‹ Histoire universelle de l'antiquitéChapitre 16 sur 18 · II · texte numérisé non relu

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des tempf héroïques. Une noblesse propriéuâre, chevaleresque , exercée au métier des armes , fit bientôt parade d'un luxe effréné. On nous dit qae les Perses, jugeant tous les autres Grecs d'après les ThessaUens , espéraient faire une riche conquête: Aristote , en rapprochant les uns des autres , ks pénestes de ThessaUe et les ilotes de Sparte ^ , parie d'une sorte d'organisation féodale et d'une espèce de serfs. Si le hvre de Cratinus , sur les institutioiis politiques de ce pays, s'était conservé jusqu'à nous, nous connaîtrions mieux ce peuple si remarquable par ses rapports avec notre chevalerie du mojen âge. La noblesse thessaUenne et celle de Macédoine formaient la seule grosse cavalerie que connut l'antiquité ^. Le cheval et le cavalier .étaient égalemest cuirassés : ce fut à la fois le noyau et la résem des troupes à cheval de Philippe et d'Alexandre. Les ThessaUens obtenaient toujours la meilleure part du butin , et souvent on les congédiait ainsi chargés , pour qu'ils allassent en jouir au sein àe leur famille, et pour que l'exemple de leur prospérité fit venir à leur place d'autres cavaliers plus jeunes.^

Platon se plaint des désordres des ThessaUens et

1 Platon réunit aussi les pënestes et les ilotes ; De Ugib,, lir. VI y édit. de Francf., pag. 871.

a Platon y fait allusion dans VHippias major j édition de Francfort; pag. i9 4>

de leur goût pour la magnificence , et nous savons par Athénée , que dans leurs festins on introduisait des danseuses toutes nues. Ce trait suffirait à lui seul pour peindre les mœurs de la noblesse ; ^ussi fut-elle soumise bientôt à quelques familles opulentes. L'U"^^ surtout, celle des Âleuades, s'était emparée de la domination de presque tout le pays. L'oligarchie dégénérée conduit au despotisme aussi facilement que la démocratie , et surtout dans les états militaires , ainsi qu'on le vit plus tard à Spartd U en arriva de même en Thessalie. Si les principautés formées de la sorte y durèrent peu , ce fut autant l'effet de circonstances fortuites que le résultat du caractère de la noblesse du pays. JPhis d'une fois Démosthènes reproche aux Thessaliens leur inconstance et leur peu d'attachement aux honunes qu'ils entreprennent de protéger ^. Aussi Philippe et Alexandre mirent -ils beaucoup de précautions dans leurs relatio];is avec cette nation , dont ils ne pouvaient se passer pour leurs expéditions militaires , et chez laquelle! il n'était pas pos^ sible de recruter de force. Il était difficile de maintenir les villes dans l'obéissance , et cela ne le fut guère moins quand Philippe eut constitué une oligarchie si sévère , que dans la plupart d'entre elles le gouvernement était restreint à une dizaine de

4 Démosthènes, Oljrnth, /, p. i5 ^ et in ArUtoit, ^ p. Sgo.

^milles. Autreibis , du moins > là Thessalie avait eu un gouvernement général , composé de députés de tous les états ^ qui se réunissaient de temps à autre; mais*, comme dans toutes le^ associations de forces inégalcsSi il fiiUait Un Jason ou tout autre prince pour donner quelque prépondérance à cette Ugue au moyen de la puissance militaire. Philippe eut soin de dissoudt*e le lieU fédéral ; il en revint à Torganisation qu'HeUanicus fait remonter à Aleuas, fils de PyirliUs ^ ce qui veut dire seulement qu'elle était fort ancienne. La.Thessaliotîde, la Phtiotide, la Pé^ lasgiotide et THistideotide^ furent autant de provinces administrées séparément , ayant chacune leur chef particulier. Otte tétrarchié rompit l'unité et supprima l'assemblée générale. Dans chaque cité l'autorité 4u tétt'arque fut balancée par une décarchie, c'est '«'à-dire par le pouvoir de dix familles, et tous furent obligés de s'en rapporter à Philippe sur leur ambition et sur leurs querelles ^ Démosthènes rend hommage à la prudence de PhiUppe dans les affaires de ThessaUe ; il ne lui reproche que d'avoir gardé

f I I .J,^^^,^^ il 11 > I I I II t ^.mmm^^maittm

1 Cela insulte ckiremetit de ratUcle rtrûOLù^iaL dans Harpocration : il faut lire aiusi Tartitle ilèKaJ)Ap^itt , où cet au'» teur nie que Philippe ait étebli des décarchies , où il veut qu^on oiiange cette leçon dans Démosthènes. Nous croyons pouvoir conciliet, comme nous Tarons fait» la tétrarchié (t la décarchie : malheureusement les Scolies d^Ulpien ne contieunta^ lien à cet égard.

pour lui les impôts qui lui avaient été librement abandonnés par les villes dont il avait chassé les tyrans. Mais d'un autre côté- Philippe avait fait rentrer Magnésie dans la ligué thessalienne, et de phx^\, il avait cédé aux Thessaliens, qui lé désiraient ardemment , le fort de Nicée , situé près des défilés-: îk y établirent sans doute une douane*. Philippe ne demanda, en échange, que leur caVakrie, *qiii, dans les expéditions d'Alexandre , se distingua si fort , et que l'on eut soin d'enrichir après la bataille d'Issus , aussitôt que les trésors des Perses , renfermés dans Damas , tombèrent au pouvoir du vainqueur^. A Arbèle (ou Gaugaméla), la coniianoè d'Alexandre se porte encore sur les Thefàsaliens *:

'tt'» ^v^-^^r^tt* t*\§ 1^»— ^^yi^i^

I Anx articUs TniXattj 7uXâi/fle, ^tiAtt^^^petç , Harpocration jke parle poix^t, k la réritç, de eet établissement d^uiie douane , mais on peut j rapporter deux passages de Démosthènes ; \t premier dans le discours de pace , p. 58 de Tédit. de Bekker : il y est dit que le principal but des Tbessaliens est la possession des défilés et le partage des trésors enlevés à Delpbes (tÎç vrvXetietç f^iTrfj^vfXovv .a^ iZit iv àfX(po7ç , TrMovèKTti/jMTitlf tïtoTv^ KVftos yivi^tu. Pans U deuxième Pbilippic[ue il est dit que les Thessaliens yeulent obtenir des reyenus étrangers par Philippe , qpi qe lenr laisse pas même les leurs« « Croyét- « TOUS, que lorsqupl chassa les tyvans de The^salie,- lorsqn^I c donnst aux Thessaliens Nicée çt Magnésie, iU «attendissent « K cette décadarchie qu^il leur imposa? supposaient - ik qnq «I rhomme qui leur rendit les défilés {riv TrvXoLietv) leur eu'* K lèverait leurs revenus?*

a Plutarque, in Alexai^d,, chap. 34* Tùtirôuç yàtoj etifJheti

quaifd il va de Suze à Persépolis , ils forment le noyau de son arrière -^de, et sont beaucoup plus complètement armés que les Macédoniens euxmêmes. Enfin 9 en revenant de Persépolis à Ecbatane , soiï premier soin , avant de toucher le rivage de la mer Caspienne , est de récom|)enser les Thessaliens. Néanmoins il ne les retient pas plus que les autres, volontaires : outre leur sojde entière, outre le riche butin dont ils sont chargés , il leur fait .distribuer deux mille talens ; puis il charge Épocille, le fils de Polyide, de les accompagner jusqu'à la mer , ordonnant à Ménon de leur £ûre faire gratuitement le trajet de i'Âsie en Eubée. Geue générosité en déteroiina un grand nombre à contracter un nouvel engagement II £iut que les chevaux de Thessalie aient été remarquables par leur excellence et leur aptitude aux fatigues , puisque les cavaliers , avant de retourner dans leur patrie , purent trouver de l'avantage à les vendre en Perse, où cependant l'éducation des chevaux était l'un des principaux objets de l'industrie. De deux choses l'une, ou les récits qu'on nous fait sur l'excellence des haras de ce pays ^ont exagérés , ou bien ces haras, à cette époque, n'existaient .pas encore dans, la Babylonie et dans les contrées qui sont au sud

de la mer Caspienne. Il y à lieu de croire tjtL^Ar lexandre même acheta ces chevaux *. Les volontaires thessaliens qui reprirent du service à Ecbatane , ne restèrent avec lui que jusqu'au passage de rOxus; alors ils furent congédiés aussi parce qu'une multitude de recrues était arrivée de Thessalie. Nous aurons occasion encore , au sujet de la guerre La^ miaquej de jeter un coup d'œil sur les affaires de ce pays , qui en fut le principal théâtre.

b) Philippe et sa monarchie*

Trop souvent on considère la formation de l'empire grec de Macédoine et de Thrace, comme étant Je résultat de vingt-quatre ans d'efforts et de soins de la part d'un seul homme. Cependant les choses s'acheminaient vers ce point depuis fort long-temps* Entravée d'abord par divers obstacles , . la création de cette monarchie marcha d'un pas rapide sous Philippe, et fut j&vorisée même par des circonstances dont quelques-unes étaient entièrement indépendantes de sa vplonté. Si l'on exagère la rapidité des changemens opérés sur la nation sous Philippe et sous lexandre 9 on n'exagère pas moins

1 Voyez sur tout cela Arrien, Ut. III, eh* 19. Strabon dé« signe comme le pays des cheraux , précisément celui dans lequel se trouvait alors Alexandre , liy. XI y édit« de FalcoQ. , vol. II, pag. 763.

le uBleau qu'on nous fait de la rudesse antérieure de cette nation. On prend à la lettre les expressions de dédain qui échappent à quelques orateurs athéniens; on s'en rapporte à Théopompe et à d'autres historiens qui les ont copiés.

Cependant nous avons déjà vu , dans le cours iit nos récits , quelles étaient les liaisons qui unissaient la Macédoine à la Grèce : après la bataille de Platée, le roi de cette contrée achève l'ouvrage des Grecs ; il anéantit les bandes persanes qui leur étaient échappées. La prospérité et le commerce des villes considérables , fondées par les Grecs sur les côtes de Macédoine et de Thrace , dépendaient de leurs relations avec l'intérieur du pays. Les rgîs de Macédoine jouissaient à Athènes du droit de cité : reconnus pour héraclides par toute la Grèce, ik envoyaient aux jeux de l'Égide des champions et des chevaux. Ces rois et la noblesse de Macédoine pouvaient bien manquer de richesses , mais ils n'étaient pas dépourvus de civilisation.

Perdiccas suivait déjà les petficipes auxquels Philippe dut ses succès. Tandis que les états libres de la Grèce se faisaient une guerre sanglante, il aspirait à être le maître chez lui ; il accoutumait ses sujets à un service militaire régulier , et quoiqu'il n'ait pas été favorisé par lés circonstances, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'une partie de son armée fut organisée à la manière des Grecs.

Son successeur, Tusurpateur ÂrcKélaûs ^ reçut chez lui Euripide et Agathon , et fit représenter leurs pièces avec une grande magnificence. U sut contenter l'avarice de Timothée, le plus célèbre de^ musiciens ^. Elnfin , les chanteurs , les joueurs d'instrumens , les poètes de tout genre , les peintres et les autres artistes, trouvaient à sa cour un accueil distingué 3 Cett« cour fot dès - lors , comme au temps de Philippe , le rendez-vous de tout ce que la Grèce avait de plus marquant Ârdiélaûs paya 4qo mines à Zeuxis les peintures dont il orna son palais, et cette somme, qu'il Êiut porter au quin* tuple ou au sextuple , à raison du changement sur-

t Platon, Gorgias, pag. 8a, éd. de Heindorf, fait raconter par Polus rhistoire d^Archélaûs. Il dit ^u^il était, fils d^une esclaye d^Alcétas , frère de Perdiccas \ ^^ainsi , selon les lois S.eB Grecs, il devait être Pesclave d^Alcétas. Après la mort de Perdiccas > Archélaûs aurait, dit-on , inyité à un repas Aloétac et Alexandre son fils , comme s^il arait touIu feur donner le gouTemement) mais-, les ayant emyrés,. il s^en serait défait^ On ajoute que pen de temps après il se débarrassa aussi d^ fils légitime que Perdiccas avait eu de Cléofâtre , et quj étah son frère consanguin.

a Cela ne résulte pas , il est vrai , de Panecdote ^apportée par Plutarque , Reg, et imp, jipopkthegm, , pag. \ S « édition de Tauchnitz; car Timothée dit au roi : ^ù Je TOK ymytvirùLt apyvfov cthuç-i et le roi répond : lu Si yi cthtTç» Mais ce «"^est Ik qu^une plaisanterie.

3 Élien, Variet» histor,, liv. XIV, cKap. 17; eonfr. liv. H, chap. ai.'

venu dans les prix , peut fidre juger des récom^ penses accordées aux arts et aux sciences à Tépoque de la guerre du Péloponëse. De toutes parts on ao courait pour admirer ces peintures, et il n'était pas moins question d'Ârchélaûs à Athènes qu'il ne le fut depuis de Philippe. Platon ^ dans son Go^ gias , oppose au jugement du monde celui du penseur philosophe^; c'est Polus'qui est Finterprète en premier, c'est Socrate qui énonce le second Polos et la bonne compagnie d'Athènes n'hésitent pas à déclarer fou celui qui ne regarderait pas Archélads comme le plus riche et le plus heureux des hommes ^ Ailleurs ^, Platon compte ce roi parmi eeox dont ladministrationest devenue célèbre par la protection qu'ils ont accordée aux sciences , aux arts et à l'industrie , parmi ceux qui oùt mérité le titre honorifique de souverain des artistes , et auxqud^ s'appUque le célèbre vers d'Euripide : Les irrans sont sages de la fréifuentaiion des sages.

Archélaûs ayant régné treize an^, il se peut lues

1 Platon, (îoTgliiB, édit. de Heindorf^ pag. 83. A la fia ^ sa loDgue déclamation , Polns , s^adressant irôniipiement à Socrate, sVcrie : To/ yei^ TOi pv¥ art fuyKrrtt iSiitwjuêÇ rSf iv lActKiS^ovict clBXiûiretToç im waivrââf rSv MuiuS\iWtfi aAX' ovk EuS'At/LiovtffTaLToç, ^ îVtoç îmv orrtç Âinvctûm. i/TTO ffov elp^eifJLevoç Si^eur ttv etKKoç imvovv yieuutivuf yfvi<rûeti ixSiXXov ti A'p;^eX«oç»

a Platon, Theag., édit. de Francf., i6o), in-foL, pag. 90*

^'au temps de Philippe , c'est-à-dire quarante ans après , il soit resté encore quelques vestiges de son activité , lors même que son , exemple n'aurait pas été suivi par ses successeurs. Cependant ils l'imitèrent : Amyntas II fut en rapport continuel avec les Grecs : il s'appliqua à introduire dans son royaume leurs mœurs et leurs arts* Philippe n'eut donc autre chose à faire qu'à réunir et coordonner ce qui existait déjà : mais il alla plus loin ; il mêla la population macédonienne avec la population grecque ; il divisa et répandit celle-ci dans l'intérieur, tandis qu'H transplanta ses Macédoniens sur la cote. Ce furent principalement l'organisation de l'empire et celle de l'armée qui, sous Philippe, assurèrent la suprématie des rois de Macédoine sur la Grèce. Nous €X>nnaissons peu la première, et pour donner quelque idée de la constitution , il nous faudra bien recourir quelquefois aux fleurs de rhétorique de Quinte -Curce; «ppendant nous ne nous fierons à lui que quand il se trouvera soutenu de l'histoire entière, et pour les choses que sans lui on pourrait déduire de la marche même des événemens.

Dans l'origine, les institutions macédoniennes ressemblaient beaucoup à celles de ThessaUe : la constitution avait , comme les mœurs , conservé beaucoup de traces des temps héroïques. Le dialecte du pays paraît avoir été celui dans lequel étaient rédigés les anciens chants relatifs aux héros. L'a-

mour de la boisson, qui disdngaaitles Macédoniens^, |>arait malheureusement inséparable de ces mœms chevaleresques ; le» usages du temps d'Homère ne revivaient pas moins dans la multitude des esdayes et les danses militaires. S'il en &ut croire Hégésandre^, on avait même retenu l'ancienne halÀtude , selon laquelle ceux qui ne s'étaient encoit distingués par aucun exploit k la chasse , devaient rester assis dans les festins. Duris de Samos rapporte quf Alexandre célébra plusieurs fêtes , non à la mar nière des Grecs, mais selon celle de Macédoine, c'est-à-dire comme les héros d'Homère 5. Quoique le roi nous apparaisse dans une attitude de sapé-, riorité * envers sa noblesse , il y a une sorte tf ég^ lité qui rappelle à -la fois et l'ancletine Grèce et Tancienne Germapie. Le* peuplé en Macédoine oc-

1 Athénée, Jfeipnos,, liy, III, pag. lao*

9 Ibidem, liv. XIV, pag. 6a 9. ^ *

3 Athénée, lir. I, pag. 17. Dans les^stins, les héros Jcf temps homériques étaient assis et ne se couchaient pas. Qadr qnefois , dît Durîs df Samos , Alexa^dite ohsenrait cet wp {rovro-'^iviorf nv)» Un jour quHl donnait h. manger à fVOMW cents ofBciers, il les fit asseoir sur des sièges dVrgent couTcrti de pourpre.

4 Quinte - Curce 5 lir* YI, chap. $. Cratère dit : JStùmti ipse (c^est-à-pdir^ Phi}ot^s} vei po^nitentia vel henefi'cio w V ictus q^içsc€re volet , patrenf. ejus P^rineniorum , tanti dueeti exercitus , et inveterata apud milites tuos auotoritate , haui multum infra magnitudinis tuœ fiutigium positu'm ^ tcià non mtjuo animo salutemjflii sui debiturum tibi<.

; cupe le même rang que dans Homère ; nuUe déH- ^. béralion importante ne se fait sans son assentiment , ^ ou du moins sans l'apparence de son assentiment. ' ^. La vie de l'individu appartient à l'universalité de ses concitoyens; aussi le seul genre de mort que l'on connaisse > est la lapidation , parce que tous concourent à l'exécution de la sentence. Il y avait en Macédoine comme en Thessalie une noblesse puissante et guerrière , mais elle n'avait à sa disposition ni pénestes ni serfs. Les cultivateurs étaient des propriétaires qui suivaient volontiers la noblesse quand il y avait honneur ou profit à le faire^ Philippe eut particulièrement égard à cela dans l'organisation de son armée. Le roi de Macédoine , pas plus que les rois d'Homère, ne pouvait être puissant s'il n'avait des talens guerriers : il fallait q[u'il s'emparât du pouvoir dictatorial des chefs mi-» litaires; il fallait qu'il sût conduire la multitude qui lui était dévouée et qu'il payait Si Platon appelle Archélaûs im tyran , ce n'est pas uniquement parce qu'il a violé les droits du sang en se mettant à la place de l'héritier lé^time ; c'est surtout parce qu'au sein de la paix il usurpa un pouvoir illimité sm* la vie. des citoyens. Les troubles interminables de la Ma-

1 Quinte-Curce, liy. VI, chap. 8 , à la fin. De capilalibus 'vetusto Macedonum modo inquirehat exercitus : in pace erat vulgi, ^'ihil potestas regum vaUbat , nUi prius valuisset auG^ . tcritaSp

Hemment; il avait de plus le don des réparties et l'esprit de la conversation à un tel degré , qu'Athènes n'avait à lui comparer en ce genre que le seul Philocrate. Alexandre , qui n'était pas un buveur , voukit se donner l'apparence de la qualité qui lui manquait, en cherchant à "prolonger les festins par se» entretiens avec ses généraux et ses courtisans. Autant PhiUppe était simple au nuHeu de ses amis et de ses compagnons d'armes , autant il y avait de splendeur à sa cour quand il donnait quelque fête ou qu'il recevait des ambassadeurs grecs. La manière dont il les traitait , les soins qu'il prenait d'eux , lui faisaient tant d'honneur , que Démosthènes se crut obUgé, pour sauver la réputation des Athéniens, de recevoir les ambassadeurs de Macédoine dans sa maison; il ne négligea rien de ce qui pouvait contribuer à leur bien-être , fit placer des coussins pour eux au théâtre , et leur procura des voitures à leur départ Son adversaire lui reproche ces soins, à lui qui est l'ennemi des Macédoniens. Je Paifaitt répond- il, parce que f ai voulu sauver VhonMSt de ma patrie à mes jpropres dépens^ ^

a Démosthènes, defalsa Ugau^ p«ç. 57$, ëdit. de BcUer.

i^tvsffet , Koù 'TtivM yt S (tvfptç /idnveuùi Xafjmfoiç • i'inêti yâg etûpeûV dtvToijç iè^ im roTç rotoiirotç iKU fftfjLVv^fMPOvç tiç tuS)atifA.ovatç ^ XetfJiTrfovç , îv6ùc iyùiifMf if rovrotç wùS^

Philippe opprima les états grecs de la côte tant qu'il eut à craindre les Athéniens ; ceux-ci une fois humiliés, ni lui-même ni Alexandre n'exigèrent la soumission de Périnthe ni de Byzance. A en juger par une anecdote de Plutarque , les Byzantins conservaient encore sous Lysimaque la fierté de l'indépendance ^ Il serait difficile de donner une idée exacte des finances de Philippe* La conduite de Qéomène en Egypte et le caractère d'Harpalus, nous font penser qu'il n'y avait rien de bien fixe sur le système de Timpôt. Philippe s'était servi d'Harpalus, Alexandre ne croyait pas qu'il fût possible de le remplacer ; mais il fut également infidèle à son maître et envers ceux qui devaient payer. D'abord le trésor de Philippe se^nourrissait des revenus des domaines, des droits régaliens, des tributs levés sur les pays conquis, et surtout du produit des mines; mais il finit par manquer de moyens pour subvenir aux dépenses de sa cour et de son armée. L'expédition qu'il méditait contre la Perse avait sans doute pour but d'occuper cette armée et de remédier au mauvais état des finances. Alexandre alla plus loin ; il rompit en quelque sorte les ponts derrière lui , c'est-à-dire qu'il libéra les Macédoniens de tout impôt, sous la seule condition de le suivre à la guerre. Il fit présent des domaines à ses chefs ,

1 Plutarque , de Alexandri ieu virt, seu Jbrtuna,

libéralité qui l'obligea à envoyer souvent d'Asie en Europe de grands convois d'argent ; car Antipater y était resté avec une armée considérable.

Si nous résumons tout ce qui a été dit sur la Macédoine, il en résultera que d'abord le roi était chef d'une aristocratie plus ou moins militaire , el qu'elle devint entièreipent telle par les guerres et les institutions de Philippe. Le peuple était aux Ëunilles considérées ce que celles-ci étaient au roL Philippe lui donna place dans le système militaire. Il traita les Thessaliens , les Grecs , les Thraces, selon leurs coutumes , et , à peu de changemens près y il leur laissa leurs droits, leurs habitudes, leurs institutions. Les uns le servaient à la guerre , les autres lui procuraient des reiienus ; enfin , d'autres encore lui étaient utiles seulement pour entretenir ses relations avec des peuples étrangers.

La Macédoine ayant été une puissance militaire, il est doublement intéressant de connaître son organisation guerrière : on peut d'ailleurs démontrer Ëicilement qu'elle était liée à celle de l'état» Toutes les troupes gardèrent l'armure particulière aux pays où on les levait ; on ne la modifiait qu'autant que pouvait l'exiger l'ensemble. Depuis la pesante chevalerie du moyen âge jusqu'aux Pandoures et aux Cosaques du 18.^ siècle, tout se trouve ici réuni à l'excellente infanterie grecque. Alexandre , et plus tard ses généraux , n^oubUèrent rien de ce qui de

rHellespont jusqu'à l'Inde pouvait entrer dans leur système. Nous avons déjà dit comment le métier des armes , une fois réduit en profession , devint de plus en plus scientifique ; nous avons parlé des perfectionnemens opérés par Iphicrate et par ses contemporains dans la tactique et dans l'armure des Athéniens, et plus encore de ceux qui eurent lieu quand Charidème et ses pareils firent passer tout le système militaire dans les mains d'hommes qui se vendaient avec leurs soldats. Ces hommes étaient assez semblables aux condittieri^ qui, au 14.* et au 16.* siècle, créèrent en Italie une tac-^ tique et une stratégie nouvelles. Parmi les anciens , Iphicrate est le plus marquant : on recherchait les soldats formés par lui , comme on rechercha depuis les troupes de Bracco, de Carmagnola, de Sforza. Philippe profita des inventions de ces capitaines de mercenaires. Pour eux , il ne les employa que quand ils consentaient à renoncer aux postes d'honneur pour recevoir de l'argent Les forces nationales faisaient le fonds de son armée; elles étaient organisées dans le genre des hoplites grecs, mais elles avaient de plus l'avantage d'une cavalerie à laquelle les Grecs ne pouvaient rien opposer, et qui, sous le rapport de l'équipement, de l'exercice et du nombre, l'emportait même sur les chevaliers romains. Cette cavalerie manqua aux souverains macédoniens successeurs d'Alexandre ; ils avaient

assez de cavaliers, mais la noblesse était ou anéantie ou efféminée. L'infanterie, levée dans le peuple, formait la phalange , tandis que la cavalerie , sous le titre d'escadron des amis , composait la garde. Le roi avait aussi une garde à pied destinée au service ordinaire , et qui , en cas de besoin , était employée comme réserve. La phalange représentait le peuple; on l'assemblait pour les affaires où il était question de prononcer une peine capitale. La garde à pied et la garde à cheval représentaient la noblesse ; l'orgueil national lui tenait Heu de cet amour de la liberté qui distinguait les Grecs. Les uns et les autres, Grecs et Macédoniens, marchèrent contre les Perses comme un peuple qui va combattre un peuple ; il n'y avait point là de soldats au service d'un conquérant. L'armée d'Alexandre composait donc une véritable nation , ayant un sentiment , une volonté j ce ne fut jamais un aveugle instrument , et il fut obHgé de revenir sur ses pas dès qu'eUe ne voulut pas aller plus loin. Il y avait corrélation entre les diverses sections de la phalange et celles de la garde : néanmoins la phalange , qui d'abord n'était que de 1 6,000 hommes , fut considérablement augmentée j tandis que la cavalerie ne paraît pas avoir dépassé jamais 1200 hommes. Lorsque Philippe détermina l'armure de la phalange ^ , il

a Quinte-Curce et le sérieax Poljbe se sont oni obligés , Van

conserva les évolutions nationales ; mais Alexandre introduisit l'usage des manœuvres lacédémoniennes.*

cemme Tautre , de. nous décrire la phalange sous des couleurs poétiques^ le premier dit, liv. III, chap. a : vir viro , arma armis conserta sunu L^antre , lîy. XVII , chap. q5 , se sert de ces mots , qui reviennent si souvent dans Homère : etovriç ig itnriS"^ epg/A , xo'fwç ttofvv^ etvtpet J'^elvnp* -^ouiov S"* ÎTnroKOfJLOt Kopvdtç XafjLTrpoîiTi ^ciXotffi 9 vsvûvtcùv , aç Trouvât i^irru.O'AV c^M^fAo/d*/* Les hommes, quand la disposition du sol le permettait, étaient souvent rangés sur seize de haut, ce qui composait une masse de fer agissante et serrée ; le mouvement était donné par les armés à la légère et par la cavalerie, qui flanquaient toujours les ailes. Les glaives macér doniens étaient, comme ceux des Romains, faits pour frapper d^estoc et de taille , mais ils étaient plus difficiles à manier. L^arme principale était la sarisse , longue lame de vingt -un pieds. Les pointes des cinq premiers rangs hérissaient le front de la phalange; à partir du sixième rang, chacun appuyait sa lance sur Tépaule de celui qui le précédait, ce qui facilitait beaucoup les mouvemens. Le bouclier couvrait Thomme entier. Chaque soldat portait ses armes, ses bagages, et les tentes servaient k un double usage : elles étaient de cuir, et renfermaient deux soldats; d^un autre côté, on les déroulait pour les employer au passage des fleuves. On ne souffrait à Tarméo ni femmes , ni enfans , ni valets inutiles , et c^était assez de quelques chariots pour le transport du bagage , avant qu^Alexandre eût permis k ses généraux de se faire suivre de tous leurs équipages de chasse et de bains. Polybe dit que la sarisse fut d^abord longue de 16 pieds, puis de i4* On cite ordinairement la tactique de Léon, ch. 5; mais je connais trop les Byzantins pour leur demander des renseignemens sur Tanti-* quité , fussent- ils même empereurs comme Tétait Léon. I M. de Saialft-Croix a consulté sur ce sujet tous les tactil

Par leur naissance et par leur grade, les chefs des divers escadrons étaient élevés à un rang fort distingué , et Ton a lieu de croire que chacun de ces escadrons était formé de la noblesse d'une province dont il portait le nom. L'armure était pesante, comme celle des cavaliers de Thessalie , dont l'organisation avait sans doute servi de modèle. La garde à pied se composait de trob mille soldats au long bouclier ; on les appelait pour cette raison hypaspistes ou pézétères. Il ne paraît pas que leur armure ait essentiellement différé de celle de la phalange, seulement leur boucher et leur sarisse étaient un peu plus longs et plus lourds. Nulle partie de l'armée n'a acquis plus de célébrité ; pendant les expéditions d'Alexandre elle gardait sa tente, du reste nous en connaissons peu de chose; car le seul morceau où il en soit parlé avec quelque détail, se trouve égaré dans un dictionnaire sur les orateurs. *

ciens. Voyes surtoaty quant à la phalange, les pages oSSet saiyantes ; puis la page 1 5 , note i , de son Examen critiqM des historiens d'^Alezandre.

I M. de Sainte -Croix , pag. 4^^ » noXt 6, a donné incomplètement le passage d^Harpocration au mot 'Trt^tTauùOç» Voici quel en est le sens : Anaximène dit dans le premier liyre de son Histoire de Philippe , en parlant d^Alexandre : il fit exercer à la manœuvre de la cavalerie, les hommes des familles les plus considérées y et les appela compagnons ou ireufoi^ il divisa en Xo^ot (compagnies) et en décadw ou brigadesi

Un passage de Diodore semble établir que la garde aux boucliers d'argent (^les argiraspides) était recrutée dans la noblesse inférieure et composait un corps non moins nombreux ^ Il paraît que cette infanterie fut modelée sur les peltastes dlphicrate ou de Jason, qui tenaient le milieu entre les troupes pesamment armées et les troupes légères. Les argyraspides se seront donc trouvés dans le même rapport envers la phalange que les dimaques envers la grosse cavalerie de Thessalie et de Macédoine. Leur bouclier plus léger , leur lame plus commode , leurs évolutions plus faciles, les firent employer souvent, en sorte qu'ils ne contribuèrent pas médiocrement à la gloire des armes macédoniennes. Les dimaques ^ dont nous venons de parler, paraissent avoir été créés par Alexandre , parce que sa grosse cavalerie était parfois d'un usage difficile, tandis que ses agrianes étaient trop légèrement armés pour lutter contre les peuples de l'Orient, habitués au cheval dès leur

un plus grand nombre d^hommes qui servirent à pie4 > et les appela compagnons à pied. Enfin , il admit les uns et les autres auprès de sa personne , pour les disposer d^aatant mieux k son service.

1 Diodore, Iit. XYIII, chap. $9. Cest le seul passage qui puisse s'y rapporter ; car ceux que M. de Sainte-Croix a rassemblés , pag. 4^4 y liote 1 , sont relatifs k une îéte dans la* quelle les argyraspides furent seulement représentés. Yojes Athénée , liv. XII , .pag. 539. Élien et Poljren , cités par M. de Sainte-Croix , disent la même chose.

enfance. Ces dimagues faisaient à peu près le service de nos dragons, qui combattent à pied et à cheval Armés plus légèrement que les hoplites , ils l'étaient plus pesamment que la cavalerie légère et n'avaient point , comme la grosse cavalerie , de chevaux bardés et cuirassés. Ce corps était composé aussi de Macédoniens , mais nous ne déciderons pas s'il appartenait ou non à la garde. ^

Diodore donne la composition de l'armée au moment de son départ pour l'Asie. L'énumération et l'emploi des troupes font voir combien tous les corps avaient été mis en harmonie avec ceux dé la Grèce et de la Macédoine , et combien cependant l'armure et la tactique nationale des peuples alliés ou soumis avaient été employées chacune pour un service particulier. Outre la cavalerie de la garde, dont Philotas conserva le commandement jusqu'à sa mort, il y en avait une autre aussi nombreuse et composée de la noblesse de Thessalie. De plus , Philippe leva des hommes dans les bonnes familles de la Grèce pour

1 Jules PoUux, liy. I/% chap. lo, $. i3a. On y yoît, oatte ce que nous avons rapporté dans le texte , que ces dimaques remettaient leur cheval à un valet quand ils combattaient à pied. Il est évident que Hésychius, dans son article Sifjutyeu^ a mal compris la chose ; néanmoins son explication du mot est exacte. Quinte - Curce , liv. Y, chap. i3, dit : Itaque deUctis equitum sex millihus trecentos , ^iim dimachas appeUant » adjungit : dorso hi grawiora arma portabant^ eeterunt equis vehebantur^ tfuum res locusque poscerstf pddeêtrU aoîes erat.

en faire un corps de cavalerie : pour les armes et les manœuvres il n'était pas de beaucoup inférieur aux deux autres. Il est vrai que d'abord ce corps ne fut que de six cents hommes , mais Alexandre Taugmenta beaucoup. Le service que font aujourd'hui les Cosaques et les hussards , était abandonné alors aux Thraces et aux Péoniens , qui étaient très-utiles à l'armée , et qui le furent encore bien plus quand Alexandre leur eut adjoint les agrianes ; leur chef était Cassandre. On les voit partout faire le métier de coureurs et d'éclaireurs. Quant aux troupes étrangères, le conringent des Grecs, armé comme l'était la phalange, prétendait au même rang que les Macédoniens. D'abord il ne fut que de sept miUe hommes. On comptait eft outre cinq mille enrôlés , pareils pour l'armure , mais inférieurs pour le rang. Les Odryses , les Triballes , les Illyriens fournirent cinq mille hommes plus légèrement armés , mais destinés aussi à combattre en ligne. Enfin , les troupes légères proprement dites , appartenaient aux mêmes montagnes de Thrace et d'Illyrie d'où on les tire encore aujourd'hui. C'étaient ou des archers ou de ces fantassins agrianes dont nous avons parlé; il n'y en eut que mille dans le principe , mais leur nombre fut considérablement augmenté dans la suite.

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