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peut conclure des discours prononcés devant tout le peuple par cet orateur, que même avant b reddition d'Athènes , Théramène avait négocié avec Lysandre rétablissement d'un gouvernement semblable , pour le nombre de ses magistrats, à celui de Sparte .^ U s'agissait de revoir la législation, e^ dans les anciens temps c'étaient les àsymnètes qui étaient chargés de ce soin. Chei les Romains on créait cinq, trois ou dix magistrats y Athènes en nomma trente. En apparence, les choix se faissdent par le peuple; mais, dans la réalité, la plupart étaient; convenus d'avance entre Théramène et Lysandre. Sur les trente il n'y en avait que dix qui ne fussent pas déjà désignés, dix autres l'étaient par Théramène, dix par les chefs de la conjuration oligarchique^. Les trente c Atvoquaient le conseil , et nommaient aux charges, comme le faisait le peuple. Leurs premiers actes furent dijrs, mais non pas précisément injustes : ils poursuivirent les sycophantes et les ins-
1 Voyez LysiaSy KdUTct ÂyopatTOVy édit. Bekker, pag. a64* Pais,pag. aSrS des Orat. grœc.j un autre passage dont il faot auàsi se défier.
3 B^opot» Lysias, pag. a5i. Après la bataille d^iEgos Potaoïos commencèrent les diyisiens et les confréries {eTetipeûv)» On créa cinq éphores mis k la tél« des diverses sections de ces confréries pour les réunir et diriger les complots. Dèslors on agit contre le gourémemeût démocratique. Voyee, an surplus , les troi» premières additions au 3.* vol. de la Speite de ]^ansOi
tigateurs du peuple. Il n'eut pas été besoin pour cela d'une garnison de Spartiates^ mais leurs vues ne s'arrêtaient pa^ là; on fit donc venir des troupes, dont le chef était Callibios» soldat grossier. Callias, formé à l'école du premier des philosophes, jouait parmi les trente le rôle principal. Il voulait établir par la violence uite tyrannie systématique , et il le voulait avec un courage digne d'une meilleure cause. Ce (ut dès l'origine un sujet de dissention entre Théramène et Critias, auteurs de toute cette orgar nisation aristocratique ; mais leur diSérend n'eut pas de suite. Le discours de Lysias contre Ératosthène nous révèle les particularités de iças faits, sur lesquels les historifus ne nous disent que des choses générales, mais il faut toujours se tenir en garde contre ses déclamations. L'avarice des Spartiates n'eut pas moins de part aux horreur^ qui ftirent conunises à Athènes , que l'esprit de veur geance et l'audition des oligarques. Gritias , aigri de ce que le peuple l'avait autrefois exilé , voulait tout anéantir. Théramène, au contraire, tenait à garder une certaine mesure. Critias craignit bientôt qu'il ne fît un pacte avec les modérés ; c'est pourquoi il fit ordonner le désarmement de tous les citoyens, à l'exception des trois mille qui» après la dernière défaite navale , avaient composé une §orte de confrérie oligarchique ; tputes Jes autres o^mes furent déposées dans le temple de la çitiiddlç ; i^-
(,64) cun des trente devait , après cela ^ dresser sa liste de proscriptions et de meurtres. Théramène, au lieu de déférer à cette demande, s y opposa. Le conseil, composé des faibles instrumens dé toute espèce de violences , fut appelé à décider la chose , mais il se rangea , contre toute attente , du côté de Théramène. Critias , alors , fut obligé de risquer le tout pour le tout. Il raya donc Théramène de la liste des trente, le fit arracher de Tautel sous la protection duquel il s'était réfugié , et le contraignit à boire le poison.^ A partir de ce moment , les cruautés , les exils , les brigandages n'eurent plus de frein : Mégare et Thèbes se remplirent de proscrits athéniens. Thrasybulé réunit à Thèbes trois cents hoplites et vint occuper . Phyle , fort des frontières , où il recueillit tant de mécontens et de bannis, que, pour empêcher les •progrès du mal , les trente crurent nécessaire d'attaquer ce poste. Ils échouèrent dans cette entreprise, et Thrasybulé s'empara de Kï^mychië et du Pirée. Tous les jours il y" avait de nouveaux combats : le sang des citoyens coulait à grands flots. Enfin, Critias et Hippomaque tombèrent : c'étaient, dans ce parti, les deux seuls hommes de cœur et d'exécution. La conciliation devenait donc possible ; Cléocrite , le héraut des mystères , tâcha
1 Voyez sur tout cela le discours de Lysias contre Ératos- Uiène, édit. Bekker^ pag. a58.
dîoperer un rapprochement entre les trois mille citoyens oligarchiques qui représentaient le peuple , et le reste de la nation. Les tyrans furent chassés par leurs propres partisans^ excepté Phœdon et Ératosthène; on créa une nouvelle oligarchie de dix hommes , un par chaque tribu : on aSecta de ne nommer que des adversaires de Ghariclès et de Critias , afin de se garantir des principes de Toligarchie qui venait de tomber. Quant à la démocratie y elle ne convenait ni aux dix, ni aux trois mille, et les espérances du peuple furent trompées ^ Les démocrates , aigris contre les dix , couraient en foule au Krée pour se joindre à Thrasybule^, afin d'obtenir par les armes ce qu'on ne voulait pas accorder à leurs vœux. Les dix ne tardèrent pas à comprendre (pi'il leur serait impossible de se maintenir; ils sollicitèrent le secours de Sparte , demandé aussi par ceux des trente qui s'étaient réfugiés à Eleusis. La malheureuse Athènes , déclarée en trois factions , se vit de nouveau menacée sur terre et sur mer par Lysandre et par son frère Libys. Elle n'échappa de ce péril que grâce à un heureux hasard. Sparte comprit enfin quelle haine lui attirait Lysandre : Mégare même avait osé s'en rendre l'interprète , en refusant le droit de cité demandé par Lysandre pour Her-,
i Lysias, 1. c. ,. pag^ a53^.
a Oljmp. 94 : àt Janvier à Mars 4^3 ayant J.. CL
mon, qui avait le plus contribué au succès de la bataille d'iEgos Potamos ^ Pausanias , avec quinze autres commissaires , arrêta les démarches violentes de Lysandre et ramena la paix. Toutefois il paraît qu'il y eut dans cette conduite de Pausanias plus de jalousie contre Lysandre que de désir d'épargner Athènes ou d'assurer Tinfluence de Sparte. Aussi cette paix dèvint-eUe le sujet d'une accusation contre lui. Le traité qu'il fît, portait que les trente et les compagnons de leurs excès, ainsi que les personnes qui , parmi les trois mille , ne voudraient pas se Soumettre à la démocratie, iraient habiter Eleusis, et que les autres Athéniens auraient la faculté de constituer l'état comme ils l'entendraient. Il était impossible , sans doute , que dans un petit espace deux états ennemis , issus de la* même ville , pussent perpétuer leur existence; 41 y eut bientôt des dissentions nouvelles. Cependant les chefs du parti d'Eleusis se laissèrent amuser par des propositions de paix et furent tués par trahison ^. Ce fut le dernier acte de violence de ce temps : le peuple reprit son ancienne constitution^. Non ^ seulement Thra^
M^tB
1 Deihosth. in Arist, , pag. 6a i , édit. Bekker. Léè Megàtf eus répondirent que dès que Hermon serait fait Spartiate , ils le feraient aussi Mégarien.
a Octobre 4^3, olymp. 94, 3.
3 Andocide , Trepi tSv fJLVffrnpMV , édit. Bekkèr, ]^ag. 1 08 j Keiske, tdm. lY^ pag. 39. — woXftiVfaidti Âhpbttiiiç kàtfret
sybiile fit proclamer une amnistie assurée par des sermens formidables >, mais il fut formellement déclaré que l'on en reviendrait aux lois de Dracon , telles que Solon les avait laissées subsister, et à la constitution de Solon. On décréta que les améliorations proposées d'abord au peuple seraient ensuite examinées dans le conseil. Là toi\t citoyen pourrait prendre part à la délibération sur les innovations , qui, une fois adoptées, seraient confiées à la garde deTaréopage, pour que les magistrats |ie pussent plus s'en écarter. Les lois furent de nouveau écrites sous le péristyle où elles avaient été effacées ^. En même temps on s'appliqua à répandre parmi le peuple des exemplaires des lois de Solon. Les A4J[iénîens , n'ayant point l'avantage de la presse , furent obligés de confier toute' cette opération à Nicomaque, qui s'en acquitta assez arbitrairement , sans que jamais le manuscrit décisif fut produit : le travail n'était pas achevé, que déjà les circonstances étaient changées^. Le rétablissement de l'indépendance d'Athènes tenait surtout à la reconstruction des longs
Tflt TTtfTpitfr, VOjLlOtÇ JV ^nffBsU ToTç toXeéVOÇ , KOtl fJLfTfOtÇ
xep t^feifx^et iv rS ^porâff Xf^^^* ifriffav /^'cty ^po^JVif,
i Andocide, 1. c. , pag. iio.
a Ibidem.
3 Ljsias, KoLTei. 'StKOfxd^ov , édit. Bekker, pag. 373.
murs que Sparte n'eût jamais permise pendant la paix 'y mais bientôt elle fit aux Perses une guerre qui , réagissant sur toute la Grèce , laissa les Athéliiens maîtres de leurs murailles, mais qui augmenta d'un autre côté l'influence persanne. Les Spartiates, désormais , occupèrent dans Thistoire la place des Athéniens , ce qui, les éloigna des principes de leur constitution, qui n'était nullement faite pour un peuple conquérant. D'abord ils firent éprouver aux Éléens et aux Messéniens , établis sur une terre étrangère., les accès de leur humeur; puis ils tournèrent leurs vues vers TAsie. Depuis' long-temps ils y avaient des gouverneurs sur la côte^et dans les îles : leurs généraux crurent enfin qu'ils pourraient faire des conquêtes dans l'intérieur du pays. Cependant Sparte était moins qu'Athènes encore à même de 3e maintenir dans la possession de contrées lointaines sans opprimer les alliés. Les géuéraux et les igouverneurs exercèrent, sur les ville» soumises à leur commandement, des actes dç dureté. Cléarque , qui figure dan^ la retraite des dix mille , alla jusqu'à maltraiter Byzance. L'expédition des Grecs contre Artaxerxe fut ime des causes éloignées du rétablissement de la liberté d'Athènes. Tissapherne, qui avait rendu au roi des. services si essentiels contre Cyrus et ses Grecs , avait autrefois gouverné l'Ionie : après là mort de Cyrus , on lui donna tous les pouvoirs , toutes les dignités de ce
prince, et il retourna de la sorte dans son gouvernement, Tput aussitôt il voulut signaler son retour par la soumission des villes grecques. La plupart implorèrent le secours de Sparte , qui d'abord envoya Thimbron avec une armée composée d'élémens divers * ; mais bientôt les plaintes contre ce chef arrivèrent de toute part : il n'était pas capable dailleurs de conduire un siège. On remplaça donc Thimbron par Dercyllidas , plus façonné au genre de talent nécessaire en Asie 2. Déjà Spatte songe à l'oppression plutôt qu'a la délivrance des -Grecs : une des principales raisons qui empêchent les Perses de renoncer à leur domination sur les villes d'Asie , c'est que Sparte ne veut point retirer ses gouverneurs. Cependant on abrogeait les institutions que Lysandre avait données aux villes d'Asie. et aux îles: en même temps son influence diminuait à Sparte ; mais il fallait absolument qu'il jouât un rôle, et il ne pouvait y parvenir qu'en paraissant à la tête d'une armée , ce qui n'était guère possible autrement qae par un changement dans les constitutions de Sparte. L'occasion parut favorable ; le roi Agis était mort, et son frère Agésilas disputait le trône à Léotychide, fils de ce roi. Agis avait prétendu autre-
1 Sept., 4oo ay. J. G., olymp. qS , i. Xénoph. , Hellénic[. , liy. III , chap. 1 .
2 ÂvifP SbKtaV ÙVCtl fJlAXct [JLp^CtVtKOÇ.
fois que ce Léotychide était le fils d'Alcibiade et non le sien; mais au moment de mourir il Fayait reconnu. Agésilas n'en contesta pas moins sa lé^timitè dans rassemblée de la nation ; il était surtout soutenu par Lysandre * , qui pensait qu'un boiteux sans apparence, et que lui-même avait poussé au gouvernement, ne manquerait pas de rester dans sa dépendance; mais bientôt il vit son attente trompée. Dès qu' Agésilas fut roi , il ne mit pas moins d'em-
1 Plutarque a réuni plusieurs ane^cdotes pour faire connattre la fierté de Lysandre. Dans une querrile de limites avec les Argiens, il montra son glaive comme devant suppléer aux preuves qui manquaient à Sparte. Il répondit aux Mégaréens, qui s^exprimaient avec beaucoup de liberté , que de pareiU discours avaient besoin de remparts. Il dit aux Béotiens qui hésitaient k accorder le passage aux Spartiates, que toute It question se réduisait à savoir* sHls passeraient en portant leurs lances droites ou renversées. Les anecdotes de Plutarque pouvant paraître suspectes, nous allons emprunter à Xénophon (Hellenic. j liv. III, chap. 3, au comm. ) un trait qui prouve quelle était sa présence d^esprit. Il s^agissait de savoir lequel des deux , d^Agésilas ou de Léotychide , recevrait la couronne. Diopèthe, homme expert en fait d^oracles, dit en faveur de Léotychide, qu'aune réponse d^Apollon ordonnait de se bien garder d^un règne boiteux. Lysandre répondit que la divinité, sans doute , n^avait point f ouln par là daigner un roi devena boiteux par accident ^ mais qu^il s^agissait de ne point laisser le gouvernement à des mains étrangères à la famille royale ; que si le pouvoir sortait de la race d^HerCule, il ne manquerait pas d^étre boiteux. Sur cela , rassemblée conféra la royauté à Agésilas.
pfessement qae Lysândre à obtenir le commande- OMpt en Asie. Xénophon , qui devait le mieux connàitre son journal et ses intentions, dit formelle* ment qu'il avait secrètement la volonté de faim des conquêtes en Perse. Il ajoute que cela était dans la
pensée de beaucoup de Grecs. Xénophon a peutêtre mis un peu d'exagération^ dans les éloges qu'il nous fait d'Agésilas. Il passe rapidement sur sa violente querelle avec Lysândre ; mais d'autres auteurs nous apprennent cependant que celui-ci était aigri à tel point, que sans la guerre de Corinthe il aurait opéré une révolution à Sparte et détruit la royauté. Cette guerre eut pour causes, d'abord lesprogrès d'Agésilas contre la puissance persanne; puis le mécontentement des Grecs, excité par la rudesse Spartiate, qui se faisait sentir surtout dans les fonctions temporaires que les citoyens de Lacédémone exerçaient tantôt dans une ville , tantôt dans une autre ; enfin on voulait une indépendance réeUb au lieu d'une ombre de liberté. Déjà la nombreuse armée d'Agésilas , familiarisée avec la vittoil*e , s'était enrichie du pillage des provinces pèrsannes ^ ; déjà une flotte était équipée et les dissentions des deux satrapes de l'Asie mineure , Tissapheme et Phamabaze , avaient été habilement -mises à profit, lorsque tout à coup la guerre de Béotie commanda le retour
1 De 396 - 394.
d'Agésilas en Europe. A peu près dans le même temps Conon , qui depuis la bataille d'jJEgos PotaiQOS vivait chez Évagoras , roi de Chypre, ami des Adiéniens j.fut présenté au roi de Perse par Phamabaze, comme étant l'homme qu'il fallait opposer aux Spartiates à la tête d'une flotte ^ D'un autre coté, Tithrauste fut feit satrape de Lydie et d'Ionie à la place de Tissapherne. Tithrauste envoya de suite le Bhodien Timocrâte en Grèce avec d(5s sommes considérables, afin d'y exciter des twuWes. Conçu revint alors en Cilicie avec l'ordre de le soutenir en tout. Les Phéniciens , les Cypriéns et toute la cote s'empressèrent d'agir pour Conon; en peu de temps il eut une flotte considérable. Par malheur Agésilas, au lieu de laisser le commandement à un homme «expérimenté., le donna à Pisandre, frère de sa femme.
Pendant que les Spartiates étaient ainsi menacés sur la mer Egée d'une tempête capable d'interrompre les communications entre la patrie et le victorieux Agésilas, les. Béotiens et surtout les Thébains commencèrent à se soulever. J^ faction de Lysapdre ne pouvait pardonner aux Thébains de n'avoir point voulu attaquer les Athéniens dans le Pirée, ni d'avoir empêché les Corinthiens, de livrer leur contingent; enfin, elle leur gardait un ressen-
1 Juin SqS.
(175) liment profond de ce qu'ils avaient résolu avec force de ne se point soumettre sans restriction à la puissance dominante. Xénophon avoue que ce fut moins l'or des Perses que l'ambition des Spartiates qui fit naître cette guerre d'abord appelée béotienne, puis corinthienne ^ Ce ne fut qu'un vain prétexte que la querelle des Locricîns d'Opuntium, soutenus par les Thébains, avec les Phocidiens, qui recoururent à Sparte. Rien de plu$ commun alors que de pareils différends; ils s apaisaient le plus souvent de gré à gré. Lysandre cependant entra Gï Béotie avec des troupes considérables d'alliés; mais les Thébains envoyèrent à Athènes une ambassade qui obtint la promesse d'un secours. D'un autre côté, Corinthe refusa de marcher avec les Spartiates. Pausanias fut envoyé au secours de Lysandre, mais il ne fit point diligence , et Lysandre , qui l'avait long -temps attendu sur les bords de FHaliartus,
1 Xénophon , lir. ITI , chap. 5. « Les Spartiates te. soave- I naient aussi qne les Béotiens n^ayaient pas voulu permettre ff k Agésilas de sacrifier «en Aulide , et qu^ils ayaiént rejeté de t Tautel les yictimes immolées ; enfin , que nul d^entre eux ( n^arait pris part à Pexpédition d^Agésilas. Les Spartiates « considéraient que le moment était yenu de conduire une « armée contre les Béotiens et de rabaisser leur orgueil : les « affaires d^Asie étaient brillantes , Agésilas remportait par- K tout la victoire ; et dans Pintérieur de la Grèce aucune guerre t n^mpéchait Texécution de cette vengeance. "
livra, sans lui, un combat dans lequel il périt Pausanias, arrivé trop tard sur le champ de bataille, donna l'exemple, unique depuis un temps immémorial, d'un roi de Sparte et de son conseil» obtenant la délivrance des morts en pactisant par la promesse de sa retraite. Dé retour à Sparte, il (ut jugé et condamné ; il se sauva à Tégée. Les Corinthiens se déclarèrent de suite contre Sparte. Les Béotiens et les Athéniens marchèrent contre le Péloponèse : l'on se rencontra à Sicy one , et le combat , quoique avantageux aux Spartiates, n'eut rien de décisif Alors il fallut rappeler Agésilas^ il prit, pour revenir, le chemin suivi autrefois par Xerxès. En Thessalie il fut sans cesse attaqué par ceux de Larisse , de Scotos et de Pharsale ; il marcha ensuite ' jusqu'en Béotie sans être harcelé^ mais là il troma «. sur son chemin des Béotiei^ , des Athéniens , des \ Argiens , des Corinthiens , des .£nianiens , des Ëa- J béens et des Locriens des deux cités. Il y eut à ^ Coronée ^ ime sanglante bataille ; selon Xénophon, 3 la victoire d'Agésilas fut complète j d'après d'autres , autorités , il demeura seulement maître du champ . de bataille : ce qui est çert^iia , c'est que l^ ^nt^Ulj^ de Coronée ne rétablit pas la prépondérance des Spartiates sur terre, tandis qu'elle fut anéantie sur mer.
Conon, dès qu'il eut réuni assez de vaisseaux, mit à la voile pour rechercher la flotte Spartiate
commandée par Pisandre; il la rencontra au nord de Rhodes. Le choc eut Heu au commencement cTAoût, non loin du promontoire de Cnide. Pisandre iîit défiiit, et les gouverneurs de Sparte furent obligés d'abandonner les îles et les villes de la côte. Leurs vaisseaux ne pouvant plus tenir la mer, Athènes rétablit sa flotte : aussi tout lavantage de cette guerre iut-il de son côté. Thrasybule et Chabrias se distinguèrent dans le commandement maritime, et Iphicrate introduisit dans l'armée de 4erre une tactique nouvelle. On nomma guerre corinthienne les hostilités contre les Spartiates, parce que les alliés partaient de Corinthe pour leurs expéditions, de même que Sicyone .était la place d'armes des Spartiates. Ce fot vers cette époque que l'art de la guerre devint véritablement une science. Mous indiquerons aiUeurs ses développemens jusqu'au temps d'Alexandre. Malheureusement la guerre devint aussi un métier, les citoyens libres abandonnant le service à des mercenaires et. cherchant à se conserver à leurs professions et à leurs affaires K Les diverses maBoeûvres exécu^s par Iphicrate et par Agcsilas, seraient intéressantes saiis doute pour la science miUtairej mais les grands résultats furent surtout déterminés par les affidres navales. D'abord les Athéniens se relevèrent ^ puis les Perses devinrent en quelque sorte arbitres
X Xénophon, HêUtnit,, liv. IV, ch. 4-
entre les Grecs. Dercyllidas cependant avait défendu contre Conon et les Perses , Sestos , Abydos et THellespont ; de là la flotte persanne avait fait voile pour le Pélopônèse : Conon persuada à Pbamabaze <pie le rétablissement des longs murs serait utile j en ce que sa patrie deviendrait contre la puissance de Sparte le boulevard le plus formidable. Grâces'à l'argent. des Perses, à l'activité de tous les Athéniens, et à l'assistance des Béotiens, il fallut peu de . temps pour reconstruire les longs murs. Les Spa^ tiates désespérèrent dès -lors de pouvoir ressaisir leur prépondérance sans le secours des Perses ; ik s'adressèrent donc à Tiribaze. Quiconque connaît, l'état actuel de l'empire turc, ne verra. rien d'extraordinaire à la conduite de Tiribaze , qui osa*s'(^ poser à .Pharnabaze^ quel que fut à Suze le crédit ^ de celui-ci, et qui écouta plus favorablement Tambas^aide de Sparte que les envoyés. d'Athènes,. Cenon , Hermogènes , Dion , Callisthène e^t Callimédon L'ambassadeur de Sparte, Antalcide ,;dit à Tiribooe que Conon trompait les Perses ^ qu'on leur céderait volontiers l'Asie ; que les îles et les- états de la Grèce seraient entièrement indépendans ; qii'il était donc inutile que la Perse perdît des hommes et de l'argent à faire la guerre à Sparte. Toutefois, Tiriba;se n'osa point agir ouvertement contre Pharnobaze, et provisoirement il se boiTia à fournir secrètement des subsides pécuniaires , répondant aux Athéniens
qu^avant de rien décider il attendrait les ordres du
roi; mais il partit enfin lui-même pour aller à la
cour. Avant son départ, il avait fait jeter Conon
dans les prisons , où il le ftt ensuite tuer. A Suze ,
il obtint le pouvoir de traiter les affaires de^ Grecs
sur les bases que proposaient les Spartiates. Antal-
âde, qui l'avait suivi à la cour, en rapporta des
propositions de paix conformes à ses yœwC : il fut
autorise à annoncer aux Grecs que, si les Athéniens
et leurs alliés n'y souscrivaient pas , le roi se dé-
darerait pour Sparte. Assez forts désormais pour
maintenir avec succès leur puissance maritime, les
Athéniens commencèrent par s'y refuser; mais la
fortune les avait abandonnés : leur ami Pharnabaze
fiit rappelé des provinces du Bosphore pour épouser
la fille du roi. Son successeur, Ariobarzanes , ligué
avec Tiribàze, soutint si vigoureusement Antalcide,
qu'il put tenir Içi mer avec quatre-vingts vaisseaux,
rendant impo^ible toute navigation des Athéniens
vers le Pont-Euxin^ et par là même empêchant l'ap-
provisionnément de leur ville. Sparte saisit cette
occasion de séparer Atliènes de la ligue et d'assurer
de la sorte sa prépondérance sur le continent. Elle
engagea le roi de Perse , ou plutôt Tiribàze, à se
relâcher de ses prétentions , en ce qui concernait
Lemnos , Imbros et Scyrus , qui , depuis Cimon ,
étaient restées soumises à Athènes.
Les députés de to\is les états de la Grèce com-