‹ Histoire Universelle (volume 4)Chapitre 37 sur 46 · LES BOUDDHISTES DANS LA CHINE · texte numérisé non relu

LES BOUDDHISTES DANS LA CHINE

dus, pénètre dans l’Afghanistan et dans la Perse, retourne vers l'Inde, qu'il coupe d’occident en orient, suit le Gange jusqu'à son embouchure, s'embarque pour Ceylan, et rentre dans sa patrie en touchant à Java; en seize ans, et presque Loujours à pied, il avait ainsi parcouru, de l'est à l’ouest, 126 degrés qui font six mille quatre cent vingt-six milles, et, du nord au midi, 63 degrés, c'est-à-dire trois mille sept cent quatre-vingts milles. Parmi ses compagnons, les uns moururent, les autrés s’arrêtèrent dans les monastères indiens, et Fo-hian revint seul propager la doctrine dans son pays. « Depuis que Fohian, écrit-il, avait quitté la terre de Han (la Chine), beaucoup « d'années s’élaient écoulées ; les gens avec qui il avait affaire « étaient tous étrangers ; les montagnes, les fleuves, les arbres, « tout ce qui s’offrait à ses yeux était nouveau pour lui; ses « compagnons étaient ou dispersés, ou arrêtés, ou morts. En « songeant au passé, son cœur se remplissait de pensées et de « tristesse. Tout à coup, près d’une image de Ta-do (idole « bouddhique), il vit un homme qui lui faisait hommage d’un « éventail blanc du pays de Tsin; cela lui causa une émotion « telle que des larmes gonflèrent ses yeux. »

Durant une tempête, les brahmines complotent de le déposer dans une île, comme cause de la tourmente; dans une autre navigation orageuse, la seule frayeur qu'il éprouve, c’est que les marins ne veuillent jeter aux vagues les images sacrées et les livres sanskrits qu'il a recueillis ou copiés avec tant de fatigues ; puis, arrivé au terme de ses obscurs périls, il s'écrie : Au souvenir de tout ce'que j'ai souffert, mon cœur s'émeut, mais non pour les sueurs que j'ai versées dans les dangers ; ce corps fut soutenu pur les sentiments qui m'animaient; mon projet me fit exposer ma vie dans des pays où il y a péril continuel pour arriver à l'accomplissement de mes espérances.

Ce voyage nous apprend combien le bouddhisme avait pris d’extension. Il était déjà établi sur la rive droite de l'Indus, dans le Kafristan, où bientôt il déclina chaque jour davantage, jusqu'à ce qu’il fût supplanté par l’islamisme. 1l florissait au sein de l’Inde centrale, bien que des persécutions terribles l'eussent banni des contrées méridionales ; mais il y déchut aussi plus tard. La doctrine des Tao-ssé, qui domina dans le Thibet jusqu’à l'instant où le bouddhisme prévalut, avait déjà pénétré dans les pays du Gange (1).

(1) Bien que cela n’entre pas dans son plan, Fo-hian nous fournit aussi

Il montre partout l'influence bienfaisante de cette religion. A Magada, les délégués des chefs du royaume ont établi « des maisons de médicaments, de félicité et de vertu, où les pauvres, les orphelins, les estropiés et tous les malades des provinces trouvent, outre des médecins et des remèdes, de quoi boire et manger selon le besoin. Tout contribue à les soulager, et, quand ils sont guéris, ils retournent chez eux.»

Les mendiants abondent dans les monastères. D'abord les femmes n’étaient point admises à la vie religieuse ; puis on la leur permit, en les soumettant tout à fait aux moines, avec des austérités égales et méme plus pénibles. « Que les aliments quêtés soient divisés en trois parts : que le mendiant en donne une à celui qu’il voit pâtir de la faim, et qu'il on porte une autre dans un lieu désert et tranquille, et la dépose sur une pierre pour les oiseaux et les bêtes. »

On s'occupe beaucoup dans ces couvents de dire des rosaires, et l’on y sonne les cloches jour et nuit; chacun a des reliques de Bouddha, dont la plus singulière est son ombre. Parfois, au lieu de réciter les oraisons prescrites, on fait tourner une roue à laquelle elles sont attachées, leur mérite consistant dans le mouvement. Dans quelques endroits même, ces roues tournent seules au moyen de contre-poids, ce qui constitue véritablement une manière de prier à la mécanique.

Dans le pays de Kié-tcia, la nature se plie avec obéissance aux besoins des moines, si bien que le temps se gâte et se met au froid dès qu'ils ont fini de rentrer leur récolte ; aussi le roi fait en sorte qu'ils n’achèvent leur provision annuelle que lorsque les grains de toute la contrée sont mûrs et mis en sûreté. Fo-hian raconte ailleurs ce qui suit. : « Quand les rois bouddhistes de l'Inde rendent hommage aux moines, ils se dépouillent de la tiare, eux et les princes de leur famille ; leurs officiers offrent de leurs propres mains les aliments aux pieux reclus, et, après les leur avoir présentés, jls étendent un tapis par terre, se gardant de se placer sur un siége en face d'eux, et ils n'oseraient, en leur présence, s'asseoir sur un lit. Les rois, les grands, les chefs de famille, ont élevé des chapelles pour

quelques renseignements historiques, en rappelant qu’en l'an 87 du Christ, un conquérant chinois envoya Kan-yng sur les bords de la mer Caspienre, pour di”fl allât ournéttre un royaume de Pou-lin, dont la fenommée était parvenue à la Cour céleste, et qui était leinpire romain. D nous montre aussi les Yué-ti (Gètes) faisant la guerre à des populations habitant les rives de l'indus, pour ‘alever le vase d'or de Bouddha.

CHINE. — SSPTIÈME DYNASTIE. &ii

les religieux ; ils leur ont fourni des provisions et des champs, des vergers, des jardins, avec des laboureurs et des bestiaux pour les cultiver. L'acte de ces donations a été gravé sur le fer, et aucun prince n'oserait le viuler dans la moindre chose. »

C’est encore là une de ces nombreuses conformités que nous avons signalées entre le bouddhisme et le christianisme (4), qui ont tant de rapports dans leur origine, puis diffèrent ensuite si ess-ntiellement, le premier aboutissant au panthéisme, l'autre au théisme, Le christianisme est une religion de liberté, d'amour, d'action, tandis que le bouddhiste adore un dieu soumis à une loi fatale, dans l'unité ténébreuse duquel sont confondus le bien et le mal, la sagesse et la perversité. Gomme l'inaction de l'esprit, dans le bouddhisme, constitue la première des vertus, les autres lui sont subordonnées, et le but suprême est d'arriver à l’extase, au vide, à l’anéantissement,

Le bouddhisme fleurit en Chine sous les Yuen, et de nouveau sous les Mantchoux, aujourd’hui régnants, En 17179, Kicn-lung écrivait au grand lama qu'il le considérait comme le chef et le plus saint de ceux qui consacraient leur vie au service du Tout-Puissant, et que son unique désir était d’être compté parmi ses disciples; or, comme il avait soixante-dix ans, il lui demandait la faveur de pouvoir le contempler avant de mourir, ct de prier en sa compagnie. Sa sainteté daigna se rendre aux vœux de l’empereur; mais, arrivé à la Cour céleste, Le grand lama y mourut de la petite vérole.

L'empvreur actuel de la Chine-a désiré aussi voir le grand lama qui, à peine arrivé auprès de lui, est inort également. Ses fidèles avaient eu la précaution de lui faire désigner son successeur, enfant ravi-aux amusement, de son âge pour être façonné à ces pénibles honneurs.

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