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riers, ils proclamèrent pour doge Jean Agnello, leur concitoyen, qui acquitta leur dette avec l'argent que lui fournit Barnabe VisnîXïc. conti> f,ont il s'intitulait le lieutenant. Gomme le dictateur avait intérêt à faire la paix, elle fut conclue sous la condition que les Pisans restitueraient aux Florentins les franchises sur leur territoire, les conquêtes, les prisonniers, et payeraient une indemnité de cent mille florins.
m/anJier ^u rptour de Charles IV, Florence s'entremit pour pacifier 1rs bourgeois et les nobles de Sienne, où l'empereur faillit être tue ; elle décida Charles à replacer Pierre Gambacorta à la tête du gouvernement de Pise, cimenta son alliance avec cette ville, prêta trois cent mille florins à Lucques pour se racheter de cet empereur, et put alors, à la tête de tous les Guelfes de la Toscane, opposer une digue à Darnabé Visconti. Mais le Français Guillaume ncur de Noëllet , légat du pape , tenta , à la faveur de la disette qui régnait alors , d'occuper la Toscane , et poussa sur elle la bande Blanche de Jean Hawkwood. Florence, indignée de se voir trahie par ceux qu'elle avait secondés avec, autant de constance que de loyauté, acheta l'inaction de ce capitaine moyennant cent cinquante mille florins, et alluma aussitôt un incendie dans la Romagne, en promettant son appui à quiconque se révolterait contre le saint-siége. Sienne, Lucques, Pise, se réunirent à elle, ainsi initier, que Barnabé Visconti. Les Huit de la guerre , à qui le gouvernement avait été confié, et qu'on appelait alors les Huit saints Patrons , firent marcher l'armée sous une bannière portant pour devise Liberté, et l'envoyèrent à Rome et dans les autres pays de sa dépendance. En moins de dix jours, quatre-vingts villes ou bour-s de la Homagne et de la marche d'Ancône, Spolette, Bologne ellemême, secouèrent le joug des tyrans ecclésiastiques pour rétablir leur indépendance, ou rappeler les anciennes familles dépossédées par le cardinal Albornoz. Le pape cita les Florentins à comparaître devant lui ; comme ils ne voulaient pas être religieux au préjudice de la liberté (!) , ils envoyèrent à Avignon trois ambassadeurs, qui soutinrent leur-cause avec une fermeté inaccoutumée.
L'anathème fut lancé contre eux , avec invitation à tous et cha cun de s'emparer de leurs possessions et de leurs personnes; mai> Donato Barbadori, se tournant vers l'image du Christ, en appela au Sauveur de l'injuste sentence , en s'écriant avec le Psalmiste :
trouva pan un linceul pour envelopper son corp*. » Hist. florentines ,1. II, Appp. 'i91-491.
(I) Les Florentins reliqionis timorem ponendum essr censebant utn is office/et tibertatem. Voac.xo UnAOcraufti, 111, 223.
TOSCANE. i27
Ne m'abandonne pas , loi qui es mon appui , car mon père et ma mère m'ont délaissé. Tous leurs concitoyens qui se trouvaient dans Avignon et ailleurs pour affaires de commerce furent obligés de partir; le roi d'Angleterre profita de l'occasion pour s'emparer des biens de tous les Florentins qui étaient dans son royaume, et les réduire à la condition de serfs; Hawkwood mit à feu et à sang les villes révoltées; Robert de Genève , nouveau légat , fait venir de France une bande des plus farouches, conduite par le Breton Jean de Malestroit. Le pape ayant demandé à ce capitaine s'il croyait pouvoir pénétrer dans Florence : Certainement , répon- ÂJJk dit-il , si le soleil y entre. Au sac de Gésène , il criait aux siens : Du sang ! je veux du sang! Égorgez-les tous! Horrible cri , et plus horrible encore dans la bouche du légat papal. Dans Césène, abandonnée trois jours à la fureur soldatesque , cinq mille cadavres furent trouvés quand on reconstruisit la ville, outre ceux qui avaient été consumés par les flammes et mangés par les chiens. Les survivants errèrent en mendiants ; les femmes des victimes, souillées , mourant de faim , inspiraient de la compassion au féroce Acuto lui-môme.
A cette époque, Catherine, née à Sienne d'un père teinturier, après s'être livrée aux austérités , avait eu des révélations et des communications avec les esprits célestes : un jour le Christ lui donna son côté à sucer; un autre jour il échangea son cœur avec le sien ; il l'épousa même solennellement en lui remettant un anneau qui resta toujours à son doigt , et qu'elle seule voyait , comme seule elle voyait les stigmates de la passion. Ces miracles et bien d'autres encore sont racontés par son confesseur, Raymond de Capoue , qui les prit longtemps pour les illusions d'une imagination pieuse; mais il ne douta plus lorsqu'il vit le visage de la jeune Catherine se transformer en celui même du Rédempteur.
Les Florentins eurent recours à la sainte pour qu'elle adoucît le pape; en effet elle se rendit auprès du saint-père, apaisa son courroux , et l'exhorta à revenir à Rome. Urbain VI , que le grand schisme rendait plus disposé à la paix, accorda l'absolution aux Florentins , dont il reçut deux cent trente mille florins (1).
La même année vit abroger la constitution. La noblesse fut exclue des emplois, qui devinrent le partage exclusif des plébéiens, à la seule condition que deux personnes du même nom de fa-
(1) Bolland., 30 avril.
Atc. Hagf.n, Die Wunder rier h. Cathanna von Mena; Leipzig, 1840.
mille ne siégeraient pas en même temps parmi les chefs ; or, commeles anciennes familles s'étendaient en branches nombre uses, jalouses de conserveries noms traditionnels, tandis que les nouvelles pouvaient à peine compter deux générations, il arrivait que les dernières obtenaient la préférence , ce qui amenait aux affaires des gens sans expérience. Mais, si cette prohibition écartait l'ancienne bourgeoisie , une autre loi s'élevait contre les parvenus.
Il existait , dès 4266, une administration distincte, dite de la Masse guelfe, avec des capitaines de ce parti, renouvelés tous les deux mois , et dont la puissance arrogante avait toujours été croissant. Ugoccione des Ricci, d'une famille rivale de celle des Albizzi . fit décider que tout Gibelin qui occuperait un emploi public serait puni d'une amende de cinq cents livres, de la peine capitale même , sur la déposition de six témoins , approuvée par les capitaines du parti et par les consuls des arts. Cette loi, nouveau témoignage de l'exigence tyrannique des factions , tendait à exclure quiconque possédait moins de cinq cents livres, et ceux qui déplaisaient aux capitaines de la Masse guelfe. Les seigneurs s'en aperçurent, et l'amendèrent ; elle passa toutefois ainsi modifiée. Le nombre des capitaines fut porté à neuf, avec adjonction de deux artisans , et celui des témoins à vingt-quatre ; puis une disposition fut introduite, qui prescrivait d'admonester celui qui , élu à l'un des sièges de la seigneurie , serait soupçonné d'opinions gibelines, afin qu'il ne s'exposât point à encourir l'amende. C'était pour les magistrats une inquisition terrible, qui mettait les élections dans la main des capitaines du parti guelfe.
Les Albizzi l'emportèrent, et les Ricci se virent exclus parla loi qu'ils avaient provoquée. De là de nouvelles factions qui agitèrent l'État jusqu'au moment où une décision dictatoriale des Dix de la liberté élimina pour cinq ans de toute magistrature cinq membres de chacune des deux familles. Les anciennes maisons, jalouses de maintenir la pureté guelfe, avaient recours à tous les moyens , usaient avec sévérité de l'admonition, afin d'écarter les parvenus , et tendaient ainsi au gouvernement aristocratique. Les maisons nouvelles prétendaient, de leur côté, faire supprimer la dislinction nominale de Guelfes et de Gibelins, en appuyant l'opinion démocratique. Les Albizzi avaient pour eux les anciens plébéiens guelfes, dits noblesse bourgeoise; les Ricci , qualifiés de Gibelins , comptaient dans leur parti les Strozzi , les Alberti et les Médicis, famille opulente , délaissée par la noblesse bourgeoise. Les Huit, chargés de la direction de la guerre contre le pape , appartenaient tous à cette faction, comme amis de Barnal»é Visconti ;
TUMULTE DES CIOMPÏ. • 429
leur résistance au saint-siége parut donner l'avantage au parti gibelin. Les Albizzi se défendaient en admonestant , mais ils reprirent le dessus quand le peuple, fatigué, excommunié, désira la paix. Sylvestre de Médicis, nommé gonfalonier, proposa un. d'instituer une commission discrétionnaire (balia) pour la réforme de l'État ; par les règlements qu'elle établit , l'autorité des capitaines du parti guelfe fut diminuée , et la sévérité contre les admoneste > et les suspects de gibelinisme se trouva mitigée.
Le peuple , qui avait fait adopter ces statuts dans un moment de fureur contre l'oligarchie, craignit, une fois le calme rétabli, que les châtiments ne vinssent à commencer; il organisa donc à la suggestion des citoyens admonestés , des ligues d'une telle force que la seigneurie n'osa punir les chefs des factions, bien qu'elle les connût.
Les prétentions du menu peuple vinrent apporter au feu un nouvel aliment. Quand la ville fut partagée en corporations d'arts, dont chacune était jugée par ses chefs dans les matières civiles, quelques professions inférieures, au lieu de former corps, avaient été subordonnées à d'autres, comme celles des teinturiers , des tisserands et des cardeurs de laine avaient été réunies aux drapiers ; il en résultait qu'ils avaient pour juges, dans leurs procès, ou leurs maîtres ou les confrères de leurs adversaires. Entraînés par la colère, et craignant d'ailleurs d'être punis pour les désordres passés, les artisans ou ciompi (comme, à Lyon, les canuts) se soulèvent Les ciompi. tout à coup, saccagent à main armée les maisons des suspects, et dressent ensuite des gibets sur les places pour ceux qui voleraient, avec l'intention de brûler les habitations avec tout ce qu'elles contenaient ; ils confèrent alors la chevalerie à Sylvestre de Médicis et à soixante-quatre autres citoyens qui avaient leur affection , et qui n juillet, pour n'être pas égorgés acceptent cet honneur dangereux.
Maîtres de la seigneurie , qu'ils assiégeaient dans le palais, les ciompi demandèrent que les métiers dépendant des fabricants de draps formassent une corporation particulière, avec ses propres consuls, comme les teinturiers, les barbiers, les tailleurs, les tondeurs, les chapeliers, les fabricants de cardes; que tous les prévenus fussent mis en liberté , excepté les traîtres et les rebelles ; que personne , dans le menu peuple , ne pût être appelé en justice pendant deux années pour une dette inférieure à cinquante florins. Ces propositions et d'autres moins importantes furent acceptées; mais leurs exigences allèrent si loin que les prieurs se démirent de leurs fonctions, ne sachant plus quel parti prendre. Les ciompi s'emparent alors des portes de la
ville; Michel Lando, pauvre cardeur de laine, qui se trouvait au milieu de la foule, pieds nus et à peine vêtu (1), est choisi pour chef. Il les précède avec le gonfalon de justice au palais de la répuhlique , où il est proclamé à grands cris gonfalonier, et chargé de réformer le gouvernement. Cet homme , honnête et pauvre , tout à la fois courageux , modéré et sensé, fit cesser les violences des Huit de la guerre; il apaisa les partis par sa fermeté, nomma une seigneurie nouvelle , composée de trois membres des arts majeurs , de trois des arts mineurs et de trois des nouvelles corporations ; il réprima les ciompi au point de les assaillir lui-même en plein conseil , et d'en chasser un millier des plus opiniâtres : ainsi cette multitude effrénée fut domptée par sa propre créature. L'année de ses fonctions expirée, MichelLando déposa sa dignité; pour l'honorer, les officiers de la seigneurie le conduisirent à son domicile avec les armes du peuple , targe, lance, et palefroi richement caparaçonné.
Mais bientôt les autres corporations prirent en dégoût les trois élus des ciompi , et la seigneurie se composa de quatre membres élus dans les arts majeurs et de cinq dans les arts mineurs, avec exclusion nouvelle des ciompi.
Le parti guelfe abattu, l'autorité passa dans les mains des Gibelins, qui condamnèrent h mort les principaux Albizzi, accusés de trames avec les troupes de Charles HT de Durazzo , de la famille royale de Naples; ils exclurent plusieurs bourgeois des fonctions publiques, et, prenant à leur solde Jean Hawkwood,ils dominèrent dans Florence. Mais, en 1382, les Guelfes se relevèrent par la force, les corporations du menu peuple furent abolies, etMoro Albizzi, demeuré à la tête du gouvernement, anéantit les lois nées de la révolution des ciompi , éloigna Lando avec les autres chefs plébéiens, et consolida le pouvoir des grands. Les opinions rivales veillaient toujours, s'agitaient sans cesse, mais n'éclataient pas en orage.
Sur ces entrefaites , la république s'était emparée d'Arezzo, dont une vente lui avait attribué la seigneurie ; mais, à l'occasion de Montepulciano, elle se brouille avec Sienne, qui recherche l'amitié de Jean Galéas, lequel, à l'instigation des bannis dont fourmillait la Lombardie, s'engage à maintenir en Toscane sept cents lances au service de Sienne. 11 en résulta la guerre que nous avons déjà
(l) Ce sont les expressions des historiens : il résulte toutefois des registre* qu'en 1330 son père était podestat à Mantigno, dans les domaines des UbaWini, et à Firenzuola en 1377.
LES MÉDICIS
racontée, el qui fut continuée diplomatiquement après la paix de m», Venise, dans le but d'empêcher Jean Gaïéas de trop s'agrandir au nord, et Ladislas de Naples au midi; ce prince était aussi perfide que les Viseonti, mais beaucoup plus vaillant qu'eux. Le patronage de l'Italie ne se trouva plus alors dans la main des forts, comme ils le voulaient, mais dans celle des Florentins, dont le coup d'œil prévoyant surveillait les événements généraux, en opposant la ligue des faibles à l'arrogance d'un ambitieux puissant.
Jean Galéas poussa Benoît Mangiadori à enlever San-Miniato aux Florentins; il attira dans son parti ceux qui gouvernaient Sienne, occupa Pérouse, et, ne pouvant se faire un ami de Gambacorta, seigneur de Pise, il excita Jacques d'Apiano, son secrétaire, à le tuer pour lui succéder, et à tenter de soumettre aussi Lucques; puis il obtint de Gérard, fils de ce dernier, Pise avec son territoire , sous la réserve de l'Ile d'Elbe et de Piombino, qui formèrent une nouvelle principauté. Florence , qui cherchait en vain à conjurer le danger en organisant une ligue guelfe , se trou- Fcvrle vait dans une position des plus critiques, lorsque la mort de Jean Galéas la sauva. Son fils Gabriel-Marie, à qui Pise était échue en partage , voyant qu'il ne pouvait la conserver, la vendit aux Florentins pour deux cent six mille florins, mais les Pisans prirent les armes, et ce ne fut qu'après avoir soutenu un long siège qu'ils se resignèrent à la servitude. Alors tomba dans l'abaissement et UOs. l'inertie cette république naguère si glorieuse.
Cette guerre avait vu se signaler Gino Capponi, citoyen d'une intégrité parfaite. L'acquisition de Livourne, qui , cédée par les i«ti. Génois moyennant cent mille florins, assurait à sa patrie le territoire pisan, fut pour lui un grand sujet de joie ; car ce port était destiné à hériter de l'importance que Pise perdait, et à procurer aux Florentins la facilité de s'adonner aux opérations de commerce lointaines, sans dépendre de Gênes et de Venise , au grand avantage des particuliers et de l'État. Ils s'occupèrent aussitôt de pourvoir à la sûreté de ce port, où fut lancée la première galère armée pour les voyages d'Orient; l'autorité des consuls de mer fut réglementée et amplifiée , et bientôt Florence eut une flotte capable d'affronter et de vaincre celle de Gènes.
Elle prospérait à l'intérieur grâce à de bonnes institutions. Tout individu admis aux droits de cité devait construire dans Florence une maison valant au moins cent florins; les actes publics furent transcrits sur les livres des Réforma tions (Riformagioni); la collection des statuts fut convertie en loi ; on améliora les monnaies , on créa un nouveau mont pour subvenir aux dépenses, et le cadastre
ut». des biens fut dressé de manière que chaque propriétaire eût à payer un demi-florin pour cent de son capital. L'industrie nouvelle de l'or filé fit de tels progrès qu'aucun autre pays ne put rivaliser avec elle; les brocarts et les étoffes en tout genre atteignirent à la perfection; les seuls changeurs du Marché-Neuf faisaient annuellement deux millions en or d'affaires (i).
La ville s'embellit des œuvres des plus habiles artistes. Il fut décidé que chaque corps de métier placerait l'écusson de ses armes et la statue du saint son patron dans une des niches extérieures de Saint-Michel au Verger, où le marbre et le bronze furent façonnés par les mains de Donatello , d'André de Veracchio , de Baccio de Montelupo, de Nanni del Bianco , de Simon de Fiésole et de Laurent Ghiberti ; c'est à ce dernier que la corporation de Calimala confia le soin de faire les portes de bronze du baptistère de Saint-Jean , tandis que Brunelleschi était appelé pour élever la coupole de Sainte-Béparate.
Maso Albizzi , après avoir abattu les ciompi, continua de diriger l'État pendant trente-cinq ans avec habileté et courage ; mais , comme le parti victorieux ne sut ni s'interdire l'arrogance envers les autres , ni prévenir les divisions dans ses propres rangs à la wti. mort de son chef, les familles Alberti , Médicis, Bicci, Strozzi, Cavicciuli , que la noble bourgeoisie avait plusieurs fois frappées dans leurs membres et leur fortune, relevèrent soudain la UMe. Jean de Bicci des Médicis (2) avait fait des bénéfices considérables dans les affaires de banque , surtout à l'époque du concile de Constance, où sa caisse avait été mise au service du pape; il avait un crédit illimité, et ses opérations embrassaient le monde entier. Malgré sa grande fortune, il se montra si débonnaire et si dépourvu d'ambition, qu'on cessa de l'exclure des emplois. Son empressement à aider de sa bourse ceux qui en avaient besoin ,
(1) Selon Varchi ( Storie, IX ), Florence, de 1377 à 1406, dépensa , seulement dans les guerres, 11,500,000 florins d'or, dont 100 pesaient une livre. De 1440 à 1453, soixante-dix -sept maisons en pavèrent, par contribution extraordinaire, 4,875,000. De 1527 à 1530, le gouvernement populaire en obtint, aussi par levée extraordinaire, 1,419,500.
(2) Lorsque la famille des Médicis fut devenue grande et puissante, on inventa des généalogies pour ajouter l'éclat d'une ancienne origine à la fortune d'une maison de bourgeois. Mais aucun historien italien n'a remarqué un fait qui se trouve relaté dans V Histoire de V anarchie de Pologne, par Rulliières ; c'est que la famille des Mikali ou Ialrani, chez les Maïnottes , dans le Peloponèse, célèbres même dans les dernières guerres, est la souche des Médicis de Florence, dont le nom est traduit du grec. De Jean de Médicis, fils d'Averard, provinrent deux lignes, l'une qui donna Cosme , père de la patrie, Pierre, Lau-
LES MÉDICIS
ses manières caressantes avec le peuple , sa modération au milieu des emportements des partis, lui acquirent l'estime générale; son influence grandit encore lorsque , dans une émeute du peuple occasionnée par les charges excessives qu'entraînait la guerre avec Philippe Visconti , son intervention eut amené la seigneurie à les alléger. Les riches et les bourgeois faisaient donc tout pour l'attirer de leur côté, au point de le porter, malgré l'opposition de Nicolas d'Uzzano, au poste de gonfalonier, qu'il occupa de la un. manière la plus honorable. Il transmit son crédit et son importance à ses deux fils Cosme et Laurent, auxquels, avant de mourir, l4w, il avait recommandé de toujours bien agir, de n'offenser personne et de ne rechercher dans les affaires publiques rien au delà de ce que permettaient les lois et la libre volonté des citoyens.
Cosme, resté le chef de la faction , déploya l'habileté et les co»m«. vertus paternelles, mais il s'occupa des affaires publiques avec plus d'ardeur. Insinuant , plein de longanimité , toujours disposé à recourir aux moyens de douceur et à mettre ses richesses au service de ses amis, il savait pourtant, lorsqu'il le fallait, adopter des mesures énergiques. Favorisant les lettres et les arts, il ouvrait des voies nouvelles à l'activité croissante. La circulation des lettres de change, par laquelle les bannis ne devaient plus être réduits à la misère, les rattachait par l'intérêt et la gratitude à la famille qui faisait les plus grandes opérations de change ; les cou-
rent le Magnifique, Léon X, Clément VII; l'autre, le grand-duc Cosme 1er et sa dynastie.
Pour plus de clarté dans le récit des faits postérieurs, nous donnons ici leur arbre généalogique.
Jl&it de Ricci.
Coame, Père de la Pat rit 14» 84.
Pierre.
Coame.
Jean. Charles.
N mina Blanche, mariée a Guillaume Paul.
le
turent Magnifique.
Iran , qui fut Léon X.
Laurent il, 1IIS-I9;
docdTrbln,
Ulhertne mariée a Henri 11
«le France.
Clarice, mariée a Philippe
Stroi/I.
Alexandre
Jullen 11, lllt; abdique, 1BII;
duc de Nemours,
nippolyte.
cardinal, 1US.
Laurent.
Pierre François
Julien.
iMtvrt,
Laurent.
Pierre- François.
Loreiulno. 13U.
Jules,
1519, qui fut Clément VII.
Jean, mari de Catherin* Storia Rtarlo.
Jean des Bau des Noires.
Cosme, 1537-74.
grand-dur depuis 18€».
HI5T. Cm?. — T. Ml.
dottieri déposaient leurs épargnes dans sa caisse , ou réclamaient d'elle des avances. L'opulence de Cosme devint d'autant plus considérable qu'il vécut toujours en simple particulier, sans déployer un faste de maison qui éblouit les concitoyens, sans acheter de ministres étrangers , sans soudoyer des troupe. Jamais sa dépense personnelle ne dépassa cinquante mille florins par an , tandis que Sforza, avant de devenir duc, en dépensait trois cent mille. Les vertus privées, la modération dans les conseils, le sentiment populaire, un calme constant au milieu de l'effervescence des partis, une bienfaisance généreuse, furent les instruments delà puissance des Médicis.
La guerre de Lucques, conduite alors malheureusement , lui donnait l'influence qu'elle enlevait aux Albizzi et à leurs partisans, dont Nicolas d'Uzzano , bien qu'ennemi des mesures extraordinaires, était toujours l'instigateur. A la mort d'Uzzano, et la guerre terminée , les haines fermentèrent de nouveau, et Renaud , fils de Maso Albizzi , se mit à machiner activement pour abattre Cosme et ressaisir l'autorité. Ses mesures prises , il appela les citoyens, au son de la cloche, à former une commission disus*, crétionnaire (balia), et convoqua sur la place publique une de ses 7 septembre, semblées , où tous accouraient en foule et délibéraient tumultueusement. Comme la gravité des circonstances faisait franchir les bornes constitutionnelles v, une poignée de démagogues entraînaient la multitude à décider selon les désirs de la faction qui avait provoqué la réunion. Cosme fut accusé et condamné; mais il acheta ceux qui s'étaient déjà vendus à Renaud, et finit par obtenir une mutation de peine, l'exil au lieu de la mort; sa famille fut reléguée parmi les nobles, c'est-à-dire exclue des emplois.
Il se retira à Padoue , et sa grandeur apparut alors dans tout son éclat, chéri dans les lieux où il était, regretté là où il n'était plus. La seigneurie de Venise , qui envoya le complimenter, réclamait ses conseils; ceux qui se trouvaient dans le besoin avaient recours à l'exilé, et une recommandation de lui était toute-puissante. Les négociants ne faisaient rien sans le consulter, au point qu'il semblait un petit souverain. A Florence, au contraire, les artistes, les pauvres, les marchands, sentaient que leur appui leur manquait. Une année ne s'était donc pas écoulée qu'il se formait une nouvelle seigneurie, favorablement disposée à son égard; elle Im. rappela Cosme, et bannit , à son tour, Renaud Albizzi avec ses
Septembre. partjsans>
Ce chef de la faction rivale , dénué de cette vertu patiente qui sait attendre et agir en silence, ne sut trouver d'autre parti que
LES MÉMCIS.
de réclamer contre sa patrie l'assistance de Philippe-Marie , et de venir l'attaquer avec Nicolas Piccinino ; mais les Florentins lui opposèrent François Sforza, qui le vainquit. Apres de nouveaux efforts tentés sans plus de succès pour rentrer dans ses foyers , il îuo. alla Onir ses jours en terre sainte.
Cosme, revenu en triomphe , proclamé bienfaiteur du peuple et père de la patrie, se vengea d'un grand nombre de ses adversaires par l'exil, par des condamnations pour des faits insignifiants et par l'oppression de tous. Comme on lui représentait que les proscriptions causaient grand dommage à la cité, il répondit: Mieux vaut cité endommagée que perdue ; du reste, qu'on ne s'en inquiète pas, car il me suffit de deux aunes de drap fin pour faire un homme de bien, manifestant ainsi l'intention de remplir les vides par des parvenus; il comprit sa puissance, comme il comprit qu'il avait besoin, pour la fortifier, de faire jouer à sa patrie un grand rôle dans toute l'Italie , et d'assurer la tranquillité de celle-ci par l'équilibre des forces des divers États. Dans ce but, il associa l'épée de François Sforza à son argent, le condottiere et le banquier, les deux souverains de cette époque. Dans chaque ville italienne une famille exerçait la domination ; il résolut de poser la sienne à Florence, avec le même privilège, non par la voie des armes, mais par l'attrait des beaux-arts et du savoir, la prospérité commerciale et l'extension de l'influence politique.
C'est ainsi que, sans bouleverser la constitution et les lois, il fondait la tvrannie de la richesse. Le commerce avait amené une immense inégalité de fortune entre les citoyens, et, comme les riches avaient les moyens de se procurer des admirateurs et des clients , l'autorité se resserrait dans les mains d'un petit nombre, quoique le gouvernement populaire fûtmaintenu. Cosme fit même réduire à cinq le nombre des bourgeois qui avaient le droit d'élire la seigneurie.
Cosme avait pour le seconder Neri Capponi , homme plus tin que lui dans le conseil, possédant la valeur militaire dont il était dépourvu, et, dès lors ayant la confiance des soldats. Sans cesser detre son ami, Neri conserva son indépendance, et dirigea les affaires les plus épineuses. Grâce à ces deux citoyens, la tranquillité fut rétablie dans Florence, mais au préjudice de la liberté; en effet, quand il leur plaisait, ils faisaient décréter par le peuple un pouvoir [balia) despotique, épurer les urnes des candidats (ri/'ormare le borse), et bannir les citoyens qui les gênaient. Pour s'attacher leurs amis, ils satisfaisaient leurs passions, leur donnaient
les emplois et les gouvernements, et fermaient les yeux sur les écarts des subalternes, toujours servilement dévoués.
A la mort de Néri il semblait queCosme dût grandir encore, débarrassé qu'il était d<- ce dernier obstacle ; mais le contraire arriva , car c'était un appui qu'il avait perdu. Ses adversaires, dans l'intention de l'humilier, abolirent les pouvoirs discrétionnaires, et firent de nouveau désigner par le sort les membres de la seigneurie; le peuple s'abandonna à des transports de joie, comme s'il eût recouvré la liberté. Cosme néanmoins ne perdit rien de l'influence qu'il avait acquise, parce qu'il en avait toujours usé modérément , et que les parvenus étaient des hommes qui se rattachaient à lui par des intérêts et des relations de commerce , ou qui se trouvaient dans sa dépendance par des bienfaits reçus et des espérances; d'ailleurs, les emplois n'étant plus concentrés dans la main d'un petit nombre d'individus, ses ennemis devenaient moins redoutables; ils s'aperçurent de leur erreur et demandèrent le rétablissement de la balia. Avant d'y consentir, Cosme voulut leur donner le temps de se bien pénétrer des résultats de leur inexpérience ; mais, quand Luc Pitti fut nommé gonfalonier, Cosme les laissa tenter la réforme désirée. Pitti exerçait, à l'aide de la terreur, une autorité acquise par la force ; c'était à lui que s'adressaient tous les solliciteurs, tous ceux qui se trouvaient dans une position gênée, et sa demeure était le rendez-vous de tous les gens de mauvaise vie. Avec les dons spontanés qui lui furent faits, il construisit le palais de Rusciano et un autre dans la ville qui s'éleva majestueusement sur le poggio (tertre), tandis que les Médicis conservaient dans le piano ( le bas), sur la rue Large, leur riche mais simple habitation.
Cosme, retiré dans cette demeure, n'y paraissait que plus grand depuis qu'il n'empruntait son lustre qu'à son mérite personnel. Frère Angélique, Pippo et Masaccio l'embellissaient avec leur pinceau ; Donatello lui conseilla d'y rassembler les chefs-d'œuvre anciens; dans sa correspondance , outre les marchandises et l'argent, il demandait encore des manuscrits ; il envoyait même quelquefois des personnes pour en copier; il accueillait les hommes de lettres, surtout les Grecs qui s'étaient enfuis de Constantinople, et la bibliothèque Laurentienne fut fondée avec les livres qu'il avait réunis. Il en établit une autre dans l'abbaye située au pied du mont Fiésole, abbaye terminée par lui , et une troisième à Saint-Marc des Dominicains; il fit encore bâtir Saint-Jérôme à Fiésole, Saint-François du Bois en Mugello et Saint-Laurent, sans compter des chapelles de Sainte-Croix, à l'Annonciade, à San Mi-
LES MÉDICIS
niato , dans l'église des Anges, où ses architectes étaient Philippe Brunellescbi, Michelozzo et autres artistes de premier ordre (1).
Cosme avait laissé à Venise plusieurs fondations pieuses , doté Jérusalem d'un hôpital, et Assise d'un aqueduc; il n'est donc pas étonnant qu'il ait été considéré à l'étranger comme un grand prince, tout en vivant dans sa patrie en simple particulier. De ces richesses qui pourrait faire le calcul? Il était propriétaire ou locataire de toutes les mines d'alun de l'Italie, et payait pour une seule située en Romagne cent mille florins par an ; il faisait le commerce avec l'Inde par Alexandrie, et il n'y avait point de ville où il n'eût un comptoir de banque; il prêta des sommes considérables à Édouard d'Angleterre, et avança de l'argent au duc de Bourgogne. Ayant à sa disposition tous les condottieri , et sachant que le monde ne se gouverne pas avec des Pater noster, il maintint l'équilibre entre les puissances d'Italie, et, dans les trente années qu'il fut le chef et non le tyran de sa république, il ajouta au territoire florentin Bourg-Saint-Sépulcre, Montedoglio, le Casentin et le val de Bagno. Au milieu de ce calme, les jalousies de la liberté s'amortirent; les Florentins, comme les autres Italiens, s'habituèrent à voir de la grandeur ailleurs que dans la politique, et l'artiste, l'homme de lettres, le riche négociant, s'estimèrent heureux d'être exemptés des fonctions qu'ils avaient ambitionnées autrefois (2).
Telle était la situation de sa patrie lorsque mourut Cosme dans sa maison de campagne de Careggi, regretté par ses amis pour le bien qu'il leur avait fait , et par ses ennemis pour les maux qu'ils redoutaient lorsque sa forte main ne contiendrait plus les grands. En effet, Luc Pitti exerça, dès lors, la plus audacieuse tyrannie, sans autre obstacle que la faible autorité de Pierre, seul fils vivant de Cosme, perclus, maladif et d'un esprit sans portée. Les familles de Florence avaient été intéressées à soutenir Costoe, à cause des prêts qu'il leur faisait dans leurs moments de gêne, sans même attendre parfois leurs demandes; mais Pierre, dans la pensée de remédier au désordre introduit dans ses affaires par les dépenses considérables, les faillites et sa propre négli-
(1) Si noua en croyons Laurent le Magnifique, la maison «Je Médicis avait dépensé, de 1434 à 1471 , en édifices et en aumônes, 663,755 florins dor, équivalant à 32 millions d'aujourd'hui.
(2) Rousseau eut l'idée d'écrirf l'histoirede Cosme de Médicis. * C'était (disait-il à Bernardin de Saint Pierre) un simple particulier qui devint le souverain de ses concitoyens en les rendant plus heureux ; il ne s'éleva et ne se maintint que par des bienfaits.
gence, réclama ses capitaux pour les convertir enterres. Les conséquences furent désastreuses ; on lui imputa les faillites dont cette demande fut le signal, et Ton faisait une triste comparaison de son avarice avec la libéralité de son père. On résolut, en conséquence, de le frapper dans sa réputation et dans sa fortune, et de rétablir la liberté. Les machinations de Luc Pitti firent casser la balia , remettre au sort les élections, et Nicolas Soderini fut proclamé gonfalonier, à la grande joie du peuple. Républicain plein de loyauté , mais faible, il avait besoin d'être conduit, loin de savoir conduire les autres. La faction du Poggio, comme on appelait celle des Pitti, plaçant tout son espoir dans le désordre, Pentrava de toute manière lorsqu'il entreprit de réformer l'État par les voies légales ; il sortit donc de charge sans avoir réussi dans aucune tentative.
Le meilleur ami des Médicis, François Sforza, mourait alors; Galéas-Marie fit demander à Florence la continuation du subside payé à son père comme général au service de la république. Ceux de Poggio répondirent par un refus , et conjurèrent avec Buoso , duc de Modène , la ruine des Médicis; peut-être même s'agissaitil du meurtre de Pierre et de ses deux fils, Laurent et Julien. Cependant les Médicis eurent le dessus, leurs adversaires furent bannis, et les inimitiés se ranimèrent. Les bannis, d'accord avec les exilés de 1434, s'apprêtèrent à la guerre; Venise , ne voulant iM7. pas les favoriser ouvertement , laissa Barthélémy Coleone , qui commandait ses troupes, se mettre à leur solde, et plusieurs petits seigneurs de la Romagne se joignirent à lui.
«juillet Les Florentins, ligués avec Galéas-Marie et le roideNaples, marchèrent contre eux, commandés par Frédéric de Montefeltro, seigneur d Urbin, élève de François Sforza. Les deux armées en vinrent aux mains à la Molinella, où Ton fit usage, pour la première fois, d'artillerie légère; la nuit venue, on se battit à la lueur des torches. La journée resta indécise, et coûta k la république florentine une dépense d'un million trois cent mille florins d'or. Les bannis furent obligés, faute d'argent, de renoncer à la lutte, et de s'en remettre à la décision de Paul H, qui enjoignit à tous les seigneurs d'Italie de conclure la paix, pour diriger leurs armes contre les Turcs ; mais il ne fit aucune stipulation en faveur des exilés, qui se trouvèrent, ainsi que leurs amis et leurs parents, dans des conditions plus défavorables quant à leurs personnes et à leurs biens. Pierre , pendant ce temps , enchaîné par les infirmités , ignorait les sévices exercés par les siens , et ne ces- U€9 sait de recommander la modération ; il songeait même à rappeler
d..«inbrc. ies bannis quand il mourut.
CONJURATION liCS VAZU. 439
Laurent et Julien, ses lils, princes de l'État, nommèrent cinq ai-coupleurs, avec le droit de nommer le conseil des deux cents. (> ne fut plus une balia temporaire pour des circonstances urgentes, mais une dictaturo permanente, qui pouvait tout , punir, exiler, lever des impôts. Les Médicis se trouvèrent ainsi les maîtres de l'État; ils purent faire tourner à leur profit les deniers publics , et grossir leurs trésors des sommes qu'on leur donnait pour se conserver leur faveur, ou pour acheter l'impunité des malversations : c'étaient de véritables tyrans, qui éblouissaient les yeux par la protection qu'ils accordaient aux artistes et aux gens de lettres.
Parmi les anciennes familles féodales, celle des Pazzi du val d'Arno brillait au premier rang par son opulence et sa noblesse. cm.j. de» Gosme avait eu l'adresse de ne pas la heurter; il l'avait même laissée parmi les plébéiens, ce qui la rendait admissible aux emplois, et sa fille Blanche était devenue l'épouse de Guillaume, membre de cette famille. Cependant les richesses et la nombreuse clientèle de cette maison , surtout lorsqu'elle se fut alliée aux Borromée, donnèrent de l'ombrage aux Médicis. Laurent lit donc rendre par la balia une loi qui, changeant l'ordre de succession , excluait les Pazzi de l'héritage de leurs nouveaux parents. Cette exclusion les irrita si fort que François Pazzi , quittant Florence, transféra sa maison de banque à Rome, où Sixte IV le prit en affection, et le fit banquier du saint-siége.
L'ambitieux pontife méditait alors de former dans la Romagne, avec les dépouilles des petits seigneurs du pays, un bel État pour les Rrario, ses neveux. Luirent, qui pénètre ses projets, s'allie avec Venise et Milan pour en empêcher l'exécution; Sixte IV, irrité, ne songe plus qu'à renverser les Médicis, et cherche à soulever les »*"•• Pazzi; mais, comme une guerre paraissait incertaine et dangereuse, la voie de l'assassinat est préférée. Les Pazzi ourdirent donc une conjurât ion avec Jérôme Riarioet François Salviati, que lesMédicis n'avaient pas voulu recevoir comme archevêque de Pise. Les deux princes de l'État furent assaillis dans l'église de Sainte-Réparafe pendant la messe; Julien succomba, mais Laurent put se défendre. Leurs assassins, arrêtés, subirent une mort honteuse; l'archevêque fut pendu à une fenêtre du palais de la seigneurie , où il s'était introduit pour s'en rendre maître.
Les conjurations fréquentes dans ce siècle et leurs mauvais succès sont un sujet de graves considérations. Les citoyens n'avaient pas encore déposé entièrement les armes; elles étaient un exercice et un amusement pour la jeune noblesse , qui allait en-
suite combattre au service de quelque seigneur. On n'avait pas autant horreur du sang qu'aujourd'hui, habitué qu'on était surtout à voir les tyrans le répandre à flots. La nouveauté des gouvernements soulevait des haines ; les souvenirs de la liberté étaient encore vivaces , mais on avait oublié les malheurs qui l'accompagnaient. Le gros du peuple s'était facilement arrangé de la domination d'un prince qui lui apportait le repos et une plus grande sécurité ; mais les anciennes maisons regrettaient leur autorité perdue , et ne pouvaient souffrir qu'un seul exerçât la tyrannie qu'elles auraient voulu exercer elles-mêmes. D'un autre côté, le prince n'était constitué qu'en vertu du fait; il n'y avait point d'ordre de succession déterminé, et l'autorité n'était point réglée par des lois. Les magistrats communaux étaient maintenus; mais ils ne s'occupaient que de rendre la justice sous la présidence d'un podestat élu par le prince, et s'en acquittaient avec plus de sévérité que de succès. La science financière consistait à lever le plus d'argent possible en imaginant des taxes nouvelles; du reste, une sorte de droit de conquête pesait sur le pays, et ce droit n'était limité que par la puissance ou le caractère du souverain.
Dans de semblables conditions, il y avait nécessairement beaucoup de mécontents, beaucoup de prétendants, beaucoup de gens qui ne pouvaient se résigner ni à l'injustice, ni même à la justice ; c'était donc le petit nombre qui avait intérêt à défendre Tordre public. De là les révolutions sans cesse renaissantes , le peu d'appuis qu'elles trouvaient, leur inutilité et leur issue honteuse. Nous avons vu à Milan deux conjurations frapper l'une et l'autre le tyran de la ville , et pourtant échouer; celle des Pazzi eut le même sort. A Bologne, les Canedoli, rivaux de leur bienfaiteur Annibal Bentivoglio, qui exerçait la tyrannie dans cette ville, l'invitent à tenir un enfant sur les fonts de baptême, et profitent de l'occasion pour l'assassiner; ils sont eux-mêmes massacrés par les Bolonais. Quelque temps après , les Malvezzi conspirent contre Jean Bentivoglio, aussi puissant en Romagne que Laurent de Médicis en Toscane; leur trame est découverte, et ils sont pendus ou bannis. Nous avons déjà vu le soulèvement de Nicolas Rienzi à Rome , bientôt imité par Porcari; un peu plus tard , ce sera le tour des barons dans le royaume de Naples. Le Florentin Bernard Nardi occupe Prato pour en faire une place de sûreté aux républicains ; mais , faute d'être secondé , il est pris et exécuté avec plusieurs autres. Nicolas d'Esté entre à Ferrare pour recouvrer l'autorité paternelle; comme le peuple ne se déclare pas en sa faveur, Hercule d'Esté se saisit des révoltés, et les fait pendre avec le prieur, au
nombre de vingt-cinq. La même année, Jérôme Gentile veut soulever Gênes contre Milan , et il est décapité. Odon-Antoine de Montefeltro est égorgé à Urbin , par la trame d'un médecin ; Ga- iM leotto Manfredi est tué à Faënza par sa femme. Jérôme Riario , seigneur de Forli et d'imola , neveu et favori de Sixte IV , qui avait été Pâme de la conjuration des Pazzi , est poignardé dans son uMpalais.
Ces attentats fréquents excitaient les défiances des tyrans et les rendaient plus cruels. Les supplices horribles qu'ils infligeaient à leurs ennemis personnels prenaient une apparence de justice , comme le résultat probable de la nécessité de la défense. Laurent n'y eut point recours; mais ses ennemis semblèrent vouloir le punir de ne pas s'être laissé égorger. Le pape, criant au sacrilège contre ceux qui avaient osé pendre un oint du Seigneur, fit marcher aussitôt , de concert avec le roi de Naples et Sienne , les troupes qu'ils tenaient prêtes pour seconder l'entreprise , dont l'issue avait été si honteuse, et déclara la guerre non à la république , mais à Laurent, fils d'iniquité, élève de perdition. Les alliés accaparent les chefs des condottieri , s'avancent rapidement et surprennent Laurent à Pimproviste ; la ville est harassée , et l'interdit du pontife ébranle les gens timides. Dans cette situation critique, Laurent, comme s'il voulait faire ressortir par *a générosité la lâcheté de ses ennemis , prend le parti de s'exposer seul , puisqu'ils disaient n'avoir pris les armes que contre lui seul , et se rend en personne auprès de Ferdinand de Naples (1). Touché d'une telle U7t-
fl) Voici la lettre que Laurent de Médicis adressa à la seigneurie, en partant pour Naples :
« Illustres seigneurs, si je n'ai pas fait connaître autrement à Votre Seign. lllustriss. le motif de mon départ, ce n'a pas été par présomption, mais parce qu'il me paraît que, dans les circonstances pénibles où se trouve votre cité, il importe plus de faire que le dire. Jugeant donc que celte ville désire la paix et qu'elle en a grand besoin , et voyant tous les autres partis insuffisants, il m'a semblé qu'il valait mieux m'ex poser à quelque péril que d'y laisser toute la cité. J'ai donc résolu , avec la permission de V. S. III-, de me transporter librement à tapies. Comme je suis en effet celui que poursuivent principalement nos ennemis , peut-être pourrai-je, en allant me mettre dans leurs mains, être cause que la paix sera rendue à votre ville. Car je considère que, de deux choses , l'une doit nécessairement arriver : ou la Majesté du roi aime réellement cette ville, comme il l'a proclamé et comme certains l'ont cru, recherchant plutôt à conquérir notre amitié par cette attaque qu'à nous priver delà liberté, ou Sa Majesté désire vraiment la ruine de cette république. Si son intention est bonne, il n'y a pas de meilleur moyen d'en faire l'épreuve que d'aller librement me mettre dans ses mains ; et j'ose dire que c'est l'unique ressource pour obtenir la paix et pour en rendre, s'il se peut, les conditions plus honorables. Si, au contraire, la Majesté du roi a dans l'âme la pen«ée d'envahir notre liberté, il me
ut*. confiance , le roi traite de la paix, ce qui oblige ses alliés à cesser les hostilités ; enfin le pape, effrayé de l'approche des Turcs , rend sa bénédiction aux Florentins.
Ainsi qu'il arrive a la suite des tentatives avortées, la puissance de Laurent se fortifia, d'autant plus qu'il réussit à conclure une paix pour laquelle des conseillers et des ambassadeurs avaient fait longtemps de vains efforts. On lui conféra donc une autorite princière, qu'il employa à consolider sa famille, non plus en violant la constitution , mais en lui donnant de la consistance. Il «a*rii. créa, en conséquence , la dernière balia pour instituer une magistrature législative, qui avait manqué jusqu'alors. Cette magistrature devait se composer de soixante-dix membres , sans compter les gonfaloniers à mesure qu'ils sortaient de charge, et être consultée sur toutes les affaires publiques avant que les autres assemblées pussent en délibérer ; en outre , elle fut chargée de nommer aux emplois et d'administrer le trésor de l'État.
Laurent laissait ainsi subsister les formes républicaines , sauf à les faire servir à sa domination. Les soixante-dix dirigèrent le gouvernement avec gloire et tranquillité : mais ils dépendaient en tout du prince, qui , n'ayant rien a dépenser pour les diverses
semble qu'il est bon d'en Cire instruit promptement, et plutôt au détriment d un seul que de tous ; or je suis charmé d'être celui-là pour deux raisons : la première, parce que, me trouvant celui que poursuivent principalement nos ennemis, je puis plus facilement éclaircir les sentiments du roi, car il pourrait se taire que nos ennemis n'en voulussent réellement qu'a moi. L'autre raison e»t qu'ayant eu dans la cité plus d'honneurs et une position plus grande qu'il ne convenait non-seulement à moi, mais peut-être à auetn citoyeu au temps actuel, je m'estime obligé à faire pour ma patrie plus que tous autres, jusqu'à exposer ma vie.- C'est avec cetlu bonne disposition que je pars; car Dieu veut peut-être que cette guerre, qui a commencé par le sang de mon frère et le mien, finisse aussi par mes mains. Je désire seulement que ma vie ou ma mort , et ce qui peut m'arriver de bien ou de mal , soit toujours pour l'avantage de la cité. Je suivrai donc mon projet. S'il réussit selon mon désir et mon espérance , je m'estimerai très-heureux d'avoir fait le bien de ma patrie, et en même temps de conserver l'existence. S'il doit m'en advenir malheur, j'en serai moins affligé, puisque ce sera pour l'avantage de ma cité, comme il est nécessaire que cela soit, tu effet, si nos adversaires n'en veulent qu'à moi , ils m'auront librement entre leurs mains ; s'ils ont une autre pen>ée, on le saura, et je crois être certain que tous nos citoyens se voueront a la défense de la liberté. Elle sera ainsi défendue par la grâce de Dieu, comme elle l'a toujours été par nos pères. Je pars avec cette bonne pensée et sans autre considération que celle du bien de la cité. Je prie Dieu de tue donner la grâce de faire ce a quoi tout citoyen est oblige envers sa l 'a li ir, en me recommandant humblement à V. S. III. De San Minialo, le 7 décembre mccxclxxix.
« De V. S. III., le bon et obéissant fils et serviteur,
•« u ne Mi.nicis. »
magistratures, employait les deniers publics à ses opérations commerciales et à séduire , à acheter ou à amollir les anciens républicains.
Les guerres et les magnificences de Laurent avaient épuisé le trésor; on élut, en conséquence, dix-sept réformateurs, qui réduisirent à un et demi les trois pour cent d'intérêt de la dette publique, seul moyen qui put sauver les Médicis d'une faillite. Laurent lui-même ne trouva plus convenable de continuer le commerce ; il retira ses capitaux , et les convertit en terres, opération qui diminua ses revenus, et le sépara des citoyens qui avaient soutenu ses pères. Bien que le nouveau gouvernement établi fut tout matériel et de spéculation , il procura à Florence la paix dont elle avait tant besoin.
Toute la vie de la Toscane s'était concentrée dans cette ville. San Miniato, Volterra, Saint-Géminien , Colle, Cortone, Bourg - Saint Sépulcre, lui obéissaient, et Montepulciano était son humble alliée; Livourne, qui s'était donnée aux Génois pendant la tyrannie de Boucicault , fut revendue aux^ Florentins pour cent mille Oorins. Arezzo , surprise par Enguerrand de Coucy , leur fut vendue de même, et ils achetèrent des Campofregoso Sarzane, qui servait de boulevard aux Génois.
A Pérouse , l'acharnement des luttes républicaines continua entre, les factions desOddi et desBaglioni, jusqu'au moment où cette ville fut elle-même disputée entre les Toscans et les pontificaux. La noblesse campagnarde disparut, à l'exception des Farrfêse dans la Maremme de Sienne, et des Malaspina dans la Lunigiane. En vendant Pise à Jean Galéas, Gérard d'Appiano s'était réservé l'île d'Elbe , Piombino, les châteaux de Populonie, deSuvereto et de Scarlino; telle fut l'origine de la principauté de Piombino , qui a duré jusqu'à nos jours , et de la république de Lucques.
Les grands maîtres de la politique florentine disaient , sous forme de proverbe, qu'il fallait tenir Pise à l'aide des forteresses, et Pistoie à l'aide des partis : révélation des moyens atroces qu'une commune se croyait le droit d'employer pour en opprimer une autre (J). Pise voulut essayer de secouer le joug sous le poids du-
(1) Il existe dans les archives des Médicis une lettre adressée par les dix de la balia au commissaire de Pise, le 14 janvier 1431, lettre qu'ils terminent en ces termes : <« Tous pensent ici que le moyen principal et le plus actif que l'on puisse employer pour la sécurité de cette ville est de la vider de citoyens pisans. Nous avons écrit cela tant de fois au capitaine du peuple que nous en sommes las. Le dernier promu nous répond qu'il en est empêché par les troopes,
quel elle gémissait ; les Florentins l'assiégèrent , la réduisirent aux dernières extrémités, et lui ravirent son indépendance , ses richesses, sa population (I) ; mais ils ne purent lui enlever ses souvenirs et sa haine. Les principaux citoyens furent donc , par mesure de sûreté , transférés à Florence ; d'autres se firent condottieri, et la dominatrice des mers perdit toute importance et toute activité.
Sienne a une histoire distincte de celle de Florence; mais, à moins d'être né dans ses murs , on répugne à suivre les menaces réitérées de voisins puissants ou des condottieri,, et ses luttes intestines, où les partis [monti] triomphent tour à tour, et consument les forces de l'État au milieu de persécutions mutuelles. Sienne conserva néanmoins son indépendance jusqu'au jour où périt la liberté de la Toscane (2).
Laurent de Médicis mérita le surnom de Magnifique par la splendeur avec laquelle il tint sa cour, car on pouvait nommer ainsi sa
parce qu'il n'est pas bien avec leur capitaine ( coiignola). Nous voulons qu'il soit avec lui , pour que toute chose soit bien entendue, et que vous fassiez en sorte (Tuser de toute cruauté et de toute rigueur. Nous avons foi en toi, et nous t'invitons fortement a mettre ce système à exécution très-promptement ; car on ne saurait rien faire qui fût plus agréable à tout ce peuple. »
(1) On n'y compta, lors du recensement de 1351, que 8,î>7l âmes.
(2) Anne Paléologue, veuve du dernier empereur de Constantinople, aborda, fugitive, après le désastre de sa patrie , dans la Maremme, avec plusieurs seigneurs grecs. Elle demanda à Sienne «le lui céder le bourg en ruine de Moittaiga avec son district, dans l'intention de le réédifier en cinq années, pour y résider avec cent familles au moins. Il fut donc convenu que le nouveau bourg relèverait avec son district de la commune de Sienne, qui aurait la garde de la citadelle, à l'exception d'une porte, pour que l'impératrice pùt s'y réfugier au besoin; qu'elle jurerait avec les siens fidélité à la république siennoise ; qu'elle offrirait chaque année à la cathédrale un cierge de huit livres, et qu'elle payerait pendant dix ans un tribut de cinq livres à la chambre de B cherna. Les personnes de sa suite furent autorisées à prendre dans Orbitello le sel pour leur usage, à raison de dix sous le boisseau; il leur fut concédé deux réserves, l'une à planter en vignobles, l'autre à laisser en pâturages, qui pouvaient suffire pour cent paires de boeufs. L'impératrice eut à sa nomination deux officiers grecs, charge* de rendre pendant trente ans la justice dans cetle colonie, tant au criminel qu'au civil, d'après les lois des empereurs grecs, en se conformant seulement, quand aux peines, aux statuts de Sienne.de môme qu'aux poids et mesures de la commune. Les émigrés devaient jouir de l'exemption des impôts dans toute la banlieue ; et si quelqu'un d'entre eux abandonnait son domicile de Montaigu, la république s'engageait à l'indemniser des dépenses de construction et des ustensiles qu'il y laisserait. Cette convention fut approuvée le 28 avril 1474 ; mais l'écrit qui rapporte ce fait passé sous silence par les historiens, et contre lequel s'élèvent plusieurs doutes, ne dit pas ce qui empêcha de donner suite à un élaWissement qui aurait tant amélioré ces déserts malsains.
demeure ; prince de l'État , il était traité par les princes comme leur égal. Combien son ambition ne devait-elle pas être flattée lorsque, du haut de l'habitation de sa villa, il contemplait cette cité , belle de ses grandeurs anciennes et nouvelles , où Arnolf , Oreagna, Masaccio, avaient attesté par des chefs-d'œuvre la renaissance des arts ; où Brunelleschi avait construit le Saint-Esprit, la plus belle des églises, préparé dans le palais Pitti la future résidence des souverains, et suspendu dans les airs la magnifique coupole de la cathédrale; où l'église cte Sainte-Croix le cédait à peine à sa rivale ; où Sainte-Marie-Nouvelle apparaissait parée et charmante comme une fiancée; où Saint-Laurent avait été terminé par Cosme au prix de quarante mille florins, et au prix de trente-six mille le couvent de Saint-Marc , dans lequel déjà retentissait une voix puissante , destinée à devenir bientôt redoutable? Celte cité est à moi, pouvait-il se dire avec orgueil. Il est vrai que de sourds frémissements, que les menaces des républicains bruissaient encore à son oreille ; mais il les étouf- . fait sous les chants des Muses apprivoisées , et sous les faveurs qu'il prodiguait aux beaux-arts et à l'industrie.
Alors « les jeunes gens , plus relâchés que d'usage , dépensaient « outre mesure en vêtements, en festins et débauches semblables; « l'oisiveté leur faisait consumer au jeu et avec les femmes leur a temps et leur fortune. Tout leur souci était de se montrer avec a des habillements splendides, de s'exprimer avec esprit et « finesse, et celui qui mordait les autres avec le plus d'adresse était « le plus sage et le plus estimé (1). » Laurent donnait, par les pompeuses mascarades qu'il organisait, de l'occupation aux peintres , aux poètes, aux musiciens, aux artisans, et de la distraction au menu peuple. Il composait des hymnes pour les gens pieux et des chansons licencieuses au temps du carnaval ( canti carnascwleschi) pour les bons vivants. Il appelait les Florentins au théâtre restauré, pour y applaudir Y Orphée. Des fleurs nouvelles avaient été, par ses soins , apportées de l'Orient dans sa villa de Careggi , où les buffles paissaient des herbes inaccoutumées venues de l'Inde (2). Quoique les Mécènes fussent très-nombreux, et que les écoles, les bibliothèques, les moyens d'instruction pour la jeu~ nesse, rendissent le patronage des lettres moins nécessaire et
(1) Machiavel.
(2) Atque aliud nigris missum, quis credat ? ab Indis, Ruminât insuetas armentum discolor herbas.
(Poliziaîio, Husticus.)
moins honorable qu'au temps de Cosme, Laurent s'entoura de savants qui firent fleurir l'université de Pise ouverte par lui en 1 472 ; puis ils exaltèrent à l'envi leur protecteur, au point de le faire passer pour un grand homme aux yeux de ses contemporains comme à ceux de la postérité.
Par cette conduite il préparait les citoyens à subir une domination plus dure que la sienne , puisqu'il anéantissait la vie intérieure et l'énergie de volonté. Lorsqu'il eut plié à l'uniformité toutes les opinions, fait délibérer les conseils à buis clos et rendu arbitraire la disposition des deniers publics, il put diriger son attention vers la pobtique extérieure , et peser dans la balance de l'Italie , de manière à empêcher les étrangers d'y prévaloir.
Atteint ensuite d'infirmités douloureuses, il laissa le soin des affaires à ses deux fils Pierre et Julien, pour chercher à la campagne et aux bains un soulagement à son ennui ou à ses maux : dans de doctes réunions , Ficin lui parlait de Platon ; Laudino, Mérula, Léonicèneet Calderin, d'Horace, d'Ovide et de Virgile; Pulci lisait les aventures des héros , et Politien célébrait les tournois donnés au peuple, afin d'éloigner sa pensée des affaires de l État.
Laurent assura à ses fils une fortune extraordinaire ; il en vit un, qui devait être un jour Léon X, revêtu de la pourpre à quatorze ans ; il ouvrit de nouvelles routes , fortifia Florence contre ses voisins, et fut honoré de tous les souverains, inème du grand-seigneur et du sultan. « Jamais personne ne mourut. « non-seulement à Florence , mais dans toute l'Italie , avec une a si grande réputation de prudence , et ne fut tant regretté de « sa patrie (1).»