Race Océanienne (occidentale
c. Race Papoue (intermédiaire).
Vlll* espèce. — AUSTRALASIENNB.
*** Propres au nouveau continent.
IX* espèce. — Colombienne, X* espèce. — Ambricaine.
XI* espèce. — Patagone.
tf Ellotriqubs, aux cheveux crépus,
Xn* espèce. — Éthiopibnnb.
Xni* espèce. — Cafre.
XIV* espèce. — Mâlaniennb.
+tt Monstrueux.
a. Crétins,
b. Albinos.
Selon Lesson {Manuel de Mammalogie, 1827) :
P* Race. — Blanchb ou Caucasienne.
l'* branche : Araméenne : Assyriens, Chaldéens, Arabes, Phéniciens ,
Hébreux^ Abyssins, etc.
2* branche : Inbibnnb, Germaine, Pélasoiennb : Celtes, Cantabres,
Persans, etc.
3* branche : Scythique, Tartarb : Scythes, Parthes, Turcs, Finlandais, Hongrois* i'* variété, branche Malaise.
II* variété, branche Océanique.
II* Race. — Jaune ou MoNOoLiquâ^
i'* branche : Mandchous, 2* branche : Chinois,
3* branche : Hyperboréenne ou Esquiniale : Lapons en partie, Sa"
PREMIÈRE ÉPOQUE
à de Candolle matière suffisante pour une distribution géo> graphique des plantes, en les faisant dériver d'un centre commun, de même s'accroît chaque jour le nombre des arguments qui prouvent que les variétés de l'espèce humaine, loin de provenir d'une diversité d'origine, sont des altérations causées par le climat, par la manière de vivre, et par suite de monstruosités sporadiques devenues héréditaires. Les mêmes causes qui ont pu produire les lapins et les lièvres blancs, différencier le pourceau du sanglier, et affecter la bosse à la race du chameau, suffisent à expliquer les différences entre les hommes.
Ce qui prouve en effet que des nations entières ont passé d'une famille à une autre, c'est que des hommes de couleur diverse parlent ou ont parlé le même langage : indice certain d'origine commune. Les langues hongroise, finnoise, lapone, esthonienne ont entre elles la même affinité que celles des Tchermesses, des Vothiaques, Ostiaques, Permiens et autres de la Sibérie orientale; cependant, Lapons, Tchermesses, Vogules, Hongrois, ont les cheveux noirs et les yeux bruns, tandis que chez les Finnois, les Permiens, les Ostiaques, nous trouvons des yeux bleus et des cheveux rouges. Les philologues les plus récents placent dans la même famille les langues tartare et mongole. Ces peuples formaient encore dans le onzième siècle une seule communauté, composée de quatre tribus dérivant, selon leurs traditions, de deux frères ; aujourd'hui, les Tartares appartiennent à la race caucasienne (i). La parole atteste une origine commune
moyèdes. Esquimaux du Labrador, habitants des Kouriles et des iles Aléoutes.
4« branche : Américaine,
a. Péruvienne ou Mexicaine,
b. Àraucane,
c. Patagone.
5« branche : Mongolo-Pélasgienne ou Carolinienne.
branche : Éthiopienne, 2® branche : Cafra, 3« branche : Hottentoie.
4« branche : Papouane.
5« branche : Tasmanienne, 6« branche : Alfourous-Endamène.
70 branche : Alfourous-Àustrale.
(1) Klaproth démontre qu*il existe beaucoup d*afi6nité entre les noms
III^' Race. — NÈofiB ou MAlaniennb.
UNITÉ DE l'espèce HUMAINE.
entre les peuples de notre race; toutefois les habitants de la Péninsule indienne diffèrent de nous par la couleur et les formes, au point de pouvoir être rangés dans une classe distincte.
Les langues d*Europe les mieux analysées sont parlées par deux ou trois races dont l'apparence est entièrement différente. Les Tartares et les Turcs physiquement diffèrent des Mongols, et cependant ils ont des idiomes de la môme faniille. Les langues ouraliennes sont répandues parmi des peuples d'aspect physique très varié ; les nations brunes de rinde parlent des dialectes dérivés du sanscrit, tout comme les Européens.
Pour quiconque a observé les changements extraordinaires, je dirai même essentiels, que subissent les animaux dans le passage de Tétat sauvage au domestique, et dans le retour de celui-ci à celui-là, comme il arrive à Tégard de quelques-uns qu'on a transportés en Amérique, la variété dans l'espèce humaine est moins étonnante. Plus la science progresse, plus s'étend le nombre de ces variétés, ce qui prouve leur transition et la difficulté de les séparer avec des caractères tranchés. Parmi les animaux, les espèces différentes ne s'accouplent pas entre elles, et celles qui se touchent par des affinités ne produisent que des hybrides inféconds (1); il n'y a que les races de la même espèce qui engendrent des métis pouvant se reproduire. Le môme phénomène se manifeste chez les hommes, qui physiologiquement entrent dans la même espèce; d'autant plus que, sauf les influences du climat et des habitudes, la gestation et la vie ont la même durée, et que les maladies sont semblables.
11 est difficile certainement d'expliquer le passage de la couleur blanche à la noire (2) ; mais que cette couleur résulte du climat, c'est ce qu'indiquent les nuances graduelles entre les pôles et la ligne, attestées par les Danois, les Espagnols, les Italiens, les Maures et les Nègres. Chacun sait que
des cboses naturelles en usage chez les deux prétendues races caucasienne et mongolique. Il en donne une longue liste au t. II des Mémoires relatifs
(1) Cette règle a été démentie par Tespèce hybride et féconde de léporides, issus du croisement des lièvres et des lapins.
(2) Le siège de la couleur chez le Nègre est immédiatement sous la peau extérieure, dans le tissu qu'on appelle de Malpighi. Voy. Alpin, de Sede et causa coloris jEthiopum; Leyde, 1738.
niST. DNIV. — T. I. 9
à l'Asie,
PREMIÈRE ÉPOQUE
Tenfant maure naît blanc, et qu'il noircit dans les dix jours suivants, tandis que les Sarrasines , qui vivent dans une retraite absolue , se conservent blanches. Que ce changement de couleur se produise et se perpétue, les Abyssins, race sémitique diverse, quant à la forme et à la structure du crâne, des Nègres dont ils ont la peau (1), en sont un vivant témoignage. On en affirme autant de plusieurs populations d'Afrique, de nuances mixtes, devenues noires, tout en conservant les formes européennes, une civilisation supérieure et quelques traces de nos traditions. C'est ainsi que nos voyageurs, une fois établis dans l'Inde, y prennent le teint des naturels, et que l'on trouve dans le Malabar des Hébreux nègres. Il y a plus, chez les colons européens des Indes occidentales, le crâne diffère du nôtre, et l'on assure que les nègres esclaves dans les cases de l'Amérique se modifient quant à la forme du nez et des lèvres , et changent en cheveux la laine qui couvre leur tête (2). Quel ne sera donc pas l'effet des siècles ou des soudaines altérations de climat produites par les soulèvements, les éruptions volcaniques, les incendies, les cataclysmes?
M. Plourens, secrétaire de l'Académie des sciences française, a fait de très belles expériences sur l'étude comparée des diverses structures de l'organisme humain; ces expériences l'ont conduit au même résultat que nous proclamons.
Quant à la peau, qui offre la distinction la plus apparente^ on trouve dans les races colorées une membrane pigmentale qui manque aux autres ; aussi l'a-t-on prise comme caractéristique. Mais il n'en est pas ainsi ; le blanc lui-même, en se brunissant sous l'influence du soleil, acquiert entre l'épiderme et le derme un pigment très subtil; bien plus, il a un véritable pigment autour du mamelon. Ce pigment n'existe pas dans le fœtus des Nègres , ni chez les individus de leur race qui sont affectés d'albinisme partiel, ni dans certaines parties blanches qu'on voit sur quelques personnes de couleur. Cette décoloration partielle atteste que l'absence de sé-
(1) Il est à femarquer qu'ils se nomment eux-mêmes Gheez (passage) et que la Bible appelle Cus les habitants des deux bords de la mer Rouge.
(2) Wiseman a fourni nombre de preuves de tous ces faits dans la quatrième de ses conférences tenues à Rome. J*ai préféré m'appuyer sur les auteurs non ecclésiastiques, dont le but était tout autre que celui de soutenir Moïse. La raison en est toute simple.
UNITÉ DE l'espèce HUMAINE.
crétion de pigment pourrait être attribuée à une altération morbide; mais il est certain qu'elle n'est pas caractéristique des races. En définitive, le pigment se développe d'autant moins dans les croisements qu'ils s'éloignent davantage de la souche noire; celui qui n'aperçoit qu'une dérivation unique devrait tenir compte de ces gradations , au lieu de rapprocher brusquement les deux extrêmes. La matière colorante existe dans toutes les races; les circonstances la développent. Le même auteur a fait des études sur le squelette et le crâne, dont nous ne pouvons pas nous occuper ici.
Puis, une fois imprimé, un caractère devient presque indélébile, comme nous le voyons dans les variétés européennes; cela est si vrai, qu'en Italie on distingue encore les types gaulois et romain (I). Pourquoi cela? Pourquoi le Nègre, môme sous le pôle, ne blanchit-il pas? Pourquoi l'Américain garde-t-il sa couleur cuivrée et sur les lacs glacés du Canada et dans les Pampas (2)? Ce sont des mystères qui démontrent que les faits recueillis jusqu'ici suffisent à réfuter les objections, mais non pas à fonder une théorie absolue.
Au surplus,' il est certain que les diversités réelles entre les races se réduisent à la couleur de la peau et à la qualité des chevelue, sans s'étendre aux organes plus nobles de la vie. La science de Gall, que quelques-uns ont voulu tourner au profit du matérialisme, prouve l'unité de notre espèce. Tiede-
(1) Voy. la lettre de W.-P. Edwards à Amédée Thierry, Des Caractères physiologiques des races humaines, considérées dans leur rapport avec Vhis^ toire; Paris, 1829, p. 129. Après avoir posé les lois physiologiques selon lesquelles il croit que se mêlent les races, il affirme avoir aperçu chez les Français qui habitent la frontière de la Bourgogne un type différent de celui des habitants de la France septentrionale, type qu*on rencontre aussi dans le Lyonnais, le Dauphîné et la Savoie. l\ a étudié le type italien antique dans les portraits des empereurs et des grands hommes, et il prétend le retrouver chez les Florentins, les Bolonais, les Ferrarais, les Vénitiens et les habitants de Padoue. Il a appliqué les mêmes lois aux habitants des pays où prévaltirent les Cimbres, et il assure que Thistoire et la philologie viennent à Tappui des résultats qu*il a obtenus.
(2) Le capitaine Gabriel Lafond a démontré que les Américains forment une seule famille, modifiée par les climats et les pays différents en quatre variétés : la première, dans TAlaska et sur la côte nord-ouest, ressemble aux habitants de la Terre de Feu ; la deuxième comprend les Mexicains, les habitants des plaines du Nord et du Chili, ainsi que les Indiens des Pampas; la troisième, les Péruviens; la quatrième, les nomades sauvages. Voy. Bulletin de la Société de géographie, mars 1836.
PREMIÈRE ÉPOQUE
mann, par d'excellentes recherches sur le cerveau, prouvait que celui du Nègre ne diffère du nôtre que légèrement, dans sa conformité extérieure, et nullement dans sa structure interne, et qu'à part quelque disposition plus symétrique dans ses circonvolutions , il ne ressemble pas plus au cerveau de l'orang-outan que celui des Européens. Ce savant en déduit que notre prééminence sur le Nègre ne tient à aucune supériorité congéniale de Tintelligence, mais à la seule éducation (1).
Humboldt, ce grand naturaliste, qui de ses propres yeux a examiné toute la terre, insiste sur les analogies qu'offrent les Américains avec les Mongols et d'autres peuples de l'Asie centrale ; il trouve que plus on étudie les races, les langues, les traditions, les coutumes, plus il y a lieu de croire que les habitants du Nouveau-Monde viennent de l'Asie orientale; que Quetz-Alcoatl; Bochica, Mango-Gapac, personnages ou colonies qui civilisèrent ces régions, étaient partis de l'Asie orientale, et qu'ils furent en communication avec les Thibétains, les Tartares-Samanéens , les Aïnos barbus des îles d'Yesso et de Sakhalien. Cet illustre voyageur assure que lorsqu'on aura mieux étudié les Maures d'Afrique et ces hordes qui habitent l'intérieur et le nord-est de l'Asie, vaguement désignées par le nom de Tartares ou de Tchoux, les races caucasienne, mongole, américaine, malaise, nègre, paraîtront moins isolées, et que l'on apercevra dans cette grande famille du genre humain un seul type organique, modifié par des circonstances qu'il ne nous sera peut-être jamais donné de découvrir (2).
(1) D'après ses recherches, insérées dans l* Institut, 190,1837, le cerveau ordinaire d'un Européen adulte pèse de 3 livres 3 onces à 4 livres 11 onces (gram. 1212,54—1834,55) ; celui d'une femme, de 4 à 8 onces de moins (gr. 124,36—248,72). A la naissance de l'homme, soit blanc, soit noir, son cerveau pèse le sixième de son corps ; à deux ans, le quinzième ; à trois, le dix-huitième ; à quinze, le vingt-quatrième ; entre les vingt et les soixante-dix ans, d'un trente-cinquième à un quarante-cinquième.
(2) Vues des Cordillères et monuments des peuples indigènes (T Amérique, introd. Il y dit encore que l'on s'étonne de trouver à la fin du quinzième siècle, dans un monde que nous appelons nouveau, des institutions antiques, des idées religieuses, des formes d'édifices qui dans l'Asie paraissent remonter à l'aurore de la civilisation ; qu'il en est des traits caractéristiques de l'humanité comme de la structure intérieure des végétaux répandus sur la face du globe : partout se manifeste un type primitif, malgré les différences produites par les climats et le sol, et par la réunion de beaucoup de causes accidentelles, et que la communication entre les
UNITÉ DE L*ESPÉCE HUMAINE
Une autre série de preuves de Tunité du genre humain se Langage déduit du langage. Celui qui demanderait comment les images retracées dans Tœil peuvent se représenter au moyen de sons, qui ont le pouvoir d'exprimer des idées et de les éveiller dans les autres, proposerait un problème d'une difficulté aussi insurmontable que le serait celui de substituer le son à la couleur, la pensée au son , un son pittoresque à la pensée. Eh bien, le langage, d'où proviennent tous les trésors de la tradition et du perfectionnement de l'homme, qui réunit le passé au présent, ce qui est près à ce qui est loin ; le langage symbolisé dans la lyre fondant la cité, dans les demi-dieux dictant les lois, satisfait à toutes ces conditions. Interprète des générations éteintes, fondement de la dignité de l'homme et de sa haute destinée, puisqu'il renferme nécessairement la conscience et l'intelligence, il sert non seulement à énoncer la pensée, mais encore à l'amour, à la réconciliation, au commandement, à la justice, à la création.
Cet instrument, le plus merveilleux parmi les choses créées, qui l'a trouvé? Si je le demande à la Bible, elle me répond que la parole était dès le commencement, et que la parole était Dieu ; Dieu parla à l'homme, et par son commandement l'homme imposa un nom à toutes choses. Dieu, d'ailleurs, ne créa-t-il pas l'homme parfait (1)? Gomment auraitil pu se dire tel s'il lui avait manqué la parole, instrument par lequel il devient raisonnable? J'en conclus que le langage a été d'abord enseigné par Dieu , qui s'en servit pour communiquer à l'homme les plus importantes notions morales, scientifiques et religieuses.
Néanmoins toutes les intelligences ne s'en tiennent pas à la foi et demandent des preuves à l'appui, preuves qui abondent ici, comme il advient de toutes les vérités révélées. Quelques écrivains supposent que les hommes, après être éclos des germes matériels, vécurent, « jetés comme au hasard sur une terre confuse et sauvage, orphelins abandonnés par la main inconnue qui les avait produits (2) » ; puis, qu'obéissant à la seule loi du besoin, ils inventèrent d'abord certains cris conventionnels, qui furent les interjections,
dêuz mondes est pronyée d'une manière indubitable par les cosmogonies, les monuments, les hiéroglyphes, par les institutions des peuples de TAsie et de r Amérique.
(1) Et vidit Deus quod esset bonum. Genèse, I, 31.
(2) VoLNEY, Ruines.
PREMIÈRE ÉPOQUE
d*où ils s'élevèrent pas à pas aux autres parties du discours.
Mais, pour s'entendre sur le sens de cris arbitraires, n'eslril pas besoin de parler déjà? Autrement, le son formé par un homme pourra-t-il jamais concorder dans Tesprit d'un autre avec une idée préconçue? Les bètes hurlent depuis des centaines de siècles ; ont-elles jamais produit un langage qui allât au delà des cris inarticulés? Si Thomme n'avait jamais entendu parler, il serait demeuré privé de la parole, comme cela est évident par l'exemple journalier des sourds-muets ; que s'ils apprennent le langage des signes et acquièrent des idées, c'est qu'ils sont élevés au milieu d'une société dont la parole a fait Téducation. Gomment les distinctions logiques, les finesses du langage, les gradations des temps, des modes, des personnes, auraient-elles pu être inventées par l'homme, dans l'ignorance supposée de ses jours primitifs? Je dis primitifs, car, en quelque lieu qu'on nous montre Thomme, il parle déjà; or ni la tradition ni la fable ne nous apprennent que quelqu'un ait inventé la parole.
Je dirai plus : tandis que nous voyons , dans la marche progressive de la société, tous les arts se perfectionner, les langues n'ont fait aucun progrès depuis que nous les connaissons; il n'en est pas une seule qui à ses propres éléments en ait ajouté un essentiel. Les races sémitiques, bien que rapprochées des autres depuis des siècles , n'ont produit ni le temps présent, ni des temps et des modes conditionnels ; elles n'ont pu inventer quelque nouvelle conjonction ou quelque particule pour dispenser le vau copulatif d'exprimer tout rapport quelconque entre les parties d'un discours. Leurs alphabets manquent de voyelles, et elles ne savent pas les y introduire (1).
({) Grimm, étudiant les formes primitives de la grammaire allemande, a trouvé que sa langue avait fait toute autre chose que se perfectionner. Humboldt écrivait à Abel Rémusat : a Je ne regarde pas les formes grammaticales comme les fruits du progrès qu'une nation fait dans l'analyse de la pensée, mais plutôt comme un résultat de la manière dont une nation considère et traite sa langue. » Lettre 5wr la nature des formes grammaticales; Paris, 1827, p. 13. — Il ajoute : « Je suis pénétré de la conviction qu'il ne faut pas méconnaître cette force vraiment divine que révèlent les facultés humaines, ce génie créateur des nations, surtout dans Tétat primitif, où toutes les idées et même les facultés de Tàme empruntent une force plus vive de la nouveauté des impressions; où Thomme peut pressentir des combinaisons auxquelles il ne serait pas arrivé par la marche lente et progressive de Texpérience. Ce génie créateur peut fran-
UNITÉ DE L*ESPÈGE HUMAINE
Allez, à présent même, chez les Américains qui parlent le maya et le bétoï; vous y trouverez deux formes de verbe : une qui indique le temps , Tautre simplement la relation entre Tattribut et le sujet. Comment ces sauvages grossiers ont-ils inventé une combinaison aussi logique ? Pourquoi ne nous la sommes-nous pas appropriée, nous si fiers de notre civilisation ? Pourquoi toutes les innovations apportées, de mémoire d'homme, dans le langage, se sont-elles réduites à faire des emprunts aux autres langues, à rajeunir les mots vieillis, ou à les former d'éléments déjà en usage ? Combien d'efforts tentés dans les académies pour trouver une langue universelle! Tentative désastreuse, du reste, si jamais la réussite en était possible ; car elle reléguerait chez un petit nombre de savants la science, qui ne peut grandir qu'à la condition d'être accessible à tous. Mais l'homme n'invente pas une langue; il apporte, au contraire, le plus grand soin à fixer celle qu'il parle, à la conserver, sinon dans ses accidents, du moins dans sa nature. Le respect pour les vieux mots est traditionnel chez les littérateurs et le peuple, comme si l'on sentait l'impuissance de faire mieux (1). Au berceau du genre humain , voyez quelle vigueur dans l'expression ! Ne semble-tril qu'il ait été accordé aux hommes, plus énergiques de sens et de sentiment, un langage proportionné pour exprimer l'enthousiasme d'une jeunesse hardie?
Ces motifs et d'autres encore faisaient trouver exclusivement raisonnable, nous ne dirons pas à des théologiens et à des théosophistes, mais à Humboldt, l'opinion d'un langage révélé. L'Académie de Pétersbourg, à laquelle l'ethnographie a dû de précieuses recherches, affirmait que les langages sont toutes des dialectes d'un langage perdu, et qu'elles suffiraient à contredire ceux qui croient à une dérivation multiple du
cbir les limites qui semblent prescrites au reste des mortels ; et s'il est impossible de retracer sa marcbe, sa présence vivifiante n*en est pas moins manifeste. Plutôt qae de renoncer, dans Torigine des langues, à Tinfluence de cette cause puissante et première, et de leur assigner à toutes une marche uniforme et mécanique, qui les traînerait pas à pas depuis le commencement le plus grossier jusqu'à leur perfectionnement, j'embrasserais l'opinion de ceux qui rapportent l'origine des langues à une révélation immédiate de la Divinité. Ils reconnaissaient au moins l'étincelle divine qui luit à travers tous les idiomes, même les plus imparfaits et les moins cultivés. »
(1) Vetera (verba) maj estas qtutdam et, ut sic dixerim, religio commen-
dat. QUINTIURN.
PRBMIÈRË ÉPOQUE.
genre humain ; Rousseau lui-môme était entraîné à croire le langage un don de la Divinité,
Si c^était une invention des hommes, chaque couple, ou au moins chaque famille, aurait composé le sien, et il n'y aurait aucun rapport de l'un à l'autre, comme il n'en existe pas entre les œuvres du caprice. Mais il en est tout autrement; or, puisque le langage est une des bases de l'histoire de l'humanité, et que la variété des idiomes entre positivement dans l'histoire des races, il est bon de s'arrêter quelque peu sur ce point.
Nous ne chercherons pas quel fut le langage primitif; c'est une question de vanité nationale pour la solution de laquelle les données nous manquent. Peut-être a-t-il péri; peut-être s'altéra-t-il lorsque Dieu jeta ses regards sur la tour de Babel édifiée par les descendants de Noé, formant un seul peuple, parlant le même langage (1), et confondit tellement ce langage qu'ils ne s'entendirent plus les uns les autres. A cette époque commence l'histoire des langues, dont les variétés peuvent être considérées comme une pyramide à trois étages. Au premier sont les langues de racines monosyllabiques et de paroles primitives; elles n'ont point de grammaire, mais seulement quelques éléments grossiers d'une méthode très simple et imparfaite; elles sont, sans comparaison, les plus répandues sur la surface du globe. Dans le nombre domine le chinois, qui s'est développé autant que sa nature pouvait le permettre ; toutefois il ressemble encore aux cris d'un enfant, énergiques, mais sans liaison, bien que l'art du style et l'accroissement de la science l'aient élevé de cette espèce d'enfance à une forme régulière qui lui permet de rendre les idées les plus abstraites (2).
La seconde tige porte trois rameaux différents, indo-persan, gréco-latin , gotho-germain , de racines bisyllabiques ; aussi sent-on dans ces langues, d'autant plus riches et régulières qu'elles se rapprochent davantage de celle de l'Inde, une
(1) Ecce ujius est populus et unum labium omnibus. Genèse, XI, 6.
(2) On peut avoir une idée de ce langage par celui des sourds-muets* qui exprime les simples signes des idées sans qu'elles soient liées dans leur ordre naturel. Par exemple, le Pater noster s'exprime par les signes : 1, notre; 2, père; 3, ciel; 4, dans (signe d'insertion); 5, désir (signe d'attirer à soi); 6, votre (vous); 7, nom; 8, respect; 9, dési)*; 10, votre; 11, arrive; 12, règne; 13, providence; 14, arrive; 15, désir; 16, votre; 17, volonté; iS, faire; 19, ciel; 20, teiYe; 21, égalité, etc. (Voir de Gbrando, De l Éducation des sourds-muets; Paris, 1827, 1. 1, p. 589.)
UniTÉ DE l'espèce HUMAIHe.
grande puissance de vie, beaucoup de fécondité et de luxe dans la grammaire. Peu à peu elles se développent en se transformant; on y trouve tout d'abord une grande abondance de poésie et, par suite, une merveilleuse variété d'exposition et de formes ; enfin la plus exacte précision du langage scientifique.
Au sommet de la pyramide se trouvent les langues sémitiques, qui se répandirent dans la Palestine, la Syrie, la Mésopotamie, la Phénicie, TArabie^ TÉthiopie, et dont les branches principales sont Thébraîque , avec la phénicienne et la chananéenne; Taraméenne, subdivisée en syriaque et en chaldéenne; Tarabique et l'éthiopienne, d'où sont dérivés les idiomes de l'Abyssinie.
Dans ces dernières , la racine est constamment de trois syllabes, ou plutôt de trois lettres, parce que, dans leur système d'écriture, on ne compte pas les voyelles. Dans le verbe, les trois radicales persistent toujours. Combinées avec quelques augments, elles expriment toutes les gradations possibles d'actif, de passif, de neutre, de réfléchi, de transitif et d'inti*ansitif, de réciprocité, de désir et de rivalité : trinité et unité qui n'est pas sans mystère, et qui se reproduit si souvent dans les œuvres de la nature. Selon les lois de la dérivation des mots hébraïques, le verbe est le principe duquel tout découle. Il n'est pas besoin de dire tout ce que ce mode donne à l'expression de vitalité et de chaleur, bien que, d'autre part, la généralité de cette loi impose des bornes au développement des constructions grammaticales. Les augments et le changement des voyelles soumettent le radical à des transformations infinies ; d'un autre côté, si les formes pour les divers temps manquent à la conjugaison, on y trouve une grande variété d'inflexions aptes à modifier la signification et à étendre la valeur des verbes, à la fin desquels s'unissent les suffixes des noms personnels. Dans le rapport du génitif, c'est le substantif qui se modifie au lieu de l'adjectif; les lettres aspirées et les sons gutturaux y sont en grand nombre. Les langues sémitiques s'écrivent avec les seules consonnesy en suppléant les voyelles par des points, et de droite à gauche, à l'exception de l'éthiopique (i). Comme elles sont privées de particules et de conjonctions propres à préciser le
(1) Voy. sur Talphabet éthiopien les notes sur ses rapports avec les alphabets de llnde, par Pauthier dans son édition de Marco Polo, p. 693 ; Didot, 1866.
PREMIÈRE ÉPOQUE
rapport des mots entre eux, raides de construction et limitées aux images d'action extérieure, elles ne sont pas de nature à élever Tesprit à des idées abstraites et spéculatives ; elles sont, en revanche, très favorables aux récits historiques et à cette brillante poésie où les impressions et les sensations se succèdent avec rapidité. Aussi n'ont-elles fourni aucune école de philosophie rationnelle, et, dans leurs plus sublimes compositions, on ne rencontre pas un seul élément dépensée métaphysique. Les plus hautes révélations de la foi, les prophéties les plus effrayantes, la plus sage morale, sont, dans la Bible, revêtues d'images corporelles ; il faut en dire autant du Coran : ce qui fait considérer les peuples qui parlent ces langues comme spécialement destinés à conserver les traditions.
Dans les idiomes indo-européens, qui s'écrivent de gauche à droite, nous admirons une grande flexibilité pour exprimer les relations internes ou externes entre les objets, et cela au moyen de Tinflexion des noms , des prépositions , des particules, des temps conditionnels, des infinitifs, de la composition des mots, de la difficulté d'intervertir la construction et de transporter les expressions d'un sens matériel à un autre purement intellectuel ; ce qui les rend plus propres à formuler les hautes conceptions de l'esprit et les subtilités de la philosophie. Voilà pourquoi, dans l'Inde, en Grèce, en Allemagne, les formes des idées ont été analysées jusque dans leurs éléments primitifs ; si nous avons trouvé les autres idiomes favorables à la conservation des traditions, nous devons reconnaître que ceux-ci sont propres à les répandre et à les appuyer de preuves.
Il semble qu'il faille rattache à la seconde classe les langues slaves, qui, avec les autres du même ordre, forment une quatrième ramification. Beaucoup tiennent le milieu entre la seconde et la troisième, nées qu'elles sont du mélange des races. Tels seraient aussi certains idiomes de l'Amérique et ceux dont il existe encore des restes en Europe, le celtique (1), le gallique, le finnois , anciens dialectes
(1) Les dialectes celtiques ont été rattachés à la famille indo-européenne dans l'ouvrage de Pritchard, Origine oHentaie des nations celtiques. Bopp, dans une dissertation lue à T Académie des sciences de Berlin, le 13 décembre 1838, a démontré que les langues celtiques sont du même groupe que les autres langues indo-européennes^ malgré le système de déclinaison, qui semble très différent; en effet, ce sont les premières lettres du mot qui désignent les modifications.
UNITÉ DB l'espèce HUMAINE.
qui ne sont pas purement monosyllabiques , mais très simples et d'une structure grammaticale imparfaite, ou du moins étrangement combinée.
Toutefois les langues dérivées tiennent de l'une et de Tautre des primitives. L'antique égyptien, par le peu que nous en révèlent les hiéroglyphes et les débris qui nous restent, a du rapport avec le vieux araméen ; mais il en diffère par récriture trilitère (rhiéroglyphique ou signes purement figuratifs, Thiératique ou signes figuratifs abrégés, et le démotique ou écriture aphabétique). L'Abyssinie, antique colonie cbamitique, conserve encore un idiome mêlé d'hébreu ancien et d'arabe postérieur. Ainsi, entre Sem et Japhet, se retrouve la parenté qui unit Gham et Sem. Dans le copte domine l'araméen, mais avec beaucoup de traces indiennes; le pronom copte se reproduit dans Fhébreu et le sanscrit. L'antique persan ou pelvi est sémitique par les mots, indoeuropéen par la grammaire. Les inflexions du verbe arabe sous la forme de pronoms semi-latins , rappellent les particules et la conjugaison grecques. La voix moyenne des Grecs ressemble un peu dans les formes , et tout à fait dans la signification, aux réfléchis sémitiques.
De ces rapports on conclut à l'existence probable d'une langue antérieure aux langues sémitique et indienne, puisque la fraternité suppose un père commun. Plus compliquée que les deux dernières, elle peut en avoir engendré directement d'autres, auxquelles elle aurait transmis la facture du verbe avec toute la complication qui n'existe pas dans celles-ci. Tels seraient peut-être le basque, où la même racine produit jusqu'à vingt-cinq conjugaisons, et l'idiome d'autres nations qui errèrent dans le centre de l'Asie avant de passer en Amérique. Dans cet idiome, on trouve le verbe avec cette facture, simple par le procédé et compliquée par les résultats , qui varie les degrés de l'action au moyen de l'interposition de quelques syllabes, comme dans le verbe sémitique. A l'extrémité de llnde, les idiomes tamoul , télinga , carnatique, mysorien, ou touraniens, ne se rattachent pas directement au sanscrit, mais aux idiomes tartares, où la conjugaison du verbe est moins compliquée que dans les langues aryanes.
En Europe, depuis un temps très reculé, les idiomes indoeuropéens ont prévalu; or, il est surprenant que les côtes méridionales, qui entretinrent tant de relations commerciales ou politiques avec les côtes de l'Afrique, ne manifes-
tent dans leurs langues aucune affinité d*origine avec celle des Africains, mais plutôt avec la finnoise, de source sémitique. Faudrait-il faire descendre les Pélasges de cette dernière race?
Pour connaître la transformation qui s'opère dans les langues par le mélange, il suffit d'étudier les dialectes des peuples voisins, ou les langues franques des côtes de la Méditerranée, des Antilles et de Tlndo-Chine. De nos jours môme, et dans les pays où Ton prétend que les langues sont fixées par la littérature, la prononciation change tous les cent ans; l'orthographe tous les deux cents, et la syntaxe après trois siècles. Autrefois les castes sacerdotales conservaient la pureté primitive; mais il en résultait que leur langage devenait bientôt étranger au vulgaire. De purs accidents suffisent pour qu'un Italien ne comprenne pas le latin et l'espagnol ; pour que lallemand , le hollandais , le français et l'anglais soient devenus des idiomes distincts.
Et s'il en est ainsi pour des peuples qui se touchent, que devait-il arriver dans l'isolement habituel et les superposi* tions éventuelles des peuples anciens I Le guarani du Paraguay et le chérokee de l'Amérique septentrionale sont un mélange de divers dialectes, et cependant ils rivalisent avec l'espagnol et l'anglais. Des événements politiques pourraient en faire des langues nationales et littéraires. Dirait-on, pour cela, qu'elles sont l'œuvre d'un homme? Mais l'homme n'a fourni ni les matériaux ni les instruments, je veux dire ni les paroles ni les formes grammaticales^ héritage aussi vieux que le monde; ainsi, l'architecte élève un édifice nouveau, mais avec des matériaux préexistants.
Si nous avons fait une chose inusitée dans l'histoire en nous arrêtant sur ce point, nous ne craignons pas qu'on nous en fasse un reproche, ou il faudrait méconnaître la dignité de la parole, sans laquelle l'homme n'acquiert point d'idées, parce qu'elle est l'idée exprimée comme l'idée est la parole pensée(l). Les langues sont le lien le plus solide des nations, lien qui résiste aux outrages des temps et à l'épée des conquérants. Leur étude n'est pas, comme elle l'a été jusqu'ici, un objet de curiosité et de caprice; mais, réduite en science de nos jours, elle a reculé les barrières de l'histoire, et, quand les monuments se taisaient, elle a retracé les migrations primitives des peuples.
(1) Je dis acquiert, si Tidée de Tétre est innée.
UNITÉ DE L*ËSPÈGE HUMAINE
On a trouvé encore dans le sanscrit le fond et les formes des langues slaves, formes qui ne sont pas entrées dans le latin, le grec, Tallemand, le slave, mais qui reparaissent dans Ferse, le gallois et le bas-breton. De cette analogie entre les deux extrêmes, il est permis de conclure à la parenté des intermédiaires, là même où elle est le moins évidente.
Cette fraternité se conserve au milieu des transformations des langues qui se convertissent en langues nouvelles, se fractionnent en idiomes, se décomposent en dialectes. Dans le sanscrit, malgré sa grande régularité, on rencontre souvent des formes grammaticales qui échappent à toute règle ; ainsi le latin esse^ qui offre une si grande incohérence, reconstruisit ses divers temps au moyen des deux verbes sanscrits d'où il vient; de même que le mot italien ancfare emprunte, pour sa conjugaison, aux deux mots latins zVe et vadei^e. Better et besser est le comparatif de gui et de goot dans Tallemand et Tanglo-saxon ; ce mot a son positif régulier en beh zend et pelvi.
Quelquefois on reconnaît Tétymologie en lisant le radical de droite à gauche et vice versa, deux systèmes d'alphabet dont le premier est sémitique, et le second japétique. 7>a, dont les latins ont fait terra, est atH en arabe, et erde en allemand; grd, d'où gradus, est drg en sémitique; fil, fil, est lif; AtAtn, Athène, est nùha en égyptien, qui signifie chouette et la déesse correspondant à la Pallas grecque.
Cependant ceux qui veulent toujours voir dans la ressemblance des langues une preuve de la filiation des peuples courent le risque de tomber dans Terreur. C'est ainsi que, Wilkins ayant dit que le persan était un composé de divers mots latins, grecs, germains (1), Walton partit de là pour assurer que la nation persane n'est qu'un mélange de Grecs, ditaliens, d'Arabes et de Tartares, et que le persan est formé d'un remaniement de leurs idiomes. Denina, pour se rendre raison de la ressemblance qui existe entre le grec et le teuton, supposait que les Germains étaient originaires de l'Asie Mineure (2). Les langues d'une môme famille conservent entre
(1) Préface de VOratio dominica in diversis omnium fere gentium linguis versa j de Chajcbbrlainb (Amsterdam, 1715). Les premières études comparatives des langues se firent précisément sur les traductions polyglottes du Pater nosier. La plus grande collection est celle que nous Tenons de citer.
(2) Sur les causes de la différence des langues; Berlin, 1783.
PREMIÈRE ÉPOQUE
elles des rapports sous lesquels la conformité d'étymologie ne confirme aucune autre parenté que celle qui remonte aux sources primitives; or, plus l'étude avance, plus on trouve qu'il faut abandonner les qualifications des langues mères et filles, puisque toutes ne sont que des sœurs, entre lesquelles on observe à la fois des ressemblances nombreuses et des différences capitales (i).
Séparé des autres par de longues distances, par des monts» des fleuves et des mers, chaque peuple élabora sa langue sous des influences opposées. Voilà pourquoi elle se fait entendre mélodieuse dans les pays tempérés, sourde et brève sous des cieux embrasés, âpre et forte au milieu des glaces du pôle. La vie contemplative du pasteur, la course haletante du chasseur, le cri menaçant du guerrier, y retentissent tour à tour; la conquête et la civilisation y apposent leur empreinte. Partout où les peuples tombèrent dans la barbarie, les idiomes, vagues, mobiles, bizares, prouvent la rareté des communications et les guerres intestines; partout oîi ils s'élèvent à la civilisation, à la vie agricole et intellectuelle, les langues s'étendent uniformes et constantes. Ainsi, en Europe, elles ont pris une physionomie commune, tandis qu*elles varient à chaque hameau parmi les indigènes de l'Amérique.
Du reste, on retrouve partout une unité primitive éparpillée en petits groupes qui n'ont pas perdu la ressemblance, même
(1) Voy. Klaproth, dans V Encyclopédie moderne de DiJot, art. Langues, et Touvrage de Xylander, Dos Spmchgeschichte der Titanes, etc.. Histoire des langues titanes, ou Exposition comparative des affinités primitives des langues tartares entre eUes et avec Thellénique, suivie de réflexions sur Thistoire des langues et des peuples. — L^auteur commence par examiner la langue mantchoue au point de vue de la grammaire et de la syntaxe ; il compare avec autant de mots grecs 2,500 mots manlchous appartenant^ partie au style élevé, partie au style familier, et il en conclut que les principes élémentaires, les radicaux, les désinences, sont les mêmes dans les deux langues ; il va jusqu*à penser que le mantchou est un dialecte primitif du grec. Étendant ensuite ses recherches sur les idiomes tongouses, qui, selon PAsie polyglotte, dépassent le nombre de 200, sur le mongol, le turc, le thibétain, le chinois, le hongrois, le finlandais, le samoyède, l'alnos, le kamtschadale, le corgak, le cîousco, le coréen, le japonais, le birman, le siamois, Tannamite, le pegouan, le malais, le géorgien sémite, il se voit forcé de convenir que toutes les langues parlées aujourd'hui en Europe, en Asie, dans le nord et au nord-est de l'Afrique et dans le plus grand nombre des lies situées entre l'Asie et l'Amérique, ont entre elles un degré de parenté plus ou moins étroit, ainsi que le prouve encore la syntaxe du grec antique.
UNITÉ DE L'bSPëGË HUBIAINE.
au milieu des altérations infinies causées par le cours des siècles, par la variété de climat^ par les vicissitudes politiques, par le mélange des populations ; si bien qu'on peut à bon droit en tirer cette conclusion : Les hommes parlent, donc ils sont d'une seule race (1).
Enfin tous s'accordent à reconnaître dans les espèces diverses de l'homme un attribut insigne, et qui leur est propre exclusivement, la perfectibilité : attribut qui suffirait pour en démontrer l'unité. C'est par orgueil que nous croyons à la supériorité de la race blanche, et que les autres, sans elle, ne peuvent s'élever à la civilisation, Les Grecs avouaient qu'ils devaient beaucoup aux Égyptiens et aux Phéniciens basanés, auxquels les Étrusques avaient aussi faits de nombreux emprunts. L'Amérique doit son éducation à une race dont les restes se conservent dans les Peaux-Rouges ; les Chinois, probablement, ont été civilisés par les Indiens, et de cette race brunie descendent sans doute les Scythes, les Celtes et les autres peuples, qui, dès la plus haute antiquité, sont venus s'établir dans l'Europe; les Arabes basanés ont répandu le Coran dans le cœur de l'Afrique.
Mais enfin ce que l'on conteste dans les races, c'est le degré et non la capacité d'éducation.
Puis, l'intelligence dont l'homme est doué parait capable de modifier l'encéphale, et, par cet organe, les formes extérieures ; exercée dans les bornes légitimes, elle conduit à la beauté de la race blanche ; mais s'il en abuse ou la laisse engourdir, l'homme peut descendre jusqu'au Hottentot. Néanmoins, quoique abaissée à ce point, l'espèce ne perd ni sa nature, ni la possibilité de se relever. On a répété que les Nègres sont le dernier degré de l'échelle ; eh bien ! les voilà qui viennent de conquérir la liberté à Haïti, où ils ne la pra-
(1) L*idëe qtte Técriture est un art primitif et une partie essentieUe du langage pris dans son acception la plus large, est soutenue par Frbdb* RIO ScHLâoBL. On connaît la tentative de Court db Gbbbun pour prouver Tanité de tons les alphabets {Monde primitif, à la lin du t. III) ; et les comparaisons ingénieuses de Parayby (Essai sur Vorigine unique et hiéroglyphique des chiffres et des lettres de tous les peuples; Paris, 1826). Je rappellerai deux autres écrivains qui partagent cette opinion. Hbrdbr dit : « Les alphabets des peuplés présentent une analogie encore plus frap- « pante ; elle est telle, qu*à bien approfondir les choses, il n*y a propre-* ft ment qu*Un alphabet. » {Nouveaux Mémoires de l'Académie royale, 4?8i, p. 413.) Guillaume de Hiunboldt semble admettre la même opinion dans son Essai sur l'origine des formes grammaticales.
PREMIÈaB ÉPOQUE.
tiquent pas plus mal qu'on ne le fait en Europe. La race abyssine est noire aussi; mais elle a des formes d'autant plus belles, qu'elle est plus éclairée.
Accord des Cette unité reste victorieusement démontrée par la concordance désaffections morales, si universellement avouée que les philosophes de toute opinion fondent sur elle leurs systèmes et croient pouvoir écrire Thistoire de l'homme d'après les sentiments communs à toute l'espèce. Nous ne dirons rien de l'amour filial et des liens domestiques, qui, bien qu'à un degré différent, peuvent se rencontrer aussi chez la brute ; mais la notion d'un Dieu est si générale, que c'est à grand'peine si Ton a trouvé, encore le cas n'est-il pas bien avéré, quelques tribus sauvages à qui elle manque. Le respect pour la vieillesse, quoique parfois exprimé d'une façon étrange et même criminelle, est aussi commun qu'il est particulier à Thomme, ainsi que la religion des tombeaux et de la pudeur ; aussi, partout un culte, des sépultures, des mariages, annoncent l'aurore de la société. Les naturels de l'Australie sont au rang le plus inférieur de l'espèce humaine, et cependant on retrouve parmi eux les idées générales du bien et du mal, et des paroles pour les exprimer dans le sens physique et dans le sens moral; ils y ont ajouté la conception d'une cause générale, d'une justice appropriée à leurs mœurs, d'un sentiment d'honneur (1). Les dictons de l'antiquité obtiennent dans chaque pays un respect indépendant môme de leur àpropos ; c'est pour cela que l'Indien prend pour base de toute sa doctrine les paroles primitives des Yédas. Par le môme motif, Gonfucius ne veut que remettre en honneur la science des anciens sages. Les Grecs et autres peuples appuient leurs fables (2) sur la tradition la plus reculée, et le peuple cite
(1) DuMONT d*Urvillb, Voyogc de la corvette l'Astrolabe; Paris, 1831.
(2) Les Alvoi. La plupart commençaient ainsi : Atvoc tiç iotiv àp^ono; àvOpwicuv, d ôè..., X. T. X.
Les hypothèses de ceux qui s'occupent de l'histoire primitive sont toutes fondées sur ces traditions. Voir, entre autres : Dupuis, Origine des cultes, 1795, 4 vol.
Court de Gébelin, Monde primitif, 1773, 9 vol.
GoGUET, OiHgiîie des arts, des sciences et des lois, 1758.
Bailly, Lettres sur Vorigine des sciences et sur celle des peuples de VAsie*
BouLLAND, Essai sur Vhistoire universelle, 1836, 2 vol.; et Histoire des transformations morales et religieuses des peuples y 1839.
F. DE Brotonne, Histoire de la filiation et de la migration de$ peuples; Paris, 1837, 2 vol.
Lenormant, Introduction à Vhistoire de l'Asie occidentale, 1837.
UVITÉ DE L*ESPÈGE HUMAINE.
encore tous les jours et respecte les proverbes de ses ancêtres. C'est ici le cas de rapporter cet axiome de Vico : « Les « mômes idées, nées parmi des peuples entiers inconnus « entre eux, doivent avoir un motif commun de vérité. »
Et puis, de même que tout dans la nature nous atteste que le domaine de la vie a été soumis à de violentes secousses, ainsi, chez lliomme, la lutte des passions avec la raison, de Tinstinct du plaisir avec la loi du devoir et de la charité, de rintérèt personnel avec la générosité qui rapporte chaque action à Dieu et à ThumanHé, atteste un désaccord survenu dans la conscience, la déchéance d'un état meilleur. La honte attachée à l'acte qui ressemble le plus à la création l'atteste encore; les philosophes eux-mêmes l'attestent, lorsque, se plaignant du présent, ils rêvent une condition parfaite et se repaissent d'un désir qui semblent né d'un souvenir; enfin ce regret si universel du bon temps de nos aïeux, qui fait croire aux esprits bornés que tout va chaque jour empirant, et qui crée pour les imaginations vives les songes de l'âge d'or, en est une preuve nouvelle.
Gomment l'intelligence abandonnée à elle-même a-t-elle trouvé le dogme de l'immortalité de l'âme, que la philosophie ne peut démontrer par des preuves évidentes ? D'où vient cette foi vague de la survivance de l'esprit au corps, qui établit une différence entre la mort de la brute et celle de l'homme, et qui- s'exprime d'une manière si diverse chez l'Égyptien élevant des pyramides à des momies éternelles , chez le Kamtchadale plaçant un chien près de la fosse ; chez l'habitant de l'Australie plongeant le cadavre dans la mer; chez le sauvage qui croit en mourant partir pour la terre des âmes, pour le pays de ses pères ; chez le magicien qui évoque les ombres, et chez le superstitieux qu'épouvantent les revenants?
En général, dans les fêtes et les cérémonies, les moyens d'éterniser la mémoire sont différents, mais les sentiments restent les mêmes. Une pareille concordance est plus remarquable par la nature intime de son principe d'action que par les manifestations de son activité, puisque, si ces dernières peuvent venir de la tradition, la ressemblance des sentiments intimes implique l'unité des hommes qui l'ont reçue.
Demander à un homme de se rappeler l'instant de sa nais- ^2»2^^îion*g sance et ses premiers jours serait folie ; mais si des personnes élevées ensemble, puis dispersées au loin, racontaient dans
HIST. UNIV. — T. I. iO
PREMIÈRE ÉPOQUE
un âge avancé les événements de leur enfance, quelque altéré que pût être le souvenir de chacun parle caractère individuel et par des circonstances particulières, si tous concordaient sur certains points, ce serait sans doute une grande preuve et de leur commune éducation dans le premier âge, et de la vérité des faits rapportés par eux.
C'est là précisément ce qui arrive des traditions, écho du monde primitif. Chez les peuples les plus éclairés, elles s'accordent admirablement sur les faits qui précédèrent la dispersion, tandis qu'à partir delà, elle s'égarent dans les divagations les plus étranges.
Si cette ressemblance n'apparaît pas toujours aussi évidente, c'est que trop souvent elle fut altérée ou confondue par le perpétuel engouement pour le merveilleux ; par la répugnance constante à rapporter, sans les exagérer, même les circonstances les plus minimes ; par la vanité nationale qui dans chaque pays vint s'approprier des faits concernant tout le genre humain; par l'imagination d'autant plus puissante chez des hommes peu instruits que le raisonnement est plus faible. Les Grecs surtout, avides du beau comme ils l'étaient, faussèrent la vérité pour renfermer les traditions primitives dans quelques groupes fantastiques et hétérogènes tenant plus du roman que de l'histoire; celle-ci dut, pour plaire, se revêtir d'allégories, et chaque allégorie se rattacher aux événements de chaque pays, à son climat, à ses habitudes. Si donc vous jetez les yeux sur les mythologies une à une, vous croyez au premier abord qu'elles renferment l'histoire partielle d'une nation ; mais si vous les rapprochez toutes, un vaste champ s'étend devant vous, et vous y rencontrez des concordances telles, qu'il serait impossible qu'elles ne provinssent pas d'un fonds commun de vérité.
Néanmoins il ne faut pas y chercher la similitude dans les détails : il n'en résulterait que confusion. Mais attachez-vous aux masses, comme celui qui chemine de nuit à la clarté de la lune, et pour qui s'effacent ou s'altèrent les traits particuliers des objets, tandis que les grands bois, les grands fleuves, les grandes montagnes, se dessinent fortement à son regard.
L'un des premiers faits de la Genèse, après la chute de l'homme, est la promesse d'un Rédempteur, dont le sacrifice sanglant eut pour symbole l'immolation, par le moyen du feu, des animaux premiers-nés, ordonnée par Dieu aux patriarches et aux Hébreux. Ëh bien ! nous trouvons que tous
UNITÉ DE L^ESPÈGE HUMAINE
les peuples crurent à la nécessité des expiations (1), ce qui supposeTune apostasie primitive, et, chez tous, les sacrifices s'accomplissaient par le sang et le feu. Les Chananéens faisaient passer leurs premiers-nés à travers les flammes ; les Grecs d'Homère sacrifiait un agneau premier-né ; les anciens Goths, « ayant su par tradition que l'effusion du sang apaisait la colère des dieux, et que leur justice tournait contre les victimes les coups destinés à l'homme, » allèrent jusqu'aux sacrifices humains (2), et, tous les neuf mois, ils brûlaient neuf victimes, du sang desquelles on arrosait, comme il était ordonné aux fils de Lévi, les assistants, les arbres du bois sacré et les effigies des dieux (3).
Nous ne trouvons pas seulement des exemples de sacrifices humains au milieu des forêts et des pien^es levées des druides, mais jusque chez les paisibles Mexicains. Le Péruvien en danger de mort immolait son fils à Viracoca, en le priant de se contenter de ce sang (4). Il en était de même à Tyr, à Carthage, dans la tranquille Egypte ; bien plus, la Grèce si éclairée, chaque sixième jour du mois thargélion, sacrifiait un homme et une femme pour le salut des deux sexes. Rome non seulement croyait expier parle sang, dans ses suovétaurilies et ses tauroboles; les fautes du peuple et des particuliers, mais, lors des tumultes gaulois, elle ensevelissait dans le Forum un homme et une femme de cette nation. L'édit de l'empereur Claude, qui voulut en vain interdire les sacrifices humains, montre combien était enracinée dans les esprits cette tradition du" péché originel et d'une expiation, qui ne fut consommée que par l'accomplissement de la promesse faite aux premiers hommes.
Si nous examinons les religions des différents peuples, loin d'y trouver le progrès qui caractérise les inventions humaines, nous voyons les idées religieuses s'obscurcir et se confondre en raison inverse de la marche de la civilisation. Les mystères n'enseignent rien de nouveau , et ne font que conserver les traditions antiques; ils ont même perdu l'explication de ses symboles mystiques qui disent une chose pour en signifier une autre. Les philosophes connaissent l'ineffica-
(!) Voy. la dissertation sur les sacrifices, dans les Soirées de Saint-Pé' ttrthourg,
(2) MuUJSR, NorM antiq., 1. 1, ch. vu.
{%) Id. et Olaûs Maonus, Hist,, lib. III,'ch. vii.
(4) AcosTA, apud Purchas, Pilgrimages, lib. IX, c. ii, p. 885.
PREMIÈRE ÉPOQUE
cité des croyances religieuses ; mais ils ne savent pas leur en substituer d'autres, et, chez les plus sages d'entre eux, vous ne trouverez pas un seul dogme meilleur que les anciens. Remontez, au contraire, dans les chants orphiques et les rites de ritalie primitive, comme dans ceux de TÉgypte, de llnde, de la Chine, vous retrouverez de sublimes idées de la Divinité. L'homme ne parvint donc pas à inventer les religions en se dégageant successivement des langes dont son enfance fut entravée et protégée ; mais il les forma en obscurcissant les doctrines qui lui avaient été primitivement révélées.
En poursuivant cet examen, nous remarquerons continuellement la correspondance entre les erreurs des diverses religions et la vérité d'une révélation primitive : correspondance qui saute aux yeux des moins clairvoyants dans cette trinité soit de dieux placés au ciel, soit de héros donnés pour chefs aux nations. Si la grossièreté des fables nous rebute, nous serons étonnés lorsque, en écartant les rêves de la poésie et les hypothèses philosophiques, nous verrons la profondeur des symboles, la beauté des mythes, frères aînés de l'histoire, s'accorder pour prouver l'origine patriarcale. Notre tâche serait infinie si nous voulions parler de tous; aussi, nous contenterons-nous de glaner dans le champ où d'autres ontmoissonné avant nous (1).
Parmi les Chinois, nation très ancienne, les plus savants regardent l'histoire primitive comme une fiction allégorique; cependant leurs patriarches ont un singulier rapport avec ceux des Hébreux, et sitôt qu'apparaissent les hommes, nous trouvons Fo-hi, qui rappelle Noé, et le roi Yao, faisant écouler les eaux qui, « s'étant élevées jusqu'au ciel, baignaient encore « le pied des plus hautes montagnes, couvraient les collines (( et rendaient les plaines impraticables (2) ».
La doctrine de Zoroastre, système philosophique enté sur les dogmes de sectes antérieures, met au centre de la terre
(1) BiANCHiNi, Histoire universelle prouvée par les monuments; Court DE Gébelin, Monde primitif; et, sans parler de tant d'autres, les très belles Heures mosaïques de Fabrb. Stolberg (Geschichte der Religion J,-C.) expose la concordance de l'histoire mosaïque avec les traditions indiennes, chaldéennes, syriennes, assyriennes, phéniciennes, persanes, chinoises, égyptiennes, grecques, italiennes, mexicaines, celtiques.
(2) Chou-Kino. Voy. Schmidt, Révolution primitive^ ou les Grandes Doctrines du christianisme démontrées par les traditions et les écrits des peuples les plus anciens, et particulièt^ement par les livres canoniques des Chinois (allem.); Landshut, 1834.
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la montagne Albordi, d'où s'écoulent les quatre grands fleuves ; sur sa cime est le paradis, jardin des esprits bienheureux où jaillissent les eaux de vie. La lumière qui divise et dissipe les ténèbres, et donne l'âme aux créatures, est le premier principe physique sur lequel se fonde le culte des Parsis.
Le Ghaldéen Xisuthre échappa à un déluge avec sa famille et les animaux les plus nécessaires à l'homme. Bérose décrit ce déluge avec des circonstances identiques à celles de la Bible, sinon qu'il le fait beaucoup plus ancien ; car, entre cet événement et Sémiramis, il met 350 siècles, auxquels personne n'avait pensé avant lui, et qu'après lui personne n'a acceptés.
La tradition arménienne fait remonter le déluge à 5,000 ans. Quoique ses historiens soient trop récents, le souvenir de ce cataclysme est très ancien dans le pays. Le Juif Josèphe cite une ville nommée le lieu du débarquement; or, au pied du mont Ararat, les voyageurs rencontrent aujourd'hui Nascidscevan qui a précisément cette signification (1).
Les Phéniciens, selon Sanchoniaton, croyaient qu'il avait existé au commencement un chaos, resté sans limites ni formes, jusqu'à ce que l'esprit se prit d'amour pour ses propres principes, et que de leur union sortirent les éléments de la création.
Le Brahma indien forma l'homme de la fange, et se complut dans son œuvre; il le plaça dans le Schorschiam, pays de tout bien, où était un arbre dont le fruit, quand on le mangeait, donnait l'immortalité. Les dieux mineurs le découvrirent et en goûtèrent pour ne pas subir la mort. Le serpent ScheieUy gardien de cet arbre, en conçut un tel dépit qu'il répandit son venin sur la terre, la pervertit, et toute âme vivante eût péri, si le dieu Siva, ayant pris la forme humaine, n'eût absorbé ce venin tout entier.
Le dieu destructeur résolut de submerger la race humaine et Vichnou, dieu conservateur, ne pouvant l'en empêcher, mais instruit du temps précis, apparaît à Satiavrati, son confident, et l'exhorte à construire un navire sur lequel il veut le sauver avec les germes de la création, au nombre de 840 millions.
Il est parlé ailleurs d'une incarnation de Vichnou sous la flgure-de Parasourama, au temps où l'eau couvrait toute la
(l) MoIsB DE Khorànb, Hist Armeniaca, lib. I, c. i. et la préface des frères Whiston, p. 4.
PREMIÈRE ÉPOQUE
terre, à Texception des monts de Gâte; alors Vichnou pria les dieux de faire reculer les flots aussi loin que sa flèche pourrait atteindre. Sa prière fut exaucée, et les eaux se retirèrent jusqu'à la côte de Malabar (i).
Si l'on trouve quelque ressemblance entre le nom de Brahma et celui d'Abraham, nous dirons de plus qu'il avait pour femme Saras-Vadi (et vadi signifie dame) ; qu'il fut la souche de familles nombreuses descendues de dou^e frères, et que, dans la fôte annuelle au fameux temple de Tischirapali, figurent encore ces douze chefs guidés par un vieillard. Un des parents de Krisna fut exposé enfant sur les eaux et recueilli par une reinerDieu demanda à un pénitent le sacrifice de 'son propre fils, bien qu'il se contentât ensuite de sa bonne volonté.
Klaproth démontre que tous les peuples de l'Asie parlent d'un déluge qui généralement se rapporte à l'an 3044 avant J.-G. (2). Dans le temple de Hiérapolis, en Syrie, on montrait la bouche souterraine de laquelle s'étaient élancées les eaux dévastatrices. Les Perses donne au mont Ararat le nom de Koh-Nuh ou mont deNoé (3). On raconte, parmi lesTchoudes, que Caïn s'était enrichi en extrayant les métaux et l'or; son jeune frère fut envieux de lui, le chassa et le contraignit de se réfugier vers l'Orient (4).
Toutes les annales de l'Asie parlent d'iin paradis primitif, en le peuplant de merveilles selon leur goût particulier. Au Thibet, les Lah sont des génies primitifs dégradés par le vice. Le Groenlandais lui-même rapporte que Kallak fut d'abord créé, et que de son pouce il fit sortir la première femme; que le monde fut ensuite submergé, à l'exception d'un seul homme (5). A Geylan, on montre encore un lac salé formé par Ève pleurant Abel durant cent années (6). Dans la théogonie des Nègres, Atahentsic fut chassée du ciel à cause de sa désobéissance, et un autre lac, dans l'intérieur de l'Afrique, passe pour un reste du déluge. On croit retrouver chez les Américains eux-mêmes des souvenirs d'un déluge dans quelques-uns de leurs grossiers hiéroglyphes (7). Les Algonquins
(1) Voy. SoNNERAT et le Bagavadam, et divers pouranas,
(2) Asie polyglotte; Paris, 1823.
(3) Chardin, Journal d*un voyage en Perse ^ II, 191
(4) RiTTER, Géographie, t. I, p. 548.
(5) Cranz, Hist, des Groënlandais.
(6) Chbvrbau, Histoire du monde, t. IV, p. 265.
(7) HuAiBOLDT, Sur les monuments mexicains.
UNITÉ DE L^ËSPÈGE HUMAINE
et d*autres tribus rapportent que Messou, ou Saketschiak, voyant la terre submergée, envoya un corbeau vers le fond de Tabime pour lui rapporter un peu de terre; il ne put réus- ^ sir; mais un rat, chargé de la même mission, en rapporta une bouchée, avec laquelle Messou refit le monde que le rat repeupla (i).
Les Mexicains de Meschioacan racontaient plus clairement que Tezpi ou GoUcok s'embarqua dans un grand acalli, avec sa femme, ses enfants, les animaux et les semences. Quand le grand esprit Tezcatlipoca fit retirer les flots, Tezpi envoya au dehors un vautour qui, se repaissant de cadavres, ne revint pas. Alors il expédia d'autres oiseaux jusqu'à ce que le colibri revînt avec un rameau verdoyant; assuré par là que le soleil ravivait la natuca, il sortit du navire (â). Des accidents divers peuvent éveiller chez les hommes l'idée d'un déluge universel ; mais le hasard peut-il la reproduire avec des circonstances identiques?
Si nous étudions les systèmes des peuples plus avancés en civilisation, nous rencontrons des concordances plus frappantes encore, quoique, en général, pour ce qui touche l'origine des hommes, elles aient en vue l'élément matériel presque seul; ceux qui songèrent à l'élément spirituel , supposèrent qu'il avait été soustrait à la Divinité par force ou par ruse, et non pas concédé par amour. On peut retrouver Noé dans Saturne, qui eut pour symbole un vaisseau, cultiva la vigne, naquit de l'Océan, et dévora ses fils, à l'exception de trois, entre lesquels il partagea le monde. A Jupiter pourrait correspondre Gham, plus voisin du soleil, puisqu'il peupla l'Afrique; à Pluton, Sem, qui sut extraire et travailler les métaux dans les riches pays d'Ophir, d'Évila, des Sabéens; à Neptune, Japhet, qui peupla les îles (3). Vous reconnaissez les constructeurs de la tour de Babel dans les Titans. Hésiode nous parle d'une race d'hommes qui étaient encore enfants à l'âge de cent ans (4). S'il n'a pas fait mention du déluge pas plus qu'Homère et les trois plus grands historiens de l'antiquité , Pindare le chante (5) ; il fait aborder sur le Par-
(1) Charlbvoix.
(2) HuMBOLAT, Vuet des Cordillères, t. II, p. 177.
(3) En grec, Neptune se dit Poséidon^ d*une racine sanBcrite ayant le •ene de large, étendu, ce que signifie aussi Japhet.
(4) XXX' Ixat^ ifcàvicaKiTca icoipà |i>T)T<pi xeSv^ 'Erplf ct'àtdXXuv. Tbàoonis.
(5) (Wymf)„IX.
PREMlÈaB ÉPOQUE.
nasse Deucalion, qui se fixe dans la ville de Protogène, et la repeuple en jetant des pierres derrière lui. Platon aussi en parle dans son Timée comme d'un fait universel et unique, et part de cette antique tradition pour raconter la catastrophe qui détruisit TAtlantide. Aristote le coïisidère comme particulier à la Thessalie (1); mais il s'agrandit dans Apollodore (2), et détermine le passage de Tâge d*airain à notre âge de fer. Deucalion lui échappe dans une arche. Lucien ajoute qu'il embarqua avec lui des animaux de chaque espèce; Plutarque, qu'il fit sortir des colombes pour reconnaître la hauteur dos eaux.
Nous ignorons ce que l'on enseignait dans les mystères d'Éleusis , où il semble que se fussent conservées plus pures les vérités primitives; mais Aristote (3) n'hésite pas à dire que <( c'est une tradition antique chez tous les hommes, « tradition qu'ils tiennent de leurs pères, que toutes les (( choses nous ont été constituées par Dieu, et parle moyen « de Dieu. »
Il est bien à regretter , pour nous servir d'une expression de Bacon (4), que le souffle de l'antiquité, en passant dans les flûtes harmonieuses de la Grèce, ait changé la pensée sublime et profonde en un simple jeu d'imagination ; toutefois un œil scrutateur sait y retrouver encore sa signification première. L'imagination grecque pouvait-elle revêtir la première faute, et la réparation qu'elle appelait, d'une figure plus poétique que celle de Pandore ouvrant le vase défendu, d'où s'échappent tous les maux pour ne laisser au fond que l'espérance?
Je m'abstiens de rapporter la signification des noms- de dieux et de pays antiques (5), ainsi que tant d'autres preuves
(1) Météor,, I, 14.
(2) Biblioiheca, I, § 7.
(3) Ou plutôt Tantique auteur du Traité du monde et du ciel, que Ton trouve dans les ouvrages d' Aristote : j^pxaîoc (làv o5v tic Xéyo; xal narpcoc Iffxi icâ(riv àvOpconot; <i>; 6eàv xà icàvxa, xaX 8ià 8sèv i^(ûv avvioTyjxev. Chap. XI.
(4) Fabube mythologicse videntur esse instar tenuis cujusdam aurje^ qum ex traditionibus nalionum magis antiquarum in Grjecorum fistulas inciderent. De Augm. scient., II, 13.
(5) Quelques-uns ont voulu en trouver l'explication dans la langue hébraïque. Ammon signifie ardent, comme Cham et Zens; Japet est presque Japhet; Vulcain est une altération de Tubalcaln; Jupiter vient de Jova, Jéhoua^ Jao, qui signifie dieu; Neptune, de niphtach, être étendu, ainsi que Poséidon, de phasa, étendre; Arès, d'Arits, fort, violent; Vénus, de
UNITÉ DE L^ESPÈCE HUMAINE
de genres si divers, mais qui, réunies, acquerraient une grande valeur. Seulement , je ne saurais négliger de comparer la majestueuse simplicité de la cosmogonie de Moïse aux extravagantes narrations des autres peuples (1), et d*observer combien chez lui sont clairs et naïfs les récits de ces
Benothj les jeunes filles; Adonis, (VAdomî, mon seigneur, etc. Bochart, dans sa Géographie sacrée, prend à tâche de démontrer que, dans la langue hébraïque, les noms des pays et des peuples anciens ont des significations. Toatefois il ne faut se servir de ces recherches systématiques qu*avec la plus grande réserve.
(1) Il suffit de regarder Thistoire primitive de quelque peuple que ce soit pour voir la bizarrerie des cosmogonies. Nous devrons en exposer plusieurs dans le cours de Touvrage ; aussi suffira-t-il de dire ici un mot de la cosmogonie grecque, selon Diodore de Sicile. « Nous disons que, pour ce qui concerne l'origine des hommes, les philologues et les historiens les plus estimés sont partagés en deux opinions différentes. Les uns, n'admettant pour le monde ni commencement ni fi n^ affirment que le genre humain a existé de toute éternité sans aucun principe de génération ; les autres, qui pensent que le monde a été créé et qu*il est sujet à la corruption, reconnaissent que Thomme a eu de même son commencement, en naissant à une époque déterminée. On croit donc que dès le principe toutes choses, dans leur universalité, étant comprises en elles-mêmes, le ciel et la terre, par le mélange de leurs natures, n'avaient qu*une seule forme. Puis, les corps se dégageant les uns des autres, le monde se rangea dans Tordre où nous le voyons. L'air contracta une agitation perpétuelle, et la partie ignée, poussée en haut par sa propre nature et par sa légèreté, s'en alla vers les espaces élevés qu'elle occupe. C'est la raison pour laquelle le soleil et les autres étoiles se soulevèrent, tandis que la matière fangeuse et trouble, qui dans sa pesanteur était tout imbibée d'humidité, se concentra dans un lieu déterminé, où le mouvement de rotation continuelle forma de la partie humide la mer, et de la partie solide la terre. Celle-ci, bourbeuse et molle d'abord, prit peu à peu de la consistance sous les brûlants rayons du soleil. Aussitôt qu'elle se fut mise en fermentation et que sa superficie se gonfla, les endroits plus humides commencèrent à montrer des tuméfactions ; ensuite apparurent comme des pustules ou des bulles couvertes d'une très mince enveloppe, semblables à celles que nous voyons actuellement se former dans les étangs et dans les marais, lorsque, la terre se trouvant refroidie, souffle tout à coup un vent embrasé qui change gradueUement sa température. Les choses humides rendues ainsi fécondes par la chaleur, qui leur servit comme de semence génératrice, leurs fœtus s'alimentèrent de l'air nébuleux qui les environnait, et se consolidèrent par l'ardeur du soleil pendant le jour. Quand ils eurent atteint leur maturité, leurs minces enveloppes desséchées vinrent à crever, et l'on vit éclore des formes d'animaux de toute espèce. Ceux qui avliient en eux plus de chaleur volèrent dans les airs ; ceux qui avaient plus de matière composèrent l'ordre des reptiles et autres animaux terrestres^ et ceux dont la nature abondait d'humidité, et qu'on appelle nageurs, s'en allèrent dans des lieux qui leur étaient propres. La terre enfln s'endurcissant de plus en plus par le feu du soleil et par les vents, le moment arriva où elle ne put plus produire de grands animaux, et ce fut alors que par le mélange
PREMIÈRE ÉPOQUE
temps reculés que les autres nations remplissent de songes et de prodiges. Gelles-ci commencent toute leur existence par deux suppositions différentes : les unes , par un âge d'or qui dégénère; les autres, par un état de barbarie qui s'améliore. Seule, rhistoire juive accorde ces deux opinions par le péché originel : mystère, comme le dit Pascal, sans lequel toute l'humanité est elle-même un inextricable mystère.
AnaiogiMdM Nous ue pouvous uou plus passer sous silence l'argument
que fournissent à l'appui d'une commune origine certaines connaissances communes entre les divers peuples. Nous ne dirons rien des arts et des métiers auxquels une nécessité égale a pu donner un égal développement; mais nous parlerons des principes de sciences purement spéculatives qui supposent des observations continues. Telles seraient les études astronomiques. Or, nous trouvons les signes du zodiaque semblable^ chez les peuples les plus éloignés; on y connaît de môme la division tout à fait artificielle de la semaine, la période luni-solaire, et d'autres périodes dont on fit le fondement de traditions et d'époques religieuses ; on y connaît la circonférence de la Terre (1), dont on a tiré l'unité
mutuel commencèrent à être engendrés ceux que nous voyons vivre aujourd'hui. »
Euripide, disciple d'Anaxagore le physicien, ne parait pas trop s'éloigner de ces idées, lorsque, en parlant de la génération des choses, il dit, dans son Ménalippe : u Ainsi, la terre et le ciel n'eurent d'abord qu'un seul aspect. Puis^ en se détachant, ils firent éclore toutes les choses, bétes, oiseaux, arbres et tout ce qui vit sur la terre, y compris la race des mortels. »
(1) Comme nous avons à voir les divers systèmes que Ton a inventés pour mesurer la terre, et les divers résultats qu'ils ont donnés, je crois utile de rapporter ici tout ce qu'offre de plus avéré sur ce sujet la science moderne, pour qu'on puisse le comparer aux erreurs et aux opinions précédentes.
La première mesure précise de la terre fut trouvée par Picard, au sortir du dix-septième siècle. Voici de quelle manière; plus on s'avance vert le nord, plus on voit s'élever le pôle, s'augmenter la hauteur des étoiles septentrionales, diminuer celle des étoiles du pôle opposé. L'élévation ou l'abaissement des étoiles nous fait connaître l'angle qui résulte des verticales partant des extrémités de l'arc parcouru sur la Terre. Cet angle est égal à la différence des hauteurs méridiennes d'une même étoile^ en ne tenant pas compte de la petitesse infinitésimale de la parallaxe de l'arc. Si l'on mesure cet arc an moyen d'opérations bien exactes, on a la longueur d'un degré, qui, multipliée par 860, donne celle de toute la périphérie. Ainsi Picard, ayant vérifié que l'arc compris entre les paraUèles qui passent par Amiens et Malvoisine était long de 78,850 toises, et que l'élévation d'une étoile de Cassiopée correspondant à cet arc était de 22' 55", en conolut que le de^ atait la longueur de 57,060 toises.
UNITÉ DE L*ESPèGE HUMAINE. 155
de mesure, la forme et l'étendue des temples et des édifices symboliques (1).
Serait-il possible que Thomme, s'il était né sauvage, se fût appliqué d'aussi bonne heure à ces profondes recherches, lorsque, plus tard, et dans des temps déjà historiques, il apprit à peine à satisfaire d'urgents besoins ? Serait-il possible qu'il fût parvenu, par sa force d'intuition, à découvrir ce que la science n'obtient qu'au prix d'énormes efforts, avec
Eq répétant cette opération but différentes latitudes, les petites variations qni en résultèrent indiquèrent que la Terre n*était pas tout à fait sphérique. L*Âcadémie des sciences, pensant avec raison que, le fait existant, on en aurait la plus grande preuve par la comparaison entre les degrés mesurés aux pôles et à Téquateur, envoya Bouguer, La Ck>ndamine et Godin sous la ligne, Manpertuis et quatre autres géomètres sous le cercle polaire. Les premiers reconnurent que la longueur d*un degré était de 56,735. Les seconds ne réussirent pas ; mais plus tard des savants suédois la trouvèrent de 57,699. Des opérations multipliées donnèrent pour résultat que la figure de la Terre est ellipsoïdale, quoique les observations les plus minutieuses témoignent de Textréme difficulté que Ton rencontre à vérifier la différence exacte entre ses deux diamètres, laquelle d*abord avait été fixée à 1/312.
Ia pesanteur des objets varie selon les latitudes ; en s'approchant des pôles, elle augmente en proportion du carré du centre de la latitude, et, dans tout le quart du méridien, s^accroit de 0,0054 sur la valeur équatoriale.
On reconnut aussi par là que le globe terrestre n*est pas homogène. Des expériences fort ingénieuses ont fait voir que la densité moyenne de sa croûte est à oelle de Teau : : 5 : 2.
La Terre a deux mouvements, de rotation et de translation. Le premier, duquel dépend la durée du jour, de temps immémorial ne s*est point altéré, ce qui veut dire que Taxe n'a point changé.
Voici le résultat des recherches :
Rayons de Téquateur • mètres 6376851
Semi-axe 6355943
Différence ou affaissement 20908
Rayon à 45* de latitude 6366407
Superficie du globe .myriam. carrés 5698857
Volume myriam. cubes 1082634000
(1) Tout les stades antiques sont des parties aliquotes exactes d*une circonférence de la Terre, et lui attribuent une extension qui diffère de bien peu de oeUe que Ton trouve aujourd*hui à Taide des meilleures méthodes. Selon Romé de Tlsle, le stade d*Ëratosthène la donne de 57,066 toises par degré, ainsi que le stade nautique, Tolympique et Tégyptien ; le stade philétérieD, 60,70. Seulement, le pythique f^it chaque degré dé 166. Le ohaldéen était calculé 1,111 1/9 par de^, de sorte qu*appHqué au degré tSN reetre, U donne pour chaque degré 67,002 toises 1 pied 9 pouces 6 lignes. On sait que la mesure des académiciens de Paris donne 57)075 toises par degré, à la latitude du 50«.
PREMIÈRE ÉPOQUE
le secours d'observations longues et compliquées, de calculs très subtils et d'instruments d'une extrême précision? et pourquoi donc , chez tous les peuples , la contemplation des cioux et l'art de supputer les jours sontrils considérés comme choses sacrées, gardées et réglées par les prêtres? Si nous observons que, chez les nations les plus anciennes, beaucoup de formules d'une haute science ont été conservées sans être comprises, souvent appliquées à faux, mêlées à des erreurs grossières, comme il arrive dans les merveilleux computs des Hindous et des Chinois (i), nous nous trouvons conduits à reconnaître dans ces fragments en désaccord, non les éléments homogènes d'une étude progressive, mais le rayonnement d'un foyer unique > les réminiscences d'un âge où l'homme, ayant peu ou point de besoins, pouvait se livrer uniquement à la contemplation, avec toute la vigueur d'une intelligence vierge, éclairée par de sublimes révélations. Les hommes, en se dispersant, emportèrent avec eux ces connaissances, ainsi que l'usage de solenniser l'époque des solstices et des équinoxes, la vénération du nombre douze et d'autres nombres calendaires. Leur propre génie et les circonstances y apportèrent par la suite diverses modifications. Bailly luimême dut convenir de l'unique origine des sciences , bien qu'il la plaçât chez on ne sait quel peuple du lac Baïkal, sous le 50« degré de latitude, d'où elles passèrent aux Atlantides, habitant la partie submergée de l'Amérique et les côtes occidentales de l'Afrique; de là, elles seraient parvenues aux Éthiopiens, puis aux quatre nations les plus anciennes , les Indiens, les Perses, les Ghaldéens et les Égyptiens (2) : assertions gratuites.
Les preuves de cette unité d'origine sont encore fortifiées parla ressemblance des édifices consacrés au culte, des institutions religieuses, des cycles de la régénération, des idées mystiques et de la plus merveilleuse des inventions , l'écriture, dont les caractères , chez les peuples les plus éloignés, pourraient passer pour les variations d'une môme forme (3).
(1) Voy., pour les Chinois, Schmidt, Révélation primitive. Voy. aussi le présent ouvrage, liv. IV.
(2) Histoire de l'astronomie et Lettres sur Vongine des sciences,
(3) Paravey, dans son Essai sur l*origine wiique et hiéroglyphique des chiffres et des lettres de tous les peuples, suppose que les Chinois ont conservé les anciens livres de Babylone, de la Perse et de TÉgypte. Voyez aussi BuTTNBR, Vergleichungs-Tafeln der Schriften verschiedener Vœlker ; Gœttingue, 1771.
UNITÉ DE l'espèce HUMAINE.
Oui osera rechercher la cause de telles ressemblances ailleurs que dans le profond mystère de la vie , et dans Téternelle et secrète alliance de l'âme avec la nature?
Pour réfuter Torigine commune du genre humain , on ne ^^"iJ^' manquait pas, d'ordinaire, de mettre en avant l'Amérique, et l'on soutenait qu'un continent aussi vaste , demeuré toujours inconnu au reste du monde et séparé de lui par tant de mers, ne pouvait avoir été peuplé que par des hommes nés sur le sol même.
Nous aurons à nous étendre ailleurs sur ce point. Il est vrai qu'au premier abord, en retrouvant un peuple dans les îles écartées, on serait porté à le croire une production spontanée du sol; mais si, à l'examen, on lui trouve un langage, des traditions, des coutumes conformes à celle d'autres nations, force est d'avouer qu'il y fut amené d'ailleurs , bien qu'on ignore comment. Tel est le cas de l'Amérique. Nous avons déjà dit un mot des ressemblances de conformation et de langage «ntre ses indigènes et les Asiatiques. Leurs traditions parlent de gens venus du dehors; dans l'histoire mexicaine, les Toltèques, les Sept Tribus, les Ghichimèques, les Aztèques, sont indiqués tous comme étrangers au pays, et les hiéroglyphes les représentent dans l'acte de traverser l'Océan. Les analogies entre les Péruviens et les Mongols sont si nombreuses, qu'un écrivain a soutenu avec beaucoup d'esprit, que Manco Kapac, fondateur de la dynastie et de la religion des Incas, était né d'un petit-fils de Gengis-Khan (i) ; tandis que d'autres le font venir du Thibet et de la Tartarie. Les Hotlentots d'Afrique, les Guaranis du Paraguay, et les Californiens d'Amérique , en signe de douleur pour la perte d*un parent, se coupaient le petit doigt (2). Croirons-nous qu'un usage si étrange soit né spontanément dans des pays si distants l'un de l'autre? Les Pastous américains ne se nourrissant que de végétaux, les Tlascaltèques qui croient à la métempsycose, les Péruviens qui ont une idée de la Trinité, nous font penser aux Indiens. La division du temps en pe- Utes et grandes périodes diffère bien peu dans les méthodes chinoise, kalmouque, mongole, mandchoue, et dans celles des Toltèques, Aztèques et autres ; elle est identique -entre
(1) Ramkino, Recherches historiques sur la conquête du Pérou et du Mexique, faite au treizième siècle par les Mongols, accompagnés cT éléphants. Londres, 1827.
(2) FoRSTBR, Voyage autour du monde^ t. I, p. 435.
PREMIÈRE ÉPOQUE
les Mexicains et les Japonais. Le zodiaque des Thibétains, Japonais et Mongols porte les mômes noms que ceux qui sont attribués par les Mexicains aux jours du mois ; et là où les signes manquent dans le zodiaque tartare, les Sastras indiens y suppléent en plaçant les animaux célestes dans les positions correspondantes (1).
Les Aztèques, les Mitlèques, les Tlascaltèques représentent, dans d'innombrables peintures, le déluge et la dispersion des peuples. Pour figurer la confusion des langues, ils oat représenté une colombe perchée sur un arbre et donnant aux hommes, jusque-là muets, un langage pour chacun, ce qui fait que les quinze familles se dispersent au loin (2).
Leurs hiéroglyphes exprimaient que « avant la grande « inondation survenue i,008 années après la création du « monde, le' pays d'Anahuac était habité par des géants « {Tzocuillixèques)\ ceux qui ne périrent pas furent trans- (( formés en poissons, moins sept qui s'étaient réfugiés dans « les cavernes. Les eaux une fois apaisées, Xeloua, Tun de « ces géants, surnommé Tarchitecte, s'en alla à Scioloulan, (( où, en mémoire de la montagne Tlaloc, sur laquelle il « s'était sauvé, il éleva une colline artificielle en forme de « pyramide. Il fit faire des briques dans la province de Tla- « manalco, au pied de la Sierra de Cocotl, et, pour les trans- « porter à Scioloulan , il disposa en file des hommes qui se « les passaient de main en main. Les dieux virent avec cour- « roux cet édifice, dont la cime devait aller toucher les nues, « et ils lancèrent le feu sur la pyramide; beaucoup d'ouvriers « périrent, et le travail resta inachevé (3). » Humboldt et Zoega remarquèrent une ressemblance évidente entre cette pyramide de Scioloulan et le temple de Bélus ; elle est exactement orientée, et, comme celui-ci, elle servait aux prêtres mexicains pour les observations astronomiques.
Ajoutez à cela que les Mexicains, dès qu'il leur naissait un enfant, lui arrosaient le front avec de l'eau, et parfois le faisaient passer à travers la flamme. Ils peignaient Sinacualt, mère du genre humain, dans le paradis terrestre, avec un serpent, et, derrière elle, deux fils se disputant entre eux ; ils faisaient de petites idoles de pâte qui se distribuaient par
(1) Humboldt, Vues des Cordillères, u IL
(2) Idem.
(3) MS. existant dâns la bibliothèque du Vatican, copié par Pedro de 108 Rios, en 1566.
UNITÉ DE l'espèce HUMAINE.
pelits morceaux au peuple réuni dans le temple ; ils confessaient leurs péchés, et avaient des couvents d'hommes et de femmes. Tant de ressemblances ont fait soutenir dans un ouvrage remarquable que TAmérique avait été d*abord peuplée par des Hébreux, puis par des chrétiens (1). Cet ouvrage est la collection des monuments mexicains , publiée par lord Kingsborough, monuments dans lesquels on voit représentés des personnages d'un tout autre caractère que l'Américain, offrant tantôt les types de l'Inde, tantôt ceux de TÉgypte. Le buste d'une prêtresse aztèque ,'porte sur la tète la calantiqne, comme ceux d'Isis; on y retrouve les pyramides à assises nombreuses, avec des sépultures à l'intérieur, et surtout des peintures hiéroglyphiques. Cinq jours sont ajoutés à l'année mexicaine, comme les épagomènes à celle de Memphis. Dans les tombeaux des Incas , on a découvert beaucoup de lampes et de vases peints qui ressemblent étonnamment à ceux des Égyptiens; quelques-uns ont des formes grecques, et l'on en prendrait d'autres pour des amphores romaines (2). On est tellement surpris de sembables conformités, qu'on se demande comment cette partie du monde a pu jamais se procurer de telles connaissances et de tels objets!
Il est certain que l'infortuné Montézuma, la première fois qu'il s'entretint avec Fernand Cortez, lui dit : « Nous savons <c par nos livres que les habitants de ce pays et moi nous <c ne sommes pas indigènes, mais que nous venons de très « loin. Nous savons encore que le chef qui guida nos aïeux « retourna pour quelque temps dans son pays natal, et revint « ensuite pour y ramener ceux qu'il avait laissés. Mais il les •c trouva mariés avec des femmes de ce pays, pères de nom- « breux enfants, et viicant dans des villes qu'ils avaient bâties ;
(1) Lord KiMOSBOROtJOB, Antiguittes of Mexico (Londres, 1831-48, 9 vol. in-fol.), t. VI, p. 232-420. On sait cependant que les bouddhistes pratiquaient des rites pareils. M. G. d'Eichtal a repris la thèse de De Guignes père devant Tlnstitut de France, que TAmérique a été peuplée par des Chinois bouddhistes, et que c*est le Fou-Seng des livres chinois, opinion émise d*abord par De Guignes, mais combattue ensuite par Klaproth, et en dernier lieu par M. Vivien de Saint-Martin {Armée géographique pour 1865).
Voy. aussi Brasseur de BouRSotiRO, HisU des nattons civilisées du Mexique durant les siècles antérieurs à Colomb; Paris, 1857-58, 4 vol. in-8.
(2) M. Kampe prit le dessin de vingt-deux de ces objets, quUl croit y avoir été portés par les Phéniciens. (Voy. Soc. of antiq,) Londres, 1836iJ
PREMIÈRE ÉPOQUE
« si bien qu'ils ne voulurent pas obéir à leur ancien maître, « qu'il s'en alla seul. Nous avons toujours cru que ses des- « cendants viendraient un jour prendre possession de nos (( contrées; maintenant, puisque vous venez du côté où se <( lève le soleil, et que vous me dites nous connaître depuis « longtemps, je ne puis douter que le roi qui vous envoie ne « soit notre maître naturel (1). »
Les Poiyné. Nous savous eucorc trop peu de choses sur la Polynésie, qu'on a plus songé à exploiter qu'à étudier ; mais il est moins difficile d'expliquer comment les Indiens s'y propagèrent d'île en île. Reland, Gook, Forster, comparant les idiomes océaniques, leur reconnurent une parenté avec ceux des Madécasses , des Malais et des Javanais. Des îles Sandwich à la Nouvelle-Zélande, il y a environ 1,800 lieues, et les langues se ressemblent; même distance de Madagascar aux Philippines, et les idiomes qu'on y parle sont frères ; un tiers de la circonférence du globe sépare Java des Marquises, et cependant les mots ont les mômes racines, tirées du kawi, qui n'est que le sanscrit dépouillé de ses inflexions. Au fond d'une religion grossière outre mesure, on retrouve l'idée d'une trinité que, dans les Carolines, on appelle Alouelap, Langueleug, parmi les Taïtiens, Tane ou Te Madua, père ou homme ; Oro ou Mattin, dieu-fils ou sanguinaire, et Taroa ou Manou te ooa, oiseau ou esprit : ressemblance palpable avec la TrimoMWt indienne. Les Nouveaux-Zélandais , selon Lesson, de même que les autres Polynésiens, nomment leurs dieux Assouas; ils croient que les âmes des justes sont les bons génies, et que, sous le nom de Tiis, celles des méchants poussent l'homme au péché. Qui ne voudra reconnaître là les Asouras, génies de l'Inde antique, et les Daîtias, ses démons ?
Les traditions brahmaniques se montrent davantage parmi certaines tribus des Daïas plus civilisées que les autres. Elles divisent le temps en iogas, semblables aux périodes fabuleuses des adorateurs de Brahma, et dont les noms mêmes se rapportent aux leurs; car ils les nomment Chet*ela ioga, Diva Pero ioga, et enfin Cale ioga, la période présente. Durant les éclipses, qu'ils appellent par un mot sanscrit graana, ils croient qu'un dragon nommé Raou (parole également sans-
(1) Première lettre de Cortei, §§ xxi et xxix. Klaprolh, dans VAsie poly^ glotte, soutient que les Tschouktchi viennent d'Amérique. Sans m'arrétèr à le réfuter, j'en fais mention comme un témoignage des correspondances entre le nord-ouest de l'Amérique ei Test de l'Asie.
UNITÉ DE l'espèce UUUAINE.
crite) dévore la lune, et, pour Teffrayer, ils font un fracas étourdissant, absolument comme en usent les Chinois.
Dans les îles de Tonga, on parle de la dispersion des hommes, de leur division en bons et en mauvais^ en blancs et en noirs, après une malédiction qui ressemble à celle de Gham. A Taîti, on racontait comment Dieu avait endormi le premier homme pour lui enlever une côte, dont il forma la femme, et comment le genre humain fut englouti par un déluge auquel un seul homme échappa. On pourrait dire qu'ils doivent ces traditions aux missionnaires et aux navigateurs; mais alors pourquoi ne rappellent-ils rien du Nouveau Testament? A Toccasion des Indiens Towaïs, venus à Paris en 1845, Honoré Jaquinot disait : « J'ai visité les îles principales de la « Polynésie, et j'y ai remarqué les plus grandes analogies « avec les Américains. La ressemblance de physionomie est <c pour moi la meilleure preuve de l'identité des Américains « et des Polynésiens; mais si je voulais consulter les mœurs, a les témoignages se présenteraient en foule. Quelque diver- « sité qu'on trouve dans leur genre de vie, ils ont le même « degré de civilisation , une hiérarchie sociale et sacerdotale « presque égale, des religions également obscures, une « égale vénération pour les tombeaux. Parmi les Mandanes, cf comme à la Nouvelle-Zélande et aux Marquises , les cada- « vres sont exposés sur des travées, et l'on apporte de la o nourriture aux froides dépouilles. Chez les Assiniboines et « les autres tribus, une grande place pavée se trouve devant « chaque village pour les assemblées ; il en est de même aux « Marquises et dans d'autres îles polynésiennes. Sur les a rivages de l'île de Pâques, d'énormes rochers ont été sculpo tés en forme de géants ; sur d'autres points de l'Océanie, et « surtout dans l'île d'Oualan , on voit des murailles formées « de masses prodigieuses, problème pour les navigateurs et « trace des constructions cyclopéennes dont les deux Amé- « riques sont couvertes. Les Polynésiens, comme les Amé- « ricains, aiment les ornements, se peignent avec de vives « couleurs, se tatouent la peau, s'épilent, se rasent une par- « tie de la tète , percent et allongent le lobe de l'oreille au- « quel ils suspendent de lourdes parures. Les indigènes « d'Oualan jse couvrent la lèvre inférieure d'une coquille, et « cet usage est répandu sur la côte nord-ouest de l'Améria que. Le vêtement des chefs de Taïti, appelé tiputa, est le a poncho des Araucans. Ces deux peuples sont guôrriers , se
HIST. ONIV. — T. i. il
PREMIÈRE É1*0QUE
« servent des mêmes armes, et la chevelure de Tennemi est « lear trophée. Un si grand nombre d*analogies, qu*il me « serait facile de multiplier, peuvent-elles provenir du ha- « sard? »
Nous avons rapporté tant de preuves de Tunique origine du genre humain , que nous croyons pouvoir négliger les objections partielles, en réfléchissant avec Bacon que Tharmonie des sciences, c'est-à-dire Tappui qu'elles se prêtent réciproquement, est la vraie et la plus prompte manière de renverser et d*écarter les obstacles de moindre importance ; tandis que si l'on produit les axiomes un à un, il en arrivera comme du faisceau de flèches : ils plieront et rompront à qui mieux mieux (1).
Mais qu'on ne nous reproche pas de nous être trop arrêté sur ce point : il nous parait d'une importance capitale dans l'ordre historique, puisque de cette connaissance dépend le fait de savoir si l'espèce humaine, ce mélange de tant de misères et de tant de grandeur, est déchue d'un paradis ou s'est élevée de la condition du singe ; si nous devons rechercher seulement le développement de la matière dont le perfectionnement aurait produit toute chose, ou bien célébrer l'élévation successive de l'esprit en croyant l'homme et l'humanité destinés à se racheter et à s'améliorer par le rétablissement de l'harmonie dans la conscience; si enfin ceux qu'une polilique sans pitié appelle nos ennemis naturels sont ou non nos frères. De là seulement nous pourrons déduire les règles de la justice, qui doit être le fondement de l'histoire. Gom* bien les jugements de l'historien ne seront-ils pas modifiés, si Moïse, Mahomet, l'empereur Christophe, Iturbide, Tamerlan, sont à ses yeux des êtres aussi étrangers que le renne ou l'éléphant! Quelle impression différente produiront sur lui les institutions de Manou et les poèmes de Kalidaça, les infortunes des Incas ou de Montézuma jetés au bûcher par les Espagnols, la triste condition des nègres dont les Anglais font trafic , s'il voit en eux des êtres d'une autre race que la nôtre I
(1) Voy. QuATRBPAOBS, Unité de Vespèeei Paris, 1877, in-lS;