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CHAPITRE IV

PREMIERS PATS HABITÉS.

Mais il ne suffit pas que les faits prouvent que Thomme n'est pas un germe développé spontanément sous certaines zones ; il faut les interroger encore pour savoir quel fut le lieu de son unique souche.

Si Ton demande aux peuples de l'Europe de quelle partie du monde ils viennent, tous d'accord répondent : de TAsie. U en est beaucoup dont nous connaissons Torigine avec certitude ; en étudiant les anciennes migrations et les débris des langues éteintes, non seulement nous trouvons que les Celtes, les Gimbres, les Esclavons^ les Gaulois, les Germains, les Lapons, les Finnois, viennent de TAsie, mais nous pouvons assigner à chacun la contrée qu'ils habitaient autrefois sur les bords de la mer Noire, dans la Tartarie, sur le Gange, partout où se rencontre encore un vestige de leur idiome. Si nous ne pouvons pas en dire autant des autres, nous les voyons néanmoins se reporter tous vers TOrient.

L* Afrique s*est tellement plongée dans la barbarie, TAmé^ rique resta si longtemps séparée du tronc principal, que Ton entrevoit à peine quelque ressemblance entre ces deux rameaux. Nous en avons cependant déjà signalé quelques tra-» ces, et le peu qui reste de leurs traditions indique une origine étrangère se reportant du côté de l'Asie.

Plus on observe, d'ailleurs, la gradation dans la couleur de la peau, plus on se confirme dans l'opinion que les Africains sont issus de l'Asie méridionale, et les Américains, de l'Asie orientale.

Bn Asie, au contraire, tout manifeste une extrême vétustés Là nous apparaissent les langues les plus antiques, qui^ sous des formes calmes et méthodiques, voilent la parole de l'om-^ bre mystérieuse de Thiéroglyphe et du symbole. A ces lan^ gties, comme à leur noyau commun , se rattachent celles du reste du monde. Informez-vous d'où fut tiré le moyen de fixer la parole, et la Grèce s'avouera débitrice envers l'Asie de l'alphabet qui engendra tous les autres. De là sont venus les chiffres numériques; de là, les connaissances astrono-*

PREMIÈRE ÉPOQUE

miques; de là, les germes de culture cachés dans les cosmogonies; de là, les doctrines philosophiques et religieuses qui éclairèrent ou éblouirent Thumanité. Aussi est-ce là que, comme à la source, recouraient toujours les anciens sages.

Si de ces instruments de civilisation nous passons à la civilisation elle-même, nous la voyons d'abord apparaître en Asie, et de là se répandre sur le reste du monde. Son premier signe est Tempire sur les animaux. Eh bien ! la plupart de ceux qui maintenant obéissent à Thomme, se trouvent à rétat sauvage au cœur de TAsie. Les montagnes qui la traversent sont le pays originaire du bulBe, du taureau, du mouflon, dont dérive notre brebis; de Tonagre et du bouquetin, du croisement desquels est issue notre chèvre. Le renne bondit sur les hautes cimes qui bornent à Torient la Sibérie, et sur la chaîne des monts Ourals ; le chameau erre dans les vastes déserts qui s'étendent entre le Thibet et la Chine; le porc se nourrit des glands que produisent les forêts de chênes dans la partie de TAsie la plus tempérée ; le chat y vit sau- V(ige, ainsi que le chacal, qui a produit notre chien (i).

L'homme emmena avec lui ces serviteurs qui l'aident à gagner son pain à la sueur de son front, ainsi qu'il y est condamné; aussi les trouvons-nous plus nombreux à mesure que nous nous approchons de l'Asie, et plus rares à mesure « que nous nous en éloignons. La Nouvelle-Guinée et la Nouvelle-Zélande ne possèdent que le chien et le pourceau; la Californie n'a que le chien ; l'Amérique, toute vaste qu'elle est, n'a que le guanacoetle lama. L'Europe elle-même ne possède en propre que quinze ou seize des espèces qui s'apprivoisent le plus avec l'homme, en y comprenant le rat et quelques autres familles de rongeurs; elle a tiré toutes les autres de l'Asie. C'est en Asie que les mêmes espèces se montrent dans toute leur beauté ; il n'existe pas une contrée où le cheval s'élance aussi vigoureux qu'en Arabie pour lutter de vitesse avec le vent, où le chameau prête à l'homme d'aussi patients et utiles services. C'est à l'âne sauvage, à l'onagre du désert, que les poètes asiatiques comparent les héros ; la brebis et la chèvre d'Angora, l'argali, le bouc des bois, n'ont pas leurs pareils sur d'autres continents; là enfin, depuis des siècles, l'éléphant, sinon l'espèce , au moins l'individu , est soumis à l'homme.

(1) Les naturalistes modernes ont déclaré fausse, comme quelques autres de ses théories, la généalogie du chien donnée par Buffon.

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