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SUR LES ORIGINES DE LA LANGUE ITALIENNE

A r/ionorablê avocat Luigi Fomaciarif à Lacques.

Le Tnlgaire ( plos nombreux qu*on ne croit à cet égard) a besoin de Toîr les grandes idées et les grands événements incamés dans un homme; il aime à se figurer que les intentions et les changements s'opèrent en an instant et par une seule personne*; mais le génie individuel est moins fréquent dans l'humanité qu'on ne pense, et sMl n'est pas tout entier dans la patience, comme le disait Bufron , au moins il consiste à deyiner son temps, à profiter des progrès faihi par ceux qui Pont précédé, à ouvrir à Pavenir une carrière bien détermmée.

Écoutez la plupart des gens qui parlent de littérature ; ponr eux , la langue italienne est sortie complète et parfaite de la pensée du Dante , teUe que Minerve du cerveau de Jupiter, comme si, avant ce poète, on n'avait parlé ou du moins écrit qa*un patois inculte, digne de la prétendue barbarie de IVpoque; s'ils jettent un regard en arrière, ils vous diront que Tirruption des barbares avait bouleversé la magnifique symétrie du latin, et que la langue splendide de Cicéron avait expiré dans le jargon des notaires; qu'à l'imitation de leurs vainqueurs les Italiens délaissèrent la méthode synthétique du langage ancien pour le procédé analytique des idiomes modernes; qu'ils prirent d'eux les articles, les auxiliaires, etc.; qu'ils leur empruntèrent dies mots qu*on n'avait jamais entendus en deçà des Alpes, et qu'ainsi se forma cette langue hybride qui a pris le nom dllalien.

L'histoire est souvent obligée de détruire des préjugés plus importants que celui-là , et pour ma part je n'ai jamais manqué à ce devoir dans la mesure de mes forces. En fait, cependant, la question des langues a bien plus de portée que ne pensent ces rhéteurs qui rapetissent tous les grands i^ujets et ôhscurcissent l'évidence ; c'est pourquoi je me suis efforcé de démontrer que l'italien doit fort peu de chose aux peuples du Nord qui ont envahi Pltalie. Si vous avez eu , mon cher et savant ami, la patience de suivre jusqu'ici mes travaux, vous avez vu que, dans un éclaircissement des volumes précédents, j'ai suivi le latin depuis son berceau jusqu'aux temps de sa splendeur et de là jusqu'à sa décadence, afin d'en montrer les évolutions successives. Succesf;ives, entendez-Yons ; il n'y a pas en cette matière de mélamorpho!^ soudaines. Et , selon moi , ces évolutions n'ont fait que continuer pendant le moyen âge ; le développement interne a suivi son cours séculaire , et seulement il a été rendu

!VOTÉS AimtTIOIfraLLBS.

pltiB èelisiblè t>&r l'absence de grands écHraiiiA pour ôorriger le langage populaire. La loi de continuité posée par Leibnitz pour la physique semble s^ppliquer à ta Hnguislique avec plus d'etactUode eneore»

Maintenant que je suis arrivé au onziènie siècle, j*al tMdo fepreftdre «He question, et montrer que dès œtte époque la langue italienne était foritoée. Je ne répéterai pas les preuves que j*en al données çà et là dont leeoors de mon oorrage • |e Tiens encored^ea ajouter de nontrelles dans le dernier chapitre du préseitftita&ie. Id il ne me reste plus qu'à confirmer, suivant ma oontume» les rvIftottMmenU par des faits irrécusables; dans ce travail, j'ai tenu à vous adresser la parole » lUastre ami, pour avoir le plaisir et l'honneur de converser publiquement avec tous, et aussi parce que personne mieux que vous, au témoignage de toute lltalie, ne connaît et n'enseigne notre langue. J'ajoute encore votre qualité de secrétaire de cette illustre Académie de Lucques qui a donné à toutes les villes d'Italie Peiemple de publier ses archives, si riches de documents les plus anciens, et où j'ai puisé tant de données sur la condition personnelle etréelle des Italiens an moyen âge, et sur l'antique existence de f idiome Halten.

Et comme l'analogie offre un puissant argument, permettez-moi de tous indiquer VHistoire de la Hitérature françake au moyens âgé comparée aux littératures étrangères, que M. J.-J. Ampère a publiés à Paris. Il y a un volume entier sot la formation de la langue française, et, à propos de la transformation des langues> Tantenr eritiqne Topinion des phllotogues qid l'ont précédé.

Il croit que le fimnçais et les langues néo-latines ses sœurs ont solTi daM leur transformation certaines règles auxquelles d'autres idiomes ontobâ également La grande famillëdes langues indo-européennes compte parmi seslmembres le sanscrit et ses dérivés, te persan anciai et moderne, le grec, le latin et toutes les langues qui en sont sorties, comme l'italien, le français, l'espagnol, etc. ; enfin les laagnei germaniques, slaves et même celtiques. Depuis le pied de méetainsqif^uxHTeBdn Gange, Une foule de peuples inconnus les uns anx autres pendant une longue mAt de siècles, les ùns civilisés, les autres barbares, les unsobsenrs, les antres tenens, ont parlé et parlent encore des langues liées entre elles par une Incontestable parenté, malgré leur diversité apparente; car elles ont non-seulement vtt certain nnmëie de radicaux communs, mais la grammaire de chacune d'eues m rattache p» de profondes analogies aux systèmes grammaticaux de tous lesauttes,QU, pourmienx dire, toutes ces grammaires n'en forment vraiment qu'une seule.

Or, dans la plupart des làngues de cette fàmfUe, inpassagé delldtonie itflqne antnoderne S^est effeclné de In même Ciçott , grAce à lidenllté de lents tendaMei et de leurs principes.

Une langue s'altère soit dans la structure ûiterne de ses mots , dnito Hatégrité de ses formes grammaticalés. Les ikiots, èn vieHIissant, tendent à snbsHtaer aux consonnes fortes et dures les féfbles M les douces, aux voji^enes sonores les sourdes d'abord, puis les muettes; tes Sons pleHm Molgnettl et se perdent peu à p3u, les finales disparaissent, les syllabes se contractent, et en conséquence les langues deviennent moins mélodieiises ; les mots qni charmaient et remplissaient Toreille n'offrent plus qu'un sens mnémonique et, pour ainsi dire, nn cliUf^; mais ce n'est pas tout. Le changement qui dénature te Vocabulaire sMtend aux formes grammaticales, chose Wen plus grave, car ces formes sont Pftme des langues, tandis que les mots n'en sont que te corps. Avec le temps elles se confondent, s'oblitèrent; on les emploie mal à propos, ou Ton cesse de les employer; Il en résulte un langage mutilé, comme un corps dont on aurait letTaBelié les membres. Pour qu'une langue en œl état reprenne nn vie nonvelle, n faut qu'elle reçoive une nouvelle organisation.

NCT18 ABDITIONnSLI.18*

Cest alors qa^apparait radioa sésératrice. L'antique aynilièae grammaticale a péri ( les inflexions sont perdues; on ne distingue plus suffisammenl les oasdans les noms ni les temps dans les terbes* Comment sortir de eetèe conruaion? par une compensation : ea exprimant par des mots séparés les rapports qu'indiquaient autrefois les signes grammaticaux» on supplée par des prépoflitions aux désinences des cas, par des auxiliaires aux flexions qui marquaient les temps dei verbes; les genres sont désignés par les articles^ et les personnes par tes pronoms. C'est ainsi que le sanscrit a donné naissance au pâli el aux dialectes praeritsy le aend au persan, le grec ancien an grec modeme, le latin aux langues néo-latines» l*ancieu tudesque à Pallemand actuel» Tanglo-saxon à l'anglais, le frison au hollandais, randenscandinaTe» qui subsiste encore aujourd'hui en Islande, an danois et au suédois.

Cette altération a son principe dans la nature humainet Quand un mot rcTient souvent dans le langage, il est naturel qu'on Tabrége pour aller plus Tite et pour substituer un signe plus simple à un plus compliqué. L'homme est porté à confondre les nuances et à négliger les distinctions délicates toutes les fois qu'il A'est pas tenu en bride par l'autorllé d'un corps dépositaire de hi langue, ou par l'emphrede la tradttion littéraire; de là vient que la dégradation des langues» sns^ pendue aux époques classiques quand des écrivains consacrés font loi, reprend son cours dès qu'une cause quelconque écarte Tinfluenoe des belles-lettres.

L'usage est le principal agent de l'altération et de la décomposition des langues. Il a deux instruments, le temps et le peuple, qui agissent tous deui dans le mémeseas. Le peuple tend à contracter et à mutiler les mots dont il se sert» parce qu'il parie pour parler, non pour bien parier ; il est à la fois paressent et pressé» et» pourvu qu'on mot rende sa pensée, peu lui importe de l'articuler avec exactitude ou d'eh négliger queh|ue élément, i' «o pour <o «oiie (je suis), gnor H pour sifnor si (oui» monsieur), vello pour vediio (Vo3feK-le)> sottt des contractions ushelles en itaUen. La langue des poiieAdx est une contractten perpétuelle» et il en est de mémede la plupart des dialectes, piff exemple du génois ou du napolitain^ comparés à ritaHen pur*

Dans l'usage tulgaires on confond les désinences des cas et des personnes; le peuple donne le genre masculin à un substantif fémtete, ou léelproquement ; H dira voi tri (vous était), roi afkdtt»i (vous allais ) ; il mettra llndtcatif pour le sub^ Jonctif, le parfiut défini pour l'indéfini. L'usage est donc la cause par excellence de l'altération des langues; altération d'autant plus sensible qu'il slsgit d'une langue phis vieille» et qui se ressent plus foHeraent de Hnfluence des habitndés populaires.

Le principe suivant lequel les langues se recomposent ést tké de l'essence Inèiifè de l'esprit humain. 11 est tuturel de rendre par des prépositions et des auxiliaires, c'est-à-dire par uuesorie de périphrase, les idées que les modificattomdn nom et celles du verbeexpriment mal ou n'expriment phis.

En comparant les langues primitives avec célles qui en sont dérivées^ «fl trouverait partout accompISe la loi du raccourcissement des mots ; en outrév les secondes sont bien moins riclies en formes grammaticales que les premières. Le duel, qui existait en sansorit» a dispani dans le pali et le pracrit. Ce dernier confond les déclinaisons» que le sanscrit distingaait si bien ; te dnel y a disparu des verbes comme des noms; le passif n'est plus employé qire raient; la conjugaison offre peu de temps» et seulement eeox qui sont indispensables ; Il n'y en a qu'un pour exprimer l'imparfait, le parftft et Taoriste du sanscrft.

Ainsi l'alténition et la dégradation du langage se sont manifestées par des effets à peu près identiques dans tous les idiomes de la famille indo-européenne» et parient on a eu recours aux mêmes moyens pour remédier au mal.

N0TB6 ADDITIONNELLES

Quand les cas ont fait défaot aux exig^Mes de U pensée, et que, grice à ccA appauTrissement, une même terminaison a pu senrir pour des cas diflérents, alors, pour éviter la confusion, on a placé des prépositions devant les soMantifs. Lorsque les modes et les temps simples des verbes ont disparu, on les a remplacés par des temps et des modes composés avec des verbes diU auxiliaires, comme étft, avoir, vouloir, faire, devenir. Le bengali, dérivé du sanscrit, fatt gra«l usagedes auxiliaires; il en forme quatre modes, le potentiel, TopUtif, nncboatif, le fréquentatif, et une foule de temps ; le passé est forméau moyen do verbe faire, comme le prétérit anglais. Dans Tblndonstani , autre dérivé plus altéré que le bengali et qui a plus souffert des influences étrangères, on emploie comme auxiliaires les verbesé^re et demeurer; le passif se forme en redoublant le verbe être ; le verbe aller est aussi un auxiliaire du passif. L'antique déctinaiaoB zende, semblable à celle du sanscrit, a perdu une foule de cas dans le persan moderne ; ils sont remplacés par les prépositions der, fte, es; beaucoup de temps composés du passé et du futur et la voix passive se forment an moyen du verbe être. Le grec moderne, qui a perdu le parfait et le plus-que-parfait, compose ce dernier avec le verbe avoir, et le futur avec le verbe vouloir, comme Tangiais ; devant le subjonctif il place la conjonction va, comme que en français. Dans les langues néo-Utines les prépositions de, di, da, a ont suppléé aux cas du latin, et les auxiliaires être et avoir sont communs à toute cette famille.

Les langues germaniques ont substitué aussi des prépositions aux terminaisons des cas qu'elles ont perdus; elles emploient toutes pour le taUu les auxiliaires devenir, devoir ou vouloir; mais cet usage des auxiliaires remonte jusqu'au gotiiiqued'Ulphilas. Il en est de même des modernes dialectes slaves. DansTanden slavon, on trouve déjàle prétérit composé avec ie«mi(iesuis) et deux autres tempe formés au moyen d'auxiliaires. On doitconclure de là que nous n'avons pasconm cet langues k Tépoque et au degré de perfection correspondants à ceux où nous sont parvenus les antiques idiomes de Tlnde, de la Perse, de la Grèce et du Latinm. Elles ont passé certainement par un état analogue et complètement synthétique; mais cet état était antérieur aux plus anciens monuments qui nous en restent

Parmi les langues celtiques, Tiriandais, qui a les monuments les plos anciens, présente aussi des formeslgrammaticales qui manquent à tous les autres dialectes, et des vestiges de déclinaisons, spécialement un datif pluriel en aibk, analogue au sanscrit abhyas et an latin abus. Les dialectes bretons et comiques , pins éloignés que le gallois du type primitif, ont l'auxiliaire >e fais, mi a gura en Comouailles, et en Bretagne me a gra. Le gallois exprime le passif par des terminaisons spéciales; le breton n'en possède pas, et se sert du verbe éire comae les langues néo-latines ; le comique occupe h cet égard une station intermédiaire; il possède les for>nes passi?es du gallois, et il emploie, comme le breton, ras\iliaire être.

Tous les idiomes indo-européens sont donc soumis aux lois générales de la transformation des langues, qui s'appliquent également aux langues sémitiquei, quelle que soit la diflérence de leur stracture ; on peut même retrouver des fiùls analogues jusque dans le chinois. De tout cela il faut conclure que Tilalien n*»t pas né de la conquête germanique. Les peuples tudesques ont importé en Italie beaucoup d'expressious ; ils ont contribué indirectement à la décomposition da latin en bouleversant la société; Ils ont amené ainsi un état de choses destructif des traditions et des habitudes littéraires qui avaient protégé la pureté du langage, et favorable an triomphe définitif des patois populaires sur la hngue soignée des hautes classes ; mais c'est par lui-même, en vertu de lois générales, et non ptr suite d'accidents historiques, que le latm a subi les modificationa qui ont dmné naissance aux langues néo-latines.

50TES ADDITIONNELLES

Nous voudrions suivre cette transfonnation dans rUalien avant le temps où il fut employé par le^ auteurs dans des ouvrages de longue haleine. Ce travail n*est pas amusant; mais vous êtes habitué à poursuivre laborieusement la vérité , et ceux qui désormais voudront écrire consdenciensement et sans parti pris d'avance Thisloire de la littérature italienne me sauront, j'espère, quelque gré du mal qu'il m'a donné.

Dès le code lombard on rencontre déjà les tournures qui annoncent ntalien actuel.

RoTiBi 218. Vadat sibi ubi voluerit : explétif tout italien. Se ne vada, 299. Siguis vitem alienamde nna/ossa scappellaverit. Ce dernier mot se dit encore en Piémont, comme mcuea poor strega (sorcière). Strigaquod est nuuca, \b., 197.

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