eût mieux valu invoquer, s'il était sincère, le consentement du peuple. Les conjurations tramées contre l'usurpateur occu-

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pèrcnt beaucoup le bourreau ; mais elles ne tirent que se multiplier. Les Gallois s'insurgèrent. Henri, au milieu des guerres civiles, des craintes, des remords, des concessions timides, traîna une vie agitée, sans pouvoir consolider son trône. Au moment de ws. mourir, à l'âge de quarante-six ans, il dit à son fils en lui montrant la couronne, qu'il voulait toujours avoir à son chevet : Ml toi ni moi n'y avons droit. — N'importe^ répondit celui ci; mon epée saura conserver ce que la vôtre a gagné,

Henri de Monmouth, qui s était montré dissolu, voleur, ivrogne Henri v. tout le temps que son père l'avait tenu, par jalousie, éloigné des affaires, est à peine monté sur le trône qu'il déploie les qualités les plus remarquables; il congédie ses compagnons de débauche, récompense les ministres qui avaient conseillé à son père de le réprimer avec rigueur, rallume la guerre contre la France, où il %wl remporte la victoire d'Azincourt, et, secondé par les dissensions M 0010 re funestes dont ce pays est déchiré, il y poursuit Je cours de ses succès.

Au moment de mourir au milieu de sa gloire, des suites d'une un. fistule, Henri s'écria, en entendant lire le verset Ut xdificentur mûri Jérusalem : Si Dieu m'avait laissé achever le cours de mes années, une fois que j'aurais j\ ni les guerres de Frarice, chassé le Dauphin et rétabli la paix, je serais allé délivrer Jérusalem; car ni l'ambition ni la vanité ne m'ont mis les armes à la main : foi voulu défendre mon droit et rendre aux peuples le repos. Jai entrepris mes guerres avec l'approbation de siges et saints personnages; je les ai conduites sans offense envers Dieu et sans péril pour mon àme.

Ce langage convenait-il bien à celui qui, dans les plaines d'Azincourt, avait ordonné d'égorger tous les prisonniers, et qui répondit aux Parisiens : line guerre sans feu, c'est de l'andouille mnsmouturde ? Son but principal avait été de conquérir la France, au risque d'en faire un monceau de ruines; aussi, peu lui importait de gagner les cœurs et de lui épargner les désastres. Arrogant avec la noblesse, indifférent au sort du peuple, dédaigneux des usages et des préjugés de ses nouveaux sujets, intolérant en fait d'opinions religieuses, tel fut Henri Richard; mais 1rs Anglais, éblouis par l'éclat de ses victoires, s'en firent une idole.

Les partisans de VViclef, qui furent appelés Lollards, parce m*, qu'on les confondait avec les prosélytes de l'allemand Wulter Lollard, augmentaient de nombre dans l'île. Guillaume Sawtre fut le premier qui périt en Angleterre sur le bûcher, comme héréti- im. que; mais les wicléfites furent soutenus par lord Cobham, qui

envoya des missionnaires prêcher une égalité subversive. Henri V, son ami de jeunesse, essaya de le convertir, mais en vain ; alors

Im- il le fit arrêter, et condamner comme hérétique obstiné. Ayant réussi à s'enfuir, lord Cobham réunit vingt mille révoltés, et marche à leur tète sur Londres ; il est mis en fuite ; mais, pendant plusieurs années, il ravage le pays à la tête de bandes qu'on accuse de vouloir renverser le trône pour établir une république. Il prêta la main aux Écossais qui envahirent le pays de Galles; fait enfin prisonnier, il fut pendu par les pieds, et brûlé vif. Hcart vi. Henri VI, fils de Montanculh, âgé de neuf ans, fut proclame roi à Londres et à Paris; mais, à l'exception de Calais, il perdit tout en France, la Normandie même, cette Angleterre française, et la Guyenne, réunie depuis si longtemps au royaume insulaire. Au moment où la France parvenait à guérir ses blessures, celles de l'Angleterre s'ulcéraient ; il semblait que toutes les misères rejetées par le continent venaient fondre sur elle.

Pendant la minorité du roi, le duc de Glocester et le cardinal de Winchester, qui se disputaient la régence, étaient en lutte continuelle, et cette lutte s'anima lorsqu'il fut question de lui choisir

IM*« une femme. Le cardinal l'emporta, et lui fit épouser Marguerite, fille du bon René d'Anjou, aussi instruite que belle, douée d'une grande force d'esprit et de volonté, mais mal vue du peuple, parce qu'elle était Française. Henri était bon et vertueux, mais plus simple qu'il ne convenait à un roi, trop faible surtout pour le poids de la double couronne qu'il avait à porter. Marguerite ne tarda donc pas à prendre la direction des affaires ; pour ne pas rencontrer d'obstacles, elle résolut de perdre le duc de Glocester. Winchester, qui s'était défait en France de l'ennemie des Anglais par un ignoble procès, en intenta un autre au duc, accu-

,w* sant sa femme de magie et lui-même de trahison. Le jour où il devait présenter sa justification, on le trouva mort; l'indignation publique imputa le crime au vieux duc de Suffolk, favori du roi et de la reine. Fait premier ministre, Suffolk gouverna comme il voulut, jusqu'au moment où l'exécration populaire le désigna comme l'auteur desdésastres éprouvés en France. Le roi lui facilita les moyens de fuir ; mais un vaisseau l'arrêta en mer, et le ca-

hh. pitaine, après l'avoir fait juger par ses marins, le condamna à perdre la tête.

Loin que sa mort contribuât à pacifier l'Angleterre, les discordes s'y déchaînèrent plus que jamais. Somerset, qui lui succéda dans la faveur du roi, hérita de la haine du peuple, lequel, par orgueil national, voulait se venger des revers essuyés sur le con-

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