‹ Histoire universelle de l'antiquitéChapitre 2 sur 18 · II · texte numérisé non relu

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du dieu qu'on représentait sous les traits les plus aimables, passa pour être celle de Pisistrate. A sa mort, arrivée en la deuxième année de la 63.* olympiade ^ , il eut pour successeurs ses deux ou plutôt ses trois fils, quoique rarement il soit question du troisième. Hipparque joignait à l'esprit cultivé de son père un entraînement vers les plaisirs turbulens , la volupté et les débauches. Hippias avait un caractère despotique 2. Tant que vécut Pisistrate , et dans les temps qui suivirent immédiatement sa mort , les Alcméonides et leurs partisans échouèrent dans toutes leurs entreprises contre les tyrans; mais après le meurtre d'Hipparque, ils conçurent d'autres espérances. Le hasard voulut que ce meurtre immortalisât , comme sauveurs de la liberté , deux compagnons de table des Pisisiratides. Une multitude de poèmes célèbrent Harmodius et Arislogiton comme martyrs de leurs principes et de leiu* haine pour les tyrans, et cependant il est certain qu'ils ne cherchaient qu'à venger une injure personnelle. Ils vivaient ensemble dans des rapports que les

1 11 en est du Pisistrate de Meursius comme de tout le reste : il y a des passais utiles^ mais il faut rechercher soimême les autorités citées.

a On sait que Thucydide, liy. I, chap. 20, repousse l'opinion selon laqueUe Hipparque est l'kîné. Il dit qu'Hipparque et Thessalus , frères d'Hippias , n'eurent point de part au gou- Temement : puis , liy. YI , ch. 55 , il donne les raisons qui Tont déterminé à en juger ainsi*

Grecs ou les Turcs peuvent seuls pardonner. Hip* parque ayant cherché à supplanter Aristogiton, et ajant offensé Harmodius, en ce qu'il n'admit point sa sœur à une cérémonie publique, ces deux hommes résolurent de profiter, pour se venger, de l'amour de la liberté qui régnait à Athènes. Il n'y avait point de raison spéciale de mécontentement : Thucydide nous l'apprend dans le tableau remarquable qu'il fait du gouvernement des Pisistratides ^ Il n'y avait qu'une haine innée et générale contre toute puissance usurpée; ce sentiment donna à Harmodius et Aristogiton quelques citoyens, et les convainquit qu'après l'exécution de leur projet un appel à la hberté mettrait en armes tous les Athéniens. Les trois fils de Pisistrate devaient tomber sous le poignard des conjurés à la fête des Panathénées, dans la quatrième année de la 66.* olympiade; mais, au moment de l'exécution, ceux-ci se crurent trahis : au Ueu de s'adresser à Hippias, ils firappèrent Hipparque. Pendant que Harmodius et Aristogiton accomplissaient ainsi leur vengeance personnelle» et qu'ils la payaient de leur vie, Hippias étouffa le complot pav sa présence d'esprit : il fit visiter tous les hoplites destinés à ac-

1 Thucydide représente aussi Hippias comme un homme aimable et d^un accès facile : ch. 5^ : «r JV TtSiffif fU^poVo/bç 0 'l'TnriùLq* Yojrex, pour le surplus, le chapitrt 54 «u même livre.

compagner le cortège des Panathénées, et tous ceux qui avaient un poignard furent arrêtés. Dès ce moment il devint oppresseur et tyran. Sa. famille possédant des biens en Thrace et en Asie, il. rechercha l'alliance du roi de Perse. Thucydide, dans sa fierté athénienne, lui reproche amèrement d'avoir marié sa fille au prince de Lampsaque. Malgré les dédains de Thucydide, ces tyrans de Iiampsaque jouissaient de toute la considération du roi Darius. Toutefois, s'il en faut croire l'épitaphe d'Archédice, fille d'Hippias, elle était faite pour être recherchée de tous les souverains^ Durant trois ans encore, Hippias retint le pouvoir, repoussant toutes les attaques des Alcméonides et *de leurs partisans^. Les Alcméonides habitaient au pied du mont Pamès^ ils s'étaient acquis la faveur des Grecs et des prêtres de Delphes à l'occasion de la reconstruction du temple : l'oracle circonvenu engagea donc Sparte à délivrer Athènes 5. Hérodote, à la vérité, croit qu'en cette occasion, comme en toute autre, les Spartiates sç servirent du prétexte de l'oracle , pour excuser leur conduite* sur ce qu'au

1 ^AvS^poç àftffTevffctrroç eV 'EAAa'tT/ rZv i<p îolvtov

H TTATfoç rt Keti eivJ^oç^ àSW^ùiv r oùffot tuùdvvcùV UatiS'cûV t\ oÙk tipBn vodv iç ctrrcLffdotXifiv» a Hérodote, liv. Y, ch. 63.

3 Hérodote; liy. V, ch. 63.

selû de la paix Us permettaient à l'un de leurs plus considérables citoyens de venir au secours des Alcméonides contre Athènes , soumise à Hippias. Quoi qu'il en soit, les fugitifs marchèrent contre leur patrie, et Sparte leur envoya Anchimolius et une petite troupe. De leur côté les Pisistratides appelèrent Cinéas, prince de Thessalie, qui accourut avec mille chevaux. Anchimolius périt sous les coiips des Thessaliens , ses Spartiates furent dispersés ; iJ Mlut donc pour leur honneur qu'une nouvelle troupe s'avançât. La première était venue par mer; maintenant ce fut Cléomène, l'un des rois, qui marcha ; il vint par terre, à la tète de forces plus ccmsidérables. Hippias fat alors obligé de se renfermer dans la citadelle et dans la portion de la ville qvà lavoisine, et qui avait été anciennement entourée d'une muraille robuste, semblable aux constructions des Pélasges et des Ty rrhéniens , en raison de quoi on la nomniait le fort pélasgique^ Les Spartiates ne purent attendre la fin du siège, et les autres, trop

1 Les Athéniens disaient qu^autrefois les Pélasges ayaient babité ce lieu , et que les Achéens , frappés de la beauté de Tenceinte, les ayaient engagés à le leur céder, en leur assî-gnant, pour indemnité , un territoire prés du mont Hymette^ Les nns nomment les Pélasges, les autres les Ty rrhéniens» comme ayant fait la muraille qui, plus tard, fut maudite et condamnée à rester déserte. Pour ce qui est relatif k cette partie de la TÎlle , voyc» Meursins , Cecropia , chap. 5 , dan» Gneriusy tom* IV» col. giS^-giS»

faibles , selon Hérodote , pour le continuer seuls , n'auraient jamais pu en venir à bout, si Hippias n'avait conçu la malheureuse idée de faire échapper ses enfans, qui furent pris, ce qui l'amena à consentir l'évacuation de l'Attique dans les cinq jours. D'abord il se retira sur le promontoire de Sigée, près des ruines de Troie, où il avait des possessions ; de là il passa chez son gendre à Lamp-^ saque; enfin il alla trouver Darius, qui lui conféra des terres royales en Asie. La constitution de Selon demeura en vigueur comme sous les Pisistratides; mais au lieu de leur imposante puissance, les chefs des factions, pour acquérir de leur influence , recherchaient ou la faveur du peuple, ou celle de l'aristocratie. L'Alcméonide Chsthène fut populaire; Isagoras, dont Hérodote indique la noblesse par cette circonstance que ses aïeux avaient sacrifié à Jupiter Carien , sut intéresser à sa cause Sparte et l'aristocratie : outre que les Spartiates la favorisaient toujours , Cléomène , leur roi, était l'hôte d'Isagoras. Pour se mieux assurer la bienveillance du peuple , Gisthène , pendant qu'il était archonte (en la quatrième année de la 67.* olympiade, immédiatement après qu'Hippias eut été chassé), avait pris soin d'augmenter le nombre des tribus, et par là il avait ébranlé les bases de la constitution de Solon, ouvrant aux démagogues futurs le chemin des innovations. En portant a dix les phyles ou

tribus, qui n'étaient qu'au nombre de quatre, il changea aussi l'organisation des phratries ou curies, celle des dèmes, de l'assemblée du peuple, du sénat, des fêtes publiques, qui furent ainsi multipliées. Le sénat eut désormais cinq cents membres, c'est-à-dire cinquante par tribu. Toutes les institutions penchèrent vers la démocratie ; mais la classe pauvre demeura encore cette fois étrangère aux emplois, au service militaire et à l'impôt. Isagoras n'essaya point de violer la nouvelle organisation de la nation; il chercha seulement à éloigner Clistliène, et à cet eflFet il se servit de Cléomène. Un hérault de Sparte somma les Athéniens d'exiler les hommes souillés du sang des partisans de Cylon; Athènes ne pouvant résister à cet ordre, Clisthène et les siens partirent volontairement Alors Cléomène vint, et non content d'exiler sept cents citoyens, qu'Isagoras lui signala comme démagogues, il voulut confier le gouvernement, en entier, à un conseil de trois cents membres. Mais les citoyens aigris renfermèrent Cléomène et son . hôte dans la citadelle , où ils furent contraints de se rendre au bout de deux jours. Les sept cents exilés rentrèrent, ainsi que Clisthène: pour Cléomène, on le laissa libre ^;

1 A cette occasion Cléomène, à la faveur de ce qu'il descendait d'Hercule , qui était Achéen , voulut pénétrer dans le sanctuaire de la plus grande des divinités achéennes. Il allait franchir le seuil de la porte qui conduit vers le lien le plus

mais la guerre avec Sparte paraissait inévitable : les Athéniens eurent donc recours aux Perses. Leurs ambassadeurs, arrivés à Sardes, n'obtinrent d'Artaphemès^ qui en était le satrape, que la promesse de les seconder, s'ils se reconnaissaient vassaux de la Perse. Déjà Cléomène avait assemblé une armée, excité les Béotiens , et , par de fausses apparences , décidé les alliés, et notamment les Corinthiens, à marcher aussi. On allait livrer la bataille près d'Éleuws, quand tout à coup les Corinthiens abandonnèrent l'armée; Démarate, l'autre rpi de Sparte, déclara en même temps qu'il ne prendrait point de part aux vengeances de Cléomène. On ne put donc combattre, la démocratie fut maintenue, et depuis lors ce petit état fut tous les jours plu^-florissant. Le plan coupable des ohgarques de Sparte , qui voulaient rétablir Hippias , n'eut pas plus de succès , et 'échoua par la noble résistance du Corinthien Soaiclès aux cabales du misérable Cléomène. ^

retiré, quan4 upe prétresse lui cria : Arrête, Lacédémonien , les Doriens ne doivent point entrer ici. Je ne suis point Dorien, répliqua Cléomène, je suis Achéen. — Parmi les Athéniens qui périrent en cette rencontre , on cite Timasitheos , qu^Uérodote estime digne de Fimmortalité.

1 Hérodote, Ht. V, ch. 90-93. Voyez aussi la Sparte de Manso,I, pag. 3 10, 3ii,

S- 1* Histoire politique jusqu^ au moment où Pericles

gouverna seul.

^ Le premier soin des Athéniens fat de se venger des Béotiens, et surtout des citoyens de Chalcis dans l'Eubée. Us partagèrent, à titre de conquête, quatre mille petits domaines de cette ile; et ce qui fat très-important > pour leur cavalerie, c'est qu'ils y trouvèrent des pâturages, dont auparavant ih manquaient entièrement Ils intervinrent , peu après , dans les querelles des Ioniens avec les Perses, sans cependant mettre en mer de flotte considérable. Ce fat cet outrage h sa puissance qui détermina le roi de Perse à ses grands préparatifs contre Athènes; il les fit précéder d'une sommation aux îles et aux Grecs en général. On a déjà vu que, par amour pour leur commerce, les Éginètes s'étaient soumis, et que, pour cette raison, Athènes les avait dénoncés à Sparte. Cléomène s'y conduisit avec la même ambition qu'il l'avait fait à Athènes, il y subit aussi des humiliations; mais il fat contraint de dissimuler jusqu'au moment où il se vit débarrassé de Démarate, qu'il fit chasser de Sparte. Malheureusement il était échappé un jour au père de Démarate de dire qu'il ne le regardait pas /comme son fils. Ce mot, une collusion avec les éphores, puis l'oracle de Delphes, ou plutôt les prêtres gagnés, qui tra-

çaient les oracles de la Pythie, tout fut mis en œuvre par Cléomène pour destituer Démarate et lui substituer Léotychides. U feUut bien après cela que les Éginètes subissent la colère de Cléomène ; aussi tous les hommes qui lui avaient résisté furent bannis. Cléomène mourut enfin dans un état d'aliénation mentale, que les Spartiates attribuèrent à des excès de boisson. Les vices n'étaient donc pas si rares à Sparte , dans ces temps si vantés , qu'on voudrait nous le faire croire; Léotychides même se mit dans le cas d'être puni , ainsi que nous le verrons dans la suite. Démarate se réfugia en Asie, où il fut très-bien reçu par Darius; mais, comme il n'était pas courtisan, ses conseils ne profitèrent ni à ce roi, ni à Xerxès. Cependant un ancien vassal de la Perse, Miltiade, éleva les Athéniens à l'apogée de la gloire ; il était le troisième des tyrans d'une petite cité de la Chersonèse de Thrace. Au temps de Pisistrate et de ses fils, Miltiade, fils de Cypselus, y avait fondé un petit état composé d'Athéniens et deThraces. A sa mort, Stésagoras, son neveu, lui avait succédé; puis, avec le consentement des Pisistratides , ce fut Miltiade, celui qui devint le héros de Marathon. Lorsque toutes les villes et toutes les contrées qui s'étendent jusqu'au sein de la Thessalie , furent obligées de se soumettre au roi de Perse, Miltiade se rangea aussi parmi ses vassaux, et l'accompagna dans son ex-

pédidon conlre les Scythes. Ce fut là qu'il conseilla de rompre le pont du Danube et d abandonner les Perses aux Scythes ; parti auquel Histiaeus s'opposa si fortement Miltiade demeura en possession de sa souveraineté; mais quand Milet fut prise, il jugea prudent de se retirer à Athènes, où il apporta d'immenses trésors. U possédait beaucoup de vaisseaux, il connaissait à merveille le système persan. Les Athéniens qui, malgré le secours de Corinthe, avaient souvent le dessous dans leur lutte contre Égine, furent tout à coup placés dans une position plus avantageuse envers les états de la Grèce. Une année persanne, commandée par Mardonius, et une flotte portant des troupes de débarquement, avaient péri dans le voisinage du mont Athos; mais dès l'année suivante , la seconde de la 7 2.^ olympiade , une autre flotte et une autre armée furent assemblées sous les ordres de Datis et d'Artapheme pour dévaster TEubée. Non-seulement cette île avait secouru les Ioniens, mais eUe avait plus récemment refusé de se soumettre , comme le refusèrent la Crète et les îles plus petites de Seriphes , Siphnos etMelos. On regardait comme facile de passer de FEubée dans l'Attique ^. Faut-il s'étonner si les innombrables armées des Perses furent vaincues par les Grecs au

1 Hérodote, Ut. VI , ch. 94» dit qne le yéritable but «tait d^emmener captifs les habitans dlÊrétrie et d^Athénes.

temps de leur splendeur, lorsqu'ils naissaient guerriers, lorsque tout dan^ les chants, dans la vie civile, dans la religion, leur rappelait Famour de la patrie et de la liberté? N'avons-nous pas vu de nos jours leurs descendans, chez lesquels on croyait l'antique valeur entièrement dégénérée , illustrer ces mêmes mers et ces mêmes îles par des actions semblables? Datis et Artapheme débaîii|uèrent dans l'Eubée; les Athéniens voulurent secourir Érétrie; mais 9 ayant appris , qu'elle était agitée par des diiscordes intérieures, ils s'en retournèrent, et la ville fut livrée aux Perses. Encouragés par Hippias, qui était alors fort âgé, ceux-ci, au lieu de doubler le cap Sunium , passèrent de l'Eubée droit dans l' Attique. A Marathon, neuf mille hoplites et mille Platéens se présentèrent. Une circonstance fortuite avait empêché les Spartiates de répondre à l'appel des Athéniens; il est vrai qu'ils parcoururent ensuite, en deux jours et demi, un espace de près de soixante lieues -, mais la bataille était livrée : Miltiade était déjà vainqueur, par son habileté à profiter de la disposition du terrain , par l'opportunité avec laquelle il saisit le moment favorable, enfin par .l'enthousiasme de ses concitoyens ^ Les suites de

1 Voyez, dans Mitford, 7/ section, 5." chapitre, comme on s^ prenait alors pour échanger dans les Athéniens Tesprît démocratique. On connaît leur jalousie contre tout ce qui s^éleyait, et eela explique comment ils ne se fièrent jamais à

(^9) ce triomphe furent un immense butin, une gloire plus grande encore, et la domination des mers. Il appartenait naturellement aux vainqueurs de punir les Grecs qui avaient favorisé les Perses ; cela fut d'autant plus facile aux Athéniens, que les riches fournissaient les vaisseaux, et que les pauvres étaient bien aises d avoir une solde, du butin, et les biens des vaincus. La première expédition de ce genre fut Tattaque contre Paros, qui échoua par un événement fortuit. Néanmoins Miltiade, qui la commandait, fut condamné à en supporter les frais. Ne pouvant payer, il fut traité comme leût été tout autre citoyen. On a porté à cet égard des jugemens injustes, et l'on en a fait à Atliènes un reproche d'ingratitude. Miltiade fut bientôt remplacé dans la direction des affaires par des hommes capables. Aristide, Xanthippe et un peu plus tard Thémistocle, firent un tel usage des ressources offertes au talent par la démocratie, que , de petite ville qu'elle était, Athènes devint promptement l'un des

Miltiade. Dès son retour de la Chersonése, il avait été accusé pour avoir, à Tétranger, régné sur des Athéniens en qualité de tjran , et plus loin nous Terrons quelle fut sa fin. L^esprit démocratique perce encore plus dans ce que dit Hérodote de la fin de cette bataille, et dans Paccusation qui fut répandue dans Athènes contre les Alcméonides, Ut. VI, chap. ii5. La perte des Perses ne fut pas considérable , eUe ne dépassa point 6400 hommes.

principaux états de Tunivers. Tant que la puissance des Perses s'étendait de l'Hellespont jusqu'en Thessalie et sur les îles, Athènes n'eut d'iiutre soin que de renforcer sa flotte. Depuis la troisième année de la 73.* olympiade, époque de la bataille de Marathon, jusqu'à la troisième de l'olympiade suivante, Aristide et Thémistocle travaillèrent de concert ^ Le premier se montrait administrateur économe des 'finances, homme droit et juste; le second, grand homme d'état, capable d'employer tous les moyens qui conduisent au but. Aristide , ayant été obligé de céder la place à Thémistocle , celui-ci , pour se reiïdre nécessaire et pour donner à sa patrie de la célébrité, reveilla l'ancienne inimitié de sets concitoyens contre Égine. Jusqu'alors le produit des mines de Lauiium était partagé entre les Athéniens : Thémistocle les détermina à l'appliquer à la construction de vaisseaux qui pussent assurer leur prépondérance sur Égine. Hérodote remarque formellement que cette flotte ne fut employée contre Égine que plus tard ; mais que, dans la guerre contre les Perses, elle rendit des services importans^. Athènes et Égine étaient en guerre quand on apprit les immenses prépara-

1 Hérodote , Ut. VII , chap. 1 43 , parle de Thémistocle comme d^un homme qui , du temps de Miltiade encore , aurait eu bien peu d'importance.

a Hérodote , liy. VII , chap. 1 44- E^ '^^ fjuv iTTOtniffffttv ,

tifs du roi de Perse. Tous les Grecs se réunirent alors pour opposer une résistance commune aux kdbares. La seule Ârgos, blessée par l'orgueil des Spartiates, se refusa à servir sous leur commandement. Gelon , dont la puissance était presque égale à toutes les forces de la Grèce, s'abstint par la même raison ^ de prendre part à la lutte. Pendant que tous les Grecs se disposaient à défendre la patrie sous la conduite des Spartiates, pendant qu'ils envoyaient en Asie de nombreux émissaires, Thémistocle se servit d'i;m oracle pour augmenter encore la marine et transformer Athènes en puissance navale. On a vu déjà, dans l'histoire de Perse, comment Xerxès, en la quatriènR année de la 74."^^ olympiade ^ , fit marcher une masse de peuplades asiatiques, et comment, au piiutemps de l'année suivante, il franchit l'Hellespont avec deux millions d'honmies. Dans cette multitude il y avait à peine

deux cent mille soldats dont on put tirer parti , et leur

1 II j a beaucoup de choses sur ce sujet dans Hérodote^ liy. VII, chap. i48-i5i.

3 On ne peut mieux expliquer la défaite des Perses , qu^en se reportant à un passage des Mémoires du baron de Tott, où il est question des grandes masses turques et du tort qu^elles se font à elles-mêmes. Métaioires du Baron de Tott sur les Turcs et les Tartares , tqm. Il, pag. a^i : « Personne ne sa- « yait, parmi les Turcs, qu^une multitude indisciplinée con- « tribne plus efficacement à sa propre destruction que les fc efforts de Pennemi qui lui est opposé. ^'

noyau n'était réellement que de dix mille hommsji. Quatre mille deux cents vaisseaux côtoyaient le rivage j de leur conservation dépendait l'existence de l'armée^ mais c'était là un faible appui. Xerxès fit passer FHellespont à son armée sur un pont de bateaux à un endroit qui n'a pas plus d'une demilieue de large; il eut la folie de laisser subsister ce pont, que la violence de la mer détruisit bientôt. Il ne trouva nulle résistance jusqu'au défilé qui, de la Thessalie, conduit à la Grèce proprement dite : ce défilé était occupé par une petite troupe de Spartiates, de Locriens, de Phocéens et de Béotiens , tandis qu'une flotte grecque gardait le bras de mer qui sépare la Thessalie de l'Eubée. Léonidas défendit le passage avec succès, jusqu'à ce que le traître Épiialte enseigna aux Perses un sentier dans les montagnes. Léonidas crut qu'il était de l'honneur d'un Spartiate de se dévouer plutôt que de faire une reti^aite précipitée : il mourut avec les siens de la mort des héros, après avoir immolé une Immense quantité d'ennemis. Les chants, les récits et les monumens ont encore rehaussé l'éclat de cette action ^ Dans le même temps une tempête fit périr plusieurs centaines de vaisseaux . persans, et quoique les deux combats d'Artemisium ne fiissent point décisifs, leur flotte n'en fut

1 Voyez la Sparte de Man$o , i/^ partie, pag. 3a i -Sag.

pas moins forcée de se retirer devant les Grecs. Bien que le commandement appartint au Spartiate Eurybiade , on fut redevable de cet avantage à Tliémistocle , qui rendit de plus grands services encore, après qu'Athènes eut été saccagée par Xerxès. La flotte grecque, fort endommagée dans les combats d'Artémisium , était à l'ancre dans le golfe saronique , entre Sàlamine et TAttique : une ruse, imaginée par Tliémistocle, attira la bataille générale dans le lieu qui lui était le plus fiivorable. Xerxès, par un excès d'orgueil, vint chercher les Grecs dans cet étroit bras de mer, où il ne pouvait déployer ses forces : ils remportèrent alors une victoire signalée et firent un butin considérable; la flotte persane fut entièrement détruite. Dès-lors la mer , les côtes et les iles , furent abandonnées aux Athéniens , qui avaient fourni la moitié de la flotte grecque ^ Quoique banni, Aristide s'était exposé à la mort pour venir annoncer à- Thémistocle que . les Perses allaient l'attaquer ; et cette mdicadon avait ensuite été confirmée par un navire de Téos qui passait aux Grecs'. Ayant perdu sa ftotte et beaucoup de chefs 5, Xerxès se vit obligé de faire ime prompte retraite; mais, avant qu'il put gagner l'Hellespont, la faim, le froid et des

1 Thucydide, liv. I, chap. 74*

3 Gillies , vol. II > p* 93 , Bas. Hérodote , liv. YIII , ch. 79-8 1 .

3 Eschyle les nomme tous.

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