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CHAPITRE XXXI

REUGION CHEZ LES GRECS

Les concordances générales des religions pourront être ap- originM. pliquées par chacun aux religions, déjà examinées, des Babyloniens, des Égyptiens, des Indiens, des Phéniciens, de même qu'à celles des Perses et des Chinois, auxquelles nous viendrons plus tard. La religion passa de l'Orient chez les Grecs avec les caractères du symbole, de la magie et de l'allégorie. Hérodote raconte qu'une colonie africaine tenta anciennement de s'établir dans la Grèce, en y fondant un sanctuaire et un oracle. Les prêtres de Thèbes aux cent portes affirmèrent à Diodore de Sicile (1) que l'oracle de Dodone et celui d'Am-

(1) Uvre IL

en

DEUXIÈME 6P0Q0B

mon, dans la Libye, avaient été fondés par deux prophétesses enlevées par les Phéniciens, et vendaes, Tane dans la Libye, l'autre en Grèce, ce qui se combine parfaitement avec la tradition déjà rapportée des deux colombes (t)«

Nous avons déjà remarqué, dans la mythologie de Tlnde et celle de TÉgypte, que non seulement les éléments, mais encore les formes, ressemblaient à ce que nous voyons en Grèce. Les Occidentaux rapportent à Janus Torigine des-sacrîflces et des travaux les plus importants, que les Orientaux font remonter à Ganesa, dieu de la sagesse; Saturne préside, comme Satyavrata, à Tâge d'innocence et de paix; Indra, comme Jupiter, commande aux vents et aux orages ; le triple foudre arme sa main, et il est servi par Tai^^e Garouda. Quand Siva combattait les Daltyas ou fils de Diti, révoltés contre le ciel, Brahma lui fournissait des flèches enflammées. Parvati, femme de ce dernier, altière et majestueuse comme Junon, siège à côté de son époux sur le mont Kallasa et aux banquets des dieux, revêtue d*un manteau parsemé d'yeux, et avec le paon, sur lequel est assis son fils Kartikéya, armé de dards et d'un glaive. Lakchmi est née de Técume de la mer et sortie d'une coquille, comme Vénus. Vénus a pour cortège les Grâces; Rambha est escorté par les Apsaris on filles du paradis. Dourga, de même que Minerve, est armée du casque et de la lance, et représente la valeur pmdente; elle a vaincu les géants et protège les hommes sages et vertueux. Le conquérant divin Rama avait pour auxiliaires une troupe de singes, comme Bacchus en avait une de satyres ; son général était Hanouman, c'est-à-dire l'homme aux grosses joues, qui rappelle Pan et Silène, et qui perfectionna la flûte. Krichna tua le serpent Kalinga, comme Apollon le serpent Python. Il garda les troupeaux d'Ananda, et choisit neuf jeunes filles pour passer gaiement ses jours. Sourya, ainsi que Phébus, est tiré par sept chevaux, précédé par Ardjouna ou Aurona; et qui sait jusqu'où iront les analogies, quand on connaîtra les Pouranas (2)?

Ces idées parvinrent dans l'Occident par la voie de la Thrace, à laquelle Hérodote attribue tout l'honneur de la religion grecque; il affirme, et Diodore après lui (3), qu'Orphée

(1) Voir la note 2 de la p. 617.

(2) Voir ci-dessus, p. 331 et suiv.

(3) Hbrodotb, II. — DioDORB DB SicuB, Bibl, hisL, I, 23 et 69.

REUGfON CUE2 LES GRECS.

et Homère, qui enseignèrent aux Orecs les cérémonies du culte, les avaient apprises des Égyptiens; que Mélampode (1) apporta de TÉgypte les sacrifices à Dionysius, les récits de Saturne et des Titans, et toutes les aventures de leurs dieux; qu'enfin c'était toujours de TÉgypte que Ton tirait les tensse, chars dont on se servait pour transporter les images des dieux dans les pompes religieuses (2). A Athènes, la statue de Minerve était accompagnée d'un crocodile. Nephti, femme de Typhon, dieu de la mer, reparaît dans le mythe grec de Neptune et Thétis; près deMemphis était le lac Achéron, entouré de prairies et d'étangs limpides, que l'on traversait pour parvenir aux grottes sépulcrales; les morts étaient passés par Anubis à la tète de chien, que l'on décomposa en Cerbère et Garon; Ménès devint Miuos, et Rhadamante est identique avec le roi d'Amenthé, c'est-à-dire de l'enfer, surnom d'Osîris.

Il faut dire cependant que la civilisation pélasgique, commune à TAsie occidentale et à la Thrace, aux îles et à l'Italie,

(1) HÉRODOTE, I. — Scol. sur VOlymp, V. de Pindare, st. \,

(2) HÉRODOTE, U. Nous avons indiqué ceux qui excluent tout à fait l'influence égyptienne ; en ne les suivant pas, nous manifestons notre opinion ; mais des volumes suffiraient à peine pour la discuter. — Voyez sur les véritables origines de la religion des Grecs les observations émises par QuiONiAUT, et d'après lesquelles il établit que les premiers germes, les linéaments primitifs des croyances religieuses des Grecs, comme les racines et les formes générales de la langue qui leur servit d'expression, ont été apportés par eux de ce berceau asiatique, où ils durent vivre, un temps plus ou moins long, à l'état de tribu, en communauté de race avec les autres membres de la famille de peuples qu'on appelle indo-européenne ou indo-germanique, pour marquer les deux termes plus ou moins distants de ton expansion. Voilà pourquoi les rapports véritablement originels de leur mythologie devraient être cherchés non pas dans l'Egypte, ou la Phé« nicie, ou l'Assyrie, en on mot dans les pays habités par la famille des peuples sémitiques, mais dans une partie de l'Asie Mineure, dans la région au sud du Pont-Euxin et du Caucase, et surtout dans la Perse et l'Inde, dont le point de jonction au nord parait avoir été aussi le point de réunion, puis de séparation, des tribus qui descendirent sur ces contrées pour les civiliser, et de^ celles qui s'en allèrent au loin peupler notre Europe et d'abord ses péninsules méridionales. Creuzer, tout en admettant les colonies d'Égypte, de Phénicîe, d'Asie Mineure en Grèce, au sens littéral de traditions en partie factices et qui ont besoin d'être interprétées, a cependant fait preuve d'une louable impartialité, d'un coup d'œil aussi étendu que pénétrant, lorsqu'il indique les pays situés au nord de la Grèce comme ayant été, « médiatement ou immédiatement, l'une des sources les plus fécondes de ses primitives institutions i>. Voy. îiotes du liv. V, des Religions de l'antiquité; Paris, 1849.

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était antérieure à TinflueDce égyptienne. On a écrit, en effet, que Dardanus alla en Étrurie avant de passer en Samothrace et dans la Troade (1) ; or la Thrace, devenue sauvage depuis, est signalée comme le théâtre des prodiges poétiques, et peut-être avait- elle été policée par le gouvernement de quelque tribu sacerdotale. Des éléments scythiques se montrent aussi dans la civilisation grecque, comme nous Tavons indiqué précédemment : c'est Proméûiée enchaîné sur le Caucase,. Artémise adorée dans la Tauride ; c'est enfin THyperboréen Abaris et le Gète Zamolxis, qui eurent une si grande part dans les rites d'Apollon et de Bacchus.

Nous pensons donc que, dans la Grèce les croyances, de même que la population, dérivèrent de plusieurs sources, et qu'il est aussi difficile d'en distinguer les divers éléments que de les réduire en un tout uniforme. La route suivie dans ces migrations est signalée par une chaîne de noms confus, de divinités et de prêtres : ce sont les Dactyles de l'Ida, les Corybantcs de Phrygie, les Cabires et les Coïes de Samothrace, les Garciniens et les Gynthiniens de Lemnos, les Telchines de Rhodes et de son voisinage, les Gurètes de Grète, et d'autres encore sur lesquels Strabon ne put recueillir que de rares documents, qui sont même incertains. Les Dactyles exploitaient les mines du mont Ida, occupation commune aussi aux Telchines, et qui montre que les arts marchèrent Phi7gi«M- avec la religion. Les Phrygiens se considéraient comme le peuple le plus ancien de la terre, et leur religion indique une grande antiquité. Ma, la Grande Mère, avait arraché les hommes à leur stupidité native, et le culte de son image grossière, tombée du ciel sur le mont Gybèle, se répandit au loin dans l'Asie Mineure ; les cités opulentes, Smyrne, Magnésie et autres, la perpétuèrent sur leurs monnaies; Pessinonte, ville d'un commerce très actif, lui éleva un temple doté de vastes domaines, avec un grand nombre de prêtres, qui exercèrent même, durant un temps , l'autorité royale. Rome elle-même lui dressa des autels {fj. A la Grande Mère, ou Gybèle, on associait Atys; sa perte et sa résurrection étaient célébrées par des fêtes qu'attristaient d'abord des gémissements et les sons plaintifs de la flûte sur le mode phrygien, et qu'égayaient ensuite les éclats d'une joie fana-

(\) Dbnys d'Halicarnassb» I, 68.

(2) Crbuzer, liv. IV, ch. m, de la Symbolique.

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tique. C'était alors un fracas de cymbales et de tambours étourdissant, avec des danses de prêtres qui, les cheveux épars et secouant des torches de pin, couraient en hurlant à travers les montagnes et les vallées, se frappaient Tun à Tautre les bras, les jambes, et se mutilaient même pour étaler avec orgueil les sanglants trophées de leur fol enthousiasme ; puis, sales, déguenillés, ils montaient sur un âne et s'en allaient mendiant, méprisés par tout le monde à cause de leurs mœurs dépravées (1).

C'est ainsi que le génie sauvage des montagnards phrygiens avait déformé par ses douleurs sombres et plaintives , par ses joies sanguinaires et voluptueuses, le culte de la nature importée de TAsie intérieure , culte dont l'objet était peut-être de célébrer dans Atys le moment oîi le soleil reprend vigueur après le solstice , et , dans Cybèle , la force productrice. Quand les Grecs et les Romains l'adoptèrent, ils le confondirent avec celui de leurs propres divinités , et le mythe antique s'obscurcit de plus en plus.

Les Pélasges , «au dire d'Hérodote qui l'avait entendu raconter à Dodone , dans leurs sacrifices , oîi ils offraient toutes sortes de victimes , ne faisaient qu'invoquer en général les dieux, sans les désigner par un nom ou un surnom particulier (2). On pourrait croire que le père de l'histoire voulait indiquer ainsi qu'ils ne reconnaissaient qu'un seul Dieu; mais il leur attribue l'invention de quelques divinités plus tard adoptées par les Grecs et inconnues aux Égyptiens , telles que Junon, Vesta, Thémis, les Dioscures, les Grâces, les Néréides (3). Peut-être, dans le culte des Pélasges , la nature était-elle divinisée , et ses forces fécondantes ou régulatrices exprimées en symboles , dont quelque trace resta dans le culte hellénique. Tels auraient été le dieu Pan et toute sa famille aux pieds de chèvre , qui n'étaient pas acceptés comme habitants de l'Olympe. Les arbres consacrés aux divinités; ies fruits, les fleurs, les animaux qui leur servaient d'attributs, n'étaient peut-être que la représentation symbolique du dieu , alors qu'on ne lui avait pas encore donné la forme humaine. L'Arcadie, demeure des Pélasges, conserva longtemps leur religion , qui n'y fut pas modifiée

(1) Coryhantesy Curètes, Galles, Cybèles, Métragyrtes, TauroboleSy sont les noms divers de ces prêtres.

(2) Hbrod., lib. II, 52.

(3) Id., lib. U, 59.

HiST. owrv. — T. I. 40

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par les poètes ; de telle manière que les divinités de TOlympe y arrivèrent tout embellies des aimables fictions de la poésie grecque, et obtinrent une espèce de supériorité sur les dieux indigènes , qui conservaient leur physionomie locale. ctMrf. Nous avons trouvé déjà le culte des Gabires en Phénicie; mais c'est aux Pélasges qu'est dû rétablissement de leurs mystères en Samothrace. La doctrine secrète y était expliquée diversement , selon les degrés de Tinitiation ; dans les degrés inférieurs , les Gabires et les Dioscures étaient représentés comme des planètes personnifiées , apparaissant sous forme d'étoiles et de feux propices aux navigateurs, ou comme des héros appelés au ciel ; mais on exposait aux illuminés ridée d'une trinité : Axieros, Axiokeros^ Aanokersa, c'est-à-dire le tout-puissant, le grand fécondateur et la grande fécondatrice (1), qui avaient pour ministre Casmilos. La croyance aux démons et à une vie future s'y était insinuée jusqu'à un certain point. Dans cette île, théâtre de grandes révolutions volcaniques, débarqua Dardanus, venant d'Étrurie; il inventa les radeaux, sur lesquels il transporta les Gabires en Asie. Orphée y aborda aussi avec les Argonautes , et se fit initier à ces mystères , qui furent réformés par Jason, frère de Dardanus. Depuis lors, elle fut visitée sans cesse par de pieux étrangers, que le pontife venait, à leur débarquement, recevoir sur le rivage. Les anactotélestes, ou chefs des mystères, assuraient les initiés contre les tempêtes , les maladies et autres mésaventures ; mais les mystères tendaient surtout à la sanctification des âmes. Le néophyte devait faire la confession de ses péchés subir des épreuves sévères et offrir des sacrifices expiatoires ; le prêtre (2) pouvait absoudre, même de l'homicide, mais non du parjure ni du meurtre dans les temples, crimes que l'on portait devant un tribunal de fondation antique qui pouvait les punir, même par la peine de mort.

Les naturels et les voisins de 111e se faisaient initier dès l'enfance, afin d'éviter les épreuves rigoureuses. Dans celles-ci, le novice, couronné d'olivier et ceint d'une écharpe de couleur pourpre, était placé sur un siège; les initiés, formant le cercle autour de lui et se tenant par la main , commençaient à danser en rond , en chantant des hymnes

(1) Scoliaste d*Apolloniu8 de Rhodes, I, 917.

(2) On appelait Coie (xotTic) le prêtre qui présidait à Tinitiation, peutêtre du verbe àxoveiv, écouter, ou de Thébreu cohen, prêtre divin.

RELIGION CHEZ LES 0REGS

sacrés. L'initié, de même que le Brahmane, ne déposait plus la bandelette sacrée, qui fut depuis adoptée dans les rites bachiques; les cérémonies impudiques étaient communes aux deux rites. Ces mystères devinrent partie principale des religions dltalie ; les Romains leur rendirent un hommage solennel en donnant la liberté à Tile sainte. On en a trouvé des vestiges même dans les îles Britanniques , et ils ont survécu jusqu'à nos jours dans certaines sociétés secrètes (1). Le Jupiter de Dodone, également pélasgique, avait pour Dodona.

(1) Depuis Frérbt, qui affirmait, en parlant des Cabires : « Que la question qui les concerne est un des points les plus importants comme des plus compliqués de la mythologie grecque; que les anciens se contredisaient faute de s*entendre, et que les modernes, en accumulant avec plus d^érudition que de critique leurs différents témoignages, ont embrouillé la matière au lieu de Téclaircir {Mém, de VAcad, des inscr.^ t. XXVII, p. 12 et suiv.) » ; depuis Fréret, disons-nous, des savants, des archéologues d*une haute valeur, sont revenus sur cette grave question, et Ton trouvera, dans le volume d*éclaircissements à la Symbolique de Creuzer, publié à Paris en 1849, un travail sérieux de Vinet, dans lequel il apprécie les différents systèmes suivis par Schelung, Wblckbr, O. Mûllbr, Gerhard et Creuzer lui-même dans de récentes publications. « Au milieu d'opinions si divergentes, dit à ce propos M. Maurt, le critique éprouve un sérieux embarras. Les Cabires sont-ils des divinités pélasgiques, comme le soutiennent MM. 0. MûUer et Gerhard, ou ont-ils été apportés par les Phéniciens, ainsi que Tadmet M. Schelling, et que Tout soutenu avant lui plusieurs érudits éminentsf Uétymologie du nom de Cabires nous semble se classer incontestablement parmi les mots d*origine sémitique : il est dérivé en droite ligne du pluriel hébralco-phénicien kabirim, qui signifie, les puissants, les forts; et les anciens ne se sont pas mépris sur la signification de ce nom, car ils Tout constamment rendu par les expressions de Ocol iiiyttXoi. Ajoutons que si ces dieux avaient été d'origine pélasgique, on en retrouverait le culte en Grèce, dans TArcadie, dans rËpire, dans les contrées, en un mot, où les Pélasges avaient leurs plus anciens établissements; or, nous ne rencontrons, au contraire, le culte cabirique que dans des Ues, telles que Lemnos, Samothrace, Imbros. Si le culte des Dieux Cabires n'apparait point en Grèce à une époque ancienne, on le rencontre, en revanche, établi en certains lieux de TAsie depuis une haute antiquité. On adorait les Cabires à Béryte, à Pergame ; c'étaient les grands dieux des navigateurs phéniciens, qui plaçaient leurs images à la proue de leurs navires (Movbrs, 1. I, p. 652). M. Creuzer a donc eu raison, ce nous semble, de se prononcer pour Torigine phénicienne des Cabires; et, quant à ce point de la question, nous ne saurions nous rendre aux idées des partisans du système hellénique. D'ailleurs, le caractère profondément mystique qui semble avoir appartenu aux Cabires de Samothrace, ces mystères si anciennement célébrés en leur honneur. De conviennent guère au naturalisme assez grossier qui constituait vraisemblablement le fond de la religion pélasgique, et qu'on retrouve encore assez pur chez certaines populations italiques, n Voy. t. II des Religions de Vantiq., p. 1072 à 1105.

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interprètes les Seilliens ou Elliens, qui peut-être sont la souche des Hellènes. Le Jupiter de Thessalie était récent ; mais plus ancien était celui de Thesprotie , dans le pays des Molosses , oh Ton voit encore près de Janina beaucoup de constructions cyclopéennes (1).

Éphèse, asile des Ioniens, ville très ancienne de la Lydie, à Tembouchure du Gaîstre dans la Méditerranée, devint par sa position un entrepôt des plus importants de TAsie Mineure, et servit de centre à cet admirable échange d*idées qui se CQjitinua si longtemps entre la Grèce et TOrient. Métropole des religions, elle conserva, durant des siècles. Tune des idoles les plus vénérées du paganisme , jusqu'à Tinstant où Tapôtre des nations vint y prêcher pour sa destruction. On attribuait aux Amazones la fondation du premier temple de Diane, reconstruit plus tard en vingt-deux ans aux frais de toute la Grèce. Incendié par Érostrate le jour où naissait Alexandre, il se releva plus splendide; un tremblement de terre le renversa pour jamais, lorsqu'à la voix des pêcheurs galiléens s'écroulaient les temples et les idoles du paganisme.

La Diane d'Éphèse, enveloppée de bandelettes hiéroglyphiques avec la croix en tête, ofiFre l'aspect d'une momie, et indique une origine égyptienne , de même que ses^ bras , soutenus horizontalement par deux barres , annoncent une antiquité grossière (2).

Dans la suite, les Grecs la dégagèrent à moitié de cette enveloppe, et, en multipliant ses mamelles, firent d'elle une Panthée aux attributs les plus divers ; toutefois ils maintinrent l'injonction de ne la reproduire qu'en ébène. Ils mêlèrent à son culte les idées médo-persiques sur les deux principes et le culte de la lumière ; ils donnèrent aussi le nom perse de Mégabyzes à ses prêtres, toujours étrangers, eunuques, assistés par des jeunes filles dans les cérémonies, et maîtres consommés dans les impostures de la magie (3). Lorsque Grésus vint assiéger Éphèse , ses habitants , au

(1) Hésiode appelle cette contrée HeXa<r)rctfv Idpotvov, ap. Strab.

(2) 0. MûLLER attribue Torigine de la Diane d^Éphèse à la Oappadoce, et appuie cette opinion sur le rapprochement qu'il établit entre les Amazones, auxquelles on attribue la fondation du temple, et les Hiérodules, prétresses de la Nature' chez les Cappadociens.

(3) Ottfried ^ller, dans son Histoire des Doriens (allemand), persistant à exclure Timportation étrangère, regarde le culte d'Apollon comme purement dorique et ne se rapportant en rien au soleil ; il veut aussi que la Diane d^Ëphèse soit originaire de Cappadoce.

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moyen d'une corde , réunirent le temple de la déesse aux murailles de la ville , qui dut à cet expédient d'être respectée comme sainte.

Olen chantre sacré antérieur à Pamphus et à Orphée, i>*o«conduisit de la Syrie à Délos une colonie sacerdotale , qui y porta le culte d'Apollon et d'Artémis, ainsi que leur histoire qui se chantait en hymnes sacrés dans les solennités. On y disait qullithye , première génératrice , fut jmère d'Éros ou de TAmour , ce grand lien qui rapproche les éléments les plus divers , et qu'elle aida Latone à enfanter les deux grandes lumières du monde , figurées par Diane et Apollon.

C'était là le culte hyperboréen de la Nature : les Hyperboréens , en effet , envoyaient chaque année un tribut à l'île . sainte, à travers le pays des Scythes et le golfe Adriatique; ce tribut, vestige peut-être de quelque ancienne migration, ne consistait pas en victimes, mais en prémices de froment, d'orge, de fruits, conformément aux rites simples de ces peuples septentrionaux (1). Le général perse Datis nous fournit la preuve que l'on adorait seulement dans cette île les symboles du pouvoir créateur et fécondant de la nature ; car , lorsqu'il envahit l'Asie Mineure , renversant les idoles et les temples par suite de la haine de sa nation pour l'idolâtrie, il respecta Délos et laissa la liberté à ses habitants.

Dans l'île de Chypre , le culte , qui se rapprochait beau- Chypre, coup de celui de la Cilicie , indiquait des relations avec la Phénicie , avec l'Égypte , et même avec l'Éthiopie , d'où une colonie serait, dit-on, venue la peupler. Vénus et Adonis étaient l'objet de fêtes voluptueuses, et, dans l'adoration du phallus , les hiérodules ou prêtresses n'étaient couvertes que d'un voile transparent, tandis que les hommes s'habillaient en femmes. Les autels ne devaient pas être ensanglantés par des sacrifices , et l'on n'admettait que des victimes mâles (2).

La Crète , dans une situation favorable entre l'Orient , l'É- crète. gypte et l'Europe, reçut de bonne heure des institutions

(1) 0. MQller suppose que ces Hyperboréens qui enyoyaient tous les ans des offrandes à Délos, légende qu'on retrouvait encore à Delphes et à Olympie, n'étaient autres que les Illyriens, en relation depuis l'antiquité la plus reculée avec les Doriens, attendu que le nom d'Hyperboréens s'appliquait ou du moins pouvait s'appliquer à tous les peuples qui habitaient au delà du vent Borée.

(2) MuNTBRy Der Tempel der himmlischen Gôttin zu Paphos; Copenhague, 1824.

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étrangères , comme rindiquent ses labyrinthes , ses temples creusés dans le roc, ses idoles sous forme de taureaux. Toutes ces idées se mêlèrent avec celles des Phéniciens , qui s*y établirent de bonne heure , et avec celles des différents peuples qu*y amenait le commerce; de sorte que tous les dieux provenant de TAsie supérieure furent accueillis dans la famille crétoise de Zeus etd*Héra, c'est-à-dire de Jupiter et de Junon , d'où se forma cette immense lignée de divinités.

Si nous suivons volontiers dans leur route ces migrations religieuses , c'est qu'elles nous révèlent en môme temps les origines des pctpulations. La distinction que nous avons supposée entre les tribus primitives de la Grèce nous est ainsi attestée par la diversité des cultes , restreints d'abord dans de petites localités , oti par la suite chacun eut son sanctuaire de prédilection. Apollon habitait le nord de la Thessalie, et Bacchus présidait aux orgies de la Béotie. Neptune recevait des sacrifices sur les rivages du golfe Saronique et dans Corinthe, Junon dans Argos, Pan et les divinités pastorales en Arcadie; dans la Thrace, les divinités guerrières, Arété, Euyalios (Hercule), Sabazios (Bacchus); Apis à Sicyone, et d'autres ailleurs. Des relations pacifiques, les chants des poètes , les droits de souveraineté , les considérations politiques , étendirent par degrés le domaine de chaque dieu et convertirent les rites domestiques en rites particuliers à un pays, puis en rites nationaux. Or, comme ces rites n'étaient pas l'œuvre des prêtres et des savants, mais celle du peuple, on ne songea point à réduire à l'unité, à un système unique de dérivation, les diverses théogonies; on se contenta de les embellir, sans prendre soin de les accorder entre elles (1).

Hérodote connaît l'époque où s'introduisirent quelques divinités, le culte cypriote d'Aphrodite, celui du Phrygien Zeus et de la Grande Mère. On rencontre dans les poètes des restes du culte de la Nature; dans Homère, Agamemnon jure par le Soleil, par la Terre, par l'Eau, par les dieux infernaux, et, dans une foule d'endroits, se manifeste un polythéisme antérieur à celui de l'Olympe. La substitution du culte hellénique au pélasgique ne dut pas s'effectuer sans luttes : Jupiter, en effet, ne règne qu'après voir détrôné Saturne ; Héphestius ( Yulcain ) , chassé d'un coup de pied de

(1) « La mythologie des Grecs est une harmonie enchanteresse qii*an soufîOe venu de la patrie d*an peuple plus ancien fit produire à lenrs chalumeaux. » Bacon,

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rOlympe, va tomber à Lemnos, refuge pélasgique; dans Homère, les dieux se divisent en deux camps, Tun favorable aux Pélasges de Troie , l'autre , aux Hellènes ; dans Hésiode , les dieux se rappellent que c'est à travers une série de révolutions qu'ils sont arrivés à la dernière forme , et Jupiter luimôme est un usurpateur. Les Hellènes, en effet, substituèrent peut-être leur culte à Tantérieur, et humanisèrent les croyances naturalistes de l'âge précédent, c'est-à-dire les élevèrent, au moyen de l'anthropomorphisme à la vie, à la passion, à la beauté.

Mais les religions étrangères ne purent jamais parvenir à ^/^gj"^^ rendre la Grèce ni septentrionale ni orientale; loin de là, ce iaor*ce. fut elle qui les modifia conformément à sa nature. Dans rinde dominait l'idée de l'absolu, immuable, indéfini, près duquel l'homme n'était rien; en Grèce, l'homme recouvre son individualité, lutte avec le Destin , et croit qu'il y a du courage à se raidir contre ses coups. Dans les croyances orientales , le dieu , mû par l'amour et la compassion , s'abaisse jusqu'à l'homme; dans les croyances grecques, l'homme peut s'élever jusqu'aux dieux qui jouissent d'un éternel bonheur dans le ciel et s*y abreuvent joyeusement de nectar. La personnalité de l'homme , idée dominante de la Grèce, se traduisit dans leur religion, oîi la vie respirait de toutes parts. Dans le culte pélasgique , les Grecs avaient trouvé une constante préoccupation des phénomènes, des transformations, des cataclysmes de la nature; mais, s'ils conservaient le naturalisme au fond de leur polythéisme, du moins l'avaient-ils limité aux phénomènes supérieurs, réloignantdela nature inerte pour le rapprocher de l'humanité , qui en était pour eux l'expression la plus élevée. Us revêtaient des formes de l'élément humain la nature matérielle , qu'ils cherchaient à idéaliser dans ses principes les plus actifs. Le repos suprême de l'Asie fit place à l'action sensible et humaine ; le symbole muet, au symbole épique et éloquent; le sens philosophique, à la perfection des formes ei aux charmes de l'imagination. L'idée de la* beauté, de la variété, de l'élégance, domina en Grèce dans la religion comme dans la littérature; aussi les Grecs abandonnèrent-ils toute autre forme pour l'anthropomorphisme , assimilant les hommes aux dieux, et attribuant à ceux-ci des généalogies , des exploits , des passions , ce que les prêtres de Dodone appelaient des inventions d'hier.

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C'est ainsi qu'ils formaient les dieux à leur image, en les élevant toutefois à un degré surhumain. Les Gabires ne sont plus, dans le culte des Doriens, que les fils de Tyndare le Lacédémonien. Toutefois, devenus de simples rejetons de la race humaine, ils conservent une empreinte divine, trace de leur origine première. Une étoile brille sur leur tête ; l'œuf dont ils étaient sortis se change en bonnet phrygien, et le nom deDioscures, bien plus ancien que celui de Tyndarides, parait se rapporter à leur domination successive dans le séjour des ombres. Sur cette heureuse terre, entrecoupée de montagnes et de forêts, baignée par la mer qui y pénétrait profondément, entourée dlles innombrables, renouvelée par de fréquentes migrations, l'énergie des habitants ne pouvait se courber sous le joug sacerdotal. Les héros ne l'auraient pas soufiTert, et la chute des trônes héréditaires, l'arrivée des Héraclides descendant des montagnes septentrionales, donnèrent au pays une nouvelle vigueur; aussi les mœurs, les idées, les constitutions, la poésie, s'éloignèrent-elles chaque jour davantage du mysticisme oriental. Si les prêtres formèrent d'abord quelques castes distinctes et restreintes, elles furent bientôt dissoutes, et l'accomplissement de quelques rites fut réservé à certaines familles. Tels étaient les Asclépiades à Gos, les Ëunides et les Dédalides à Athènes, les Héliades à Élis, les Talthybiades à Sparte, les Selles à Dodone. Les Eumolpides, issus de Musée, fils de la Lune, remplirent à Éleusis les fonctions de prêtres proprement dits, prêtres d'un ordre supérieur comme il existait en Égypte, et qui étaient le chantre, le scribe sacré, le prophète, le stoliste; parmi eux, on prenait V Hiérophante des mystères d'Éleusis, qui avaient pour hérauts et sacrificateurs les membres de la famille des Céryces (\). Aux Butades était confié le culte de Minerve à Athènes, et les Étéobutades avaient un emploi dans les Scirophories. On choisissait le prêtre de Gérés parmi les Péménides, et les Taulonides fournissaient les sacrificateurs pour les fêtes des Diipolies.

Les prêtres, ne formant point une caste privilégiée, n'employèrent pas d'écriture hiéroglyphique et connue d'eux seuls, de telle sorte que l'instruction se répandit dans toutes les classes, et que les sciences restèrent indépendantes de la

(1) Voy. la note 15 sur les famiUes sacerdotales de TAttique, par Gui- ONiAUT, dans le dernier volume de sa traduction de la Symbolique^ Paris, 1851, p. 1137 et suiv.

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religion, à la grande différence de ce qui existait en Orient. Les cultes vaincus se cachèrent et devinrent mystérieux, comme on le remarque pour les Gabires et les orgies de Samothrace; en dehors du sanctuaire apparurent des poètes populaires indépendants de la science et de la pensée des prêtres, souvent môme hostiles à ceux-ci (1) ; dès ce moment, chaque chose fut mieux déterminée, devint plus intelligible et plus claire.

La hiérarchie égyptienne, non moins puissante sur les croyances que sur la politique, en resserrant les idées dans un cercle infranchissable, avait rendu la religion immuable; en Grèce, au contraire, abandonnée au génie des poètes et à la volonté du peuple, elle resta indépendante dans les sociétés, sur les théâtres, et chacun put ajouter quelque chose au culte public et aux mythes divins. En outre, les prêtres n'y formèrent jamais un collège comme à Rome, où Ton sait qu'ils étaient réunis en corps, bien qu'ils ne fussent pas exclûs des fonctions civiles. Aussi la religion, chez les Grecs, ne fut- elle jamais religion de l'État; elle seconda souvent la politique, mais n'en fut jamais esclave.

Les hymnes orphiques fournissent la preuve que, dans w^u*^^l'origine, la Grèce professait l'unité de Dieu : « Jupiter fut (c le premier et le dernier, la tête et le milieu ; de lui pro- « vinrent toutes choses. Jupiter fut homme et vierge immor- « telle; Jupiter est la flamme du feu, la source de la mer; « Jupiter est le soleil et la lune ; Jupiter est roi ; seul il créa « toutes choses. Il est une force, un dieu, le grand principe (( de tout ce qui est; c'est un tout parfait qui embrasse chaque « être, feu, eau, terre, éther, nuit, jour, et Métis, première 0 créatrice, et l'amour attrayant. Tous ces êtres sont contenus « dans l'immense corps de Jupiter (2). » Le môme Orphée, c'est-à-dire les poètes les plus anciens, chantaient : « Nature, « mère divine, universelle, mère en tant de façons, céleste, « vénérable, esprit souverainement créateur, reine indomp-

(1) Dans Homère, les devins sont toujours en butte au mépris; Agamemnon insulte Tun et effraye l'autre. Les chantres inspirés ont la mission d'instruire les nations et les particuliers, de conserver la foi domestique et le droit des gens.

(2) Stobéb, Eclog,, I, 1. Selon Proclus, Orphée chantait : « Tout ce qui est, fut, sera, était dès le commencement contenu dans le sein fécond de Jupiter; Jupiter est le premier et le dernier, le principe et la fin; de lui émanent tous les êtres. »

DBUXièlIB 6PO0UB.

« table qui domptes tout, gouvernes tout, resplendis partout, « toute-puissante, adorée dans Téternité, divinité supérieure « à toute autre, indestructible; première née, très antique... « commune à tous, seule incommunicable, mère de toi- « môme qui n'as pas de mère, par ta force mâle tu produis « tout, tu sais tout, tu donnes tout; nourrice et reine de Tu- « nivers, ouvrière féconde de tout ce qui croît, destructrice « de tout ce qui est mûr, véritable père et mère, nourrice « et soutien de toutes les choses. »

Les Grecs perdent ensuite de vue ce culte de la Nature, voisin du panthéisme. Ge Jupiter, considéré dans tous les chants primitifs comme le maître du ciel et de la terre, le père des dieux et des mortels, la source de la vie, de Tordre et de la justice, devient un nom appellatif ; aussi y en eut-il un très grand nombre en Grèce, et Varron en compta trois cents en Italie; les qualités se personnifient, et les fables vont se compliquant de plus en plus (i). Mais nous ne savons que peu de chose ou rien de la mythologie pélasgique, symbolique et théologique, qui présida aux premiers développements de la civilisation grecque ; car, lors de la scission entre le sacerdoce et la poésie, elle ne survécut que dans les mystères et les mythes, dont le sens se perdit : Homère môme et Hésiode, qui en rapportent quelques fragments, ne paraissent déjà plus les comprendre, pfoax A Tapparition de ces deux poètes, les ténèbres qui envi- •tdî'BéSodî. ronnaient les sanctuaires des Pélasges, s'éclairent tout à

coup; mais, quand Hérodote dit qu'ils avaient inventé la théogonie, il veut faire entendre que la Grèce avait oublié ses propres origines, et voyait des créateurs dans ceux qui les lui avaient rappelés. Mais la poésie orne et ne crée pas ; de telle sorte qu'Homère, Hésiode, ces deux chantres des forces de la nature et des attributs de l'Être suprême, déjà personnifiés les présentèrent dans leurs poèmes héroïques comme des personnes véritables, leur attribuant des actes humains, des fonctions distinctes et un caractère propre, mais sans les élever de beaucoup au-dessus des mortels.

(1) Criuzbr, qui a enyisagé le mythe de Jupiter boub toutes ses faces, retrouve le naturalisme primitif dans le Jupiter d'Arcadie, de Dodone et de Crète; les élucubrations des philosophes et des prêtres dans le Jupiter principe du monde et maître de Tunivers, et la plus haute expression de la vie politique et morale, comme l'image la plus sublime de la Divinité, dans le roi de l'Olympe, dans le Jupiter d'Homère et de Phidias.

REUGION CHEZ LES 6iBCS.

Uanthropomorphisme y prévaut sur Tantique poésie sacerdotale, symbolique et théologique. Les débris de cette poésie se conservèrent dans Tombre des mystères ou quelque tradition, sous une forme qui n*était plus comprise. Homère, qui connaissait les plus illustres personnages, même après que le sacerdoce et la fonction de chantre ftirent séparés, n'ignorait pas certainement, du moins en partie, le sens caché des vieux rites ; il était bien au-dessus des croyances, comme il le montre dans quelques passages, tout embrouillés qu*ils paraissent, et dans d'autres où Ton dirait qu'il veut stimuler la curiosité des lecteurs par des lumières fugitives ^ et de doctes allusions. Cependant ni lui ni Hésiode ne connaissaient tous les anneaux de la chaîne théologique; la forme humaine et historique avait trop obscurci Tidée fondamentale.

Les divinités homériques sont locales, de tribu, comme toute chose en Grèce ; l'immortalité des dieux n'est qu'une vie beaucoup plus longue que la nôtre ; ils peuvent la communiquer aux hommes, mais ne sauraient les soustraire à la mort, décrétée par le Destin, puissance supérieure à la leur, et contre laquelle ils luttent sans cesse. Leur agilité, une taille gigantesque, une voix plus forte, une démarche plus noble, les distinguent des hommes; Mars couvre sept arpents de terrain ; en trois paS; Neptune arrive de l'Olympe à rOEta. Presque toujours invisibles, ils se montrent quelquefois SOUS la forme humaine, au milieu de toutes les splendeurs; mais, souvent, malheur à qui les voit! ils peuvent aussi rendre invisibles leurs protégés. Leur existence est celle des chefs de la Grèce ; l'Olympe ressemble à l'une des cours des princes d'alors ; comme eux, ils passent le jour au milieu des chants, des jeux, des exercices gymnastiques, des banquets, des conseils ; mais, loin d'être laborieuse, leur vie est .douce et facile. Ils se nourrissent de l'ambroisie, aliment de l'immortalité ; cette immortalité était en quelque sorte une lampe qui avait besoin d'huile pour ne pas s'éteindre.

La vie future ne forme que le fond ténébreux et lointain du monde présent et sensible, lequel passe au milieu des plaisirs, regrettés plus tard de ceux qui ont perdu la douce lumière.

U est superflu de répéter ici les reproches si souvent adressés à Homère pour la manière scandaleuse dont il a représenté les dieux, qu'il a faits querelleurs, méchants, puérils. Son grand mérite consiste dans cette exquise délicatesse de

DEUXIÈME ÉPOQUE

goût, grâce à laquelle il devint réellement le créateur des beaux-arts. Tout chez lui est naturel; rien de caché ni de mystérieux, et lorsqu'il dit : « Le grand fils de Saturne abaissa « ses noirs sourcils, la chevelure divine ondoya sur la tète « immortelle du souverain maître, et tout TOlympe en trem- (c bla », les symboles plus ou moins grossiers du Jupiter antique s'évanouissent, et le maître de la nature, le roi des dieux, s'offre à nos regards tel que Phidias le représentera.

Hésiode, quoique postérieur à Homère, conserve plus du génie symbolique et allégorique de l'antiquité, comme aussi du sens primitif des mythes religieux. Le Chaos, la Terre, le Tartare, l'Amour, sont chez lui des êtres primordiaux : le premier est le symbole de l'espace vide encore, de la nature qui renferme tout dans son sein ; la Terre représente la génération de toutes choses : le Tartare, le penchant de la création à retourner au chaos ; l'Amour, le principe qui meut, unit et conserve. Du Chaos naissent l'Érèbe et la Nuit, de ceux-ci, l'Éther et le Jour; puis, la Nuit engendre d'elle-même le Hasard, le Destin, la Mort, le Sommeil, les Songes, Momus ou le Rire, l'AfQiction, les Hespérides, les Parques, les Peines divines, Némésis, la Fraude, l'Amitié, la Discorde. De cette dernière naissent la Fatigue, l'Oubli, la Faim, les Douleurs, les Disputes, les Meurtres, les Batailles , les Fléaux -qui détruisent les hommes, les Injures, les Paroles trompeuses, les Contestations, l'Injustice, l'Iniquité, le Serment. On voit ici se combiner la cosmogonie avec la morale; ce qui produit une infinité de personnifications.

La Terre enfanta Uranus ou le Ciel, les Montagnes, l'Abîme et l'Océan, qu'elle épousa, et dont elle eut un grand nombre de dieux, parmi lesquels le plus noble de tous, l'impénétrable Chronos, ou le Temps, et les Géants. Viennent ainsi, à la suite, tous les corps et toutes les essences. Chronos dévore tous ses enfants jusqu'à la naissance de Jupiter qui non seulement échappe à sa voracité, mais le contraint à rejeter tout ce qu'il a dévoré, et délivre les Cyclopes enchaînés; ceux-ci, en récompense, forgent pour lui la foudre dont il frappe son père. C'est ainsi qu'à l'absolu succède l'intelligible; au temps confus, le temps réglé par le cours des astres ; l'être sans intelligence ni conscience, le Jupiter consciencieux et intelligent. Il triomphe des Titans rebelles, c'est-à-dire des forces aveugles de la nature, et distribue aux autres fils de Chronos les dignités et l'empire du monde, en réservant pour lui le ciel

REUGION CHEZ LES GRECS

et la puissance suprême : la mer échoit à Neptune, Tenfer à Pluton; la terre et TOlympe demeurent indivis (1).

Dans un pays comme la Grèce, où tout était vie, où les événements se succédaient avec une extrême rapidité^ Toccasion de recourir aux dieux pour leur demander des conseils ou des prédictions, naissait à chaque instant; c^est pourquoi les oracles y acquirent un plus grand crédit que chez tout autre peuple. Kinter\ention immédiate de la Divinité dans les événements de ce monde une fois admise, elle s'étend facilement à tous les cas ; or, celui qui ne peut interroger quelque oracle célèbre demande une réponse à tout ce qui Tenvironne, aux vents, aux animaux, surtout aux songes. Le philosophe prendra en pitié ces augures, et le poète comique les tournera en ridicule; mais le peuple en sera toujours avide, et il Test encore aujourd'hui, après les torrents de lu-

(1) Heyne, Wolf, Fr. Thibrsoh, et autres savants, après le Hollandais RuHNXEN, n*ont vu dans la Théogonie qu*une compilation indigeste, pleine d'iiiterpolations et rapiécée de fragments antiques. — D*après Creuzbr lui-même, Hésiode n'aurait d*autre mérite que d'avoir, le premier, recueilli dans son poème une masse de dogmes traditionnels et de mythes de plus en plus anthropomorphisés dans la bouche du peuple et des chantres populaires, et de les avoir disposés poétiquement pour le plaisir du récit, mais sans s'inquiéter du vrai sens des légendes divines, sans avoir la conscience de l'esprit de sa religion. Ott. MûLLBRet Ouioniaut ont de ce poète une tout autre opinion : « Hésiode, dit Ouioniaut {de la Théogonie d'Hésiode), vint à une époque où les symboles et les légendes populaires s'étaient tellement multipliées, que le besoin se faisait sentir partout de les rapprocher, de les réunir, de créer entre eux des rapports, une filiation suivie, et d'organiser la cité des dieux et son histoire, comme les tribus et les cités des peuples helléniques tendaient elles-mêmes à s'organiser en un corps de nation. Résidant au vieux foyer de la poésie religieuse, héritier des chantres sacrés de l'Olympe et de l'Hélicon, Hésiode travailla pour la Orèce entière. Il recueillit les essais antérieurs, les organisa autant qu'il put, les transforma sans en altérer le fond^ et les développa dans une ordonnance aussi vaste que simple, que l'on peut bien considérer comme son œuvre propre et comme sa pensée personnelle. Comme il comprit que la loi du monde était le changement, la succession, ou plutôt le développement et le progrès, il comprit aussi que ce développement, ce progrès, c'était l'histoire même du monde depuis son origine, et par conséquent celle des pouvoirs identiques à lui, qui le gouvernent. Bien plus, il devina que la série naturelle des évolutions cosmiques, représentée par la série traditionnelle des révolutions divines, s'était opérée comme une transition progressive de l'indéterminé au déterminé, de l'absolu au relatif; en un mot, de l'infini au fini. C'est cette grande idée philosophique, obscurément comprise, qui lui donna l'unité intime et génératrice de son poème, tandis que la croyance religieuse aux dynasties successives des dieux lui en traçait la marche extérieure. •

DEUXIÈME ÉPOOtlE.

mière qui ont éclairé les esprits. Ainsi la religion se mêlait à tout ce que faisaient les Grecs ; il n*est pas de poète, d^bistorien, d'orateur, qui ne fasse intervenir les dieux dans son œuvre. Dans les mouvements politiques, il faut toujours calculer Faction mystérieuse de la religion, et, dans la vie, tout est prières, sacrifices où Ton immole des victimes, souvent même une ou plusieurs hécatombes (i). Chaque repas a ses libations, chaque métier ou art son patron , chaque maison son oratoire; tout champ a son gardien, tout citoyen son protecteur. Platon rappelle pieusement qu'au lever de la lune et au coucher du soleil, Grecs et Barbares se prosternaient pour rendre hommage à la Divinité.

Les fêtes particulières multipliaient les occasions de déployer les richesses et la beauté de l'art grec; d'autres fêtes, communes à tous les Hellènes, étaient encore plus solennelles. Hérodote attribue à Danaiis et à ses filles l'institution des Tbesmophories, et les fait ainsi remonter au seizième siècle av. J.-C, d'où il faudrait conclure qu'elles auraient précédé les Éleusinies; elles élaient communes à toute la Grèce, d'où elles se propagèrent dans les colonies. On célébrait à Éleusis la Gérés Thesmophore, ou législatrice, et l'on portait en procession les tables sur lesquelles on supposait qu'elle avait apporté les premières lois écrites. Les Tbesmophories d'Athènes, interdites aux hommes sous peine de mort, étaient célébrées par deux femmes de haute condition choisies dans chaque tribu; elles avaient lieu à l'automne, et des rites d'une naïve obscénité, tels que la représentation des organes sexuels, rappelaient l'institution du mariage. On y mêlait encore des scènes du genre orgiaque, tour à tour lugubres ou joyeuses, par allusion aux gémissements et à la joie de Gérés lorsqu'elle était à la recherche de sa fille. ÉituiiiiM. Les Éleusinies avaient plus d'un point de contact avec ces fêtes ; elles étaient surveillées par l'archonte-roi qui avait le droit d'en exclure quiconque avait encouru la vengeance des lois, et qui offrait des sacrifices pour tous les habitants de l'Attique. Il était assisté par quatre épimélètes, dont deux étaient choisis parmi le peuple, deux dans la famille des Eumolpides et des Géryces. Les autres ville de la Grèce envoyaient

(1) Crësus offrit trois chiliombes, ou sacriflces de mille têtes de bétail, pour se rendre les dieux favorables contre Cyrus ; il ordonna que les Lydiens immolassent autant d*animaux qu*il8 pourraient. On connaît lliécatombe de Pythagore.

RBUGION CHEZ LES GBECS.

des députés en signe d*hommage à la métropole du culte de Gérés. On comptait quatre pontifes d'un ordre supérieur : THiérophante , le Dadouque, FHiérocéryx, rÉpibomius, tous quatre Eumolpides ou Céryces. L'Hiérophante , grand prêtre de TAttique, mystagogue, prophète, chargé de la direction des petits et des grands mystères, introducteur des noTices dans le temple et leur initiateur aux degrés les plus élevés des doctrines secrètes, était choisi parmi les descendants de la race antique d'Eumolpus. On le prenait d'un âge mûr et de mœurs austères; une fois nommé, il devait renoncer à toute relation avec les femmes (1), et le nom sacré qu'il prenaitMevait rester un mystère pendant toute sa vie- Les prêtres ou prêtresses de degrés inférieurs (Hiérophantides , Prophantides) étaient en grand nombre. La loi excluait des fêtes tout étranger, tout esclave, tout homme dont la naissance n'était pas légitime, tout meurtrier, quand même le meurtre avait été involontaire.

On croit que la célébration des mystères était précédée d'une espèce de confession des péchés. Les initiés semblent avoir été divisés en trois catégories ou degrés : les Télestes, les Mystes, les Époptes. Les petits mystères célébrés à Agra (2) n'étaient, à proprement parler, qu'une préparation aux grands mystères ; ils consistaient principalement en cérémonies expiatoires, en purifications et en instructions préparatoires. La célébration des grands mystères s'accomplissait, partie à Athènes, partie à Éleusis ; mais on en coùnalt peu les rites, et les formules sacramentelles n'en sont pas expliquées. Peutêtre s'écoulait-il des années entières avant qu'on passât du premier degré de l'initiation au plus élevé , ce qui avait lieu le sixième jour de la fête. A leur retour à Athènes, les initiés étaient accueillis par les plaisanteries et les brocards des populations voisines accourues sur leur passage, et auxquelles ils répondaient sur le même ton.

Mais jusqu'à quel point cet hommage à la divinité profitait- Mormi«. il à la morale ? La religion ne justifiait que trop la corruption, et Aristote, en proscrivant les images obscènes, fait une exception pour celles des divinités (3) ; Platon recommande

(1) Saintb-Croix, I, p. 219-222.

(2) Agra était une espèce de faubourg d* Athènes, situé près des murs du sud, au delà de TUissus, et où se trouvait un temple destiné à la célébration de la féte.

(3) Politique, VII.

DEimèKB ÉPOOUE.

de fuir Tivresse, à moins que ce ne soit en Thonneur de Bacchus (i). Sans revenir ici sur les atrocités et les débauches précédemment rappelées (2), nous ajouterons que, dans les circonstances les plus graves, on chargeait les courtisanes dlntercéder auprès de Vénus, attribuant à leurs prières le salut de TÉtat (3). Lorsque le patriotisme le plus généreux eut vaincu Xerxès, on dédia dans le temple de la déesse un tableau où se voyaient représentés les vœux et les processions de ces malheureuses ; Simonide y avait inscrit ces vers : Elk$ supplièrent la déesse Vénus, qui, pour l'amour d'elles, a sauvé la Grèce.

La partie morale de la mythologie grecque résidait tout entière dans Tabstraite personnification de la jurisprudence, représentée par Thémis, Ëunomie, Dicé, Irène, les trois Parques, et surtout les antiques Euménides , qui veillaient aux trois dispositions principales de la loi primitive : la sainteté du foyer, la défense de la propriété, la bonne foi dans les engagements réciproques. Ces inexorables vengeresses de tout délit chantent dans Eschyle : « Celui qui a les mains pures « n'a rien à craindre de notre colère et peut vivre tranquille ; « mais tout coupable qui cache des mains parricides nous « trouve prêtes à venger les morts, à lui demander compte « du sang versé. Nous atteignons au loin le criminel d'un « coup vigoureux : c'est en vain qu'il fuit; nous marchons « sur ses pas, et il tombe. Notre victime doit entendre les « chants du délire, de la fureur, du désespoir, les hymnes « des Furies, sans l'accompagnement de la lyre, ces hymnes « qui, enchaînant les esprits, dessèchent aussi les cœurs. » Mais quoi ! leur colère et les peines d'outre-tombe ne concernaient que les actions éclatantes , les splendides méfaits. La religion n'avait presque point d'influence sur la moralité des œuvres journalières et sur la conscience. Loin de là, en excitant les sens et l'imagination, elle inspirait un immense égoïsme et laissait l'homme sans dignité. C'est de l'homme libre que nous parlons; car il n'y avait rien pour consoler ou relever l'esclave. La sublime et courageuse idée de la dignité de l'espèce humaine est tout à fait inconnue aux historiens antiques; chez eux, la morale est un système arbitraire sujet à toutes les subtilités des sophistes, variant selon les

(1) Lois, VI.

(2) Voy. ci-de«8U8, p. 572 et 577.

(3) ATHiNiB, XUI.

REUGION CHEZ LES GRECS

temps et les circonstances, et modifiable au gré des passions.

Les lumières augmentent cependant; les sarcasmes n'épargnent pas ces dieux malfaisants et obscènes (i). La science, en expliquant naturellemei^t beaucoup de phénomènes, jette le mépris sur les causes divines auxquelles elles étaient attribuées; toutes les fois que le litum du prêtre lutte contre le glaive de Thomme puissant ou le style du philosophe, on découvre les impostures qui faisaient toute sa force. On voudrait alors améliorer les religions à Taide de subtilités abstruses, mais elles ne sauraient se greffer sur le tronc des vieilles croyances; les philosophes découvrent les extravagances; les combattent, mais ne savent rien créer de mieux.

C'est à cet état d'antagonisme que nous trouverons, dans la Grèce comme à Rome, la philosophie en face de la religion. Si cette dernière était en Orient un mystère de science et do vénération, elle fut en Occident un mystère de science et d'incrédulité. Dans les mystères, on apprenait que tout ce que le vulgaire adorait n'était que folie (2) ; mais les sages n'osaient pas déchirer le voile, connaissant ce qui pourrait en résulter de funeste. Ainsi, tandis que dans l'Orient et r^gypte le savoir était renfermé dans les sanctuaires, il l'était en Grèce dans les écoles ; nulle part il n'était libre. Que le philosophe renie sa propre conscience et adore dans le temple ce dont il se raille au fond du cœur, sinon le sort de Socrate et d'Anaxagore l'attend. Que fera-t-il? il s'appliquera à la partie spéculative de la science, sans s'occuper de l'éducation delà multitude, aussi ignorant aux jours d'Alexandre et d'Auguste qu'au temps de Lycurgue et de Numa; les ténèbres s'étaient même plutôt épaissies , comme pour opposer

(1) Cesi devant un peuple qui adorait Apollon qu*Euripide fait ainsi parler lo, dans la tragédie de ce nom : u Comment ne te blàmerais-je pas, ApoUon 1 Abandonner une jeune fille innocente après Tavoir séduite, et Uvrer à la mort Tenfant dont tu fus le père. Oh I que cela est indigne de toi 1 Si tu as droit d*ordonner, commande selon la vertu. Les dieux punissent les mortels au cœur pervers. Est-il juste que vous, auteurs des lois qui nous gouvernent, vous soyez les violateurs de ces lois? Si les hommes avaient un jour à vous demander compte de vos violences et de vos coupables amours, Neptune, Jupiter et toi, Apollon, vous seriez réduits à dépouiller vos temples pour payer la réparation de vos méfaits. Si d*indignes passions vous entraînent, vous, dieux immortels, faut-il s^étonner que les mortels y succombent, et si nous imitons vos vices, la faute en est^eUe à nous ou à ceux dont nous suivons les exemples? »

(2) Aristotb, Met,, III, 4, assure que les doctrines des anciens ne méritaient pas un examen sérieux.

HIST. UNIV. — T. i. 41

DEUXIÈME ÉPOQUE

une masse plus compacte d'erreurs et dMgnorance aux négations d*un petit nombre d'intelligences privilégiées.

Gela seraitril arrivé si la religion avait été une invention humaine ? Non ; elle se serait perfectionnée comme foute autre science, et comme la civilisation matérielle : au contraire, elle dégénère d'autant plus qu'elle s'éloigne de sa source; elle arrive «nfin au point oii elle doit s'écrouler, pour faire place à une autre révélation qui restreigne dans ses limites la nature, dont le culte a si longtemps usurpé les hommages dus à la Divinité.

Nous reprendrons notre récit en disant que la guerre de Troie, c'est-à-dire le dernier mouvement de la race p^asgique, ébranla tous les royaumes de l'Asie Mineure et de la Grèce ; de là, des changements de dynasties, des migrations, des colonies, dont l'historien, tant est grande la disette de documents, suit les vicissitudes avec beaucoup de peine.

Les longues infortunes des chefs qui avaient assiégé Dion *^"*** permirent aux races qu'ils avaient soumises de se relever plus vigoureuses. Les Thraces envahirent Thèbes, et les Thesprotes-Thessaliens conquirent l'Hémonie, qu'ils appelèrent Thessalie; les Dorions, descendus de leurs montagnes, repoussèrent Pyrrhus de la Phthiotide dans l'Épire. Idoménée fut chassé de Grète; Teucer alla fonder Salamine dans 111e de Chypre. Les Dorions enhardis s'emparèrent des fertiles campagnes du Péloponèse. Leurs traditions nationales faisaient mention d'un héros antique, devenu fameux sous le nom d'Hercule; ils crurent le reconnaître dans ce dieu puissant dont le culte avait été apporté par les colonies orientales dans FArgolide , la Grèce et la Béotie. Afin de justifier la violence qu'ils exerçaient, ils composèrent une généalogie d'après laquelle ils se prétendaient en droit d'occuper cette con- 1170. trée. Ils dirent donc que Persée, fondateur de Mycènes, avait eu trois fils, Électryon, Sthénélus, Alcée; ce dernier avait engendré Amphitryon, dont la femme, Alcmëne, avait donné le jour à Hercule, le héros le plus Célèbre de la Grèce, de-

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