AFFAIRES ECCLÉSIASTIQUES
tion du saint-siége à Avignon la captivité de Babylone; car les papes, tout en continuant à exercer leur suprématie sur les rois éloignés, laissaient apparaître les fleurs de lis derrière leur manteau , au grave détriment de cette liberté complète que réclame l'Église. Clément V (Bertrand de Got , de Villandraut ) louvoya dans ses rapports avec le roi de France, tandis qu'il déployait envers Henri VIÎ l'énergie de ses prédécesseurs , proclamant le saintsiége supérieur à PEmpire , et le menaçant de l'excommunier s'il mettait le pied sur le territoire napolitain. Il excommunia également les chefs de la république de Venise, parce qu'ils avaient acheté Ferrare, domaine direct du saint-siége , et déclara les Vénitiens infâmes jusqu'à la quatrième génération, défendant tout trafic avec eux, publiant contre eux une croisade, et invitant leurs voisins à envahir leur territoire. Plusieurs princes saisirent cette occasion pour rassasier leur avidité jalouse , dépouillèrent et tuèrent même les Vénitiens, qui n'obtinrent l'absolution qu'après que la ville , dont la possession leur était contesté, eut été reprise de vive force.
A Clément V succéda, après une vive opposition, Jacques d'Euse, m*, de Cahors , qui , sous le nom de Jean XXII , eut de longs démêlés avec Louis de Bavière. Ce pontife engagea d'autres querelles avec les franciscains, qui soutenaient, contre les dominicains, que le Christ et ses disciples n'avaient rien possédé ni comme individus ni comme Église. Il est étrange de voir les papes , comblés de richesses, condamner des gens qui réclamaient le droit d'être pauvres. Il était naturel que la cause des frères mineurs devînt populaire, et fit perdre de son crédit au pape , contre lequel l'empereur publiait des écrits virulents , et trouvait des appuis non-seulement dans les franciscains, mais encore dans plusieurs docteurs qui s'étaient mis à scruter les bases delà suprématie papale. Deux professeurs de l'université de Paris, Marsile de Mainardin , Padouan, et Jean de Jandun, Champenois, avaient tâché de persuader à l'empereur qu'il lui appartenait de réformer les abus de l'Église, attendu qu'elle était soumise à l'Empire; ils publièrent avec Ubertin de Casai le Defensor parts, où l'on trouve déjà les fondements du système de Calvin concernant l'autorité et la constitution de l'Église. D'après le Defensor, toute puissance législative et exécutive se fonde sur le peuple , qui l'a transmise au clergé ; les degrés de la hiérarchie sont des inventions postérieures; dans J'origine , les prêtres et les évêques étaient égaux, et, comme ils sçnt institués par la communauté , leur autorité peut être révoquée. U primauté , qui n'est que le droit de convoquer les conciles
œcuméniques et de les diriger, ne fut donnée à l'évêque de Rome qu'avec l'autorisation d'un de ces conciles et du législateur suprême, c'est-à-dire de tous les fidèles , ou du peuple qui les représente ; les biens de l'Église appartiennent à l'empereur, qui peut en disposer comme des siens propres, «o iais. Le célèbre Anglais Guillaume d'Occam n'alla pas aussi loin; mais il se rapprochait de Dante dans l'idée de la monarchie , à laquelle il donnait pour origine l'autorité des anciens empereurs, qui la tenaient directement de Dieu ; s'écartant ensuite de l'histoire et de la constitution existante , pour favoriser Louis de Bavière, à qui il avait demandé asile, il soutenait que les dignités de roi des Romains et d'empereur étaient identiques, et que l'élection suffisait dès lors sans le couronnement. Il contestait l'infaillibilité nonseulement au pape, mais aussi au concile universel et au clergé , prétendant que les laïques en corps pouvaient prononcer définitivement, et qu'il était permis, au besoin , d'employer la force contre le pape, ou d'en établir plusieurs, indépendants l'un de l'autre .
Ces doctrines devaient être le germe de dissensions futures ; en ists. attendant, Louis s'en prévalut pour faire déposer à Rome Jean XA'll, et lui substituer Pierre de Corbière, natif de Corberia, dans PAbruzze, qui prit le nom de Nicolas V; mais, à la déchéance de l'empereur, l'antipape fut livré au pontife par les Pisans.
Au milieu de pareilles animosités , comment peut-on savoir ce qu'il y a de vrai dans les accusations de simonie et d'avidité dirigées contre Jean ? On raconte qu'il avait toujours soin de nommer aux dignités un prélat de l'ordre immédiatement inférieur, procédé qui lui ménageait une échelle de vacances profitables à la chambre apostolique. Il détermina les taxes pour les dispenses et les autres affaires ; à sa mort, on trouva dans ses coffres dixhuit millions de florins d'or. Il fut accusé d'hérésie non-seulement pour sa querelle avec les frères mineurs, mais encore pour avoir dit dans la chaire que la récompense des saints , avant la venue du Christ , avait été dans le sein d'Abraham; que , depuis cette époque jusqu'au jour du jugement, elle était sous l'autel de Dieu, c'est-à-dire sous la protection et la consolation de l'humanité du Christ : d'où il résulte que les apôtres, les anges et Marie soupirent après le moment où ils jouiront de la vision béatifique de la Divinité telle qu'elle est en elle-même ; mais leurs vœux ne seront satisfaits qu'après le jugement, quand ils seront placés sur l'autel, c'est-à-dire sur l'humanité divine.
Cette opinion lui fut vivement reprochée par ses ennemis , surtout par Michel de Césène et par Occam , qu'il avait irrités dans