‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 78 sur 153 · ITALIE. TYRANS · texte numérisé non relu

ITALIE. TYRANS

gié dans quelque ville amie, près du pape ou de l'empereur, tramait dans l'ombre, s'alliait avec ceux de sa faction, soudoyait des bandes, provoquait des discordes civiles qui ne pouvaient s'apaiser que par la seule force des armes.

A l'intérieur, les tyrans , bien qu'élus par le peuple , cherchaient, par défiance contre les anciennes libertés , à avilir les corps qui représentaient le pays, au lieu d'en faire des instruments de force et de protection ; outre l'absence de bonnes institutions capables de tempérer leur pouvoir, ils possédaient trop de moyens d'acheter, d'abuser, d'effrayer la multitude ; ils restaient armés au milieu d'une population pacifique, et tuaient ou bannissaient , sous prétexte de conjuration, quiconque leur résistait. Les meilleurs citoyens, dans l'impuissance de s'opposer aux excès, s'abstenaient de prendre part aux assemblées, et se réfugiaient dans une tranquillité forcée. L'Église elle-même , qui d'abord avait adressé ses prières à Dieu pour qu'il sauvât des tyrans le sol italien, lui offrait alors ses supplications en leur faveur, et couvrait de sa connivence des torts contre lesquels les anciens pontifes tonnaient sans ménagement {i).

Toute apparence d'élection populaire disparut lorsque les tyrans obtinrent le titre de vicaires impériaux, qu'ils achetaient des empereurs, charmés de vendre pour de l'argent une autorité qu'ils ne pouvaient exercer eux-mêmes. Alors le tyran cessa de respecter les privilèges et les coutumes ; il ne resta aux communes que le droit de nommer à quelques magistratures inférieures, de s'occuper de la voirie et de l'administration de leurs revenus, à peu de chose près comme aujourd'hui.

Si la servitude avait paru le seul remède contre la licence, les conspirations restèrent comme la seule ressource contre la tyrannie. Mais ces princes de petits États et de grande ambition , sentant que leur pouvoir était précaire, et se voyant entourés d'ennemis à l'intérieur comme à l'extérieur, dépouillaient pour se maintenir tout caractère de modération , de générosité . et recouraient aux perfidies, aux trahisons et à cette honteuse politique qui a fait tout à la fois la honte et le malheur de l'Italie. L'histoire de chaque cité est un tableau de révolutions quotidiennes : meurtres,

(1) Muratori (Antiq. ital , L1V) lisait, dans des missels du dixième siècle, de> messes contre les tyrans, où Ton invoquait le père des orphelins, le juge des veuves, en le conjurant de voir les larmes de son Église, et de la délivrer des tyrans en lenou vêlant les anciens prodiges. Au contraire, «ous le duc de Milan, Philippe- Marie Visconti, on priait dans la messe pour Agnès du Maine, sa concubine, et pour Blanche- Marie, leur fdle.

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conjurations, supplices, empoisonnements ; la foi publique méconnue dans la paix et dans la guerre, et, pour quelques bons princes, une série d'hommes pervers, funestes aux populations qui s'étaient placées sous leur tutelle ; des guerres produites par une ambition effrénée, alimentées par l'or et le sang de la nation , qui n'avait pas été consultée , et sur laquelle retombaient tous les maux qu'elles engendrent.

L'élévation ou la chute d'une faction ou d'un chef populaire forme l'histoire apparente de ces temps ; aux intérêts généraux et grandioses se substituent des faits partiels, des vicissitudes de famille , des rivalités égoïstes , sans qu'il apparaisse un pape , ni un empereur, ni un petit seigneur animé de pensées magnanimes, dignes de fixer l'attention et d'exciter l'intérêt. Dans toutes les factions, on ne vit surgir qu'une série d'hommes occupés de dominer ou d'inspirer la terreur : tels furent Ezzelin da Romano, le roi Robert, Castruccio, Cane de la Scala, Bertrand de Poggetto, Azzo Visconti , Mastin de la Scala, Jean Galéas, Ladislas, François Sforza (1).

ch.rjw Grâce à la chute de la maison de Souabe, et à l'avènement de

d'Anton

iM«. * Charles d'Anjou comme roi des Deux-Siciles , le parti guelfe crut n'avoir plus rien à craindre de l'inconstance de la fortune. Le nouveau souverain changea peu de chose à la constitution; il

(1) Ché le CHU d' ltalla lutte plenc Son di tirannl , cd on Marcel dlvenU Ognl irlllan che parteggiando ncne.

Dam», Purg., VI.

. . . Que de tyrans *oit pleine l'Italie,

Et que tout r cuire ob*cur à qui prend fantalite

De m faire un parti devienne un Marcelin*.

Milan Tut dominé par les Ton uni , les Visconti , les Sforza ; Lodi , par les Veslarini, les Fisiraga, les Vignati ; Vérone, par les Scaligeri; Padoue, parles Carrare; Ferrare, par les Salinguerra et les Bttmsi; Piseet Lucqttes, par Castruccio Castracanc; Kavenne, par Paul Traversai! el les Polenta; Crémone, par les Pellavicino, les Cavakabo, les Correggio et Cabrino Pondolo; Florence, par les PitU et les Médicis; Mantoue, par Passerino Bonacossi et les Gonza^ua; Camerino, parles Varauo; Fermo , par les Migiiorali, les Magliani, les Sforza; Forli, par les Onlelafli; Bologne, par les Bentivoglio el les Pe|>o)i ; Césène, par les Malalesla ; Imola, par les AliJo3i ; Urbino. par les Monlcfeltro ; Foligao, par les Trinci ; Parme, par les Ilossi et les Correggeschi ; Pavie, par les Beccaria el les Langosco;. Crème, par Venturino Benzone; Cortona, par les Casale; Faenza, par les Manfredi; Novare parles Tornielli ; Brescia, par les Maggi el l«s Brus.it , Alexandrie, par Facino Cane; Berg.m*», par les Suanli ; Come, par les Husca; San Doniuo.par les Pellavicino; Trévise, Fellrc et Belluiie, par l« Camiuo; Gubbio, par les Cabrietli; Cingoli, par les Cima; Viterbe, par les Vico; Orvielo, par les Moualdesclii; Fabriauo, par les Cliiavelli ; Matelica, par les 01toni; Railicofani, par les Salimbeni ; Jesi, par les Simonetta ; Maccrata, par H Molucci; Urbania, par les Brancaleoni; Sassoferralo, par les Atti; Aquila, par les Montorio, elc, clc.

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