‹ Histoire Universelle (volume 4)Chapitre 36 sur 46 · LES BOUDPHISTES DANS LA CHINE. A · texte numérisé non relu

LES BOUDPHISTES DANS LA CHINE. A

en 491. Les nouveaux convertis, en voyant le Bouddha chinois placé à côté de l’empereur, le considérèrent comme supérieur à tous les autres, comme le chef naturel du culte et une incarnation légitime de Dieu.

Ce fut un grand scandale pour les lettrés, entichés qu'ils sont des choses nationales et de leurs rites immuables, que cette religion empruntée à l'étranger, et qui houleversait les formes de la constitution, c’est-à-dire ce qui était à leurs yeux son essence même. Au lieu donc de l’examiner et d'en adopter la pureté, leur opiniâtreté d’érudits la leur fit désapprouver, parce qu’elle n'avait pas été connue de leurs pères, et ils s'employèrent de tout leur pouvoir à en détourner les rois.

Elle trouva néanmoins faveur auprès des grands et parmi le vulgaire, lequel fut moins séduit peut-être par les vérités qu'elle enseignait que par son cortége de superstitions ; en effet, de même que la philosophie de Lao-tseu était descendue aux promesses grossières des Tao-ssé, la religion de Fo devint en Chine uu moyen de lucre. Ses prêtres, appelés bouzes, affectent une grande austérité de vie et de mœurs, pour expier leurs péchés et ceux des autres. Les uns vont avec de grosses chaînes au cou et.aux jambes; d'autres se frappent avec d'énormes pierres; il en est qui se font porter enfermés dans des coffres hérissés de clous, où leur corps trouve à peine assez d'espace ; or, comme ils prétendent avoir une grande puissance sur les maladies, lire dans l’avenir et connaître surtout les futures migrations des âmes, une dévotion crédule les comble de richesses.

Ils préchent les cinq préceptes négatifs : ne tuer aucun être vivant, ne prendre jamais le bien d'autrui, ne pas se souiller d’impureté, ne pas mentir, ne pas boire de vin. Outre les œuvres de miséricorde, ils recommandent surtout d'élever des temples et des monastères, de bien repaltre les bonzes, et d’invoquer Fo ainsi qu'Amida, son compagnon. Ce dieu est représenté sous des formes diverses, surtout sous la figure d’un dragon, ou encore d’un homme assis avec un ventre énorme, dans le genre de ces statuettes grotesques que la mode fait venir de la Chine, pour être placées sur les étagères, au milieu d’élégantes inutilités.

Mais, si les prières et les vœux ne lui réussissent pas, le Chinois grossier brise son idole; parfois même il intente un proçès à la divinité fainéante. On raconte, en effet, qu’un père n'ayant pas été exaucé dans son espoir de guérison pour une fille qu'il

boudéite.

chérissait, accusa le dieu d’être impuissant ou sans foi; les bonzes êurent beau s’efforcer de le calmer, il poussa le procès jusqu'à ce qu’il eût obtenu le bannissement de l'idole et la punition de ses ministres (4).

Le bouddhisme s'adapte aux différents caractères des peuples chez lesquels il s'implante : sévère et rigoureux dans le Thibet et le Japon, dégradé dans la Mongolie, il est doux dans le pays de Siam et dans lindostan, où il développe des sentiments de piété, de paix, de patience, de résignation indolente. En effet, les talapoins, sans aspirer à dominer, se contentent d’aumônes pour la rémission des péchés.

Les peuples parmi lesquels il s’étendit se ressentirent de sa mansuétude. Avant Attila, la peine de mort était abolie chez les barbares qui habitaient le territoire actuel des Afghans. Aux jugements de Dieu, dans lesquels les Indiens maniaient des fers rouges ou passaient à travers le feu en témoignage de la vérité, fut substituée l'épreuve d'un médicament qui devait être salutaire à l’innocent, et causer une maladie au coupable. Un roi barbare voulait établir le dogme de l'enfer dans ses États; mais un mendiant bouddhiste l’emporta et détruisit cette croyance. Le bouddhisme enseigne pourtant deux enfers : chacun a seize géhennes, où les tourments sont plus raffinés que ceux dont les croyances du moyen âge ont fourni à Dante les sombres couleurs, et à la suite desquels âme reprend le cours de ses migrations.

Nous devons la connaissance de ces derniers renseignements à la relation d’un voyage fait au cinquième siècle par le Chinois Fo-hian, adorateur de Fo, dans le pays où le bouddhisme avait étendu ses rameaux. Il l'avait entrepris dans l’intention de recueillir les livres sacrés de cette religion, en se rapprochant de sa source ; de vénérer les lieux illustrés par des légendes ou par des reliques; de visiter les monastères de la petite et de la grande translation.

De même que Benjamin de Fudèle ne voit dans le monde entier que les Juifs, Fo-hian ne voit ou ne cherche que les bouddhistes. En l’année 499, se mettant en route avec plusieurs pèlerins de la Chine septentrionale, il traverse le Fleuve de sable, c'est-à-dire le grand désert de la Tartarie ; puis, tour nant au midi, et appuyant toujours vers l'occident, il franchit la chaîne centrale, presque au nord de Kachemire, passe l'In-

(1) LE Cour, t. IT, p. 111.

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