CHAPITRE XXXIL
LES HÉRACUDES.
LES HÉRAGLIDES.
venu le symbole de la force employée à l'avantage des hommes pour les tirer de Tétat sauvage , et dont Timagination tles Grecs avait fait une création gigantesque élevée dans l'espace qui sépare le ciel de la terre, comme pour en remplir le vide.
Eurysthée, fils de Sthénélus, s'étant emparé du trône au mi. préjudice d'Hercule, il en résulta de longues et cruelles inimitiés. Les Héraclides succombèrent; la maison même d'Eurysthée tomba et fut supplantée par la race de Pélops, dont le Péloponèse reçut son nom. Mais les Héraclides ne cessé- laoo. rent de la combattre comme usurpatrice, et, pour réussir, ils se liguèrent avec les tribus sauvages du nord , principalement avec les Doriens de la Thessalie ; à la tète de ces peuples et des Étoliens, ils assaillirent le Péloponèse. Us avaient déjà tenté de s'en emparer sous Hyllus, fils d'Hercule ; mais cette fois Télèphe, Crespjionte, Eurysthène et Proclès, deux fils d'Aristodème, encouragés par les malheurs des princes, réussirent à s'en rendre maîtres , chassèrent les Pélopides , et se partagèrent le pays. Ainsi, d'achéennes qu'elles étaient, Argos, Sparte, Messène, Gorinthe, devinrent doriennes. Les nw, Etoliens s'établirent dans l'Élide ; les Arcadiens conservèrent leur liberté et recueillirent les débris des populations pélasges fugitives. Toutes lés tribus de la Grèce furent alors refoulées comme le flot par le flot qui le pousse. Les Achéens, chassés de la Péninsule^ se réfugièrent dans l'iEgialée, qui prit dès lors le nom d'Achaîe, et où ils fondèrent douze villes confédérées : Dymes, Olène, iEgium, Bura, Phares, Tritéa, Rhypes, Cér3mée, iEges, Hélice, iEgyra et Pellène. La Messénie resta, pour ainsi dire, dépeuplée sous la domination de Cresphonte; Télèphe régna dans Argos. Les descendants d'Aristodème gouvernèrent pendant neuf siècles ta Laconie, dont les cent villes étaient réduites à vingt-cinq bourgades, et la plus grande partie de la Grèce resta plongée dans la barbarie.
Les Ioniens, désormais, n*occupèrent sur le continent que FAttique, où ils furent accueillis par les Athéniens, grâce à la communauté d'origine, et où ils s'élevèrent bientôt à«,un haut degré de puissance et de gloire. Au dehors, ils occupèrent presque toute l'Eubée, un grand nombre des îles de l'Archipel ; puis, abordant dans l'Asie Mineure avec les fils de Godrus, ils fondèrent Éphèse, Phocée, Golophon, Clazomène, et donnèrent au pays le nom d'Ionie. Gependant les
Éoliens, conduits à leur tour en Asie Mineure par les descendants des Atrides, y bâtirent douze Tilles, parmi lesquelles Smyme était la principale, et la contrée prit le nom d'Éolie ; de là ils passèrent dans l'tle de Lesbos où ils élevèrent la ville de Mytilène. Une partie des Doriens se répandit dans les îles de Crète, de Rhodes, de Gos, et aussi dans TAsie Mineure, oii ils élevèrent Halicamasse, Gnide et autres villes de la Doride. Quelques-uns d*entre eux se dirigé^ rent vers Tltalie méridionale et la Sicile.
Ce bouleversement dura plus d'un siècle, semblable à notre moyen âge, agitation sans but, où toute chose se fractionnait, puis se réunissait et se coordonnait; enfin des nationalités se constituèrent, qui alors équivalaient à nos cités. La civilisation qui suivit n'effaça pas Tempreinte originaire des races. Les Doriens restèrent attachés aux coutumes de leurs ancêtres. Adonnés aux armes, ils recherchaient les titres accordés à l'ancienneté ou à la famille ; le gouvernement resta donc chez eux entre les mains des nobles et des riches. Les Ioniens, plus mobiles, plus passionnés, aimaient le changement et les jouissances de la vie; ils se plaisaient à la navigation et au commerce. Chez eux, la souveraineté populaire succéda bientôt à l'aristocratie, changement qui se fit aux dépens de l'ordre public et de la tranquillité intérieure. Ces différences fùrent encore une des causes qui s'opposèrent à la fusion entre les peuples de la Grèce et entretinrent la rivalité qui animait l'une contre l'autre ses deux principales cités. Les colonies, comme il arrive le plus souvent, se modelèrent sur la mère-patrie, et nous apprenons d'Hérodote (Hb. 1) que les Ioniens avaient divisé l'Ionie en douze cantons, d'après les douze villes qu'ils avaient possédées dans le Péloponèse. Il nous dit encore qu'on y parlait quatre dialectes différents : l'un qui était usité chez les Milésiens ; un autre chez les Lydiens et les habitants d'Éphèse, de Golophon, de Lébédos, de Téos, de Clazomène, de Phocée; un troisième, dans l'tle de Chio et la ville d'Érjrthrée; un quatrième, dans l'Ile de Samos. ^
Cette invasion, improprement assimilée à des colonisations de Doriens, dut accroître les souffrances privées; mais une immense amélioration générale se préparait. Les races septentrionales étaient accoutumées , dans leurs montagnes, à l'indépendance personnelle, et leur indomptable vigueur ne leur permettait pas de se laisser dominer par une volonté
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despotique. En temps de guerre, on obéissait à un chef; mais, quand venait la paix, chacun n'avait plus d'autre loi que son caprice. Cette disposition des esprits fut alimentée par le tumulte des invasions ; car l'homme était alors obligé de faire usage, pour son propre compte, de sa force personnelle, et toute institution sociale restait sans efficacité. Cependant le gouvernement municipal, le seul qui convint à l'esprit indépendant des Hellènes, succéda à l'âge héroïque et féodal, et l'époque mythologique fut remplacée par une ère commerciale et industrielle.
La distinction entre l'Orient et la Grèce n'en devint que B^pubuqaei. plus tranchée, la fierté septentrionale empêchant la nonchalance asiatique de prévaloir. Les Grecs, qui se trouvaient tous sous la dépendance des rois, chassèrent les dynasties ou restreignirent leur pouvoir, se formèrent en républiques, et propagèrent ce mode de gouvernement jusque dans leurs colonies ; l'Épire seule, éloignée des autres États , conserva le gouvernement monarchique.
Alors naquit le sentiment de la liberté politique, caractère distinctif de la nation grecque : il nous fait apercevoir que nous entrons dans l'histoire européenne. Les colonies agrandissent le champ sur lequel doivent s'expérimenter les constitutions, et multiplient le nombre des citoyens appelés à prendre part aux affaires publiques. On y remarque d'abord l'heureuse alliance de l'industrie avec les arts d'imagination; une fois que l'on eut compris qu'il faut, pour obtenir le progrès, délimiter le cercle de l'activité, le poète ne fut plus confondu avec l'historien, le philosophe avec le prêtre. En même temps, les beaux-arts prospérèrent, grâce à l'accord efficace [qui s'établit entre l'esprit qui inventait, et le bras qui exécutait : autre différence entre les peuples nouveaux et ceux dont il a déjà été parlé.
Toutes ces républiques étaient composées d'une.ville et de son territoire, de telle sorte que chacune avait sa constitution propre, variée à l'infini , selon la condition d'égalité ou de dissemblance qui existait entre les habitants ; ce qui ne doit pas nous faire adopter l'erreur commune de compter en Grèce autant d'États que de régions. Il en était ainsi pour l'Attique, la Mégaride, la Laconie , qui , formant le territoire d'une seule ville, composaient chacune une seule république ; maisl'Arcadie, laBéotie, d'autres contrées encore, comptaient autant de petits États que leur circonscription embras-
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sait de villes. Ainsi, aux temps des gouvernements municipaux de ritalie, on disait la Lombardie, la Marche, la Romagne, et cependant ces trois provinces ne constituaient pas trois États ; car chacune de leurs villes avait ses magistrats, ses lois, ses formes d'administration et de justice, non seulement distinctes , mais différentes de celles des cités voisines.
Loii. De môme qu*en Italie, les habitants des divers municipes, dans leiur ensemble, s'appelaient Lombards, Marchésans ou Romagnols, et formaient sous ce nom des ligues offensives ou défensives, ou traitaient de leurs intérêts communs, de même, dans la Grèce, les Arcadiens et les Béotiens se considéraient comme un seul peuple. Souvent plusieurs villes, et même toutes les villes d'une contrée, se confédéraient sans que la constitution intérieure en ftlt altérée. L'apparition d'un personnage illustre, un grand danger ou d'autres circonstances accidentelles donnaient parfois la suprématie à une ville, qui obligeait les autres à lui obéir; mais c'était une domination précaire, cessant avec les événements qui ravalent produite.
Les cités, ainsi constituées, étaient sujettes à de fréquents
changements intérieurs^ soit que le peuple modifiât son gouvernement, soit qu'un législateur imposât une organisation nouvelle, soit qu'un citoyen s'emparât du pouvoir. La petitesse de ces États et l'inquiète vivacité des Grecs multipliaient les révolutions ; mais par elles la nation faisait son éducation. Au milieu des malheurs particuliers, le peuple étendait ses idées, acquérait de l'expérience, et fondait des systèmes de législation dont toutes le$ traces n'ont pas encore disparu.
Il importe beaucoup de connaître l'esprit des constitutions municipales, si l'on veut juger sainement la nation grecque et comprendre comment, avec des forces médiocres à l'intérieur, elle en avait de grandes au dehors; la raison, c'est qu'elle développait sans limites la puissance de l'esprit public. L'émancipation qui suivit l'irruption des Héraclides varia selon les lieux; dans les villes ioniques, elle aboutit à la démocratie, comme nous l'avons dit, tandis que dans les cités doriques, on conserva l'autorité aristocratique. Cependant la protection monarchique ne produisit pas la liberté des individus, mais seulement la liberté et la puissance des cités. Les Eupatrides, les nobles, dominent partout : l'étranger est exclu du droit civil, des mariages, des possessions; la
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qualité d*homme est subordonnée à celle de citoyen ; Tindividu est immolé à la famille et à l'État.
Nous avons déjà vu au prix de quelles épreuves et par quels moyens fut créé et nourri Tesprit national. Bien que les villes se servissent de différents dialectes, elles se considéraient comme parlant une même langue, et se regardaient par conséquent comme les rameaux d'un môme tronc. Homère appelle Bap6api$<p(i>voi, peuples à l'idiome barbare^ ceux qui ne sont pas de race hellénique ; aussi les Grecs considéraient-ils comme un fonds commun les productions de leurs poètes ou de leurs historiens, et cette communauté d'idées formait entre eux un nouveau lien. Ils en avaient encore un autre dans rassemblée des ampbictyons, qui s'était donné une forme plus précise ; bien qu'elle ne fût pas une diète de peuples confédérés, cette assemblée distinguait les peuples en Grecs et barbares, rétablissait la paix entre les premiers, persuadait à l'aide des oracles ce qu'elle croyait opportun, faisait fléchir les résistances et combattait l'étranger. Les populations voisines, les Lydiens, les Gariens, en Asie^ eurent des institutions semblables.
La religion, qui ne se fondait pas sur des livres saints, qui n'avait pas un symbole unique, et n'était pas dirigée par un corps sacerdotal, restait impuissante à former un principe absolu d'unité dans la nation ; cependant le culte extérieur devint un lien accidentel. Les cinquante oracles que nous connaissons en Grèce, étaient, au moins dans le principe, une institution éminemment nationale, puisque, sauf de rares exceptions, on ne pouvait les interroger qu'en grec, et que c'était en grec qu'ils faisaient leurs réponses. Les temples d'Olympie, de Delphes, de Délos, étaient nationaux à un autre titre que les temples égyptiens ou celui de Jérusalem ; ils devaient ce caractère à la nation seule, qui les avait choisis pour y tenir ses assemblées ou y célébrer ses jeux. Les autres confédérations de la Grèce tenaient de môme leurs diètes dans les temples : les Doriens d'Asie, dans celui d'Apollon Triopien; les Eoliens, dans celui d'Apollon Grynéen ; le temple de Neptune d'Hélice était le centre de la ligue des dix cités achéennes d'Asie. Les villes d'Épidaure, Hermione, Égine, Athènes, Prusie, Nauplie^ Orchomènedes Minyens, envoyaient leurs députés au temple de Neptune, dans l'île de Galaurie; près de Trézène. U en était de môme près de Gorinthe; à Oncheste; dans la Béotie; dans l'Eubée,
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au sanctuaire de Diane Amaurusienne , au Panhellénium d'Égine. L*aréopage d*Athènes, sénat vénéré, se réunissait sous les auspices de Mars ; les ambassadeurs étrangers venaient chaque année offrir les prémices de leurs pays aux divinités de TAttique.
J«u^lblk•. La religion présidait encore aux jeux, qui tour à tour devenaient un lien d*unité pour les Grecs. Ces spectacles peuvent être réduits à trois genres : sacerdotaux, aristocratiques et populaires. Aux premiers appartenaient les fêtes de la Divinité, les mystères d*Éleusis, les Thesmophories , les Théophories ou processions aux sanctuaires, les Panathénées, instituées par Thésée en mémoire de la réunion de toutes les bourgades de TAttique; chaque canton y envoyait des députés qui apportaient des offrandes à Minerve, et Ton y traînait une barque en souvenir des Thesmophores venus par mer. A ces spectacles religieux de la Grèce correspondaient à Rome les fêtes religieuses des Saliens , celles de Palès, les Lupercales; les Saturnales: dans le moyen âge, tous les spectacles représentant les mystères avaient la religion pour mobile.
II faut ranger dans la classe des jeux aristocratiques les bai^quets des grands et les solennités des funérailles que nous avons trouvées dans Homère; à Rome, le repas des obsèques ou les banquets joyeux, auxquels on ajoutait des représentations scéniques, et, dans le moyen âge, les cours plénières, les tournois et les cours d*amour. De même qu'à Rome les jeux populaires du cirque, des bateleurs, des gladiateurs, des naumachies, remportèrent sur les autres , de même ceux de Taristocratie l'emportèrent dans la Grèce, qui dut en grande partie aux spectacles sa civilisation. Le peuple y participait en applaudissant; les nobles, en disputant le prix; la religion, en consacrant, par les rites et les symboles, les lieux^ les monuments, les couronnes données aux vainqueurs, comme aux dignes descendants de ces fils des dieux qui avaient institué Tagriculture ou des lois et défendu la patrie.
py^ltê ^^^^ temps où la guerre se réduisait à des combats * corps à corps, les législateurs durent apporter autant de soin
à donner à Thomme la souplesse et la vigueur, qu'on a négligé de le faire depuis que la poudre à canon a mis de pair Thomme le plus faible et le plus robuste. Chaque pays avait donc ses jeux et ses fêtes où l'on s'exerçait à la lutte, à la
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danse, à la masique (1); mais il en était où l'on accourait de toute la Grèce et de ses colonies. Ceux qui se célébraient avec le plus de solennité, étaient les jeux Pythiques , Néméens, Isthmiques, et surtout les Olympiques. Les premiers rappelaient la victoire d'Apollon sur le serpent ou le tyran Python ; tombés en désuétude, ils furent rétablis par les amphictyons après la guerre sacrée contre les habitants de Girrha et de Crissa. Ils se célébraient tous les cinq ans, vers la fin du mois élaphébolion et le commencement de munychion, c'est-à-dire en mars, par des courses de chevaux, de chars, d'hommes armés, par le pancrace des enfants et par des concours de peinture; le prix était une couronne de laurier.
Archémore, fils du roi des Néméens, ayant été abandonné Némé-nt. par sa nourrice, fut tué par un serpent ; afin d'adoucir la douleur paternelle , les héros qui assiégeaient Thèbes célébrèrent des jeux près de la forêt de Némée, entre Cléone et Phlionte. Plusieurs fois abandonnés, puis remis en honneur, ils acquirent un très grand éclat après l'expulsion des Perses, destinés qu'ils furent dès lors à rappeler le sang versé pour sauver la patrie du joug étranger. Celui qui les présidait était vêtu de deuil, et des couronnes d'ache mortuaire étaient distribuées comme récompense. Us revenaient tous les trois ans, I•aua^lM•. comme les jeux Isthmiques, que Thésée, vainqueur du Minotaure par le secours de Neptune, institua sur l'isthme de Corinthe en l'honneur du dieu protecteur des chevaux. Pacificateur de la guerre des hommes et des éléments, il reçut de l'oracle d'Apollon l'assurance que « beaucoup de cités péri-
(i) Athènes eut les Panathénées, pour Minerve; les jeux Olympiques, pour Jupiter; les Héraclides, pour Hercule; les Éleusinies, pour Cérès; les Panhelléniens, pour Jupiter. Argos eut les Héréee ou Junonies et les Hécatomphonies, pour Junon. DansVArcadie se célébraient les jeux Lycéens, pour Jupiter Lycéen; les Choréens, pour Proserpine; les Alées, pour le Soleil; dans la Béotie, les Amphiarées, pour Amphiaraûs; à Lébadée, les Trophonies ou BasOées, pour Jupiter: à Platée, les Êleuthéries, pour la liberté de la Grèce ; à Thespies, les trottes^ pour Cupidon; à Ëgine, les Éaciens, pour Éaque ; à PaUène, les Théosiens et les Herméens, pour Jupiter et pour Mercure ; à Mégare, les Dioelées, les Pythiques, pour le héros Dioclès et pour Apollon ; à Marathon et à Syracuse, les Herculéens; à Éleusis, les Démétriens, pour Cérès et pour Proserpine; dans la Locride, les Ofléens^ sur le tombeau d*Ajax, fils d^OUée; à Sicyone et à Magnésie, les Pythiques, pour Apollon; dans TEubée, les Géresties, pour Neptune; à Orchomène, les Minyéens et les Alcathoës, pour le roi Minyas et pour le fils de Pélops Alcathoûs; à Épidaure, les Esculapiens ou Épidauries, etc., etc.
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« raient encore, mais que celle de Thésée, semblable à une <c outre, surnagerait au milieu des vagues furieuses ».
Les plus célèbres de tous furent les jeux Olympiques, qu'on disait institués par Hôrcule lui-môme. Tombés en désuétude au temps de la guerre de Troie, rétablis par Iphitus, roi d*Élide, contemporain de Lycurgue, abandonnés de nouveau, ils furent plus tard tellement en honneur, que le nom des vainqueurs était gravé sur des tables de marbre dans le gymnase d*01ympie. Un historien postérieur comprit que cette série de noms pouvait fournir les éléments d'une chronologie ; en effet, les Grecs divisaient le temps par olympiades, la première commençant à celle dont sortit vainqueur Gorœbus d*Élée, dans le solstice d*été de l'année 776 avant J. -G., vingt-trois ansavant la fondation de RomeXl). Gesjeuxse célébraient tous les cinq ans dans Oljrmpie, et duraient cinq jours; il y avait cinq exercices différents {pentaMe) : saut, course, lutte, jet du disque et du dard. La course se faisait dans un espace que l'on appelait stade, et qui devint la mesure de distance chez les 'Grecs ; elle équivalait à un huitième du mille. On parcourait quelquefois jusqu'à vingt^cinq stades en portant l'énorme pierre qui servait de borne. Ghez les Grecs, bien éloignés de la férocité romaine, c'eût été un opprobre que de tuer son adversaire ; pour être admis^ à combattre dans l'arène, il fallait n'être ni esclave, ni étranger, ni infâme, et s'être exercé durant dix mois sous un maître.
Les prix étaient très riches dans certaines localités; à Sicyone, à Thèbes et ailleurs, on donnait aux vainqueurs des esclaves, des chevaux, des mulets, des vases d'airain et d'argent, des armes, une somme d'argent monnayé ; ils rentraient dans leur ville natale par une brèche ouverte dans les murailles, comme si l'on eût voulu faire comprendre qu'une cité qui possédait de tels citoyens n'avait pas besoin de remparts; l'un d'eux vit dans Agrigente trois cents chars, attelés chacun de quatre chevaux blancs, faire cortège à son triomphe. On ne recevait à Olympie qu'une couronne d'olivier; mais le Spartiate vainqueur obtenait un grade éminent dans l'armée, et l'Athénien pouvait siéger dans le prytanée à c6té des magistrats.
Des cérémonies religieuses et symboliques accompagnaient
(i) Le solstice d^été de cette année 776, selon Lalande, am?a, sous le méridien de Pise, le juillet à 11 heures 13' 53" du matin; la nouveUe lune moyenne, le 8 juillet, à 9 heures 29' 33" du matin.
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les jeux; les bornes étaient marquées de Tœuf de Castor et PoUux, symbole égyptien de la création. Gérés était représentée sur la barrière du cirque; le gymnasiarque avait un caractère sacré ; la pompe qui précédait tout exercice était une procession ayant une signification chronologique, et dans laquelle apparaissaient les images des dieux, des héros, des inventeurs des arts (1). Les jeux du cirque eux-mêmes représentaient le système du monde, et les chars, qui étaient au nombre de douze comme les signes du zodiaque, recommençaient sept fois le tour de Tarène, conformément au nombre des planètes.
Tant que duraient les jeux Oljrmpiques, on faisait trêve à toutes les inimitiés; jamais un homme armé ne pouvait pénétrer dans rÉlide; ses habitants, enrichis par le concours des nationaux et des étrangers, à Tabri des invasions du dehors, exempts des dissensions continuelles dont la Grèce était le théâtre, vivaient en paix au milieu de populations sans repos. « G*est à bon droit, dit Isocrate {Panégyr.)^ que nous louons ceux qui, parmi nous, ont institué ces assemblées fameuses auxquelles nous convie une fraternelle alliance. Là cessent nos inimitiés; des vœux et des Sacrifices communs nous y rappellent notre commune origine, et resserrent les liens de Tamitié ou de Thospitalité. L'ignorant, comme le savant, y participe également. Dans ces réunions générales des Hellènes, les uns peuvent étaler leurs richesses, d'autres s'intéresser à la lutte. Personne n'est inutile ; chacun a ses jouissances, et tous sont heureux, les uns en voyant les efforts tentés pour obtenir leur approbation, les autres en pensant que cette multitude qui les entoure est venue là pour assister à leurs combats. »
Dans le but de faire servir les divertissements à l'éducation nationale et de convertir les jeux publics en récréations de l'esprit, on associa bientôt aux exercices du corps la musique, la poésie et la lecture : tandis qu'Alcibiade conduisait à Olympie sept chars dans un jour, Pythagore et Platon discutaient au milieu des lutteurs; les princes éloignés envoyaient leurs chevaux pour disputer le prix de la course; peintres et sculpteurs exposaient au jugement public, les uns leurs tableaux, les autres leurs statues, que les modernes admirent et ne peuvent égaler; Hérodote y lisait ses
(4) Mâcrobb, Satumakt^ I, 23.
DEUXIÈME ÉPOOUE.
histoires, Empédocle son poème des Purificaiùms; Corinne y enlevait à son maître Pindare le prix de la poésie lyrique ; Eschyle, Sophocle, Euripide, y représentaient leurs tragédies ; les orateurs y prononçaient des harangues applaudies par un peuple qui pardonnait la présomption , pourvu qu'on sût caresser son oreille; les grands hommes y jouissaient de leur gloire; Thémistocle y obtint sa plus douce récompense, et Platon y eut un avant-goût de son immortalité.
Fm DU PREMIBB TOLUKE.