‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 77 sur 153 · ROBERT DE NAPLES · texte numérisé non relu

ROBERT DE NAPLES

Les pays de l'ancienne ligue lombarde restèrent soixante-dix ans sans voir la face des empereurs, qui se souvenaient à peine du jardin, de C Empire. Les papes, en amenant Rodolphe de Habsbourg à renoncer à toute prétention sur le patrimoine de Saint- Pierre, complétèrent l'œuvre de l'indépendance italienne.

Rodolphe lui-même vendait pour de l'argent les privilèges royaux à toutes les villes qui eurent de quoi les payer. C'était le • moment pour elles de consolider leurs institutions ; mais , au lieu de mettre à profit des circonstances si favorables, les Italiens s'abandonnèrent à leurs rivalités jalouses, et préparèrent , en s'affaiblissant les uns les autres , leur asservissement commun à la domination étrangère.

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Les Guelfes et les Gibelins, nés de la lutte entre l'Empire et le saint-siége , loin de finir avec elle , n'en devinrent que plus acharnés. Ces noms ne désignaient plus cependant deux partis bien distincts, la force et les idées, l'indépendance et l'unité, la démocratie et l'aristocratie , mais un héritage de vieilles haines dont les motifs avaient cessé. Cela est si vrai que les pontifes, quand il leur arriva d'oublier qu'ils étaient les pères de tous, se rangèrent parfois du côté des Gibelins, et que les Gibelins euxmêmes eurent aussi les empereurs contre eux ; changeant ainsi de parti les uns et les autres , ils invoquaient tour à tour la liberté ou l'autorité impériale , selon leurs convenances ou les ambitions particulières du moment. »■

Les petits tyrans inclinaient pour le parti gibelin; mais malheur à l'empereur qui comptait sur leur appui ! Venait-il d'Allemagne, ils lui prodiguaient les caresses dans des réceptions dont la pompe mortifiait sa parcimonie obligée, lui présentaient les clefs des villes, lui payaient certains droits royaux ; mais ils ne lui laissaient aucun pouvoir, et ne lui permettaient pas même de s'arrêter trop longtemps dans leur pays. A peine était-il parti qu'ils abjuraient toute dépendance, et ourdissaient des ligues contre lui.

Lorsque nous avons vu les Romains, ardents républicains , se plier à la tyrannie sans frein de leurs empereurs , nous ne saurions nous étonner de voir de nouveau les Italiens, au milieu de leurs agitations, subir le joug de quelques petits tyrans. La liberté manquait chez eux de justice et de sécurité. Lorsque la domination d'un suzerain s'imposait, c'étaient les grands qui souffraient dans leurs privilèges; mais le peuple s'estimait heureux d'obéir à un seul, et non à plusieurs; il pensait qu'un maître éloigné, pourvuqu'onne l'inquiétât point, n'auraitaucun motif de lui nuire. Dans le gouvernement démocratique, au contraire, l'individu était exposé aux haines de tout un parti, et chaque rival, chaque adversaire pouvait être à redouter.

Ferrare se soumit la première à un prince, qui fut Azzo VI d'Esté; mais bientôt toutes arrivèrent à ce changement politique, comme, à leur insu, elles étaient parvenues à la liberté; la paix cependant ne venait pas avec la tyrannie. En effet, comme elle n'était pas fondée sur une constitution stable, qu'elle n'avait ni la durée ni l'appui de l'opinion, et qu'elle ne suivait point un ordre de succession régulier, cette autorité nouvelle ouvrait un large champ aux ambitions des prétendants, qui pouvaient tous se prévaloir du même titre, l'audace; de la même sanction, le succès. Un nouveau seigneur renversait l'ancien, et celui-ci, réfu-

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