CHAPITRE III
Domination d'Athènes Jusqu'à la fin de Ui
guerre du Péloponèse.
Coup d^œil sur P histoire politique Jusi/u^au com-mencemeni de la guerre des Perses,
XENDANT long-temps on a regardé comme incontestable, le &k de rétablissement de Cécrops dans TAttique, à la tête d'une colonie égyptienne; aujourd'hui tous les auteui'S de recherches sur l'histoire mythologique, n'y voient plus qu'une invention ou une figure, que chacun interprète à sa façon. Nous rejetterons aussi cette supposition d'un établissement sur un aride promontoire de rochers dans un pays peu fait pour attirer les II. 1
étrangers, et nous rapporterons à des immigrations venues de l'intérieur ce qu'en disent les fables qu'on débite à ce sujet. Cependant ne donnons point à Cécrops un nouveau rôle, outre tous ceux que les mythologues lui ont attribués. Avec de la sagacité on peut faire ce qu'on veut des renseignemens qui nous sont restés de lui. Que des Phéniciens ou des Égyptiens soient venus dans l'Attique, cela n'a rien d'invraisemblable : les premiers, dans les anciens temps, visitaient beaucoup les îles de la Grèce. Une chose certaine , c'est que dans l'Attique des bourgs et des petites villes formaient des états isolés et gouvernés par des princes indépendans les uns des autres; mais ce n'est que sur des indications partielles qu'on parviendrait à deviner leurs rapports avec la noblesse et le sacerdoce. Il n'est aucun savant qui ne soit à même d'en tracer un tableau conforme à ses idées sur l'antiquité. Meursius pourra satisfaire ceux qui aiment les traditions ; il a traité historiquement tout ce qui concerne les rois depuis Cécrops. Il y a dans Strabon un passage propre à faire apprécier ce que Meursius cite de Pausanias et d'autres auteurs encore *. On verra par là combien cet illustre savant a tiré parti de la masse énorme de matériaux qu'il avait à sa disposition. L'histoire d'un petit pays de quarante lieues carrées n'a pu
t Strabon, liv. IX, pag. $76^ édit. Falcon.
acquérir d'importance pour celle de Tunivers que par des circonstances extraordinaires, et au jugement d'Hérodote, ce fut nécessairement l'efiet d'une constitution démocratique et favorable à l'industrie, aux développemens des facultés iniellectueUes et aux arts. Toutefois on ne saurait nier qu'Athènes, encore aristocratique, n'eût déjà reçu de causes fortuites une attitude fort imposante. Homère rattache à Érechtée les rois du temps des Pélasges ; la terre l'avait enfanté^ Minerve l'avait élevé dans son temple ^ Les rois de l'époque achéenne sont Xuthus, Ion, Egée, Thésée j ce dernier appartient aux héros dont le nom est lié aux institutions de la Grèce, ennobhe déjà par l'immigration d'une souche nouvelle. Les chantres et les narrateurs des premiers temps d'Athènes n'ont pas manqué de mettre l'organisation de cette ville en rapport de mythes et de fables avec le premier royaume de Crète, et avec les changemens arrivés en Thessahe et dans le Péloponèse. Homère est d'accord avec eux, car il connaît Ariane; et quand même le vers de llliade , où il est fait mention de Thésée et de Périthoûs, ainsi que du combat contre le centaure Phérès, serait le résultat d'une interpolation, il est un autre vers encore où ils sont cités ensemble, et dont l'authenticité est certaine^. L'empire
i IL II, T. 549*
a Voj-ez, »ar Ariane, Odyss., lir. XI ^ t. 3a o à 3 a 5. Le
de Thésée n'était point brillant; car Menesthée, son second successeur, ne conduit à Troie que quarante vaisseaux, et en général il paraît un homme bien moins important qu'Ajax, le dominateur de la petite île de Salamine. La dynastie qui se faisait descendre de Thésée, perdit le trône quand les Doriens pénétrèrent dans le Péloponèse, et que Mélanthe, chassé de la Messénie et roi de race achéenne, vint à Athènes où il rendit des services. Il paraît résulter d'un passage d'Aristote, ou qu'il ne reconnaissait pas l'histoire de Mélanthe pour vraie, ou bien que, dans son opinion, le gouvernement d'Athènes était aristocratique, même avant Codrus, fils de ce Mélanthe. Aristote affirme, en effet, que Codrus fut fait roi à cause de ses services; ses expressions semblent indiquer que ce titre lui fut conféré comme im honneur extraordinaire ^ Il se
vers suspect d^iuterpolation se trouve dans Plliade, lir. II, T. 365^ Tautre , où Thésée et Périthoiis figurent ensemble, dans rOdyss., liy. XI, y. 36o.
1 Aristote, Polit., liv. V, ch. 8, pag. 178, édit. de Gœttl. La monarchie, dit-il, est aussi une sorte d^aristocratie ^ car on la donne, soit à celui dont la famille est le plus considérée , soit k celui qui s^est le ^plus distingué par des services personnels , soit à celui qui est de la plus ancienne noblesse , soit enfin à celui qui a fait du bien à Pétat, qui réunit ces deux genres de mérite , et qui de plus est au-dessus des autres par sa puissance. G^est pourquoi tous ceux, qui se signalèrent par de grande bienfait» ÇAvers 1«« peuples et les çtats, furent
pourrait néanmoins qu'Âristote eût appliqué au fils de Melanthus ce qu'on dit de lui-même, à raison de ce que Codrus avait en effet repoussé les Doriens de FAttique, et les avait contraints de se contenter de la petite ville de Mégare. Sa mort et les cliangemens qui la suivirent, sont encore obscurcis par des fables et par des inventions poétiques. On veut que Codrus se soit dévoué pour la patrie, et beaucoup d'écrivains, voyant à ses successeurs le titre d'archonte, en conclurent qu'il s'était dèslors opéré une révolution dans le gouvernement. Cependant cela est fort douteux; ce qui ne l'est pas, c'est que des dissentions de famille donnèrent naissance à des colonies qui réagirent nécessairement sur la métropole. Nous savons avec quelle rapidité fleurirent les colonies ioniennes, et surtout Milet, et combien à son tour cette ville fonda d'établîssemens. Leurs rapports avec les rois de Phiygîe et de Lydie amenèrent les relations de ceuxci avec les temples et les oracles de la mère patrie. Ainsi, dès les premiers temps, Athènes, quoique sans puissance, acquit une haute importance en sa
créés rois par eax : ou bien ils avaient empêché que le peuple ne fût subjugué par les armes, comme Codrus, ou bien ils Taraient affranchi du joug étranger, comme Cyms, en fondant un noQTel état; ou bien encore , comme les rois des Macédoniens et des Molosses, et comme ceux des Lacédémoniens ^ ils avaient connais des provinces ponr leur pays.
qualité de métropole des villes ioniennes, et de boulevard de la race achéenne contre les Doriens. Étroitement unie à des républiques, plus riche de l'industrie de ses citoyens que puissante par ses forces militaires, Athènes, même sous les rois, se rapprochait de plus en plus du gouvernement républicain. Ses petits rois, qui ne pouvaient espérer d'appui ni de leur garde, ni des Doriens leurs voisins, se trouvaient comprimés par Taristocratie et par les dignités sacerdotales, introduites partout après le siècle d'Homère, et même devenues héréditaires dans quelques familles; enfin, vers la fin de la sixième olympiade on institua une aristocratie formelle. Le titre d'archonte demeura cependant au magistrat investi du pouvoir exécutif, qui fut réélu chaque année. Toutefois il y eut bientôt de nouveaux changemens : au lieu d'un seul, on mit à la tête des affaires neuf eupatrides (nobles), désignés par le sort : trois d'entre eux avaient un rang distingué et des titres particuliers, les six autres présidaient les tribunaux et composaient une cour. C'était créer une aristocratie rigoureuse ; mais heureusement, depuis les temps héroïques, le peuple avait conservé le droit de s'assembler et de faire des lois. Pour opérer des améliorations, il ne fallait donc qu'un chef, et l'ambition a toujours soin d'en présenter quelqu'un. Ces améliorations devinrent d'autant plus nécessaires, qu'à
(7) coté des nobles et des vassaux il se fonnait une vé« ritable bourgeoisie. Tant que la constitution de^ meura purement patricienne, tant que le gouverne* ment demeura entre les mains de la noblesse, et que les juges n'obéirent qu'à une législation sacrée, connue des seuls Eupatrides, le citoyen blesse dans ses droits ne pouvait s'adresser ni aux tribunaux , ni aux serviteurs de la religion , surtout à raison de ce que les grandes dignités sacerdotales étaient héréditaires. Il en résulta nécessairement des désordres de tout genre, et des actes de vengeance particulière. On oublia néanmoins que la source de ces maux était dans la légblation même: peu importait, en effet, que le peuple eut le droit de faire des lois, s'il était exclu de toutes les places» et s'il n'avait le pouvoir de soutenir son ouvrage. Il est vrai que dans la première année de la Sg.* olympiade Dracon promulga une espèce de droit divin, que les Athéniens laissèrent subsister, même pendant la démocratie, à côté des lois de Solon; mais l'application en fut si dure, que bientôt ses institutions devinrent plus odieuses que toutes les législations au moyen desquelles l'aristocratie avait coutume d'enchaîner les peuples ^ Les dissentions
1 La législation de Solon n^abrogea pas cntiàrement Ici ôtff/jLOt de Dracon. Pour s^en conyaincre, on peut se reporter an discours d^chine contre Timarchidcs ^ on y met sur la même ligne les lois de Dracon et de Solon , pour les opposer
continuèrent donc dans Athènes , et douze ans plus tard, deux partis, aristocratiques tous deux, se disputèrent la prééminence. Cylon , chef de l'un , crut l'occasion d'autant plus favorable, qu'alors on n'avait point encore conçu de haine dominante contre le gouvernement d'un seul, et que, dans les petits états doriens, des particuliers parvenaient souvent à s'emparer de la puissance. Le tyran de la petite ville voisine de Mégare était le beau -père de Cylon, qui, dé plus, avait reçu de l'oracle une réponse propre à le justifier en cas de succès^ ; il s'empara donc de la citadelle. Cependant il n'avait pas bien calculé ses forces : les nobles appelèrent leurs vassaux des campagnes, et renfermèrent les séditieux dans cette place. Cylon et son frère trouvèrent le moyen de s'échapper; mais on n'en continua pas moins le siège : les Alcméonides s'y distinguèrent particuUèrement Après que la faim eut fait mourir plusieurs de ceux qui se défendaient, les autres se réfugièrent au pied des autels : là on les laissa périr d'inanition, ou bien on les entraîna
à la décadence des mœurs. Andocide aussi , dans son discours sur la profanation des mystères, dit qu^après les trente tyrans les anciennes institutions furent remises en yigueur; il s^exprime ainsi : on résolut de yiyre selon les lois de Solon et de Dracon , ^pSffùeu to7ç loXavoç vo/notç Koù ro7ç ùpeinovroç J^tç/xo7ç.
l Thucydide, liy. I, chap. ia6.
(9) pour les tuer en dehors des temples. Quoique les Alcméonides fussent seuls coupables de ce sacrilège, la colère des dieux, selon l'opinion des Grecs, se répandit sur tout le peuple. Le chef de cette famille était alors Még«iclès, connu pour sa fierté, et dont l'orgueil accompagna ses descendans, même à travers la démocratie, au point qu'Aristophane les livra à la risée du peuple ^ Ce ne fut point assez de l'exil pour punir les meurtriers des partisans de Cjlon ; ce ne fut point assez de déterrer les os des victimes : une maladie contagieuse dévorait encore la ville; Misâea et Salamine furent occupés par les Mégariens; on reconnut la malédiction des dieux : on eut recours ^ l'oracle. Solon paraît ici pour la première fois dans l'histoire d'Athènes, parmi ceux qui veulent adapter aux institutions grecques les cérémonies de l'Orient, et se servir de la religion pour contenir dans de justes bornes la liberté qu'ils aiment et qu'ils apprécient. On appela dans
1 II jr a dans Hérodote, liy. VI, chap. iai-i33, un rëcit particalier sur les Alcméonides. Aristophane, dans les Nuées, fait dire à Strepsiade qn^il s^est allié à une famille d^une haute noblesse, et que les dépenses que cela lui a occasionées ont dérangé ses affaires. Il j est question de Mégaclés.
Ajoutez -)r la remarque de Hemsterhujs sur le Timon de Lucien, tom. I.", pag. i34* Megacles non unus in Alcmœonidarum gente jéthenis nobilissima : Comici hominem jarimarium , qui multum splendori generis arroget, aliosque prœ sefastidiat , ita voeant, quemadmodum KOicVfAY fiminam potentem-
(lo)
Athènes Éplménide de Crète, ami de Solon, homme semblabe à'Pythagore, qui réunissait à l'extérieur des initiés de l'Orient la profondeur, la véracité et le désintéressement des sages de la Grèce : il purifia la ville, organisa le culte, et fraya le chemin par lequel son ami marcha vers une nouvelle constitution. Des autorités fort recomioandables fixent ce voyage à la quatrième année de la 45.* olympiade; c'est-à-dire qu'il précéda de trois ans la législation de Solon. Il est vrai que l'histoire de cet homme mystique et prophétique est fort incertaine; et ce même voyage est si diversement indiqué, que les chronologistes ont eu recours à leur moyen ordinaire, qui est d'admettre deux honmies du même nom^ Après ces expiations d'Épiménide , Splon devint dans l'état un personnage essentiel : il releva le courage de ses concitoyens, •qui hésitaient à reprendre Salamine ; puis il obtint du tribimal des amphictyons (qui, au nom de tous les Grecs , prononçait sur les affaires concernant les temples), une sentence contre Cirrha, pour violation des propriétés du temple de Delphes : cette sentence reçut une terrible exécution par la destruction
de Cirrha. Solon fut fait archonte en la troisième
1 On connaît Fécrit publié à Leipzig, en 1801 , sous le titre d'Epiménide de Crète, Voyez aussi Harles , dans la première partie. Supplementa ad introductiontm in historimn lin§uœ §rœcœj i8o4^pag. 77, 78.
année de la 4^.^ olympiade, c*est-à-dire trois ans après le voyage d'Épiménide, dans un temps où les propriétaires et les citoyens, les créanciers et les débiteurs, étaient en rupture déclarée. On voulait que Solon remédiât à ces maux par le changement de toutes les institutions, et pour cela on lui conféra le pouvoir des asjrnnètes ^ sans toutefois lui en donner le titre ; il ne fut qu'arbitre et législateur. Il introduisit, à la vérité , une démocratie, il ébranla l'aristocratie des familles; mais en distribuant les fortunes en classes, il créa de suite une autre aristocratie. Les nobles demeurèrent trèspuissans, non-seulement parce qu'ils possédaient les plus grandes richesses, ou parce qu'ils étaient plus habiles à remphr les places ; mais encore parce que leur qualité de juges au tribunal sacré de l'aréopage, les sacerdoces et les cérémonies qui leur étaient confiées, perpétuèrent leur influence ^ Solon répugnait à opérer une révolution par l'abolition des dettes; U chercha à subvenir à l'inégalité des fortunes, et à l'appauvrissement des propriétaires par le changement des monnaies et du taux monstrueux de l'intérêt. U en amva que quelques-uns de ses amis s'enrichirent aux dépens de leurs créanciers^ ce fut, par exemple, la source de l'immense
1 Vojrex TittnuiiiDy sur les constitations grecques, p. 60 5-
fortune de Caillas, beau-père d'Alclbiade. Ce fut une idée fort adroite que l'institution d'un collège de quatre cents personnes , se renouvelant annuellement; cela mit dans les intérêts du nouvel ordre de choses un tel nombre de familles, qu'il n'y avait plus à songer à le supprimer totalement Néanmoins il paraît que Solon craignit que des thangemens partiels ne vinssent miner l'édifice ; il fit donc jurer aux Athéniens de ne point toucher à ses institutions pendant dix ans ; car dix ans d'habitude devaient ^ détrui|-e tout vœu d'une autre constitution, surtout à raison de l'excellence dont était celle-là, pour le gouvernement et pour le peuple. Néanmoins les troubles nés de l'ancienne aristocratie ne s'arrêtèrent point pour cela. Solon avait divisé toute la nation en quatre classes, selon la fortune; or, la fortune consistait en terres et s'évaluait sur cette base. Il en résulta que tous les emplois furent dévolus aux trois premières classes , et même il parait que la première, et la plus riche, jouit des plus élevés à l'exclusion des autres. Les prétentions à l'influence et aux honneurs durent, d'après cela, s'accroître, et occuper, plus encore que par le passé, l'universalité du peuple. Désormais la dernière classe, celle des Thètes ou des ouvriers, quoiqu'elle n'eût point droit aux places et qu'elle fût exempte d'impôt et de service , faisait partie intégrante du pouvoir souverain, de l'assemblée du peuple; elle siégait dans les tri-
(»5) bunaux que présidaient les membre de la première classe. Quiconque savait gouverner les esprits de ces ouvriers, pouvait faire naître les plus dangereuses séditions^ cela était d'autant plus facile qu'il avait été impossible à Solon d'anéantir une association résultant de la position géographique des tribus, celle des habitans de la plaine et de ceux de la côte, ou des citoyens avec les nobles de la campagne. Toutefois on avait oublié le crime des Alcméonides: Mégaclès, chef de cette famille, avait épousé la fille du tyran de Sicyone; les ParalUns (ceux de la côte) étaient ses partisans. Lycurgue, au contraire, se montrait à la tête de la noblesse campagnarde. Quant à Solon, qui, pour la dernière fois, fit (la quatrième année de la 5i.* olympiade) le voyage de Sardes et d'Egypte , il ne paraît pas qu'il ait eu assez d'influence pour empêcher la naissance de ces factions. En son absence , Pisistrate , son parent , qui descendait des anciens rois, forma un troisième parti, ou plutôt il suivit la route qui, dans les démocraties inquiètes, conduit, pour l'ordinaire, au pouvoir absola On le reconnut protecteur du peuple : on lui donna une garde, et il devint la terreur de ses adversaires et le chef de l'état. Pisistrate comprit alors qu'il devait sa puissance à la seule démocratie, et ménagea beaucoup les formes du pouvoir, la multitude étant aisée à gagner^ néanmoins il fut chassé dès la seconde année de la
55.' olympiade, avant d'avoir pris une entière possession de sa puissance, et par la réunion des deux factions ennemies. Solon, qui ne mourut qu'un an plus tard , fut encore témoin de cet événement, Pisistrate une fois éloigné, les chefs des factions se divisèrent de nouveau , et Mégaclès , désespérant de s'emparer jamais du pouvoir pour lui-même, conçut le projet de le faire, au moins, entrer dans sa famille, en rétablissant Pisistrate, auquel il donnerait sa fille, pourvu que celui 7 ci promît de le transmettre au fils qu'il aurait d'elle. Pisistrate parut consentir : il épousa la fille de Mégaclès, et fut reçu dans Athènes deux ans après en avoir été chassé. Pour tette fois il demeura quatre ans à la tête des affaires, ne changeant rien aux lois, parce qu'il avait d'autres moyens d'accomplir ses volontés ^ Mégaclès, cependant, s'aperçut bientôt que Pisistrate éluderait la condition de leur association, et qu'il n'aurait point d'enfans de sa fille, afin de laisser le gouvernement à un fils du premier lit. Les deux principales factions s'unirent donc de nouveau, et Pisistrate fut encore obligé à la retraite : il passa onze années dans ses terres de TEubée, où, comme un prince, il entretenait des relations avec les cités voisines
1 Voyez sur ce point Mitford , qui écrivait dans la vue de dénigrer tous les gouvememens populaires et de louer tous les tyrans. Barthélémy partait de principes tout différens j il a aussi traité ce sujet dans son introduction.
et les états éloignés; enfin, son fils Hippias, les Thébains, un riche et puissant habitant de Naxos et ses amis d'Athènes, le poussèrent à marcher contre sa patiie les armes à la main. U conduisit son armée à Marathon; là ses amis se précipitèrent au devant de lui, et ses ennemis s'étant laissés surprendre, il entra en triomphe dans Athènes ^ , où pendant dix ans ,- et jusqu'à sa mort , il demeura en paisible possession du pouvoir. Athènes lui doit sa première splendeur. Comme Cypselus de Corinthe, il compta plus sur la faveur popidaire que sur sa garde ^ ses biens d'Eubée et ses abondantes mines du Strymon lui fournissaient des revenus considérables. Ayant pris Naxos, il la donna à son ami Lygdamus, qui l'avait secondé, et lui envoya en otage les enfans de ses adversaires ^. Platon nous apprend que Pisistrate, et surtout son fils Hipparque, aimaient les sciences et les arts , et que lui-même et ses fils prirent soin de réunir les chants d'Homère ou des Homérides que récitaient les rhapsodes , afin d'en composer deux grands poèmes épiques : toute l'antiquité confirme à cet égard ce que dît Platon. 5
1 Oljmp. LX, a.
3 Hérodote, liy. I, ch. 64-
3 Noos allons donner ici, diaprés M. Cousin, la traduction da passage ^i , dans le dialogue intitulé Hipparque , est relatif à notre sujet. — « Doucement, je te prie; car je ne 9 ferais certainement pas bien si je n^obéissais à un bomme « Tertoeux et sage. — A qui? Où en yeux- tu yenir ? — A
U serait difficile de s'expliquer sur le plus ou moins de vérité de ce que rapportent Plutarque et Élien relativement à Pisistrate; mais ce que racontent Suidas et Chrysostome, lorsqu'ils ne citent pas d'autorité, demeure fort douteux. Il nous reste de la vie de cet Athénien assez de traits, conservés par des auteurs moins éloignés du temps de Solon, pour qu'on soit dispensé d'en demander à un père de l'église ou à un compilateur. Les édifices élevés par Pisistrate et par ses fils , sont regardés
(i mon concitoyen et au tien , au fils de Pisistrate , du dème a de Philèdes , Hipparque , Tainé et lé plus sage des fils de a Pisistrate, qui , parmi beaucoup d^autres preuves quUl a ic donné de sa sagesse , a le premier porté les livres d^Homère « dans cette contrée, et obligé les rhapsodes à les réciter (c altemativement et par ordre aux Panathénées , comme ils n le font encore aujourd'hui ; il envoya aussi chercher Ana- (c créon de Téos, avec un vaisseau k cinquante rames, pour (c le conduire dans cette ville ^ et il retint toujours auprès de a lui Simonide de Géos, par les grands revenus qu^U lui donna « et par des présens. Son but , en cela , était de former ses a concitoyens, voulant commander à des hommes éclairés , a et trop généreux pour se réserver exclusivement la posses- M sion de la sagesse. Et quand il eut ainsi répandu quelques <c lumières parmi les habitans de la ville , pénétrés d'admi- <c ration pour lui , il tourna ses soins vers les gens de la (( campagne , et éleva pour eux des Hermès dans toutes les (( routes placées entre la ville et chaque dème; puis, clioi« a sissant ce qu'il trouvait de mieux dans son génie naturel « ou dans ses connaissances , il le renferma dans des vers n élégiaques, et rinscriyit sur les Hermès, pour enseigner la
(»7) par Arisiote comme le produit de cette sagesse à laquelle on doit les pyramides. On voulait occuper le peuple et le maintenir dans la pauvreté.^ Cet auteur nous apprend aussi que Pisistrate res* pecta l'élément aristocratique de la nation, et ne craignit point de paraître devant laréopage. Selon Idoménée (dans Athénée) Pisistrate permit à tous les Athéniens de se promener dans ses jardins et dans ses domaines, et d'y manger des fruits. On lit au jnéme endroit qu'il était tellement distingué par sa beauté et par son aménité, qu'une tête de Bacchus,
« sagesse ; de sorte que bientôt les citoyens admirèrent un „ peu moins ces ezcellens préceptes que Ton voyait inscrits « à Delphes: Connais^toi toi-^méme^ Rien de trop ^ et autrei « semblables, et qu^ils reconnurent plus de sagesse dans les (c pensées d'^Uipparque. Les passans qui lisaient ces inscripu tions, y puisaient le goAt de sa philosophie, et accouraient u. de la campagne pour en apprendre davantage. Chaque Hertt mes avait deux inscriptions : à gauche , était le nom d^Her- (c mes, portant qn^il se trouvait entre la ville et tel ou tel c déme; à droite y on lisait : Monument (THipparifue. Marchm s dans des pensées de justice. Il y avait d^autres inscriptions a sur d^autres Hermds, belles et en grand nombre. Celle de « la voie Steiriaque portait : Monument d*Hipparque. Ne c trompe pas ton ami, ^ Ce qu^Athénée dit des bibliothèques de Pisistrate et de Poiycrate , n^a pas besoin d^étre réfuté. Voyes dans Meursius , De Athenis jitticis , ch. 5 , édit. de Grevius , vol. IV , col. 89a > les témoignages plus récens au sujet des Pisistratides.
1 Aristote, Politica^ Ut* V» ch. 9^ pag. i85» édit. Goittl. Voyez aussi pag. 192.