‹ Histoire universelle (volume 2)Chapitre 98 sur 153 · TOSCANE. — LES MÉDIUS · texte numérisé non relu

TOSCANE. — LES MÉDIUS

Nous avons suivi les vicissitudes de la Toscane, depuis le mo- mi ment où les Florentins se laissèrent devancer par les Pisans dans * oclo*r< l'acquisition de Lucques, et furent défaits à la Ghiaia en voulant recouvrer cette ville. Les désastres publics donnent toujours du nerf au parti populaire ; en effet, comme chaque individu estobligé de concourir à la défense commune par l'emploi de ses propres

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forces, il apprend à les connaître et veut les exercer. Afin d'abattre la puissance des nobles, on avait facilité aux serfs les moyens de s'affranchir, soit en les admettant dans les communes, soit en les soutenant dans leurs querelles avec les riches ; puis on institua un capitaine de la garde ou conservateur du peuple, avec cent hommes à cheval et deux cents à pied. Dispensé d'obéir aux orisw. dres de la justice ordinaire, ce magistrat n'avait à rendre compte de ses actes qu'aux prieurs des arts et métiers. Le premier fut Jacques-Gabrielli de Gubbio, qui , sévère et tyrannique, opprima les nobles dans l'intérêt de la plèbe; il cherchait à leur enlever les châteaux qu'ils possédaient dans un rayon de vingt milles autour de la ville, et proscrivait quelques-uns des Bardi et des Frescobaldi, qui voulaient faire une révolution. Il devint si odieux qu'après l'expiration de sa magistrature, il fut décidé qu'aucun membre de la famille de Gubbio ne serait élu désormais à des fonctions publiques.

Mécontents de la lenteur des magistrats et de la perte de Lucques, les Florentins conférèrent la seigneurie à Gauthier de d'Àthènw Brienne. duc d'Athènes, qui était à leur solde. « Si les Florentins ia*«- ' furent condamnés à subir la domination de cet étranger, il en faut chercher la cause dans leurs grandes discordes (I), mais non dans l'habileté, la vertu, la longue amitié, les services signalés et la réparation de leurs injures. » Avare autant qu'ambitieux, perfide, obstiné, sans foi ni pitié, il résolut de mettre à profit les passions de tous les partis et de les tromper tous. D'un côté, les anciens nobles, exclus des affaires et poursuivis de reproches pour une autorité qu'ils n'avaient plus, et de l'autre, les riches bourgeois, dominateurs superbes et détestés, poussaient le duc à toutes les rigueurs, pour se venger de la haine et de la jalousie de la plèbe; mais il sévit particulièrement contre eux, en faisant reviser les vieilles procédures, et de préférence celles des individusqui avaient manié les deniers de la commune. En caressant les nobles et

septembre, la multitude, en favorisant ses fauteurs, il obtint la seigneurie sans restrictions, ni limites de temps. Le livre des ordonnances de justice et les gonfalons des compagnies furent alors brûlés ; Arezzo. Pistoic, Colle, Saint-Géminien, Volterra, suivirent le même exemple; le duc, entouré de mercenaires français et bourguignons, exerça la tyrannie. De lourds impôts, des jugements iniques, des fêtes et des abus de pouvoir, un cortège de Français avides de femmes et de butin, tels furent ses fruits. Il rançonnait les débi-

(I) Lettre du roi Robert au duc d'Alhèncs.

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teursde l'État pour remplir ses coffres, et punissait sans pitié quiconque blâmait son gouvernement; aussi son chroniqueur conclut-il son récit en disant : « Mes très-chers concitoyens, gardez-vous d'en venir à vous donner un tyran (1) ! »

Gauthier s'allia avec les Pisans, lesScaligeri et la maison d'Esté, sous la garantie réciproque de leurs États ; il donnait tous les emplois à des gens de bas étage (ciompi), à l'exclusion des gentilshommes. Le peuple lui fit une réputation de républicain ; mais, nu. comme toutes les réputations populaires, elle dura peu. Sa domination devenait chaque jour plus intolérable; les grands, la haute bourgeoisie et les artisans ourdirent, les uns à l'insu des autres, trois conjurations, assaillirent le palais du duc aux cris de Vive le gouvernement populaire! Liberté! liberté ! Les partis «juillet se réconcilièrent, et, sur l'entremise de l'archevêque, un accord fut conclu qui décida le duc à la retraite ; mais Guillaume d'Assise , Cerrettieri des Visdomini et autres misérables, toujours disposés à prêter main-forte aux tyrans et à les exciter contre leur patrie, furent massacrés avec une rage si furieuse qu'on alla jusqu'à dévorer leurs chairs. Le jour de Sainte-Anne fut déclaré jour de fête comme Pâques, et aujourd'hui encore on voit flotter dans l'Église de Saint- Michel au Verger les vingt et une bannières des arts.

Les Florentins recouvrèrent à prix d'argent plusieurs places fortes que le duc avait cédées ; mais Pistoie, regardée comme alliée, bien qu'elle fût asservie en réalité, prenant exemple de celle qui la dominait, chassa le capitaine et la garnison qu'elle lui imposait, et se donna à Pise, qui se remettait à la tête de la Toscane. Arezzo, Colle et Saint -Géminien reprirent aussi leur indépendance; Volterra revint à Octavien Belforti, et Sienne, qui conservait sa liberté, mettait à la raison la noblesse des campagnes.

L'archevêque et quatorze citoyens furent désignés pour reconstituer l'État. Comme tous avaient contribué à renverser la tyrannie, ilsdécidèrent que les grands auraient un tiers desemplois ; niais, quoique à peine relevés de leur abaissement primitif, les nobles ne surent pas conserver la modération civile ; ils ne voulaient souffrir ni égaux parmi les particuliers, ni supérieurs dans les magistrats, et leur insolence croissante provoquait l'irritation du peu pie, qui s'insurgea contre eux. Leurs palais furent démolis, et l'on rétablit le gouvernement démocratique. La ville fut divisée en quar-

(i) Ricordi di l'uium: deCino Rinuccini.

tiers au lieu de sestiers, et la seigneurie dut se composer de huit prieurs, dont trois devaient être pris dans la haute bourgeoisie, trois dans la petite, deux dans la moyenne (mediani); l'un d'eux remplissait alternativement les fonctions de gonfalonnier de justice (1).

Les nobles restaient exclus des magistratures; mais, lorsque de nombreux mariages les eurent alliés aux familles bourgeoises, la rigueur se ralentit, et Ton réforma quelques ordonnances de justice qui leur étaient hostiles, a Or, remarque et souviens-toi, lec- « teur (dit le bon Villani), que notre cité, en un peu plus d'une « année, a eu bien des bouleversements, et qu'elle a changé quatre « fois de régime. En effet, avant que le duc d'Athènes fût sei- « gneur, c'était la grosse bourgeoisie qui gouvernait ; comme elle « se comportait mal, on en vint, par sa faute, à la seigneurie ty- « rannique du duc. Lorsqu'il eut été chassé, les grands et les a bourgeois gouvernèrent ensemble, ce qui dura peu de temps, et o amena une grande tempête. Aujourd'hui nous en sommes à « être régis presque par les artisans et le menu peuple. Plaise à « Dieu que ce soit pour l'exaltation et le salut de la république! « mais je suis en crainte pour nos péchés et nos défauts, et parce w que subsiste toujours cette maudite habitude où sont les gou- « vernants de promettre le bien et de faire le contraire, n

Pendant ce temps les guerres partielles avaient continué, et les campagnes ravagées avaient été forcées de demander secours à la ville. Bientôt cependant la prospérité revint; l'industrie à l'intérieur et les banques au dehors ramenèrent l'opulence , et l'État, agrandi par les acquisitions, les châteaux et l'argent, se trouva assez fort pour prendre une part active aux événements dont toute l'Italie était agitée. Florence envoyait à Venise , pour îsn-iMs. alimenter la guerre contre Mastin de la Scala, vingt-cinq mille florins d'or par mois; elle entretenait, en outre, mille cavaliers à sa solde et des garnisons dans les places et les châteaux, dont on comptait dix-neuf sur le seul territoire de Lucques, un à Areno, à Pistoie et à Colle. Quarante-six villes entourées de murailles lui obéissaient, sans compter les places ouvertes et celles qui appartenaient à des citoyens. La cité n'avait pas de revenus considérables ; mais la république était très-riche du produit des impôts, qui s'éleva jusqu'à trois cent mille florins par an, c'est-à-dire pins que n'avaient les rois de Sicile, de Naples et d'Aragon. Ses magis-

(l) On instituai celte époque (1344) les veilleurs, pour donner l'alerte en cas d'incendie. L'un d'eux se tenait en vedette , et sonnait la cloche dès qu'il aperce t ait quelque indice de feo.

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trats se contentaient de l'honneur et de la satisfaction de servir la patrie. La solde de la cavalerie cessait à la paix; la dépense n'excédait pas alors quarante mille florins, y compris, outre les frais pour tous les employés, les aumônes faites aux moines et aux hôpitaux , les fêtes données au peuple et aux étrangers illustres, ainsi que l'entretien des lions, animaux non moins prisés des Florentins que des Vénitiens.

Us comptaient vingt-cinq mille hommes en état de porter les armes, de quinze à soixante-dix ans, parmi lesquels, grâce aux institutions démocratiques , on ne trouvait que quinze cents nobles ou grands propriétaires et soixante-cinq chevaliers. La ville renfermait habituellement quinze cents étrangers, et la banlieue quatre-vingt mille habitants. Comme on ne tenait pas de registres de l'état civil, on déposait, dans l'unique baptistère de Saint-Jean, une fève noire pour chaque enfant mâle , une blanche pour les filles; ce calcul donnait de cinq mille huit cents à six mille naissances par an. Huit à dix mille enfants suivaient les écoles de lecture, mille à douze cents celles d'arithmétique, six cents environ celles de logique et de grammaire (1).

Bien que l'industrie déchût un peu, parce que l'Angleterre commençait à lui faire concurrence , deux cents ateliers étaient en activité pour les étoffes de laine ; ils fabriquaient soixante-dix à quatre-vingt mille pièces par an , d'une valeur de plus d'un million deux cent mille florins, et faisaient vivre trente mille personnes. Vingt magasins d'étoffes étrangères tiraient annuellement du dehors plus de dix mille pièces, qui valaient trente mille florins, sans compter celles qui s'expédiaient des autres villes du territoire.

La magnificence des édifices est connue, a Un étranger nouveau « venu, dit J. Villani (2), croyait, en voyant les riches édifices qui « s'étendaient à trois milles alentour, que le tout faisait partie de a la ville, comme à Rome, sans parler des riches manoirs avec « cours, donjons et jardins entourés de murs, et qui, plus éloia gnés de la ville, seraient ailleurs appelés châteaux. »

Au mois de novembre 1333, l'Arno déborda avec tant d'impétuosité qu'il causa les plus grands dommages ; il détruisit trois ponts, des pêcheries , des murailles et des habitations. Pour réparer ce désastre, Florence dépensa cent cinquante mille florins, et, presque à la même époque, elle éleva le magnifique palais sur les

(Q'iVoyex liv. Xll.chap. I.

(2) Liv. XI, 91, 92, 93.

loges de Saint-Michel au Verger. Pendant qu'elle poursuivait ses malheureuses guerres, et contre Mastin de la Scala, et pour l'acquisition de Lucques, elle jetait les fondements de son admirable clocher. Les discordes civiles, la tyrannie du duc d'Athènes, la corruption des mœurs républicaines (I), et des faillites considérables , portèrent une grave atteinte à cette prospérité.

Les Bardi , riches banquiers de Florence , se trouvaient , en 1345, avoir prêté au roi d'Angleterre neuf cent mille florins d'or, et cent mille au roi de Sicile ; les Perr uzi, six cent mille au monarque anglais et cent mille au prince sicilien. Comme le roi d'Angleterre ne put s'acquitter, les deux maisons suspendirent leurs payements; les Bardi donnèrent soixante-dix pour cent à leurs

(1) « Les citoyens modérés et vertueux qui anciennement régissaient et gouvernaient la république en grande liberté, avec des mesures sages et une prévoyance diligente, administrant en temps de paix comme en guerre, ne pardonnaient pas aux fautes commises contre la patrie, et ne laissaient pas sans récompense les services rendus avec zèle pour l'accroissement et l'honneur de la commune. Il y a donc à s'étonner que la cité se maintienne de nos jours , quand elle est dénuée de cette vertu et de celte sagesse dans la direction des affaires, et lorsque, au lieu de ces hommes d'antrefois, amis de la patrie, contempteurs de leurs intérêts et uniquement attachés à ceux de la commune, il ne se trouve que des usurpateurs qui s emparent de cette direction par des intrigues deshonnêtes et des moyens illicites ; hommes étrangers, sans mérite ni vertu, n'ayant pour la plupart aucune autorité, et qui, après avoir pris le gouvernement de la commune, s'occupent de leurs intérêts et de ceux de leurs amis avec tant de sollicitude de la loyauté qu'ils oublient entièrement les mesures qui profiteraient a notre commune. Personne ne songe à elle, à sa liberté, à sa grandeur, à sa gloire; personne ne songe à conjurer le péril qui peut la menacer, si ce n'est au dernier jour ou a l'instant de même danger. C'est pour cela que notre commune a souvent à souffrir de graves événements: or personne n'en prend honte et ne s'ittend à aucune peine pour avoir causé préjudice à la commune. On ne peut donc qu'éprouver un grand étonnement de ce que notre commune ne tombe pas en grand péril de ruine. Mais les honnêtes gens de noire temps pensent que c'est par une grâce singulière et par l'opération de Dieu; car dans une si grande réunion de citoyens et de religieux , bien qu'il y en ait beaucoup de pervers , il y en a beaucoup de vertueux et de bons, dont les prières préservent la cité de beaucoup de dangers ; il y a encore assez d'âmes catholiques et auinonières pour que Dieu la conserve. En outre, les institutions données à la masse de la commune par nos ancêtres, et la conservation des lois qui règlent le cours de h justice ordinaire sont un grand moyen de conservation pour l'Étal. Quoique les usurpateurs d'un office dont ils ne sont pas dignes soient nombreux , mal disposés par le bien commun et empressés de pourvoir à leur propre avantage, quoiqu'ils envahissent la liberté civile, l'espace de deux mois, fixé par nos ancêtres pour les hautes fonctions du nrieurat, est si court qu'il oppose un grandi obstacle à l'arrogance de cette magistrature, qui est aussi un peu réprimée par le nombre de ses membres et par les assemblées. Mais rien ne peut remédiera la négligence continuelle de toutes les mesures de prévovance. »M. Villam. IV, 69.

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créanciers, et les Peruzzi beaucoup moins. A ces désastres, qui causèrent plus de mal que 1rs défaites essuyées (1), vint se joindre une peste qui moissonna cent mille personnes, corrompit les m*, mœurs en accumulant la fortune dans un petit nombre de mains , et accrut le prix de la main-d'œuvre. Florence, pour se relever, un. institua une université, et peu après , à l'instigation de Boccace, îsw. une chaire de grec, la première qui fut établie en Occident. Elle parvint à affermir sa domination sur Prato , et , pour défendre Pistoie contre les Visconti, qui dominaient à Bologne , elle lui laissa son indépendance, à la seule condition de recevoir une garnison florentine.

En effet Jean d'Oleggio, qui s'était fait seigneur de Bologne, mm. envahit les vallées de l'Ombrone et du Bisentin , et s'avança pour combattre, favorisé dans ses projets par les Ubaldini de Mugello , les Pazzi du val d'Amo, les Albertini du val d'Ambra et lesTarlàti d'Arezzo; mais Sienne, Pérouse, d'Arezzo, se réunirent à Florence pour tenir UHe à l'agresseur, et la paix fut conclue à Sarzane, tut. par l'entremise de l'archevêque de Milan.

La soumission de Florence à Charles IV n'amena pour cette ville que la perte de cent mille florins, dont elle lui paya la confirmation de ses privilèges, et, pour les autres cités, qu'une recrudescence dans les dissensions intérieures. Après le départ du prince, les rivalités recommencèrent avec plus de force , empirées par l'intervention des bandes mercenaires.

Quoiqu'elle fût le bras droit du parti guelfe et de l'Église, Florence eut le courage d'opposer, au besoin , une honorable résistance aux prétentions du clergé. L'inquisiteur Pierre d'Aquila , franciscain orgueilleux et avide d'argent, avait été chargé des pouvoirs du cardinal espagnol de Barros pour le recouvrement uw. de douze mille florins qui étaient dus à ce prélat par la compagnie Acciaiuoli, tombée en faillite. Bien qu'il eût reçu, avec le consentement de la seigneurie, une garantie suffisante pour cette somme, il fit arrêter par les sbires un des associés de la compagnie. Une émeute s'ensuivit; on arracha le prisonnier aux sbires, qui furent bannis par la seigneurie après avoir eu les mains coupées. L'inquisiteur furieux se retira à Sienne, d'où il lança l'interdit sur les prieurs et le capitaine de Fiorence. Ils en appelèrent au pape, et

lui dénoncèrent les autres abus de cet inquisiteur, qui, en deux

(l) Jean Villani dit, en parlant de la faillite de quatre cent mille florins faite par Iw Scali : « Ce fut pour les Florentins un plus grand désastre, sauf la vie de» personnes, que celui d'Altopascio. » X, \.

années, avait soutiré sept mille florins aux concitoyens, sous prétexte d'hérésie, incriminant la moindre opinion hasardée, la moindre parole légère; le pape, après avoir examiné l'affaire, leva les censures de l'inquisiteur.

La commune établit alors, conformément à ce qui se pratiquait déjà à Pérouse et en Espagne, que nul inquisiteur ne pourrait s'immiscer dans aucune affaire en dehors de son office, ni prononcer de condamnation pécuniaire, ni avoir une prison distincte. Défense fut faite aux magistrats de lui fournir des sergents, et de lui laisser arrêter qui que ce fût sans le consentement des prieurs. Puis, comme Pierre d'Aquila avait permis à plus de deux cent cinquante citoyens de porter des armes, permissions dont il tirait un revenu annuel de plus de mille florins, il fut décidé que l'inquisition ne pourrait avoir à son service plus de six familiers armés, ni donner à plus de six autres l'autorisation de porter des armes; ceux de Févêque de Florence furent réduits à douze, et à six ceux de Févêque de Fiésole. L'ecclésiastique qui se rendait coupable envers un laïque fut déclaré justiciable du magistrat ordinaire, sans exception de dignité et sans nul égard aux privilèges pontificaux.

Les Florentins n'avaient cessé de fournir des troupes au légat Albornoz pour dompter la Romagne et réprimer la Grande Compagnie; mais le légat conclut la paix séparément avec ces aventuriers, et laissa Florence exposée à leurs redoutables attaques. Il lui vint heureusement des secours de plusieurs seigneurs fatigués de cette tyrannie, et le comte Landau fut mis en fuite. Celte guerre porta le dernier coup aux feudataires de FApennin , qui . de capitaines des anciens marquis , s'étaient constitués seigneurs indépendants, fidèles aux mœurs germaniques. Au premier rang parmi eux était Saccone des Tarlati, qui, de la citadelle de Pietramala, dirigea les Gibelins de toute la Toscane, jusqu'au jour où il mourut presque centenaire, en 4350. Les comtes de la Gherardesca se soumirent à Florence, qui les constitua vicaires de Bibbona et de quatorze bourgs fortifiés dans la Maremmc; les Ganibacorti reconnurent la souveraineté florentine pour Bientina; les comtes Albertl de Mangona, pour Cerbaïa ; les Spinetta, pour Fivizzano; les Ricasoli mirent sous sa protection le château de Brolio ; les comtes de Battifollc lui vendirent les châteaux de Belfort et de Gattaïa , exemple qui fut suivi par les comtes Dovadola. Les Ubaldini , riches en terre et châteaux dans le val du Senîo et le vicariat de Firenzuola , d'où ils étaient descendus plusieurs fois en armes contre Florence, battus alors par des forces supérieures,

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lui abandonnèrent quatorze châteaux qu'ils possédaient encore; ce fut pour Thomas de Trévise, alors capitaine du peuple , une occasion de triomphe.

Les châtelains ne pouvaient plus se maintenir depuis que les empereurs négligeaient l'Italie, où se développaient l'élément populaire et la cité; car ils ne s'étaient soutenus jusque-là qu'en donnant asile et assistance aux bannis. •

L'occupation de Volterra , que les Florentins délivrèrent de la tyrannie des Bocchino Belforti, leur attira une nouvelle guerre avec Pise. Afin d'interrompre toute relation commerciale avec cette ville, et lui montrer qu'ils n'avaient pas besoin de son intermédiaire pour leur négoce de terre ou de mer, ils avaient construit un port à Telamone et un entrepôt à Sienne. Pise, dont les maisons, les magasins, les hôtelleries, restaient vides, dont les chemins étaient désertés par les voituriers, et le port par les vaisseaux richement chargés, était devenue non moins solitaire qu'une bourgade de l'intérieur; naguère reine des mers , elle put être attaquée par les forces navales de sa rivale, située au milieu des terres. Dans l'intérieur de ses murs, il s'était formé deux nouvelles factions, celle des Bergolini, composée de bourgeois qui wr. avaient pour chefs les Gambacorti, et celle des Raspanti, mal famés pour avoir grapillé ( raspalo ) dans les fonctions publiques. Les haines s'envenimèrent et produisirent la tyrannie, qui fut exercée tour à tour par l'un ou l'autre parti. Les Visconti de Milan n'avaient jamais cessé d'aspirer à la domination de la Toscane; afin de la ruiner par des luttes intestines, ils favorisèrent les Raspanti, instigateurs de la mesure qui avait fait enlever aux Florentins la franchise de leur commerce, et qui poussaient alors à la guerre.

Pise reçut donc le secours des Visconti, qui lui envoyèrent Jean im Hawkwood; mais la rapacité de la bande qu'il commandait, la peste, qui renouvela ses ravages, et la déroute de San Savino, fêtée encore à Florence, réduisirent les Pisans à la position la plus critique (I). Incapables de payer le dernier terme dû aux aventu-

(1) Ici finit le récit continué successivement par les trois Villani, historiens précieui, qu'aucun autre ne saurait suppléer.

Jean Cavaleanti raconte qu'Acuto, quand il lui fut payé une grande quantité de florins, en prit 6,000 et les donna, pour le dédommager de ses fatigues, au trésorier Spinrllo (de Luc Alberti). Spinello le remercia, et," de retour à Florence, il mit pied à terre à la porte du palais, raconta aux seigneurs tout ce qui était arrivé, et leur donna la riche bourse en disant : Envoyez cet argent à la chambre, arec un bulletin indiquant que je les mets au compte des revenus de la commune. » Ce Spinello vieillit dans l'office de trésorier, et, « à sa mort, on ne lui

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