CHAPITRE PREMIER
OMGUŒ MES CROISADES.
ONZTÂME ÉPOOUE.
d*accrottre leur indépendaiicë aux dépens de ^autorité royale ; mais, à côté de cette aristocratie territoriale et guerrière^ s'élève une classe ipcoopuet dans leç ioeieimes cgnst^tutîmiQ^ ja commune dies maroli^njs et dis avti|anS| qui^ ayfnt. grandi durant la querelle agitée entre le pouvoir séculier et l^autorité ecclésiastique^ peut désormais résister à la tyrannie armée et s'ouvrir les voies de l'avenir.
Mais rOrient menace de nouveau; comme les autres monarchies asiatiques^ l'empire d^ Arabes s'est énervé du moment où il 9 subi un gouvernement de sérail. Les soulèvements continuels des Alides, le zèle fanatique de certaiqs hérétiques, l'arrogance des gardes et le démembrement produit par rétablissement des différents califats minaient la puissance des sectateurs du prophète. Tout à coup vient du Nord, pour lui apporter une énergie nouvelle^ une nation qui, l'entraînant dans son élan , la force de se jeter, avec une avidité renaissante, $ur la chrétienté ; mais celleci, dans l'accord .des croyances communes, se lève comme un / seul homme; l'Église met dans la main dea fidèles l'étendard da la liberté chrétienne , attache à leurs vêtements le signe de l'humanité rachetée , et la civilisation est sauvée. caiisM des ^ pw voir que le sentiment religieux , bien que mal compris crohad. H. rigoorance ou égaré par la superstition» était prédominant au moyen âge. La religion avait assumé la tâche sacrée de refréner les volontés indomptables des peuples barbares, et de répandre parmi eux la notion du juste et de l'honnête; aussi leur conduite privée et publique ne connaissait d'autre guide, dans les moments de fougue, que la passion, ou les canons religieux aux heures de calme.
nciique». ^^^^ 8®°* sentaient avec force, et dont l'imagination était vive , il fallait que la foi fût exprimée par un culte d'un extérieur attrayant, par des actes d'une signification puissante, se rattachant étroitement à la représentation sensible des idées. là cette vénération pour certains lieux spéciaux et les reliques des saints. Dès l'origine, l'Église honora les ossements de ceux qu'attendaient la glorification ; elle élevait sur les tombes des martyrs les autels où les fidèles venaient^ dans le secret et la crainte, puiser la résolution et la force de les imiter. Le mode de ce culte varia selon le temps etles Églises ; tandis que celle d'Orient distribuait les reliques aux dévots, l'Église latine s'abstenait soigneusement d'y porter la main, et l'on répétait les châtiments miraculeux que plus d'un s'était attirés par une telle impiété. Mais en cela aussi la discipline changea dans rOccident, et Ton
M ptrtapftft les arâis ûssemento, qui forint feobetebéê avec uqq tfÛité lêQtstpiui du fanatisme que de la dévotion* Queiquea^uoa méme^ soîi paf inaliee, soit par igncfaoee, supposèrent des reU<« qoes el dos saints (4) ; d'autres s'ep procurèrent pav la fraude ou la violeoce) il fembUûi^ au dire d'un écrivain > vers Tan 1000^ qu'il arrivât me fésurreetioB ; on déterrait, on volait, on fabriquait des lelîqoea. Sicard, duo de Bénéveat, obligea les Napolilaiosà \m der aanii Janvier; il it la guerre à Amalfl uniquement pour avoir les rastos de sainte Triphoniène , et déroba eeuK de saint Barthi^ laniy am Hes de Upari. Les reliques de ce demier-excitèrent le désir d'Othon lUf et les BénévenUns, n'osant lui répondre par ua refua^ lui envoyèrent les ossements de saint Paulin ; mais il s'a^ perçut de la substitution et marcha contre Bénévept , qu'il assié* gaa (i). Théodore , évâque de Meta y qui eambattait en Italie avec Othon le Grand, son cousin^ cherchait à s'en procurer quoeimque mds poémi. 8e trouvant à Home au moment où le ppntife bénissait un eoavubionnaira avec la chaîne de ^aint Pierre, il la saisit et iara qu'il ne l'abandonnerait janaais, à moins qu'on ne lui coup&t les mains; on finit, non sans peine, par obtenir qu'il se cootent&t d'un auiean(d).
Qudqi»s marchands de Bari , en 1047 , venus pour commercer à Mira daas la Lycie, firent le complot d'enlever les ossements de samt Nicolas, d'autant plus qu'ils découvrirent que d'autres négocknts de Venise avaient déjà fidt leurs préparatifs dans le même
(1) Ls Jésirfte Ptp^bredi fit nycr da eatiltgiie des saints one Argyride, martyre, Ténérée à Rafenne par soite de Pinterprétation erronée d'nne épitapbe ; imnllop, qo Cmerviqs et une Sérérina, fénérés À Tolentioo. Il en fut de même peor d'antres. Il n'y a pas longtemps que Ton prit pour un catalogue de saints, snr nne inscription qne Ton avait découverte, ce qui n'était que le rôle d'une léfta. L^igaortaee da vnlgaire I cet égard n'a pas été pKjs «kmgereuse qae oeHe <Ib9 MMIi qui foedaîcnt souvent la sainteté d'un iport sur un oontre-sens dans MM iAttfprétatinn d'épîMipbe. £p ipoo» quelques Espagnols Toulurent'qcquérir beauooiin de saints pour leur pays, afin de lui donner de la réputation ; un cerbln Denys Bosifante, dans un livre espagnol imprimé à Cagliarirn 1635, pttMia on grand nombre dlnscrlptions qa^il attribtiait à des saints et à des martyrs, en interprétant par heatus martyr le sigle B. M., qui signiOe bomt mefllffî^ 00 lm$ mere^s. Alors qh accourut d*Xta)ie en Sardaigne pour cherolter d^ reliques, et Canipi se vaqte qne Plaisance eut « non pas un, mais jusqu'à vjiigt corps saints, et tous, excepté un, glorieux martyrs dn Clirist. » Ce qui trempa iurteut, ce Ait la palme qui se trouve dans les épitaphes antiques, et qn'M iaÉirpfétiii Mme m aymbole de o^ityie, tandis que cbei les païaes elle ni4îWFt If^ nstoiiie, $H p^nr 1^ c^^Msdi, elle qe H ()«'ua simple ornement.
(2) PiMBE Damiin, Vie de $aint Romuald, — Léo Ostiensis.
(3) AiUig. ital. medU xvi, dis. LYIII.
ONZliME ÈBOQVt.
but, et s'étaient procuré des leviers et des marteaux ; effrayés cependant par les obstacles, ils y renoncèrent et mirent à la voile. Mais bientôt le vent , d'abord favorable , leur étant devenu contraire, ils prirent ce contre-temps pour un signe de la volonté divine; ils rebroussèrent donc chemin, et se rendirent à Tégliscoù gisait le corps du saint. Après avoir tenté en vain de séduire à prix d'or les moines qui le gardaient, ils s'en emparèrent de vive force, et, l'ayant enveloppé d'un drap blanc et mis dans un tonneau, ils se rembarquèrent.Leur navire lutta trois jours durant contre la mer irritée ; mais enfin, ceux qui, dans le désordre de l'enlèvement, avaient détourné quelques parcelles des reliques les ayant restituées jusqu'à la dernière , le vent changea tout à coup, se mit k souffler en poupe , et le vaisseau arriva heureusement à Bari , où le sanctuaire de Saint-Nicolas devint un des plus fréquentés par les pèlerins , et des plus fertiles en miracles.
L'avidité pour les reliques s'accrut à tel point que tous moyens parurent bons pour s'en procurer. Les villes assez heureuses pour en posséder quelqu'une l'enfermaient sous plusieurs clefs , soit au fond de souterrains inaccessibles , soit au plus haut des temples; plus d'une fois, la possession du corps d*un saint fut un motif de guerre. Les Florentins, ayant obtenu frauduleusement un bras de la vierge sainte Reparate , l'exposèrent, avec grande pompe, à la vénération des fidèles ; mais voulant, quelque temps après, l'orner de pierries et d'or, ils ne trouvèrent qu'un bras composé de bois et de plâtre. Les religieuses de Tbéano, gardiennes du corps sacré, avaient eu recours à cet artifice pour le conserver dans son intégrité (i).
Nous qui avons vu des individus se disputer les moindres ustensiles qui avaient appartenu à Thommc le plus prodigieux de notre époque, des objets qu'il avait à peinetouch^, et la possession de ces cendres devenir une affaire d'État entre deux puissants royaumes; nous qui avons été témoins de l'enthousiasme réveillé par leur retour en Europe au milieu de ce siècle calculateur, pourrions-nous ne pas excuser, chez nos aïeux, une vénération excessive pour d'autres héros?
Ce qui augmentait encore l'importance attachée à la possession des reliques, c'était le concours des dévots qu'elles attiraient en pèlerinage. Le tombeau du patron de la nation , le lieu signalé par un miracle ou par une apparition, étaient fréquentés avec une dévotion particulière. Les Francs couraient en foule k Tours au
(1) M. Villani, H?. III, 15, 16.
ORIGin BIS GBOISABBB.
tombeau de saint liartin, dont la chape servait de parure aux rois et d'étendard aux armées; lesEspagnob révéraient saint Jacques deCompostelleen Galice; les Lombards se rendaient pieusement au mont Gargan, sanctifié par l'apparition de Tange saint Mi^ cbei; les Italiens, au mont Cassin, au tombeau de saint Benoit; tous les fidèles, à Rome, près du seuil sacré des saints apôbres(4).
Les peuples septentrionaux, après leur conversion à la foi, conservaient encore le goût des expéditions lointaines; mais, comme il n'y avait pas, dans les pays où le christianisme venait à peine de prendre racine, de lieux consacrés à la vénération par d'anciennes traditions ou par le souvenir de saints depuis longtemps en renom , ils accouraient vers ceux qui , dans toute la chrétienté, étaient l'objet du plus grand respect, et surtout à Rome. Là s'offraient à leurs regards étonnés les restes de cette civilisation qu'ils admiraient sans savoir l'imiter ; ils étaient bénis par le chef de l'Église, auquel ils rendaient un hommage pieux comme au vicaire de Dieu, un tribut d'amour comme au père commun. Nous avons déjà vu Alfred et Kanut venir de l'Angleterre et de la Scandinavie à Rome, afin d'y puiser des lumières et de l'énergie pour civilisèr leurs peuplés. D'autres princes encore s'y rendirent dans l'intention de policer leurs sujets et eux-mêmes, comme de nos jours les rois de Taîti viennent chercher en Angleterre des inspirations et des modèles.
Souvent les pèlerinages étaient imposés à titre de pénitence. PéirfttiKe. Nous avons eu déjà occasion de parler de la rigueur de ces expiations dans les premiers siècles, et de leur variété selon les lieux et les temps. Les évéques, autorisés par l'exemple des apôtres, pouvaient les diminuer ou les adoucir; c'était aux martyrs surtout que l'on reconnaissait le droit d'accorder des lettres de pardon, grâce auxquelles les évéques abrégeaient la pénitence des pécheurs. Peu à peu la confession publique cessa, la honte resta secrète , et la rémission seule fut publique. La confession auriculaire, réservée d'abord à l'évéque, s'étendit aux prêtres autorisés par lui , et enfin aux moines eux-mêmes.
(1) Qaoiqoll nous reste bien peu de docmuenlft du tempe des LorobardF, nous y troavjMis mention de pèlerinages. Ainsi Pertiiald, citoyen de Lucques. fonde dans sa patrie, en 721, à son retour do seoil sacré des saints apôtres, le monastère de Saint-MIcbel : Liminibus beati Pétri apostolorwn prindpis iîcmanm urbis devotum juxta placitum Deo ad propria remeatus. Le prdtre Romnald sortit de terra sua partibus transpa4anis, una eum muliere sua sibi peregrinandi pro anima sua. Puis, en 72b ^ il fonda un liôpitai k Copannole, dans le territoire de Lncqoe».
8 iMmiu ifogini<
Les pénitiiKiet pQbliqves eontiituaiêiit némitXniM à chàtiér te fautes seandalemet^ stirkMit FiipDitâsie^ l'adulière, l'homicide. Pierre Damien et Anselme de Baggio i s'étadt rendus à Milan poiftr y extirper la simotiie impoeèrept^ pour expiation aux membres du clergé les moins coupables 5 de jetkner au pain ei à Teàu deux jours de la semaine pendant cinq ans » ei trois jours durant les carêmes de Pâques et de Saint-Jean. Ce jeûne fut de sept aps pour les plus coupables , et dut se prolonger leur vie cqtitee pour tous les vendredis. Le terme fixé à l'archevêque fut de œnt ans, avec.facuUé de s'en radieter à prix d'argent; il dut promettre, m outre, d'envoyer tous les clercs ooupâbles en pèlerinage à Rome et à Tours , et d'aller lui-même à Saint^Jacques de Compostelie et au saint sépulcre (3) . CSette rigueur se retrouve dans les DécréialeS de ce même Anselme , devenu pape sous le nom d'Alexandre II (3) ; le bras séculier intervenait pour astreindre les réealeitratits à éè soumettre à la pénitence imposée. Gharlemagne enjoignait aux comtes de veiller à ce que les fidèles ne prissent pas leur nourri^ ture avec les pénitents ^ ne bussent pas au même vase, n'accep> tassent ni leur baiser ni leur salut; si ceux-ci refusaient d'obéir> ils pouvaient être mis en prison et privés de leurs revenus (4). Le même monarque trouvait inconvenant que des coupables allassent en pèlerinage à titre de pénitence, presque nus et chargés défera^ jugeant préférable que le pécheur rest&t dans un même lieu à travailler, à servir et à faire expiation conformément aux cm* nons (5).
Ces modes de pénitence s'étaient introduits depuis peuf on ai* mait mieux précédemment renfermer, soit à temps , soit pour leur vie, les coupables dans des monastères* Ces innovations devinrent ensuite l'origine d'un système d'indulgmices qui ne Ait pas toujours irréprochable. Le comte Bonifaoe , père de la oomtesae Mathilde de Toscane, ayant causé de graves dommages aux égli* ses, se rendait chaque année à la Pomposa, où il se confessait; com^ blés de ses dons, l'abbé et les moines lavaient les péchés dont il s'accusait (6). Mais, comme il s'était permis de conférer pour de l'argont, à la manière des seigneurs du temps > des titres et dës
(1) Voy. t IX, ch. xviii.
(2) Lettres de Pierbe Damien, (Ëuvres , i 1, op. 5.
(3) Ap. Iton Carmvt, p. 9, cap. ix, p. 10; Décret.^ cap. xvi, 29, etc.
(4) Capit., If?. VII, S3I ; tit. VI, ch. xiY, lif . VU, 230, etc.
(5) Âpp. ï, au li?. IV, ch. 1.XXI?.
(S) EfUê dêlicU /acrokNU.
(DfiNixoNE, VUa cm* UoMléU.)
OEianiB BOB CftOIiàSES.
béoéioas^ Tabbé le flagrila «iff lei épaules niM ckvani Taiiid la Vle#g6; le eoôate it yobu de e'abstetiir dorénavant de ce irafie safifiége.
Ud iprand aeigoèn^ HiMarad de Gomazso > avait résolu d'a^ imo. 1er «pèlerinage outre-mer^ pour la rémission d'un grande faute ; naaia le pape» trouvant Pex'piatien trop légère ^ lui enjoignit de visiter trois ans de suite la terre sainte et cent oratoires > en àUanI pieds nus , sans monture ni béton, en s'abstenant d^approcher de sa femme ^ et en ne passant jamais la nuit où il se serait arrêté du^ rant le jour. Sentant que la pénitence était au-dessus de ses fi>r^ ces , il en obtint la commutation ^ c'est-à-dire qu'il s'engagea , au lieu de la subir, à constiuire le monastère de Saint^Vito > dans le ierritem de Lodi > en y consacrant la dtme de ses biens (1)» Oà voit que^ si les anciennes pén&teneès étaient moins pénibles et plus aples à améliorer l'esprit, les nouvelles, mortifiant surtout le oorps^ pouvaient hillff à leur institutiott^
Nous avons déjà rappelé plusieurs fois les voyages à Jérusalem* 9 les ossements d'un martyr ou le siège d'un apôtre sanctifiait un Heu, q«e dire de celui où s^étaient préparés et accomplis les sym*boles et les actes de la divine rédemption? Jérusalem pouvait être appelée la patrie commune des chrétiens, en quelque pays qu'ils eussent pris naissaoce. Les enfants en entendaient parier sur tes genoux de leur noère; les mystiques voyaient en elle l'i^ mage de la cité céleste; partout les fidèles répétaient les chanta de r^pretque hii adressaient les Hébreux eïilés, ou dont ils faisaient retentir son enceinte dans leurs solennités religieuses et nationales* Les roses d'Engaddi> les cèdres du Liban> les rosées de THermon ,
(I) n Mdtait lâ kil rlj^if», si la fcrame Rolisdà, la lof lombarde. L*aei6 dé dBM^ioa aéertttoibiiaa ddnnéi^ qui fonuaient quatre mille ^«atre eeni soixaMle* qeatre perches de terre^ outre plusieurs droits lucratifs, et contiaoe ainsi : No* tumêU omnium timenUum Deumquia voium vovi Deo adiré in Jérusalem ad Umina S. Sepuîcri pro pêccatU indulgentia adorare. Insuper S. Sedis opôstollee eum fecissefk el nofum f^eatum meum ^uia nm aliter potuissem turare awbwm wmm , pMcepit miM ut irm in pér99rinaeionë par trtu c»ii- UmtQS aiMOf I id^ioU imvicei in Jérusalem ad Umina S, Sêpulcri et cenlii oraculis sanctorum, Deum orare eum nudis pedibus et sine ulla sustentatione equi, sine fuste, $ine speconjugii, et ubi fecissem diem, non noclem debere Jacere. Cnm t¥iiS9fm ego nequaquam posse sufferre tantos labores, ceeidi ad pedes ejus, cum lacrimis rogans ut alievaret me tanlo pondère penitentie, Ille vero misericordia motus, jussit mihi mcnasterium edtficare, et rfecimai mnnium poesesskmum mearum in monastêi io Des o/féne, fOiotau, part. OI, p. leo. ) Ils iaipMaieatà ce nonaatère de se reoennaltre sujet à la juridiction du Saiat-Sépulcre de Jérusalem, en lui payant annuelle^ BMDt va denier d'or.
les flots du Jourdain el les ondes tranquilles de Génésareth, les sdntes épouvantes du Thabor et du Liban ^ les <diviers de Gethsémani , ne leur étaient pas moins familiers que le champ natal , que la colline et le fleuve témoins des jeux de leur enfance.
Une foule de pèlerins ne cessa donc de s^ diriger vers ces contrées dès le temps des premiers chrétiens (i). Saint Jérôme fonda, avec Eusèbe de Crémone, un hospice à Bethléem; mais, comme il ne pouvait suffire à donner asile à tous les'pèlerins , ils durent venir en Italie , et vendre tout ce qu'ils possédaient pour accomplir leur entreprise. Paule, dame romaine qui les avait suivis en Palestine, y fonda un monastère de femmes. Hélène, mère de Constantin , à qui était réservé le bonheur de retrouver le bois sacré sur lequel Jésus-Christ avait souffert, érigea sur son tombeau un temple qui fut inauguré avec une pompe solennelle, et dont tous les artsàl'envi rehaussèrent l'éclat; les nombreuses chapelles qu'elle fit placer sur le lieu des mystères devinrent autant de staUons où les fid^ s'arrêtèrent pour prier.
L'impératrice Eudoxie s'y était transportée avec tant de faste qu'elle avait excité des murmures (2) , et l'on dit qu'elle mit sur le Calvaire une croix d'or; puis , lorsqu'elle se vit en butte à des accusations ennemies , elle alla y finir ses jours , partageant son temps entre la poésie et la pénitence. Déjà saint Jérôme et, après lui, les Pères blâmaient comme superflues ces visites au saint sépulcre. Augustin répétait à ses ouailles que le Seigneur n'avait I pas dit : Fa ^ OrierU chercher la justice, et que c'est en aimant, \ non en naviguant, que l'on arrive auprès de Celui qui est partout. ^ Grégoire de Nysse réprouve ceux qui courent en foule à Jérusalem, surtout les femmes, parce qu'il peut naître pour elles, en voyage 9 des occasions de péché ; il ajoute que la voie qui mène aux demeures célestes est aussi bien ouverte du fond de la Bretagne que de Jérusalem.
Les pèlerinages furent interrompus par l'invasion des Perses sous Chosroès ; mais les larmes répandues par les chrétiens après la chute de la cité sainte et la perte de la vraie croix se changèrent en joie quand celle-ci fut recouvrée par Héracltus, qui la rapporta pieds nus , au milieu d'une pieuse magnificence, sur la cime du Calvaire ; tous les princes du monde lui adressèrent des félicitations.
(i) BiAMàCHi» Ant. Christianm, II. 31 , doaae une longue lUte de personnages qnl firent le pèlerinage de .la Palesline» dn quatrième an douilènie siècle.
(1) Voy. t. Vf, p. M9.
0BI6OI1 IHM GBOrSABSS.
SonriDreiit bientAl les Arabes, qui occupèrent Jérusalem en chai^t ces paroles du CSoran : Entrons dans la ville sainte que Dieu nous a promise ; tandb que les fidèles s'écriaient : Voilà fabominaUan du lieu saint. Omar, qui n'avait pas cru trop faire ea venant de Hédine pour qu'elle lui fût rendue en personne, permit aux chrétiens de la visiter ; les Patimites, appréciant l'utilité du commerce, favtmsèrent les foires qu'y tenaient les pèlerins, toujours nombreux au tombeau du Seigneur, dont les louanges étaient célébrées dans toutes les langues.
Gepa^faHit la ville des prophètes et des apôtres était profanée; une mosquée s'élevait sur les fondements du temple de Salomon. La VOIX des imaos appelait à la prière, du haut des minarets, les adorateurs A'AUah^ tandis que le bronze sacré était réduit au silence ; le patriarche Sophronius en mourait de douleur. Malgré lat(4éranee vantée des vainqueurs, les chrétiens furent en butte aux plij» cruels traitem^ts, et un iourd tribut leur fut imposé par les midtres de la Palestine : interdiction à eux d'avoir des armes m de monter à dieval, d^ation de porter la ceinture distinctive de cuir, défense de parler l'arabe et d'élire leur patriarche sans l'intervention des musulmans.
Loin d'attiédir Pardeur des pèlerinàges, les difficultés semblèrent la raviver, et les chrétiens ne voulurent pas le céder en zèle aux musulmans, qui, pour visiter la Mecque, s'exposaient aux plus rudes fatigues; ils apprirent d'eux à voyager avec plus d'ordre et à marcher en grand nombre. Chaque année, à certaines époques, surtout à Papprodie des solennités de Piques, partait une troupe de dévots qui se confessaient, et faisaient bénir au pied de l'autel la panetière et le bourdon, compagnons de leur voyage. En Normandie, ils étaient conduits processionnellêment de l'église jusque sur le chemin, que l'on bénissait en leur souhaitant un heureux voyage. Après avoir reçu les embrassements de leurs proches, ils s'éloignaient, partagés entre le pieux désir qui les appelait au loin et le regret de se séparer de ceux qu'ils aimaient, pour entreprendre une longue route semée de dangers et de fatigues.
La robe de bure, serrée aux reins par une ceinture de cuir, à laquelle, (dus. tard, était suspendu le rosaire ; sur le dos, le bissac renfermant la provision frugale ; sur la téte, un chapeau à larges bords, relevé par devant, tel était le costume général des pèlerins. Quelques-uns se servaient d'un bourdon creux en guise de ffikte, pour en jouer pendant la rdute, afin de se distraire, avec lesabs de la patrie, des ennuis du chemin et des regrets de l'ab-
iO OMniMB iroon.
umoêf ou ooniM moyen deso faire donner nn morcetu de pain : ceux qui ge rendmeni à Rome étaient appelés Romieua (Jtem^y et se distinguaient par les clefs dessinées sur leur roohet ; les pè* lerins de Gompostetle, par une coquille à leur chapeau ; on don-» nait le nom de Palmiere à ceux de la terre sainte^ à came des palmes qu'ils en apportaient.
En allant ou en revenant^ ils visitaient TÉgypte, où ils dépkn raient la servitude des Hébreux, recherchant les vestiges de l'en** fance de Jésus, ou les ermitages des anciens Pères du désert. Dana la Palestine/ ils se prostilrnaient sur chaque pierre où le Christ avait pu poser le pied, au milieu des vallées pleines des ebants des prophètes^ dans lesforèts dont l'ombre couvrait des secrets divins^
Tout: était miracle pour le dévot pèlerin ; de préférence ans lieux signalés par la Bible et FÉvangilCi il recherchait ceux aui^ quels les légendes attachaient des prodiges sans critique et souh vent sans logique. Ces prétendues merveilles étaient relatées tout au long dans les itinéraires d'ArculphCj de Tévéque Guibaud, du moine Bernard, de saint Poppe de Flandre^ de saint Maximilien de Trêves, saint Raymond de Plaisance^ du bienheureux Rh chard de Saint-Victor, de saint Gervin> abbé de saint Ricber. SuU vantceaouvragee>on trouvaità Rhodes>dans Téglise deSainMean, une croix faite avec le bois du baquet qui avait servi à Jésus^ Christ à laver les pieds de ses disoiples ) elle avait le pouvoir de préserver de lanuiuvaise fortune.
Les pèlerins entraient dans Jérusalem par la porte d'Épbnilm; après avoir payé le tribut» après les Jeûnes et les oraisons pre»* crites, ils se présentaient à Péglise du Saini*Sepulcre» couverts d'un tapis qu'ils conservaient pour y être ensevelis. Là, ils touchaient quatre colonnes de marbre d'oïl coulaient continuellement des gouttes d'eau> ooomie si elles avaient dû pleurer la passion dû Sauveur jusqu'à la fin du monde ; on leur montrait des poischt^ cbes qui s'étaioit changés en pierres précieusea sur l'ordre de la Vierge Marie. Près de Tibériade, ils voyaient le puits où Jésus se cachait quénd il avait peur« Sur lefiinsi, ils recueillaient des frag^ ments de la pierre qui, un jour, avait couvert sainte Catherine; c'était un spécifique contre la fièvre* Près de Damas, la terre suait du sang , tous les samedis, à la place où avait été versé le sang du prender meurtre. L'huile suintait des tombeaux d'Adam, d'A«* braham, d'Iseac^ de Jacob et de l'image de la vierge de Sardes. Puis, après s'être lavés dans le Jourdain et le Cédron, et avoir cueilli des paiuMs à Jéricbo A sur k Liban^ ib retournaient dans kiir pays*
oaiGaoi lis uamàLEs.
iU ft'ea alkittût aouvent stns itvoir le chemin (i), manqUaDt di tmif exfMiés à oiiUa daûgers. Beaucoup périsaaientdans le voyage en a'éoriaoi : Sêignemr^ «mm wiz âmaé V9trê wé pêur moi^ H féi ifettfMf te mimmt pêur vmê; on les conaidérait comme daa martyrs. Laa pèkrint qui reveoaient exténués de jeûnas^ de Ufuesy brûlés par le solml da Syrici sanctifiés par de cruelles épreuves aides mortifications d'une variété ingénieuae» remettaient leur bourdon dans les mains du prêtre^ qui le plaçait près dai autels ; puis les rédis qu'ils faisaient des etuMes merveilleusea dea pays kriâtains excitaient d'autres individus à les imiter» Ainsi» aO Tabsenee presque totale de communications^ c'était là un grand moyen de répandre les nouvelles, les usages, les ustensilea et Jusn qu'aux plantas fruitières*
La religion protégeait ces pieux voyageurs^ pour qui se per* pétuait la trêve de Dieu. Quiconque insultait leur personne ou profitait de leur absence pour envahir leurs biens se rendait cou^ pable envers l'unique puissance alors raspectée> l'Église. Ils étaient partout accueillis et hébergés sans qu'on iîeur demandàtautrecbose en retour qu'une prièrey seul viatique dont ils fussent munis^ leur seule armedéfeosive oontre les périls. Devant eux se levaient» sans rétributioD, les barrières établies par les barons à chaque ponl> à chaque carrefour, pour exiger le péage ; aucun patron de navire n'aurait refusé le passage à des gens qui pouvaient lui mériter la bénédiction du ciel et un vent propice* Le châtelain soupçonneux faisait baisser le pont-levis et lever la herse de son manoir pour les recevoir le aoir à son foyer ; ou bien ils allaient sonner à la porte du couvent^qui partageait avec eux le produit des aum6nes. Les seigneurs etles évéques Caisaitnt élever des hôpitaux» dont le nom même indique qu'ils étaient destinés à loger des voyageurs plus qu'à recevoir des malades. Bernard de Menton fonda deux hoih pices au sommet du Grand et du Petit Saint^Bernard, pour y doo^ ner asile aux pèlerins de France, au moment où les Sarrasins, lo^ gés dana le Valais> rendaiaat le passage plus dangereux ; il en fut construit un sur le mont Cenis ^ d'autres dans la Hongrie et dana l'Asie Mineure. Les rois de pays lointains et les négociants d'A^ malfi, de Qéoea^ de Venise entretenaient des étabUssements du môme genre dans Jérusalem^ d'où les moines qui les desservaient venaient en OceidiAt recueillir les aumônes dès fidèles pour les
(t) K y iraft t(sà^m ittMMré* \ il M mêirié un éé 31), «xtn^t tlé& Ni-
Bànifei |Haiiie«i avec aaaiiM as ^Meu^
ONZiillE iPOOl».
frères absents. U y avait ensuite une foule d'histoires^ crues de bonne foi ou inventées à plaisir, que l'on racontait au besoin : c'étaient des anges qui avaient apporté du pain à Thospice où les pèlerins passaient la nuit ; des tempêtes qui s'étaient déchaînées sur le navire où on leur avait refusé le passage ; des faveurs de toutes sortes accordées à ceux qui les avaient recueillis.
Ce concours de voyageurs stimula le génie commercial des Italiens, qui, de même qu'à Alexandrie et sur les autres côtes de la Méditerranée, établirent des marchés à Jérusalem. Chaque année, le jour où l'on solennisait l'exaltation de la croix, s'ouvrait sur le Calvaire une foire où les Pisans, les Vénitiens, les Génois, les Amalfitains échangeaient les marchandises de l'Europe contre celles du Levant.
Le voyage de ten*e sainte, entrepris quelquefois par suite d*un vœu, quelquefois aussi imposé par pénitence, avait, outre l'expiation» pour résultat favorable d'éloigner les objets et les causes de factions meurtrières. La puissance des lieux et des habitudes est grande ; souvent, en quittant une contrée, en déposant un habit^ en renonçant à une occupation accoutumée, on change de manière de voir et de sentir. Ne voyons-nous pas , dans certaines colonies, devenir honnêtes des gens qui, dans leur patrie, avaient commencé par être assassins? Les peuples croyants du moyen âge purent espérer que les pèlerinages produiraient cet effet, et souvent ils le produisaient réellement; c'est ainsi que nous, hommes positifs et calculateurs, nous allons chercher des inspirations vertueuses et fortes aux lieux témoins de grands événements.
Ulric, moine de Cluny, alla à Jérusalem en récitant chaque jour le psautier avant de monter à cheval. Dans la réforme que saint Dunstan rédigea pour le roi Edgar d'Angleterre, il est fait mention, comme grand exemple de pénitence, d'un laïque qui, déposant ses armes, va pieds nus en pèlerinage , sans dormir deux nuits au même lieu, sans couper ses cheveux ni ses ongles, sans entrer dans un bain chaud ou dans un lit moelleux , sans goûter ni viande ni liqueur fermentée. Hélène, noble suédoise, se rendit à pied en Orient , et fut tuée, à son retour, par ses parents, restés attachés au culte des idoles nationales. Vers l'an 900, un nommé Arcadius visite la terre sainte , d'où il rapporte des reliques qu'une vision lui enjoint de déposer à l'endroit où s'éleva le bourg Saint-Sépulcre dans la vallée du Tibre, lofo iMo. * Raymond de Plaisance, ayant perdu dans le commerce tout ce qu'il possédai^, éprouvait le 'plus vif désir de partir avec une caravane de pèlerins qu'il voyait se mettre en route ; mais son
OBiams DES GE0ISÀDE5.
âinoor pour sa mère le retenait. Celle-ci , informée do sacrifice qaH lai fiusait, s'offrit à le suivre ; ils entendirent donc la grand'messe^ et ^ après avoir reçu la besace et lé bourdon^ tous deux s'en allèrent» suivis des voeux de leurs parents. Nous ne nous arrêterons pas à décrire leurs ]»euses émotions à la vue des lieux saints. Leurs dévotions terminées , ils se remirent en mer, et Rayaiond, tombé malade, fut bientôt à Tartide de la mort. Les marins voulaient le jeter à la mer, dans la crainte que son trépas ne pcMrtàt malheur à leur navire ; mais sa mère s'y opposa , et il guérit Lorsqu'ils furent débarqués , la mère tomba malade à son tour, et mourut. Raymond regagna seul sa ville natale, et déposa sur Tautel de Plaisance le rameau sacré , qui lui valut Je surnom de Palmier.
Gervin de Reims, touché de repentir après une jeunesse dis« . solue, avait pris l'habit monastique à Saint-Riquiér; il obtint de Richard, son abbé, d*ètre compris au nombre des six cents pèlerins qui devaient l'accompagner en Palestine. Parmi ces derniers était le fils d'un riche bourgeois de Bayeux, nommé Humbert; averti en songe que, pour guérir d'un mal désespéré, il devait entreprendre ce voyage , il s'y résolut ; après s'être fait porter d'abord, il se sentit peu à peu en état de monter à cheval ; enfin il se trouva guéri et vigoureux. Les pèlerins étant entrés dans la ville sainte en chantant les psaumes, Richard officia , en présence du patriarche, sur le mont de Sion , lava les pieds aux pauvres, distribua des vivres et des vêtements. Le samedi saint, le feu du ciel , devait descendre pour allumer les lampes autour du saint sépulcre; les infidèles, la raillerie sur les lèvres et le cimeterre à la main, regardaient en pitié les fidèles, qui attendaient le miracle dans un silence tremblant, quand il s'opéra à la vue de tous.
Heriembald avait puisé , dans un voyage à Jérusalem, le courage qu'il déploya en combattant à Milan les prêtres concubinaires (1). Ce Cencio, préfet de Rome, qui avait retenu Grégoire VII captif, alla y expier son sacrilège, et Robert , comte de Flandre, ses usurpations des biens ecclésiastiques. Béranger II , comte de Barcelone, succomba aux pénitences qui lui furent imposées. Frédéric, comte de Verdun, après avoir cédé son fief k l'évéque, visita les saints lieux, et, assailli par des brigands près de Laodicée, fut laissé pour mort; mais, secouru par l'évéque
(I) L^aotfliir anonyme de sa vie noes apprend qne, iisdem temporibus Her* lenbaldui de CotiU a Hierosolymis redierat, miles foetus. Ap. PonicELu. — Et saint Ariald loi dit : ÎÀberasti sepulcrum Dei? libéra Seclesiam ejus. Ap. Laidolphe, m, IS.
iô étiU ville , il revmt paum et mvA «u pajfs d'oà il était partt avec we bnllafiie 69oa#te.j ei se fit m>iileé
Un Franc d'une ftimlUe illustre, nommé Fpotnii>Aâ> foiiait avec aaa frètes le partage de la suocession paternelle, lopsqu'ili se ftfi* rentde querelle aveo un eoelésiaatique, leur grandrpnele> et le tuèrent, ainsi que leur phas jeune frère, Frotoaont, repentant , demande au roi Loibaire comment il pmit expier un tel méfait. Le roi oonvoque lea évites , qui font lier les bras et las reioa du coupable et de ses complices aveo des ebaines, puis leur enjoi* gnent d'aller en cet état , revêtus du eHice et oouvevta itooendres, jusqu'en terre sainte. Arrivés à Rome, où Benoit III leur remit des lettres., ils gagnèrent Jérusalem, et y séjournèrent longtemps à pleurer leur méfait; ils visitèrent ensuite , en Égypte > les ermi*^ tages, et,à Carlbage, le tombeau de saitit Cyprien , puis revinrent à Rome, après avoir passé quatre ans à faire ce voyage. Le peuple f les voyant ainsi eocbatnés, les pieds livides et ulcérés > compatissait à leuv sort et les secourait ; mais le pape ne trouva point que ce fût encore asset pour leur aocorder leur pardon. Ils repassent donc la Méditerranée , vont de nouveau k Jérusalem , è Cane en Galilée, et jusque dans les monts de l'Arménie, où Tarctie s'arrêta. Pris par les infidèles, ils furent dépouillés, battus, et n'en continuèrent pas moins leur route dans cet état de misère; enfin ils se dirigèrent vers le Sinaî> et, de retour à Rome la ifuatrième apnée , ils implorèrent miséricorde sur le tombeau des apôtres. lia visitèrent ensuite les principaux sanctuaires de France , réduits à une telle détresse que leurs chaînes pénétraientdans les chairs, que le sang et le pus dégouttaient de 1010*0 plaies) enfin, une vision les délivra de leurs fers et les rendit à la liberté.
Foulques de Néra, de la famiUe des oomtes d'Anjou, s'était frayé la voie au pouvoir par le meurtre de son frèN et d'autres encore ; mais leurs spectres ne laissant pas de trêve à son imagina* tion frappée , il résolut de foire en pénitent le voyage de la Pales^ tiie* Assailli pa? une effroyable tempête, il fit vssu de bâtir une église à aaint Nieolaa > et eut la vie sauve. Il entra dans Jérusalem en se faisant fustiger pav ses serviteurs, eten s'éeriant : .S^^ne^r, ape» pitié à*un pqtjure êt d'un atêatsim I Les musulmans lui refu-> sèrent l'entrée du saint aépidcre ^ à asoioa qn'll ne juièt do faire une chose à jaquelle , disaient-ils , étaient obligés tous les princes chrétiens. H promit de s'y confbrraer; mais, lors(ju'il eut appris qu'il s'ugissait d'un ignoble outrage, il résolut de mourir plutôt mille fois. Néanmoins, comme il n'avait pas d'autre moyen d'at-
qa'oQ exifSâit de lui; natii , àyiBiffecQtiit k un pieux «t UMoeent «rtifiûd, U r^Mêdit me etm Btbttmhi w lim é'wén», ^or le toQibeitt saoré (1). Lorsqu'il s'y fut proateroé ^ ht pierre s'amoilît GOfome 4e le cire, et le comte en déttoha un moreetu me set deole , a«i$ que \m infidèlei t'en aperçmtaat. A «m retour par ntaUe fil délivra la Romagoed^iuifiaiiieaiobef debaodHs^ee l'eQ fiiproelaoier leaéttveur. LeMpe lui aecerda T^baolution, et lui fit dw dea reUqaee de deux saints martyii Foulques les einporia dans sa patirie^ oii U bàtii une église du 8aint*8épulerej pareille à eeUe qu'il avait vue à Jérusafem, Cep«adani ni péni* tftuoe ni ebeaMioB n'avaient apaisé sa oosisoienoe bourrelée; pour éobepper aex ramords qui le déoliiraie&ii il repariil pour la tem sainte, el mourut en route.
Richard^ abbé deSaint-Veit, à Verdun , partit avec sept cents pàterinsj dwt faisaient partie IUeh«rd II i eon^te de Nonnandie^ et Bervini abbé de Trêves. Sur le renom de sa piété , Teiapereur et le petriarobe de Constantinople voulurent le voir> et lui ârent présent de deux morceaux de la vraie croix , avec lesquels il viiita les saints UeuX' £n se baignant dans le Jourdain , il laissa tomber ce^ reliques sans s'en aperoevoir; mais il \eM vit en< suite flotter sur Teeu et se diriger de son e$té^ en sens inverse dq courant.
^pu^ «vous multij^îé oea récita afin de montrer oorabien ces
(t) Asn M 4^r^ k$ êformtàMi ftie iêmaU nê M^rmoiênt qu'il y «ns'il ne fwroU 49 piner el/Qir$ fQu ffiin^ it«r $^lcrf 4f m JHiUt ht comlf, qui eusi mieux aimé mourir de miHe mort^, ^i pi^ible li^i fmi^ qm tâvêèrj^, voqmt toutefois que autrement ne lui seroit permis de emirmr à seoér U saimu lieu , êuqml il ai^ôit $i chmritable affection , pour la Visitation duquel il estoit par tant de périls et travaux de Mnfaitf pavs'là arrivé, leur (wwrrfa ç^/airef etjM$ imti0nu ptur pntffwi qu'il y entreroil 1$ lendemain. Le soir, se reposa le cotr^te d'Anjou en fogis^ ei iÊuUndemain matin print une petite fiole de verre assez plate , la^tielle il rempHé 49 purpy n$$U êt weémêUÊé etme de rose, ou Hn ihtne, selon Copinit» iTeifaiJMt si fe leM «y» le ^roye 4ê ehaueses, cf vint verê eux, quk Ventrée It^i Qpoienl p^isfi^ et ofir^ QPOir p^ffé fçUps $mmH que lee per* vers ii^delles lui demandèrent, fusf ntif au vénérable de Itii ta^t désiré iiêm du «Hit/ sepukrt, auquel Notre Seigneur après sa trii^mphant passioA regmêUfei lukf^t ëiUquê ueeomplist tu promesse, au que on le mestroit 4ei^. 4fqrM i^fmHt f9y-«M#eel jm|s« ëe sijakrê^ dutaehauuê esquilUitt 4e sq br^i^ ^%fi^m^^f\^ert sq»eMHite <^<f f^f ^< IWV euue rusê sur lesaincl sépulfirç : df quoi ie§ pa^ef^s, çujiian^ jwir Vfffi q%C\l dessus, se prinrent à rire et à moûquer, disant Vavoir trompé et abusé; mais le dévot comte d'Anjou ne songeait en leurs mouqueries » estant en grands pleurs et larmes prosterné sur Usainet sépulcre, GHronique <i*Anjou.
ONZliKE ÉFOOtJl.
pèlerinages étaient nombreux ^ de quds prodiges ils se trouvaient environnés^ et pour attester qu'ils n'étaient pas entrepris seulement par des gens vulgaires. D'autres se rendaient en Palestine par mode , par oisiveté , par pure curiosité , ou pour se soustraire à la rigueur des lois de leur pays^ à un châtiment encouru ^ sans songer le moins du monde à s'amender. Guillaume VII^ de Poitou^ premier trouvère dont il soit fait mention^ enlève la comtesse de Chàtelleraut^ et répond à l'évéque d'Angouléme> qui l'exhorte à changer de conduite : Je me corrigerai quand tu te peigneras ; le prélat était entièrement chauve. Il se décide ensuite à faire le voyage de Jérusalem y et part avec une troupe nombreuse de belles amies et plusieurs milliers d'hommes ^ dont six seulement gagnent Antioche. La chronique nous apprend qu'tï fui bon troubadour ^ bon chevalier d'armes , et courut longtemps le mondepour abuser les dames.
Le nombre des pèlerins augmentait ou diminuait selon le degré de sécurité qu'offraient les contrées à parcourir. Durant la lutte des Ommiades et des Aiides pour la possession du trône, la Pales- Une respira. Quand Chariemagne eut réuni sous ses lois un immense empire , les pèlerins purent traverser l'Europe sans danger. Ce grand roi, se considérant comme le chef de tous les chrétiens, protégea même ceux qui étaient sous le joug des Arabes ; chaque année, il envoyait des aumônes pour les besoins des églises d'Alexandrie, de Garthage et surtout de Jérusalem. Il entretint, à cet effet, une correspondance avec le calife Aroun-al-Raschid , qui, dit-on, lui fit prà^ent des clefs du saint sépulcre , et accorda le libre passage aux chrétiens, dans l'intérêt desquels Charles fonda un hospice (1). Ce fut sur ce type que les romanciers imaginèrent les prétendues conquêtes de l'empereur franc dans la terre sainte.
Les pirateriesdes Normands interrompirent pour quelque temps les pèlerinages; mais, après leur conversion au christianisme , ils ne se montrèrent pas moins zélés que les autres peuples occidentaux pour entreprendre le pieux voyage, durant lequel ils trouvaient parfois l'occasion de gagner un royaume. On compte parmi les pèlerins le comte Richard II de Normandie ; Robert, père de Guillaume le Conquérant, y alla en compagnie de Drogon, comte dePontoise, et mourut à Nicée, peut-être empoisonné. Les Normands envoyaient tous les ans de l'argent pour l'entretien des hos pices et des monastères delà Palestine. Robert II, surnommé le
(1) Voy. le moine Bernard et Égiohard.
OBimi DES GROlâABSS.
Hagmfique ou le Diable, qui voulait que les Bretons vinssent lui Tendre hommage pieds nus^ qui ne craignait aucun homme vivant et ne redoutait que Tenfer^ et passait rapidement du crime à la pénitence^ partit pour la Syrie, déchaussé et revêtu du sarreau; étant tombé inalade, il ne voulut pas être servi par des chrétiens^ mais par des Sarrasins. Tandis que ces musulmans le portaient dans une litière, il rencontra un chrétien qui lui demanda ses oi*dres pour l'Europe : Bon voyage^ lui répondit-il; dis à mon peuple que Éum' as vu porter en paradis par des ctéfmon^. A Jérusalem^ il trouva une foule de chrétiens qui attendaient à la porte, faute d'argent pour acquitter la taxe ; il paya pour tous.
Après la conversion de la Hongrie , un nouveau passage fut ou* vert aux pèlerins, et saint Ëtienne leur venait en aide. A rappro-che de Tan 1000, au moment où l'on croyait la fin du monde imminente, c'était à qui donnerait ou vendrait des biens qu'on devait bientôt perdre, afin d'aller mourir aux lieux où le Christ était mort, dans le voisinage de la vallée où l'agneau reviendrait lion pour juger le monde rassemblé.
A partir de ce moment, le nombre des pèlerins s'accrut. Litbert, évêque de Cambrai , se mit en route avec plus de trois mille Picards et Flamands ; ceux-ci, arrivés en Bulgarie, furent assaillis par les gens du pays, qui en tuèrent beaucoup; les autres moururent de faim , et aucun d'eux n'arriva au terme du voyage. Huit mille autres partirent avec l'archevêque de Mayence et les évéquesde Spire, deBamberg, de Cologne, d'Utrecht. Accueillis par Constantin Ducas, ils furent attaqués par les Bédouins, et assiégés dans un vieux château, puis délivrés par l'émir de Ramla ; mais ils étaient à peine deux mille quand ils repassèrent par l'Italie pour regagner leurs foyers.
Vers cette époque, la Palestine avait cruellement à souffrir. Hakem Bamrillah, calife d'Ëgypte, ce fou furieux qui avait livré aux flammes, par simple amusement, la moitié de la ville du Caire en faisant saccager le reste , et qui voulait qu'on le crût une émanation de Dieu, persécuta les chrétiens de Syrie , et fit tuer nombre de pèlerins. Un bruit répandu par les musulmans, qui menaçait de ruine leur empire, servit de prétexte à une nouvelle persécution , à l'occasion de laquelle le pape Sylvestre II fit entendre le premier appel aux chrétiens pour entreprendre une croisade (1).
(]} Sa qux est Hieroiolymis univérsali EecUsïm seeptrls imperanti. Cum bene vigeas^ immaculata spoma, cujus tnembrum esse me fateor^ spes mUU nuixima per teeaput aUolUndijam pene ottHlum. An quicquam
IIKT. UNIV. — T. X. 2
En effdi» les Génous les Pisans et le roi d'Arlae pmentles ormes et firent des incursions sur les cAtés de la Syrie ; mais la paix se rétablit après la mort de Bamrillah ^ et les Occidentaux purent continuer leurs opérations commerciales^ ainsi que leurs pèlerinages^ moyennant un léger droit à payer seulement au nouveau calife d'Égypte, Daher Lédiniilah. Les Amalfitaias obtinrent de Im Tautorisation d'élever, près de l'église de Saint-Jean^ uû hôpital pour les voyageurs de leur nation ; ils dotèrent cet établissement de rentes que^ chaque année^ ils envoyaient d'Europe : ce fut là le berceau dé Tordre qui par la suite devint souverain de Rhodes et de Malte.
La sécurité des chrétiens en Palestine et celle de k partie de TEurope la plus voisine d'Asie dépendaient donc du caprice de quelques chefs> ou de Timpubion donnée soit' par des factions toujours en lutte , soit par des sectes ou des dynasties sans cesse renaissantes dans l'empire du prophète. Les Arabes avaient menacé l'Europe au levant et au midi ; la Méditerranée n'avait pu arrêter ces guerriers fanatiques, et ils avaient envahi TEspagne et l'Italie. La valeur des chrétiens, les exhortations des papes et l'assistance des empereurs avaient réussi à les chasser de ce dernier pays. La lutte continuait en Espagne, bien qu'en se civilisant les Arabes eussent dépouillé leur rudesse et leur fougue première. L'épée des Cantabres allait élargissant les limites* des royaumes fondés au nord de la Péninsule; non-seulement ces États empêchaient les Sarrasins d'étendre leurs conquêtes, mais ils devaient finir par leur arracher leurs anciennes possessions. CSependant la récente invasion des Almoravides, secte rigide et furieuse, puis la célèbre victoire de Zélaca, renouvelèrent le péril, et il ne
diffiderem de te, rerum domina^ si me recoçnoscU tuam ? Quisquamne ivo» rum /amosam cladem iîlatam mihi putare debebit ad se minime pertinere, utqtte rerum inftma abhorrere P Et quamvis nnne dejecta , tamen hatntit me orbii terrarum optimam tui partem : pênes me propheiarum ormi^aa, patriarcharum insignia; hinc data mmndi lumina prodierunt apostoli; hinc Christifldem repetit orbis terrarum ; apud me Redemptorem suum invertit, Etenim, quamvis ubique sit divinitaie, tamen hic humanitate nattu, passus ; sepultus, hinc ad cœlos elatus. Sed ctm propheta, « Brit sepul- « chrum ejus gloriostm, » paganis loca cuncta subvertenté«s tentât âia* bolus reddere inglortosum. Enitere trgo , miles Christi ; esio sign^ et compugnatoff et quod armis nequis, consilii et opum auxilio subveni. Quid est quod dos, aut cui dos ? Nempe ex mxUlo modicum, et ei qui omne quod habes gratis dédit, nec tamen gratis recipit ; et hic tum multiplicai et in futuro rémunérât f per me benedicit tibi^ ut largiendo cresoas { et peecata relaxât, ut secum regnando vivas.
OlIOm WS GBOIftiBES.
faDot rien mrâiSj pour le conjurer^ que la sagesse d'Alphonse , secondée de Vép^ du Cid.
La menace était toiyours pressante du côté de TOrient ; or^ comme il n'^t pas vrai que les guerres' ne fussent alors que le résultat d'un élan aveugle et d'une avidité irréfléchiede conquêtes, il avait été question plus d'une fois d'armer toute l'Europe pour q>poser une digue aux musulmans. Au temps de leurs premières expéditions, on n'avait pas compris qu'une horde de Bédouins pût l'exposer à un si grand danger^ et k chrétienté ne se trouvait pas d'ailleurs agglomérée encore dans TunitédeFempire; puis, ily avait toujours l'obstacle des Grecs, qui séparés de l'Europe, tantôt par l'orgueil, tantôt par Thérésie, empêchaient de tenter un eflbrt d'ensemble. Quelques esprits plus élevés comprirent la nécessité de cette entreprise , comme Sylvestre II, dont nous venons de faire mention, et le pape Grégoire VIL Au temps (le ce dernier pontife, le péril était aggravé par l'invasion des Seldjoucides, dont Ténergie septentrionale vint reh*emper le zèle refroidi des Arabes du midi. Leurs forces s'étaient considérablement accrues dans l'intervalle de deux générations, et Malek-Schah ajouta encore à leur grandeur. Ce prince accorda pour récompense aux oHieiers qui l'avaient suivi tout ce qu'ils pourraient conquérir ou soumettre , tant en Ëgypte qu'en Grèce , et bientôt leur avidité eut réduit le pays aux abois. Cupides et féroces, ils n'épargnaient aucun genre d'oppression aux chréti^ qui habitaient la Palestine ou s'y rendaient par dévotion. L'Europe entière retentissait de gémissements sur le sort des prêtres et du patriarclie, arrachés à l'autel pour être jetés en prison; sur celui des femmes, en butte à la violence brutale; des enfants, circoncis par milliers et élevés dans la croyance de Mahomet ; sur le sort aussi de ceux qui étaient destinés à garder, comme eunuques, les sérails de mattres voluptueux et jaloux (4).
Alors Michel Parapinax, empereur de Constantinople, réclama l'assistance des Occidentaux contre les ennemis du christianisme, promettant de fàire cesser la funeste séparation des Églises latine et grecque. Grégoire Vil joignit sa voix à la sienne, en invitant les chrétiens à se réunir sous l'étendard du Très-Haut (2) ; il parait
(1) Dîeit (AleUs Comnène) eot quemdam abusione sodomitica intet venisse eplscopum : matrei corruptx^ in conspectu filiarutn, tnultiplicUer repentis ditenorum coitibxu vexabantur : illix existentix terminum pracinere sal" tando cogtbantur, mox eadem passio ad fUiaSy etc. Guibert.
(3) Invilamiu ut quidam vestrum veniant, qui christianam Jidcfn vullis d^endere^ et cœlesti régi miliiare, ut eum eis viam (Javente Deo) prœparemut
aassi qu'il se proposait de se mettre lui-même à la téte des croisés (1). Cinquante mille guerriers s'engagèrent à le suivre ; mais d'autres intérêts l'arrêtèrent^ et l'entreprise resta sans effet.
Cette pensée fut poursuivie par Victor ITI , qui excita les chrétiens à prendre les armes; les Génois , les Pisans et d'autres Italiens^ qui se levèrent pour combattre les Sarrasins d'Afrique^ reçurent du pape la bannière de saint Pierre ^ avec la rémission
lois. de leurs péchés (2). Après avoir débarqué sur la plage libyenne , ils taillèrent en pièces^ est-il rapporté, cent mille ennemis, livrèrent une ville aux flammes , obligèrent un roi maure à leur payer tribut , et revinrent embellir les églises de leur patrie du butin fait sur les païens. Les Italiens furent dônc les premiers à entreprendre ces expéditions qui , durant deux siècles, agitèrent l'Europe et l'Asie; mais jl était réservé à un homme obscur de faire jaillir l'étincelle qui devait embraser les matériaux déjà préparés.
nerre Uu Picard nommé Pierre, dont on ignore la famille, d'un rAmicM. gj^^rieur grossier, de manières communes, que les siens ne connaissaient que par le surnom d'Ermite, avait fortifié son âme au milieu des prières, de la solitude et des joies viriles de l'abstinence; il se croyait en communication directe avec le ciel, et se sentait appelé à mieux qu'à passer sa vie dans son ermitage. Il quitta Amiens, lieu de sa naissance, pour se rendre à Jéru-
im. salem , et l'aspect des saints lieux l'émut d'autant plus que sa piété et son imagination étaient plus ardentes. Prosterné devant • le saint sépulcre, il crut entendre la voix de Jésus-Christ luimême , qui lui disait : Pierre^ lève-toi; va annoncer à mon peuple la fin de l'oppression. Que mes serviteurs viennent, et que la terre sainte soit délivrée.
Alors rien ne lui parait plus impossible; il reçoit du vieux patriarche Siméon des lettres pour le pape, et promet d'exciter
omnibus qui emlettem nobilitatem defendendo, per nos ultra mare volunt tramire. (Ep. îl, 37.)
(1) Speramus etiam ut, paeatis Normannis, transeamus Constantinopo* lium, in a(yutorium christianorum,
(2) jEttuabat autem idem apoêtoUcus Victor Saracenorum in Àfrica morantium tuperbiam frangere, Consilio itaque cum episcopis et cardinalibus habito, ex omnibus fere Italim popuUs exercitum conçregans, illisque vexillum beaii Pétri apostoli tradens ^subremissione peecatorum omnium contra infidèles impiosque in Africam dirigit. Christo itaque duce, ingressi À/ricam, centummilliapugnatorumocciderunt, urbe iltorum prxcipua capta et excisa. Porro , ne quis ambigat hoc Dei nutu contigisse » quo die christiani vietores evasere, eo etiam ItaUx nundata Victoria est. (BAROznus, III, 70, d'après Léoo d'Ostie.)
ORIGOnS BX8 GEOISADSS.
l66 preux de TOccideat à venir délivrer la terre sainte. De retour en Europe^ il va baiser les pieds d'Urbain II; le pape, décidé par le langage inspiré de l'Ermite accomplir ce qui était déjà le projet de ses prédécesseurs , lui donne sa bénédiction et le charge d'aller prêcher la guerre sainte.
L'ermite parcourt l'Italie^ il parcourt la France, il fait le tour de l'Europe, nu-tôte, nu-pieds, couvert d'une robe de laine grossière, monté sur une mule : il était maigre et chétif; mais ses yeux et son élocution facile révélaient l'esprit dont il était animé (1). Le peuple, étonné de son austérité, ému de la peinture saisissante qu'il faisait des maux dont il avait été le témoin , et que lui-même avait soufferts en Palestine, entraîné par sa parole chaleureuse , le proclame saint , prophète , et le suit en foule. Les discours qu'il a fait entendre sont répétés par les moines, par les pèlerins qui ont visité Jérusalem eV en reviennent journellement portant encore les traces des supplices endurés, des chalnt;s dont ils ont été charges. Tout contribuait à rendre plus ^and l'homme du St^igneur : heureux ceux qui pouvaient seulement toucher son vêtement I Plusieurs fois son grossier manteau était découpé en bandelett<'s, que les dévots attachaient sur leur poitrine en forme de croix; il n*était pas jusqu'aux crins de sa monture qui ne fussent devenus une relique.
Si l'Europe eût été, comme aujourd'hui, divisée en un petit nombre d'États obéissant à des princes et à un gouvernement régulier, Pierre aurait dû s'adresser à eux, et peut-être ne les aurait-il pas décidés à une entreprise dont ils ne voyaient ni la nécessité ni le fruit; mais l'enthousiasme devait l'emporter sur les calculs de la politique dans l'Europe morcelée , comme elle l'était, entre autant de seigneurs qu'il y avait de domaines. Cette levée en masse d'un peuple de propriétaires , abandonnant ses biens pour se mettre , sans une nécessité absolue, enquête d'aventures, était moins étrange à une époque où les entreprises hasardées se trouvaient dans les habitudes ordinaires. La route de Jérusalem était connue de ceux qui l'avaient parcourue en pèlerins. L'idée de la guerre sainte était répandue, soit par les exhortations pontificales dont nous avons déjà parlé, soit p^r les faits d'armes accomplis en Espagne, d'où chaque jour arrivait, avec le nom du Cid, la nouvelle d'un nouveau triomphe , tan* disque les Génois et les Pisans en remportaient d'autres sur mer.
(1) PuêUlnSy periona contempUbiliSt vioacis ingenii, et octUum habens perspleaeem gratumqve, et spontefluens ei n<m deerat eloquium. (Goiu,. M Ttr.)
La France avût éprouvé , dans le eours de ce siède^ vingU sept années de famine ; le besoin ajoutait donc encore an désir de se mouvoir. Beaucoup de gens avaient encouru pour leurs péchés de lourdes pénitences , et c'était pour eux une manière de s'en libérer qui leur souriait davantage. Les feudataires, isolés dans leurs châteaux^ où ils ne s'occupaient ni d'administrer ni de rendre la justice , saisissaient avec joie ToocasIoH d'échapper à cette existence vide , pour se jeter dans des entreprises périlleuses. Dans les familles seigneuriales, les cadets, privés de l'héritage paternel, se trouvaient par leur éducation façonnés pour le métier des armes ; si les occasions de se signaler leur manquaient chez eux, ils mettaient leur valeur au service des autres, quelquefois pour une solde, plus souvent par amour de gloire et par ce besoin d'agir qui se faisait sentir éoergiquemenl dans ces siècles inquiets. Or cette jeunesse guerrière se voit soudain appelée à exercer sa prouesse dans Tintérét de la religion et dans des pays lointains, dont le souvenir seul exalte l'imagination. D*autres membres de la noblesse s'étaient enrôlés dans le clergé, et avaient obtenu les premières dignités de l'Église, les évéchés et les abbayes^ sans pour cela abdiquer leur génie guerrier; ceux-là aussi ne demandaient pas mieux que de se montrer hommes d'armes en même temps que prélats.
Mais ni la noblesse ni le peuple n'auraient pu se trouver poussés à une entreprise commune sans l'organisation compacte du catholicisme, qui donnait à tous une même patrie, l'Église, et faisait que tous obéissaient à une seule voix, celle du pape. En son nom et en celui de l'Église, de nouveaux missionnaires imposent la pénitence à un siècle qui en avait tant besoin ; car^ dit Guillaume de Tyr, a il n'y avait plus en Occident ni religion^ « ni justice , ni équité, ni bonne foi. Les églises et les monas- « tères étaient livrés au pillage; on ne trouvait de sécurité en ce aucun lieu , et les forfaits les plus horribles restaient impunis, et Dans l'intérieur des familles , les moeurs étaient corrompues, « les liens du mariage foulés aux pieds; partout le luxe, l'ivro- « gnerie, le jeu. Le clergé était déréglé , les évèques abandonnés « à la débauche et à la simonie. »
De même qu'un siècle auparavant on avait cru à la fin du monde , on croit alors à une rédemption générale : quiconque a des méfaits à expier, des injustices à réparer, se prépare au pèlerinage. Quand Pierre l'Ermite s'écriait : Guerriers du démon, devenez soldats du Christ! les brigands s'élançaient des cavernes et du fond des bois^ d'où ils infestaient les routes et jetaient
oRiGini rat oioi8iLi»s.
l'effipoi daas las viHagei^ en promettant de coiwaoïer leurs bras homicidefl à la aainte entreprise; les puissants^ dont la charité se réveillait^ prodiguaient les aumônes aux pauvres et aux infirmes; les- discordes de ville à ville ^ de famille à famille se terminaient dans un embrassement flpaternel. Les débauchés étaient ramenés au bien par l'exemple des mosurs rigides de TErmite. Les miracles se multipliaient à chaque pas, et l'épUepsie, dont beaucoup de personnes se trouvaient alors atteintes , était considérée comme le châtiment de Findifférenoe paresseuse. ToQS^ en un mot^ animés de passi<His yivaces, qui tou« jours redoublent d'énergie au milieu d'une multitude réunie dans une même pensée^ se prêchaient , se stimulaient les uns les autres.
Sur ces ^trefaites^ arrivent des lettres d'Alexis Gommène, empereur de Constantinople ^ annonçant que le péril presse, et que la nouvelle Rome est près de tomber dans les mains des Tures, avec les précieuses reliques qu'elle renferme; faisant donc appel à la valeur des Francs, U les conjurait de venir, d'accourir la sauver, dussent-ils l'occuper eux-mêmes^ se souciant peu de «ordre l'empire^ pourvu qu'il ne tombftt pas au pouvoir des iffidèies (1).
Représentant de la chrétienté et interprète de ses vosux, le cooeiic de pontife convoqua un concile à Plaisance ; le concours fut si grand ^^mi.^* qu'il fidlutse réunir en rase campagne. Deux cents évéques, quatre mille ecclésiastiques^ trente mille laïques et plus entendirent les exhortations du pontife , qui désigna Clennont en Au- De ciermom. vergue pour une nouvelle assemblée. Lorsqu'on s'y fut rendu à l'époque fixée (i8-â8 novembre 1095), on s'occupa avant tout de ce qui était le but constant des condles , c'est-à-dire de la réforme du clergé; puis, des mesures furent prises contre les guerres privées, qui inondaient de sang les campagnes. La trêve de Dieu fut proclamée avec une grande solennité^ et l'on menaça d'excommunication quiconque n'accepterait pas la paix et la justice y ou attenterait à la vie d'un homme réfugié d^ms une église ou sous la protection des croix plantées au bord des chemiitt. Pierre, revêtu de son costume grossier, se levant à cêté du souverain pontife entouré de la majesté du saint-siége^ harangua l'assemblée en mêiant des sanglots à ses paroles. Après lui, le pape
(1) n semble éCraiee de le voir sUéffiier, au nombre des moiifiB qu'il mit en ifà^ FauMNur de For et puUherrimarum f&minarutn volmptoi. Guilbert, qui ■ou a eoÉMTfé cette leUre, en OBt scendsliaé, et s^écde : ComM li /m Grecqwi éMent plus belk$ que le$ FrançaUeii
ONZliME ÉPOOUJi.
Urbain appuya son allocution des arguments de la politique et de la religion ; dans un discours en langue vulgaire, plus chaleu* reux et plus passionné qu'éloquent : a Allez ^ frères^ dit-il (1), « allez avec confiance attaquer les ennemis de Dieu, qui, à la a honte des chrétiens, sont depuis longtemps en possession de a la Syrie et de l'Arménie ; ils se sont emparés en outre de toute « l'Asie Mineure, dont les provinces sont la Bithynie, la Phrygie, « laGalatie, la Lydie, la Cappadoce, la Pamphylie, llsaurie, la a Lycaonie, la Gilicie; maintenant ils exercent leur insolence a dans Tlllyrie et sur tous les pays placés au delà, jusqu'au détroit a appelé de Saint-George. Pesant pire encore, ils ont usurpé « le tombeau de Jésus^Christ, ce monument merveilleux de a notre foi, et ils vendent à nos pèlerins l'entrée d'une ville qui « aujourd'hui ne serait ouverte que pour les chrétiens s'ils eussent a conservé quelque trace de leur ancienne valeur. N'est-ce pas a déjà trop pour obscurcir la sérénité de notre front? mais qui « donc, sinon ceux qui sont envieux de la gloire chrétienne, « pourrait endurer la honte de ne pas partager au moins le a monde par moitié avec les infidèles? 0 chrétiens 1 mettez fin à « vos dissénsions, et que la concorde règne entrerons dans les «c pays lointains. Allez, et employez, dans la plu^oble entre* a prise, cette valeur et ces stratagèmes que vous prodiguez si mal a à propos dans vos querelles particulières. Allez, soldats, et a votre renommée s'étendra partout. Que la valeur bien connue a des Français se signale la première, et que, secondés par les a nations aUiées , leur nom seul épouvante le monde. »
cr Mais pourquoi vous exposerais-je jusqu'à quel point le cou- «t rage manque aux gentils? Ayez plutôt présent à l'esprit que le a sentier de la vie est éiroU; oui, la voie dans laquelle vous vous a engagez est étroite, semée de périls infinis et remplie par la a mort; mais elle doit vous conduire dans un monde que vous « avez perdu. Ne craignez pas de ne pouvoir, à force de tribu* <r lations , entrer dans le royaume de Dieu. Si vous êtes prison* a niers, imaginez-vous les tourments les plus terribles qu'il soit cr possible d'infliger à l'homme, et attendez-vous aux souf* a francesles plus épouvantables, pour demeurer fermesdans votre
(1) Cest en ces termes qoe ce discours est rapporté par GniUaame de Malmesbury, présent à ce concile. Jl a, dans sa mdesse, toutes les apparences de rauUienticité» et si ce n'est pas prédsément ce que dit Urbain» tt ne contient rien qui ne coniint parfaitement an temps. Douse historiens font parler le pape de la même manière. Micband a cm embellir sa harangue en l'Iiabillant à la mo* deme, et en lui donnant la tournure académique.
OUflUrE BIS OlOISADSS.
c fin; ainsi voofl rachèterez en est besoin ^v<rtreàme aux f peos de votre corps. Craindrez-vous la mort , vous gens, d'un f courage et d'une intrépidité exemplaires? L'iniquité humaine ne f saurait inventer rien contre vous qui puisse être mis en compac raison avec la gloire céleste ; car les souffrances du temps pré* a sent ne sont pas dignes d'être comparées à la gloire qui vous c sm révélée. Ne savei-vous pas que c'est un malheur pour f l'homme d^exister, et que le bonheur est dans la mort? Les préc dications des prêtres nous ont fait sucer cette doctrine avec le c lait matemd ; cette doctrine^ vos pères^ les martyrs l'ont souc todue par leur exemple.
c La mort délivre Tàme de sa prison incommode, afin qu'elle c s'envoie vers la demeure réservée à ses vertus; la morth&te f le départ des bons vers l'heureux séjour qui les attend ; la f mort arrête la perversité des méchants... Par la mort donc € l'âme y Ubre enfin^ jouit des douceurs de l'espérance , ou reçoit c la punition de ses fautes. Tant qu'elle est enchaînée au corps , € elle est soumise à la contagion terrestre, ou, pour parler plus c exactement^ elle est morte; car il ne peut exister, d'alliance c convenable entre les choses terrestres et les choses célestes, c entre les ttoses divines et les choses mortelles. Mais , une fois c délivrée des liensqui rattachent à la terre, elle reprend sa splen* ff deur,elle recouvre sa vigueur, en se mettant en communication, c jusqu'à un certain point, avec l'invisibilité de la nature divine.
c S'acquittantdonc d'une double dette » elle inspire la vie au ff ocMrps quand elle lui est unie; elle le rend , quand elle s'en séff pare , à sa première destination. Vous avez dû observer avec c quel plaisir l'âme veille dans un corps endormi , et comme, f dans le silence des sens, elle prévoit divers événements futurs , c grâce à ses relations naturelles avec la Divinité. Pourquoi donc ff craindriez- vous la mort quand vous aimez le repos du sommeil^ c qui ressemble à la mort? Ce serait certes folie à vous que de f vous priver de l'étemelle félicité pour goûter la jouissance c d'une vie passagère. »
c Ainsi dcmc, trèstchers frères, si l'occasion se présente, n'hé- < sitez pas à sacrifier votre vie pour vos frères. Le sanctuaire de f Dieu repousse le spoliateur et le pen^ers; il accueille l'homme c jMeux. Que Tamour de vos proches ne vous retienne pas, puisa que rhomme doit principalement son amour à Dieu. Que l'at- « tachement pour votre terre natale ne vous arrête pas ; car le c monde entier étant, sous des aspects différents, un lieu d'exil f pour le chrétien , son pays est le monde entier; la terre d'exil
a est son pays, et son pays est la tem d'exil. Que nol de vous a ne demeure à cause d^un riche patrimoine^ car un plus riche <K encore lui est promis , non pas de ces choses qui adoucissent
notre misère par une vaine attente , ou flattent notre indolence d par les biens chétîft de la richesse , mais de ces biens que f des exemples perpétuels et quotidiens doivent nous montrer <x comme les seuls véritables. Les biens de la terre sont agréa-
Mes mais vahis^ ceux qui les méprisent ont le centuple de f récompense.
a Je proclame et commande ces choses^ et, pour leur exécution^ a j'assigne le printemps prochain. Dieu répandra sa grftce sur a tous ceux qui s'obligeront au passage; il leur accordera une ff année favord)le , une récolte abondante , la sérénité de la saison. « Ceux qui mourront entreront dans les demeures célestes , et « ceux qui survivront arriveront au tombeau du Seigneur. Et c quelle plus grande félicité pour Thomme que de voir en sa vie a les lieux où le Seigneur parla le langage des hommes? Oh! bé* « nis ceux-là qui , appelés à ces nobles fatigues , en rapporteront a la belle récompense !... »
A cette éloquence indigeste mais vive ^ toute rassemblée s'écria d'une voix y dans les diverses langues en usage : Diex el wlt l Die li volt! Diolo vuole I ( Dieu le veut !)
Alors un cardinal prononça la formule de la confession générale, et tous 9 à genoux, la répétèrent en se frappant la poitrine^ puis reçurent l'absolution. Adhémar de Monteil, évéquedu Puy, reçut du pape la croix en quaUté de légat; après lui, d'autres évéques ; puis les barons^ animés d'un point d'honneur pieux , jurèrent d'oublier leurs propres injures pour venger de concert celles du Christ. Les hommes qui prirent l'engagement d'aller combattre outre-mer furent reçus , ainsi que leurs biens ^ sous la protection de PÉglise; de telle sorte que celui qui leur causait dommage encourait Texcommunication. Ce fut ainsi que vingt peuples divers s'élancèrent à hi première de ces expéditions^ qui furent appelées croisades, parce que les guerriers qui s*y enrôlaient avttoat pris pow signe distioetif fo /bU^ de la