‹ Histoire Universelle (volume 4)Chapitre 9 sur 46 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

«a L'histoire politique et religieuse du califat, empire de «l'Islam par excellence, n'offre que le spectacle désolant d’a- « trocités, d'assassinats, de trahisons, d’excès du genre le plus « détestable. D’autres empires cutent leur âge de sang, mais ils e connurent aussi des jours de félicité ct de paix; celui des e califes, agité et bouleversé sans cesse par des factions politi- « ques et des sectes religieuses, ne goûta pas une heure de re- « pos. Aucun règne ne fut exempt de forfaits; les lettres amol- « lirent les mœurs plus qu’elles ne les polirent, et l’humanité e ne put jamais déposer le deuil {1}. » Telle est la scène qui s'ouvre après les trois premiers califes, à l’époque où il semblait que les musulmans n’eussent étendu leurs conquêtes que pour couvrir de carnage un plus vaste territoire.

(1) Hawwrr, Min. de l'Orient, I, 385.

La mort d'Ali:et la victoire assurèrent enfin le premier rang à Mohawiad, de la famille des Ommiades et fils de l'idolâtre Abou-Sofian. La succession sanglante de Mahomet tomba ainsi dans la descendance de ses persécuteurs, et la haute direction de l’islamisme se trouva livrée aux défenseurs les plus acharnés de l’idolâtrie.

Chargé par Omar du gouvernement de la Syrie, il s'était concilié les cœurs par sa libéralité durant la paix, par son bonheur à la guerre. Il trouva donc beaucoup de partisans lorsqu'il se leva comme vengeur d’Othman, et son élection fut vonfirmée par l’astuce et l'épée d'Amrou. Mohawiah forga Hassan, fils d’Ali, à renoncer à toute prétention au pouvoir pt à passer ses jours dans une obscure sainteté auprès du tombeau de son aïeul. Il introduisit alors de grands changements dans le gouvernement des fidèles; or, bien qu’il répugnât aux habitudes et au fanatisme des Arabes de voir une”dignité qui réunissait la saintelé et la puissance, se transmettre comme un héritage, il fit proclamer pour son successeur son fils Yéaid, dont l’âme, comme la manière de vivre, n’avait rien de viril. Il transféra ensuite le siége du gouvernement de Médine à Damas, où il voulait aussi faire transporter la chaire dans laquelle avait prèché Mahomet; mais une éclipse de soleil manifesta la désapprobalion du ciel.

Comme Constantin après son installation à Byzance, les califes se trouvèrent alors dispensés de toutes les coutumes particulières aux Arabes, que le prophète s'était abetenu de violer : cessant d'être de simples patriarches comme les quatre premiers d’entre eux, ils s’appuyèrent sur la force comme les autres rois, et devinrent des despates entourés de faste,

Les fonctions d’iman ou chef suprême de la religion paraissaient au moins dues à la famille du prophète; elles furent usurpées par Mohawiah, qui, voyant se multiplier Jes controverses sur les points obscurs du Coran (car déjà on en avait fait deux cents commentaires) réypit à Damas un grand nombre de cadis et d’imans, pour concilier ce que les divers passages offraient de contradictoire. Il chargea six des plus capablesde mettre par écrit ce quileur paraîtrait plus conforme à la saine raison, et leur travail produisit l’Amalek, auquel seul il attribua exclusivement l’autorité; les autres gloses furent détruites, avec prohibition d’en faire de nouvelles, comme si pareille défense pouvait être observée.

Ces changements déplaisaient aux zélés Dons et aux

Arabes libres, si bien que les partisans de la famille d'Ali se réunirent pour renverser la nouvelle dynastie: mais ils eurent contre eux le bras puissant d'Amrou en Égypte, et la férocité de Zidjad, qui, dominant sur la Perse, sur la cité croissante de Koufa et une partie de l'Arabie, extermina les schyites. :

Les séditions une fois étouffées dans le sang, Mohawiah reporta la guerre au dehors ; aprés avoir marché contre l'empire grec, il dévasta les provinces de l'Asie, et ft prendre à sa flotte la route du Bosphore ; or, comme le prophète avait dit que la première armée qui assiégerait Constantinople obtiendrait la rémission de tous ses péchés, ka religion se joignit à l'ambition et à l’avarice pour pousser les croyants sur cette ville, où se trouvaient aceumulés les trésors et les trophées de deux Romes.

Alors régnait Constantin Pogonat, prince voluptueux et cruel, qui, devenant nn autre homme à l'heure du danger, ranima par son courage celui des Grecs accourus en foule pour défendre les solides remparts de la place. La fortune vint en aide ay patriotisme; car un Égyptien, Callinique d'Héliopolis, étant passé du service du calife à celui de l’empereur, inventa le feu reu grégeois grégeois, qui suppléa sux armées et à la valeur. C'était un combustible liquide que l’on faisait pleuvoir des remparts sur les assiégeants ; on le lançait avec des dards ou avec des boules de fer creux, et on le dirigeait dans des brflots contre les . bâtiments ennemis; plus souvent encore, au moyen ds tubes en cuir, on le faisuit jaillir de la proue des galères, ce qui leur donnait l’aspect de dragons et d'hydres ignivomes. Une fois que ce feu s'était attaché au bois, à la chair des hommes ou des animaux, l’eau ne servant qu'à l'aviver, aucun secours hu: main ne pouvait J'éteindre; les chevaux s'enfuyaient épouvantés, les hommes périssaient dans des tortures atroces, les vaisseaux étaient consumés sans ressource.

Le secret de sa composition fut gardé avec un soin jaloux ; Constantin recommande dans sa Tactique de ne jamais le faire connaître, et de répondre, à ceux qui le demanderaient, qu’un ange le révéla au fondateur de Constantinople, Les musulmans eux-mêmes mirent tout en œuvre, durant quatre siècles, pour découvrir ce secret; ils le trouvérent enfin, et s’en servirent contre les croisés. |

Cette invention fut la main de Dieu pour sauver Constantinopls, en prolongeant la siége, durant lequel périt Abou-

Yésid.

Fils d'Al

Ayoub, qui fut honoré de magnifiques funérailles ; autrefois il avait donné dans Médine l'hospitalité au prophète fugitif. Lorsque, huit siècles après, Constantinople fut prise par les Turcs, une révélation indiqua la tombe ignorée de l’Ansarien, et l’on bâtit au-dessus une mosquée dans laquelle les succes seurs du prophète viennent ceindre l’épée lors de leur inauguration.

Sur ces entrefaites, les Mardaïtes ou Maronites, s’élançant des cimes du Liban, firent irruption dans la Syrie. Mohawiah se vit donc contraint d’acheter la paix aux Grecs pour trente ans, de restituer plusieurs provinces et de payer annuellement un tribut de trois mille pièces d’or, de cinquante chevaux et d'autant d'esclaves ; ce fut la première humiliation éprouvée par les mahométans, et ils la durent en grande partie à leurs discordes intestines.

Les dissensions se ravivèrent sous Yésid, fils de Mohawiah, qui se fit mépriser par son avarice et son intempérance : vices d’autant plus honteux dans l’opinion des Arabes, qu'ils étaieñt plus rares parini eux. Il buvait du vin, aimait les chiens et les caressait, se faisait servir par des eunuques; ces insultes à la vanité nationale faisaient regretter aux Arabes les temps du zèle et de la loyauté. La haine concentrée des schyites s’en accroissait, etils stimulaient les fils d’Ali à réclamer leurs droits. Hassan s'était sincèrement retiré du monde, :et l’on ne ra-

. conte de lui que des œuvres de sainteté. Un esclave qui, par

hasard, avait répandu sur lui du bouillon brûlant, se prosterna à ses pieds en répétant ce verset du Coran : Le paradis est pour celui qui refrène sa colère. — Mais je ne suis pas en colère, dit Hassan. — Et pour celui qui pardonne les offenses, continua l’esclave. — Je te pardonne la lienne. — Et pour ceux qui rendent le bien pour le mal. — Je te donne la liberté et quatre cents pièces d'argent.

Mais Hussein, second fils d’Ali, et Abdallah, fils de ce vaillant Zobéir qui avait tué en Afrique l’exarque Grégoire, se mirent à la tête des factieux, dans l'intention de s'emparer du pouvoir. Le premier, ayant reçu de la Perse des encourage. ments et des promesses, résolut de tenter la chance de ce côté. Il partit donc de Médine pour l'Irak ; mais, arrivé sur la frontière, il apprit que le peuple, s'étant mutiné en sa faveur à Koufa, avait été promptement réprimé par Obéidalah, fils de Zidjad. Il se trouva lui-même enveloppé par l'ennemi à Kerbéla ; après avoir vainement cherché à obtenir des conditions

honorables, et vainement exhorté les siens à pourvoir à leur sûreté par la fuite, il soutint avec trente-deux cavalrers et quarante fantassins l’attaque de cinq mille chevaux ; tous ses com- 16 octobre. pagnons étant tombés à ses côtés, il s’offrit le dernier aux coups de ses adversaires.

Le cadavre du fatimite fut traîné sur la poussière, et Obéidalah le frappa d’un coup de bâton sur la bouche. A cette vue, un vieillard s’écria en gémissant : Hélas’ hélas, j'ai vu sur ces lèvres les lèvres du prophète. Les Perses révèrent le tombeau du martyr.

Yésid eut la générosité d’épargner les sœurs et les autres fils d’Ali, qui, envoyés à Médine, s'adonnèrent à l'étude et à la prière, entourés de la vénération du peuple. Ali, Hassan, Hussein, et neuf autres de leurs successeurs, forment les douze imans révérés par les musulmans schyites de la Perse. Le dernier d’entre eux, Mohammel-al-Mahadi, se retira pour vivre solitaire, dans une grotte près de Bagdad. Comme on ignore le lieu et l’époque de sa mort, il passe pour vivre encore, et l’on tient dans les écuries royales d’Ispahan un cheval toujours sællé pour le moment où il viendra détruire la tyrannie des ennemis du prophète.

D’autres rejetons de cette race, ou se prétendant tels, occupérent plus tard les trônes de Perse, d'Espagne, de l'Afrique, de l'Égypte, de la Syrie et de l'Yémen.

Plus heureux que le fils d’Ali, Abdallah-ben-Zobéid parvint a. à jeter l’épouvante dans l'âme d’Yésid ; il se fit proclamer ca- 681. life à la Mecque, et reçut l'hommage des habitants de Médine. Un demi-siècle s'était à peine écoulé depuis que le prophète s'était écrié : Si que/qu'un saccage ma cité, la colère de Dieu s’abaissera sur lui, et il sera dissous comme le sel dans l’eau ; or l'étranger est déjà assis sur le trône établi par Mahomet, et les deux villes de sa prédilection, qui s'étaient agrandies à la fâveur d’une longue paix, se voient assaillies par les armes vengeresses d’Yésid. Médine fut saccagée, la Mecque assiégéc; déjà la Kaaba était à moitié renversée, et la cité sainte allait succomber, quand la mort d’Yésid vint la sauver. L'armée revint à Damas, où Mohawiah succéda à son père; pohawiah 11. mais, quelqu'un lui ayant représenté que sa famille s'était em- 5% parée injustement de l’autorité, sa conscience s’en alarma, ct, après six semaines de règne, il réunit les scheïks, auxquels il parla en ces termes : Mon aïeul enleva le’ califat à quelqu'un qui le méritait plus que lui; mon père n’en fut plus digne. Quant

Merwan.

à moi, je suis résolu à ne pas avoir à rendre comple à Dieu d'une tâche aussi lourde que celle de gouverner les musulmans; choisissez donc pour calife qui vous conviendra.

Cependant, au lieu d’Abdallah et d’un descendant d’Ali, ce fut Merwan, gouverneur de Médine, de la famille des Ommiades, qui fut proclamé. Abdallah, dont la domination s’étendait sur l'Arabie, sur unc partie de la Perse et de l’Égypte, voulut soutenir son titre par les armes, et marcha sur Damas, en déclarant une guerre à mort aux Ommiades. Le désespoir réunit tous les partisans de cette famille, et une guerre civile des plus sanglanties se ranima.

Merwan s'écriait : Hélas! fallait-il qu'un vieillard comme moi, un squelette vivant, coütät lant de sang aux vaillants musulmans / Il n’en dirigea pas moins les forces de la Syrie contre celles de l'Hedjaz, de l'Égypte et de l’rak. Tant que dura la division, les habitants du Khorassan reconnurent pour protecteur Salem, fils de Zidjad, si bien vu dans le pays que vingt mille enfants furent appelés de son nom. Une partie de ceux qui tenaient pour Ali embrassèrent la cause d’Abdallah ; d’autres firent révolter Koufa pour venger cet Hussein, qu’ils avaient lâchement abandonné, et proclamèrent Mahomet, cousin de celui qui avait péri; mais, comme il se trouvait prisonnier à la cour d’Abdallab, ils confièrent l’armée à Soliman, fils de Sord, et, au nombre de seize mille qui prirent le titre de pénitents, ils marchèrent sur Damas.

Leur valeur fanatique ne put les sauver ; ils furent mis en déroute, et, leur chef ayant été tué, ils rentrèrent en Perse, où ils se donnèrent pour général Mokthar, qui, commandant au nom de Mahomet prisonnier, se soutint par les superstitions et des atrocités. Il se vantait d’avoir tué cinquante mille partisans des Ommiades, sans compter ceux qui étaient tombés dans les combats, et faisait porter devant son armée une sorte de trône, gage de victoire pour les siens, comme l’arche d'alliance pour les Israélites. Lorsque les soldats en approchaient, ils s'écriaient : Seigneur, accorde-nous de vivre longtemps dans l’obéissance qui t'est due; secours-nous, ne nous oublie pas, mais prends-nous sous la protection.

Les deux califes de la Mecque et de Damas se réunirent contre Mokthar, qui, défait dans la plaine de Kerbéla par Mosaïib, frère d’Abdallah, tomba dans les mains de l'ennemi, et fut tué sans pitié aŸec ses partisans.

Les Perses se résignèrent à subir le joug d’Abdallah, auquel

le cimeterre de Mosaïb soutnit aussi l'Arménie et la Mésopotamie; il continua pendant douze ans À faire la guerre aux Ommiades.

Merwan avait eu pour successeur son fils Abdel-el-Malek, 41 maiex qui abandonna tout à fait la politique du prophète. Demême 6. que Jéroboam, pour consolider la séparation d'Israël et de Juda, avait défendu de se rendre au temple de Salomon, il changea le pèlerinage de la Mecque en celui de Jérusalem, où il agrandit la mosquée d’Omar. Les Grecs ayant fait irruption dans la Syrie, Abd-el- Malek renouvela les traités conclus jadis avec Mohawiah, et se résigna à la honte du tribut, parce qu'il avait besoin de toutes ses forces contre ses ennemis intérieurs.

Alors, résolu à arrêter les progrès de Mosaïb, il entra dans l'Irak, le vainquitet le tua. Quand on lui apporta sa tête, un des assistants s'écria : J'ai va dans ce méme château la téle de Hussein présentée à Obéidalah ; celle d'Obéidalah, à Mokthar ; celle de Mokthar, à Mosaïb. et l'on l'y présente à celle heure celle de Mosaib. Cette réflexion fit frisonner le calife, qui chercha à détourner le présage en démolissant le palais fatal.

Après la prise de Koufa et la soumission de plusieurs factions de sectaires, il lui restait à faire rentrer sous son autorité l’Arabie qui continuait à la méconnaître ; il envoya donc contre La Mecque Edjag, le plus éloquent et l’un des plus braves et des plus cruels guerriers de son temps.

Abdallah défendit huit mois le sanctuaire assiégé de l'Islam ; mais il périt dans une sortie, et la Mecque fui livrée à l’impi-toyable Edjag. Abd-el-Malek le récompensa en le nommant 68, gouverneur de l'Irak, du Khorassan et du Sedjestan. Lors de son entrée dans Koufa, il monta en chaire, et dit : Zrakiers, je . vois des têtes près de bondir du tronc ; je vois des barbes et des turbans teinis d'une couleur de sang. En effet, il versa le sang à torrents lorsque les schyites tei:térent de se relever. Il justifinit ses cruautés par le principe de l’obéissance absolue que les sujets doivent aux princes, obéissance plus grande envore, selon lui, que celle qui est due à Dieu; car le Coran ordonne de servir Dieu autant que les forces le permettent, tandis qu’il enjoint d'obéir aux princes sans restriction.

Une fois l’unité du califat rétablie, Abd-ei-Malek put recouvrer les provinces perdues et en acquérir de nouvelles. Après s'être emparé de Chypre, il y fit frapper la première monnaie

Conquête

q de l'Afrique,

musulmane (1); Justinien 11, s’en trouvant offensé comme d’une usurpation du droit royal, entra dans la Cilicie au mépris du traité conclu. Mahomet, qui fut envoyé contre lui, faisait porter au premier rang le traité violé, comme appel à la justice de Dicu. On en vint aux mains près de Sébaste. Les Grecs avaient si bien pris leurs mesures que les Arabes pliaient en désordre, quand Mahomet envoya un carquois plein d’or à Nébulon, qui commandait un corps de vingt mille Esclavons auxiliaires ; la défection de ce général eut bientôt décidé la victoire. Cette défaite n'empêcha point Héraclius, général de Tibère IT, de se jeter à l’improviste, avec d’autres mercenaires, sur la Syrie, où àl poussa jusqu’à Sébastopolis ; après avoir dévasté le pays ct tué 200,000 habitants, il revint sans rencontrer de résistance. |

Abd-el-Malek avait à cœur de terminer la conquête de l'Afrique, où les armes musulmanes avaient pénétré sous Mobawiah. L'empereur Constant IT, y ayant débarqué, parcourut les terres soumises à son empire ; et, quoiqu'il sût combien elles avaient été durement rançonnées par les Arabes, il les greva de nouveaux impôts. Ces charges et les vexations des exacteurs réduisirent au désespoir les Africains, qui appelèrent euxmêmes les Arabes à leur secours, et repoussèrent partout les Impériaux.

Akba conduisit les choses plus heureusement encore; secondé par les Berbers, qu'il sui se concilier, il s’avança dans l'intérieur du pays, soumit plusieurs villes encore florissantes; puis, après avoir triomphé de la faible résistance des Grecs, il atteignit à travers les déserts, où ses successeurs édifièrent Fez et Maroc, les rivages de l’Atlantique; poussant alors son coursier au milieu des flots, 1l s’écria, dans son zèle fanatique :

. Grand Dieu! si je n'étais arrété par celte mer, je courrais jusque

dans les régions ignorées de l'Occident précher l'unité de ton nom, elerlerminer les nations qui reconnaissent d'autres dieux que loi!

(1) Al-Makrizi attribue à Omar-ben-el-Catab les premières monnaies d'argent, d’après le type des Sassanides, avec addition, sur quelques-unes, des mots : Louanges à Dieu; sur d'autres : Mahomet est le prophète de Dieu; sur d'autres encore : [{ n’est point d'autre Dicu que Dieu. Ces mosnaies portaient aussi le nom d'Omar. Abd-el-Malek changea le type sassanide, et ajouta l’inscription : Allah samad, Dieu est immuable. Les kalifes, après lui, firent frapper des monnaies à leur type propre, et même avec des images, souvent empruntées aux monnaies grecques ou romaines. Sous les Abassides, tous les princes successeurs furent autorisés à battre monnaie en argent ; mais les gouverneurs des provifices ne pouvaient faire que de la monnaie de cuivre.

Afin de donner de la stabilité à sa conquête et de refréner les Maures, aussi mobiles que les sables de leurs déserts, il éleva la ville de Kairwan, dont les murs de brique, le palais du gouverneur, et une mosquée soutenue par cinq cents colonnes de marbre de Numidie, furent construits en moins de cinq années. La Sicile, pour la première fois, souffrit alors des déprédaiions des Arabes, et la valeur impétueuse d’Akba ne se serait point arrêtée là, si un soulèvement général excité par le Maure Kouschile, et secondé par les Grecs, ne l’eût forcé de rétrograder. Kairwan fut pris, et Akba, enveloppé par l'ennemi, n’eut d'autre parti à prendre que de mourir en brave. Un chef ambitieux , qui naguère s'était révollé contre sa domination, lui avait été amené prisonnier; traité généreusement par Akba, il avait refusé de s’associer de nouveau aux rebelles. Akba, voyant qu'il ne pouvait échapper à la mort, invita son ancien rival à fuir; mais celui-ci refusa ; ils s'embrassèrent alors tous deux, et, après avoir brisé le fourreau de leur cimeterre, ils s’élancèrent au milieu des ennemis, combattant côte à côte, jusqu'au moment où tous deux tombèrent frappés.

Zohéir, investi après Akba du gouvernement de l'Afrique, vengea son prédécesseur ; mais, accablé par une armée envoyée de Constantinople au secours de Carthage, il succomba à son tour. Dès que la nécessité de faire la guerre en Arménie eut rappelé les Grecs, Abd-el-Malek, résolu de mener à bonne fin la conquête de l'Afrique, y consacra les revenus de Égypte, et chargea de l’expédition Hassan, gouverneur de ce pays. A la tête d’un armement formidable, celui-ci vint attaquer Carthage, ville encore très-importante, qui était devenue le refuge des habitants échappés à la ruine des autres cités. L'empire de Byzance reconnut alors l’urgence de faire un dernier effort pour sauver l’Afrique. Le patrice Jean, habile général, réunit donc la meilleure flotte qui depuis longtemps se fût montrée dans la Méditerranée, en l’augmentant des secours imposés à la Sicile et de ceux des Visigoths d’Espagne, qui prévoyaient déjà que la mer leur serait un faible rempart contre les musulmans. Jean entra de vive force dans le port de Carthage, et fit rayopner encore une fois le labarum sur la cité de Cyprien; puis, secondé par Cahina, héroïne africaine, il repoussa Hassan jusqu’à Barca.

Peu de temps après, les Arabes, revenus à la charge, prirent

Carthage, et les Grecs furent taillés en pièces près d'Utique;

ceux qui purent, avec la plus grande peine, regagner leurs

Maures.

vaisseaux, virent, en faisant voile vers la Crète, les flammes détruire encure une fois la patrie d’Annibal.

Dès lors le christianisme fut extirpé de l’Afrique. Les villes anciennement illustrées par le commerce, puis par les généreux défenseurs et les martyrs de la foi, devinrent l’asile des

.corsaires qui, jusqu'à nos jours, ont insulté et menacé l’Europe.

Les Grecs une fois expulsés, il s'agissait de soumettre les indigènes. Les opinions sont très-diverses sur la double origine des habitants de la côte septentrionale de l'Afrique. Quant aux Berbers, quelques-uns disent que, dans les premiers temps de l'ère chrétienne, Malek-Afriki amena de l'Arabie des tribus nombreuses dans la Libye; d'autres les font venir de Berbérah, ancienne ville sur la côte de Zanguebar; d’autres encore, des Carthaginoïs qui, vaincus par les Romains, sauvèrent leur indépendance en se réfugiant dans les montagnes. La première opinion s'appuie sur l'extrême ressemblance qui existait entre les habitudes de ces populations et celles de l’Arabie, de l'Yémen surtout : vie errante, langage sémitique, mélange des pratiques chrétiennes et judaïques, s’alliant à une idolâtrie superstitieuse. À cause de ces rapports, ils s'entendirent facilement avec les Arabes quand ils parurent en Afrique; et le calife Omar, secondant cette disposition par politique, les appela les frères de son peuple.

Quelques-uns font aussi venir les Maures ou Mores des anciens Sabéens, origine dont ils sont fiers ; d'autres, au contraire, avec Procope, les croient issus des Nébuséens ou Gergériens, chassés de la Palestine par Josué, le successeur de Moïse. Ils avaient aussi beaucoup de ressemblance avec les Arabes, ce qui facilita le mélange par suite duquel ils ne se distinguèrent plus les uns des autres.

A l’époque dont nous parlons, leur reine, Cahina, les avait en quelque sorte disciplinés; excitant leur fanatisme en feignant d'être douée de l'esprit. prophétique, elle les mena contre les Arabes, qui venaient troubler leur tranquillité, et qui se virent repoussés en un instant jusqu'aux frontières de l'Égypte. Après la victoire, elle réunit les chefs des tribus et leur dit : Nos villes attirent les Arabes par les richesses qu'elles contiennent. Que nous importent l'or et l'argent, à nous qui nous contentons de ce que produit la terre? Deétruisons donc villes et richesses, el Olons lout prétexte à ces hommes avides !

Sa proposition fut aussitôt exécutée, et tout l’espace qui s'étend de Tanger à Tripoli, réduit en désert, n'offrit plus ni

arbres, ni habitations. La ruine de cette contrée fertile, commencée depuis trois siècles, fut ainsi consommée. Les indigènes se prirent alors à désirer comme un soulagement la tyrannie des mahométans, qui furent reçus avec joie et secondés dans leurs efforts; on en vint aux mains, et l’Amazone africaine fut tuée dans le combat.

Les splendides dépouilles envoyées par Hassan au calife excitérent l’avidité d’Abd el-Asiz, frère du chef des croyants, qui se fit investir du gouvernement de la contrée, dépouilla Hassan de ses richesses, et lui substitua dans le commandement Mousa ben-Nasser. L’iniquité de cette mesure fut couverte par les triomphes du nouveau général, qui soumit plusieurs provinces, tant au couchant qu'au midi, d'où il tira pour Ahd el- Asiz un grand nombre d’esclaves et de chameaux d’une rare beauté ; agissant ensuite avec une prudente circonspection. et persuadant aux Berbers qu'ils étaient réellement de sang arabe, il se fit des alliés de ceux qui habitaient le pays de Gadam et de Zab; douze mille d’entre eux s’enrôlèrent même dans ses troupes.

Avec leur concours, il put réprimer les Maures qui venaient de se révolter, et trois cent mille insurgés, réduits en esclavage, furent envoyés par lui en Asie. Quand le calife fut informé des heureux succès de Mousa, il lui confia toutes les forces de l’Afrique, afin qu'il en terminât la conquête ; voulant même lui assurer une plus haute considération, il lui conféra le titre d'émir al-Magreb, c’est-à-dire de gouverneur de l’Occident, et dès lors l'Afrique cessa de dépendre de l'Égypte.

Mousa, redoublant d'ardeur, subjugua les tribus qui erraient dans les déserts de Daara, de Sahara et de Tafilet; il prit des otages dans les cinq tribus maures de Zénéta, Mazmouda, Zanaga, Kétama et Hoara, qui étaient les principales et les plus anciennes, ets’efforça de les rendre tranquilles en introduisant parmi elles la religion du prophète. Ses projets réussirent si bien, que les croyances et les mariages amenèrent une entière fusion de ces tribus avec les Arabes.

Néanmoins, pour assouvir leur soif d'aventures et de butin, il voyait la nécessité de tenter quelque expédition lointaine ; son regard avide se portait donc de l’autre côté de la mer, quand les dissensions intérieures de l’Espagne lui offrirent l'occasion d’assujettir cette péninsule, comme nous le dirons bientôt.

Durant ces expéditions, Abd el-Malek, très-avare, mais plein

Walid LD

| Grecs.

Soliman.

de courage et de prudence, avait cessé de vivre. Il eut pour successeur Walid, homme indolent et inhabile dans la guerre. Son règne fut cependant l’époque la plus brillante des Ommiades, dont la domination s'étendit des Pyrénées à l’Yémen, de l'Océan à la muraille de la Chine. Le cruel et habile Edjag, gouverneur de l'Irak, envoya dans l'Inde, pour la soumettre au calife, son général Kotaïba, qui franchit l’Oxus près de Boukhara, s’'empara de Samarcande, de Fargana et de Nascheb; puis, quand il eut subjugué la Boukharie et le Khowaresm, il passa l'Taxarte, pénétra dans le Turkestan, et fit flotter l’étendard du prophète sur les confins de l'empire chinois. Sur ces entrefaites, Kasim pénétrait à son tour dans l'Inde, dont les tranquilles habitants se résignèrent à la servitude plutôt que d'abandonner le culte de Brama et de Siva, culte déjà ébranlé par les bouddhistes, les juifs et les chrétiens.

Mais l’idée de couronner leurs victoires par la destruction de l'empire grec souriait toujours aux Arabes. Les Mardaïtes, qui ne cessaient d'’infester la Syrie et tenaient fermées les gorges par lesquelles passaient les armées, avaient jusqu'alors arrêté les musulmans, quand le tyrannique Justinien !T, soit par

‘ aveuglement sur ses propres intérêts, soit par jalousie, permit

à Abd el-Malek de legs combattre, fit assassiner leur chef, et les transplanta du Liban dans le Taurus.

Le pays une fois délivré de ce peuple redoutable, les Arabes occupérent sans coup férir tout ce qui s'étend au levant de la chaîne du Liban, et envahirent l’Asie Mineure. Néanmoins, ils eurent à soutenir une attaque redoutable de la part de Léon, soldat isaurien d'une grande valeur, nommé par l'empereur Anastase au commandement de l'armée; mais lorsque, après la déposition d’Anastase, Léon fut allé soutenir ses prétentions à l’empire, Walid s'occupa d’équiper une puissante flotte pour attaquer Constantinople.

La mort l'arrêta dans ses projets; mais Soliman, qui lui succéda, confia à son frère Moslem cent vingt mille hommes qui, embarqués sur dix-huit cents bâtiments, s'avancèrent dans le Bosphore et mirent le siége devant la seconde Rome.

Léon l’isaurien, que nous venons de nommer, occupait alors le trône. Sa valeur et son habileté, secondées par le feu grégcois et par un hiver meurtrier aux peuples du Midi, contraignirent les musulmans à se retirer, après avoir perdu en treize mois plus de cent mille soldats. Cet échec suspendit pour quelque temps les conquêtes des Arabes sur les Romains.

Walid fut le premier qui bâtit à Damas un hôpital et un caravansérail, vaste hangar pour loger les caravanes : ce fut là un genre d'établissements dans lequel s’exerça ensuite la libéralité des princes musulmans. Il défendit d’employer dans les actes publics les langues (1) grecque et persane. Il conduisit à Damas une mosquée somptueuse, et une autre à Médine, sur le tombeau du prophète ; il fit placer à la Kaaba la gouttière d’or (mizab), sous laquelle, lorsqu'il pleut, se pressent en foule les musulmans qui veulent en recevoir les eaux.

À Walid succéda son frère Soliman, qui, plein de zèle pour la justice, protégea le commerce, mit en liberté les prisonniers, à l'exception des condamnés pour délit capital, et fit poursuivre les expéditions commencées contre l'Espagne et l'extrême Orient. |

Omar IT, son successeur, apporta sur le trône la simplicité des premiers califes ; afin de ne pas déranger la famille-de son prédécesseur, il ne voulut point loger dans le palais, et dépensait à peine deux drachmes chaque année pour ses vêtements. 1l chercha à convertir à l'islam l’empereur Léon, et abolit la malédiction que les sounnites étaient dans l’habitude de proférer dans toutes les mosquées, à la fin de chaque prière, contre Ali et sa famille. Les chrétiens furent autorisés à conserver leurs églises dans Damas. Il n'avait qu'une femme, épouse et servante à la fois.

Sa modération déplut aux fanatiques, qui le firent empoisonner; s’en étant aperçu bientôt, il dit au serviteur qui lui avait versé le breuvage mortel : Va, fuis, misérable; dépose au trésor le prir que l'on l'a payé, et abandonne ce pays; que personne n’entende jamais parler de toi ni de ton forfait ! Comme on l’exhortait à faire usage d’antidotes, il refusa, attendu que tout ce qui arrive est déterminé à l'avance. Son beau-frère, qui était venu le visiter, le trouva reposant sur des feuilles de palmier, vêtu d'une chemise déchirée. Sur le reproche qu’il en fit à Fatime, la femme du calife, elle lui répondit que depuis plusieurs jours il ne lui restait pas d’autre vêtement, parce qu'il avait tout distribué aux pauvres.

Yésid, son successeur, fils d’'Ab el-Malek, fut loin de lui res-

(1) Alboufarage raconte que Walid interdit aux écrivains (ca/eb) de faire usage de la langue grecque dans les livres (defater). Quelques-uns ont compris qu’il avait proserit l'idiome des Grecs ; mais cateb indique les scribes, ou receveurs des deniers publics, et defater, corruption de àrp6éça, les registres des revenus, |

Omar.

Yésid,

Hescham.

sembler ; il persécuta les Alides et déploya le plus grand luxe. Son frère Hescham, qu'il avait désigné pour lui succéder, déclara de nouveau la guerre à l'empire romain; excité par sa grande avarice, il épuisa les provinces pour remplir d'argent et d'or cent énormes caisses,

Un siècle ne s'était pas encore écoulé depuis que le prophète avait quitté la Mecque en fugitif, et déjà sa religion et le glaive de ses successeurs avaient soumis un territoire qu’une caravane aurait à peine traversé en cinq mois, c’est-à-dire, de Tarse à Surate, d'Aden à Fargana, en y ajoutant la côte d’Afrique. Le commerce contribua, avec la force des armes, à propager l’islamisme et la langue arabe ; Koufa et Bassora devinrent le centre des caravanes entre la Phénicie, l’Assyrie et l'Inde ; Alexandrie était très-fréquentée par terre et par mer; les étrangers qui s’y rendaient en foule, acquéraient la connaissance de l'islam, ct, séduits par la simplité de sa doctrine et par la facilité de sa morale, ils en reportaient dans leur pays les notions et la pratique.

Malgré ses nombreux succès, jamais la famille des Ommiades n'avait pu se concilier la faveur populaire hors de la Syrie. Les musulmans zélés se rappelaient combien elle avait été une ennemie cruclle pour le prophète au début de sa carrière, ct ne lui pardonnaient pas le sang d’Ali et des saints imans, versé par elle pour s’affermir sur le trône : aussi leurs regards se tournaient-ils toujours avec espoir vers les descendants de Fatime, lesquels s'étaient voués à la contemplation, imitant leur aïeul comme apôtre, non comme héros. Cependant Abas, oncle de Mahomet, avait eu pour fils Abdallah, et celui-ci Ali, duquel était issu un autre Mahomet qui vivait obscurément en Syrie ; mais, voyant les musulmans irrités des manières acerbes d’Yésid, il fit valoir ses droits, en déclarant que les fils d'Abas étaient la véritable descendance du prophète, que le califat devait être héréditaire, et que les Ommiades l’occupaient par une usurpation violente.

Ses discours furent accueillis avec faveur, surtout dans les provinces orientales, où il fut considéré comme le véritable calife ; il ne semblait donc plus manquer qu'une occasion ou un homme assez hardi pour lever la tête contre les Ommiades. Zéid prit à Koufa le titre mystérieux d’/nan,; mais le gouverneur de Bassora le défit et le tua.

Les califes se succédaient rapidement; Merwan Il, autre Ommiade, gouverneur de la Mésopotamie, s'affermit par

la générosité et le pardon, tout en réprimant les séditions par sa valeur ; mais, en transférant sa résidence de Damas à Harran dans la Mésopotamie, il s'aliéna les Syriens, qui jusqu'alors avaient élé le principal appui des Ommiades.

Durant ces successions rapides, les haïnes des carégites et schyites ne faisaient que s'accroître ; enfin l’émir Abou-Moslem proclama les Abassides dans le Khorassan et les soutint avec une valeur intrépide. Cette famille était si riche, qu’elle possédait trente mille esclaves, puissant appui pour soutenir les droits que lui attribuait sa parenté avec le prophète. Abou- Moslem, ayant donc triomphé de toute résistance dans ces contrées éloignées, réunit les partisans de sa cause et leur fit prendre, comme signe distinctif, des vêtements noirs. Les Fatimites adoptérent de leur côté le vert, les Ommiades, le blanc,et l'Orient et l'Occident furent bouleversés pour ces couleurs.

L’Abasside Ibrahim ayant été proclamé calife, l’étendard noir flotta dans toute la Perse et l'Irak-Arabi ; les Syriens euxmêmes, mécontents, ne restèrent pas fidèles à Merwan, qui fut vaincu chaque fois qu'il en vint aux mains avec Abou-Moslem. Ibrahim, autant par dévotion que pour se rendre les croyants favorables, résolut d'entreprendre le pèlérinage de la Mecque, se flattant d'être protégé par la sauvegarde que le prophète attribuait à cet acte sacré. Vaine illusion : Merwan le surprit sur la route et le fit mettre à mort.

Ce sacrilége exaspéra les esprits contre Merwan, qui vit se lever de toutes parts de nouveaux empires. Aboul-Abas, frère d'fbrabim, fut proclamé émir al-mouminin et'îman; puis le calife, attaqué avec vigueur, resta sur le champ de bataille.

Daos la ville de Damas, prise alors, on arracha de leur sépulture les os des princes ommiades ; leur palais fut rasé et leurs partisans se virent expulsés. Quatre-vingts membres de leur famille se flattaient d'obtenir grâce par leur soumission, et furent conviés à un banquet par Abdallah, oncle de l’émir al-mouminin ; mais, au milieu du festin, le poëte Chabil ben- Abdallah se présente, et reproche à leur hôte sa générosité inopportune : « Rappelle-toi, dit-il, Hussein; rappelle-toi « Zaïd : Hussein fut assassiné, et son cadavre traîné honteussea ment par les places de Scham, puis foulé aux pieds des che- « vaux ; Zaïd, égorgé sous les yeux de Hescham, resta exposé « comme un vil scélérat tant que vécut le calife. Veux-tu que « je renouvelle les regrets laissés par ceux qui furent assassinés

Tbrahim.

Abasside.

Aboul-Abas.

« dans leur lit durant un repos sans défiance ? Te parlerai-je

âi-Mansor.

« d’Ibrahim ton neveu, perfidement immolé en prison, de son « cadavre jeté sur la voie publique ? Allons, sus! le fer en a main, avant qu'ils t’assassinent aussi! que leur mort expie « le sang de tes amis, de tes parents! sus, sus! c'est le mo- « ment de la vengeance ! »

Abdallah les fit massacrer jusqu'au dernier; puis un tapis jeté sur leurs cadavres entassés lui offrit une table disposée pour un atroce banquet. Ainsi finit la race des Ommiades, qui, la première, avait combattu le prophète, puis étendu si loin les limites de son empire.

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