GUILLAUME TELL
par Albert d'Autriche , les cantons montagnards de Schwitz , d'Uri etd'Unterwald, soumis immédiatement à l'Empire, renouvelèrent leur ancienne ligue , et envoyèrent demander à Albert la confirmation de leurs privilèges. Albert, très-opposé aux franchises, répondit que leur constitution ne tarderait pas à être changée ; il méditait, en effet, de les obliger à se mettre sous la protection, c'est-à-dire sous l'autorité de la maison d'Autriche. Les trois cantons résistèrent avec énergie, mais demandèrent un avocat impérial, avec droit de juridiction pour les crimes capitaux. Au lieu de ce magistrat, Albert leur envoya deux baillis autrichiens, Gessler de Bruneck et Béringer de Landenberg, non pas comme jadis pour visiter le pays deux fois l'année et rendre la justice, mais pour exercer à demeure l'autorité avec toute rigueur, dans l'espoir que les habitants , fatigués de l'administration impériale, réclameraient celle de l'Autriche.
Pour seconder ces projets , les baillis ordonnèrent aux gens du pays de leur bâtir des résidences fortifiées, augmentèrent les péages, se montrèrent impitoyables dans les châtiments, et maltraitèrent les anciennes familles nobles, mais simples de mœurs. Albert, de son côté, mit des impôts surtout ce qui passait de ses États dans les cantons, et défendit entre eux tout échange de produits. Wolfenschiessen, homme du pays, fauteur des étrangers, voulut séduire la femme de Baumgarten , qui le tua. Gessler, à la vue de la maison que les Stauflfacher bâtissaient ;i Steinen, dit : Quel besoin ont ces nobles mangevrs de vaches de si belles habitations ? Il fit enlever les bœufs d'Arnold de Melchthal d'Unterwald, pour prétendue désobéissance, en disant : Que ces manants tirent eux-mêmes la charrue. Melchthal défendit ses attelages, bâtonna le sergent, et s'enfuit à Uri. Gessler en prit occasion de punir son père, ferme défenseur des franchises de sa patrie, et le lit aveugler. Le fils excita, par le récit de ce fait atroce, l'indignation du baron Walter Furst d'Altinghausen , très-vénéré à Schwitz pour sa modération et son patriotisme; tous deux conférèrent avec Werner deStauffachersur les moyens de résister à la tyrannie croissante des Habsbourgeois. Ils n'en virent qu'un seul, isvr consolider leur union; en conséquence, ils se réunirent une nuit " novembre, avec leurs amis à Rutli, lieu isolé sur le lac des quatre Cantons, et, le doigt levé, ils prononcèrent ce serment : Au nom de Dieu, qui a fait V empereur et le paysan , et dont dérivent les droits des hommes, nous ferons tort a la maison de Habsbourg dans ses biens ou dans ses prétentions; nous épargnerons le sang, mais, unis, nous protégerons nos droits.
Parmi les trente-trois conjurés se trouvait Guillaume Tell de Burglen , gendre de Walter Furst ; il était connu pour son caractère hardi et pour la sûreté de son coupdceil au tir de l'arc ; en entrant dans Altorf, il vit au bout d'une perche un bonnet auquel Gessler avait ordonné q.ie chacun fit un salut en passant , dans l'intention, peut-être, de sonder les esprits sur le soupçon qu'il avait conçu de quelque trame. Guillaume se refusa à cette humiliation ; Gessler le fit arrêter, et, comme il I» haïs:-ait è cause de son patriotisme , il le condamna à mort; puis, afin de mettre à l'épreuve son adresse à manier l'arc, il lui promit la vie s'il abattait d'un coup de llèchc une pomme placée sur la tête de son jeune fils. Tell réussit, mais il avoua au tyran que la seconde fièche qu'il portait lui était destinée, s'il eût manqué son coup. Gessler profita de cet aveu pour condamner Tell à être emprisonné à Kussnacht, de l'autre côté du lue. Lui-même veut l'y conduire , et il s'embarque avec lui; mais, lorsqu'ils sont près du Hutli,le terrible fôhen se déchaîne des gorges du Saint-Gothard, et soulève les flots du lac avec tant de violence que la barque menace de s'engloutir. Le péril fait délier Tell, à qui l'on confie deux rames ; il atteint la rive escarpée, s'elance à terre, et de; son pied repousse la barque à la merci des on les. Gessl.-r, échappé avec peine à leur fureur, menaçait le fugitif d'une vengeance terrible, quand la flèche de. Tell vint le frapper (1).
no*. Les conjurés, délivrés du tyran lorsqu'ils y pensaient le moins, se tinrent tranquilles jusqu'au premier jour de l'année 1308, où ils
(I) On trouve dans la Chronique de Saxo Grammaticus, mort un siècle avant Gu laume Tell, 1 • môme fait raconta comme advenu a Toko, sou* Harotd VII nlaataod , roi de Danemark au dixième siècle. En I7G0, parut imprime à Eerne, Guillaume Tell, fable danoise, litre dans lequel ce rapprochement était signal'* pnur enlever toule créance au récit national; Fauteur inconnu fut condamne à mort par contumate; il fut réfuté par pinceurs écrivains, entre autres par Ballhazar de I ucerne, dans la Défense de Guillaume Tell, et par le til< du Célèbre Haller, dans le Hede iïber Witficlm Tell. On croit aujourd'hui que l'auteur du pamphlet anonv me était t. Freudenberger, ministre de Ligerz. Ce qui parut <le sa part nu crime de lèse-nationalite devint presque une opinion commune, d'autant plus qu'un fait identique se trouve attribue à un Guillaume Tell envers un comte de Scedorf, du canton d'Uri, famille éteinte au douzième siècle, et que le nom de Gessler ne figure pas dans la série des gouverneurs de Kussnacht. On répugne a nier uneaclion attestée si solennellement par les chroniques, par les chants populaires et par la tradition constante ; mais qui a bien calcula encore la valeur de la tradition? On a supposé que le* Suisses avaient originairement émigré de la Scandinavie, et apporle de là celte légende; mais rctte émigration remonleiail plus huit que le* temps de Toko et dilarold. Voir Us opinions à ce sujet, dans L. I de le it , Die Sage Pom Sc/nisse des Tell, Berlin, 1S20; et HiissLii, Die Sage vom Tell, Heidelberg, 1840.
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s'emparèrent de vive force ou par ruse des châteaux des seigneurs. Un jeune homme d'Unterwald introduisit ses camarades dans celui de Rozberg, au moyen de la corde que lui avait jetée une Femme qu'il aimait. A Sarnen, ils entrèrent dans la cour sous le prétexte de demander les étrennes d'usage au premier jour de l'an ; il en fut de même ailleurs. Plus tard, réunis à Brunen. les trois cantons des forêts conclurent une alliance pour dix ans.
Albert avait déjà été défait , à la journée de Donnerbuhl , par les Bernois, qui détruisaient les châteaux des barons ses partisans. Alors, traitant de rébellion ce qui n'était que la défense irréprochable de droits menacés, il s'était mis en marche, animé d'un violent courroux, quand son neveu le frappa du coup mortel (1). La vengeance de sa veuve lit couler des torrents de sang, mais sans étouffer la liberté, ni même l'effrayer. L/opold, second fils d'Albert, fit des préparatifs plus sérieux, et, à 1 1 tète delà noblesse féodale de l'Autriche, il assaillit les montagnards avec une telle confiance dans la victoire qu'il avait fait provision de cordes pour les pendre ou les emmener esclaves.
Les confédérés, après avoir invoqué par la prière et le jeûne le Dieu protecteur des peuples, se postèrent près de MorD'arten iut*Metfc au nombre de treize cents, armés de leurs seules hallebardes , MoiTsrUu pour tenir tête aux lourdes épées et aux masses de fer des che- *°*tm rr valiers bardés de pied en cap. Cinquante exilés vinrent offrir leurs bras pour la défense d • la patrie , et demandèrent la faveur d'être admis dans les rangs; sur le refus de leurs compatriotes, ils prirent position hors des limites de Scbwitz, et roulèrent sur la cavalerie ennemie de telles masses de rochers qu'ils rompirent ses rangs. Les terribles montagnards profitèrent de ce désordre pour mettr • les ennemis en pleine déroute ; puis, abrogeant la sentence de bannissement prononcée contre ces cinquante généreux auxiliaires, ils renouvelèrent leur confédération à perpétuité.
D'autres cantons demandèrent a entrer dans la ligue : Lucerne d'abord, malgré l'opposition de la noblesse, puis Zurich, ville iwfc populeuse et riche; ensuite Glaris et Zug. L'Autriche avait mis tout en œuvre pour arrêter ces accroissements, soi l en semant la discorde, soit en em;>l >yaut la guerre ouverte ; Léopold assié- iwi geait Soleure, quand l'Aar, gonlle tout à coup, déborda, et emporta un grand nombre de soldats autrichiens. Alors ces généreux citoyens, oubliant que c'étaient des ennemis, accoururent pour les arracher à la mort, et, après les avoir réchauffés et nourris,
I ) Voir ci-de*.<us.
les renvoyèrent à leur camp. Partout , au lieu de tuer et d'opprimer, comme faisaient les envahisseurs, ils sauvaient la vie, donnaient la liberté, et le nombre de leurs amis augmentait. Des feux de joie, allumés sur toutes les hauteurs, annonçaient au loin les victoires qui assuraient l'indépendance du pays et l'adjonction de nouveaux frères.
Alhert II attachait surtout une extrême importance à soumettre Zurich : il vint donc l'assaillir avec trente mille hommes de pied et quatre mille chevaux; mais il fut heureux d'obtenir un traité de paix, dans lequel toutefois il eut soin d'insérer certaines clauses qui indiquaient un droit de suzeraineté sur les cantons forestiers. Delà, une nouvelle cause d'irritation.
Sur ces entrefaites, Berne fut accusé d'être l'ennemie des barons et d'exciter le mécontentement parmi leurs vassaux ; pour se venger, les seigneurs de l'Uchland et d'Argovie se liguèrent contre elle, et sept cents seigneurs, douze cents chevaliers , trois mille hommes à cheval et quinze mille piétons s'avancèrent pour l'écraser. Réduite à ses propres forces, elle ne perdit pas courage; les vieillards prirent les armes avec les autres, et le chevalier Rodolphe d'Herlaoh se mit à leur téteà condition qu'ils lui jureraient obéissance absolue; car avec la discipline seule il était possible de l'emporter sur le nombre. Il réunit donc les guerriers et les quelques auxiliaires fournis par les cantons suisses, se mit en marche pour faire lever le siège de Laupen, et gagna une bataille célèbre. Après cette victoire Berne entra dans la ligue, et se trouva bientôt à la tête du canton le plus étendu et le plus puissant de la Suisse, dont il semble résumer les peuples et les climats divers , depuis les vallées austères du Grindelwald et de Lauterbrunnen jusqu'aux délices de l'Oberland. Dès lors la confédération suisse compta huit cantons, nombre qui resta le même pendant cent vingt-cinq ans.
Albert voulait obliger Zug et Glaris à renoncera leur alliance avec les cantons montagnards. L'empereur Charles IV, dont il réclama l'intervention, s'avança avec une armée pour les y contraindre; mais il échoua, et Albert dut consentir à une trêve qui, pendant vingt-cinq ans, laissa les cantons en paix. Quant à lui, il fut si découragé qu'il ne voulut plus même entendre parler des Suisses.
Ils auraient pu s'allier aux villes de Souabe, qui avaient les mêmes ennemis et les mêmes intérêts; mais les cantons démocratiques jalousaient les villes, et cette jalousie était réciproque; ils restèrent donc isolés, et, quand cinquante et une villes rhé-
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nanes de Souabe et de Franconie demandèrent à se confédérer avec eux, les quatre cantons refusèrent en disant : Notre bras et l'ai le de Dieu su ffisent a notre indépendance, A l'intérieur même , les villes déclarèrent la guerre à la campagne, et les bourgeois aux seigneurs: ils voulaient désormais s'affranchir, non de celui-p.i ni de celui là, m lis de tous 1rs barons. Les seigneurs de Kybourg, bien que dépouillés par les Habsbourgeois, conservaient quelques possessions , dans lesquelles se trouvait enclavé le territoire de Soleuro. Rodolphe de Kybourg, revenu dans ses foyers avec beaucoup de gloire et fort peu d'argent, après avoir guerroyé en Lombardie comme aventurier, résolut de se refaire par l'occupation de Soleure ; mais, lorsqu'il croyait la surprendra, son projet fut éventé, et il dut se contenter de ravager les jardins du faul>ourg. Cette attaque fît naître une guerre où se montrèrent la valeur des Suisses et l'animosité des seigneurs. Léopol I d'Autriche, neveu de celui qui avait été défait à Morg irten, accourut pour rabattre l'orgueil de ses confédérés, qui ne voulaient pas se laisser faire esclaves par son vassal, et qui reçurent dans l'espace de douze jours la déclaration de guerre de cent soixante-sept seigneurs. Léopold marcha sur Sempach, et quatre mille nobles chevaliers, placés à L'avant-garde, commencèrent l'attaque ; mais, comme le terrain était défavorable pour la cavalerie, ils mirent pied à terre, et, après avoir coupé les longs becs recourbés du leurs chaussures, ils s'avancèrent par bataillons serrés sur quatre rangs, dans lesquels les lances du quatrième arrivaient de niveau avec celles du premier, opposant ainsi à l'ennemi une muraille hérissée de fer Les Suisses essayenten vainde l'enfoncer, jusqu'au momentoù Arnold Winckelried, chevalier d'Unterwald, résolu de mourir pour sa patrie, crie aux siens : Je vous recommande ma femme et mes enfants; je vais vous ouvrir la route, suivez-moi. Il embrasse alors autant de piques qu'il peut, et les presse contre sa poitrine; ses compagnons pénètrent par celte brèche, et jettent le désordre dans la phalange ennemie. Barons, chevaliers, bannerets, avocats, sont renversés ; la bannière autrichienne est abattue, et Léopold lui-même reçoit le coup mortel d'un bouvier de Schwitz; les autres prennent la fuite, trop heureux de sauver leur vie.
A la bataille de Laupen, un chapelain n'avait cessé de porter le saint sacrement à la tête de l'armée. Avant d'en venir aux mains à Sempach, les intrépides montagnards s'agenouillèrent pour prier Dieu. Dans un chant populaire d'Albert Tschudi, cordonnier de Lucerne, se trouvaient ces paroles : « Les Suisses re-
o ligieux se prosternent sur la terre, et prient le ciel à haute « voix : O Jésus Christ, Dieu puissant, au nom de ta mort et de « ta passion, accorde-nous ton appui, à nous pauvres pécheurs! a délivre-nous de l'angoisse et du péril. Dieu bon, protège ce pays « et ceux qui l'habitent ; soutiens-le, conserve-lui la liberté!»
Après une année de trêve, pendant laquelle ils avaient pu réparer leurs pertes, les Autrichiens assaillirent Glaris ; mais ils furent battus de nouveau à Nâfels. Alors il fut décrété que tous les ,MS- ans, le 1er d'avril, un homme par maison se rendrait à Nâfels pour y rester onze jours en prières et en fêtes. Quand la procession arrivait à la bannière de Glaris, on récitait l'histoire des deux journées de Sempach et de Nâfels, avec les noms des citoyens qui avaient péri ; une messe était dite pour eux, et Ton rendait des actions de grâces à Dieu, à la Vierge, à saint Fridolin et à saint Hilarion, patrons de la Suisse.
Les confédérés profitèrent de leur victoire pour faire de nouvelles acquisitions, jusqu'au moment où la paix fut conclue à Vienne ts«i pour sept années. Dans cet intervalle, ils organisèrent leur confédération, où l'élément populaire grandissait chaque jour, depuis que tant de barons et de comtes étaient morts dans les batailles précédentes La renomméedes vaillantschampionsqui, en cinq ans, avaient remporté quatre grandes victoires sur l'élite des chevaliers allemands se répandit au dehors ; le nom des habitants de Schwitz devint celui de tous les Helvétiens {Schwitzer). Entraînés par l'ambition, l'amour de l'argent ou des vues intéressées, ils descendirent des vallées de la Reuss et du Tessin pour combattre en Lombardie, où ils eurent à lutter contre les troupes des Visconti, dans les pays montueux qui devaient par la suite faire partie de leurs bailliages.
criwoi Les restes des anciens Étrusques réfugiés dans la Hhétie, au milieu de rochers inaccessibles, où ils conservaient le langage ladino, avaient aussi formé des ligues. Les évêques de Coire y étaient puissants ; mais à côté d'eux avaient grandi les barons de Sax, de Razuns, les comtes de Werdemberg, de Montfort, de Tockembourg, et les abbés de Dissentis, lesquels, de même que l'evêque de Coire, étaient princes de l'Empire, et qui tous devinrent immédiats à la chute delà maison de Hohenstaufen. Plusieurs de ces barons avaient juré avec Glaris une ligue qui devait durer autant que la montagne et la vallée; l'évêquey vit un acte hostile, et lit arrêter au passage les troupeaux deGlaris. Les pâtres prirent lesarmes, et saccagèrent le pays. L'évêquese confédéra avec d'au-
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très seigneurs, et s'allia même avec l'Autriche lorsque sa propre ville lui fut devenue hostile. Ainsi la guerre exerçait partout ses ravages.
La belle vallée de Schams (Sex atnnes) était dominée par les châteaux de Barhembourg et de Fardun, d'où les comtes de Werdenberg descendaient pour se livrer à leurs excès, violences, rapines, enlèvement de jeunes filles ; ils envoyaient leurs troupeaux au milieu des moissons. Les communes résolurent de repousser ces outrages et ces lignes par l'union de leurs forces. Rassemblés àTruns, et secondés par l'abbé de Dissentis, ils suspendirent leurs capotes grises à leurs longs bâtons ferrés enfoncés dans la roche, et tirent serment de défendre mutuellement leurs droits. Un grand nombre de seigneurs s'allièrent avec eux, d'autres y furent contraints par force ; puis tons, dans une nouvelle réunion à Truns, jurèrent de rester amis et alliés, en plaçant corps, biens et soldats sous leur garantie mutuelle : « Nous nous assisterons (Je conseils et « d'armes ; la vente et l'achat seront libres entre nous. Nous veil- « lerons à la sécurité des routes et de la paix. Personne ne o pourra se faire justice à soi-même, ni attenter à la liberté ou « aux possessions d 'autrui; mais tous devront s'adresser aux tribua naux compétents. Nobles et roturiers, riches et pauvres, tous a seront respectés dans leur personne et leurs biens. Il ne sera a point apporté d'entraves à la libre élection de l'abbé de Dissentis ; a encasdecontestation,cetabbénommera trois arbitres et trois des a principaux barons, et, si leur décision n'était pas observée, itsla « feraient valoir par tous les moyens possibles. » Cette ligue fut appelée Supérieure.
Une autre, désignée par le nom de Caddea (Casa Dei, Maison de Dieu), se forma entre les habitants de Râzuns, Tomiliasca, iiitt. Heinzemberg et la plaine, pour résister à toute la violence, fût-ce même de la part de l'évêque et des barons, qui durent y accéder; ils reçurent en outre , à Ilantz, l'adhésion de plusieurs autres pays des plus sauvages. Lorsque la maison descomtes de Tockembourg fut éteinte, les dix juridictions qui dépendaient d'eux s'allièrent avec les Plata et l'Engadine, pour fonder la troisième ligue, iim. dite des DU Droitures ou Judicatures. Toutes trois s'unirent ensemble à Vazerol, et formèrent la république des Grisons, qui mm. dut tenir tour à tour ses assemblées à Coire, Ilantz et Davos. Ces ligues se trouvèrent bientôt mêlées aux affaires d'Italie, comme nous le verrons plus tard.
Appenzell avait été attribué, par les rois de France, à l'abbaye de 8aint-Gall, qui avait défriché ces solitudes. Cunon deStaufen,
abbé vers la fin du quatorzième siècle, percevait les tributs avec rigueur, et méprisait les montagnards. Un de ses commandants alla jusqu'à mettre un impôt sur le lait et le fromage et lâchait des chiens contre ceux qui n fusaient de le payer. Une pareille tyrannie ne pouvait durer avec les exemples de liberté qu'offrait le voisinage; en effet, les villages d'Appenzell s'entendirent secrètement, occupèrent les châteaux, et s'allièrent avec les canlons suisses. L'abbé réclama les secours des villes deSouabe, ses confédérées; mais leur armée fut mise en déroute par les montais, gnards, près de Speicher. Alors il eut recours à Frédéric d'Autriche, toujours prêt à saisir l'occasion de venger la mort de son père, et de défendre les nobles; mais Appenzell fut soutenu par Rodolphe, comte de Werdenberg, qui, dépouillé de ses domaines par les Autrichiens, fit cause commune avec les opprimés, déposa l'armure pour le sarreau des pasteurs, et, modérant par son habileté la bravoure des montagnards, fit éprouver une nouvelle i*oj. défaite à l'ennemi. Frédéric, après avoir échoue dans une tentative contre Appenzell, fut obligé de repasser honteusement le Rhin 11 s'en fallut de peu que les vainqueurs n'entraînassent aussi le Tyrol dans la confédération, ce qui aurait fermé de ce côté l'Italie à l'Autriche; mais les seigneurs, s'étant réunis en six associations, prirent à leur solde les mercenaires de la compagnie de Saint -George, et dégagèrent Bregenz, assiégée par les républicains. L'orgueilleux abbé de Saint-Gall fut obligé de céder et de se mettre sous la protection d'Appenzell, qui lui était soumis naguère; Rodolphe fut rétabli dans les possessions de ses ancêtres.
La lutte continua jusqu'à l'époque où l'empereur cita les parties contendantes à comparaître à Constance. L'alliance d'Appenzell avec Saint-Gall fut annulée, avec défense de réédifier aucun des châteaux détruits; les possessions enlevées au duc d'Autriche, durent lui être restituées, sauf toutefois les anciens privilèges des villes vl du pays, qui turent confirmés. La restriction était vaine; bientôt Appenzell fut accepté dans la ligue pat uu. tous les cantons, qui se bornèrent à refréner son humeur belliqueuse en l'empêchant de prendre les armes sans le consentement de tous les Suisses.
L'Église était violemment agitée à cause du concile de Constance. Sigismond, ayant mis au ban de l'Empire Frédéric d'Autriche, qui avait favorisé la fuite de Jean XXIH, excita les Suisses à s'armer contre leur ennemi héréditaire. Gomme ils opposaieut la trêve jurée, on les menaça d'excommunication; enfin ils se
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laissèrent séduire par la concession de tout le territoire qu'ils enlèveraient à ce prince. En effet, ils envahirent ses domaines et les terres qui en relevaient ; ils se vantèrent même d'avoir pénétré dans le château de Baden , et d'avoir détruit les chambres dans lesquelles Albert avait médité l'oppression des Wald>tetten , et Léopold préparé les batailles de Morgarten et de Sempach. Frédéric s'étant réconcilié avec l'empereur, ils cessèrent les hostilités ; mais ils retinrent leurs conquêtes comme gage de l'argent fourni.
L'union de Lucerne, fière de sa prospérité et avide de conquêtes, modifia la nature primitive de la ligue. Les trois cantons forestiers furent éclipsés par les cinq autres, qui avaient des villes florissantes, une population guerrière et disciplinée. Au surplus, ils cherchaient tous plutôt la liberté personnelle que l'indépendance polit'que; ils admettaient la souveraineté impériale , le patriciat, le droit traditionnel , et se montraient les fidèles serviteurs de l'Église.
Ces hommes si simples dans la formation de leurs ligues, si intrépides à les soutenir, ne savaient pas toutefois se maintenir en paix. Les élections , la communauté des pâturages, la jalousie-, bientôt même l'ambition, venaient les désunir; ils se divisaient encore lorsqu'il fallut prendre parti pour tel ou tel empereur, pour tel ou tel pape, tandis que les barons attisaient les haines, prêts à les faire tourner à leur profit , et que les ducs d'Autriche offraient inévitablement leur appui à quiconque cherchait querelle aux confédérés. La triste série de ces discordes fraternelles commença à la mort du dernier comte de Tockem- t*38* bourg, lorsqu'une foule de prétendants firent valoir leurs droits à son immense héritage sur les deux rives du Hhin; puis iwt>. Zurich, aspirant à des conquêtes, suscita la guerre civile, et traita avec arrogance les pays qu'elle voulait occuper dans les domaines de Tockembourg. Son bourgmestre osa dire à ceux d'Usnach : Ne savez-vous donc pris que vous êtes à nous, vous, voire ville, votre pays, vos biens et jusqu'à vos entrailles? mais il lui répondirent : Nous verrons.
Tandis que Zurich prenait ce ton superbe avec ses frères , elle s'humiliait avec les puissants, et protestait à Frédéric qu'elle était innocente du sang versé à Sempach et à Morgarten ; elle s'allia avec lui, et, moyennant l'abandon de quelques anciennes possessions d'Habsbourg, lui promit son assistance contre les confédérés. Cependant son peu d'aptitude à la guerre et les pertes qu'elle avait éprouvées dans les premiers engagements, où le sang suisse coula à Ilots , et qui furent suivis d'exécutions atroces, la déter-
minèrent à demander à Charles VU quelques-unes de ers compagnies qui dévastaient alors impunément la France. Le monarque s'en réjouit fort, et le Dauphin Louis, à la téte de quarante nulle Armagnacs , s'approcha de Bâie, où se tenait le concile, avec l'intention peut-être de le disperser, selon le désir du pape. Quelques vaillants Suisses, accourus pour le défendre, repoussèrent ces bandes aguerries; surpris néanmoins près de Bàle par le gros des sjaumede Armagnacs , ils périrent tous, à l'exception de seize, à qui jamais ' leurs compatriotes ne pardonnèrent d'avoir fui.
Le Dauphin avait remporté la victoire, mais à un tel prix qu'il n'osa continuer la guerre ; il se retira en dévastant le pays d'une si horrible manière que le souvenir des écorcheurs n'est pas encore éteint. Ce prince apprit alors à apprécier la valeur des Suisses, et la paix qu'il conclut avec eux se perpétua entre les deux pays; la Suisse ne cessa de fournir à la France des troupes prêtes à mourir pour elle ou ses rois, avec un courage et une fidélité audessus de ce qu'il serait possible d'attendre d'une nation vénale (i).
i»*>. Les Suisses entrèrent en arrangement avec l'Autriche, et la paix fut s:gnée à Constance entre elle et les confédérés , entre elle et Bàle, entre Berne et Fribourg, entre les confédérés et Zurich, moyennant des concessions mutuelles.
.Mais Zurich devait-elle se détacher de sa ligue avec l'Autriche, renoncer à ses conquêtes. indemnis°r des dépenses de la guerre? Ces points furent longuement débattus, et peut s'en fallut qu'ils n'occasionnassent une nouvelle guerre ; mais Henri de Butenberg, choisi pour arbitre suprême, déclara illégitime l'alliance de Zurich avec l'Autriche, confondue à tort avec l'Empire , et ce duché, malgré ses réclamations réitérées, vit décroître son influence sur la Suisse.
J4U. Les cantons de Zurich, de Lucerne , de Schwitz et de Glaris conclurent uneligue avec l'abbé de Saint-Gall, qui devint le premier associé des cantons, avec le droit de siéger dans les diètes; la ville de Saint-Gall, désormais affranchie de la dépendance des abbés, s'unit aussi aux confédérés.
iwo. Sous l'archiduc Sigismond, l'Autriche perdit ses dernières possessions en Suisse dans la guerre de Thurgovie; une trêve de quinze ans, qui la suivit, assura la propriété du pays aux Suisses.
i*w. La guerre dite de Mulhouse recommença pour finir à la paix de Waldshut, par laquelle l'archiduc s'obligea de payer aux confédérés dix mille llorins dans le délai de dix mois, ou de leur abandonner la ville de Waldshut.
(I) La première allhnce avw la France fut faite en MM.
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Afin de se procurer cette somme , il engagea pour quatre-vingt
mille florins., à Charles le Téméraire, duc de Bourgogne, ses possessions en Alsace, les quatre villes forestières et la forêt Noire ou le Bi isgau. Rien ne pouvait mieux convenir à ce prince que ces portions de territoire, qui lui donnaient accès en Lorraine, en Suisse et en Italie , c'est-à-dire dans les pays que convoitait son ambition. Les Suisses virent le péril, et s'allièrent avec la France contre ce puissant adversaire; ils se rapprochèrent aussi de l'archiduc d'Autriche, auquel ils promirent l'argent nécessaire pour dégager son patrimoine. L'Alsace était gouvernée, au nom de Charles, par Pierre de Hagenbach, grand bailli de Brisach, à qui le bruit public attribuait toute espèce de méfaits. Les habitants , auxquels il avait ordonné de travailler à un pont le jour de Pâques, se soulevèrent et le jetèrent en prison. Un tribunal insurrectionnel se réunit , et, sur lès dépositions de plus de huit mille personnes, le condamna à mort. Huit bourreaux se présentèrent pour exécuter l'arrêt, et celui de Colmar, ville où Ton conserve encore sa tète, obt ntla préférence.
Ce fut une nouvelle cause d'irritation pour Charles le Téméraire, qui déclara la guerre aux Suisses, et mena contre eux la terrible artillerie qui avait fait trembler les Pays-Bas, Liège et la Lorraine. Le comte de Ferrette disait : Nous e con fierons Cours de Berne, et nous nous en ferons une pelisse. Derrière les hommes d'armes venaient des bandes de valets, de marchands, de beautés vénales; l'armée étalait un si grand luxe, que les montagnards disaient à Charles qu'il y a\ait plus d'or aux éperons de ses chevaliers qu'il n'en trouverait dans tous leurs cantons; cependant il était souvent lui-même dans une tenue fort simple, et, comme Napoléon au milieu de ses maréchaux tout brillants d'or, il portait un pauvre habit gris. Il avait à sa. solde des guerriers anglais, flamands et surtout des Italiens. Après avoir écrasé les Suisses, il se proposait de rivaliser avec A uni bal , alors son héros favori, et d'aller montrer sa puissance et ses richesses en Italie, où il avait pour ami le duc de Savoie ; celui de Milan lui était dévoué, et ses soldats lui avaient ménagé partout des intelligences.
Ici commencent des combats dont l'issue est diverse. Dans la Franche-Comté, le pays de Vaud et le Valais, les Suisses dirigent leurs armes contre les seigneurs qui s'étaient confédérés avec l'ennemi de la patrie ; mais l'empereur ayant abandonné ses alliés, Charles s'empara de la Lorraine (1), et mena contre les Suisses
(l) lkciKMN, Hist. de la guerre de Lorraine et du siège de .Xaiiey, etc.; Meli, 1837.
soixante mille guerriers farouches ravageant tout sur leur passage, pendant , assommant ceux qui leur avaient tenu tête à Granson avec un courage digne d'un meilleur sort, et qui s'étaient rendus à discrétion. Vingt mille Suisses accoururent alors pour venger leurs frères, au cri de : Granson/ Granson ! La vallée retentit du son des deux trompes qui passaient pour venir de Charlemagne, et qu'ils appelaient le taureau d'Uri et la vache d'Unterwald. Arrivés en présence de l'ennemi, ils se mirent à genoux, non pour implorer merci comme le crurent les Bourguignons, mais pour invoquer le Dieu des vengeances , et la bataille s'engagea.
Charles le Téméraire fut défait pour la première fois , et laissa aux vainqueurs un immense butin : quatre cent vingt canons, dix mille chevaux et une telle masse de bagages, que la valeur n'en était pas moindre d'un million de florins , sans compter ce qui fut dérobé. On raconte que Charles fut le premier à faire tailler des diamants, et qu'il en avait apporté beaucoup avec d'autres joyaux d'un prix immense. Un paysan qui avait trouvé un diamant gros comme la moitié d'une noix le vendit à un prêtre pour trois livres; du prêtre, il passa dans d'autres mains; enfin Louis le More le céda à Jules H pour vingt mille ducats, et il resplendit aujourd'hui sur la tiare. Un autre, vendu un peu plus cher, eut les mêmes vicissitudes, jusqu'au moment ou il fut au nombre des joyaux de la couronne de France (t). Après être restés trois jours sur le champ de bataille, selon leur coutume, les confédérés retournèrent chez eux, bannières déployées, en chantant des hymnes au Dieu de la liberté.
Charles , furieux , fait de nouveaux préparatifs , enrôle un homme sur six , et lève un sou d'impôt sur six. Galéas S forra laisse passer par le Milanais tous les hommes recrutés par le duc; le roi de France observe les événements d'un œil soupçonneux. Les me. Suisses se préparent à l'attaque, et , des glaciers de Lausanne jusqu'à l'embouchure de l'Aar, un homme sur deux prend le> armes; puis, lorsque Charles est venu mettre le siège devant Morat. ils tombe nt sur lui, et lui font essuyer une déroute complète. Vingt mille hommes restèrent sur le champ de bataille, et leurscrânes. réunis en ossuaire, furent longtemps pour les étrangers un avertissement de ne pas provoquer des hommes libres et unis
(1) Il est appelé le S.wy, du nom du sire de Sanry, qui l'acheta; il était évalué, dam le siècle passe, l,800,ooo livres tournois. Il en fut vendu un à Heuri Mil, de qui il passa a la reine Marie, et d'elle aux Autrichiens, qui le conservent à Vienne.
(î) D. 0. M. Caroli inclytï et/orttssimi Burgundix ducts erercitus
SUISSE
Charte fut tellement affligé de ce désastre qu'il laissa croître
sa barbe, e! dut se faire traiter pour une maladie de bile; voyant
ensuite le duc de Lorraine tirer profit de la victoire de Morat ,
il vint assiéger Nancy, mais, battu par le duc réuni aux Suisses, 1*77.
il fut tué au milieu de la glace. 1 *■*
Ce fut ainsi que ce dernier souverain de la Bourgogne , renommé pour sa fermeté, sa justice, sa bonne administration, mais plus encore pour son ambition insatiable, laissa cette belle province exposée aux piques des Suisses, lesquels, en si peu d'années , avaient donné des leçons à plusieurs princes , et qui , par sa mort , contribuèrent puissamment à l'accroissement de l'Autriche , leur ennemie. Le peuple ne pouvait se persuader que Charles eût péri , et , dix ans après encore , les marchands vendaient à la condition qu'on ne leur payerait l'objet acheté que lorsque le duc serait de retour. Marie , son héritière, se hâta d'obtenir une trêve des Suisses, et de conclure avec eux une alliance, à laquelle ils consentirent moyennant cent cinquante mille florins. Louis XI , qui savait vaincre avec l'or ceux qui triomphaient par les armes, avait conçu l'idée de les gagner ou de temporiser; il échoua , mais , comme il ne voulait pas se brouiller avec une nation si redoutable, il renouvela la ligue en payant vingt mille livres à chacun des cantons pour dix ans , et autant à leurs chefs.
Ces richesses corruptrices jetèrent un germe funeste parmi des hommes que ni l'Autriche ni la Bourgogne n'avaient pu dompter, et qui se laissèrent éblouir par d>s litres et des chaînes d'or. Fnbourg , soumise à l'Autriche, avait contracté tant de dettes que, pour se libérer, elle s'était hypothéquée au duc de Savoie, son principal créancier; elle se racheta de ce prince par un traité , et forma un nouveau canton. Berne, Zurich, Lucerne, Soleure et Fnbourg, afin de pourvoir à leur défense commune, conclurent une communauté de droits de bourgeoisie , association qui devait prévaloir sur tout autre lien politique , sauf celui de la confédération. Les trois cantons montagnards, qui avaient acquis en Lombardie un renom terrible par la bataille de Giornico , en conçurent de la jalousie, et ils ne fut question de rien moins que de réduire Lucerne en village; les diètes dégénéraient en querelles tumultueuses, on aiguisait les armes, et la discorde était près d'opérer ce que la force n'avait pu faire.
rai uni obsiitens ab //elvcfiis cxsus, hoc sui monumcntum rclir/uif; t'est -à dire ses os. Les républicains français détruisirent ce monument.
Plaide A,ors vivail dans l'Unterwald Nicolas de Flùhe, qui, après Fi*be. avojr rPmp|i cinquante ans les devoirs d'un bon citoyen et combattu dans les guerres de l'Indépendance, sans avoir ambitionné ni refusé les honneurs, avait abandonné sa femme et ses enfants pour se retirer à Melchthal, dans une solitude pieuse. De nombreux témoins attestaient qu'il avait vécu vingt ans sans autre nourriture que l'hostie; aussi était-il vénéré comme un saint. Informé des discordes de ses frères , il se présente dans l'assemblée de Stanz , et , par des paroles simples , mais profondément senties , il les conjure de revenir à des sentiments de paix, de renoncer aux bourgeoisies particulières, et d'admettre dans la confédération Fri bourg et Soleure.
Il fut écouté , et un nouveau pacte fédéral , conclu entre les dix cantons, détermina les confins, la défense, la procédure, le commerce. Après avoir opéré le plus grand des miracles, Nicolas de Flùhe retourna à ses obscurs exercices de piété. 1VJ9 Les Grisons , ayant eu aussi des démêlés avec l'Autriche , firent à leur tour alliance avec les cantons suisses , qui leur prêtèrent assistance. L'archiduc Maximilien , qui dit à leurs députés. Membres indociles de l'Empire , je saurai bien aller vous faire visite le fera la main, reçut d'eux cette réponse : Nous prions Voire Majesté de vouloir bien s en dispenser, attendu que les Suisses sont des gens grossiers , qui ne connaissent pas les égards dus aux têtes couronnées.
Il ordonna donc à la confédération souabe de traiter les Suisses en ennemis; la guerre fut entamée avec vigueur, et, dans un an , huit batailles ensanglantèrent les montagnes , au milieu de dévastations suivies de la famine et d'épidémies. Le courage des Suisses et des Grisons jonchait de cadavres autrichiens les vallées rhétiques, et faisait frémir Maximilien d'une rage impuissante; enfin le roi de France Louis XII et Louis le More, duc de Milan , im qui désiraient recruter des soldats parmi eux, s'interposèrent , et la paix de Dâle remit les choses dans leur premier état.
Baie et Schaffouse , si importants pour la Suisse , furent adjoints, en 1501 , à la confédération , qui se trouva enfin complétée en 1513 par l'admission d'Appenzell , ce qui forma les treize cantons. La Suisse eut, en outre , différents associés , tels que la ville de Mulhouse , celle de Bienne , le Valais , Neuchâtel et Genève. Les droits seigneuriaux y durèrent jusqu'à l'invasion française de 1798 , époque où la bataille deNeueneck attesla que cette valeur qui constitue le caractère commun dans l'histoire de ce pays, si disparate pour les faits et les idées, n'avait pas dé-