‹ Histoire universelle de l'antiquitéChapitre 15 sur 18 · II · texte numérisé non relu

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avec le consentement général un nouvel ordre de choses!

Philippe ne toucha point au territoire deTAttique; il comprenait que, sans la liberté, ce sol rocailleux ne trouverait point d'habitans. Il renvoya les prisonniers sans rançon , et consentit à la paix à des conditions foit modérées. Les Thébains expièrent les torts des Athéniens ; TAttique d'ailleurs était toujours ouverte à ceux qui possédaient Thèbes. Les Athéniens renoncèrent à la domination de Sa- \ mos, mais en compensation il Êillut que Thèbes leur rencUt Orope , sujet de longues contestations ; la citadelle de Thèbes reçut une garnison macédonienne. On stipula qu'au printemps de l'abnée suivante une ïissemblée de députés de toute la Grèce se réunirait danjs Tisthme de Corinthe, et l'une des conditions de la* paix avec les Athénien^s fut qu'ils y enverraient aussi Içs leurs. Bien qu'on ne nous le dise pas formellement , il y a lieu d|e croire , d'après quelques indications ^ , que la ménie année encore, et avant la tenue.de Tassembl^ée, Philippe parcourut le Péloponèse , détermina les limites des Argiens et dos Messéniens vers la Laconie , et sou-

I Maiiso a réuni, dans son 3/ roL de la S part a y tout ce qu'on sait de cette expédition c^ Philippe, yoyez pag. a 44^' a 45.* Il yaut bien mieux, la rapporter à ce temps que la placer il une époque antérieure, comme le fait Gillies.

tînt par des secours puissans les amis qu'il avait depuis long-temps dans les divers états de la pres« qu'île. Philippe ne contraignit ni Sparte ni FArcadic à entrer dans ses vues ; il ne conçut donc point la pensée de réduire la Grèce en province de son empire. Il savait bien qu'une obéissance forcée de la part des Grecs serait plus, nuisible qu'utile à ses projets contre les Perses, et il se conduisit en gêné* rai avec tant de modération , qu'il descendit jusqu'à faire demander par ses orateurs ce que dans ce moment il aurait pu obtenir par la force.

A l'assemblée générale de Corinthe , Philippe sut gagner l'affection de tous les ambassadeurs par sa libéralité et ses manières affables. Les orateurs qu'il soldait parlèrent pour lui et développèrent son plan. Personne rfosant y contredire, il fut d'une commune voix nommé généralissime pour punir, au nom de tous les Grecs , les sacrilèges que les Perses avaient autrefois commis dans les temples. L'essentiel, c'est qu'il fut chargé de fixer les contingens en hommes et en argent * ; droit qu'Antipater employa dans la suite pour compléter l'armée d'Alexandre par des levées faites dans le Péloponèse. Justin estime à

1 II est yrai qae JasUn se borne à dire , lîy. IX , chap. 5 : Auxilia deinde singularum cwitatum describuntur, sive adju-» pandus ea manu ret oppugnantê alîquo fortt ^ seu ducê iU9 btUum inférendwn.

deux cent mille hommes de pied et à quinze mille cavaliers les forces que la Grèce , indépendamment de la Macédoine, pouvait alors mettre sur pied. Philippe désormais avait atteint le terme de ses vœux; celui de sa vie était marqué au même endroit : .déjà il avait fait tous ses préparatifs, déjà il avait envoyé en Asie Parménion et Attale , afin d'occuper quelques villes de la cote et de reconnaître le pays ; tout à coup il fut assassiné ^ La singulière coïncidence de la séparation du roi d'avec la mère d'Alexandre, et de celte circonstcnce que ce fut un des gardes de Phihppe qui le tua, fit naître beaucoup de bruits fâcheux. U paraît toutefois que le meurtrier ne vengeait que son injure particulière. Pausanias, c'était son nom, avait été fortement outragé .par Attale : en vain il avait demandé réparation, et quand il vit le roi répudier Olympias pour épouser Cléopâtre, sœur d' Attale, il désespéra d'obtenir jamais satisfaction. Rien n'était plus naturel que de supposer d'un autre côté qu'Olympias et même son fils ne verraient pas son action avec trop. d'horreur. Le meurtre de Philippe eut lieu en quelque sorte sous les yeux de toute la Grèce : il donnait sa fille du premier lit à Alexandre, roi d'Épire, frère d'Olympias. Il avait, pour la solennité du ma-

i DiodorCy liv. XVI,.chap. 91. — — fMfOç riç fi/voLfÂHK

page, réuni tout ce que la Grèce possédait d'hommes distingués ; artistes , acteurs , poètes , orateurs , hommes d'état, tous étaient venus à Éges : enfin les jeux qu'on y célébrait brillaient de toute la magnificence de ce roi^ Parmi les états libres qui envoyèrent des couronnes et des décrets honorifiques, les Athéniens se signalèrent par leur bassesse : ils allèrent jusqu'à déclarer qu'ils plaçaient Philippe «ODS la protection de leurs lois , et qu'ils lui livreraient tout homme qui se réfiigieràit chez eux après avoir entrepris quelque chose contre sa vie; mais k peine le meurtre fut-il commis , qu ils se laissèrent entraîner par Démosthènes à un sacrifice solennel en actions de grâces , et le meurtrier fut couronné par eux. ^ ^

Règne (T Alexandre jusque à la mort de son ami

Philoias.

Alexsmdre , à l'âge de vingt ans , hérita d'une pnissance immense, mais non enkore solidement

t Diodore, /. c. ff^cS'poL yaig iiptXoTifjLiètTO ^tXo^povtilj^au a-poç Tovç ÉXXnvcLç Kj Jiet rctç SiS^fjJvetç ^rS riç oXtiç iye/jLOvieLç TijULeiç irpoayiKOVffeuç cfÂiXietiç et/jitlfiiffBou»

a Sans autre raison, que sa manié de dire sans cesse du mal des démocrates et de la démocratie , Mitfort yeut que Démosthènes ait été pour quelque chose dans le meurtre d# Philippe. •

assise '. On devait juger, dès la première année, s'il serait capable de soutenir l'empire paternel, oa bien si cet empire allait se dissoudre en laissant retomber sur elle-même chacune des parties qui le constituaient L'armée nombreuse à la tète de laquelle il se trouvait, comptait pour cheâ Àntipater, Parménion, Ptolomée, Néarque et Philptas. Ce prince joignait aux grandes qualités de son père ime éducation distinguée; il était exempt de la plupart de ses défauts , et même il sut , daos le commencement de. son règne, s'abstenir de la boisson pour laquelle il se sentait les dispositions de Philippe. Malheureusement le plus grand philosophe de la« terre , • et ce Léonidas qui avait des sentimens conformes à sa naissance royale, ne fiirent pas les seuls qui contribuèrent à former Alexandre. Un vil flatteur , Lysimaque d'Acam^e , eut aussi de rinfluence sur son éducation 3 et Callisthène, le sophiste, qu'Aristote avait eu la &iblesse de désigner pour son successeur, acheva de gâter, ce que Lysimaque n'avait pas gâté lui-^méme.. Ce fut Lysimaque qui mit dans l'esprit d'Alexandre 1^ naanie de prendre Achille pour modèle; de là jusqu'à B&cchus il n'y a pas loin, surtout quand la poésie et l'imagination l'emportent sur les choses positives et sur la raison , quand les idées' monstrueuses et

1 14 J^oTcmbre 337.

(407) surnaturelles sont préférées aux idées mesurées et iTune exécution jpossible. Callisthène osa se hasarder sur le chemin glissant des courtisans; il tomba» mais trop tard, après avoir altéré le caractère du seul homme capable de sauver Tunivers et d'en &ire le bonheur, si toutefois il est écrit dans les arrêts du destin que le bien-être du monde puisse être l'ouvrage d'un homme puissant

Heureusement pour Alexandre, les Athéniens, puis les Thraces et les Thébains lui fournirent l'occasion de mettre au jour ses qualités guerrièresw Les espérances d'Attale et d'Amyntas, qui s'étaient créé une faction, furent anéanties dès leur naissance. L'armée adorait le jeune homme dans lequel elle reconnaissait l'Achille homérique; les Macédoniens furent séduits pai: la suppression des impôts et par les .places d'honneur qui leur, furent assig](ées dans l'armée, et dès la mort de Philippe. les Thessaliens proclamèrent son fils chef suprême de leurs gou« vememens aristocratiques. Alexandre se défit de^ paréos qui le gênaient; puis, pour comprimer les mouvemens des Grecs , il marcha ea Béotie avec des troupes d'élite et répandit la terreur dans tous les états qui venaient de prendre des résolutions hostiles contre lui. Athènes lui décerna de plus grands honneurs, qu'a son père , et dans une assemblée tenue à Corinthe ,* les cités du Péloponèse lui transmirent le titre de généralissime; enfin»

quand les Spartiates hii refusèrent leur suffrage ayec une fierté plus convenable à leur ancienne splendeur qua leur état actuel, il tlj fi^.pas même attention, et ne parut pas non plus s'émouvoir des préparatîÊ de guerre que les Athéniens et les Thébains firent aussitôt après qu'il se fut éloigné.

A peine de retour en Macédoine, il reçut k nouvelle de brigandages commis par les lUyriens et les Triballeê. 0eux-ci habitaient alors la contrée qui s'étend du mont Haemus au. Danube, -les Gèies .«'étant établis sur l'autre rive de ce fleuve. Avec des généraux et des troupes tels que les avait^rmés Philippe , U n'était pas difficile de combattre de pareils peuples ^ Alexandre ue se borna point à soumettre ces pays, il p^ssâ chez les Gètes; 'il empêcha les Illy riens , les Taulantienap, les Autàriate^ de ^e livrer enc^e à d'ultérieurs pillages. M aia les désordres de là Grèce le Tappelèrent subitement : peiidant qu'il était au-delà du Ddnûbe, on avait répandu le brlùt de sa mort, et dans l'absence de ses nouvelles, Athènes et Thèbç3 avaient suivi l'impulsion de leurs orateurs qui les excitaietil à secouer le joug ^, Depuis, la ba-

;i Les mou riç E'AAo/bç dans Diodore, sont ane ^rîd^Dtf jnteirpQlatiqn. dç copistes \ Diodore n^eût point écrit une pa* reille ineptie. Liv. XVII, ch. 4* ■

a Démade , ou celai cpiL passe pour lui, dit k la fiin da Fragment : » Souyenez-vous comment Démbsthènes et Lycur- K ^e f, dgns leur» discours , livraient des batailles aux Mac^-

taille de Chéronée , la citadelle de Thèbes éiail; occapée ; la liberté de cette cité n'était plus qu'une ombre, et les Athéniens mêmes comprenaient que eette garnison était un frein pour eux : ils écoutèrent donc favorablement Démosthènes, Lyeurgue, Knarque et ceux qui les encourageaient à profiter de l'occasion. Néanmoins il n'y avait point -dans- la Grèce d'esprit d'ensemble , point d'union : les Athémois se bornèrent à rendre des décrets et à taire des vœux pour les Thébains.

deux-ci ayant' surpris en dehors de la citadelle une |MUtie de la gami^n, ils l'égorgèrent, ainsi que deux de'ses chefs; ils renfermèrent le troisième dans le fort, en l'entouradat d'une double palissade, et tout aussitôt ib envoyèrent des députés en Éhde , à Argos et chez Us Arcadiens pour demander dusecours. Il ne fallut ^ six jours à Alexandre pbur accourir des montagnes dlllyrie en ThessaUe, et six autres de là jusju'à Thèbes. A la première nouvelle de sa marche, :es troupes auxiUaires du Péloponèse s'arrêtètent flir l'isthme. Malheureusement pour les- Thébains, ils ne purent croire qu'il' serait possible à Alexandre d'exécuter cé^ marches forcées avec trente mille hommes d'infanterie , et trois ou même quatre mille cinq cents cavaliers : ils s'obstinèrent à penser que

.ju-^

« doniens ches les Triballes \ c^est beauconp qpi^ls niaient pas t apporta sur la tribune m^me le corps d^Alexandre ^Ttc. ^

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le seul Antipater s'avançait contre eux, et dans cette erreur ils repoussèrent toutes les propositions d'Alexandre , auquel' ils livrèrent 4enfin une sanglante bataille aux portes de leur ville. U y a beaucoup de divergence suf les détails, mais tous les auteun s'accordent sur Fopiniàtreté du combat. Ce fut dam un instant de colère qu'Alexandre ordonna, le pillage, la destruction- de la cité conquise et la vente de ses citoyens ; néanmoins il paraît que cet acte de cruauté fut plus encore Touvrage des Phoc^diens, des Orcboméniens et des Thespiens , qui voulaient venger le çort de The^ies et 4e Pjatée. Sur irentesix mille habitans , six miUe furent massacrés , les autres furent dispersés ou vendus ,. et la* ville fiit rasée. Point -de contestation en ce qui concerne ce dernier &it ; mais comment Thèbes aurait^ eUe compté trente -SIX mille citoyens libres, quand Athènes même n'en avait que vingt. mUle ? L'exiguité dji butiii , qui ne s'éleva qu'à quatre cea% quarante takns , confirme l'assertion de PÔlybe surk rareté des métaux précieux en Grèce ^ ; nou^ savons

1 Nons donnerons des ^claircîssemens sur ce passc^ dû Poljbe , quand nous parlerons de la ligue achéenae. Quant k la population, si Ppo réfléchit que Thèbes tirait principalement sa subsistance de Tagriculture et qu^on y appliquait sat' tout les esclaves , il sera impossible de hii reconnaître trentesix mille citoyens libres. Voj-es ce que nous ayons dit de U population d^Athènes et de TAttique ^ ^ous y «eviendionf es

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d'ailleurs que les Thébains ne vivaient pas avec économie, et qu'ils mettaient peu de prix aux objets d'art. Alexandre ne tarda pas cependant à se repentir ds sa précipitation; il saisit avec empressement

l'occasion de prouver sa modération : il reçut Vambassade aihénienne , de laquelle fidsait partie lé misérable mais adroit Démade , que l'on ain^t beaucoiq> en Macédoine. Le roi ftrma les yeux sur la manière dont on accueillait les fugitifs Thébains , et même il n'insista pas sur la demande qu'il avait fiite de l'extradition des démagogues. Les sçuls qui ^tterent la ville, furent Éphialte et ce Charidème, qui n'était .pas même Athénien, et aucpiel nous avons vu jouer en Asie et en Thrace.tant de rôles divers; il courut se réfugier chez Darius. Cependant Aleiadpre^ devenu, chef suprême de la Grèce -et redouté de tous les états*, réclama les contingens qai leur avaient déjà été assignés par PhiUppe. Comnie son père ; il était convaincu que la possession de l'i^ie mineure lui fournirait les moyens de conquérir la Perse ; il marcha 'donc de suite vers l'Asie. Forte de trente mille hommes de pied et de quatjre mille cinq cents cavaliers, pahni lesquels dix -huit cents composaient la^rde, l'armée de

Macédoine ne redoutait pas les troupes que la Perse

faisant snrtout usage Mi^une remarque de M. Letronnc. Il faut coasulter aussi M. de Sainte-Croix, ËKàmen critique des historiens d^Alexandre, pag.'saS et 329. *

pourrait lui opposer ; mais les finances étaient dam un déplorable état ^. Philippe n'avait laissé que soixante taléns : il avait fallu contracter des dettes pour équiper l'armée et la flotte ; Alexandre «ivait fait de riches pvésens à ses officiers^ enfin, avant de partir, la célébration de la fête nationale des Muses avait absorbé touses ses ressources, tandis que d un autre côté il avait renoncé à toute perception d'impôt sur la Macédoine.

U eert évident que Memnon , qui était à la tètle des armemens de la Perse, avait conçu un plan fort sage et dont l'exécution n'aurait pas manqué de perdre les Maj^édoniens. Il voulait hérisser leur marché de difficultés,- sans jamais présenter ni accepter le combat. Mais il suffit d'un coup d'œil sur la situation de l'empire persan , pour voir qu'un hominl^ferme et sage ne pouvait .y conserver une longue influence. Nous avons dit ailleurs que la famille royale ftrt tuée par le cruiel Ochus; que celui-ci et son successeur Arsès le furent par Bagoas, et que ce Bagoas mit sur le trône un rejeton éloigné de la maison régnante, Darius Codoman. On rapporte que, par sa valeur, ce dernier des rois de Perse sût nonseulement .acquérir une grande réputation , mais

1 Selon Plûtarque, Aristobule disait qu^Alexandre n^avait pts 'dans ses caisses . au-delà de soixante-dix talens, et Duris, qii^il noyait que tout' juste ce qu^il fallait pour nourrir son armée pendant trente j^urs. Seloi) Onésicrite, il dcTait ittéme denx cents talens.

encore s'élever jusqu'au trône. On ne lui conteste point cette qualité ; mais il manquait de celles qu'exigent le commandement et le gouvernement des affaires. Quand Alexandre marcha contre lui , il était mal affermi ; il ne connaissait pas encore les ressources de son empire ^ A l'apparition du roi de Macédoine, les satrapes vinrent à sa rencontre ^ , sans qu'aucun d'eux fût revêtu du commandement. Leur armée , si l'on en excepte les mercenaires grecs , était à peine digne de ce nom. Le Rhodien Memnon n'y avait d'autre autorité que

. i Malcolm, Historf ofFersia^ vol. I, pàg. 69-72, dit que iS historiens de la Perse parlent d'une longue guerre quH)* chus, qu'ils appellent Darab I.", -aurait faite . à Philippe , leqael aurait enfin été forcé de lui donner sa fille en mariage et de payer un tribut de mille œufs d'or par an. Ce Darab gouverna douze ans, et bâtit à 7$ lieues à l'orient de Chira^ la' ville de Darabschird , qui est encore fort peuplée aujonrdiH. Darab II (c'est Darius Codoman) était absoloment l'opposé de son père : laid et mal fait, il avait l'esprit corrompu. Sa querelle avec Alexandre venait de ce que celui-ci refusa de payer le tribut des mille œufs d'or auquel s'était soumis son père. Il répondit i l'oiseau qui les pondait s'est envolé, etc. Cet exemple frappant démontre combien peu nous avons de lumières k espérer des écrits orientaux qui altèrent à ce point les faits les plus connus.

a Arrien nomme Arsame, Rhéomithrès, Pétines, Niphates^

puis Spfaithridate , satrape d'Ionie et de Lydie ^ Arsite, qu'il

qualifie de UTrctoyoç ou sous-satrape de PhFygie,.etqueMitfort

croit' l'avoir été de Bithynie, parce qu'il résidait à Dascjrlium>

tt gouvernait les pays voisins de l'Hellespont.

celle de sa voix dans le conseil : il ne fut nommé 1 chef suprême qu'après que la bataille du Granique | eût ouvert les yeux à Darius. ^ 1

Lorsqu' Alexandre passa en Asie, il ne confia point au caractère vindicatif de sa mère le gouvernement de la Macédoine et la direction des affaires d'Europe ; il laissa Antipater avec un quart de l'armée et lui donna des pouvoirs illimités : néanmoim sa mèi^ conserva toujours une grande influença Le roi sut tirer un parti immense des souvenirs nationaux et des inspirations de son esprit poé-

■ Ml. Il > ■

1 Selon Démosthénes , m j^ristoor, , pag. 6o3 , ëdition de Bekker, Memnom et Meator éuient Tenus fort jeunes en Asie, où ils âTmient £ût fortune. Arubaie , • qui sans cloute mutait déjà sa défection , épousa leur sœur et leur donna de bonnes préfectures : aussi lorsqu^Autophradate fit arrêter Artabase, ik s^adressèrent ^ Charidème, et obtinrent par ce mojen la mise •n liberté de leur beau-frète. Cbaridème & son tour fut fayorisé dans sa retraite par ces deux Grecs. Dans la suite , Mentor rint à la cour dXIcbos (Artaxerze III), et lui rendit les plus grands senrices dans la guerre qu"*!! eut à souitenir contre les satrapes révoltés contre lui , et surtout contre PÉgjpte. Quant à Memnon, il suivit le sort de son beau -frère Artabaze, et fot obligé de sVnfuir cbez Pbilippe. Après Pexpéditiôn d''Égypte, Mentor et Bagoas forint tout-puissans \ aussi Mentor obtint la grâce de son beau-frère et fit rappeler son frère. Personne ne pouvait donc être mieux opposé aux Macédoniens que Memnon , qui avait long-temps vécu chei eux , qui connaissait toutes leurs habitudes, et qui, depuis sa jeunesse, avait coni' mandé des mtrctnairts grées , et savait merveilleusement ies attirer à lui.

ùque; il rattacha toute son expédition aux écrits JHomère et d^Hérodote , aux dieux et aux héros de la Grèce. Achille devint son modèle ; Troie fut le symbole de la puissance persane. On le vit sacrifier Sûr le tombeau de Protésilas, porter des offran* des à Nq>tune qui fit tomber les murs de Troie , et câébrer des jeux sur les tertres sous lesquels gis* saîent les restes des guerriers. Dans ces jeux solennels 0 honorait surtout Achille, tandis que son ami Ë^estion s'adressait à Patrode. ^

Memnon ne pouvait que détourner les Perses du projet d'attaquer une armée d'enthousiastes commandés par un jeune héros ^ il le devait d'autant plus, que le nombre de leurs ^soldats rassemblés à Zeleia , n'était pas de beaucoup ^supérieur à celui des troupes macédoniennes ^ Il conseilla donc de ravager le pays , et d'attirer Alexandre vers Tiiltérieur de l'empire; mais ce conseil fut accueilli avec im irotiique dédain , et le combat du Granique punit bientôt les Perses de leur orgueil Les Grecs , pris les armes à la main , après une opiniâtre résis-

fl . k

i On donne, il est Trai, 100,000 hommes aux Perses; mais ÀRÎen y ^i ne tient pas compte des milices , a caison de r«S-> iuite leur armée à 409O00 h«mmes. Ces milices empêchaient les manœuvres et rendaient Tordre impossible. Dans les 4o»ooo Hommes idont parle Arrien, il j avait aût^t de ^cavalerie que ^^nhntcrîe, et Ton ne suivait, pour Farmurtni pour les évolutions, aucun SjTStèmt régolitr.

tance , furent traités par le roi comme des trdtra à la patrie j les Perses et les soldats du pays se dispersèrent , et l'armée s'évanouit Le prix de cette victoire fut la possession de toute l'Asie grecque, capable de former à elle seule un empire comp»* rable aux plus florissans de i^otre époque. Toute la Bithynie fut occupée ; Galas,, chef de Ih cavalerie thessalienAe > fut fait gouverneur de la. Phiygiei qtii comprenait l'Éolide et la Bithynie j "Mithrines livra Sardes et son imprenable citadelle; Milet fi* enlevée de force , -et Éphièse fut -remise entre les mains des Grecs par les pattisans de la démoerade dont Alexandre rétablissait partout le nom. Si Ton en excepté la Carie et la Lycie , tous les pays habités par des Grfcs furent soumis en peu de moîs.^ . • - ■

1 Dans le 9.* toI. ^de^ Mémoire^ de rAcâdémie'- des.iùsçrip-

tions, pag. Ii3, ral>bé Sevin a donné vtné liistoîre complète

de la Carie ^' et dans le 11.* volume, jpag. 5o6 des. Mémoires de rinstitut, M. de Sarnte*Groix en a rectifié la clironolo^ Ordinairement on prenait les noms. de»- princes. d^Haï)rcama^ pour ceux des dominateurs de toute la Carie » ce qui n^est vrai que -pour les derniers' temps. Voici un aperçu des faits principaux depuis la bataille de Salamine. Le pays était aloK divisé en petites principautés : Hérodote nomme les princes d^Alabanda , de Calydna et d^Halycamasse , qui donnôrent ï la flotte perse jusqu^à 7.0 ou 80 vaisseaux. Artémise, dont la valeur et la sagesse ont été immortalisées par son compatriote HérodoCe, ne régnait 'que sur Halycarnasse , Cos ettNis/rps» et le prince de la .petilie Calydna lui était soumis : il ne parah pas qu^Aitémise ait beaucoup augmenté la puissance. Son frire f

(4i7) 3jtandre avait un double motif pour affecter le

on fils Lygdamas, qui régnait au temps d^Hérodote, résient comme elle à Halycamasse. Aprùs eux, Hécatomnus» it ou ne connatt pas la liaison avec la famille d*Artumise, da an# nouvelle dynastie & Mylase. Depuis lors la plus ade partie de la Carie fut soumise à cette dynastie. Mylase

embellie des chefs-d^œuyre de Part, et prit rang parmi villes les plus splendides de PAsie mineure. Déjà Tempire Min en était venu à un tel poitit de faiblesse , qiie Hécanàs pnt se rendre indépendant et traiter avec les Grecs , t cependant il se sépara bientôt. Il avait trois fils : Mau-

y. Idrieus et Pizodanis ; le premier lui succéda Têts la fin >reiniec siècle des olympiades (377-378 avant J. C). Dans léiance d^obtenir la puissance maritime qu^avait eu Sparte, mit k Halycamasse le siège de son gouvernement^ il épousa aBnr, Artémise II. Il agrandit la capitale en y réunissant bourgades voisines, et ne cessa jaibais de songer k étefidrê

territoire : tantôt il se déclarait pour les Perses, tantôt lire enx ^ enfin il occasiona la guerre des alliés contre lines , ainsi que nous Pavons dit plus haut. Il fut aussi mrque pendant un certain temps; les exaetions qu^il com-

en Lijrcie , et celles de son gouverneur , furent poussées i loin que possible. Mausole fut célèbre par ses trésors et

Remploi quil en faisait pour encourager les arts et les Dces. H recevait chez lui les savans , les poètes , léS oras de'^la Grèce : Yitruve décrit aveé beauéoup dé détails monumens d^arthitecture élevés par lui. Les quatre plus ids orateurs de la Grèce se disputèrent le prix proposé par émise, et dont Péloge de Mausole était le sujet; enfin le ibean de ce roi, ouvrage des meilleurs artistes, est compté mi les merveilles du monde. Après la mort d^Artémise, ieos i^gna (35o avant J. G.) : selon les lois de Carie, Ada, sœur et son épouse, aurait dû lui succéder^ mais Pixodanis, II. 27'

rétablUsemeiU des démocraties^: non -seulement il . gagnait ainsi le peuple, mais il détruisait par la Tmfluence de Memnon que Darius venait de faire son généralissime sur terre et sur mer, et c[ui s'était lié

surtout avec les aristocraties de toutes les villes

• ■ ■ le

grecques d'Asie. En Carie, Alexandre sut fort ha- l bilement profiter des discordes civiles ; Pixodarus, qui avait dépouillé sa sœur Ada de la souveraineté, venait de mourir : à l'exclusion de l'héritière légitime, le roi de Perse avait envoyé eu Carie Orontobate , gendre de Pixodarus. Ada , renfermée dans la citadelle d'Alinde , attendait Alexandre comme on libérateur. En vain Menmdn voulut se maintenir ^ Halycamasse, la place fut prise et la Cane fut rendue à la princesse, qui en fît honunage à Alexandre, qu'elle adopta. Maître de toutes les côtes de la mer Egée, ce prince ne crut pas devoir exposer aux chances d'un combat naval la gloire qu'il s'était acquise sur terre; il renvoya donc sa flotte, abandonnant à Mem-

son frère, aidé par les Perses, lui arracha Fempire (338) ; ce* pendant Ada se maintint à Alinde jnsqu^k FarrÎTée d^AIexandie. 1 Arrien, liv. |, ch. 18. Antlmaque, ûls d'Agftthodc, fat envoyé avec enriron cinq mille hommes Çc'esl le même aombie ^e celui des soldats avec lesquels Parménion était allé son* mettre Magnésie et Tralles) dans les villes éoliennes et ioniennes qui pouvaient se trouver encore entre les mains des Perses* L^s oligarchies devaient disparaître partout devant les démocraties j chaque état devait reprendre sts lois , et Ton faisait remue de tous les tributs payés aux Perses.

tion et à ses Perses l'empire de la mer; mais il tâcha

de s'emparer de tous les ports et de couper toute

communication entre la Perse, la Grèce et l'armée

de Memidon. Le destin fit plus encore que lui pour

la cause : Menmon, s'il eût vécu plus long-temps,

pouvait devenir fort dangereux sur les derrières de

l'armée macédonienne. Malgré la surveillance d'A«

kxandre , Athènes aurait saisi toutes, les occasions

de lui nuire, et celle dont les Spartiates profitèrent

dans la suite, était loin d'être aussi fiivorable ; enfin ,

la plupart des autres états ne demandaient (pie le

moment opportun de manifester leur jalousie contre

cette nouvelle puissance monarchique. L'ile de C!os

écah -devenue la place d'armes des alliés de là Perse;

Letboft. était, à eux , et par conséquent ils gardaient

Tentrée de l'Hellespont : ils avaient même pris pied

daHs l*Eubée, lorsque tout à coup la mort leur

enleva Memnon, qui était l'ame de toutes leurs

entreprises.

Charidème pouvait bien , dans un momelit d'i-» vresse , conduire une troupe d'aventuriers ; mais non diriger les forces d'un grand empire. U n'en fut pas moins appelé aux conseils tenus par Darius , quand ce roi prit la résoluticm de marcher en personne contre Alexandre. Toutefois il s'exprima avec tant de mépris sur le compte des qualités guerrières et de la tactique militaire des Perses , qu'U fallut que* Darius le sacrifiât à l'exaspération génerda Gepen*

dant Alexandre marchait sur la c6te , en se dirigeant d'abord vers le Sud , où toutes les villes de Ljcie lui ouvrirent leurs portes; puis il alla vers l'Est jusqu'à Aspendus , d'où il prit sa direction vers le Nord , Parménion qui venait de Sardes avec sa cavalerie , arrivant à travers la Phry gie pour opérer sa jonction avec lui dans la plaine. Depuis la Carie jusqu'à Aspendus , Alexandre ne trouva point d'obstacles ; car il . recoDnaissait tous les* droits et toutes les libertés des habîtans.de ces pays^de montagnes, et même il donna des secours efficaces aux .Lyciens contre les barbares Pisidiens. La Lycie était la province la plus heureuse de tout l'empire ; elle formait une ligue de vingt-trois villes, sur lesquelles il y en avait six , Xanthus y Patafïi , Pinara , OlymjiJum , Myra et Tlon qui chacune envoyait à la diète provinciale trois députés ; les villes moyennes en avaient deux , et les petites un seul L'impôt s'établissait d'après la même proportion. L'assemblée des députés nommait le lyciarque , le tribunal supérieur et le conseil de laliguç; elle décidait de la paix et de la guerre : chaque ville, du reste ^ se gouvernait Hbrement elle-même. Les Lyciens s'adonnaient surtout, à la construction des vaisseaux et au commerce; mais leurs voisins, jus-, qu'à la côte de Cilicie , Élisaient métier de la piraterie. Alexandre se contenta de recevoir l'hommage de cette confédération , lui laissant sa constitution ,

ffoâ fut tout #}issi impuissante pour la préserver de l'oppression de ses financiers , qu'elle l'avait été contre Mausole et ses préposés. Les anciens ont rangé la "marche d'Alexandre, depuis Phasélis, sur la frontière de Lycie, jusqu'en Pamphilie, parmi ses plus audacieuses expéditions : à en juger par le récit de Strabon, il nous semble que son impatience l'engagea dans des périls inutiles. ^

De la Paiaapliilie il fraya une route à travers la Milyade, vers Ik vallée du Méandre. Cette entreprise, qui avait pour but la réunion des* mers, atteste à la fois le grand caractère d'Alexandre et l'état des con^ naissances qui distinguaien^t les Grecs de son temps. Pour Êdre passer sa route entre la vallée du Méan-? dre et la côte de.Pàmphilie, il rasa une portion de la ville de Termessus , qui occupait ces défilés ; ce fiit aussi une occasion de punir cette ville de l'opiniâtre résistance qu'elle lui avait opposée. Des monts de la Pisidie il se dirigea obliquement vers le pied de }a chaîne qui sépare le Pont , la Bithyni% et le

1 M. de Sainte - Croix a rapporté le passage de Strabon ^

nous noas dispenserons de le citer. Voici ce que dit Strabon sur

le chemin d^Alexandre à trayers le pays des féroces Pisidiens :

t^ Phasélis, qui a trois ports, est une ville imporU^nte. ï)ll«

t est dominée par le mont Solyme et par Termessus ,. Tille

« pisidienne , qui est précisément dans le défilé qui , à Top-

« posite, aboutit à la plaine de Miljras. Cest pçurquoi il dé-

« tmisit cette ville quand il voulut faire passer ime route dans

« ce défilé. ^

pays des Paphlagoniens du reste de l'jisie mmeure. Les montagnards de la partie septentrionale ne s'étaient jamais soumis aux Perses : Alexandre ne pé* nétra pas dans leur pays ; il chargea Gallas , qui gouvernait la Phrygie , de s'entendre avec eux, pub il vint à Gordium ppérer sa jonctioli avec Parménion et avec les renforts <pi'on lui envoyait de )a Macédoine et de la Grèce ^. De la il maïrcha droit au Sud , traversant une partie de la Cappadoce et se rendant en Cilicie, où il espérait rencontrer l'armée nouvellement levée par Darius; mais' il ne s'a^ rèta poiiit en Cappadoce et se contenta d'en avoir soumis ce qui touchait son-^lrmée, c'est-a-dire ce qui est au sud -ouest du fleuve Halys. Son gouverneur ne soumit pas davantage* la partie qui est an nord-est; ce succès était réservé à. Eumène. '

Le premier projet des Perses avait été de défendre la Cilicie et Tarsus , sa capitale ; Darius s'approchait avec le gros de l'armée; mais la lâcheté des troupes qui devaient repousser l'ennemi des portes de Cilicie ^ seul défilé par lequel on puisse y pé-

I Arrien , Ht. I , pag. 39; Les Macédoniens nouTellement mariés 9 cpil ayait laissés en Macédoine pour Phiver, Tinrent le tronirer à Gordiam, et avec eux d^antres trcapes^ que condnisaîent Seleucns, le fils de Ptolomée, et Méléagre, fils de Néoptoléme^ enfin Cœnus, fils dé Polémocrate. 11 jr ayait trois mille fantassins, trois cents cavaliers, et cent cinquante Élidiens commandés par Alcias d'ÉUde.

nétrer, le contraignit bientôt à abandonner ce plan. Elles s'enfuirent sans attendre Alexandre. A peine il était rétabli d'une maladie qui le surprit à Tar^ sus., qu'il envoya Pannénion, pour occuper les passages de la Syrie. Quant à lui , il commença par prendre Anchialus et Soli; et, jetant l'effroi dans l'esprit des montagnards voisins , il s'arrêta plusieurs jours à célébrer des jeux dans cette dernière ville, ce qui ne l'empêcha pas d'arriver à teiiips pour profiter de l'indécision des Perses. Ceux-ci ne savaient encore s'ils Tiraient chercher en Cilicie , ou s'ils l'attendraient dans la plaine au-delà des montagnes. Ce fut dans les défilés mêmes , auprès d'Issus, que les Macédoniens rencontrèrent leur immense armée ; mais elle n'avait d'exercé et d'équipé régulièrement que la cavalerie et les soldats grecs. ^ La victoire d'Alexandre fut tellement complète ^,

1 Qae la description qa^on lit dans Quinte-Carce , liv. III , chap. 3 y soit réellement historique ou qu^elle ne le soit pas, elle est fort propre à donner nne idée de Tannée de Darius.

a jNcyembrc 333. Folard et Gnischard ont expliqué cette bataille sons le rapport de la tactique et de la stratégie. Ce qui était d'hantant moins aisé, qu^Arrien , tout tacticien qu^ est 9 ne nous donne qu'Hun rapport assee défectueux , et que les autres auteurs ne sont d^ucun secours.. Voyez aussi TExamen critique des historiens d^Alexandre, pag. 349-259. Le temps où ,1a bataille fut donnée , a été fixé d'après le cjrcle de Méton ; le mois d^ Maimactcrion y répond à notre mois de Novembre.

qu'il put envoyer Parménion à Damas pour y enlever le trésor de l'armée £t ses bagages , sans |s qu'il fût fait aucune tentative de le surprendre ou même d'empêcher la prise d'une des capitales de l'empire. Qn serait porté à croire que les provinces préféraient l'administration d'un roi qui promettait de leur rendre, à toutes, leurs droits et leur liberté, et qu'elles étaient fatiguées de Topression dans laquelle les tenaient les satrapes. Ce n'est que dans la haute Asie que les habitans se mettent en devoir de résister à Alexandre : ce qui prouve néanmoins que le combat n'eût été ni .impossible ni même inutile , c'est la retraite que firent les troupes mercenaires grecques depuis le champ de bataille dissus ^ ; c'est encore la Ipngue et opiniàtr,e défense que sut faire la ville de Tyr.

La bataille d'Issus fut livrée à , propos ^ car les successeurs de Mèmnon venaient de se Uer avec les Spartiates, qui, de concert avec les Athéniens, envoyèrent à Darius des ambassadeurs , parmi lesquels "•-^—^^^■^ I I i»^^— i I ■ ^.^-^^i^— ^— ^-■— ^p^— ^— — ^— ^— .^^— i^^^.^^.^

I Qn porte à 3o,ooo le nombre des mercenaires grecs, et Farmée entière à 600,000 hommes. Il en périt, dit-on , plus da sixième ; Diod. , liy. XVII, cb. 34. Cela n^a Hen dV>tonnaut, si Ton réfléchit à la disposition du champ de bataille. Dix mille hommes parmi les auxiliaires araient appartenu à Tarmée de Memnon ^ on les avait ameif^s de Lesbos sur la côte de Phcnicie. Il y eut en tout ia,ooo mercenaires, qui se retirèrent en bon ordre de bataille ^ mais ils furent coupés da gros de Farmée. Puis sous le commandement d^Amyntas, de

était un fils d'Iphicrate. : Cette légation tomba au pouvoir du vainqueur , qui la traita avec la même do.uçeur que la famille du malheureux roi de Perse qui fut prise après la bataille. Alexandre "refusa d'entendre à aucune proposition de paix , annonçant hautemenjt qu'il ne s'agissait de rien moins que de la conquête de l'empire. Toutes les villes de Phénicie et tous les petits états qui obéissaient à la Perse, allant, fait leur. soumission et rappelé leurs bâtiniens ^ la^ guerre finit sur la mer Egée» Le siège de Tyr durait encore ,. que» déjà Cypre se rendit à Alexandre et lui prêta ses vaisseaux comme l'avaient fàh les villes de Phénicie. On ne peut que s'étonner de l'obstination avec laquelle Tyr refusa de recevoir le roi de Macédoine dans ses murs, en demandant toujours qu'il reconnût sa neutralité; on voit partout ce prince gouverner les habitans des pays conquis avec une grande douceur , rendre même aux Grecs leurs démocraties et rétablir la liberté populaire

jusque dans SoU, en Cilicie, où cependant l'on s'était

Thjmœthe .fils de Memnon , d^Aristomène de Phère^ , et de l^Arcadien Bianor, ils^ s^emparèrent à Tripoli des vaisseaux sur lesquels ils étaient, venus de Lesbos ; maïs ils se séparèrent stir mer. Agis , roi de Lacédémone , ^n prit hui^ mille à spn ^«nrice : ils coururent avec lui chercher des aventures en Crète. Les quatre mille autres suivirent Amyntas en Egypte : ^éj4 il- était maître de Memphis, lorsque ses gens, qui s'abandonnèrent à une trop grande sécatité, furent surpris par le ^us-sati^pe Magace.

conduit enyers lui avec une rare ingratitude. H &ut que la république de Tyr ait eu des raisons encote plus graves que celles indiquées par Diodore^. Peotêtre ses relations de commerce avec l'intérieur, atec le golfe persique et avec rArménie Tatlachaiestelles plus fortement à l'empire. Quoi qu'il en sok, Alexandre ne voulut pas laisser sur ses derrièra une ville aussi importante ; il entreprit ce que ki rois d'Assyrie et Nabucodonosor vivaient tenijé eà vain , et la science des Grecs fit réussir son projet On reconnut que Tintervalle de quatre stades qui séparait Tile du continent était dépi chargé de saUes, et l'on pensa quis l'art pourrait achever ce que k nature avait commencé^. Alexandre mit lui*méine la main à l'œuvre; l'armée travailla toute entière, et fut aidée par une foule d'habitans que Ton avait

1 Diod. de Sicile , liv XYII, ch. 4o* — Les Tjriieas «ontinrent courageusement le siège , tant pour rendre serFÎce à Darius, -en lui restant fidèlement attachés, que parce ^^ espéraient de riches présens en retenant Alexandre dans ns siège dangereux et loVig qui donnerait k Darius le temps de se préparer a la g4erre ; d^un autre c6té ils comptaient sur li forte portion de leur tle, sur leurs taiojens de défense , «nfii sur. leurs colons, les Cartbeginois.

-a M. de Sainte -Croix a fait des recherches critiques fort exactes sur le siège de Tjr, mais nous différons d'opjnions sur quelques points; et surtout nous interprétons différemment les passages des pères db TÉgUse , dont il se prévaut. Ces pères n^avalent pas , sur le siège de Tjr par les Ass^rriens et les Babj-

issembléa. A leur grande surprise, lesTyriens Tirent akre une digue, et il devint possible de les attaquer a cÀté du riyage, tandis que, réunis aux Grecs, s vaisseaux phéniciens et la flotte de Cjpre leur sfvnaient l'accès de la mer. Les Tyriens ont d'autant lus de droits à notre admiration, qu'il y avait moins l'espoir de succès dans leur résistance : pendant sept lois ils arrêtèrent toute l'armée macédonienne , Lvalisant d'héroïsme et d'habileté avec les assaillans* Dos pendant ces sept mois l'indigne souveraia de e Taste empire ne sut ni rassembler une armée, i entreprendre de déhvrer Tyr. Diodore raconte 38 moindres circonstances dé ce siège , il paraît Toir copié Clitarque mot à mot On peut s'en «pjponer à lui , quand il dit qu'Alexandre même cpnmiençait'à déseispérer de jalhais prendre la place,

onienSy d^aatres sources que nous. Ce qu^ils disent de la digue jsjrricK-babjlonienne , n^est que Texpression de leurs connais- ■nces de Fétat des lieux an temps où ils Tiraient. Mais on >eiit juger de Fencomb rement des sables à cette ëpoqUe par ette autre circonstance, que plus tard les croisas ne ^purent amaia tenir ouvert un fosse dont ils avaient coupé Fisthme bimé par la jetée d'Alexandre. Il suffira de rapporter les parole d'Arrien pour démontrer le néant de la digue assyrienne, et la Térité de nos idées à cet égard. Il dit, liv. II, cbap. 18 : EflT/ fi voçAfAoç nyaLyeU^ç ro ^»fiov, jèj râ f/iv Trpoç tjI

evSrn ri 'kiXu , het ro fietBvrenof rov hxTrXov , Tpi£v [MLKirrei cpyvtSf ro fieiAoç*

et que tout le conseil de guerrp roulait qu'on abandonnât l'entreprise pour marcher en Egypte*. Le soû Amyntas, fils d'Andromène, pensait avec Alexandre qu'il fallait tenter un dernier assaut, et ce. fut cet assaut qui réussit ^ A l'exception dé vingtMleux miik hommes nécessaires à la défense, toute la populatici de Tyr s'qtait enfuie par le secours des,CarthLajgin(H& Arrien prétend que huit mille Tyriens perdirent la vie, que trente mille furent vendus, et que les 3idoniens en sauvèrent quinze mille : mais le redit de Diodore nous paraît plus vraisemblable ; car il explique comxoent il arriva que, peu de temps après, Tyr put redevenir aussi florissante qu'elle l'était auparavant La Judée, aiiisi que cela r^ulte de ce qœ dit Arrien, s'était soumise pendan,tle siège ^ et dans une de ses expéjditions , Alexandre lui-mènie était allé occuper l'Antiliban et se^ défilés : il marcha donc droit vers l'Egypte. Bétis, qui commandait à Gaza , ne crut pas devoir livrer sa place avec la même légèreté que les autres officiers persans : il s'y défendit deux mois ^. Le sous-gouverneur , à la vérité , ne profita guère du temps que lui laissait

cette résistance 3 mais il faut se rappeler qu'il n'avait

1 Juin 33a.

a. Après la conquête qu'yen fit Alexandre, la population fut renouTelée , les anciens habitans ayant péri victimes de leur valeur. Gaza demeura une place importante. M. de Sainte- Croix , pag. 385, rectifie une erreur de Strabon à cet égard.

que peu de Perses sous ses ordres, les troupes stationnées ordinairement dans ce pays ayant cornliâttta à Issus sous la conduite du satrape. Les Ég^p-> tiens d'ailleurs étaient fort mécoiitens de la dernière expédition qu^vait Ëdte chez eut fie roi Ochos avec ion favori Bagoas, et quant aux mercenaires grecs y on s'y .fiait peu depuis la tentative d'Amyntas pour s'emparer de l'Egypte. Aussi le sous-satrape Makarès: n'.essaya pas même de combattre Alexandre ; il le reçut amicalement, lorsqu'à laf fin de Tannée > il vint en Egypte, où il s'était fait précéder de sa flotte* Le roi ne voulait pas perdre un i;pstant; il fallait bien que la hante Egypte isuivît le sort de la basse , et il suffisait de là possession de Siwah, alors appelé Aminonium, pour être maître dé tout le commerce des. régions supérieures. Alexandre n'alla donc que jusqu'à Memphis; de là il redesceijidit le Nil jusqu'à la, mer , où il choisit un terrain convenable à la fondation d'une capitale de ce pays^, qui désormais devait avoir, avec le reste du monde', des relations plus suivies : lui-même il posa les premières fondations de cette ville, qui est le plus sûr monument de sa gloire, de cette ville si imposante dans l'histoire de la civilisation humaine, de cette ville, enfin, qui a opéré la réimion delà philosophie de l'Egypte et dé celle de la Grèce, qu'on voit toutes deux dominer la littératiure de l'époque suivante.

(4So)

Alexandre partit des environs du lac Mœris aitej des troupes choisies, et marchant par Paraetomna le IcHig du rivage , il pénétra dans le désert jusqifaii temple célèbre , autour duquel s'était formé un ém qui était ind^>endant de l'Egypte. Cette expédiidai n'a rien d'étonnant , quand on songe à rimportaM que ce roi mettait aux présages, aux oracles, am prodiges ; il s'en servait admirablement pour agjr sur les esprits d'un peuple superstitieux. Il &ut le rappeler aussi, que l'Oasis du désert avait , au nâ' lieu des sables, une prépondérance politique bien autrement grande que son étendue ne le con^ioitait par elle-même ^. Les anciens généraux de Philippe sourirent d'abord de l'usage qu'il fit de Forade de Jupiter Ammon , c'est ainsi que les Grecs appelaient VAmmon-rè; mais bientôt leur mécontentement éclata plus sérieusement ^ quand ils virent que leur roi voulait s'en appuyer pour introduire à sa cour le cérémoniel persan. U avait eu soin de se Ëdrt déclarer demi-dieu, et bien que déjà ce même orack eût dit de Lycurgue qu'on ne savait s'il convenait de l'appeler homme ou dieu, les MacédcHiiens en voulurent à leur roi d'une chose que, dans là suite,

1 Vojei la géographie de Rittér, a.* édit. , pag. 880-S84» et pag. 1010. Il j est ^esden de rancien ëtat des Oasis, et surtoat de ce que Ton sait de Texpëditioii d^Alexandre. Vojei aussi ce q«e nous ayons dit dans notre section de rhistoirf d^ÉgjTpte ) et notamment en ce ^ui concerne $iwah<

(45i) ils supportèrent avec la plus grande patience de la part des derniers des Ptolémées. Les prêtres égyp^ tiens ne manquèrent jamais de faire des dieux de tous les rois grecs et des membres de leurs familles ; c'est pourquoi l'épithète de dieu est toujours à côté de leurs noms sur les monumens. De retour de l'oracle, Alexandre se rendit à Memphis par le chemin le plus court II sut, avec une rare sagacité, prendre les dispositions les plus conv^iables à la fois aux intérêts de sa puissance , aux Égyptiens et aux Grecs établis dans leur pays. Toutefois il ne fut pas très -heureux dans le choix qu'il fit de Geo- • mène pour l'administrer. Arrien dit expressément que les Romains , sachant combieu J^'Égypte se pouyj^t facilement défendre contre les ennemis dé Textérieur , suivirent l'exemple d'Alexandre , prirent part à l'administration de la justice , de la guerre et des finances,. laissèrent aux indigènes des droits très - importans , çt n'établirent point de sénateur x*omain pour gouverneur ^. Le roi de Macédoine donna aux Égyptiens des nomarques ou préfets des :iiomes, choisis dans leur propre nation;, il employa les Grecs dans l'administration des finances ^et partagea la puissance militaire entre deux Macé-*

i M. de Sainte-Croix est injuste enrers Arrien , qui ne yéut point dire que les Romains ayaient pris les mémês dispositions mi'Alexandre , mais seulement qu^une solUcitade semblable amena des dispositions semblables.

douiens ^ Alexandre reçut en Egypte de nouveaux renforts ^ il ne pouvait plus en manquer , ayant désormais assez d'argent pour satisfaire la cupidité des mercenaires grecs. Enfin il précipita sa marche vers le roi de Perse, qui avait réuni dans l'intérieur de son empire toutes les forces dont il pouvait disposer.

Pour bien comprendre le récit de Fexpéditîoii d'Alexandre, il faut choisir pour teip^e de comparaison les exploits de Feroand G^rtès ou de Pizarre contre le Mexique et le Pérou, ou, bien la guerre

I Arrien , Ht. III, eb. 5. Voici comme il arrangea les affiûtes d'Egypte : il nomma deux Égjrptiens potir nomarqaes de toute la contrée qu'il Itnt assigna ; ce furent Pétisis et Doloaspii. Pétisis ayant refusé d'exercer sa charge , Doloaspis gouyeru tout le pays à lui seul. Il donna aux diverses garnisons des che£i tirés de sa garde : k Memphis ce fut Pantaléon de Pjrdna; k Pelouse, Polémon de Pella, fils de Mégaclès. Il mit rÉtolien Lycidas k la tête des mercenaires, et chargea Ëngnoste, fils de Xénophon , du soin de l'administration militaire de ce corps. Il fit inspecteurs (jtTTiO'KOTrôvç) Elschyle et Éphippus, fill de Chalcideus. La Lybie , voisine de l'Egypte , fut donnée ï Apollonius, fils de Charinus; le pays de l^est jusqu'au golfe arabique, et celui d'Héroopolis , furent confiés à Gléomèoe de Naucrate. Alexandre lui recommanda de laisser en place les chefs des divers nomes, et.de maintenir l'impôt sur l'ancien pied Les chefs des troupes restées en Egypte furent

Peucestes , fils de Macartatus , et Balacros , fils d'Amy ntis : Polémon , fils de Théramène , fut désigné pour commander les vaisseau^L.

ss Anglais dans llnde. On y voit aussi d'innomables masses de peuples sans force morale, sans ^nnaissances militaires, et ces masses fuient de ^^s ême devant un petit nombre de guerriers exercés yaillans , quoiqu'elles aient à défendre contre IX le sol natal. En l'absence absolue d'auteurs mtemporains , il est difficile de savoir quels lient les combinaisons des Perses ; mais l'exécum en fut aussi mauvaise que possible. Mazaeus t envoyé pour empêcher les Macédoniens de ^ser l'Euphrate, et quoique le pont de .Thap- ^e fut rompu, il prend la fuite sans même îayer d'arrêter l'ennemi. Un autre chef devait sputer le passage du Tigre; néanmoins, pendant L*Alexandi!Ç exécute un traj[et fort dangereux dïms 01 ^TO où il eût été aisé de lui résister , le général *maB s'amuse à ravager les environs du fleuve. In d'ôter à . l'ennemi les moyens de subsister. icîus espérait , mais en vain , attirer son adverre 'dans le" désert , où , plus tard , périrent Crass e\ son armée. Alexandre marcha à travers le y s appelé aujourd'hui Diarbekr, et dans le voilage du grand Zeb , au pied des monts arméeus et curdiens, il rencontra Darius, qui luiêmc lui présenta la bataille qu'il désirait si ar- ^nunent On rapporte qu'en ce lieu, c'est-à-dire, rès de Gangaméla et d'Arbèle, Darius opposa* im lillion d'hommes à une armée qui n'avait tout H. a8

au plus que cinquante mille combattans ^. celte immense différence de nombre ^ Alexanditlsu conipuit tellement sur la victoire , qu'il sVndonmt d un sommeil fort paisible peu avant d'engager Faction. Il rejeta même la proposition de surprendre l'ennemi par une attaque rapide et impétueuse, proposition que venait de ' lui faire sou meilleoi général Le roi craignait de perdre par la l'honneor de la journée^. Si l'énumération de l'année persane, telle que nous la lisons dans les auteurs, est vraki

1 Octobre 33 1.

!i Plutarque (Alexandre, chap. 3i) jnge fort sainemeatU cbose. Qainte-Carce , guidé , foit par Clitarque , soit par Callisthènc , ne laisse jamais passer ces sortes dii tmits ^ H présentent en foule dans la ^ie d^Alexandre , ou que les écii- Taîns y ont adaptés. Cet auteur fait répondre Alexandre, qtt dit à Parménion et à Polysperchon , Ht. IV, cfa. i3 : LatruM»* lorum et furuvn ista soUrtia est , (jumm prœcipitîs mihi^ 1^?f^ illorum votum unicutn est f altère, Mtœ vero gloriœ temptrûâ ahsentiam. Darii , aut angustias locorum , aut furtum Met ohstare non patiarj palam luce aggredi certum est. 3îaUu fortunœ pœniteat , quant victoriœ pudeat. uid hœc illud (juif que accedit , etc.

Les Perses, dans leurs histoires d^Alexaiidre ,. suivaient ansd Clitarque et Callisthène : dans leurs traditions ce prince fà toujours noble et grand. Malcolm , History of Persia , p. 'il}' The Scander of the Persian page is a model of every vuW and ofevery great qualitjr that can eleùate a human being •bov* his species wliHe his power and magnificence are always rtfi^ sented as heyond example in the 'world.

Alexandre avait de justes raisons de compter sur le succès. Il n y avait aucua mouvement régulier , «aucune exécution d'ordres à espérer d'un ramas de {)euples divers, et c'est de .là cependant que tout dépend à la guerre. La bataille fut gagnée , l'armée ded Perses fut dispersée , et Darius s'enfuit dans les provinces septentrionales , tandis qu'Alexandre le hâta d'aller prendre possession du midi de son empire. Babylone reçut, avec des démonstrations Je joie, le vainqueur, qui promettait de lui rendre M>n ancienne splendeur et son ancien culte ^ Peniant quil y était, Suze ouvrit ses portes à Phioxène : un trésor de pliis de deux cents millions it .tous les objets précieux de la couronne tombèrent au pouvoir des Macédoniens avec la dernère de ces villes.

Mais dans le temps même où il pénétrait ainsi laos l'inférieur de la Perse, les Lacédémoniens, [ui avaient à leur tête un roi entreprenant, lui susitaient en Grèce une guerre fort dangereuse : il ut j avec une habileté dont son père même se se-

I Arrien, liy. III, ch. 16. Arrivé à Babylone, Alexandre lYÎta les Babyloniens à rebâtir les temples renversés par lerxès, et principalement celai de Bélus, dieu qn^ils révèrent •ar-dessus tous les autres. Il s^entretint aussi avec les Chal- Léens , et fit tout ce qu^ils lui dirent de faire en matière de

sétémonies religieuses Il sacrifia afi dieu Bélus, seloR

Lears instructions.

rait fait gloire , gagner pour lui les Athéniei» cl les tenir éloignés de Sparte, et par là il prévint l'incendie qui menaçait de tout dévorer. Après la bataille du Granique, le roi avait donné aux Athéniens une partie du butin pour orner leun temples; après celle d'Issus il avait renvoyé , et même avec distinction, l'ambassadeur qu'ils dépêchaient à Darius , tandis qu'il avait retenu près 'de lui celui de Lacédémone. A son retour d'Égyj>te , il avait reçu dans Tyr Diophante et Achille , venus sur le Paralas , vaisseau de l'état , et leur avait rendu les prisonniers athéniens faits au passage du Grazuique; enfin, à la prise de-Suze, il eut soin de restituer à la cité les statueÀ d'Harmodius et.d'Arlstogiton , que Xerxès avait autrefois emportées , et qui désormais restèrent debout jusqu'au temps d'Arrîen , où on les voyait encore à Athènes. Alexandre réussit parfaitement à atteindre le but qu'il se proposait; Démosthènes lui-même, à -ce qu'il paraît par xm discours de Dinarque , n'excita point ses compatriotes à se joindre à l'entreprise d'Agis. Ce roi , après les avoir employés en Crète , ramena en Grèce les huit mille mercenaires échappés de la bataille d'Issus : il appela tout le Péloponèse aux armes. Dans le même temps un des aventuriers qui faisaient métier de la guerre , mais dont le nom est rapporté diversement, excitait la Thrâce à la révolte contre la Macédoine, et y formait une armée

ftssez considérable. Ântipater ne craignait point ces ennemis : c'était l'un ries deux anciens généraux envers lesquels Alexandre n'osa jamais se dispenser de la formule du salut , quand l'orgueil de la victoire la lui fit supprimer dans, toutes ses lettres* Â^ avait vingt-deux mille hcnnmes, parmi lesquels se trouvaient deux mille cavaliers; tous les états aristocratiques s'étaient réunis à lui, parce qu'ils étaient mécontens de la forme de gouvernement introduite sous la protection de la Macédoine : avec lapparence de la démocratie, le pouvoir appartenait; à des particuliers dévoués à cêite puissance ^ On se disposa donc à contraindre les autres états à entrer dans la ligue. Déjà l'armée confédérée était occupée au siège de Mégalopolis ^, lorsqu Antipater, après avoir autant que possible apaisé la Thrace ^ accourut avec quarante mille hommes dans le Pélo^ ponèse. De part et d'autre on désirait livrer promptement une bataille décisive; elle eut lieu immédiatement après l'arrivée du général macédonien , non loin de Mégalopolis , et la victoire fut sanglante :. Anti-

I Dinar^e, in Demosth. , pag. i56, édition de Belker, ^ anssi conservé Aiyoç dans le texte, quoi^u^il ait mis en note AyiS'oç qni est la conjecture de Wesselîng.

9 On ne sait pas pins ce qn^on aoit faire du corragon dans le discours d^cliine contre Ctésiphon, que ce que Ton doit enthidre par Vaigos de Dinarque.

pater ïa paya plus cher que ne contaient à Alexandre ses succès d'Asie. Agis lui-même tomba dans l'action ; mais Antipater craignant la jalousie d'Alexandre et les mouvemens des Thraces , ne pouvant d'ailleurs retenir long-temps une armée fassemblée avec peine ^ , se contenta d'obliger lès Spartiates à envoyer à Alexandre une humble Réputation pour faire leur soumission.

Ce roi voulait accomplir l'anéantissement de la dynastie persane; il allait successivement occuper toutes les capitales et toutes les résidences royales, en annonçant à, tout l'Oriei^t la conquête de h monarchie, qu'il ne présentait que comme un changement de dynastie. Il marcha donc de Babylone vers Suze , et de là pénétra au loin dans Fintérieur de l'empire jusqu'aux anciennes capitafles, ayant soin surtout d'aller à la ville sacrée , doi^t la vaste enceinte est voisine de Persépolîs. Pendant toutes ces marches il n'éprouva de résistance qtre dans les montagnes qui sont entre cette ville et Sure; encore ne fut-elle pas bien forte. Il ne fallut que trente jours pour accomplir ce voyage, pendant lequel il s'empara de trésors immenses. Au commencement de Fânnée suivante, il quitta Persépolis pour Echatane , où les rois faisaient leur résidence d'été.

•^immm

i Eschine , 1. cit. : o <ft ÂvriTroLrpoç ttoXvv ^porov crvfip

W ffTfOtTQTTfJ'oV»

il était resté quatre mois tant à Persépolis qua Pasagardes ^i où il avait organisé la nouvelle administration, de l'empire.

da route que suivit Alexandre, traverse l'ancienne Paratecène (c'est aujourd'hui la partie septentrionale de Fars et le pays dlrack) jusqu'aux montagnes d'Elwend , qui sont une branche de la chaîné de Loùristan , près de laquelle se trouve Hamadan , Tille qui a succédé à Ecbatane. De là sorte il a dû passer à l'endroit où est Ispahan et si l'on en excepte les montagnes voisines de cette ville , il tra-

1 Diodore rapporte aussi Thistoire de la courtisane Thai'Sy ^i aurait déterminé le roi. à brûler le palais de Persépolis. Plntarqne dit la m^me chose ^ mais au chap. 38 il ajoute que tons les témoignagnes s^accordent à teco^nnattre qn^il se repentît et fit de suite éteindre le feu. L^édtfice étant en grande partie composé de pierres et de quartiers de roc, on ne voit pas comment le feu aurait pu Tendommager. Mitford prétend aussi que le palais fut consumé : la tradition persane le disait de même ; mais nous n^ attachons pas plus d'importance qu^à un conte des mille et une nuit. Malcdlm, Historjr ofPtthia, vol, /» pag. a53. Persian authors ascribe this palace to Jcmsheed and thejr riame it his throne or Tukht. They add that Homaï, the danghter of ^rdisheer , greatljr improved this royal mansion ^ vmich she made her constant résidence , and that it was destrojred bjr Alexander. The citjr of Istàkhr , near which it stood^ long survivet the destruction of the throne of Jemsiheed, etc. Arrien , liy. III , ch. 17, fait brûler la citadelle de Persépolis par Alexandre, mais il ne mêle point Thaïs à cette affaire. Vojez Sainte-Croix, pag. 3'ii.

Tersait un pays de plaines. Ce chemin est évalué à trente jours de marche, Alexandre le parcourut en douze jours 3 car il espérait rencontrer encore à Ecbatane le malheureux Darius, qui était abandonné de ses propres parens. On avait faussement rapporté à Alexandre que les Cadusiens et les Scythes venaient de lui envoyer du secours, et qu'il se disposait à présenter la bataille ; mais le roi trouva Ecbaiane abandonnée ; Darius s'était enfui dans ses provinces du nord par le défilé que l'on nommait les parles caspiennes , défilé que les montagnes de la province de Mazendéran ouvrent au sud de Ja ville de Firuzkuh et du sommet du Dinavend. Après avoir pris les dispositions nécessaires pour l'adimnislration et Farmée, Alexandre se mit à sa poursuite. Cette fois encore les Perses négligèrent les défilés les plus aiséà à garder ; ils ne cherchèrent pas même à défendre les montagnes de Dschordschan ou Asterabad. Parvenu aux vastes plaines qui dont au-delà des montagnes de Chorasan- ou de k chiaine de Damavend, le roi de Macédoine apprit que rinfortuné Darius était traité en prisonnier par ses propres serviteurs. En vain Nabarzane , Bessus et Brazas (c'est ainsi que les Grecs appellent ceux qui s'étaient emparés de sa personne) essayèrent de se soustraire par la fiiite à la poursuite du vainqueur. Laissant derrière lui tout ce qui ne marchait pas assez rapidement, il fit, selon Plutarque, plus de

deux cents lieues en onze jours ^ Désespérant enfin dé pouvoir entraîner plus loin leur roi , les traîtres le blessèrent mortellement, et Alexandre ne l'atteignit que quelques insians avant ou quelques ins- :ans après qu'il eut rendu le dernier soupir.^

Dès-lors, et d après les idées qui gouvernent encore l'Orient, le conquérant ifut roi légitime j aussi e vit- on revêtu, dans les occasions solennelles, l'une partie des ornemens royaux ; il se déclara le irotecteur de la famille de Daiius, à laquelle il 'unit par le mariage ; enfin il se fit le vengeur du Qeurtre commis sur sa personne. Bessus était satn^pe le la Bactriane, qui est aujourd'hui le pays de lalkh , sur le côté méridional de l'Oxus ou Amu. a Sogdiane, qui est de nos jours le pays de Boihara, était au-delà du fleuve. U était diflicile de enquérir ce pays, couvert de montagnes et de brteress|B imprenables ; ses habitans belliqueux louvaient appeler à leur secours les hordes \oi- Loes, toujours prêtes au combat. Il fallait, pour ompléter la victoire d'Alexandre, qu'il poursuivît ressus ; rien ne l'arrêta : il occupa THyrcanie et B pays des Parthes où sont les Dahesj c'est la

1 L^impossibilité du fait a dobné beaucoup de peine aux inteiprétes. Sainte - Croix , pag. 3i8-334> ^ ^^^^ ^^ grands efforts pour rectifier ces indications.

»Jnilkt33o.

contrée qui de la mer Caspienne s'étend juscp' rOchus, ou fleuve Tedzem, dans le territoire ià Turcomans ; puis il prit la- Margiane sur le fleuve Moorghaab , pays qui est au nord du désert de Chomsan , et qui pénètre dans les montagnes a s'étendant à l'Est- jusque vers Hérat. De là il x dirigea au Sud jusqu'au lac de Zerrah, c'était l'aa. cien pays des Dranges et des Agriaspes. Pendatt cette expédition, il apprit que Dessus avait prli le nom d'Artaxerxe , et s'était fait reconnaître it» en Bactriane, en attendant qu'il reçût les troupes auxiliaires du désert. Alexandre était alors dans le désert de Seistan ,, il se dirigea dOnc à POuesl pour marcher vers les montagnes de l'Inde, et se tourna brusquement au Nord vers la Bactriane.

Au moment où il voulut faire remonter à son armée le fleuve Helmund ou Heirmund (VÉiyumdre des anciens), elle se livra àl" de viatens marmures^ non -seulement les Greci se plaignaient de l'ambition d'Alexandre, qui les entraînait à sa suite, $ans leur laisser aucun repos , mais sa politi({Qe et son système de gouvernement ne leur déplaisaient pas moins. Ils voulaient tous les avantages pour eux seuls. Alexandre, au contraire, agissait, plutôt en roi qu'en conquérant, et s'il nommait quelques Macédoniens au commandement militaire et à l'administration des finance^, il dioisissait ^ tout autant de gouverneurs et d'employés civils r

^rmi les Perses. Parménlon , l'un des plus antiens généraux de Philippe et qui jouissait d'une Considération égale à celle d'Antipater, s'était depuis long-temps brouillé avec Alexandre : il ne s'était pas entièremeiït acquitté de son devoir à la bataille d'Arbèle ; enfin , on l'avait laissé en Médie. Son fils , Philotas , homme d'Un orgueil insupportable , s*en trouva vivement blessé ; il ne faisait que leyanter; il ne parlait que de lui-même, affectant de mépriser Alexandre. On lui reprocha bientôt ■une conspiration , sur laquelle le roi ordonna d'informer. Traduit devant ses pairs, Philotas fiit déclaré coupable par eux : la défense lui fiit permise , on suivit les formes , l'arrêt fut exécuté pubhquement Quels que soient donc les doutes que Pon puisse conserver sur sa faute, il fut convaincu par des témoignages et selon les règles ordinaires; * «t, s'il y eut injustice dans le résultat, il n'en faut accuser que les IV^acédoniens qui prononcèrent la condamnation. Il en est autrement de ce qui concerne Parménion, qu'Alexandre enveloppa dans cette affaire, et, qu'à la manière de l'Orient, il fit tuer par des assassins, absolument comme l'empereur turc tcn agirait envers un de ses pachas. Ce meurtre fait époque, il marque yn changement total de conduite : ces exécutions sanglantes n'étaient pas sans rapport avec le mécontentement des ftlacédomens. Peu auparavant , Alexandre avait levé

trente mille Perses dans les provinces da nord pour les. exercer à la tactique et les incorporer à soi armée. Lui-même écrit à Ântipater combien il a] eu de peine à déterminer ses troupes à le suivre plus loin; Amyntas, Polémop, Âttâle et Simmitt devinrent suspects à l'occasion du procès de At lotas ; enfin , le vieil Antipater lui-même » quasi il en fiit informé , se ligua secrètement avec les Étoliens, pour pouvoir, en cas de besoin, «opposer la force à la force. ^

Alexandre depuis qiCïl fui roi de 'Perse jusqu^à

sa mort,

A partir du moment où le roi jugea que les préventions des Macédoniens étaient invincibles,

1 Première année de la lia.* oljtnpiade , Sag avant J. C Les indications des auteurs sont trop yagues pour que Toa puisse fixer chronologiquement les éyénemens des années 35o- 3^7 y pendant lesquelles Alexandre parcourut les contrées qû sVtend'ent de la mer Caspienne au pays dé B'élur et des mon' tagnes du Chorasan jusqu^en Tartarie. Souvent on raconte comiQC se succédant immédiatement , des faits qui ne peuvent être arrivés qu^à plusieurs mois d^intervalle. Voyez, sur le mécontentement des Macédoniens, Diod., liv. XVII, ch. 7{» et Plutarq. Alexand.*, cfaap. 47* Le récit le plus plausible de Taffaire de Pbilotas est celui de Diodore, liv. XVII, ch. 79» toute rintdgue j est clairemeAt développée.

On vit commencer Tinfluence de deux favoris : l'un ^6iait Éphestion, qui entrait dans ses vues sur la Conduite à tenir envers les Perses; l'autre, Cratère, qu'Alexandre employa plus particulièrement fians les affaires grecques et macédoniennes. Lors même que Ton ne jurait admettre qu'il se fît dans ses moeurs et dans ses idées un changement total, il faudra reconnaître qu'en perdant sa popularité, son caractère s'altéra. Quoiqu'il n'adoptât que pour l'apparence et momentanément des usages opposés à ses goûts, les Macédoniens lui reprochèrent l'introduction du cérémonial persan à sa cour, ainsi que le luxe efféminé du harem. ^

1 Diodore, liv. XVII, chap. 75. — — « Il se mit à imiter c la pompe et le luxe des rois asiatiques. D^abord il créa des c espèces de chambellans {ùet^oti^ovç /ifftstyêvtTç) ^ puis il c reçut dans sa garde des hommes pris dans les familles con** K sidérées, parmi lesquels se trouvait aussi Oxyathrès, le frère K de Darius j enfin il adopta le diadème , la robe blanche, K la ceinture et tout Thabillement des rois de Perse , à Pex-* (c ception des pantalons et du vêtement de pourpre (xtfvJVç, ic M. Schlosser paraît entendre par ce mot une sorte de tura ban). Il donna à sa suite des vétemens garnis de pourpre , « et fit orner les chevaux k la mode de Perse. ^ Diodore parle ensuite des femmes, puis il dit : «r Alexandre , à la vérité , a déploya rarement cette pompe , ordinairement il vivait selon « son ancienne coutume , de peur d^indisposer les Macédo- « niens. Il n^en fut pas moins Tobjet de leur critique^ pois « il chercha k les apaiser par des préseas. " ^

Ce qui les irrita le plus , fut Finstitution de cliar^ de cour confiées à des Perses. Le mécontentemgrt' de l'année engagea le roi à diviser le commandement de sa garde entre Éphestion et Clitus ; lââi bientôt lé premier obtint ce commandement poor lui seul. On vit ensuite arriver à la cour es flatteurs tels que le poète Agis et le philosopk Anaxarque ; et ils furent écoutés avec faveur.

Peut-être les marches pénibles quq Famiée faisait à travers les brûlantes régions de la Perse, contribuaient - elles beaucoup à son mécontentement D abord il la conduisit au sud du fleuve Helmund ouHeirmund (l'Étymandre) jusqu'aux monts Wuschuty ou Wamety, puis à l'Ouest, fott avant dans les montagnes de Dschisnah au pays des Afganes» qu'alors on appelait Arrachosie. De là il firanchit des montagnes couvertes de neige pour aller droit à Candahar et à Gour vers Balkh '. Il laissa sept

1 Alexandrie dans FArrachosie ^ 'c>st le point le ^las m^ ridional qu^Alexandre ait atteint vers le Baludschistan : il y laissa Ménon avec 4ooo Grecs. Il est 4îffîcil9 ^^ déterminée où était ce lieu, mais il est incontestable qu^il se trourait dans le pays de Saraiwan , car il y a une ouyerture dans la montagne, et le Lora s^écoule de la partie indienne de ce pajs. A un degré plus yers le Sud que. le Lora, le Sarawan esl sur le côté persan de la chaîlie ^ Kélat est sur le côté indien. Arrien dit, liy. III, chap. a8 , en termes exprés» qu^Alexandre prit pied dans Flnde. Voici ses expressions : tTrixit Si k» TUf I vSZv Tovç TTfoç^Cùpoyç /ipA^cijoiç*

mille Macédoniens, tous invalides, à Candahar ou Alexandrie, près du Caucase indien; car il avait le projet de partir de là ppur llnde ; puis il courut à la recherche de Bessus. Nous empruntons à Malcolra, historien de Perse, qui a rempU des foncions dans l'Inde et qui a beaucoup vu les pays occupés par Alexandre , l'indication des caractères généraux de ces pays.* A en juger par tout ce que rapportent les derniers voyageurs anglais sur la chaîne formidable des montagnes d'Hindukuh, elles rendent impraticable toute la région qui s'étend de Candahar sur Gour et jusqua Balkh. Les descriptions de Quinte- Curce et de Diodore n'ont donc

1 "Msilcolm , Hitt. ofPersia, toI. I, pag. 26a. «Le Chorasan possède beaucoup de ruines, et Balkh, où fut longtemps le siège de Vempire , en a bien plus encore. Ces pays ont été yisités fort peu jusqu^k présent, et cependant ils méritent Tattention des voyageurs. La principauté de Seistan, héréditaire dans la famille Austun , est maintenant pres<jue déserte \ mais des restes de grandes villes sur les bords fertiles dû Helmund en attestent assez Pancienne

splendeur. Les noms même des bourgades et des familles -viennent fortifier la tradition , qui veut que cette contrée, abandonnée à quelques misérables tribus qui se nourrissent la plupart de rapines , ait été jadis la superbe résidence des princes et des héros. Les contrées de Mekran et de Béaloutdschistan , voisines de celles-là , offrent peu de vestiges desquels on puisse conclure qu^elles sont jamais sorties df

^ rétat de tristesse et de Mjérilité auquel la nature seaibltt

^ les avoir condamnées. *

rien cTexagéré, dans ce qu'elles nous disent du passage de Tannée par le pays des Paropamisades, et les Macédoniens ont droit à toute notre adimntion. Sans aucune carte , sans le secours des invotions modernes , ils firent , dans des régions encoie plus élevées que nos Alpes , ce que les plus granh généraux de nos jours ont exécuté avec des mojm bien plus puissans. Bessus comptait que la difficahî des lieux , qu'il avait augmentée en éloignant tool moyen de subsistance, rebuterait les Macédoniens et les empêcherait de pénétrer dans sa province. Trompé dans son attente , il s'enfuit au-delà de FAniu, où l'on voit aujourd'hui a l'Ouest ]3ochan, et à Test le pays de Koukan , entouré de montagnes insurmontables; mais dès que Spit^onène et Dattpherne , qui étaient les plus puissans sur l'autre tin de rOxus, eurent appris qu'Alexandre avait passé ce fleuve (FAmu) et qu'il entrait en Sogdiane^ils se saisirent de Bessus , offrant de le livrer au vainqueur. Si le but de Spitamène , en trahissant m ami , était d'empêcher le conquérant de s'avaneer davantage, il fut déçu de cet espoir; car aussitôt après avoir puni Bessus * , il marcha vers Samarcande , où il ne resta que le temps nécessaire à ht remonte de sa cavalerie , afin de réparer dans ce pays, si riche en chevaux, les pertes considérables

i 3a8 au cpmmencement de Tannée.

le avait faites dans les montagnes. De Samare (Maracanda) il vint au Sihun ou Sir, que Qciens nommaient Jaxartes : la beauté, la fertilu pays, le déterminèrent à j établir une colonie; 3âtit une Alexandrie. Ceux qui savent de quelle )rtance furent, dans toutes les révolutions de e , les villes sur le Sir , telles que Koukan , dschend , Taschkend , Tunkat , reconnaîtront le était l'étendue des conceptions d'Alexandre, >mbien il avait le coup d'œil juste , alors même son amour de la gloire semblait Tentraîner trop . Il resta toute une année ^ aux environs du Sir e l'Amu, et il y demeura six mois. encore de

lée suivante, tant à cause des désordres que imène , lijgué avec les hordes belliqueuses du rt , suscitait sur ses derrières vers Zariaspa , lis appelé Bactra , qu'à raison de la facilité avec elle on pouvait dans ces provinces se procurer renseignemens sur l'Inde, et se livrer en même 3S à l'administration de la Perse et des pays ins de Kuphrate et du Tigre. La possession de ler Caspienne et l'établissement d'une route mire sur Hérat et Nischapur, ouvrirent des comlications entre toutes les. parties de la Persecandre jetait ainsi les bases d'une civilisation velle , inconnue à l'Asie , et dont on retrouve

les traces dans la littérature moderne de la Perse et de l'Inde , quoique l'imaginatioli des Orientaui l'ait rendue presque méconnaissable» Il fonda des \illes grecques dans un pays qui, jusqu^à nos jours, est demeuré le siège du commerce, des sciene» et des arts, et dont les caravanes .portent les pnduits de rinde jusqu'aux extrémités septentrional du monde vers la Sibérie et jusqu'aux limites de l'Orient,' à travers le nord de la Perse'. Pour garantir de tous côlés cette province, qui devint, après la mort d'Alexandre, la principale de Tempire

1 Quoique nons ayons eu recours , pour ce qui concerne la Perse orientale, aux cartes publiées en i8ao par Arrowsmith; nous ayons en tout consulta Malcolm et les autres cartes kl plus nouvelles. Justin fait bâtir douze Tilles par Alexanilii yers la Bactriane et la Sogdiane. Strabon n^en connaît que huit, édit. de Falcon. , liv. XI, pag. 7 53. Le Magasin asiatique , ou Revue géographique et historique de TAsie septeo' trionale et centrale de Klaproth , contient sar tout cela Itf détails les plus nouveaux et les meilleurs , ainsi qa^une tiM 1 chinoise de la Sogdiane. Une chose fort remarquable , c'est qu^on retrouve encore dans la tradition le souvenir d'*Alexaodit, bien qu^il ne soit ici question que d'^un conte. Vojage an Khôl* sand, entrepris en 181 3 et 181 4 par Philippe Nazarojr, iote^ prête au service du gouvernement russe , pag. 56. ^ Les nui* « sons de Marghilân sont construites en terre , elles n^ont ptf « de fenêtres. Les rues sont étroites ; on y voit un grand « nombre d^anciens monumens et de portiques ; plnsieors sont «• d'^un bon stvle d''archi lecture. Au centre de la ville s'élèrt K un édifice ressemblant à un temple ouvert, dans rintéii^sf

de Bàctriane, il lui fallut s'emparer de beaucoup de forteresses qui sont situées sur les sommets les plus inaccessibles de l'univers ^ Les historiens en nomment surtout trois : la première était défendue par Oxyarte, la seconde le fut long- temps par Choriène; enfin, la troisième est ce rocher que les Grecs nomment Aomos, inaccessible aux oiseaux; c'est le fort Talikan , sur la limite du pays de Budukschan , près du fleuve Furkhar.

Cependant l'altération qui s'opérait dans le caractère d'Alexandre devenait , dit-on , de plus en plus

« duquel est planté un- drapeau de soie rouge qui, suiyant la « tradition, a appartenu au Padishah Ickandar (Alexandre le « Macédonien). On raconte que ce conquérant, à son retour c de llnde , mourut dans ces steppes et qu'ail a été enterré « dans ces lieux. ** On voit que c^est un édifice du temps de Tempire de Bactriane.

1 Au midi de Balkh sont les montagnes d'^Hindukuh ; il y ■Tait jusqu^à Kabul des citadelles qu^Alexandre fut obligé de faire occuper pour être maître du défilé. Sans doute il ne pmt pas convenable d^entrer dans Plnde par Kabul , ou bien par Gonr et Bamian , probablement à cause de la chaîne formidable d^Hindukum , située précisément entre Kabul et le pajrs appelé aujourd^ui Kundez. Il préférait passer par Candaliar et Ghizni , et de là il établit une ligne de communication par Kabul yers la Bactriane. Au surplus, à en juger par S^ qn^on rapporte de ses diverses expéditions, il pouvait pé-^ aiétrer aussi vers Budukschan \ il paraît avoir atteint le pied de la chaîne nommée crcte de Pâmer, et qui, au Nord, fut «itaite appelée Bélur; à TOrient, Kara J^orum.

sensible. Toutefois nous allons examiner les faite en détail , car il s'agit du plus grand des monarques , d*un homme qui réunissait à la science , à l'amour des arts qui distinguent son temps , les qualités d'un héros, le caractère et l'élévation d'une ame royale. Les reproches qu'on lui fait, mériteoi donc qu'on les discute. Alexandre prit dans son extérieur quelque chose de persan; mais il était naturel que celui qui voulait unir les vainqueurs et les vaincus , déplut aux Macédoniens , qui ne songeaient qu'à l'oppression et au pillage. U voulait, dit-on, qu'on lui rendît le culte des dieux; cela est faux : il ne voulait que traiter les Perses à la mamëre des Perses ; et , sachant que l'Orient accordait à ses rois des honneurs divins i, il crût ne pouvoir mieux faire pour reconcilier les Grecs et les Perses , que de remettre en pratique les idées grecques sur les demi-dieux. Mais les Grecs capricieux lui refusèrent

1 Pour montrer combien Alexandre avait compris la naûoD h laquelle il avait afifaire, nous laisserons parler un homme qui lui-même fut ambassadeur à la cour de Perse. Malcolm, Histoij of Persia , vol. a , pag. i4i , dans la note. « Un des ce serviteurs de Nuscbirwan qui n^avait point parmi les tjrecf a le rang des premières classes , fut admis à la table de Jusa tinien. Si, comme je le crois, le caractère national à» « Perses n^a point changé, cela dut donner une très-mince a idée de ce prince à une nation qui se détermin& surtout pa( « ces petitesses iwho judge chieffy from thèse trifles).^

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ce que lôngt ans plus tard ils prodiguèrent san» hésiter à ses généraux et même à leurs femmes. Le roi , quç tant de flatteurs entouraient , n'était - il point excusable de s'en offenser ? On l'accuse d'avoir fait cruellement tourmenter Bessus ; mais en d'autres termes cda signifie qu'il le fit condamner selon les lois générales de la Perse , et certes il y avait de très -fortes raisons de ne point statuer d'exception en sa faveur. Il fit périr Clitus , dont la soeur avait été sa nourrice, et qui lui-même lui avait sauvé la vie au Granique.. Toutefois en lisant ce récit de la mort de Clitus dans les auteurs qui présentent cet événement sous les couleurs les plus dé&vorables , on ne peut s'empêcher de reconnaître que le roi fut plus grand dans cette occasion que dans aucune de ses campagnes. A table, en pré« sence des généraux , des gardes , des courtisans , le roi et son commensal s'entretiennent comme d'égal à égal : il n'y a pas là le moindre vestige de mœurs orientales , point de despotisme ; c'est un général heureux qui , dans la chaleur de la bois* son, se dispute avec un frère d'armes. Les autres chefs éloignent Clitus , dont la véhémence militaire est encore excitée par le vin ; mais il leur échappe , se précipite sur un roi que les fumées du vin échauffaient aussi; il l'offense de nouveau : alors seulement celui-ci arrache la lance des mains de son satellite pour en frapper l'offenseur. Qui pour-iv

rail se rcfiiser.à confirmer le jugement dePlutarque* ? Qui ne voit, dans le réveil subit d'Alexandre, dans le désespoir qui suivit immédiatement son action et dans son long repentir, la preuvç évidente que ce meurtre n'était point prémédité ?

On peut explûjuer au^si la persécution éprou* vée par Callisibène. Ce fait a précédé de peu deJ temps l'expédition de l'Inde : on rapporte qu'il y ibourut après une détention de sept mois. Comme lK>mme et comme philosophe, Callisthène n'est pas à l'abri du reproche^ Aristote, son parent, qui VavsÀt donné au roi ^ ^yant appris le rôle qu'iJ jouait à l'armée, dit hai;itement qu'il était fort bon rhéteur , mais qu'il était dépourvu de raisoji. Callisthène, en sa qualité de rhéteur, avait écrit les actions d'Alexandre : ses écrits, ceux de Clitarque et d'Onésicrite, sont devenus les sources de tous les mensonges et de toutes les exagérations ) aussi sont -ils justement décriés. En sa qualité de rhéteur encore , Callisthène affecta d'abord de faire le philosophe à la cour , mais bientôn

1 Phitarque , AUxand» , èhap. L. Peb de temps après arrita Paventure de Clitus qui , racontée nuement , est encore plas affligeante que Thistoire de Philotas. Mais à tout peser, à considérer les temps et les lieux , on voit que rien ne fut pré* médité , et qu^un mauvais destin a fait de Pivresse et de Péni' f oiteikient kt cause» de la mort du malhenreux Clkos*

À deyhil le dernier des flatteurs , jusqu'à ce qu'un homme, qui entendait la doctrine de Démocrite à peu près comme les Épicuriens entendirent celle d'Épâciire, se procurât à son tour les moyens d'ap^ prçcher Alexandre. Cet homme était Anaxarque d'Abdère, de tous les siophistes le plus détestable ^ et que, dans la suite, un prince de Çypre punit de la peine qui attend l'Uléma où le Mufti quand le Grand-sultan en est mécontent Anaxarque, pour la fiicilité de la parole, le disputait à Gallisthène^ et quant à la flatterie, le péripatéticien ne pou* vait s'abaisser autant que celui qui était accouru aux extrémités de la terre pour y briguer la faveur. Callisthène changea donc de conduite, de flatteur, il devint censeur sévère; il irrita le roi et ceux ^jui Fetitou^aient par une amerttnire et xmé ri^èùf plus déplacées eh lui qu^en tout autre. fiécïierchan£ la Êiveur des Macédoniens et des Grecs , il s'opposa comme eux, et en leur nom, au cérémoniel de la génuflexion ,• à laquelle Aleitandre n'ârttafchaic de prix qu'à éaùsé aès PérSès , et qui , daùs le fond , n aurait pas dû paraître plus signiâcative aux Grecs que ne le paraît aux chrétiens l'usage des Anglais de s'agenouiller devant leur roi. Plus le crédit de CaUisthëâe baissait , plu^ ôû topait , s'élever celui d' Anaxarque, dont ïes principes seront jugés quand on sau^a:que, pour consoler le roi après la mort de CUtus , il lui reprocha sa noble douleur et son beau

repeniîr, et qu'il osa même .préieridre et démontrer philosophiquement que les limites des choses permises aux hommes étaient uniquement déterminées par la nature et l'étendue de leur puissance *. Àusà -bas envers ceux dont il avait quelque chose à craindre, que superbe envers ceu^^ qu'il pouvait dôni ner^, cet homme pour lequel il n'y eut jamais de vérité fixe, cet Anaxarque, qui est devenu célèbre pour avoir été le maître de Pyrrhon , convenait bien mieux que Callisthène à des soldats grossiers et à des favoris corrompus. On conspira donc contre ce moraliste incommode ; on soutint que sa

1 Selon Plntarque, jilexand,^ ch.. LIL Ana^arqae , Tojant

le roi s^abandonner au désespoir î s^écria : « Est-ce là cet a Alexandre sur lequel la terre a les yeux attachés ? Il pleure, « il se lamente comme un esclave , et craint Jes lois et la a critique des hommes, lui qui devrait être et leur loi et leur « règle ? CTest pour régner, pour jouir de la puissance-, quHl « a vaincu, et non pour se laisser gouverner par de vaines « opinions. Ne sais-tu pas, continua-t-il , que la justice n^est « placée à côté du trône de Jupiter, que pour indiquer que « tout ce que fait le tout-puissant eSt légal et juste ? ^

a II invit» Alexandre , en présence de plusieurs personnes dont la vie s^en trouvait compromise, à se faire servir au dessert des têtes de princes' et de tyrans , et nommément celle de Kicocréon , prince ou tyran de Cypre. Pour se .venger, celui-ci le fit piler dans un mortier. Anaxarque, dans cette circonstance , déploya une fermeté digne d^une meilleure philosophie, ou, si Ton veut, d'un meilleur philosophe.

doctrine conduisait à Tinsubordiiiation, qu'il prêchait le régicide , et que par sa faute l'un des jeûnes gens qu'il instruisait avait attenté à la vie. d'Alexandre. Callisthène fut arrêté et le roi l'oublia. Ni Plutarque ni Strabon ne reprochent à Alexandre d'autres cruautés. Si Callisthène mourut misérablement, c'est qu'il était au pouvoir de ses ennemis , c'est que le roi ne s'en informa point, c'est que danà l'Inde une détention rigoureuse est par elle-même une peine de mort.

La fortune avait aveuglé Alexandre : depuis l'aventure de Callisthène, ses vrais amis furent effrayés, il ne fut plus entouré que d'hommes avides et corrompus : tels étaient le misérable sophiste et les poètes qui lui ressemblaient 5 enfin ^ tels étaient les courtisans de la Perse. Faut-il s'étonner si ce prince si jeune, dont les momens étaient partagés entre leô travaux de la plus rigoureuse application et les plaisirs les plus désordonnés, ne sut point résister a cette épreuve ? La grandeur de son entreprise et le bonheur qui l'accompagna jusque dans les déserts de la Gédrosie , suffisaient pour lui inspirer l'idée qu'il était le favori de la divinité. Les poètes, les courtisans , comme les philosophes et les sa- 'vans , le confirmaient dans cette idée. Ce fiirent eux aussi qui , retrouvant le 'lierre et la vigne après les avoir perdus de vue dans les . montagnes et dans les premiers cantons de l'Inde , déclarèrent que ce

lieu était la pal!tîe de Bacchus , et se servirent d Iiabitans du pays pour mieux se jouer de leur roi: sur les montagnes septentrionales , d'où s'écouki l'Indus , il prend Tune des plus inaccessibles foit^ cesses du pays (Âomos), et tout aussitôt on a swâ de dire que dans la plus haute antiquité Hercçjb a trois fois échoué devant cette place ^ on y loj^ jusqu'à Prométhée.

On peut suivre assez bien la marche d'Alexandre à travers les montagnes. Il y a lieu de croire que déjà les Perses avaient été maîtres de ces contrées, et que le roi, avant d'y entrer, entretenait des mtelligenoes avec un prince dont il mit ensmle le fils sur le trône. Il pensait peut-être que le chemlii le plus eourt , celui de Bamian à Cabul , était trcf difficile; car il prit celui qui va du nlidi de la pro^ vince de Balkh, de Ghoraut à Candali^r, cl le parcourut en dix jours. Après cela il rcfmonta le fleuve Urgundeb vers Ghizni, que ses Grecs app^ent Kiza, et vers Cabul' ou Arigœutn; puis il suivki? fleuve Cabul que les anciens nOnnnent Cophès, et j descendit jusqu'à son confluent ayec l'Endus auprès (« d'Attoc , qui est la Taxila des anciens ^. Ici il r&t-

1 Cela n^e^t pas entièrement exact ; Ghiznî n^est pas Faih cienne Njza j mais ces deux yilles étaient fort voisines. Ghiinir Jadis le siège de Pei^pire le plus florissant , n^èst plus qu^one misérable bourgade. Le fleure voisin est le Cophés des <&' j

^ntra les belliqueux montagnards de Flnde , sou* fe^à plusieurs petits princes. Quoique leurs mœurs dissent indiennes, ils différaient beaucoup des peu- Sdes du Gange. On sait que la féodalité et le vas- ■dage sont indigènes dans ce pays. Accoutumés ^'ik étaient à combattre des Perses efféminés et des njets d'un empire en décadence , les Grecs furent urpris de trouver enfin des peuples qui leur oppoaient une vive résistance et qui faisaient preuve en néme temps d'un courage passifs, qu'on ne peut àttnbaer qu'à la relijgion de cette nation. Aussi vit-* Dn AJexandre , dont le caractère pendant cette expédition commence à se montrer sous un jour défa-

Eens, fpjie les Anglais nomment Cow. Il se jette dans le Cabul, e Punjschîr Tient du Nord se joindre à eux, et ces fleuyef éanis portent le nom de Cabul. A proprement parler c^est » Panyschir qui est le Cophès j cependant les anciens em-» loient'le même nom pour le Cabul.

1 MalcoliA nous en donne la preuve bien positive dans ce |ii^ dit des incursions des sultans de Gaznavidi. Rien n^est tins propre à faire comprendre les campagnes d^Alexandre, pe les entreprises du grand sultan Mahmoud, après Tan mille ie Père chrétienne. Il venait des mêmes contrées , mais il RdTit un plan tout opposé. Alexandre protégeait , tolérait , recevait àes soumissions , maintenait les usages du pa^rs ; mais le Persan fanatique faisait directement le contraire. Les provinces indiennes d^Alexandre demeurèrent unies à Tempire fitc-persan \ elles en composaient la portion la plus fidèle ; 1t puissance de Mahmoud sMcronla dès que son sabre et celui

^e Mm fils forent bxiiés.

vorable , sévir cTune manière cruelle contre Id moines et les pénitenciers , qui sont les maîtres ft les philosophes dç l'Inde. On n'entend plus parler de traîtres, de généraux, qui abandonnent leur souverain pour devenir, dans leur propre patrie, ks instrumens du vainqueur, et lui livrer des forteresses comme Mithrinès Favait fait à Sardes. Alexandre ne s'arrêta point assez long -temps dans llnde pour apprendre , qu'en redoutant moins la mort que les Européens, les Indiens manquent cependant de toutes les qualités militaires. Aigri par la résistance qu'il éprouvait de la part d'hommes exercés qui se vendaient pour faire le métier de la guerre, et dont l'Inde est encore remplie de nos jours ; irrité du ^èle patriotique de la classe lettrée dont les lois gouvernaient le pays , Alexandre devint injuste et cruel ; il indisposa à la fois et son armée et les habitans. Nous avons déjà dit que de Candahar à l'Indus, ou jusqu'au pays du roi qoî avait envoyé une ambassade à Alexandre pendant qu'il faisait la guerre sur les' bords de rAma,ï y eut de tout temps des tribus qui avaient quelque chose du caractère indien , mais qui différaient essentiellement des tribus du sud. U paraît qu'au temps d'Alexandre il en était de même entre le Setledsch et l'Indus ^ ; car bien que les notions

1 Malcolm y Hût. ofPtrs,^ paç. 319, BOt«.

ni nous ont été transmises sur son expédition Ment défectueuses ^ , on n'aurait pas manqué de MIS parler des idoles, des grandes pagodes^.

La littérature de Flnde nous laisse absolument sans se- 1. A cet cgard Mill, dans son llistorjr of British India , I, p. i4^» ft f'^i^ de Tains efforts pour en tirer quelque que Ton pût ajouter à ce que nous connaissons. ^ Les Ions modernes, qui veulent tout savoir, se prétendent instruits quand on les interroge sur Texpédition d^Akdre. Ils disent qu'ail livra une bataille à Tempereur de , près de Delhi ; mais que , quoique vainqueur , iJI » ictira de suite en Perse et repassa les montagnes. * M possèdent donc pas m^me de version mensongère sur ■émorable navigation qu^Alexandre fit sur Tlndus, et à le fl employa plusieurs mois. Quant à la tradition qui maintenue dans les provinces du nord, elle se réduit h peu de chose. Mill dit qu^une famille de rajahs soutient descendue d'un prince dont le nom a quelque ressemavec celai de Porus , et les Européens conjecturent ce pourrait être le même. Un autre fait, c^est cjue les voisines de la Bactriane passent pour être issues de laisses dans ce pays par Alexandre. On voit que Mill laacone idée de ce qu'était Tcmpirc de Bactriane, ni de ntension vers llnde.

Le sultan Mahmoud , k son entrée dans Tlnde , éprouva i*sa Setledsch la même résistance. Dans ses premiôrcs ions U n'est point parlé de pagodes , bien qu'il soit )n .d'idole* magnifiquement ornées, et qu'en s'emparant la forteresse de Bheemgur il y ait pris d'immenses trésors. Mule pagode importante dont on fasse mention, est Na- , toat.prâa des monts septentrionaux et de Beyahi ire ne trouva pas d'idoles Ornées de pierres précieuses

des écoles publiques et des institutions qui ^y trouvaient au temps des Séleucides , si eUes j eussent été dès*lors;. car on nous a entretenus des Bramines, des sectaires de Buddha, des pénitenciers , des castes et de beaucoup d'autres choses sur lesquelles Strabon et Arrien nous ont'foum des renseignemens dont nous ayons &it usage dam la section de l'Inde.

On rapporte qu'Alexandre fut obligé de faire faire lui-même les chemins qu'il suivit , et que les routes frayées ne commençaient alors que dans la province arrosée par la Dschumna. La grande capitale était à une telle distance de l'Indus, qu'il aurait fallu environ trois mois pour y parvenir avec une armée ^ Le rajah Taxile , rami d'A-

ni de richesses remarquables; il n^ ayait pas de temples da tout. Mahmoud fut obligé de pénétrer à plus de garante lietes au-delà de Delhi pour piller la célèbre pagode de Tannasser. Huttra, qu^il prit ensuite, est entre Delhi et Agra, sur la mi droite de la Dschumna, et ce fut, comme on sait, à Gusanti qu^il fit le plus grand butin. Il est facile de se conTaîncre croc depuis Alexandre la civilisation Indienne et le bramanisme se sont répandus plus au Nord.

1 On croit retrouver Fancienne Palibothra dans la titfe moderne de Cannouge, et Malcolm, vol. I , pag. 3a8, dit que c^jsst à cause de Pétendue, de la grandeur, de la magnificence que lui attribuent les histoires indiennes. Elle est à une demi" lieue du Gange , sou^ le 80° i3' de longitude orientale , et sous Is a^* â' de latitude septentrionale»

léxandre, était entouré d'un grand nombre d'états indépendans; le conquérant n'épargna ni temps ni peine pour soumettre ces petits étJtts et ces villes et pour y porter la civilisation grecque^ Afin de mieux réussir, il pérétra dans les montagnes d'Hindukuh, d'où le fleuve Kaschgar ou Kameh sort uni avec le Schischah; il prit dans ces con^ trées, Ora, Dyrta, Massaga, et en même temps il s'empara, de l'autre côté, d'un fort redoutable sur les sommets de la chaîne, qui forme ]p. limite orientale de la Perse, et pousse l'une de ses brandies jusque vers l'Indus. Jamais sa vie n'avait été plus exposée , jamais il n'avait tant payé de sa personne. Il trouva le Pantschab à peu près dans l'état où il est aujourd'hui. De même qu'il y a maintenant des Seiks ou Siiks qui sont répandus parmi les Hindous , de mémo on voit dans les rapports de l'expédition d'Alexandre des élémens d'une population hétérogène mêlés à celle qui porte le caractère indien ^ Nous trouvons ici beaucoup d'états libres avec un régime militairement aristocratique, qui demeura toujours inconnu à l'Indç

1 Nous ne parlons ici que des histoires d^Alexandre; plus tard, quand Séleucus étendit sa puissance jusqu^au Gange , . quand des navigateurs de PÉgypte parcoururent les côtes, on changea dUdée , c^est à quoi Mill n^a point songé (yol. I, pag. i46).

proprement dite. Le passage de Tlndus et la marde jusqu au Béhut n'offrit point de difficultés ; car ces contrées étaient soumises au prince qui ayait appelé Alexandre. Arrien se plaint de n'avoir dans ses auteurs rien qui concerne le passage de l'Indu. Nous pensons qu'il s'opéra sur un pont de bateaui. Celui du Béhut (Ihylum) fut plus difficile. Alexandre ! était arrivé sur les bords de l'Indus dans la saison des pluies; le souverain du pays enti-e le Béhut et le Tschen^ venait dej^ever une armée considérable contre lui. Tous les connaisseurs rangent parmi les plus grands exploits de l'antiquité , le passage du Tschenab ^ sous les yeux de l'ennemi , et la bataille inunédiatement hvrée au fils de Ponxs, qui avait déployé ses troupes sur l'autre rive. La science et la tactique de l'Europe l'emportèrent comme à l'ordinaire, quoique d'abord les éléphans, que . pour la première fois on faisait donner en grand nombre , eussent jeté quelque trouble parmi les Macédoniens. U n'est question dans tout cela,ju de cruautés ni d'injustices. Nous apprenons à cette occasion que les Indiens de ces contrées avaient peu d'or et n'offraient à l'avarice que bien peu d'appât; aussi les Macédoniens étaient -ils fort mécontens de ces marches , de ces batailles , de ces sièges,

q[u'il leur Mlait entreprendre sans cesse au milieu d'une population si nombreuse. ^

Alexandre gagna par sa générosité le roi Porus : il lui donna des villes et des principautés ; enfin , il chercha à établir «sa domination à peu près comme les Anglais voulurent d'-abord fonder la leur. Dans la suite, quand Séleucus entreprit une nouvelle expédition vers Tlnde , quand il protégea contre les prinf^es voisins le roi que les Grecs nomment Sandrocoitus , l'éyénement prouva que c'était ainsi qu'il couvenaât de se conduire , et l'on put faire encore la même observation, quand le troisième Âniiochus pénétra dans l'Inde. Alexandre ayant atteint les bords du Setledsch, sçs soldats entendirent parler d'un grand désert^ situé entre ce fleuve et la Dschum-

1 Arrien , liv. V, chap. 4- I^ parle du peu de richesses des Indiens ; il dit que la plupart sont hauts de cinq coudées , et qn^Iis ont le teint plus basané que tous les autres hommes , à Tezception des Nègres. Arrien s^est laissé entraîner à une exagération ridicule , en ce qui concerne la taille , soit que Ton prenne la coudée à i y^ ou k i pied 20 pouces. Plutarque trans- Ibnne Porus en géant ; k cheyal il avait Pair d^étre sur un éléphant 9 cependant il se home k le désigner ainsi : t^Vipoe/-

3 Arrien se tait sur cette circonstance, qui ne peut regarder qae les contrées qui sont au sud de Pembouchure du Beyah ^ns le Setledsch ; mais Diodore en parle , et Quinte - Curce la lui a empruntée en Parrangeant k sa. façon. Diodore, liy. ^Vlly chap. 93, Tol. II, pag. aSa. Il s'agit Ik d'une armée

nah , qu'ils prenaient pour le Gange. On leur Ëôsait des récils extraordinaires ^ur Tinmiense pôpulaùaii qui environne ce fleuve-, et sur ses éléphans exercés au combat. Alors leur eiaspération fut poussée à \d point que le roi craignit, s'il ordcrnnait de passer le Gange, qu'il n'y eût une désobéissance fbrmdlei ses ordres. Il convoqua donc les généraux, voulant leur inspirer pour ses projets un enthousiasme qu'ils communiqueraient, à leur tour, à l'armée. Alexandre ne pouvait d'ailleurs retii^r de ces expéditions d'autres avantages que ceux de son ambition : sa conduite envers Taxile et envers Porus démontre qu'il le comprenait parfaitement Ausâ le discours qu'il prononça et que Ptoléi&ée noas a transmis, manqua -t -il entièrement son efifi*. tout le monde garda le silence. Enfin l'un des gé- \ néraux de son père , le vieux Cœnus , qui mourut bientôt dans llnde , osa prendre la parole pour satisfaire à la volpnté du roi , qui exigeait une tiponse. Arrien a copié son discours dans lesioé- i^ moires de Ptolémée ^ c'est un véritable chef-d'œu^j ^ il règne autant de sagesse dans les vues de Cceniis, ^ autant de connaissance des circonstances dans le»;

de 3o,ooo cavaliers, 200,000 fantassins, aooo chars et 4^^J

éléphans. Plutarque donne an roi de ce pays 100,000 c«ff

liers, aoo,ooo fantassins, et il exagère tout dans la méisf proportion.

(467) quelles on se trouvait embarrassé , qu'il y a , dans ses paroles, de dévouement et d'admiration pour un monarque qu'il aimait Sans repousser la proportion d'Alexandre , il se borne à lui représenter que toute l'influence des chefs ne déterminerait pas l'ar- \née à s'avancer davantage.

La joie qu'eUe fit éclater quand Alexandre parut »e décider à la retraite, lui prouva combien le vieux général, avait dit vrai. Néanmoins il fit encore un essai : il feignit à la fois une maladie et un grand courroux , et ne laissa approcher de sa personne aucun de ses généraux , dans la pensée qu'ils changeraient les dispositions de l'armée. Quand il vit que ce moyen ne lui réussissait pas davantage, il ml enfin le parti de se retirer. Douze édifices en brme de tours, iiirent élevés pour marquer la limite ie ses conquêtes : il y fit célébrer des sacrifices iglennels ^ puis , pour éterniser la mémoire de sa présence dans le Pantschab, il y bâtit deux villes. ^ Poros, son ami, régnait par ses bienfaits jusque sur b fleuve Setledsch ; Taxile était son sujet et son Tsssal. Tout était donc organisé dans l'Inde. Le roi laissa des garnisons depuis Ghazna jusqu'à Cabul,

ft Ce sont Nicée et Bucéphalie , les seules qu^Alexandre ait

fondées au-delà fit Tlndus. Ce qui prouye d^ailleurs combien

^ixaàl peu de chose que la fondation de ces yilles , c'est que

^isson retour du Setledsch le roi trouva de grandes réparations

Haire, les pluies ayant occasioné de nombreux dégâts.

en -deçà de l'Indus, et il établit des gouverneurs, auxquels Taxile devait s'adresser en cas de besoin. Alexandre restait ainsi le maître de l'entrée du pays : tous les chemins étaient frayés, tous les forts que l'on réputait inexpugnables étaient occupés , et apris lui tous les conquérans , depuis Séleucus jusqu'à Nadir, revinrent en Perse par le chemin même qu'ils avaient parcouru pour entrer dans l'Inde ; car ils étaient avertis par les malheurs arrivés à Alexandre dans le Mécran. Mais ces malheurs furent compensés ; car son expédition ouvrit à l'univers de nouvelles communications et lui fit connaître la navigation de l'Indus. S'il paya cet avantage si cher , ce fut uniquement par suite de la malencontreuse idée qu'il eut de suivre les côtes. •

Comme il avait conquis les montagnes qui séparent la Perse de l'Inde, il voulut aussi les rendre accessibles du côté de cette contrée : il réduisit donc en province le pays qui s'étend de Multan à Tatta ( Patiala ) , et s'empara de toute la région qui est entre ces montagnes et llndus , en faisant lui-même plusieurs excursions depuis ce fleuve vers l'Est. Il avait occupé antérieurement le revers septentrional de cette chaîne du côté de Béludschistan ; désormais il la tourna du côté du Sud. Nul souverain de la Perse depuis Alexandre ne fiit msatre comme lui de tous les passages," de tous les forts: nul ne soumit comme lui les montagnards. U enleva en

quelque sorte cette muraille jetée par la nature entre les deux pays , et força même à l'obéissance les peuples voisins, tels que les Dahes, les Uxiens, les Cosséens.

Réunissant son armée sur les bords du Béhut, Alexandre donna à Porus tout le pays qui était audelà de ce fleuve^ ce pays renfermait au moins deux mille lieux d'habitation. Le roi fit ensuite marcher une partie de son armée le long de la rive occidentale de flndus, t^dis qu'il s'embarqua sur le Béhut avec le reste de ses troupes. Toutefois il ne put rassembler que quatre-vingts vaisseaux de trente rameurs, mais on lui amena une multitude de canots, et l'on construisit des radeaux propres au transport des chevaux. On désigna, pour monter cette flotte, tous ceux qui étaient nés sur les côtes de la mer Egée , sur la Propontide , à Cypre , en Phénicie ou en Egypte 5 car Alexandre méditait encore une autre navigation. Néarque , qui avait des connaissances en marine et qui était l'un des meilleurs généraux d'Alexandre, eut le commandement général, et Onésicrite conduisit le vaisseau qui portait le roi.^ L'expédition hasardeuse dans laquelle ce roi manqua

1 S'il en faut croire Arrien , ee fot pour Onésicrite Toccasion d'un mensonge de plus. Dans son livre sur Alexandre il se dit commandant de ce y aisseau , tandis qu'il n'en était me le pilote. Au même endroit il évalue à environ aooo le nombre des bàtimens de tout genre que réunit Alexandre..

(470) périr en attaquant la ville des Malles, n'était pas un simple rêve de Tambition égarée, comme l'avait été ridée de pénétrer jusqu'au Gange. Ce n'était pas non plus une extravagance que le projet de soumettre toute la région qui s'étend du confluent da Béhut et du Tschenab jusqu'à l'embouchure de rindus. Il est évident qu'Alexandre voulait , de la sorte , établir une communication de plus avec la Perse , comme il lavait déjà fait à Cabul. Les Perses arrivaient à larmée par une multitude de passages ouverts dans les montagnes d'Arachosie , et plus tard le roi put renvoyer Cratère qui retourna en Perse avec une partie de l'armée, en passant à travers le pays des Dranges et des Arachosiens.

On bâtit une Alexandrie chez les Oxydraques , à l'endroit où les cinq fleuves réunis se jettent dans rindus; on en bâtit deux autres encore plus au Sud, à des distances presque égales de celle-là: l'une fui construite dans le pays des Sogdes , et l'autre dans celui des Musicaniens. Si l'on y ajoute qu'Alexandre étabUt sur llndus inférieur Xylâwpolis et Barcé , on se convaincra que son intention était de s'assurer de tout lel cours du fleuve. U laissa Philippe , avec les Thraces et d'autres troupes , au nord du confluent des cinq fleuves; au sud , et jusqu'à l'embouchure de llndus , il soumit le pays à un gouverneur civil qui était Persan, et à un commandant militaire qui était Macédonien. Outre les

grandes vues qui honoraient à la fois son génie ^ , sa sagacité et l'excellence de son coup d'œil en fait de stratégie , Alexandre se distinguait encore par sa valeur, par sa force, par son habileté; il avait toutes les qualités chevaleresques, des héros d'Homère ou de ceux des croisades. Nous ne suivrons donc point l'exemple de ses généraux , qui l'accusèrent de s'être montré brave mal à propos, en exposant dans la ville des Malles sa vie, son armée entière, le sort de son empire et celui du monde : mieux que nous il connaissait les Macédoniens et les Grecs. Ils étaient trop pénétrés de leur Homère , pour qu'une action dans le genre de celles d'Achille ait pu demeurer sans prix à leurs yeux. On voit dans tous les rapports qu'on nous a laissés sur les traits d audace et sur les exploits personnels du roi , combieQ d'intérêt il savait inspirer par de semblables moyens , et quelle fut sur l'armée l'impression causée par la dangereuse blessure qu'il reçut.

1 II faut , pour juger de cette* communication , porter les jeux sur la carte. Dans le gouyemement de Philippe , les montagnes se rapprochent beaucoup de Tlndus, aussi Tancienne Amehosie s^étendait-eUe jusque-là. Le chemin du Pantschab restait donc ouvert au souverain de la Perse , pourvu que Philippe fût dans FAlexaudrie des Oxy^draques avec une forte année. Un peu plus au Sud se trouve le Sarawan , province qui occupe les deux revers des montagnes \ le Kutschgundawa et rihalawan sont limitrophes , et le Bélndschistan va jusqu'à rindus.

(472) Depuis le Multan jusqu'à rembouchtire de ITndus , l'Inde nous paraît divisée en un grand nombre d'états ennemis les uns des autres, et de quelque prestige que les auteurs veuillent entourer cette expédition , on n'en voit pas moins que la résistance fut presque nulle , et que la prise de possession du pays devint extrêmement facile. Dès qu'Alexandre fut arrivé dans le Scind ou Sinda , il. renvoya , sous le commandement de Cratère , une grande partie de son armée : elle traversa le Kutsch- Gundawa des modernes , et se rendit par Killat et Sarwan à l'Alexandrie de FArachosie et sur le fleuve Cora, d'où elle partit pour regagner l'Étymandre dans la Perse centrale ^ Cette division devait marcher le long du Helmund (l'Étymandre), et le redescendre jusqu'au lac Zerrah , puis traverser une petite partie du désert de Seistan , afin d'entrer dans le Kirman (la Carmanie), où le roi se proposait de la rejoindre, car il voulait y arriwr par la côte du Mécran et par le Cohistan. Il suffit d'un ccwp d'œil sur la carte pour concevoir la grandeur de ce plan , qui devait achever la découverte et la conquête de tous les. pays en-deçà de l'Indus, et consolider leurs relations avec leurs nouveaux maîtres grecs. Néarque était destiné à une autre expédition ; eptre l'embouchure du Tigre et celle

I Arrien, liy. VI, ch. 17,

de llnclus il devaîl explorer les ports , les côtes les baies et les fleuves. La navigation du Béhut et de rindus, et la guerre qu'il soutint pour la possession de ce fleuve , arrêtèrent Alexandre depuis Avril jus<ju'en Septembre ^ C'est le temps où s'élèvent les vents contraires qui rendent impossible le trajet qui sépare l'Indus de l'embouchure du Tigre. Néarque fut donc retenu, et ne put suivre le roi que plus tard 2. Tous les auteurs prétendent qu'en dirigeant sa marche à travers le désert de Mécran ou deGédrosie, Alexandre savait à quelles difficultés il s'exposait, mais qu'il voulait à toute force sur* passer et Sémiramis et Cyrus, qui y perdirent toute leur armée. Il n'était resté, dit-on, que vingt hommes de celle de Sémiramis , et de celle de Cyrus que sept. Néarque, cependant, qui devait être mieux instruit des pensées de son maître, soutient qu'Alexandre ne se faisait pas une juste idée dés embarras de ce trajet II y a de Tatta à Bunpur environ six degrés. Il Êdlut pendant soixante jours suivre les inflexions de la côte jusqu'à ce que l'on pût prendre une direc-

a On €onnatt le livre de Vincent sur la navigation de Néarqae; M.* de Sainte -Croix en a fait usage. Toutefois il ne faudrait pas s^abandonner sans réserve à Vincent. Les vents contraires dont il est question , sont ceux que Ton appelle mous* sons. Néarque n'attendit pas que ces vents fussent apaisés ; il partit avec ses trente- trois petits bâtimens, chacun de trente rameurs seulement : c'est pourquoi son vojage fat si long.

tion droite des montagnes vers le Nord. Tout cç chemin fut fait dans le désert ^ Une grande partie de l'armée et toutes les bêtes de somme succombèrent pendant ces soixante jours par TefTet de la cbaleur, de la soif, et de toute sorte de Êitigues et de malheurs imprévus ^. On perdit tout le bagage ($ tout le butin. Enfin, Ton arriva à Pura , capitale de la Gédrosie , ville qui est un peu plus au Nord que Bunpur dans le Kohistan. A partir de là , on parcourut une région qui est arrosée et cultivée en plusieurs endroits -, elle est au sud du désert de Kirman, au nord de celui de Bunpur, et s'étend jusqu'à la ville de Kirman , lancienne Carmanie. Alexandre réunit dans cette ville les gouverneurs des provinces les plus éloignées , depuis Ecbatane jusqu'à Alexandreschata (la dernière des Alexandries); il prononça des peines contre ceux qui, pendant son absence, avaient abusé de sa confiance. Là il fut rejoint par Cratère qui , avec sa division et ses éléphans , avait suivi un meilleur

1 Ce désert est arrosé par un nombre assez considérable de rivières de^montagnes, mais q[ui se dessèchent dans la saisoa des chaleurs.

a Arrien compte parmi ces malheurs la crue subite d'an fleuve au bord duquel campait Tarmée : on eut peine à échapper à rinondation. Plutarque dit qu^ Alexandre ne ramena pas le quart de son armée) à son départ il avait lao^ooo fantassins, 1 5,000 cavaliers.

chemin. Dès ce moment la marche d'Alexandre ressembla à mi triomphe. M alhem*eusement il voulut se refsdre de ses fatigues à sa manière , et après de grandes privations il voulut, selon l'usage des soldats et des marins, jouir doublement de tous les plaisirs. Il y eut fête sur fête , orgie sur orgie : ce Bit une mode que de boire immodérément lies romanesques historiens de ce conquérant en prennent occasion de représenter cette expédition comme une pompe théâtrale 3 ils font d'Alexandre un second Bacchus. Plutarque lui-même ne manque pas de relever de quelques traits l'effet de son tableau. Arrien , au contraire , rejette tout ce qui est aventureux : seulement il parle de sacrifices solennels , de jeux , de récompenses , en faisant remarquer que ces fêtes eurent lieu dès l'arrivée d'Alexandre à Carmanie, c'est-à-dire au terme de sa marche ^ Néarque, dont Arrien nous a conservé

1 Liy. VI , chap. aS. Il mit Peacestes au nombre des généraux qui étaient les gardes de sa personne,' déjà il Payait fait rouTemeur de la proyince appelée Persis^ mais à raison de i2L belle conduite dans la yille des Malles, fl yonlait Phonorer Encore ayant qu^l allit prendre possession de cette charge. [1 y ayait sept de ces généraux: Léonnatus, fils d^Antéas; Séphsestion , fils d^Amyntor ^ Lysimaque , fils d^Agathocle j Àrîstonus, fils de Paesaios, ceux-ci étaient de Pella; Perdiccas^ fils d^Oronte, du pays des Orestains; Ptolémée, fils de Lagus; et Pithon , fils de Cratéas de Cordée. Peucestes fut le huitième ; il ayait couyert le roi de son bouclier dans la yille des Malles.

la relation dans un livre séparé, fut récompensé royalement, quand, de retour de son voyage maritime vers l'embouchure du Tigre, il revint trouver le roi à Suze : il devait faire une expédition bien plus importante sous le rapport des découvertes, mais la mort d'Alexandre paralysa ce projet.

Pour revenir à Babylone, le chemin d'Alexandre était de passer à Passagardes, où il avait chargé Aristobule de grands travaux à exécuter dans le tombeau de Cyrus. Les historiens nous décrivent avec beaucoup de détails le bâtiment où reposait le fondateur de la dernière dynastie. Une famille sacerdotale en avait la garde; à certains jours elle célébrait des sacrifices, et les Perses regardaient cette institution comme la garantie de la durée de leur empire. Alexandre , qui ne voulait pas renverser, mais conserver la monarchie, n'avait point touché aux richesses que renfermait cet édifice. Quelle fut donc sa colère quand il trouva que ,tout avait été dévasté et pillé. On n'a jamais bien connu les auteurs de cet attentat : mis à la question , les mages gardiens du tombeau se refusèrent à toute explication. Il est vrai qu'Orxinus , cpii avait été quelque temps satrape, en fut accusé et qu'il périt victime de cette accusation cumulée avec plusieurs autres; mais il était aussi innocent sur ce point que Polymaque de Pella, qui fut accusé comme lui, et pareillement condamné à mort par

les intrigues de ses ennemis ^ A Suze comme à Carmanie, comme à Passagardes , Alexandre fit sévère justice de ceux qui, en son absence, avaient abusé de sa confiance.

A partir de ce moment le roi essaya d'opérer ime fusion entre la noblesse macédonienne et celle de la Perse. Il fit épouser à ses généraux des filles prises dans les meilleures familles, et lui-même, qui s'était uni d'abord à Roxane, fille d'Oxydarte de Bactriane, prit alors pour femme Barsine , la fille de Darius. * Il se fit plus de dix mille mariages de Macédoniens de moindre qualité. Les noces étaient célébrées avec une magnificence propre à annoncer solennellement l'union des deux peuples. Ce n'était pas tout encore, le roi dotait les femmes, princesses ou autres , aux dépens du trésor public. La nation persane et les compagnons d'armes d'Alexandre reçurent ces libéralités comme des marques de sa bienveillance, mais la masse de l'armée en jugeait autrement; elle ne voulait point partager avec les Perses les avan-

1 Strabon, lîv. XV, édit. de Falc, vol. II, pag. io35. On y peut voir des détails sur le monument de Gjrus. Athénée cite une inscription au moyen de laquelle Gyrus se rantait d^ayoir beaucoup bu sans jamais perdre la raison. Aristus^ de Salamine donne deux étages à Fédificej Onésicrite parle d'une tour à huit étages.

2 Cïç Xiyu ÂptçTofiovXoç , jlj (tXXnv Trpoç Tatirp rSif Cï^oif &vycirifeûv rnu vte^sirnv Uaftjffurty*

(478) tages de la guerre. Ce fut bien pis encore , lorsque le roi essaya d'incorporer les Perses aux autres troupes , et qu'il composa des corps de cayalerie et d'infanterie qui, sous des dénominations macédoniennes, comprenaient dans leurs rangs des Perses, des Parthes , des Bactriens et des Arachosiens. Les Macédoniens n'attendaient plus qu'une occasion àt faire éclater leur mécontentement , elle se présenta. Alexandre, pour se rendre de Suze à Babylone, crut devoir faire un détour, afin' de visiter les canaux et la cote : il méditait de très-grandes choses sur la navigation du golfe persique et du Tigre. A cette occasion il réunit toute l'armée sous le commandement d'Éphestion , et la fit camper sous les mms de Babylone , où il vint ensuite la passer en revue. Là il déclara qu'il allait renvoyer dans leur patrie et combler de présens , ceux qui avaient achevé leur service. Mais les soldats ne virent dans cette promesse qu'une ruse pour se défaire des plus remuans et pour donner plus d'influence aux étrangers*. Dès-lors les Grecs, comme les Macédoniens, annoncèrent hautement qu'ils rie serviraient plus,

1 Plutarqae y in jélexand, , ch. 7 1 . Cet auteur attribue ce mécontentement k une autre cause. Le roi , dit-U , était fort satisfait de la tenue et des manœuyres des trente miUe jeunes gens qu^il avait laissés à ses oiEciers macédoniens pour les instruire. Les soldats voyaient cela avec déplaisir , parce qu'ils pensaient que le roi ferait moins de cas d'eux.

( 479 ) et que le roi eût à se former une nouvelle armées Alexandre , en cette occurrence , se conduisit avec le calme et la prudence qu'on peut attendre d'un grand général. D'abord il se montra grave et sérieux, et parcourant les rangs avec les gardes de sa personne, sans éprouver aucune résistance, il fît saisir treize hommes qu'il regardait comme les instigateurs. Après cette preuve de fermeté il harangua la troupe , parla de son mérite et de celui de son père ; il dit que sans lui les Macédoniens ne seraient rien , et que désormais il pourrait bien se créer une force imposante sans leur concours; enfin il leur permit de s'en aller. On le vit alors désigner un certain nombre de Perses pour les traiter comme ses parens ; il leur permit l'accès de sa personne et le salut macédonien : on le vit aussi créer une cour et une armée nouvelle , et refuser de recevoir aucun Macédonien. Cette conduite lui réussit Les soldats vinrent offrir l'expression de leur repentir, en promettant de livrer les chefs de la sédition et de se soumettre à une obéissance sans bornes. Le roi ne poussa pas plus loin sa feinte : par le soin qu'il prit du sort des soldats congédiés , il montra qu'il était toujours le même pour les siens , et néanmoins il n'y eut aucune faiblesse dans sa conduite. Il employa la dernière année de sa vie en préparatifs contre l'Arabie et contre l'Occident , en dispositions pour l'embellissement de Babylone , sa nou-

velle capitale , en constructions de ports sur le golfe persique ; enfin , en soins divers pour réunir une flotte, n fit publier en Grèce une ordonnance qui portait que chaque état eût à reprendre ses exilés, et le crime d'Harpalus servit de prétexte à bannir Démosthènes d'Athènes. Le roi tenait d'autant plus à éviter qu'il n'y eût des troubles en Grèce, qui avait l'intention de rappeler Antipater.

Le crime tl'Harpalus est un de ceux qui prouvent le mieux combien les trésors de l'Orient influèrent d'une manière fâcheuse sur les mœurs. D'un côté la faction de Démosthènes et de Philocrate protégeait Harpalus par cupidité; de l'autre, la faction de Dinarque et de Stratoclès lui était, contraire par envie et par inimitié. Ce fut la crainte qui porta les Athéniens à bannir Démosthènes ei les siens : aussitôt que les circonstances changèrent, ik les rappelèrent II faut reprendre les choses de plus haut à l'égard d'Harpalus. Lorsque PhiUppe, s'unissant à une autre épouse, semblait vouloir éloigner Olympie et son fils avec elle, cet Harpalus et quelques autres Macédoniens de distinction * se déclarèrent si vivement pour Alexandre, qu'ils furent bannis. Ce (Jevait être pour le noble caractère de ce prince une raison de les traiter avec une Êiveur

1 Ptolémée fils de Lagus, Néarque, fils d^Androtimey Érigjos, fils de Larichus , et Laomédon , son frère.

particulière. Il ne m«inqua pas de le faire, et promut tous ceux qui s'étaient sacrifiés pour lui aux premiers, grades de l'armée. Ne pouvant y placer Harpalus, qui était contrefait , il le nomma son trésorier; mais avant la bataille d'Issus, et sans quon sache trop pourquoi , Harpalus s'enfuit d'Asie à Mtgare , où le roi lui fit offrir sa grâce. Il revint , et nonseulement la caisse lui fiit rendue, mais il eut encore la surveillance de tous les trésors que Parménion avait rassemblés à Ecbatane. Il ne paraît pas qu'Harpalus soit devenu coupable d'aucune infidélité > tant que Parménion administra la Médie; car le rang éoiinent de ce général, qui était, ainsi qu'Antipater, à la tête de l'empire, lui donnait toute l'autorité nécessaire pour surveiller le trésorier. Mais quand Parménion eut disparu, quand Alexandre fut dans la Bactriane et dans l'Inde, Harpalus ne put résister davantage à la tentation. Selon Strabon, il y avait cent quatre-vingt mille talens dans le trésor, c'est-à-dire un milliard environ. Harpalus, qui aimait les plaisirs et les femmes , déploya un luxe dont Athénée et Plutarque ont éternisé le souvenir. Cet homme s'est immortalisé dans les annales de la prodigalité et de la débauche par ses dépenses en batimens , en parures pour ses maîtresses , en recherche pour sa table. Il avait fait, en l'absence d'Alexandre , de telles délapidations , qu'à la nouvelle des exemples de justice sévère que le roi avait

Statues à Carmanie , à Persépolis et à Suze , il jugea prudent de prendre la fuite. Non -seulement il emporta une partie des sommes qui lui étaient confiées; mais il se fit suivre encore de troupes mercenaires , prétextant apparemment un ordre de conduiie son trésor en Europe sous bonne escorte. U s'embarqua donc pour la Grèce, et cherchant un asyle à Athènes, il laissa ses soldats dans le Péloponèse. Ayant annoncé qu'il voulait déposer dans le trésor pubUc une partie de l'argent qu'il apportait, il trouva protection dans cette cité. Afin de se mieux assurer, il corrompit par des présens les hommes les plus influens. Démosthènes^ lui-même fiit accusé par l'aréopage , dont il avait récenmieDt rétabli la considération , de s'être enrichi des trésors d'Harpalus '. Lorsqu'Antipater et Olympias réclamèrent l'extradition du coupable et des trésors détournés par lui, les Athéniens sacrifièrent leurs orateurs, et même Démosthènes; mais ils gardèrent l'argent sous prétexte de le remettre au roi hûmême; puis, après sa mort, ils l'employèrent pour leur propre compte dans la guerre j&amia^i/^. Quant

1 Dînarque, in Demosth, , pag. 171, édition de Bekker. Ob peut voir dans Athénée, Hy. VIII, pag. 34 1 , un fragmeat du comique Timoclès , qui ya plus loin encore dans ses accnsations. Au surplus nous ne citons ce que dit Dinarqne. qoe pour indiquer ce que la yraisemblance permettait de soutenir, ■et non comme un témoignage de vérité.

à Harpalus, il échappa à sa peine, mais il périt de la main d'un assassin.

Quoiqu'ils eussent banni Démosthènes par un décret public , les Athéniens cherchaient à exciter le mécontentement des Grecs sur ce qu'Alexandre se mêlait de leurs affaires intérieures et sur le rapr pel des exilés ; ils voulurent en profiter pour créer une ligue générale contre l'oppression macédonienne : ce fut l'origine de la. guerre Lamiaque, qui suivit la mort d'Alexandre. Au surplus les Grecs avaient , comme tous les peuples . d'Occident , en- ^ vojé des ambassadeurs pour flatter le vainqueur et lui décerner les honneurs divins , mais en même temps pour lui représenter que le retour des bannis ne pouvait manquer d'exciter les plus grands désordres. Le roi reçut ces représentations avec défaveur ; car il ne fit introduire les ambassadeurs qui en étaient chargés qu'après tous les autres ^ Pendant qu'il se livrait au plaisir de recevoir des dé-

1 Diod. de Sicile , liv. XVII, ch. ii3, vol. II, pag. a 49* On y voit qu''il vint des dépHtés de Carthage et des peuples qui habitent la côte jusqu^aux colonnes d^Hercule. Alexandre se fit donner là liste de tous les ambassadeurs, et détermina Perdre dans lequel il les recevrait : il mit en tête ceux qui Tenaient pour cause de cérémonies religieuses j en second lieu ceux qui apportaient des présens ; 3.*^ ceux qui venaient lui soumettre des contestations de frontières^ 4*^ ceux qui avaient k lui exposer des intérêts particuliers^ et 5.^ enfin, ceux qui lui étaient dépéchés à raison du rappel des bannis.

pûtes dont la seule présence attestait que sa gloire avait pénétré aux extrémités de la terre , des présages , des prédictions et la mort d'Éphestion , qu'il avait déclaré son favori, l'avertirent de la fragilité des grandeurs humaines et de Fincertitude de ses plans gigantesques. Cependant Alexandre ne se démentait pas ; il dirigeait lui-même Fadministration de son vaste empire; il conduisait tous les travaux propres à ramener dans TAssyrie et dans Babylone leur ancienne splendeur, et à rendre plus actives que jamais les communications au moyen des fleuves et des canaux. Au milieu de ses occupations il restait toujours Tami et le convive de ceux qui l'entouraient , et quoiqu'il fïit déjà malade , il accepta rinvitation que lui fit Médius , afin de ne le point affliger par un refus. Il n'y a nul doute qu'au milieu de ses travaux extraordinaires , le genre de vie auquel il se livrait ne dût lui devenir funeste Ses guerriers s'abandonnaient à la hoisson , si dasgiereuse par ses conséquences sous l'influence don climat chaud , et qui perdit Éphestion à la fleur de Fàge ; mais , malgré tous les témoignages des auteurs, il demeurera toujours douteux, qu'Alexandre lui-même ait accéléré sa fin par cette passion.'

1 Plutarque , Orat. de Jort, jiUx. , orat, IJ , cap, 6 , dit : II y avait de la verta , de la raison , de la tempéraDce dans Alexandre , auquel beaucoup de gens ont reproché de la àt- i.

Tout ce que nous savons , c'est que la mort remporta , après une courte maladie , avant même qu'il eût encore rien décidé sur la succession à l'empire. *

Etat politique de cette époque.

a) Républiijues de la Grèce ^ Syracuse j la Thesscdie.

Avant de nous occuper de la période monarchique de l'histoire grecque, accordons encore un coup d'œil aux états libres. Sous Philippe et sous Alexandre, Athènes prouvait par son exemple que les hommes et les états peuvent recevoir des sciences et de la Uttérature une importance aussi grande que celle qui est ordinairement le résultat de la puissance et de la richesse. Si l'on en excepte ce genre de gloire et le droit de distribuer la louange et le blâme, tes Athéniens avaient tout perdu; mais sous, ce rapport, les deux grands rois de la Macédoine furent ses tributaires. Un discours de Démosthènes nous apprend ce qu'était devenu le gouvernement populaire ^\ Il faut bien que les doctrines et les

bauche et un penchant immodéré pour îe Tin. Plutarque parle de ce banquet de Médius comme nous le faisons, et tout autrement que dans sa Vie d^Alexandre^

1 Le 11 Juin 3^4 a^ant J. G.

a Démostbénes y de falsa legatione, pag. 34^, édition de fiekier. Ce qu^il dit de Tayenture de Timagpras et des qisa*

harangues soient impuissantes pour corrigei* les mœurs et Tesprit du temps , puisque Démosthènes n'y parvint pas. On voit, dans celle qu'il prononça devant le peuple , par quels moyens Philippe perpétuait son influence, a II ne vous méprise point,* s'écrie Démosthènes , ce mais il a entendu dire p a ses orateurs ce que déjà j'ai dit hautement ici en « pleine assemblée, c'est que notre nation est la « plus inconstante du monde; c'est qu'elle s'agite a aussi facilement que les vagues de la mer. On va, c( on vient , et personne ne songe au bien public, it Celui qui a des amis peut tout ce qu'il veut ^ Démosthènes cite un exemple des accusations de corruption et de mauvaise foi qu'on se permet d'accumuler contre les hommes d'état les plus considérés , sans pour cela passer pour calomniateur. Athènes, sans doute, n'était pas la seule cité où il y eut de pareils désordres ; les progrès de la civi- Usation avaient , dans tous les états , augmenté les besoins des classes élevées ; le genre de vie simple et frugal des temps anciens ne leur convenait plus. Démosthènes parle en ce sens des petites républiques d'Oréum et d'Érétrie * , et des Phocidiens ^ ;

rante talens donnés par le roi , pron^e que Targent fEÛsait tout à Athènes.

1 Démosthènes, de falsa légat., pag. 385 et 386.

a Philipp. m, pag. 3 16 et 317.

(487) ailleurs il établit une comparaison générale entre les mœurs et Fesprit de Fépoque républicaine , et les mœurs et l'esprit de son temps , et ce parallèle est si clair, si parfait, qu'il est impossible de se refuser à reconnaître que les démocraties ne pouvaient plus subsister dans un siècle où chaque particulier affectait la splendeur des princes , où chaque riche se faisait gloire des vices des cours les plus corrompues. 1

Cependant les monarchies étaient alors mieux constituées sous le rapport moral , la magnanimité des rois, leur affabilité, étaient bien préférables à l'avide cupidité , à la raisonneuse popularité de la plupart des hommes qui conduisaient les républiques. Les rhéteurs ont pris plaisir à accumuler sur Philippe les traits de la plus profonde dépravation, et les passages rassemblés par Athénée le dépeignent des mêmes couleurs. On pourrait donc élever quelque doute sur la conduite de ce prince, et pour les dissiper il faudrait une discussion suivie. Montesquieu l'a déjà fait remarquer, et c'est en vain que M. de Sainte -Croix voudrait combattre cette vérité. Mais rien ne ternit l'édat des qualités d'Alexandre. Que l'on compare son désintéressement a l'avidité, à l'égoïsme des orateurs 2. Peu nous

1 Démosthènes , Orat. in yiristocf. , pag. 6 1 9.

% Voici ses expressions, pag. 379, u Alexandre était«il donc

importe après cela qu'Ârrien se contredise, accu* sant d'abord le roi de s'adonner à la volupté; puis, à la fin de son livre, soutenant qu'il était fort économe quand il s'agissait de ses plaisirs : les faits parlent d'eux-mêmes. En quittant la Macédoine, il partagea les domaines des anciens rois entre les compagnons de ses exploits; le seul Perdiccas fin assez noble pour refuser la récompense avant la victoire. Pendant ses marches, depuis l'Hellcspont jusqu'à son retour de l'Inde, Alexandre ne s'arrêta jamais dans le seul intérêt de ses plaisirs; et tout en permettant à ses généraux lalliance de la dépravation des Grecs avec le luxe oriental , on le vit toujours repousser toute proposition qui tendût à satisfaire ses désirs aux dépens de sa vertu. Jamais il ne fournit à ceux qui font des recueils d'anec' dotes de sujets tels que les maîtresses d'Harpalus, les lutteurs de Perdiccas et de Cratère, ou la pas-

« fort économe , qaapd il «^agissait de $es plaisirs, comme Arriei

a yeat nous le persuader ? Les détails qu'ion yient de voir réfatest

(t assez cet écriyain (Montesquieu) et détruisent les conséquences

M qu^on a tirées de ses expressions. La maison d^ Alexandre,

tt dit-on , se fermait pour les dépenses priyées -«- — .- —

« Fallait- il régler sa maison! Cétait un Macédonien. Corn*

«c ment a-t^on encore osé avancer que ce prince troura toa-

« jours dans sa frugalité et dans son économie particulière les

«c moyens d^augmenter sa puissance ? Cela n^a pu être yrai

« qu'Haydn t la bataille d'Issus j car la dissolution de ses mCQori

t »t manifesta bientôt après la mort de Darius. "

sion de Méléagre et de* Léonnatus pour la chasse. Mais il s'agit ici de mœurs générales et non de celles d'Alexandre^,; nou» allons donc nous occuper des Grecs qui Fentouraient et qui finirent par le perdre.

Théodore de Tarante , citoyen d'un des .premiers états démocratiques , non. content de s'être fait dans sa patrie J'intermédiaire.d'^n .honteux commerce de voluptés , arrive en Syrie avec toute une cargaison de jeunes, garçons. Philoxène ^ le gouverneur de la cote, croit avoir saisi tme occasion .^de faveur; il écrit au roi pour lui en désigner deux d'une rare heauté : il l'interroge, pour savoir s'il les feut acheter pour lui La réponse d'Alexandre est une leçon flétrissante, et pour les démocrates qui souffraient chez eux un pareU commerce , et pour le gouverneur qui lui accordait sa protection. Il lui demande de quelles basses voluptés il l'a jamais entendu accuser pour avoir osé lui faire une pareille proposition; il l'accable de reproches. Corinthe ne se distinguait pas moins par ses mauvaises mœurs que par son goût pour les bqaux-arts et pour l'élégance; ell^ ne fondait sa richesse et sa prospérité que sur la corruption des autres états : de toutes parts on voyait des étrangers qui y accouraient pour dépenser

1 On peut Toir, en ce qui le concerne, le chapitre a3 de Plutarque.

(490) leurs fortunes mal acquises. Outre les courtisanes dont Athénée a eu soin de réunir les noms, on y admirait un jeune homme appelé Créobule : il ne se vendait que pour des 60tnmes immenses. Agnon ne craignit pas d'offrir au roi de le lui acheter ec de le lui amener; il pensait lui rendre un grand service. Non -seulement le roi rejette ce honteux achat, mais il donhe-à Fauteur de la proposition un sérieux avertissement sur l'importance de la morale en poUtique. Les Macédoniens: ne valaient pas mieux que les Grecs. Deux d'entre eux , Damon et Théodore, bons. officiers d'ailleurs , exercèrent des violences $fJT des femmes libres ; Pannénion , leur chef, feignit de l'ignorer, mais Alexandre lui écrivit de les punir exemplairement, s'ils étaient coupables.

Revenons à la Grèce libre. Démosthènes était du p^t nombre d'hommes qui comprenaient l'impossibilité du ^tème répubUcain avec des mœurs aussi corrompues. U fit donc rendre à l'aréc^Kige la considération qu'il avait perdue depuis le temps d'Éphialte. A dater de cette restauration , l'aréopage est non-seulement cité par les orateurs comme tribunal , comme corps de l'état , mais on le revoit figurer comme surveillant, comme tuteur du peuple dans deux occasions mémorables , où la légèreté des orateurs et leurs sophismes pouvaient l'égarer; elles sont rappelées par Démosthènes dans

(49») sa harangue pour la couronne ^ Un état en pleine décadence ne se relève néanmoins qu'au moyen d'une révolution. Démoslhènes déclare qu'on ne peut remédier aux fâcheux résultats produits par l'exemple des hommes les plus marquans, ni par l'autorité de l'aréopage, ni par aucune autre institution. Ëschine oppose les uns aux autres : Phi- Uppe et les généraux d'Athènes ; il les considère successivement comme hommes et comme publicistes , et il termine ainsi ^on tableau : <( à l'aide de a leurs mercenaires, dit-il^ vos misérables généraux « levaient tous les ans un tribut de soixante talens ft sur les pauvres insulaires, et sur une mer qui or devait être ouverte à tous les Grecs, ils captu- « raient des vaisseaux à leur profit et s'en empa* « raient Au Ueu d'être, comme autrefois, honora- « blement placée à la tête de la Grèce , votre ville c se livra à la profession pour laquelle les Myoné- « siens avaient été si justement décriés , et , sous c le rapport de la piraterie , elle porta sa réputa* a tion au plus haut degré. PhiUppe franchissait les a limites de la Macédoine : ce ne Hif alors plus a pour Amphipolis - qu'il combattit contre vous,

Cl ce fut pour Lemnos , Imbros , Scyros , nos an-

1 Antiphon , légèrement acquitté, est traduit de nouveau élevant le peuple par Farëopage et condamné. Le second exemple regarde Eschine , exclu par Paréopage d'une place que le peuple lui avait conférée.

(490 c ciennes possessions ; enfin nos concitoyens aban- « donnèrent la Chersonèse. ^ Démosthènes dit ^ : « C'est une chose ridicule que la manière dont fc nous gouvernons nos affaires. Si quelqu'un nous « demandait : Athéniens! êtes -vous en paix? Vous ce répondriez non , nous faisons la guerre à Phicr lippe. Ne nomme -t« on pas tous les ans dans « votre sein dix taxiarques , dix stratèges , deux fr phylarques et deux chefs de la cavalerie ? A Fex- « ception d'un seul , que vous envoyez faire la ft guerre , les autres , de concert avec les prêtres « dont c'est l'afiaire, dirigent des pompes solen- « nelles. ^ Ailleurs , Démosthènes dit formellement queles Athéniens faisaient un devoir à leurs généraux de se conduire en corsaires et de piller les alliés. « Tous les chefs que yous avez mis à la tête d'une « armée, ont levé des tributs sur Chio, sur Erythrée ce et même sur la côte d'Asie. Celui qui n'a qu'un ce ou deux vaisseaux^ en exige de moindres ; celui cr qui commande une flotte en fait payer de plus ce considérables. Mais qu'il s'agisse de petites ou de c( grosses sommes, personne n'est assez dépourvu te de sens pour s'en défaire sans compensation. On c( rachète donc par ce moyen l'exemption de toute « sorte de vexations, ou le danger d'être capturé et « regardé comme de bonne prise. Ce qui n'empêche

1 Philipp. ly, pag. 44» ^<^>t. de BelLker.

« pas qu'on n appelle cela un don volontaire ; c'est ce le nom sous lequel cet impôt est connu. Vous a voyez bien que tous ces états vont être obligés et de le payer à Diopithe, que vous avez envoyé « au dehors avec une armée. D'où prendrait -il « sans cela le nécessaire? Vous ne lui donnez rien K qui puisse fournir à la paie et à l'entretien de ses (c soldats , et il n'a point de fortune pour y subie venir. »

Il est évident que ces honunes , qui, devenaient des pirates privilégiés , et les orateurs avec lesquels ils étaient en liaison intime , portaient leur fortune à un taux que n'avait point atteint celle des citoyens qui surent si bien mériter de la patrie pendant la guerre des Perses , ni celle de ces nobles Athéniens qui , après la guerre du Péloponèse , cherchèrent à relever l'éclat de la république aux dépens de leur patrimoine. Nous avons déjà fait voir combien, dans les dernières années de cette guerre et dans celles qui la suivirent , l'aisance d'Athènes , ou plutôt les richesses des familles, étaient diminuées ; nous avons fortifié notre assertion par les exemples de Timothée, dlphicrate, deChabrias, de Charès. Les choses changèrent peu avant le règne de Philippe; mais l'accroissement des débauches et des voluptés ramena de nouveau la pauvreté à côté d'immenses richesses. Au temps de Philippe et d'Alexandre ,, une masse immense de numéraire fut mise en circulation, et

le contraste n'en fut que plus frappant. Démosthènes parle de la richesse de ceux qui suivaient le parti de Philippe ou qui étaient employés aux affaires publiques ^ S'il est vrai que ses contemporains pouvaient bâtir des maisons comparables aux édifices publics d'une ville telle qu'Athènes , il ne faut pas être surpris de ce que la fortune d'Épicrate se soit élevée à six cents talens , c'est-à-dire beaucoup au-delà de quatre millions de notre monnaie : et même , proportion gardée , cette somme représente ce que serait de nos jours une fortune de près de trente miUions. Les affaires publiques, la corruption , la piraterie , les recrutemens , les locations d'esclaves ^ , étaient les sources des richesses des maisons les plus opulentes. Dans le cens on les porta en nombre rond à trois cents; toutefois il devait être fort dur pour une famille qui n'avait que vingt talens , d'être soumise aux mêmes charges que celle qui en possédait mille. Un autre moyen d'ac-

1 Démosthènes, Olynth. III, pag. 34» édit. de Bekker.

3 M. Letronne , dans sa Dissertation sur la population de rAttique , ramène à des nombres raisonnables les indications exagérées que Ton nous donnait sur cette population j il démontre qu^il n^y avait pas au-delà de 100,000 ou 130,000 esclayes *, il dit que la location des esclayes était pour beaucoup de gens riches une occasion de profit ; enfin , dans une note, il fait remarquer qu^à Athènes tin bon cheral coûtait cinq fois plus qu'un esclave.

quérir, c'était le commerce des objets de luxe , des vins, des étoffes et d'autres choses semblables, que l'on faisait venir de Syrie , de Rhodes et de la côte d'Asie, et que l'on apportait aux peuples civilisés de la mer Noire. La Thrace en fournit un exemple marquant. On lit dans le discours de Démosthènes contre Aristocrate, que les droits dans ce pays s'élevaient à plus de trois cents talens par le seul effet du coHunerce. Athènes avait d'ailleurs des moyens particuliers d'augmenter ses richesses ; c'étaient d'abord les honteuses professions des sophistes et des flatteurs , l'entretien de courtisanes et de jeunes débauchés; enfin, l'art de plaire aux rois et aux généraux qui avaient en main la puissance. Mais cette cité avait aussi des ressources plus relevées : les arts et les sciences étaient réduits en profession. Le théâtre d'Athènes était bien au-dessus de l'art dramatique des autres peuples ; on en peut attester l'empressement de Denys à mériter, par ses tragédies, le suffrage des Athéniens. Cest dans le discours de Démosthènes sur son ambassade^ que se trouvent les meilleurs renseignemens sur l'importance poUtique des acteurs , sur le revenu de leur profession , enfin, sur la considération dont ils jouissaient. Ceux qui parvenaient à la plus grande fortune , étaient ou des acteurs comiques et tragiques accomplis, ou bien des baladins que les rois écoutaient , et dans la bouche desquels Denys, par exemple, souffrait

( 496 ) la vérité S qu'il redoutait de la part dliommes sérieux ou de républicains sévères. Les acteurs et les baladins étaient accueillis chez Philippe, chez les Denys, chez les princes de Cypre. Athénée a rassemblé tout ce qu'il a pu trouver de renseignemens épars sur les divers baladins , et qusmt à- l'importance des acteurs , les orateurs sojit les écrivains qu'il Êiut consulter ^. Sous le règne de Philippe , on distingua particuHèrement Néoptolème, Aristodème et Satyrus ; sous celui d'Alexandre , Athénodore etThessalus acquirent dans les affaires une prépondérance unique dans l'histoire. Nous avons vu qu' Aristodème, secondé de quelques-uns de ses compagnons, reconcilia Philippe avec Athènes dans le moment oii il était le plus irrité contre elle. Ce roi ne pouvait

1 Dans la pièce intitulée : le Tjrran , le comi^ae Eubulus a dit de loi :

ÀAA' fflT/ roîç o'tfJLVoîfft ctvdetS)lffTtfoç Kett Totç JioXet^i 'Traivi TOtç o'MùTrroua'i t« AvTov clopymoç* iytÎTtu fi TovTovc /JLOvouç iXtvBtfouç, KtfLV fouXoç p.

a Athénée, Deipnosoph, , lir. VI, pag. 257-362. On cite parmi les acteurs célèbres , immédiatement après la guerre do Péloponèse , Nicostrate , qui fut aussi poète comique y et ayec lui Callipide , dit le singe ] fin temps de Philippe , Néoptolème , tragédien ; puis Parménon et Philémon ; un peu plus tard , Théodore, acteur comique, Polus etMéniscus; au temps d^Alexandre , Athénodore et Thessalus , tragédiens \ Ljrcon de Scarphea, dans la comédie.

se passer de Néoptolème ni de Satyrus ; il regarda comme une complaisance insigne de la part des^ Athéniens, la permission qu'ils leur donnèrent de paraître à ses festins; et dans la réalité, si l'on considère avec quelle rigueur le peuple retenait ses acteurs dans le temps des grandes fêtes de Bacchus , on se convaincra que ce n'était pas, de sa part, une petite faveur. Démosthènes a rapporté deux traits qui immortaliseront à jamais la mémoire de Satyrus. Pour toute récompense , cet acteur se fit remettre un jour par Philippe les filles de son ami, qui avaient été prises dans Olynthe, quoique par là il s'obligeât à les doter, bien différent de ces Grecs avides qui se firent payer, du butin de cette ville , leurs lâches flatteries , et qui , fiers de leur liberté , s'en allaient cependant chargés du produit de rapines exercées contre la Uberté. Une autre fois Satyrus , seul de tous les Grecs , témoigna de l'intérêt aux malheureux Phocidiens; il en racheta plusieurs de son argent

Alexandre favorisa beaucoup Athénodore etThessalus , et surtout ce dernier. Il paya l'amende à laquelle Athénodore avait été condamné par les Athéniens, parce qu'il avait manqué de se rendre aux fêtes de Bacchus, afin d'assister à celles qui suivirent son retour d'Egypte en Syrien On concevra du

1 Plutarque , in Alex. , chap. 29. Athénodore y fut déclaré vainqueur : le roi, qui favorisait Thcs^us, loua les juges; U

reste facilement que Philippe et Alexandre, tant qu'ils ne furent que rois de Macédoine , aient été surpassés par Athènes pour la magnificence des specucles ; surtout , si Ton réfléchit que ces rois ne mettaient qu'au second rang les dépenses relati?es h leurs seuls plaisirs , tandis qu'Athènes les mettak avant toutes les autres. Démosthhies le répète souvent , et surtout dans sa première Philippique. « D'où vient, s'écrie-t-il, que les Panathénées et 4c les fêtes de Bacchus sont toujours célébrées dans K le temps prescrit, soit qu'on les confie à des c( hommes qui entendent ce genre d'affaires, soit « qu'on les abandonne à ceux qui ne reniendent <c pas ? Vous y mettez plus d argent que vous n'eo ce dépensez à aucun des armemens que vous e&c voyez au-delà des mers. Ces fêtes occupent un ce tel nombre d'hommes^ exigent de tels prépara- (( tifs , qu'on n'en a jamais , que je sache , fait de « pareils. Comment arrive- 1 -il, au contraire, que et toutes vos entreprises guerrières ne sont janwis ce exécutées en temps opponun, soit qu'il s'a^sse <c de Méthone , de Pagase ou de Potidée ? Cest

ce que dans vos jeux , dans vos fêtes , dans vos

4it cependant qu^il aurait donné une partie de son empire pour ^ue Thessalus n^eût pas été surpassé. Athénodore le pria ensuite d^écrire en sa fayeur à Athènes pour obtenir la remise de Tamende à laquelle il ayait été condamné. Alexandre ae le fit pas y mais il enyoya la somme poar loi.

« solennités , tout est réglé par des lois , qu'est que ce chacun connaît d'avance le chorège , le gymna* et siarque de sa tribu; c'est que chacun sait où il K prendra ce qu'il lui faut , et que de tout ce qu'on « doit faire rien n'est incertain. * *

La plupart des artistes qu Alexandre emmena en Asie y étaient d'Athènes ou du moins c'étaient des Grecs qui y avaient perfectionné leur art ; on en peut dire autantgdes courtisanes avec lesquelles Harpalus dépensait les trésors de la Perse 2. Peu avant Alexandre, la seconde Artémise avait élevé à son

époux un superbe monument^,. et quoique tous les

1 Voyec aussi Sainte - Croix , Examen des historiens d^Alexandre, pag. 4^a et 463.

a Harpalus fit éleyer à ses courtisanes des monumens splendides ^ Pythionice en eut un à moitié chemin d^Athénes à Eleusis. Voyez Athénée y pag. 594. Il rapporte beaucoup de détails sur les autres maîtresses d^Harpalus , pag. $90. Enfin , on en lit beaucoup sur les courtisanes de la Grèce en général, pag. 590 et 591 : tout le chapitre i3 est consacré k ce gcnrt de profession.

3 Pline, UUt. nat, , edit, Harduini , tom. II, pag. 728. -^ Toto circuit u pedes éfuadrlngentos undecim. uéttollitur in alti'^ tudinem viginti quinque cubitis , cingitur columnis trigimta sex. Pteron vooawere. Ah oriente eelavit Soopas , a septentrion^ Brjraxis , a meridie Timotheus , ab oocoêu Leockares, Priusqum ^uatn perageret , regina Artemiaia , ^uœ mariti memoriœ id opus exstrui jusserat , ohiit. Non tamen recetserunt , nui ab^ Jiolutojam, id gloriœ iptorum artistfuemonumeniurnjudicantes, hodieque oertant manus» Accessit et guintus artijhx. Namquo supra Pteron Pjrramis akitudine inf^riorêm mquavit, viginti

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artistes ne fussent pas également d'Athènes , c'est à l'état des arts dans cette cité qu'il faut attribuer et cette magnificence, et les discours qui furent prononcés en l'honneur de Mausole. Corinthe occupra convenablement le second rang. Quoi qu'il en soit, une vérité reconnue c'est qu'alors, dans les républiques industrieuses, les sciences et les arts étaient devenus pour une classe nombreuse d'individus, une source de professions et d'affaires , Rhodes et Syracuse en offrent aussi l'exemple. Les causes ^qui perdaient la poésie et l'histoire , étaient précisément celles qui ranimaient et élevaient la musique , la peinture , la sculpture*, la danse , Varchîtecture et l'art du théâtre : on vit se tourner vers ces objets les grands talens que les institutioB& monarchiques empêchaient de se développer dans les affaires publiques; Lorsqu'Éphestion mourut, Alexandre rassembla trois mille artistes pour célébrer des jeux en son honneur, et ces artistes fii-

tfuatuor gradibus in metœ cacumen. se contrahens. In swmo est quadriga marmorea , quam fecit Pjrthis ; hcec adjecia ce»tum quadraginta pedum altitudine totum opus includit. Vitravius décrit ce monument un peu différemmeut : De 3fausoUo Satjrrus et Pjrtheus, quibus vere Jelicitas suMmum maximumque contulit munus ^ quorum enim artes avo perpétua nobilissimas laudes et sempiterno florentes habere judicantur et cogitatis egregias opéras prœstiterunt, Namque singulis frontihus singuli artifioes sumserunt certatim partes ad ornandum et probandum- JjROchares, Btjaxis^ Seopas, nonnulli etiam putanl Timothcm,

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rent ensuite employés à la pompe funèbre qu'on lui Bt à lui-même. Il avait aussi appelé près de lui des nilliers de Grecs habiles aux arts mécaniques ou qui 3u moins savaient les diriger : ils devaient construire xn édifice pour y placer le bûcher d'Éphestionj ils levaient aussi contribuer à l'embellissement des villes fondées par Alexandre. ^

L'effet que produisit la philosophie d'Athènes ;ur les autres états , l'influence des sciences spéculatives sur les mœurs des Grecs, et plus tard sur celles des Romains, méritent une attention particulière de notre parL Les anciens appelaient philosophie , la connaissance du monde , des hommes et des lois qui les mettent en rapport avec un ordre supérieur et inconnu. Si l'on veut savoir quelle importance avait alors cette philosophie, il suffira le songer au rôle que Philippe confia à Aristote ^ puis, à ce que Ton nous dit de ses liaisons avec àntipater et de la conspiration que celui-ci aurait tramée contre Alexandre, parce qu'il se serait tenu pour offensé de la dureté avec laquelle on en agissait envers Callisthène. Ce qui prouve encore l'importance que Ton attachait à la philosophie, ce sont les libéralités d'Alexandre, non -seulement envers Â.ristote, mais encore envers d'autres philosophes

1 Plutarque, de fort, Alexand., les deux prenucrs chapitres* Pfous reyieudrons sur ce point.

athéniens. Lors même que Plutarque aurait orné 866 récils à la manière des rhéteurs , les faits ne pourraient en eux-rmèmes être révoqués en doute. * Il suffirait d'ailleurs de se rappeler les relations de Denys et d'Archélaûs avec Platon.

La philosophie de la nature et le mysticisme n'ont pris nulle part un essor plus prompt qa'ea Italie et en Sicile ; la science du droit et des constitutions y était portée à un haut degré de sagesse; mais à en juger par l'effet que produisirent à Syra-» cuse les pièces d'Euripide, apportées par des Athéniens qui avaient été pri» pendant la guerre du Péloponèse, on ne pourra s'^empècher de reconnaïue que les sciences et les arts n'y avaient point marche avec le temps. Cette remarque acquiert encore bien plus de poids de ce que l'on nous apprend des relations des deux ' Denys et de Dion avec Platon , et des amélioration^ opérées par Timoléon dans la constitution de Syracuse. Nous avons dit déjà que dans les états de la Sicile et de la grande Grèce, les lois sévères des temps passés n'existaient plus que sur les tables où elles étaient gravées ^. Pendant

1 Platarqne , de Alexandri seu virtute seu Jbrtuna, cfa. lO. Alexandre donna dix mille pîècds d'or à Pjnrhus d^idC) à sa première entreyue. Xénocrate , Tami de Platon , reçnt de lui cinquante talens ; tout le monde sait qu'il mit à la tête de ses marins Onésicrite, Vélève de Diogène.

a Platon, ëd. de Tauchn., tom. VIII» pag. 138, lett. 7. I^

la lutte de la tyrannie et de la démocratie , de pe* tits despotes avaient fait de leur volonté la règle de Fétat ; quelques villes de l'Italie étaient abandonnées à une démocratie effrénée ou du moins lut* taient contre elle. Toutes ces villes étaient corrompues , si Ton en excepte Locres , qui ne perdit sa simplicité primitive que par le long séjour qu'y fit Denys le jeune avec sa cour dépravée.

Quoiqu'il soit assez bien établi que les lettres que nous avons sous le nom de Platon, ne sont pas de lui, toujours est-il certain qu'elles lui ont été. attribuées peu de temps après sa mort, et que par conséquent elles peuvent être invoquées avec succès quand il ne s'agit que de connaître les idées et les liaisons de ce philosophe, sans que cependant il convienne de leur accorder une grande confiance sur des faits isolés. Partout où les mœurs sont cor^ rompues, où les hommes sont énervés, où le sentiment du beau a fait place à l'afféterie^ le philosophe devient prêtre, et les préceptes de la vie humaine se changent en mystères, qui appartiennent désoBmais à des sociétés secrètes. Les villes grecques de l'Italie en fournissent un exemple de plus : l'association qui s'empara de la morale et des sciences prit le nom de Pythagore. Il parait qu'Ar-

parle de ce qnUl â tu en Sicile : on faisait, dit-il, deux repas splendides par jour; jamais on tt^était seul dans son lit. Ce philosophe se plaint fortement de ces désordres.

chytas y jouissait d'une haute considération '. Ce fiil h lui qui conserva les traditions de l'école de Crotone. Le désir d'être initié à ces mystères, amena le pre^ mier voyage de Platon^. Depuis lors il resta lié avec les membres de cette association. Dion en âisâit partie; elle comptait beaucoup de sectateurs dans les états libres de la Grèce proprement dite , mais elle en avait bien peu en Sicile et à Sparte. L'aristocratie , à laquelle tendaient les écrits de Platon, n'avait rien de commun avec le gouvernement de cette république. Ce philosophe croyait qu'une monarchie militaire serait plus facile à ramener à son système ; ce fut le motif pour lequel il alla, (^ son premier voyage d'Italie, à la cour de Denys l'ancien Quoique ce tyran fut avide de célébrité ^ quoiqu'il n'épargnât rien pour effacer aux jeux olympiques ses prédécesseurs Chélon et Hiéron , et pour faire

1 Horace Pappelle : mensorem maris et terras numeroque eareruis arenœ ^ ei Aulu-Gelle, liv. IX, ch. i2, cite encoit d^autres connaissances d^Archytas. On nomme aussi Timés, Xénophile , Phaedon , Ëchécrate et Polymnaste.

a Epistol. Platon» VII , pag. i38, dit qu'il pensait qae le genre humain ne serait délivré de tons ses maux que quand le pouvoir serait confié aux mains de véritables philosophes ( O/Xotf'o^o JrrâfV opS^ç i^ elXnBSç yivoç)* Son voyfige avait d^ailleurs le but d'approfondir les sciences naturelles, particaliérement cultivées dans cette école , et de visiter les volcans. Athénée, liv, VI, p. 5o7 : tKTrXtvffocç Airtt^ fxiv rSv dvùlkSy

accueillir favorablement ses travaux poétiques , il se montra fort éloigné de suivre les conseils de Platon, et ne parut pas disposé à entendre la vérité de sa bouche. Les lettres écrites sous le nom de ce philosophe existaient déjà du temps de Denys d'Halycarnasse ; elles sont donc de plus anciennes autorités que l'histoire de Diodore. Or, à en juger par ces lettres, Platon voulait que Denys changeât entièrement de système, et que, roi de Grecs réellement libres, il marchât contre les Barbares. Cela revient à peu près à ridée développée par Machiavel à la fin de son Prince^ qu'il fait parfaitement semblable au personnage que les Grecs entendaient par tyran. Cet auteur veut . aussi , sur les débris de la liberté , foncier une puissance toute italienne et capable d'expulser les étrangers. Machiavel avait , à Tégard des Français et des Allemands, les mêmes idées que Platon émettait sur les Carthaginois , seulement Machiavel exige de json prince moins de sacrifices; car ce prince est son premier objet , et le reste ne vient. qu'en seconde ligne, tandis qu'il est manifeste que Platon, trop abandonné d'ailleurs à des concepuons idéales, me|; au premier rang les confédérés, et n'accorde à Denys que la seconde place. On voit par la septième lettre que les Barbares avaient ravagé beaucoup de grandes villes; Platon veut que Deny& les fasse repeupler, et leur donne un gouvernement plus oligarchique que démocratique : il veut que

ce gouvernement soit confié à des hommes liés entre eux et avec Denys d'une intime confraternité. Loin de suivre ces avis, Denys enrichit et ses propres frères et des chefs étrangers, les investit du commandement, et leur confia toutes les magistratures. Cette conduite répugnait tellement aux habitudes doriennes, que jamais ces créatures du tyran ne purent obtenir aucune considération : pour se don* ner quelque pouvoir sur les mercenaires et pour efféminer le peuple, il fallut que ces chefs s'abandonnassent , eux et les leurs , à la vie dissolue que les lettres de Platon qualifient de sicilienne^ par opposition aux mœurs des Doriens. Ce n'était point ainsi que la Grèce devait se constituer pour résister aux étrangers. Dans les lettres qu'on lui al* tribue , Platon manifeste la crainte de voir la langue grecque faire place , en Sicile , à la langue punique et à Tosque ^ Denys l'ancien était , de plus , possédé de la manie de la centralisation , il réunissait tout à Syracuse, et ne regardait les autres villes que comme des places de garnison et comme des sources d'argent^ faites pour remplir ses trésors.

Dion était alors fort jeune; il entrait dans toutes les vues de Platon ^ ; il réforma ses mœurs , lais-

1 A cause des troupes de Gampanie.

a £pist, VII i pag. 147 de Fédit. de Tauchnitz^, pag. laSa de Pédition de Francfort.

3 Ibidem, p. 189, éd. de Tauchn.^ p. 1378, éd. de Francf.

( 5o7 ) sant aux courtisans de Denys la mollesse et la volupté ; enfin , il attira sur lui les regards de toute la Grèce et de Carthage elle-même. Les liaisons qu'il entretenait de toutes parts le rendirent fort utile à Denys, qui s'en servait pour ses négociationift et ses correspondances, et qui se donnait par là une certaine considération à l'étranger. Toutefois à Sparte l'esprit de domination était tellement en honneur , que pour y être respecté le tyran n'eut pas besoin du secours de la philosophie. Ou se soutint mutuellement pour opprimer les états de la Grèce. ^ Denys, quand il voulut se venger de Platon sans que la honte' en rejaillit sur lui , se servit d*un Spartiate : le patron qui le ramenait sur son vaisseau, avait mission secrète de le précipiter à la mer ou de le vendre , et son avarice choisit ce dernier parti. Le philosophe fut racheté par ses amis. Il conserva ses relations avec les Pythagoriciens et avec Dion, et dans la suite, quand Denys l'ancien mourut, il revint à Syracuse 2. On a vu déjà quels obstacles il y trouva et comment Philistus sut opposer la doctrine commode d'Aristippe aux rêves sévères des aristocrates qui voulaient unir la phi-

1 De Mai à Septembre 368 Denys entretint des troopes dans le Péloponèse. En Mars 867 on les y vit reparaître, et Denjrs le jeune envoya du secours aux Spartiates en Avril 366.

a Dans la 7.* lettre il est parlé du dësir du jeune Denys de s'*instruire de la philosophie et des sciences.

losophie à Texercice du pouvoir. Enfin, nous aT(Hu dit comment le jeune prince, que Dion essaya de retenir sous sa tutèle, s'éloigna de son philosophe pour se livrer à la boisson. Les auteurs des lettres pensent que , pour assurer sa puissance , le maître doit choisir parmi les citoyens les hommes les plus recommandables ; qu'il faut qu'ils soient propriétaires, époux, pères et d'un âge mûr; qu'il £tut enfin qu'ils soient nobles et de familles anciennes et illustres. Ces auteurs conseiUent de désigner cinquante citoyens sur dix mille, et de les déterminer, tant par des prières , que par les honneurs qu'on leur accordera , à se charger du soin de la lé^lation. Il convient, disent -ils, que dans les villes conquises de la Sicile on accorde des droits égaia aux vaincus et aux Syracusains vainqueurs.

Denys le jeune, malgré ses écarts, attachait beaucoup d'importance à être regardé comme l'ami du philosophe ; il craignait surtout qu'on ne parlât mal de lui à Athènes. Non -seulement il traita Platon avec les plus grands égards, mais il le retint k sa cour quand déjà Dion avait perdu toute influence , et même après qu'il eût quitté Syracuse. Platon conserva toujours une part aux affaires publiques; il resta lié avec les philosophes aristocratiques de l'association d'ItaUe et de Sicile, dont les membres, en dépit d'Aristippe et de Philistus, parvinrent, après son second départ, à le faire rappeler

(5o9) encore. Dion devait être rappelé aussi; mais Denys ayant difieré l'exécution de cette promesse , Platon se laissa deux fois prier de revenir, sans daigner déférer à cette invitation , jusqu'à te qu'enfin une galère fut expédiée tout exprès par Denys. Le philosophe, d'ailleurs*, fut déterminé par les vives instances que vinrent lui faire Archédème et d'autres initiés de Sicile, puis par les lettres qu'il recevait d'Archytas et de ceux de Tarente ^ : les épitres attribuées à Platon disent qu'il fit ce voyage principalement pour ne point laisser perdre aux associations d'Italie et de Sicile les avantages politiques qu'elles attendaient de Denys 2. Il fut reçu d'une manière distinguée; on lui avait construit une maison dans le parc qui entourait le palais; mais il s'y trouvait dans une sorte de captivité, car là porte était assiégée de gardiens qui ne laissaient entrer ni sortir personne sans permission. Sa médiation , quant à Dion , resta absolument sans succès. Il y eut, pendant son nouveau séjour en Sicile, une révolte fort dangereuse parmi les mercenaires : Denys le jeune avait voulu réduire à demi-solde tous les invalides qui, sous Denys l'ancien, continuaient à jouir de leur paie en entier,

X Epist. VII i pag. 1 56.

a Ibidem,

(5io) ,

mais le soulèvement qui en résulta , l'obligea à renoncer à ce projet ^

Platon fut sauvé par la même association qui l'avait amené. Denys, sous prétexte que ses femmes voulaient célébrer une fête dans son parc , et que sa maison leur était nécessaire, l'avait éloigné du palais. Son intention était de l'abandonner à la férocité des soldats, qui le regardaient comme leur ennemi. Heureusement quelques Athéniens qui se trouvaient à Syracuse apprirent ce que l'on tramait contre leur illustre compatriote; ils l'avertirent, et de suite il s'adressa à Tarente. Dans cette cité le pouvoir était entre les mains deai initiés ; elle envoya donc à Syracuse une ambassade à la tête de laquelle était Lamiscus ^. Elle obtint là liberté de Platon. Cette confrérie philosophique jeta ensuite lès yeux sur Dion pour réduire en pratique son aristocratie idéale ; mais Dion déçut aussi ses espérances^. Quant à Timoléon , il ne se mit pointes

1 S^ll est permis de tirer des conclusions générales d^un fait particulier, on pourra penser que les richesses et le commerce des états de Sicile étaient bien tombés depuis le temps où Agrigente avait vu s^lever 99s magnifiques édifices ^ car la fortune de Dion, que i^ous avons des raisons de regarder comme un des plus riches particuliers de Syracuse > n^est pas même éyaluée à cent talens.

a Epist, Platon,, pag. 17 a.

3 On le voit par le ton qui règne dans ces lettres plito-

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rapport avec elle : ses réformes ne s'attachaient à aucune théorie; le style et le langage de sies lois prouvent qu'il voulait rétablir et reconstituer les anciennes mœurs dorienjes. Il acquit cette gloiiro de fondateur et de libérateur que les platoniciens avaient promise à Denys ; mais il ne parvint pas à assurer la liberté de la Sicile. Les lois doriennes ne pouvaient ramener les mœurs doriennes , et c'était folie que de vouloir faire, dans une ville adonnée aux plaisirs et au luxe , ce que l'on n'aurait pu opérer qu'avec peine dans une oligarchie. La démocratie ne comporte pas ces réformes : quand le patriotisme s'est changé en égoïsme , il faut , pour je salut public , que Tétat ait recours à un homme qui, par l'exercice d'un pouvoir ou paternel ou despotique , devienne le tuteur du peuple. Telle fut l'origine de la domination militaire d'Agathoclej telle fut celle aussi du gouvernement paternel du deuxième Hiéron.

Les auteurs grecs nous ont dit si peu de chose sur Carthage, que c'est à peine si l'on peut saisir çà et là quelque lueur douteuse sur son état politique à cette époque. Toutefois on voit clairement qu'entourés d'ennemis de toutes parts, les Carthaginois, comme les Marseillais veillaient sévèrement

nicieniies qui sont Touvrage d^un membre de. Fassociation , ou ^ui da moins ont été écrites dans son sens.

au maintien des mœurs publiques. Des peines dures et cruelles retenaient dans le devoir et les mercenaires et les généraux eux-mêmes. Principalement Cfccupée du commerce ^ cette cité n'entreprenait aucune guerre qui ne fut commandée , soit par rihtérét de ce commerce, soit par le besoin de k navigation. Aussi quand Alexandre attaque Tyr, Carthage reste immobile et se garde d'irriter le conquérant ; mais elle favorise le débarquement de Dion en Sicile, et quand Alexandre revient de l'Incle à Babylone , elle lui envoie unc^ ambassade.

Démosthènes reproche aux Athéniens non -seulement d'avoir entièrement abandonné leur état militaire , mais encore de confier à des mercenaires étrangers des entreprises importantes , et même le commandement de leurs troupes. Mais Sparte avait conservé la vertu guerrière des anciens temps : elle le prouva à Mégalopolis ; ses institutions politiques seules avaient été ébranlées. Agis mourut en héros immédiatement après la bataille * ; il avait renvoje' ceux qui voulaient l'emporter, leur ordonnant de se conserver pour la patrie, et leur disant qu'il avait résolu de mourir. Alors, revêtant son armure il mît un genou en terre , et déjà couvert de blessures, il combattit encore et fit mordre la poussière

1 dyavtffd/xtvoç yatf KetfjLTrfZç x^ 7roXXo7ç Tf etu/jLoLffi ivetf" Ttotç TTtpmtç'cSv» Diodore, liv. XVII, ch. 63, toI. II, p. 209«

à plusieurs ennemis avant de périr. Phylarque , dans le passage qu'Athénée nous a conservé de lui , ne fixe la dissolution des mœurs de Sparte qu'au temps d'Atrée et d'Acrotatus, sous le règne d'Antigone Gonnatas en Macédoine, c'est-à-dire cinquante ans après Alexandre. Toutefois un luxe tel que celui que Phylarque dépeint, devait avoir commencé plus d'un siècle auparavant ^ Dans ses Biographies, ditarque dit expressément que c'en est Eût des anciennes mœurs , depuis que les Spartiates se couronnent de cosmosandalon^ (c'est une sorte d'iris). Or, on faisait usage de ces couronnes bien avant le temps d'Atrée.

Pour ses mœurs et ses institutions, la Thessalie tenait beaucoup de la Macédoine. Les Grecs^ reconnaissaient aux ThessaUens le caractère éolien , celui

1 Athénée, Deipnos. , liy. IV, pag. i^2. Il est question d,'*abord des changemens opérés dans les repas communs, et Ton rapporte comment les bancs des anciens Spartiates firent place à la mollesse des lits et au luxe des coussins^ puis Tau* leur passe aux mets dont on faisait parade. Enfin , il rapportt qa^^A^ée et Acrotatus furent tellement surpassés , dans la suite, par de simples particuliers , que le luxe quHls ayaient déplojré rappelait Tancienne simplicité quand on le comparait au luxe plus grand de ces simples particuliers.

SI Athénée, Deipnosop, , liy. XV, pag. 681. K^ireto^ùÇ if Suivre fùn ^iûùV') ofety ^tifft ^ tovç Koa'/Ao^aivS)xXov dvwpévrctç AàLKei'ettjLiùviovç , oî ro¥ TretXduoTATOV tSç TroXiTtitSç tUffAùf ffVfMTroLTnffAVTtç i^rrfat^XiffBn^cLV»

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