‹ Histoire universelle de l'antiquitéChapitre 10 sur 18 · II · texte numérisé non relu

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parurent devant Tiribaze pour recevoir de lui les ordres du grand roi. Tiribaze agit comme -s'il avait affaire à ses subordonnés ; et cependant tous , à l'exception des Thébains, accédèrent à cette pak.^ Pour reprendre leur attitude militaire , les Spartiates se firait donc 1<5S exécuteurs des volontés du roi de Perse. Xénophon lui r même, guidé par la seule prudence politique , vante les avantages d'une paix à laquelle il fallut bien enfin que les Thébains se rangeassent , puisqu'ils étaient abandonnés de tous les alliés 2. Au contraire, Isocrate, ce grand orateur athénien est l'éloquent interprète des sentimens qui devaient animer tout homme impartial. Après la paix d'Antalcide f les Spartiates ne furent pas moins orgueilleux qu'après la prise d'Athènes. Ils s'attar

1 En Juillet 387. Xénophon doi^ae textuellement ce traité, liv. y, ch. 1 , §. 3i. « Artaxerxe, le roi, tient pour juste que <c les villes d^Asie et les îles de Clazomène et de Gh3rpre loi (( appartiennent; que toutes les autres villes grecques, grandes K et petites, soient déclarées indépendantes, à Fexoeption de (c Lemnos, d^Imbros et de Scyros, qui appartijendrpnt aux (; Athéniens comme par le passé, «^es états qui n^accepteront u pas cette paix, seront attaqués par terre et par mer, etc.*

a Xénophon , Hellen. , liv. Y, chap. 1 , à la fin. Les Lacédémoniens reçurent de nouveau Corinthe dans leur ligue. Ils délivrèrent toutes les villes de Béotie de la dépendance où elles étaient de Thèbes , chose qu^elles avaient long - temps souhaitée; enfin, ils défendirent aux Argiens de recevoir Corinthe dans leur alliance, menaçant de les attaquer s^ils nMva suaient le territoire de Corinthe.

(«79) chèrent surtout à empêcher toute liaison entre les diSerens états. Cet esprit de fédération se montra principalement en Arcadie et dans le pays de Chalcidie sur la cote macédonienne de Tlirace. Olynthe, devenue assez puissante par son commerce pour entretenir une armée de dix mille hommes , avait conçu le projet d'une ligMe entre les Grecs de ce pays : des députés de toutes les villes devaient gouverner en commun. Jusque-là les Grecs ignoraient absolument Fidée d'une confédération dans le sens moderne de ce mot ; leurs alliances étaient si relâchées, qu'elles méritaient à peine ce nom ; ou bien c étaient de simples prétextes pour subjuguer les faibles. Acanthe et Apollonie ne virent pas autre chose dans là proposition d'01}~nthe : elles invoquèrent la paix dictée par le roi de Perse, et demandèrent Vassistance des Spartiates chargés de la maintenir. Les Spartiates permirent à Eudamidas de réunir des troupes; cependant les véritables desseins d'un parti , soit qu'ils exisussent dès-lors , soit qu'ils fussent nés de l'occasion , étaient d'humilier Thèbes et de l'enchamer à Sparte , ses rapports avec les quatorze autres villes de Béotie la rendant toujours fort dangereuse ^ Eudamidas prit les devants; son

1 Phœbîdas aTait-il , ainsi que le prétend Diodore , Tordre d'agir comme il le fît, ou bieù saiyit-il son propre moayement, c*est ce qae Ton ne saurait décider après tant de siècles. Xénophon se déclare pour la dernière opinion , mais

frère Phœbidas le suivit avec des renforts ^ ; il devait lever le plus de troupes possible parmi les alliés. A Thèbes , les deux premiers magistrats , Isménias et Léontiades , étaient à la tête de deux factions opposées. L'un , favorable à la démocratie , fit proclamer une défense de participer à l'expédition des Spartiates. L'autre, chef du parti oligarchique, leur promit de puissàns renforts si l'on faisait triompher sa faction. Il profita d'une fête pendant laquelle l'entrée de la citadelle était permise aux femmes , y introduisit les Spartiates , puis , avec leur secours , opéra sa révolution. Isménias fut pris , on persécuta les siens , et plus de quatre cents des plus considérables citoyens furent obligés de s'enfuir la plupart à Athènes. Pour maintenir leur discipline, les Spartiates condamnèrent Phœbidas à une amende pécuniaire, comme ayant, sans mission ,. tenté une chose importante ; mais dans le fond ils étaient loin d'improuver cette action. Une. commission fut envoyée à Thèbes , et sous la direction de trois Spartiates Isménias fut condamné à mort. Xénophon,

cela présente deux contradictions. D^abord les Spartiates Qonservèrentla citadelle^ ils écoutèrent fayorablemenè Léontiades, quand il vint couTrir Finjustice d^un prétexte honnête. En second lieu , Agésilas protégea tellement Phœbidas dans la suite, qu^il est évident quHlj avait de fortes raisons de ne point laisser entièrement condamner Fentreprise. A Mai 38a, olymp. 99, a.

qui toujours épargne les Sparilaies, doime cependant à entendre ici que les chefs d accusation n'étaient pas bien démontrés , et que pour cette raison on se borna à lui reproclier vaguement son espiit remuant ^ La garnison lacédémonienne occupait toujours la Çadméa (citadelle de Thèbes). A la fin de la guerre d'Olynthe, Sparte semblait être devenue plus puissante et plus grande que jamais, au moyen

1 Ncms allons transcrire ici le passage de Xénophon ; on verra avec cpielle adresse procédait, dans ces sortes d^affaires, le sénat de Sparte. « On yonlait conserver les apparences d« (( la justice : le tribunal n^était donc pas composé des seuls ,( Spatiales, il y entrait aussi des citoyens des villes alliées, a mais ils étaient absolument sous Fiufluence des Spartiates, « dont les trois commissaires les observaient et les taeiBaient a sans cesse. ^ On lit dans les Hdléniques , liv. Y, cliap. a : a Ils envoient des juges ^ savoir : trois Spartiates et un pour (( cbaque ville, grande ou petite,. des alliés. Ceux-ci réunis (t pour jnger Isménias, on Fàccusa d'avoir^ entretenu des lîait, sons avec les Perses, sans quMl en fi\t résulté un avantage « pour la Grèce, (on dit d^Antalcide, qîi^étant ami par Fhosc pitalîté avec beaucoup de grands de Perse , il parvenait « mieux à remplir ses vues a Suze , et les Spartiates eux-mêmes « trouvaient que c^était fV* iycAtù tHç EAAo/bç). On accusait c de plus Isménias d'^avoir reçu de Targent du roi , et d*avoir, « avec Androcléidas , occ^sioné la plupart des troubles de la « Grèce (il s^agit des guerres de Béotie et de Corintbe). Is» « ménias se défendit fort bien') maïs il ne persuada point h « ses* juges qu'ail n'^était pas un homme remuant et dangereux a {fjLtyetXo^fdyfjLBôV rt Keù KctKùTrfotyfXûûV tlrau)* Il fut dono a condamné et exécuté. '^

de la paix d'Antalcide. On n'en eut que plus de sujet de s'étonner, quand on vit que. c'était assez de quelques Thébsdns fugitifs pour mettre à découvert la faiblesse intérieure de ce colosse.

Si les Spartiates se fussent souciés. de la liberté delà Grèce, au lieu d'attaquer Olynthe, ils l'eussent protégée ; car elle était à la tète d'une ligue qui s'étendait depuis la Thrace jusqu'au détroit de Pallène et à Potidée ^ de plus , elle avait chassé de Pella, leur capitale, le^ rois de Macédoine, et de la sorte^l'indépendance des Grecs- était assurée par les plus fertnes soutiens, depuis les frontières de la Thessàlie jusqu'au Bosphore, et jusqu'au fond de la Macédoine. Cependant cette ligue ne pouvait t'ésister long -temps à Sparte. Il est vrai qu'Ëudamidas était tpmbé devant Olynthe après des succès éphémères ; que Téleutias , frère d'Agésilas , ne fut pas plus heureux j mais Sparte résolut enfin de faire

avancer contre Olynthe une armée considérable.

Les deux rois marchèrent donc à la destruction de la liberté *. AgésipoUs contre Olynthe , et Agésilas contre Phliunte. Quoique Agésipolis nîourùt dans l'expédition, les Qlynthiens ne purent résister; Polybiades, qui remplaça le roi dans le commandement, les contraignit par la famine à capituler; alors cette cité fut placée dans le même état de

1 38i-38o ayant J. G.

soumission où étaient déjà toutes les autres, à l'exception d'Athènes. Les rois de Macédoine reyinrent à Pella, et les petites villes liguées autrefois avec Olynthe , isolées désormais , furent abandonnées au pouvoir des Lacédémoniens. Ce fut précisément sous l'empire de ces circonstances , si dé&vorables à toute entreprise contre Sparte^ que l'on vit éclater dans Thèbes la révolution qui changea toute la face de la Grèce. Xénophon trouve ces événemens si extraordinaires, qu'il a recours aux dieux, moyen qu'il ne met réellement en action , ni dans ses Mémoires sur Socrate, ni dans aucun autre endroit de son Histoire de la Grèce. Il prétend que la vengeance des dieux peut seule expUquer les malheurs de Sparte après la défection de Thèbes. Or ^ les dieux étaient irrités de ce qu'au mépris de leur serment de laisser libres toutes les villes de la Grèce , les Spartiates avaient injustement continué d'occuper la citadelle de Thèbes. On dirait que , par cette intervention des dieux , l'historien n'a d'autre but que de ternir l'éclat des actions des deux plus grands hommes de Thèbes. U y a lieu, de croire que la révolution fut d'abord entreprise, comme toutes les autres , par des honmies poussés par tout autre mobile que l'amour de la hberté. Épaminondas n'y prit part que quand il s'agit d'expulser les Spartiates , et Pélopidas n'y joua d'abord qu'un rôle

secondaire ^ Phyllidas, greflSér des polémarques, initié à tous les secrets du gouvernement^ oligarchique, fut celui qui conçut le plan de renverser ce gouvernement à l'aide des fugitifs qui étaient à Athènes. II. fît tourner à la perte du pouvoir la -sécurité avec laquelle il se reposait sui:'la garnison Spartiate. Il se' rendit à Athènes ; là il s'aboucha avec Mellon, et, dans la ferme persuasion que le peuple thébain se lèverait sur-le-rfxamp contre l'oligarchie , ils convinrent ensemble que l'on tuerait LéojQtiades et les deux polémarques f Archias et PhiMppe, et qu'ensuite on proclamerait la liberté. Mellon n'amena que six conjurés quand il entra dans Thèbes à la nuit tombante ^. Phyllidas les fit d'abord cacher, puis il les conduisit chez les deux polémarques , qu'on surpiit à un festin , et dont on eut bon marché ; après quoi , .trois des conjurés pénétrèreilt , à l'aide de Phyllidas , dans la maison de Léontiades. Cet homme frugal venait de terminer

son repas -, assise à côté de lui , sa femme filait

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1 Les auteurs difierant ]}eaucoup les uns des autres, il serait facile de faire une longue dissertation sur la foi due aux sources et sur leurs rapports en tire elles : toutefois cela serait superflu. IVIanso, qui avait sous les yeux le$ travaux de Gillies et de !{^itford, a beaucoup éclairci ce-6uj.et, et nous sommes d^ac* eord avec lui , quoique prenant les choses un peu diversement en ce qui concerne la Ih^nière dp les saisir. Yo^ez la oparte, tom. III > pag. 13 0.

9 Décembre 379,

Phyllidas ayant annoncé qu'il venait de la part des pol^marques, la porte lui fut ouverte, et Léontiades tomba victin^e de sa* confiance. Les rhéteurs de Béotie ne pouvait tirer aucun parti de ces récits horribles , leur^ donnèrent* une tournure moins atroce *. Les anecdotes ont peu d'intérêt pour la marche de Thistoire; tous les auteurs s'accordent sur ce point , qi^inmiédiatément après la mort des trois principaux oUgarques , on rendit la liberté aux nombreux prisonniers d'état Dès- lors les conjurés ne fiirent plus les principaux personnages; on vit paraître sur le premier plan des hommes tels qu'Épa^iinondas, Gorgias, Pélopidas. Heureusement pour les Thébains , la citadelle manquait de vivres , et la garnison fut obligée de se rendre dès le mois suivant ^. Après la retraite des Spartiates , trois^ choses occupèrent, les conseiUers. du "peuple thébain : il s'agissait de savoir^comment on résiste^ rait à l'inévitable attaque des Spartiate^; comment on gagnerait les Athéniens , et comment on ressaisirait ({uelque prépondérance sur les villes de la Béotie. Il ne paraissait pas difficile de gagner les Athéniens ;

1 Voyes Plutàrque , Vie de Pélopidaà.

a JanTier 878. Diaprés une indication dont la justesse nous parait dontense, elle était de 1 5oo hommes. Xénophon, le témoin le plo^ digne de^foi , dit qu^il n^y avait que très -peu de soldats. Manso a préféré Tautre version , et nous aimons mieux le suivre que de discuter longuement.

deux de leurs -stratèges avaient secondé les' exilés Thébains quand ils partirent d^Âthënes pour retourner dans leur patrie ; ces stratèges ne demandaient qu'un prétexte convenable pour appeler le peupif à la gue^-re ; Timprudence du Spartiate Sphodrias leur en fournit l'occasion. A la\ première noVivelle du siège que soutenait la garnison dans la citadelle de Thèbes, Cléomb rote 's'était avancé avec des trou-» pes, mais il était arrivé trop lard, les Athéniens, commandés par Ghabrias, lui ayant fermé le 'chemin d'Éleuthères ^ Cependant il avait laissé Sphodrias pour gouverneur à The^pies. Celui-ci crut qu'il lui serait possible de s'emparer du port d'Athènes, de se venger ainsi du refus . d'accorder Ue passage à Cléombrote , et qu'en même temps il s'assurerait des Athéniens. Cette tentative ayant échoué , ils eurent une' raison apparente de faire cause commune avec les Thébains *. Ils équipèrent donc une flotte , et deux fois envoyèrl?nt des secours contre les irruptions d'Agésilas en Béotie.

t .Chabrias avait avec lui des amies à la légère (peltastes), qui tuèrent de leur propre mouyement i5o tratneurs. Les Athéniens alors, pour ne point entrer'en guerre ayec Sparte, punirent les deux stratèges qui avaient favorisé Pentreprise de Mellon.

n Dinarque rapporte ce fait tout autrement. Selon lui , un décret du peuple prit' part, dès Forigine , à la condtute des fugitifs Thébains , et les Athéniens concoururent à la prise de la citadelle. Y. Dinarchus contr, Demost. , éd. de Bekker, p. 1 57.

A cette époque Chabrias , à la tête des Athéniâis , déployait une égale habileté sur terre et sur mer; elles Spartiates ne purent accomplir leur vengeance contre Thèbes. Épaminondâs s'appliqua dès-lors à perfectionner l'ensemble du systènie militaire, et Pélopidas créiji ce bataillon sacré qui acquit tant de gloire. Non contens de protéger Thèbes, les Athéniens équipèrent, sous Timothée, une seconde flotte , afin d'u^guiéter les Lacédémoniens jusques dans le Péloponèse. Timothée en fit le tour, prit Corcyre, la* fit rentrer dans la ligue , et remporta une victoire signalée sur une flotte que les Spartiates envoyèrent à sa rencontre ^ Les deux grands hommes , dont le génie se manifeste dapis toute la suite des événemens relatifs à Thèbes , profitèrent de ces circonstances pour créer une puissance militaire toute nouvelle, et pour rjemettre leur patrie en possession de la prééminence sur la ligue dont les doutés se réunissaient dans le territoire de Coronée. La ligue se composait de quatorze villes, chacune ayant ses archontes ou polémarques : les béotarques étaient nommés par l'universalité de la ligue. Mais Thèbes reprenant la suprématie qu'elle avait avant la guerre de Corinthe, ses béotarques

1 C«la ent lieu en Juin 3^6 \ dès Septembre de Tannée précédeiitc , Chabiias avait reàiporté une grande • yictoire navale.

étaient ceux qui conduisaient réellement toutes les affairés. Athènes , si eUe nJeût été entièrement absorbée par Ist guerre contre Sparte , ii'âurait pas souffert probablenMBnt que les Thébains fissent rentrer les villes de Béotie dans Fancièn état de soumission ; quand elle y songea, c'est à peine s'il était temps encore d'y remédier. Aigris, contre Thespif» et contre Platée, les Thébains avaient étrangement abusé de leur puissance sur les citoj;Qp8»de ces villes; ceux-ci s'adressèrent à Athènes , et lès affaires prirent une autre direction ^ , les athéniens n'ayant jamais voidu concéder aux Thébains la possession

1 Isocrate, de pace. Nous ne poayons nous empêcher de rapporter ici une observation fort juste.de Manso ( Sparte , tom. III, p. i3&, note b) , sur Tusage qu^on. faH des discours des rhéfeuFS. « On ne Teut que des renseignçmens^ ^on se u fait un systèoie de recueillir des faits , et y on n'y regarde « pas de si près. De nos jours on ne fait pas assez d^attenn tion à cela , quand il s^agit de nombres , de date< ou de u faits isolés^ Toutefois il en faut juger diversement quand il tt s\igit de vues générales; alors les rhéteurs ont tout au moias (c Tautoiité que pourrait avoir aujourd'hui un journal officiel a ou une gazette de roppositîon/* Du reste, Diodore , t. II, pag. 38, Ht. XV, chap. 46, à la fin, édit. de Wesseling,' dit: « Que cette fois encore les Athéniens se souvinrent de leurs (t anciennes liaisons avec Platée." Les Platéens, leurs femmes et leurs enfans se réfugièrent k Atl^ènes , où ils reçurent les droits de cité des Athéniens* eux -mêmes f le peuple* était plein de oomn^isération pouK eus {S'tet T»v ^fti^TortiTo, rou

de Platqe et de Thespies. De plus, les Thébains commençaient a armer une flotte ; la guerre les enrichissait , tandis qu'elle appauvrissait Athènes ^ car les 'pirates .d'Égine inquiétaient lé commerce par leurs captures. ^

Athènes, d'abord, songea à conclure avec Sparte une paix'séparée; mais ce pian fut entravé par les affaires de Zacynthe , de Gorcyre et de toute la côte occidentale» de la Grèce , et Ton en revint au roi de Perse , sol&cité déjà par plusieurs ambassades des Athéniens^. Epfin, les députés de tous les états de la Grèce réuiiis à Sparte , proposèrent un traité de paix sur les liases de celui d'Antalcide. Il paraît que les menaces de la Perse venaient appuyer ces

propositions 5. La liberté de toutes les cités qu'on

1 Xénophon, HelUn,, Iît. VI, ch. a, au commeneement.

a Cest 'k cela cpilsocrate fait allusion dans son discours sur la paix. « Quelle^ yille de la Grdde nWonSrUous point ap- « pelée il x^oitre alliance, quand on se liguait contre Sparte? f Que d'^ambassades n^ayons-nous pas envoyées au grand roi « pour lui faire comprendre qu^il n^était ni juste ni utile c ouViie seule yille régnât sur tant d^autres ? "

3 Juillet 373 , oljrmp. 103 , 1/* année. .Je n^aime pas k citer Diodôre 9 dcpourvae de critique , Fabsence de toute notion est en général préférable }l son autorité; mais ici ce qu^il dit est à la fois trop précis et trop vraisemblable pour être rejeté. Edit. de jWesseling , tom. II , pag. ^1 , §. 5o :. a Artaxerxe , qui « avait appris que de grands désordres dechiraient.de nouveau « la Grèce , envoya une ambassade pour sommer les Grecs « de mettre un terme à leurs guerres intestines, et de con-

( i9« ) reGlamaît en ce moment , était désormais aussi avantageuse aux Athéniens qu'aux Spartiates , dont Tinfluence au dehors du Pélopoçèse avait entièrement cessé, Thèbes seule pouvait perdre à cette condition.. Les grands hommes qui la dirigeaient alors le savaient si bien, qu'ils éloignèrent la conclusion de la paix adoptée par les autres états.' Ces hommes, Épaminondas et Pélopidas, deviennent, à dater de ce moment, les principaux persçÂiiages de l'histoire générale , et d'autant plus qu'Âgésuas ftit empéclié ; par sa santé de tenir souvent la campagne. Xes prin- j cipes d'Épaminondas étaient entièrement opposés à ' ceux des généraux de Sparte et d'Athènes : on l'appelait disciple de Pythagore , parce qu'il l'avait, été d'un de ces hommes qui pouvaient se vanter d'avoir L conservé pures les doctrines de l'école de ce phi- ilosophe; Épaminondas était distingué par son élo- ' quence , sa douceurj , ses coi^naissances pratiques ' dans le maniement des affaires , dans-l'art de la guerre et en mécanique. A l'occasion de la signature du traité de Sparte , son éloquence et les vives couleurs dont il peignit la tyrannie des Spartiates, firent une

<{ dure une paix générale sur le même pied que la précédente-

a Toutes les villes y consentirent avec joie, excej^té. Thèbes ,

fc qui voulait retenir toute la Béotie dans sa dépendance,

(c et qui fut exclue 'de Falliance commune à raison de ce que

le ses envoyés n'avaient pas juré le traité pour eux seuls, mais

« pour tous les Béotiens. '^

telle impression sur tous les ambassadeurs , qu'il causa peut-être autant de mal aux Spartiates que Pélopidas en avait fait peu auparavant à leur réputation militaire, lorsque., à la tête de 3oo honunes, auprès de Tégyre, il cpm]battit avec succès un nombre double de Lacédémoniens. Cet exploit inspira au bataillon s^cré une telle confiance eil tui-même,que Plutarque affirme que de ce moment jusqu'à la bataille de Ghérenée , il ne futjaniais vaincu \ Les Spartiates , par suite de la paix , retirèrent tous leurs gouverneurs ; Qéombrote se disposait à quitter la Phocide, m&is il reçut l'ordre formel de vaincre d'abord leè Thé-' bains et de rendre aux villes de Béotie leur indépendance. Les Thébains refusèrent de déférer à cet ordre : leur armée vint à Leuctres se présenter

1 Plutarqne parait plas exact en ce point que^ selon luî^ le coimbat de Tëgy re est PelFet du hasard , les Thébains* ayant ren<Jontré l^s Spartiates ^i , de Locris , marchèrent contre Orchomène^ an moment où ceux-ci Tenaient de s^en retirer, plutarque fait battre 3oo hoplites thébains contre deux mores Spartiates ^ et à cette occasion il nous dit qu^Ëphore coi^ptait cinq cents hommes par chaque more} Callisthdne 700, Polybe ^o. Diodore (II, p> 3i, $. 87 ) ne donne aux Spartiates que le double ^es forces thébai'ntts , mais il raconte le fait tout autrement. Ce sont les Thébarns qui attaquent Orchomène. Il ajonte : « Que jamais on n^avait rien 9u de pareil; qu^autre- « fois on regardait comme un grand avantage de pouvoir ré- « siater *à peu de Spartiates avec des forces sup/érieures. Aussi « les Thébfins, plus célébra désormais, aspirèrent sans dé- (c tour au premier rang des états de la Grèce. **

à celle de Sparte. Dq)uis le combat de Tégyre , le bataillon sacré des Thébains . composait une division séparée , commandée par Petppidas'^ ;* ÉpaminOndas avait le commandement gé&éràl. Pour la première fois les Spartiates, furent va^acus en bataille rangée : quoique leurs pertes fussent, peu de chose, celles qu'en souffrit leur f éputation furent immenses. Le charme était rompu : îsocrate dit avec raison, que si les Thébains avaient su s'^élever au-dessus de leurs intérêts 2- que,, s'ils avaient alTranchile Péloponèse, la guerre était terminée. Si l'on jen excepte Orchomène, les Arcadiens désiraient fondre en un tout démocratique tous leurs petits états, dont le centre serait établi dans Mégalopolis , ville qu'on se proposait de bâtir. Toutefois les aristocrates des diverses cités étaient contraires à ce plan, et les Athéniens ne voyaient pas ition plus sanç inquiétudes les Thébains étendre leur puissance sur le Péloponèse. Les gouvememens aristocratiques forent appuyés par Sparte; alors le3 Thébains, alliés à l'Élide et aux Argiens, qui les appelèrent, vinirent

1 Plut, in Pelopid, Nous passons sous silence ce qui coueeme sa séparation d^a^^c sa femme , et ce qu^il dit dans cette circonstance; ces détails se' reproduisent si souvent dans cet auteur, qu^l est impossible -de distinguer le yrai de Tinyention. Dioda^e de Sicile rapporte encore d^^utres '^particularités au sujet de la résolution de livrer bataille.

a Isocrate, de paç9.

(»95) (ians le Péloponèse avec une armée dans laquelle il y avait des Eubéens de toutes les villes, des Locriens^ des Acamaniens, des Héracléotes, des Maléens e% des cavaliers de Thessalie. Épaminondas et Pélopidas , auxquels les autres Béotarques abandonnèrent le conunandenient , parurent donc avec 40,000 hoplites sur la frontière de Laconie^ Bientôt Épaminondas apprit que les Athéniens se déclaraient pouf* Sparte, et qu'Iphicrate devait lui couper la retraite. Cela ne l'empêcha point d accompUr Faction la plus éclatante de toute la guerre^ : il rétablit une nation anéantie par Sparte : pénétrant dans la Messénie, il fit un appel à la liberté et bâtit une ville qu'il appela lyiessène. De plus , il fit lies distributions de terres aux alliés qui le secondaient, et mit dans la ville nouvelle une garnison thëbamè. Alors les afiaires changèrent de face; les Athéniens tachèrent de ressaisir leur puissance navale, Lycomède voulut créer une république d'Arcadie, et tous, les Thébains, les Athéniens, cçnune les Spartiates, envoyèrent des ambassades au roi de Perse pour lui demander des secours.

Les Thébains voyaient menacer leurs frontières du côté de la Thessahe ; souvent Gorgias , Pélopidas , Épaminondas combattaient chacun des en-

1 Fin de 369.

a Janyier 368.

II, l5

(194) neinis différens, contre lesquels il leur fallait emplÇKyer parfois les armes de la diplomatie, et parfois celles de la guerre. Dans les négociations, les Spar« ûàtes acquirent chez les Perses une t^Ue influence, qu'Ariobarzane dépécha Philiscus a Delphes pour rétablir la paix sur le pied cje celle d'Antakide. Mab les Thébains ne Toulnrent point abandonner leur nouvelle Messène ; l'argent des Perses fut donc prodigué par Philiscvis aux Spartiates , et les Thébains n'eurent phts d'autre ressource que de s'a* dresser eux-mp,mes à Suze*. Alors le roi de Perse Tit à. sa cou^ toute ime assemblée de députés grecs, knploran^t une paix dont ils lui laissaient le. s^ de (Ëcter les conditions* Le Spartiate Euthyclès y était àrrÎTéle premier; bientôt, pour le contredire^ Pélopidas était venu avec des députés de la ligué de Thèbes. il- se montra si entendu dans Fait ées négociations, qu'il y acquit presque autant de gloire

1 QBoique Diodore ne soit pas entièrement d^accoidr &▼•• Xénophon, il n^jr a point d^nTraiscmblance dans ce qu^ dit lilr. XV, chap. 70. «Après cela Philiscus, envoyé par le roi (( (dans Xénophon il y a ^tXs^KOç AfivSiivoç Tretpai Âptofiùtf-' , (c Çeivovç^ ^ùitfJLOLToL e^SùV TToAXflt), vint en Grèce (sèlpn , « Xénoplioa, k Delphes) ,. où il iniît*les Grées k faire la p«k , «entre eux. Tous y déférèrent, à Fexception des ThékaiM, « qui, fidèles à leur principe {Ketrâ riv iSietv VTFimtffiv)^ a et voulant à toute force prendre sous leur protectorat tonte « la Béotie , rejetèreint la proposition. La paix n^ajal&t point (c lieu , Philiscus laissa aux Lacédémoniens denx miMe homttief

que sur le champ de bataille. Pélopidas savait sou* tenir à G6%é des mœurs persannes, la dignité du caractère grec; U est vrai qu'alors le grand empire se gpuTemah k peu près comme ces hommes dont la mollesse et la lâcheté incline toujours à faroriser cdui qui a 1^ plus de puissance , ou celui dont ils ont le plus* à craindre. Jusqu'alors cette politique avait profité aux Spartiates; mais peu à peu la re*nommée de la puissance thébaine vint à Sote. Lit bataiUe de Leuctres et la prépondérance de Thèbesr déterminèrent le grand roi |l se la rendre fiivorable* Les déptttés(f Athènes, Timagoras et Léon, n'étaioit pas ménve d'accord entre eux; il ne faut donc pas /étonner si, dans les négociations, eè fin Pélopidas qui l'emporta , lui , qui abandonnait Tolontiei^ à Timagoras tous les présens, tous les boott^iird ^ tous les avantages offerts par les Perses»

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ft «P^Hte y àtmt la tolàé tu/itptéit , et repartit pour FAsle. ^ Ainsi -què^noi* rappttnd Démotth^ne dans Axistote y p. . $^ » •d. de B«kkeT| ce PliiUsciis était commandant de troupes grec^ (jues au serrtce d^Ariobarzane \ pour le gagner, les Athéniens loi donnèrent le droit de cité. Démosthène dit de lui , Cjut/o*- M^ii [juif roTç iv tlffit9» ^évoiç , i^i S^ùXùv ÉX^iff^ovrof, [iiytrroç f%f rSf VTrip;^^* Cet honnàé poussa si Uin ses ^Biamt^s contre les sujets grecs de la Perse sur THeUespont^ ^ denx citojrens de liampsaque » Thersagoras et Exéceste, le taérent et s^enfuirent à Lesbos , où ils furent bien reçus en leur ^palité de meurtness d^un tyran , par ces mêmes Atbé- Jêeù» qtà <Y»ent iotaiè hf droit de cité à PliiMstus.

(196) Ceux-ci lui laissèrent le soin de tracer les conditions qu'il dicterait aux Grecs- au nom du- roi : elles furent lues à tous les ambassadeurs. Messène désormais serait libre; les Athéniens n'ei]iyef*raient plus leurs flottes au loin , sous peine de voir réunis contre eux tous les Grecs. Les représentations de Léon, député d'Athènes, firent modifier cette clause^ m^is tout l'avantage du traité raita aux Thébains, qui . furent chargés de l'exécution àjes résolutions du. monarque persan..

Quand il fut question de le ratifier, ni le^ Spartiates, ni les Athéniens ne voulurent y. aoeéder, et Timagoras fut condamné à mort pour n'avoir point résisté à Pélopidas. Les men^res.de la ligue théhaine ne furent pas plus ç^tens. : au .lieu d'tm msdtre on leur en donnait ^n iiutre. Cependant il y eut à Thèbes une assemblé^, géniale de députés grecs; là un. Perse, venïL avec Pélopidas, donna lectiu*^' pubUque des conditions ; mais on s'excusa de jur/er le traité, sous prétexte de déÊiut de pour voirs. Puis , quand les Thébflfins envoyèreht d?ms les différentes villes pouD demander ces^ pouvoirs, les Corinthiens, dont l'exemple fut suivi par tous, répondirent qu'ils ne voyaiient pas pourquoi ik viendraient prêter la force du serment aux propo-^ sitions du roi de Perse, aveô lequel ils n'aVaient rien à démêler. Ces réponses eurent pour effet d'anéantir tout pe^qu'avaituégocié Pélopidas. Toutefois.

( 197 ) le but principal était atteint : car le roi , désormais , devait fournir aux Thébains les subsides que jusqu'alors il payait aux Spartiates. Nous aurons occasion de parler ailleurs d'autres négociations de Pélopidas, heureuses d'abord, mais qui le mirent bientôt dans les mains du cruel tyran de Phères : nous ne touchons ici ce point qu'en ce qu'il a de commun avec les derniers événemens de sa vie. Tandis qu'Épaminondas consacrait toute son attention àùx affaires de FArcâdie, de l'Achaïe, de l'Éhde,. Pélopidas ne songeait qu'à venger sur le tyran sa captivité 4 qu'à réunir à la Ugue thébaine une partie de la ThesSalie, et lorsque les Thébains envoyèrent du secours à ceux qu'opprimait Alexandre de Phères, il saisit avec ardeur cette occasion. D'abord il voulut marcher en qualité de Béotarque; mais le peuple s'effraya d'un présage. Cependant Pélopidas ne se découragea pas. En ThessaUe la gloire de son nom réunit promptement assez de soldats pour 'livrer bataille au tyrans Déjà la

1 Flotarque se sert de cette circonstance pour relever sbn kéros. Nous citons ce cp^l dit, afin de foire "voir combien la passion est , pour les hommes , un mauvais guide , et comment la Grèce y méconnaissant tous les principes' de la liberté, était mare désormais pour la monarchie. On ne cessait de négocier ayee la Perse, et les deux états qui jadis portaient si haut leur amour pour l^ndiépe^dance , avaient maintenant pour appuis dcnx crueb asurpatenrs. « Ce qui excitait surtout

victoire se déclarait pour Pélopidas, ijuand son imprudente vivacité lui coûta la vie. Alors, la ven* geance iayant exaspéré les Thébains, ils reiupor* tèrent un avantage complet Vers ce temps, les Thessaliens. furent obligés de leur fournir nu contingent ^ pour une expédition dan$ le Péloponèse. lies Ârcadien^ y avaient pris tout à coup une icoportauce extraordinaire, née de la confusion des affaires, de rabaissement de* Sparte et de la i^enaissance de Messène. Un homme entreprenant, Lycomède , sut profiter des circonstances ^ il sut

« Pélopidas, o^st qu^il regardait comme une beUe action, M c^est ^^il tenait à honnenr, de marcher contre nn tjrran dans a un ten^ps où les Spartiates 'envoyaient des généraux et des (c gouverneurs , à Denys, tyran de-Sicile , où les Athéniens re« n cevaient une solde d^Alexandre de Phères, et faisaient élever K sa statue dans leur ville, comme celle d^un bienfaiteur. ^

1 Plutarque, in Pelopid., vers, Jin*'uties Thébains, quand « ils apprirent la' mort d« Pélopidas , lie remirent pas d^oii « instant leur vengeance ; ils marchèrent sur-le-champ avep ({ sept miUe hoplites et sept cents cavaliers , sous la conduite « de Malcitus et de Diogiton. Alexs^dre était déjà* affaibli } « on le forçi^ aisément à rendre aux Thessaliens leurs villes , (( à ne plus inquiéter Lès lifagnèt^s, les Pthiotes^ les Achéens} « à retiirer ses garnisons. On le contraignit aussi de jurçr de (( marcher partout oî^'les Thébains TappeUeraient. ^ On voit encore ici combien Diodore est peu exact. Jl di^ «pie depuis la délivrenoe de Thébes , P^pidas fut Motari|ue chaque an? fiée. Plutarque , plus sensé , dit senleinent qu^il fut toujoiiiv ou béot^rqoe, on commandAnt du battillon Bs^çté*

arrêter qaelqae temps le projet conçu par Épami- Hondas^ de siibstitcier les Ttiébains aux Spartiates dans la .suprématie du Péloponèse. Lycomède fit construire une nouvelle capitale de l'Arcadie ; enfin il alla jusqu'à déterminer les Arcadiens à renoncer à l'alliance de Thèbes pour en conclure une avec Adiènes. Quand on reçut à Athènes la nouvelle de cette résolution des dix mille citoyens qui représentaient le peuple d'Arcadie , on fiit quelque temps embarrassé : il paraissait étrange d être à la fois en relation d'alliance avec les Lacédémoniens et avec les Arcadiens» -leurs ennemis. Cependant les Athéniens se décidèrent à accepter cette alliance, pen^ sant rendre un service aux Lacédémoniens en fai* sml ainsi sortir les Arcadiens de la ligue de Thèbes. Lycomède, voulant conclure lui-même, les difiîèrentes clauses du traité, s'embarqua poiu* Athtoes. Par malheur il fut mis à terre précisément danè le lieu où fi^ tenaient ceux que lui et ses démo* cnutes avaient exUés : ceux-ci le tuèrent et tous ses projets s'évanouirent avec lui^ Désormais les Ar<cadie«s se bornèrent k des incursions dans l'Élidê et chez d'autres peuples : ils pillèrent les trésors du grand temple de la contrée appelée Olympie; mais les habitans de Mantinée et une grande partie de la nation virent cette action avec déplaisir. Il

1 366 ayut i. C.

s'éleva ensuite de si violentes dissentions entre les Arçadiens, qu'une faction eut recours auxThébains; la majorité cependant désirait la paix; eUe s'opposa à l'intervention étrangère. Ëpaminondas était alors béotarque j craignant que Thèbes ne perdît son influence dans le Péloponèse, il fit décréter une ïiouvelle expédition ^ D'ailleurs les Tégéates, les Mégalopolitains, les Aséates, Içs Palantien» et d'autres petites cités d'Arcadie, désiraient aussi la continuation des troubles. Ëpaminondas entra dans le Péloponèse à la tête d'une armée de Béotien^, d'Eubéens et de Thessaliens , tant de ceux d'Alexandre de Phères que des ennemis de ce tyran 2. Là il eut pour auxiliaires, outre ceux que, nous venons de nommer, les Argiens et les Messéniens. Quant aux Arçadiens, ennemis des Thébains, Athènes et Lacédémone avaient résolu de les secourir les 'armes à la main. Ëpaminondas attendit en vain dans son camp de' Tégée que la terreur inspirée par sa marche lui sbumît encore d'autres villes. Sa tentative de surprendre Sparte en l'absence d'Agésilas, échoua complètement; la valeur extraordinaire des Spartiates qui étaient demeurés dans leurs foyers,

i 36a aT, J. C.

2 Les Phocidiens, dit Xénophon, ne marchèrent point; ÎU prétendaient n^étre obligés à autre chose qu^à secourir Thèbes, si elle était attaquée par des étrangers , sans que les traités pussent les contraindre à prendre part à une guerre offensive.

ayant répandu parmi les Thébaîns une terreur panique. D'un autre côté , la cavalerie athénienne paralysa l'effet d'une entreprise s^ur Mantinée. L'honneur dlÊpaminondas ne pouvait plus être réparé (jue dans une bataille rangée ^ Toutes les forces de Sparte la lui présentèrent à Mantinée, et pour la seconde fois la supériorité fut disputée dans une action décisive. La valeur et l'expérience d'Épaminondas l'emportèrent encore; mais il périt, et les deux armées étaient tellement épuisées ^ que le re- " ' \

1 Le 4 Juillet 36a. Vojrez, sar beaucoup de détails qui ne peurent entrer dans une histoire générale, la Spartade Manso, tom. III 7 pag. 189-195^ et quant à Fattaqae tentée sur Sparte etaax divergences des auteurs , 'voyez le 10.* supplément.

a^ Le portrait que Diodore fait d^Épaminondas sent un peu le rhétenr : beaucoup dç choses pourraient être considérées différemment. Toutefois ce poftrait é^nt celui qu^oii «dopte Çénéxalement , nous.aUons le transcrire ici. Liy. XV, ch. Ç8 : Si qnelqu^un veut comparer les qualités éminentes des généraux d* Athènes avec celles d^Épaminondas , il> verra que ces dernières remportent de beaucoup. En effet, il ne troA* ▼era dans çhaciin des autres qu^un seul genre' de mérite à lui attribuer -y Épaminondas les réunissait tous. Outre la force dn corps, et Thabileie du discours , il avait une ame élevée y désintéressée, juste ^ et, ce qu^il y a d^essentiel, sa valeur et sa pénétration le mettaient, dans Fart de la guerre, audessus de tous les autres. (Test pourquoi, tant qu^il vécut, sa p2^rie fut au premier rang^ mais elle en descendit et tomba de commotions en commotions dès qu'ail eut terminé sa carrière. Enfin , Finllpéritie de ses chefs la conduisit à sa destruction et à Fesclavage de ses citoyens. ^

pos suivit cette bataille. Alors une paix générait assura imdépendance de tous les états, et rangea les Messéniens mêmes p^rmi les peuples libres. Si la fierté de Sparte ne lui permit pas de souscrire à ce traité, du moins. eUe, cessa de fomenter des désordres, et le résultat fut le même que si elle eût formellement aqcédé à la paix.

Affaires de Thessalie; guerre des ailles des Alfiiniens ; commencement de la guerre sacrée.

Le temps des républic|ues était. passe. Dans la confusion générale, des hommes- tels qu'Âgësilas, Épaminondas , Pélopidas , Timothée , Iphicrate\ pouvaient bien sauver momentanément la patrie, mais non pas rétablir l'ordre. Cela n'était désormak possible tpi'au pouvoir dictatorial : or ai Grèce il ne Êdlait pas y songer. Un monarque paraissait donc nécessaire à la prospérité de ce pays. Mais où prendre les élémens d'une .monarchie légale, px)pulaire à la fois et non usurpée? La Prpvideûce y pourvut, et la fit venir du seul pays qui jouit alors, et depuis un temps immémorial, d'un gouvernement que, selon nos idées. actuelles, nous appelleriôm constitutionnel. Il est évident que dans les états libres du Sud il lie pouvait naître qu'un despotisme militaijhe. Un coup d'œil rapide sur l'histoire de Thessalie, où il venait de se former une monaf-

chie, fera .voir qu'on n'en devait pas attendre autre chose. U y eut de tout temps dan^ les villes de cette contrée une sévère aristocratie , assez semblable à la chevalerie du moyen âgej le campagnard thessalien avait beaucoup de rapports avec les serfs. L'administration des affaires était, pour l'ordinaire, entre les mains de certaines familles , ou plutôt des grands propriétaires, comme dans le moyen âge elle appartenait aux possesseurs des premières baronies. Quelquefçis un prince s'élevait, et réunissait sous sa. domination plusieurs villes: Ainsi Polydamas à- Pharsale y Jason à Phères , s'étaient emparés du pouvoir vers le temp où Thèbes secoua le joug des Spartiates. Jason , le plus puissant de ces tyrans, c.omprit que la réunion des deux états ferait de la T&essalie un royaume important U avait de gr?pds biens , des intelligences dans Thèbes et be&ucoup de mercenaires. C'était, de plu^, tùa homme recommandable sous les rapports moraux 9 exsxpljé quand son ambition était intéressée à une affaire ^ Polydamas était juste, il aimait la patrie , il exerçait , selon l'usage de Thessalie , l'ho^italité avec splendeur; enfin il se fiait à l'attachement des familles aristocratiques de Pharsale, qui lui avaient confié. leur citadelle et l'administra-

i Plntar^e , JUipubl. gkrendœ prcfcepta^ chtp. a 4* ''asob disait que, pour éxxt juste ea |;ra]idy les petites injustices étaient nécessaires.

tion des revenus, dont il rendait oompte chaque année. Souvent il suppléait de ses propres fonds à l'insuffisance des deniers publics , attendant qu'il y en eût assez pour se couvrir de ses avancer Sa puissance, sa richesse,' sa splendeur, ne pouvaient se comparer à celles de Jason, qui avait déjà soumis Larisse et beaucoup d'autres villes*. Néanmoins, celui-ci, ne voyai;it aucun moyen de le perdre, rechercha son amitié, m'engagea à un^ conférence pour aviser au moyen de rendre profitable à leur patrie les querelles des Thébains et ^s Spartiates. C'était après la bataille de Leuctres , dans le temps où , sans nuire à ces derniers , Jason était entré en Béotie pour complaire aux Thébains. Il convainquît Poly damas de la possibilité de fonder en Thessalie une puissance capable de subjuguer toute la Grèce, et celui-ci se mit en route comme envoyé de Jason, pour offrir son alliance aux Spartiates; mais ils se souvenaient de son apparition en Béotie l'année précédente, après la bataille de Leuctres. D'ailleurs une aUiance conclue avec un tyran était une chose inusitée, et ses propositions étaient trop, étendues pour qu'on pût leur accorder aucun assentiment

1 Jason dit à Polydamas (Xénqpli.', liv. VI, ch. i) coni' ment il a discipliné son armée, comment il se Test 'attachée , et comment il Fa remplie d^amonr de la gloire. « Déjà, ajoutea t-il, j^ai soumis les Maraces, les Dolopes et Alcetas, h^t parque d^Épire. "

Les deux souyerains de la Thessalie se bornèrent donc à la réunir d'abord en un seul état L'inter* vention de Pplydamas fit nommer Jason chef suprême (Tagus) de là Thessalie.

Cet empire devint Supérieur à toutes les puissances de la Grèce, et il aurait infailliblement pris la place que prit plus tard la. Macédoine; mais plusieurs circonstances s'y opposèrent La noblesse, au lieu d'être obéissante comme en Macédoine, était ombrageuse et jalouse. Jasen n avait que des mercenaires ,' que le plus léger mécontentement ou même un embarras de finances pouvait détacher de sa cause. Enfin, les deux hommes célèbres de Thèbes avaient, dans les affaires générales, une tout autre influence que lui. D'ailleurs Sparte et Athènes eussent opposé à Jason des généraux bien plus

habiles xjue ceux qu'ils envoyèrent plus tard contre

Plûlippei Au surplus, Jason si^vit entièrement la joiéme marche qu'adopta dans la suite ce roL La Phc^de fut aussi le lieu qu'il choisit pour ol^^erver le moment d'entrer en Béotie. Lorsqu'il j eut pris pied, il s'unit à la Macédoine, comme Philippe à la ThesMie. Enfin il créa de même une armée formidable de troupes légères S d'hoplites, de cavalerie, dirigeant les manœuvres, changeant et per-

1 XéaophoD y HelUnic. , UV. YI , ch. i , à la fin. On y voit q[ii*U met avr pied plus de 8000 cavaliers et plus de ao,ooo hoplites.

fectionnant sans cesse rorganisation militaire; et surtout, occupant toujours l'armée, même en temp de gaix*^. On rattacha à la nouvelle principauté les Dryopes, les Dolopés et les hâbitans des m'ontagn'es qui entourent la Thessalie. lason soutint m Eubée le tyran Néogène. La Macédoine^ alors déchirée de dissentions intestines , et réduite à 6es contrées 'de l'intérieur, (ut obligée de reconnaître la puissance de ce prince. Les Molosses, depuis appelés Épn rotes, suivirent aussi -ses enseignes, et pour h première fois ils ^'élevèrent à la civilisation, qui les rangea parmi les états de Tontiquité^ H y a sur Timothée et sur Épaminondas deux anecdotes

Ola

1 Xénophon, *J7e/lemc. , lir. YI , charp. 1, pag. a35. H fait dire à Polydamas, lorsqà^à Sparte 11 parle d« «on nouTel ami» ^^1. ne se passe point de jour qu*U n'exerce sea aoldata \ il ajoute que lui-même, pesamment armé, est toujours ^ la tétt de sa troupe , soit k la manœuvre , soit, à la guerre \ qa?il exclut de son armée les eiirôlës {^vovç) qui ne peuvent supporter les fatigues du service; Mais,- dît «il eaoora, <piaiid il T&it des hommes sY soumettre avec plaisir il les récompense par une double ou même par une triple solde, y joint d'antres présens , fait traiter ses soldats dans lés maladies et- leur rend les derniers devoirs , enfin , tous autour de lui savent que la vie la plus» agréables et les 'plus, grands honneurs sont dus à hi valeur militaire.

a Ceci a rapport à un passage de Justin , qui n'a pas besoin" d'être transcrit ici , et qui n'a pas non plus échappé à GiUies, quoiqu'il en ait fait un usage un peu différent {ihe Hist, ofGreece, eJ. Basil,, vol. IV, pag. i^^)»

qui ont éternise la mémoire des liaisons de Jason arec les plus grands généraux de la Grèce, de son infihience sur rassemblée du peuple à Athènes, enfin de sa grandeur d*ame*; Il eut encore ce rapport avec Pliilippcf, qu*il démolissait les murailles des villes qui faisaient obstacle à ses projets. Il voulait aussi gagner le peuple de la Grèce au moyen de jeux publics, et il tentait d'acheter tous les orateurs et tous . les hommes d'état dont Tame était vénale» La mort, en le prévenant, ôta à la Thessalie Fhonneur de tenir dans Thistoire générale la place rés^rée k la Macédoine. Sept jeunes gens tramèrent un complot contre le bienfaiteur de leur patiie, et le tuèrent en public : deux d'entre eux tombèrent sous les coups des gardes de Jason ^ , les autres

I Vojes Nepot, in Timotheo , chap. IV., à la fin. Jason ty^ rammu», gui iUo tempore fuit omnium potentissimus. flic cum in pmiiria sine satetiitibus se tutum non arhiiraretur , Athenas nte milo prstsidio vend , ' tantiquê hospitem fecil , ut mallet H ampitis pkricutum maire, ^arà Timotheo de fama dimicanti déesse, Hmne adversus tamen 7\motheus postea populi jussu heOtangessit , pair iitipse sanciiora jura quam hotpitii esse duxit. Cette guêtre eut sans doute poar motif le secoars accordé par Jason à Kéogène en Eabée. Voyez , qaant à Paiitre anecdote , Flntarqne, Bisg. et imperat, apophtegmata. Jason étant Tenn k Tlièbes et ejaat envoyé k Épaminondas , qui se trou- Tait dansPembarraf y aooa pièces d^or, celui-ci n'accepta point cet or , et quand il vit Jason il s'écria : dSitUùV ^tipSv etp^etç*

3 En 970.

(ao8)

furent accueillis et fêtés comme emiemis des tyrans dans les pays où ils se réfugièrent. U ne vint dans l'idée à personne, qu'en immolant un chef, ami* de l'humanité , ces honmies avaient livré letir patrie à d'étemelles discordes, à des maux infinis, et qu'ils en avaient fait la proie de sanguinaires brigands.

Polydore et Polyphron, frères de Jason*. lui ressemblaient peu j tous deux commencèrent par s'emparer du gouvernement : mais Polyphron ne tarda pas à se défaire de Polydore, et fut à son tour tué par Alexandre, son neveu; Le crime seul pouvait maintenir une puissance acquise par le meurtre : aus^les villes de ThessaUe firent-elles défecûoa^ La Ëtmille des Aleuades à Larissa se releva. Les onze ans du. règne. d'Alexandre ne furent qu'une suite de guerres et de cruautés révoltantes. Les ThessaUens, et siirtout ceux de Larisse, aj^lèrent les Macédoniens , et quand on vit que Ceux-ci

1 Nous ne pouYons mieux donner une idée de la situation des'choses qu'en empruntant les paroles de Diodore, liy. JCY» §. 61. «Alexandre, son frère (il y a dans Wessel. titj^^iJbt;), a régna onze ans. Ayant acquis lé pouvoir par la yiolencei u il gouyema en conséquence. Ayant lui les princes traitfieat « le peuple ayec douceur, et pour cette raison ils en étaient « aimés : quant à lui , il fut hai'^ parce qu'il agissait ayec c cruauté. Cest pourquoi quelques habitans de Larisse, de (c ceux qui sont* appelés Aleuades à cause de leur noblesse, K effrayés de ses actes arbitraires, se liguèrent po)ir mettre ua « terme à son autorité. Ils partirent pour la Macédoine» ..."

cherchaient à s'établir en Thessalie^ on eut recours aux Thébains, qui y envoyèrent Pélopidas. Ce fut peu avMit son départ pour Suze. Les circonstances étaient favorables : Alexandre, en querelle avec son frère Ptolémée, avait besoin lui-même de secours étranger. Il renonça donc volontairement à la citadelle de Larisse, et Pélopidas devint niédiateur en Thessalie, puis il le fut entre les princes de Macédoine. Il est probable qu'il emmena dès-lors en otage ce Philippe, tpiî depuis fut roi '^ Immédiatement après son retour de Perse, JPélopidos fut de nouveau envoyé en ThessaUe. Dans l'intervalle le roi de Macédoine avait été tué; Ptolémée s'était emparé du gouvernement. Les deux députés de Thèbes, Isménias et Pélopidas , eurent mission d'assurer les droits de Perdiccâs et de Philippe, frères du roi assassiné (P^iilippe vivait alors à Thèbes). Pélopidas réussit complètement; Ptolémée promit de n'administrer Tétat qu'au nom de Perdiccâs.

Lelégislateur thébain fut moins heureux en ThessaUe : se fiant trop à la splendeur de son nom et à la terreur inspirée par Thèbes , il se rendit avec Isménias auprès d'Alexandre de Phères , qui avait demandé une^entrevue , mais qui les fit jeter en prison. Lçurs compatriotes, ne pouvant laisser impimie une violation aussi manifesta du droit des gens.

1 Au commencement de 367

( 3io)

mirent alors en campagne une armée commandée par le béotarque Cléomène. Cette expédition des Thébains, ou plutôt des Béotiens, contre Alexandre de Phères ,- fit bien connaître que ce n'était point Thèbes^ mais seulement Épaminondas et Pélopidas, qui avaient arraché aux Athéniens et aux Spartiates leur prééminence sur la Grèce. Les mêmes Athéniens qui avaient fêté les meurtriers de leur ami, le juste et noble Jason, envoyèrent au se/cours du cruel tyran de Phères une flotte de trente vaisseaux,

mille hommes de troupes et leur général Autoclès.^ L'armée de Thèbes fut abandonnée de ses alliés de ThessaHe et contrainte de s'en retourner; elle eût été irrévocablement perdue, si Épaminondas, quoique sans mission, né s'était. adjoint à sa retraite. Les béotarques lui laissèrent le'cominandement, et 41 la ramena sauve dans ses fpyers. yne seconde expédition fiif plus heureuse : le. tyran jugea prudent de rendre la Hberté à Pélopidas, et à Isménias, et les Thébains, trop occupés des affaires de la

1 Cette inconséquence est reprochée aux Athéniens pai Démosthènes ayec beaucoup ât fin«s6^ et d^habileté,.<n ^mtocrmt., p. 592, édi^. Bekler. Les .Apophtegmes de Hatarque nous apprennent par quel moyen Alexandre gagna \ps Athéniens \ il leur pi;omit que la viande serait k très -bas prix. Épaminondas dit à cette occasion, qu^il ferait en sdrte que le bois ne leur coûtât rien pour la rôtir, et qu'en conséquence il irait couper leurs arbres.

Grèce, se conienlèrent de cette satisfaction. Cependant la tyrani|ie d'Alexandre devenant de plus en plus • insupportable , le mécontentement des Thessaliens fournit bientôt l'occasion de le combattre. Nous avons vu comment périt Pélopidas ^ ; la victoire de^'siens. permit à beaucoup de villes de Thessalie de reprendre leurs anciennes constitutions. Toutefois la puissance du tyran de Phères netait point affaiblie par cet échec : il équipa des vaisseâQix, pilla les îles, et, profitant de Tembarras où étaient alors les Athéniens, il surprit un de. leurs généraux, lui enleva des navires et six. cents hommes.'. Enfin i) . continua ses rapines sur terre et sur mer, jo^^qu'à ce qu'il périt victime d'une conjuration. Sa fiemme Thébé avait caché dans sa chambre à coucher ses frères Tisiphonûs et Lyco- I^tiroiit; elle fit donc tuer Alexandre et appela les Thessaliéns à la liberté. On «tait dans une *foie unir verselle: on décerna les plus grajids honneurs à Thébé et à ses fi*ères, pour avoir rétabli les an* eiennes aristocraties. Cependant, maîtres des trésoKS et des troupes du tyran , ses meurtriers étaient loin de vouloir renoncer ^à la souveraineté. Toutes les villes étaient en mouvement, et cela précisément

2 Démosthènes, in PolycL

dans le temps où Philippe de Macédoine songeait à s'aitacher étroitement la Thessalie.

Les Athéniens avaient repris leur prépondérance navale; mais ils lie coiliprenaient pas, on né* voulaient pas comprendre, que les temps étaiefat chaiH gés : au lieu de traiter avec les plus grands égards les places de commerce,. ils soliffrirçnt que leurs généraux, et même Timothée et Iphicrate colnmissent toutes sortes d'exactions. H paraît q^'Épaminondas essaya de tirer parti tle l'exaspération qui en fut la suite, pour conclure sous l'autorité des Thébains une ligue de puissances maritimes. Cependant ses efforts ne furent pas très -fructueux. Mausole D, puissant prince de Carie, à l'occasion des entreprises qu'il méditait sur Cos et sur Rhodes ^ , fut le premier qui parvint à réunir trois états en une Ugue formelle contre Athènes : c'étaient Chio, Rhodes et Byzance, laquelle , -non contente^ d'avoir établi un péage sur le Bosphore, avait pris déjà Chalcédoine et Sélymbrie ^^ Il fut stipulé qu'en cas de besoin on résisterait à force ouverte aux injustes- prétentions des Athéniens. Ceux-ci envoyèrent contre Chio une flotte et une armée 'sousl la conduite de Chabrias et de Charès; mais de leur côté, Mausole, Rhodes,

1 Démosthènes , Oratio de Rhodi'orum libertate , pag. a 54* édit. Tauchnitz.

a Idem, pag. aia.

Gos et Byzance^.y firent passer des forces à l'aide desquelltt les Athéniens furent repoussés avec perte : Cbabrias périt dans le combat V Alors commença sûir mer.-une guerre terrible au grand plaisir de Philippe, qui en profita pour étabUr sa puissance; elle duira trois ans avec une animosité toujours soutenue. Les alliés, ayant ravagé bnbros et Lemnos, les plus anciennes possessions des Athéniens dans la mer Egée , ayant attaqué Samos et toutes les îles , on équipa deux flottes, Tune sous le commandement de Charès,* l'autre sous celui de IVIénesthée, Ipbicrate et Hmothée. Charès s'unit à ses trois collègues; on fit voile vers Byz^nce ; on força les alliés à lever le siège de Sâmos et à fiiir dans l'Hellespont , où ils rencontrèrent encore les Athéniens. Malgré le vent contraire , Charès voulait livrer bataille; |phicratfe et Timothée s'y refusèrent^ Ce fiit ensuite l'objet d'une accusation portée contre eux ; et s'il en faut croire Dinarque, leur condamnation ne fiit pas tout-à-Êiit injuste. Ccftte circonstance amena inopi-

% "Démosûk.y in Leptin,, pag. a3a. On y Toit qa£ les habi- Uns de Ghio consenrérent à Chabrias tous les bonn'eurs qu^ils loi avaient décernés \ que jamais il ne perdit de bataUle j que d'une sei^e fois il enleva aux Spartiates quarante-neuf vaisseaux^ qu^il prit quinze villes; quHl ramena dans le port d^Athènes soixante et dix vaisseaux ennemis; enfin, quUl enrichit le trésor de cent vingt talens, et fit trois mille prisonniers. ,

nément la fin de la guerre ^ En.efiet, Gharès, par l'éloignement de ces deux chefe, devenait seul maître de l'expédiiipïi, étant le plus ancien. Il crut rendre un service important à sa patrie, en faisant entretenir l'armée et la flotte par l'étranger 2. Le satrape Artabaze était en guerre avec le toi de Perse: il implora le secours de Gharès et pourvut à l'entretien des soldats et des m^itelots. D'abord les Athéniens en conçurent une grande joie ; mais Us n'éprouvèrent pas moins de terreur quand ils apprirent que le roi de Perse ne se bornerait point à fournir de l'argent contre eux, mais *qu'il" ferait de plus armer trois ' cents vaisseaux. Une ambassade vint de sa part leur faire d'amers reproches, et il n'y eut plus d'autre moyen que de conclure proinptement la paix avec les trois états de la ligue.

1 Dînarqué, in Demosth. Timothée fat puni d^une amende de cent talens , ayant été obligé de convenir quMl avait reçu de l'argent «de» habitan» de Rhodes tet de Cbie. Il y a «utoç dans rédition de Bekker : toutefois Wesseling a proposé un changement. Ce passage reparaît da^s le discours contre Philoclem, pag. 190, et là on lit : etVTov /(ptffTO^Zv e^n , ce qui signifie : Aristophoa prétendait, etc.

a Si yotts en Croyons Démosthènes, il ne faut accuser ici que la mauvaise habitude des Athéniens , d'engager des mercenaires sans sinquiéter des moyeùs d'assurer leur subsistance , en sorte que le général dépendait de ses soldats. Démosthènes, I^hilipp. I', pag. 43 et 44» ïl «^ clair que sa pensée éuit occupée de cet événement.

Philippe de Macédoine devenait de jour en jour plus formidable, et la Grèce avait vu naître la guerre, sacrée , qui mit toutes ses républiques sous rinfluence de ta Macédoiae.

Pou|* en exjdiquer l'origine, il nous fiuidra parler de la cél^re assemblée des amphicty ons , de celle qui se rattachait au temple de Delphes. La sainteté de ce temple et .l'influence de l'oracle plus encore que l'antiqajté de cette, association» entretenaient les relations de consanguinité qui existaient entre les grands et les petits' états de la Çrèce. Ces relations survécurent à tous les temps , bien que les^ois qui les établissaient pussent souffrir Une interruption. . Douze peuples avaient pdrt à cette li-

gue ; chacun- jouissait tle deux suffrages qu'il pouvait exercer p^r autant de députés qu'il voulait, coinme autrefois les provinces des Pays-Bas aux états généraux. Il fallait bien d'^ailleurs que chaque peuple multipliât beaucoup ses * députés ; car le Dorien de Dorium ou de Clytinium avait autant de droits à être représenté .que celui de Sparte, et l'Athénien n'avait i>as plus de (Jroits aux suffrage» ioniens que l'habitant d'Érétne et de Priène. On ne s'étonnera donc pas de voir à. côté de toute la souche ionienuQ et de toute la souche dorienne, à côté de tous les Thes^aliens et de tous les Béotiens , -figurer aussi les Perrhèbes, les Magnètes, les Lck^riens , les Cftltéens , les Phtiotes , les Maléens ,

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les Phocidiens. Un serment les liait tous: non-sejalement pour des sacrifices communs-, pour Fentretien du temple, pour la tenue des^ fêtes; mais il leur défendait aussi d'anéantir totalement aucune des viUe^ de la Jiguc. Que si quelqu'un avait enlevé par la violence ce qui appartenait à la dîrâjité; ou s'il avait conçu seulement des projets coupable sur ce. que renfermait le temple, tou$, c'étail la' condition de la ligué, devaient s'unir et con* tribuer à la vengeance générale. ÏJifin le serment était fortifié d'une formule d'imprécation. Unepareille assemblée ne pouvait manquer d'être sous l'influence de Tétat le plus puissant,; aussi les hjé-' romnémons , les députés, ne se «plaignaient-ils que quand il y avait espoir de résultat^ Plus d'une fois Cirrha et Amphissa , près desquelles le temple possédait des prés et des. champs, avaient éprouvé la colère de la divinité. Solon même devait une partie de; sa réputation au zèle avec Jeqilçl il poursuivit les habitans de. Cirrha. Après liai' il n'est plus parlé du tribunal des amphictyons; les députés se bor* nent à régler les fêtes et les sacrifices, à recevoir, à dépenser les revenir. La raison en est peut-être que les trois peuples principaux, les Spartiates., les Athéniens et les Thébains , dont les neuf autres étaient les subordonnés, evqui tenaient à peu près l'équilibre dans l'^semblée, se trouvaient continuel* kmem eh guerre les uns avec les autres , et n'avaient

besoin ni des arme^^ ni des jugemens sacerdotaux. Après la bataille de Leuctres, les choses commenr cèrent à changer; après celle de Mantinée, et surtout après la paix, on chercha à détruire Tinimoralité des temps qui venaient, de s'écouler : on voulut rendre au cttlte son ancien éclat; enfin on donna au con^il desamphictyons une tout autre importance. Mais le but des Thébains était d'en faire un instrument pour l'abaissement des autres états. Les condanmations qui DCcasionèrent%la guerre, sacrée en sont la preuve : toute la Béotie et la plus grande partie de la Thessalie étaient soumises a Thèbes, et par là elle était assurée de la.pluraUté des voix. L'injuste occupation de la citadelle (ut un premier sujet de plainte; plus tard on fit un nouveau crime auï Sopartiates -de feurs dévastations .en Béotie; car dles étaient manifestement contraires au serment* Us fuient donc condamnés à une amende de cinq cents talenSy et comme ils ne la payèrent pas, elle fat doublée. Vei's le même temps ori pensa trouver l'occasion de nuire aux Phocidiens ; cela parut d'autant plus aisé que les peuples voisins du Pinde et ceux des défilés de Thessalie, enfin les Thessaliens eux-mêmes, se réigairent aux Thébains pour se

1 Eschiae, de falsa legatione, se fonde principalement sur ce point poor j.astifier la manière' dont on agit envers les Fhocîdiens^

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venger des défaites qu'ils avaient éprouvées pendant les dernières années dans leurs diverses incursions en Phocide. Quant aux Thébains, *Ieur irritation venait du refus des. Phocidiens de fournir le contingent que pendant long-temps ils avaient envoyé. S'il jen faut croire Âristote et l'historien Denis de Samos , cette troisième guerre sacrée eut encore un motif d'intérêt particulier *. Cepei\dant l'arrêt rendu contre la Pho'cide fut appuyé sur des raisons de droit Leshabitans de Oirrha^, ville située

1 Les renseignemens donnés par Pausanias, ne servent qoe d^introdactîon à ses descriptions, et suffisent à son bat, mais ils ne doivent éti'e regardés comme historiques que quand 'ils sont appuyés par'd^autres antoiités. Strabon , liv.-IX , p. 606, — édit. Falcon. , emprunte de fort bonnes choses à Éphore : :^ Diodore mêle tout, selon sa maniète oodinaire'^ néanmoins il

doit être ici regardé comme source principale. Quelque partial que soit Eschinc , il ne peut mentir beaucoup k canse des témoins assermentés qu^il învoqde. Le passage d^Anstote dont nous parlons, est an liv. Y, ch. 3, édit. de Gœtding; p.^ i58. Il y donne poux cause à la guerre sacrée, une querelle entre Mnaséas, père de Mnaeson, et Euthycrate, père d''Onomarque, an sujet du mariage d'aune héritière. 'l)uris le Samien, dans Athénée, liv. Xfll, pag. S60, raconte quelque chose de semblable, mais un peu différemment, ha guerre sacrée selon loi vient de ce qu^une- Thébaine , nommée Théano , aurait été enlevée par un f^hocidien : ce serait là le motif de l'occupation de la Phocide par les Thébains.

a Nous partons de Topinion de Falconer, qAi veut que Crissa soit 4^ancien nom de Cirrha.

à quatre-vingts stades de Delphes» au bord de la mèr, profitaient 'de leur position pour rançonner les pèlerins, et même ils avaient ^levé des femmes. Le rapt de la Phocidîenne Mégisto et de tpielques Ârgîennes 'avait autrefois causé une guerre de dix ans. .'Les Cirrhéens et les Acrogallides s^étant conduits comme des ' brigands , Solon accomplit la vengeance dif ine avec s*évérité : leuy territoire fut alors consacré aux dieux , le port fui comblé et la viUe rasée; enfin de terribles imprécations furent prononcées «contre quiconque entreprendrait de cultiver les terres. Le temps avait fiiit oublier tout cela. Mais les Locriens , et surtout teux d'Ozoles k Amphissa, s'étaient emparés du sol, et se montraient encore plus cruels envers les pèlerins que leurs devanciers. Les Thébains et leurs amis ne demandaient qu'tm prétexte contre les Phoeidiens, qui ne pouvaient pas se passer des terres adjugées au templd. Dans l'assemblée des ampbiciyons les voix étaient à la disposition de ces Thébains et'deà Thessaliens ; on infligea donc 4ine amende exorbitante aux Phocidiehs , pour une trèsnpetite portion de terrain cultivé par eux, et comme ils ne la payèrent pas , on procéda comme autrefois envers les Cirrhéens : les juges les mirent hors la loi , leur territoire fut déclacré«acré , 'et ils renfermèrent dans cette sentence tous ceux qui n'avaient point acquitté l'amende, et par conséquent aussi les Spartiates. Cette

décision fut gravée sur une colonne et publiée a Delphes.. Toutefois il n'était pas encore question de guerre; mais il est probable que quand même les Phocidiens ne se fussent pas laissé entraîner à un parti violent, par leur concitoyen Philomélus, les hostilités n'en auraieilt pas moins commencé, quoique peut-être un peu plus tard. Cet homme avait des raisons personnelles dfe souhaiter la guerre : il conseilla à ses compatriotes, en leur faisant espérer l'appui d'Athènes et de SpsMte, de faire tourner à leur profit une lutte inévitable, en s'emparant de * suiteM'un temple si riches Afin de se mieux assurer dans son entreprise, Philomélus laissa en Phocide ses frères Phayllus et Onomarque, et partit pour Sparte. Il est difficile qu'il ait, comme le prétend Pau^anias», ejnployé des voies de. corruption, car il avait. alors besoin de son argent pour lui-même; mais il est certain que Sparte lui promit de le soutenir. De plus , il recruta dans le Péloponèse deux à trois mille mercenaires , avec lesquels il marcha droit à Delphes, occupa le temple, et fit effacer le décret des'amphictyoiis.

1 Le tepaple était la psopriété commune de tous les Grecs; il était coDsac;ré non-seulement. à Apollon, mais à Latone, à Diane et à Minerve. Les Locriens cependant prétendaient à la possession de Delphes, et les Phocidiens, au moyen* de Fappui de Sparte, s^étaient toujours maintenus dans le droit de priorité pour la consultation de Foracle.

Philomélus chassa les ihracides^ espèce de lévites ^ ; puis il battit les Locriens d'Amphissa, éloignés de Delphes d'environ deux lieues, qui voulaient se^ courir le temple. Selon Pausanias, cet événement eut lieiï en la quatrième année. de la' loS.*" olympiade. Cependant on fçra bien de le reculer d'une année, la guerre ayant duré dix ans, et la certitude étant acquise qu'elle finit, en la troisième année de la 108** olympiade. Quand on considère la situa^on de laPhocide^ et les dispositions des Athéniens et des Spartiates, quand on songe à l'immensité des trésors du temple et à l'imionibrable quantité de mercenaires faméliquçs, qui parcouraienjt alors la CrècQ, on conçoit facilement comn^ent un si petit pays, put entreprendre et soutenir une guerre si importante.

1 n Taut mieux confesser, afec Wesseling, notre ignorance

9nr ce qn^étaient le^ 'thricidea, que de sorfir d^embarras,

comme Mitfbri, Hist, of Greece , toI. JV (1808, in-4-°)>

pag. 33a ^ Possihly having ,âome référence tq the Thracian fqun-

ders qf Grecian ceremoniea ^ rien.de pluÀ aisé que ces conjec-

tares en Pair.

a La.Phocide est un bassin en toute de montagnes,' dans lequel tingt. yiHes formaient tout autant de républiques. Ces Tilles, qui renfermaient dans leurs murs toute la population du pays , çuient ^ur de4 rocbevs fortifiés de tours : leurs députés composaient un congrès. Uamour des Phdcidiens pour Findépendance ne connaissait point de bornes : les deux«euU passages par où Ton pût arriver chez eux, éuient gardés par des places fortes, Élatée yers la Tbessalie, ParappUmioi yers la jBéotie.

Autour de Delphes il y avait partout des chefsd'œuvre de Fart; les métaux précieux ét^ent accumulés dans les temples K La guerre nécessita (}ès l'abord -de grandes dépense^ Phiiomélus avait' af- &ire à tous les Béotiens , à tous les peuples du Pinde. Cétait bien- peu 4e cho^e <jue'le Sjscours d'Athènes et de Sparte, 5St cependant de trois mille hommes son arm^ s'élève subitement jusqu'à dix mille^ mercenaires. Il est donc bien difficile de croire, ainsi que le veulent (quelques àutei^rs ,. qu'il n'ait point porté atteinte aux' trésors^ de Delphes. Pendant la première année il resta maître de cette

1 'Voyages du j'eune Anacharsis , chsLp, 29. — Démosthènes, de légat., et Isôcratle , Owat:' ad PÂi/i/». ^ ipréttomdalenl que les Thébains aTaienC aussi des yues sur le»- trésors du tempU. Mitford, qui oonçoit là ridicule pensée*, pag. 356, que Crésiu aurait déposé sou or dans un ttmple grec comipe à aii« maison de basque*, dit, tora. lY, pa^ 3 a 4*: Of this tha riches depo-> fited by Crœêus feem to haue remained jref ^hè largast portion, and ihe hiHorian (Diodore) seems to haué confiidtred them as unimpaired. But ihe- far more exact Herodotus assures us , that, even in his time , there had been beside toss bjr burning of th$ temple other lasses,

9- Mît£ord lesoutiemt) il ne veut j^ non plus qu^Onomarqne y ait touché. Cependant il avoue qu^Athènes reçut de Fardent, et que ce fut aussi par Farg^ir que fut gagne Ljcophron, alors tyran de Phères. Il est yrai que ce fût plus tard. Mitford croit que ces résultats furent obtenus par un impôt qne les Phocidiens léTèrent snr eux - ib^mes pendant les premières années de la guerre.

ville et tint la campagne avec avantage. L'année suivante les Béotiens, augmentèrent leur armée. Pjhkilomélus , abandonné de ses alliés , ne put résister à une armée de treize, mille hommes, il se retira; mais il fut contraint à. accepter le combat en un lieu déÊivorable : sa troupe, fut dispersée, et lui-même, après, s'être v^Uamment défendu, se précipita du haut d'un rocher ^ La guerre prit alors une autre tpunmpe. Onomarque se servit des tr^ors du temple, et. les Thébains lui laissèrent gagner du tanps, pendant qu'ils envoyaient en bU thynie Paâimèi^e , l'ami d'Ép^tminondas , $:elui chez lequel avait demeuré Philippe pendant son^ séjour à Tbèbes. Pammène allait avec ses troupes soutenir à prix d'argent le satrape révolté jcontre le roi. L'apparition jd'Onomarqua. se lie essentiellement à l'histoire de Philippe de Macédoine, et nous suspendons ici notre récit -

1 B|itfof4 se rend ridicule par le zèle avec lequel , en haine da principe républickin , il défend tous les tyrans , tous les criminels qni, par leur avarice ou leurs brigandages, se sont emparés dn pouroiV. Nous Terrons plus tard ce qu^il fait pour Benj^) «ici il protège Pfailomélus. Les Thébains , selon lui , OBt exagéré lés choses et Philomélus Jfpt blessé dan^ les mouitagnes peaduit }a retraite, tetc.

JEtat politique.

Le changement arrivé dans les inœqrs , le re* froidissement de l'amour de la patrie, l'absence' de tQut désintéressement , préparèrent et amenjèrent enfin une transition des gou^ememens républicains aux monaDçhies : on comprit le besoin d'une»autorité unique et souveraine. Pçur -suivre la'décadençe progressive qui se fit sentir, depuis le moment où la démocratie florissait à Athènes jusqu^à la chute de la puissance thébaine, on ne peut ijtieux £âre que de rapporter les propres paroles d'Isocrate. * « Notre ville^ dit-il^ était au temps de la guerre des « Perses supérieure à ce qu'elle' est aujourd'hui, ce autant, qu'Aristide, Thémistoele, Miltiade^ l'emcc portent sur HyjJerbolus ^ Cléophon , «t sur tous « ceux q^ irritent le peuplé par leurs <îris. ** Examinant ensuite la conduite des Athéniens envers leurs amis et leujrs. ennemis, il ajoute : « Nos pères ce sont assurément dighles de blâme , pour avoir « composé l'équipage de leurs vaisseaux des oisifs ce de toute la^Grèce , d'hommes capables de tQ}is les % mé&its et de tous les crimes. Cela nous rendit ce odieux à tous les Grecs. Chose étrange!. On re- « poussait du sein de la patrie les meilleurs ci-

1 J)e pace, pag. aSo, édit. de Tauchnitz.

(T toyens, et Ton appelait le rebut de la Grèce à (t jouir de ses- bienfaits. Ne dirait-on pas que nos (r pères cherchaient {a plus sure voie de se faire tr haïr? C'est ainsi qu'un décret voulut qu'aux fttes « de Bacchus chaque talent de superflu provenant (T du tribut des alliés, /ût promené solennellement (c et séparément Ce décret fut exécuté : on fit pair rade de ces richesses au théâtre , et en même a temps on présenta au peuple les enfans des guercr riers mortfi en combattant Ainsi les alliés avaient n sous les yeux ces trésors gagnés avec tant de (T peine^ et prodigués à des mercenaires, et les autres « Grecs étaient, àfl^gés de la vue d'orphelins qui (c leur -rappelaient les malheurs répandus sur leur « patrie par Fambilion et par l'avarice ^ On s'aper- « çut enfin trop tard tpie les sépultures publiques ce déYoraient tous- les citoyens, et que les inscrip- (T tions remplissaient les icuries et les registres de « noms étrangers k la patrie. Les familles des plus et plus grands honunes., les maisons les plus illus-

I Isocrate rappelle ici , comme exemple frappant du peu

de çjii que les Athéniens faisaient de lears propres "biens , tout

en conToiUntrceox des antres, les vaisseaux enrayés en Sicile,

Undis ^e déjà les Lacédémoniens s^éuient fortifiés à Décélie.

Athènes perdit de la sorte deux cents vaisseaux en Egypte ;

dix miUe hoplites dails le Pont j en Sicile ,* quarante mille

et deux cent quarante gros hÂtimens; enfin, deux cents dans

VHellespont. On ne compte pas ici les pertes de détail.

IL l5

a très, celles qui ont survécu aux commotions a intérieures, aux guerres des Perses, sont désor- « mais éteintes : elles ont péri par FeATet de cette a ambition de la souveraineté, qui nous a enga- « gés dans les dernières guerres. Si Ton veut cona cltire de ce qui est arrivç aux familles connues « à ce qu'ont éprouvé celles qui n'ont pas d'illusm tration , oq se convaincra '()ue notre ancienne a population s'est renouvelée presque en entier, a Cependant lé plus jxiste éloge ' d'un état n'est ; et pas de réunir au hasard une grande population > « d'élément divers ; noais bien de conserver et de / « perpétuer mieux que toute autre la race de ses ^ « prenûers habitans. ^ Isocrate explique lui-même .^ sa pensée à uïi autre ei^droit^ a Nous faisons la ;■ « guerre à presque tout l'ui^ivers , et cependant nous y « ne voulons pas dea. fatigues de la guerre : nous ^ « rasaeoiblofna des hommea sans patrie, des tnmsr [. « fuges. couverts de méfaits, et cependailt nous ^ « «avons qu'ils marcheraient avec la même &cilité i|| a contre nous ; si on leur oflfrait .une solde plu* ij, <c élevée. Nous rougirions si no^ proprés ep&ns ^ «c comi^ettaiem de^ ftctioqiçi dont W »QU& f^udrsit ^, ff rendre compte; mais quand il est question' dtf |. a rapines et des actes de violence de ces merce- ^ « naïres, nous paraissons y prendre plaisir. EnfiSf ^

" ■ .■ 1 I IM '■ ll> l'M> IMII I III ■■! ■■■ ^ ■■ Mil »| I ■«» ^

% Pag. aaa.

a notre folie va si loin que , ne pouvant pourvoir à nos propres besoins, nous entretenons une foule d'étrangers, écraisant, pour y parvenir, nos fidèles' alliés. Nos pères, dans un temps où l'or et l'argent étaient en abondance dans la citadelle» croyaient devoir expSoser leur vie pour accomplir le» résolutions de l'assemblée du peuple; nous en sonmies venus au poiat que, malgré l'abondante population de notre ville, nous n'avons plus, comme le roi de Perse, que des armées de naercenaires. Autrefois , quand on équipait des vaisseaux de guerre , les rameurs et les matelots étaient des étrangers ou des esclaves; mais les hoplites étaient citoyens d'Athènes. Singu- Uer spectacle , . quand on débarque en pay^ ennemi y,ceu]i^ 4^ ^P^^^^^ à l'empire de la Grèce descendent^ des rangs de rames, et l'entreprisie et le péril du combat sont abandonnnés aux homoies que nOus venons de dépeindre. ^ Tds fiirent, depuis la fin de la gueire du Péloponèse jusqu'à ^arrivée des Romains, les rapports f Athènes avec les autres .états de la Grèce ; tout l'éDerva, et, chez un peuple qui ne savait plus supporter aucune fatigue , le repos laissa dessécher la lève vitale. Sparte était dans une autre situation ; iBois cette situation n'était pas meilleure : nous emr crantons encore à Isocrate les divers traits de cette esquisse. « L'amlntion, dit-il, perd tous les hon^i-

« mes : les Spartiates en offrent l'exemple; le chan- (t gement subi' par leur caractère a impose silence « .à tous ceux qui avaient coutume de les louer <t et d'imputer nos défauts à la démocratie. A en (c juger par' ces pané^riques, les LacédénionienS) a une fois maîtres de la Grèce, devaient faire et a leur bonheur et lé sien ; mais ils ressentirent bien « plutôt que les îiutres l'eflfet de l'habitude du cornet matidement. Leur république j' qui pendaitt sept ir cents ans n avaii • rien- souffert des commotions dc intérieures, -fut tout à coup remuée au point a qu'il s'en fallut peu qu'elle ne fût entièrement ne dissoute. Au lieu d'obéir à leurs mœurs sévères, <t les citoyens se livrèi'eiit.à l'injustice 9 à la négliac gence , à l'arbitraire , à l'a cupidité. On fit peu

<c de cas 'des alliés : on envahit le bten.d'autrui , les

ac sermens^et les traités tombèrent dans l'oubli et (T dans le mépris. Dans Leur soif avide d;e là. guerre ce et des périls, les Spartiates ne connurent plus cr ni amis ni bienfaiteurs. En .vain le roi de Perse ff leur avait fourni plus de cinq Inille talens} en «• vain Chio les avait soutenus de sa^.flotte avec a plus de zèle 'qu'aucun de leurs dUiés; en^ainles a Thébains leur avaient donné le contingent le .« plus considérable de troupes de terre. A peine <t la victoire se fut>-çlle déclarée pour eux, qu'ils c< cherchèrent à perdre astucieusement les Théce bains, qu'ils envoyèrent Cléarque et une armée

contre le roi de Perse , et qu'enfin Us exilèrent

les princ^aux citoyens de Chio , et emmenèrent

ses vaisseaux. Ce n'était ppin( assez : ils dévastèrent

le continent y maltraitèrent les îleë, anéantirent en

Sicile et en- Italie les constitutions qui tenaient

le' milieu entre Taristocratie et la démocratie , et

secondèrent enfiA les lyjrans dans le\ins vues les

j\as ambitieuses. Le-Péloponèse demeura sans

cesse en proie aux troubles intérieurs et aux

guerres intestines. QuçUe est la ville qu ifs n'aient

f^int attaquée? où* est la qité quits n'aient point

offensée? PTont-ils pas pris à l'Élide une partie de

son territoire? N'ont- ils pas ravagé le territoire

« des Corinthiens? "N'ont -ils pas rasé Mantinée et

« emmené une partie de ses habilans? N'ont- ils

d pas assiégé Phliunte? N'om7ils pas plusieurs fois

et envahi Argos?'-Enfîn, leur constante occupation

<( n'a^t-elle pas été de .faire du mal aux autres, et

fr de préparer ainsi leur défaite de Leuctres ? C'est

« une 'folie que 'd'aecûseu, cette, bataille des malr

ff heurs des Spartiates; ce ne fut point elle qu^ en

ff fit de^ objets de haine ; ce jsont leurs désordres

«antérieurs. S'ils s'emparèrent de l'empire de la

« mer, c'est qu'ifs avaient présidé avec justice à

« la guerre continentale; mais quand une fois ils

c furent lés maîtres, quand ils oublièrent toute mo-

K dération, ils perdirent promptement cette domi-

i c nation. Il ne fut plus question des lois de leurs

(c ancêtres; les mœurs anciennes fureiu, abandon- « nées : enfii^ les Spartiates se persuadèrent qu'il « n'existait plus d'autre règle que leur volonté. * * Les Thébains ne dégénérèrent poiiit comme les Athéniens, ils s'élevèrent, au contraire, plus haut que jamais ; mais Thèbes lie pouvait soutenir un rôle qu'elle tenait du seul hasard. En général, les auteurs grecs ne sont pas justes envers elle; il est vrai cependant , qu'une natiori adonnée aux plaisirs de la table comme Fêtaient les Béotiens., ne sait pas long-temps suivre un élan donné par le génie: Toutefois Polybe est. sévère, quand il ne juge la constitution de Thèbefc digne d'aucune attention, nous le concédons; mais il n'accorde pas plus de mérite, à celle d'Athènes, par la raison que trop souvent elle a subi âës changeniens*; mais il range' celle de Maniinéfe à côté des institutions de la Crète, de Sparte ei de CarthagV PoUr le fond des choses, il y a d'autres auteurs qui sont de * son avis. Polybe prétend qu'il ne faut pas faire aux'ThébaiAs un mérite de l'éclat momentané dont bi41]a leur cité : ce fut, dit-il, l'ouvrage de Pélopidas\et d'Épaminondas^. Cette assertion n'est pas cependant d'une

1 Les Spartiates, étaient aussi devenus plus friands des jouissances de la Vie qui nuisent au corps et k Famé. Isocrate, §. 35, pag. 2^0.

a Pofyb. hist, lib. VI ,' cap. l^\, Tom. Il, pag, 6i , edU> Grwiùv, ErnêsU Vindob,, 176a, in-8.*

Isf A

vérité absolue. Les causes de la prompte décadence deThèbes ne sont pas aussi simples qu'on po^urait le supposer. Nous ne citerons ici que ce qui peut donner quelques notions sur Fétat, général de la Grèce , quant à la vie publique et privée.

D'abord il Êiut rapprocher ce que dit Polybe des réunions politiques de Béotie, de ce qu'Athénée nous apprend de celles d'Athènes. Partout les Grecs cherchaient à faire coïncider les jouissances de la vie privée avec l'état social. La musique, le chant, les arts, .étaient employés à ce but Aussi les législateurs éurent-ils soin de prononcer des dispositions^ spéciales pour les festins dans lesquels on traitait, ou le peuple entier (itifJLoràKx)^ ou des confréries particulières (Jàtàtroê) S ou seulement des &milles ( (p^ecrÇêicèc ). U y avait aussi des festins sacrés {ofy$a>viKecy Les citoyens contribuaient à fonder ces institutions. Ici se présente un contraste entre Athènes et la Béotie : dans cette dernière contrée-, les citoyens, après la bataille de Leuctres, s'abandonnèi^en^ sans mesure aux plaisirs de la table; afin de les goûter .plus facilement et à meilleur msgrché, ils étabUrent des confréries, dont les membres créaient des fondations destinées à subvenir aux* frais de repas fixes à certains jours^

Harp«cnitiati.

Les choses furent poussées si loi;i que, quoiqu'ils eussent des héritiers, plusieurs membres cje ces associations léguaient pour cet usage la plus grande partie de leurs biens; epfin il y avait beaucoup de Béotiens dont les droits en ce genre s'étendaient à plus de repas que n'en comportaient la durée du mois. Les institutions et les festins d'Athènes étaient

tout autre chose. Athénée nomme plusieurs sociétés qui avaient^sans doute reçu de la libéralité d'hommes célèbres dont elles portaient les noms, les ressources nécessaires pour traiter a?vec frugalité les philosophes qui s'assemblaient régulièrement à certaines époques. Il ajoute que Théophraste légua aussi des fonds, ngn. pour des orgies bruyantes et immodérées, mais pour des repas où l'on discuterait dos sujets de science et de philosophie. Enfin j Athénée nous dit que l'académie dç Platon et le lyeée d'Ai*iâtote réunissaient ainsi leurs philosophes, et que Xénocrate, aussi ^)ien qu'Aristote , avaient tracé ^ leurs disciples des règles à observer à ces réunions. D^ms Hérodote il est parlé d'un Thébain qui affecta assez de confiance en sa cuisine pour recevoir Mardonius et cinquante des principaux Persans. NuUe maison d'Athènes n'aurait pu y suffire. Clitarque, dans ce qu'il a écrit sur Alexandre, attesté aussi que les Thébainsse livraient avec insouciance aux orgies et aiix festins, précisément dans le moment où les accroissemens de la puissance macédonienne mettaient au nombre

de leurs devoirs, l'écononiie, Ja tempcTance et 1 activité. Lorsqu'il veut expliquer pourquoi, dans la destruction çle Thèbes par Alexandre, le prix général du butin ne s'éleva qu'à quatre cent quarante talens , il dit que les Thébains étaient des hommes bas et vils 3 ^ui ne songeaient qua satisfaire leur ventre et leur palais ^ L'ambition cependant, ainsi que le remarque. Isocrate, ne trouva pas moins de prise sur eux que. sur les Spartiates, leur^ cruautés contre Thespies et Platée ne furent pas moin^ révoltantes. Démosthèncs' dit ; On ne connaît point ces honneurs publics chez les Thébains : la -dureté et l'ingratitude »ont dans leurs mœurs ; leur conduite envers Orchomène le prouve. Le plus grand avantage des institmions d'Atliènes , c'est qu'on y tient une conduite toute contraire 2. Malheureusement nous voyons par un discours de Dinarque, qu'à Thèbes non pkis»qu'à Atliènes il n'y. avait point de proportion entre les dépenses et les revenus. De plus , ceux qui succédèrent à Épaminondas et à Pélopidas dans le maniement des affaires, étaient bien

i Athénée, auquel nous empruntons* ces détails, y. en ajoute d'autres sur le genre de friandise recherché par les Thébains. Voici le texte : 'Tretùcttntfvai^oVTi^iv Voîç J^iTrvctç '^piit^ dcti

XII 0*;^f AiJâtç 9 KcLi fTVOç» On peut comparer^ù ce texte le& eiplicatioûs de M. Schweighseuscr.

3 yidff., Leptinen , cdit. de Bekker, pag. 444*

loin de leur désLatéressemçnt Dinarqae nomme surtout Timolaus, Proxteie, Théogène, comme ayant, par leurs vues basses et étroites, changé Thèbes en- un objet de méprisa Démade n'eût donc point tort de dire que la puissance de Thèbes fut ensevelie dans le tombeau d'Épaminondas ^. Le reproche . de , corruption- toutefois est trop général pour qu o^ puisse en conclure autre chose, sinon que les hommes étaient alors ce qu'ils sont toujours, quand de grandes villes,, comme Athèhes et Corinthe, réunissent toutes les richesses -et toutes If s jouissances hcites et illicites. Il est impossible aussi de ' méconnaître ici lés suites fâcheuses de Tescla-

yage; il paissait tput autant ceux qui en. étaient les victimes , que ceux qui méconnaissaient les droits db l'humanité. Que l'on se r^ppelk avec quelle fàcihté lés esclaves sont Hvrés à la. torture. On voit dans. les discours de Démosthènes^ Callistrate et Olympiodore , mettre à. la torture l'esclave de celui dont ils héiitaient, sou^ prétexte qu'il leur a retenu àe l'argent^. Dans une affaire où les témoins ne lui ^nainquent pas, Eschine présente avec le^ plus grand sang-froid des esclav.es à la torture,

1 Dinarch. in Demosih. , j^a^, 166' et 1Q7.

a Demadis Fragm, l^Trip rng S)BûS)tKauTtctç , éd. de Bekker, pag.' 4^9 ; les paroles sont : rS yeto ^'TreifJUVtiùV^ùU fftifJUtrt ff^VVtùx-^è JtjV i)jV<tfJHV tSv Sn'IietUûV i Kot4f^ç*

3 Démosth. , qi\ in Oljrmp., p?g. 2B2 , édit. de Tauchnitz.

et cela uniquement pour leur faire déclarer s'il a quitté son domicile la nmt Ces excès^ commis avec impunité ^Ur les esclaves , furent souvent étendus aux perisonnes libres lorsqu'elles étaient étrangères ou sans appui. Il est vrai que; quand un habile sophiste dénonçait la transgression à la justice, elle était punie ^èrement Dinarque en cite trois exemples dans son discours contre Sémostliènes. ^ Cependant, ce qu'Ëschipe raj)porte au sujet de Pittalacus, dans celui qu'il prononça contre Timarque, peut faire juger jusqu'où le mal en était venu; car il le rapporte comme une chose fdn ordinaire. Kttalacus , que nous venons d^ citer , était esclave publie : il faisait métier de certains jeux et de certains tours d'adresse. S'étant brouillé avec quelques citoy.9ns, ceux-ci forcèrent sa porte, jetèrent dans la rue les objets de sa profession, et, le liant à une colonne, le frappèrent jus^'à l'arrivée des voisins accourus à ses cris. Non -seulement ces excès demeurèrent impunis ; il fallut âicore que Pittalacus s'estimât heureux de se tirer du procès sain et sauf

1 Pag. i53, celui du meunier Menon , qui avait renfermé dans son moulin une fille de Pelléne ; celui de Thémistius d^Aphidnée, qui avait maltraité aux fêtes d^Éleusis ilne. Rhodienne , joueuse de guitare; enfin, Texemple dlSuthyma^ue , qui, pdar gagner de Targe'nt, prostituait une esclave olynthienne. La mort fut la peine infligée à tous trois.

Il y avait donc dans la délicatesse des Athéniens un fonds de brutalité et de barbarie. '

Quant à l'urbanité et au bon ton, les dialogues de Platon et les écrits dé Xénophon en contiennent les nuances les ^lus fines. Les grammairiens eux-niêmes ne sont pas étrangers à la 'modestie de l'expression atdque, si éloignée des assertions tranchantes et présomptueuses. Ge caractère de délicatesse , à quel degré ne le trouve-t-on point dans les discours de Démosthènes? Et cependant Démosthènes et Eschine s'invectivent sans ménagement! ils s'abaissent à des reproches que .chez nous nul homme bien élevé ne se, permettrait. Quelle fut l'occasion dii discours de Démosthènes contre Midias, ou en d'autres teirmes, quelle fut la cause d'un procès entre deux des hommes les plus' considérés d'Athènes; l'ur^ déjà honoré par sa tribu de la dignité de chorage ; l'autre y aspirant par ses richesses? ce procès.n'é,tait-il posla suite des coups dé poing dont Midias chargea Démosthènes en plein théâtre pendant quHldirigeait la solennité \?

Le luxe n'offrait pas de moindres contrastes : d'une part l'ancienne simplicité permettail d'aspirer aux premières places de l'état sans occuper un rang distingué par ses richesses ; de l'autre on voyait afficher partout une magnificence royale, et le goût

1 'On trouve d^autres exemples de pareilles brutalités dans le Lexique d^Ha rpoc ration , au mot.eV/ KOfftiç*

( 237 ) des dépenses immodérées, venu d^Asie, envaliissait toute la Grèce. L'exemple d'Épaminondas atteste toutefob qu'on était bien loin de regarder comme ridicule l^attacliement aux vieux principes. Il s'attira Tadmiration des Grecs , surtout en ce point , qu'il poussa jusqu'à l'excès le mépris des biens de la vie, comnae Soerate, comme Antisthène, comme Diogène. Les anecdotes rémiies par Plutarque sur son compatripte, ont presque toutefs rapport à sa pauvreté, à sa simplicité, à son désintéressement Né pauvre, il voulut le rester, et n'en fut pas moins jusqu'à sa mort le premier homme de là Grèce. Cet auteur iàit remarquer que, même daps ces temps de décadence où la richesse, avait de noïlibreux partisans , on ne pouvait s'empêcher d'avouer, qu'elle ne pouvait donner le rang dû aii mérite. Dans les états bien constitués, dit-il, on répète : Isméniaâ fait de beaux présens; lichas a une table splendide; Nicérate dépense beaucoup d'argent en spectacles; mais les affaires de l'intérieur et de l'extérieur, c'est Ly sandre, c'est Épaniinondas qui les dirigent; ils sont à la tête des armées. Que Frontin nous dise qu'Épaminondas ne possédait pas même les meubles les plus ordinaires dans une maison! que nous Usions dans Ëlien qu'à fut obhgé dé rester au logis çn attendant que son manteau fût raccommodé! nous n'y verrons que de l'exagération; mais nous reconnaîtrons ici la noble intention d'apprendre à tous les Grecs que

les besoins de la vie sont bien peu de chose, et qu'il y a de la folie de se tourmenter pour se procurer ce qu'on peut avoir à si bon n)arché« En refusant trente mille pièces d'or qui lui étaient offertes par Diomédon au nom du roi de Perse, et une autre fois, en empruntant d'un ami cinquante drachmes pour entrer en campagne, tandis qu'il réfusait deux mille pièces d'or que lui voulait donner Jason, tyran de Thessalîe, Épamhiondas acquit le droit d'attaquer avec toute l'âpreté d'Antisthène ^ les mœurs de Béotie^., et de mettre un ibein à ce torrent de rapines et d'avarice. 5

On comprend quelle différence c'était pour l'état

d'être gouverné* par de ^shomn^es, ou bien d'être

■^ ■ j I . ,1 . ■ I , - ■ II.

i N.'* IV et V des Apoplithegmes ât Phitarqae. On lui demandait un jour pourquoi il ne prenait point de part aux plaisirs de la^ table dans une solennité publique , pourquoi seul il n^était pas revêtu d^habits de fête. CVst, répondit-il, afin que vous^ puissiez plus librement tous- abandonner k la boisson.

» Épaminondas ne voulait pas que «6es soldats fu^isent comme des athlètes qui, k force de dormir et de manger, deviennent trop grasj il renvoya quelques hommes d^ne taille ^^athléte, en disant que pour couvrir leur ventre il leur faudrait non pas un, mais trois ou quatre boucliers.

3 N.** XXI, pag. Sg. Ajaat appris que son porte - la^ucliex avait, reçu beaucoup d^argent dW prisonnier, il loi réclama son bouclier en lui conseillant d^acheter une boutiquç, n'étant pas k présumer qu'il voulût , riche et heureux comme il Tétatt devenu, s'exposer plus long-temps aux dangers.

ivré , comme Athènes , à des généraux et à des oraeurs qui se mettaient en opposition ouverte avec a morale et les ressources des finances. Cependant :es généraux et ces orateurs étaient incontestahlenent de gr^ds hommes. : Iphicrate , Timothée et [Ihabrias méritent ce titre. C'est ici le lieu de jeter im coup d'œil ^Ur le genre de vie des Athéniens et sur. leurs relations, tant entre eux qu'avec les étran*gers. L'exemple d'Iphicrate prouve qu'alors encore, le chemin était plus facile au méritée vers le pouvoir qu'il ne le fvit jamais à Rome, dans le moyen âge , ou chez les ;modemes. Iphicrate était fils d'un cordonnier; or, parmi les citoyen^ Ubres^caux qui travaillaient le cuir^ étaient, iMaton Tatteste, les moins estimés de tous. Iphicrate n'en parvint pas moins au premier rang.

TinK)thée était fils d'une courtisanç de Thrace , dont Conon fît sa femme , et dont le père passait pour riche; mais il -&llail><pie l'opulence d'Athènes fut Lien déchue pour que l'on tînt compte d'une si petite fortune. Dans son testament^ Conon légua à Minerve et à l'Apollon àe Delphes cinq mille statères (à peu près les deux tiers de sa s\icces^on). Il donna à son neveu , qu'il .fit son exécuteur testamentaire, environ dix mille franès', à son frère trente-six mille; enfin il resta à son fils Tiçiothée

1 iKVTOTOfXOt,

de quatre-vingt-dix a cent mille francs ^ Il est vrai que cette évaluation ce porte que sur ses biens de Cypre, et que Timothée pouvait en avoir d autres; mais avant qu-il se fut enrichi en Egypte, on le voyait toujours flottant entre la pauvreté et la richesse. Dans la force de liage , au plus brillant de sa gloire, Timothée e$t e;n possession d'un domaine considérable dans la plaine de l'Attique; jnais précisément dans le temps où il allait soutenir, à la tête d'une flotte de soixante Vaisseaux, les alliés du Péloponèse, cette terre se trouve engagée à un créancier. Tim^othée est «donc réduit à emprunter d'un usurier la très-petite somme -de 1 35 1 drachmes et deux oboles , dans l'espoir que les produits de l'expédition, le mettront à même de se libérer et de dégager son bien. Pendant la traversée il contraignit les chefs des soixante vaisseaux .à pourvoir de leurs propres deniers à l'entretien dès marins. La dépense pour chacun fut d'environ ô/S ^francs, d'où il «uit que -le total des frais s'élçy^ à 4o,5oo francs; Timothée compta ces sonunes comme s'il lés eût soldée^ des deniers del^état; mais pour cette fois il ne réussit pas. Lui et son trésorier furent accusés par Iphicrate et par Callistrate , c'est-à-dire par le plus grand

1 Lysias, VTnp tSp Âptarocpaivovç ^pti/ndreûV, édition de Bekkei>>, pag. 3 16, à la fin. Les sommes sont : 1.° 5ooo statères; a." 10,000 mines j 3.* 3 talens; enfin, 4*** '7 talens; en tout, selon Lysias , 4^ talens.

( a40 général et par le plus habile orateur du temps» Craignant le témoignage des chefs des vaisseaux, Tîmothée engagea toute sa fortune pour sûreté de la promesse qu'il faisait de leur restituer la somme. L'embarras se manifeste dans toutes ses affaires. En une autre occasion on le voit obligé d'emprunter environ mille francs, et cependant ce Timothée est un personnage d'une telle importance que deux des plus puissans princes de cette époque, Jason et Alcétas, entreprennent un long voyage , dans la pensée que leur présence influera en faveur de leur ami sur les juges athéniens. Singulier mélange de splendeur et ae pauvreté f Le souverain de la Thessalie et le prince des Molosses descendent chez lui au Pirée, et il n'a, pour les recevoir, ni lit, ni tapis , ni vases : il faut qu'au miUeu de la nuit il envoie louer les objets les plus nécessaires; il manque même d'argent pour les dépenses courantes de sa maison, et il fait demander une mine (environ quatre-vingt-dix-neuf francs) pour alimenter sa cuisine. Néanmoins ses deux amis comparaissent devant le tribunal, qui, en leur considération, laisse échapper l'accusé.

Depuis lors Timothée est dans la plus grande gène ; mais il sait si bien qu'il rétablira ses finances, en offrant au roi de Perse de le servir en Egypte , que même avant de partir il fait les préparatifs nécessaires à la construction d'une maison. Cet IL 16

homme, pour lequel deux princes soni venus à l'assemblée d,u peuple, reçoit du roi Amyntas de Macédoine un vaisseau chargé de bois pour bâtir cette maison, et il ne peut pas même en payer le port, qui , de la Macédoine au Pirée , s'élève à environ seize ou dix -sept cents francs. Comme il l'avait prévu, Timothée rétablit ses affaires ep Egypte, et dans la suite le fils d'Iphicrate épousa sa fille. Il serait difficile de déterminer quelle fiit la somme amassée par lui ; mais la richesse d'Iphicrate , la nature des présens que les Perses, avaient coutume de faire aux Grecs, enfin le luxe de Timothée après / son retour, peuvent servir dé bases pour apprécier l'augmentation de sa fortune. Ces détails sont empruntés à un discours de Démosthènes, prononcé pour le fils de l'usurier qui prétendait lui avoir prêté de l'argent ^ L'orateur a:ccuse'le général nonseulement de nier une dette d'honneur, mais il ajoute encore qu'il se gardera bien de lui déférer le serment, dont il a si souvent et si solennellement abusé ^. Tout en faisant la part de la corruption des

1 Démosthènes, édit. de Tauchnitz, p. 298, dit qu^ le titre est perdu ^ il a recours aux registres des banquiers i ils y îdscrivaient les prêts qu^ils faisaient , ainsi que les. capitaux qui leur étaient confiés.

2 On trouve dans la péroraison de Démosthènes une véhémente sprtie contre Timothée , qui y est représenté comme se faisant un jeu du parjure et des choses sacrées.

témoins, de l'audace de Tavocat, de Texiguité de la dette, ij n'en fiiudra pas moins reconnaître qu'il j avait dans le débiteur une grande immoralité et que tout sentiment d'honneur lui était étranger. Quelle confiance ' les alliés pouvaient -ils accordei^ à un honmie que, dans Athènes même, on déclarait publiquement parjure? Selon Athénée, qui est assez difficile en fait de magnificence, Timothée aurait avoué que les festios qu'il donnait, lorsqu'il exerçait le commandement, étaient tels qu'ils ne pouvaient profiter ni à la santé du corps ni à celle de l'ame. Cet auteur rapporte qu'un jour^Plaion ayant invité Ti^iothée à l'académie, il y trouva un repas simple et convenable, ce qui lui fit dire que les convives de Platon ressentaient encpre le lendemain le plaisir de la veille. On lisait dans Théopompe ^ que Timothée, Iphicrate, Chabrias, ni même Charès, qui cependant était fort aimé du peuple, n'eusselit oser déployer leur luxe aux yeux des Athéniens. Le second , dit-il , avait choisi pour théâtre de ses excès la Thràce,.le troisième l'Egypte, le quatrième Sigée, et quant à Timothée, il l'avait établi à Lesbos.^

1 L^anecdote relative k Platon et le passage de Théopompe sont tires d'Athénée. Voyez liv. X/p. 4» 9 5 l>v. XII, p. 532.

3 Théopompe dit : l'Athénien Chahrias ne pouvait vivre k Athènes, soit k raison de ses excès {iffiXyuetv) •, soit k cause de son luxe et de ses dépenses {rtiv ttùT^vtîXuciv Tttv auTOV Tnv Tnp) rov fitov)y soit k cause des Athéniens, qui

Iphicrate épousa la fille du prince de Thessalie le plus connu dans les annales des festins»; de celuilà même qui avait créé à Onocarsis les jardins et les bosquets qui plurent tant à Philippe de Macédoine. Ânaxandride le comique, dans son Protésilas, a mis ce mariage sur la scène; il a dépeint le niélange bizarre de la barbarie et de la délicatesse athénienne^ Le passage assez long qu'Athénée nous a conservé de ce poète, fait bien voir l'iijiportance que les Athéniens mettaient aux festins, au théâtre même le peuple prend plaisir à entendre énumérer les bons morceaux qu'il ne peut se procurer. Si les exemples nous manquaient , cette remarque suffirait pour montrer à quel degré de corruption on était alors parvenu. La lecture des orateurs nous atteste que l'argent faisait commettre les plus viles bassesses et les fautes les plus abjectes. Eschine rapporte, en

sont difficiles (e[0-/ ;^(XAi^o/). Comëlias Népos a traduit ce passage mot à mot. En comparant ce qu^il dit à Toriginal grec, on se convaincra combien , même sans qu^il y ait infidélité de la part du traducteur, le choix d^une expression au lieu d^une autre peut changer la couleur, du récit : JVon enim erat lihenter ante oculos ciuium quorum , quod et viwebat laute et indulgebat sibi liberalius quam ut inuidiam vulgi posset effugere.

1 Nous reyiendrons ailleurs à ce Gotys. Athénée et Harpocration parlent de ses voluptés et de son dérangement d''esprit. Le second de ces auteurs dit qu''il poussa si loin la cruauté, qu'il coupa en deux sa femme, dont il avait eu plusieurs enfans.

a Athénée , liv. IV, pag. 1 3 1 .

assemblée publique, des menées de Démosibènes, qu'il offre de prouver par témoins ; un jeune Olynthien atteste lui-même, que cet orateur a tenté de le corrompre^ afin qu'il dit en justice qu'ELschine a abusé de la captivité de sa femme pour la déshonorer. Qu'Eschine ait tort ou raison dans ces accusations , ceci n'en est pas moins propre à faire juger de l'état des mœurs dans une cité où de pareilles choses étaient possibles : or, le prix de ce mensonge, dicté par le premier orateur du monde, devait être de cinq à six cent^ francs, et du double si le serment venait le fortifier. Pour l'honneur de l'humanité , il faut rappeler aussi la réponse du citoyen d'Oiynthe. Il dit que Démosthènes avait deviné juste en ce qui concerne la pauvreté à laquelle l'avait réduit Texil, mais qu'il s'était étrangement trompé en lui présentant de tels moyens de revenir à meilleure fortune. On conçoit que dans un pareil état de choses les ambassades en Perse et le commandement des armées du roi contre des rebelles , devaient être bien lucratifs pour ceux qui parvenaient à ces charges. Timagoras, le Cretois, et rAthénien du même nom , sont également célèbres par • la richesse des présens qu'ils reçurent à la cour de Perse. L'Athénien rapporta dans sa patrie non-seulement de l'or et de l'argent, mais des tapis, des coussins, des esclaves habiles à faire les lits ^ la mode des Perses y des tentes , enfin une caravane toute entière. L'envie

de son collègue et ses disseniions avec Pélopidas, l'envoyé de Thèbes, amenèrent, il est vrai, sa condamnation à mort; mais cet exemple n'empêcha pas que dans la suite ces sortes d'ambassades ne fussent pour tous une occasion de rapporter dans Athènes l'or et la corruption dfe la Perse. Tandis qu'Eschine, l'orateur, recevait de Macédoine les plus riches cadeaux, son frère se faisait enrichir en Perse, où il était ambassadeur. Les Athéniens savaient bien que ces missions étaient de sûrs moyens d'opulence pour leurs citoyens; mais ils ne réfléchissaient pas que ces moyens perdaient la république. Épicrate étant un jour accusé, devant le peuple d'avoir reçu des présens du roi, il ne le nia même point; il dit que les Athéniens seraient bien fous de le trouver mauvais, ajoutant que ce serait une manière démocratique d'enrichir les citoyens, si, au lieu de créer neuf archontes , on envoyait chaque année une députation de neuf pauvres en Perse; et le peuple rit. Les envoyés de Sparte n'en agissaient pas autrement : la réception faite à Antalcide et à d'autres ambassadeurs par le roi de Perse, confirme ce que disait Phylarque de la décadence des mœurs de Lacédémone , de la volupté des repas , du luxe des meubles , enfin des dépenses de tout genre. ^

i Voyez Athénée, liv. IV, pag. i4i et 14^. « Les Lacédé- ({ moniens n^allaient plus à leurs repas selon Fusage antique, M OU bien, s^ils y allaient, on se bornait à faire passer quel-

(^47) Celui qui fut traité avec le plus de dislinction , fut le Cretois Eutime, et même il fut admis à la table du roi ; honneur inoui jusqu'à lui : probablement qu'il dut cette faveur aux facéties dont il amusa le prince. Dans le même temps on vit aussi s'introduire en Grèce la mode des coussins de Perse , et l'usage commode et riche des étoffes dont on les recouvrait. Les tapis de pied n'étaient pas connus antérieurement : dans Agamemnon Eschyle interdit ce genre d'honneur comme étant d'un luxe effréné, et marquant trop de vanité. Platon dit expressément (jue la mode de couvrir ainsi les planches ne prit naissance que de son temps. C'est à celte époque que les tapis d'Orient remplacèrent ceux de la Grèce : jusque-là Chypre étaif célèbre par ses fabriques. Grâces aux ouvrages admirables d'Acésas , elles soutinrent encore leur réputation. Hélicon , le fils d'Acésas, s'immortalisa par le tissu d'unp ceinture, dont les Rhodiens firent présent à Alexandre; enfin les tapis de ces artistes eurent , dans l'antiquité , la même célébrité que de nos jours ceux des Gobe-

« qaes mets. Les tapis et les coossins étaient si grands, de r tissas si Taries , si richement brodés , qae les étrangers qa^ils a priaient à leur table n^osaient y appuyer leur coude. Ainsi c les hommes qui , autrefois , n^ayaient que des s^ges de bois , « et qui s^appuyaient k peine une seule fois durant une réu- « nion, en étaient Tenus k ee point de mollesse. Ajoutez à t cela le luxe des Tases et la multiplicité des mets , enfin lc& tt parfums , les Tins et les desserts. ^

lins , et ils ornèrent le temple d'Apollon pythien. Toutefois Artaxerxe prétendait que les Grecs ne savaient arranger les tapis ni les couvertures : il fit donc.présent à Eutime d'un certain nombre de Persans habiles à ce métier ^ On sait généralement assez que les états s'appauvrissent, quand les particuliers s'enrichissent sans le secours de l'industrie ni du commerce. Démosthènes en fournit de nombreux exemples. Isocrale rapporte que les guerres intestines firent partout périr l'industrie, excepté à Mégare. L'orateur propose, pour modèles, les citoyens de cette ville r ils étaient sans mines, sans port, sans territoire, et cependant ils construisaient les plus beaux édifices de toute la Grèce, ^

1 On dit que le roi donna ,à Eutime sqa sopha à pieds d^argent, cl-es coussins, une tente Toûtée, un fauteuil d^argent, iip parasol doré ^ des vases d^or garnis de pierres précieuses ) cent autres en argent , cent grands calices , cent femmes esclaves, cent jeunes garçons, et enfin 6000 pièces d^or. De plus, il lui envoyait journellement les objets nécessaires li sa consommation , des tables plaquées en bois durable et des piédestals d^ivoire.

a Page 24^ de Fédit. de Tauchnitz. On y lit un& parallèle entre les Thessaliens et les Mégariens , et ce parallèle est en tout k Pavantage *de ces derniers. Ce serait peut-être ici le lieu de donner quelques détails sur la vie domestique des Athénien» de ce tempsf cependant nous renvoyons au a 5/ chapitre da Voyage d^Anacharsis. Toutefois comme Fabbé Barthélémy a réuni des morceaux d^auteurs qui appartiennent aux époques les plus divci<«{.\>, nous indiquerons encore quelques traits qui compléteront le tableaut

Dans un de ses plaidoyers , Lysias nou^ a transmis, sur les fortunes, des renseignemens d'autant plus utiles, qu'ils indiquent les limites en plus et en moins, quant aux possessions des hommes qu'on regardait conmie les plus riches ^ On voit par tout ce qu'il dit à ce-sujet, et par Fénumération des charges supportjèes par les propriétaires, que les affaires publiques et le commandement étaient seuls regardés comme des moyens d'acquérir. Rareme^t un riche Athénien pouvait transmettre ses biens jusqu'à son petit-fils, tant il était accablé de charges. Pour bien s^en convaincre, il suffira de <!onsulter le passage où Lysias rapporte comment Aristophane dépensait une fortune, qui n'atteignait pas à cent mille francs.^ Ses biei^- fonds ne s'élevaient qu'à trente mille environ; les choragies, les triérarchies , absorbaient entièrement le surplus , ou du moins il restait à peine de quoi fournir à une spéculation politique, de laquelle Conon promettait de grands avantages à son ami.

1 Qoand on se sert de plaidoyers pour • Phistoire , il faut se méfier des indications ; mais dans tout ce qui ne concerne pas le but de Tayocat, il y a des choses que Ton peut admettre. Voyez Lysias, Trtp. t. ^ptrroÇ* ^pn/JLeirOiV , édit. de Bekker, pag. 3 18 et 819.

a Noos trou¥ons ici une donnée sur Fintérét : quelqu^un qui a été honoré d^un cadeau du roi de Perse, consistant en un Tase d^or, le met en gage pour i5 mines, environ i5oo (rancs, et il paie pour peu de mois 2S pour cent.

Quant à la fortune des plus riches Athéniens, Lysias ne parle point d'Hipponicus, dont l'opulence était extraordinaire 3 seulement il rappelle qu'il a hérité environ i,i5o,ooo francs de son père, gardant le silence sur tout ce qu'il y a ajouté et sur ce qu'il a légué à son fils Callias : puis il fait adroite^ ment remarquer l'exiguité de la succession délaissée par Callias. L'aisance d^ Athènes baissait beaucoup alors ; il est vrai que Callias avait mangé tout son bien , mais Alcibiade , le plus riche après lui , avait aussi souffert de grandes diminutions de fortuna L'orateur affirme que l'opyiion générale lui donnait cent taléns, mais qu'à sa mort il laissa à ses'enfans beaucoup moins qu'il n'avait reçu de son père et de ses tuteurs. On ne conçoit pas ce que put devenir la somme énorme que sa femme avait apportée en mariage. Après Alcibiade c'est Isomaque qui passait pour le plus riche, et cependant à sa mort on s'aperçut de l'erreur où l'on était sur ce J)oint : chacun de

ses fils eut pour tout bien à peu près 60,000 francs. Enfin , on évaluait à plus de 290,000 francs la fortune de Stéphanus, fils de Thalus, et il ne laissa pas même 70,000 francs. Les biens de Nicias furent estimés à 5oo,ooo francs; Nicérate, son noble fils, disait lui-même que son avoir ne dépassait pas 80,000 francs. Quand les fortunes étaient aussi réduites , la prodigalité ne pouvait conduire qu'à la ruine des familles.

La vanité et la volupté étaient les maux qui affligeaient le plus la société. La femme d'Euphilète ne peut pas même suivre le convoi funèbre de sa bellemère sans tomber dans les embûches d'un séducteur ^ Du côté de la vanité, tout était disposé de manière à séduire le peuple par la dépense ; on voulait obtenir des couronnes , on voulait se donner de la considération au moyen des pompes solennelles que l'on dirigeait II y avait moins de splendeur dans l'intérieur des ménages^ néanmoins, ce que dit Démosthènes des palais de son temps , prouve que la vie domestique échangea bientôt aussi sa simpUcité contre l'opulence et le luxe. Qiânt aux maisons ordinaires, Euphilète, qui en a une à la campagne qù sont ses esclaves , et qui se fait servir en ville par des servantes, possède à Athènes une maison qui a deux étages , comme toutes celles d'Athènes, mais elle n'a qu'une chambre k chaque étage. Un autre citoyen considéré fait emplette d'une maison pour 5o mines, un peu plus de 2000 francs, et son mobilier ne vaut pas plus de looo draclmies, ii25 francs.

1 Lijsias, de cœde Eratosthen., édit. de BeJ^ker, pag* 164. Une femme yient trôuyer Euphilète, et lui dit qu'aune autre femme , séduite aussi par Ëratosthène , renvoie le prévenir que celui-ci s^est mis k la poursuite de la sienne ^ elle ajoute :

EpotTOffflf virç O'itiùèv c Tstvrct '^rpirreùV^ oç ov fjLovov Ttiv o'ttv yvvaulcet S)té^dctpKiVj etXXct jif ctWeiç TTGXXeLç* retuTfiv yctç

Les moyens d'acquérir étaient si rares en ce tanps, qu'il ne pouvait pas y avoir de grandes richesses dans Athènes. Les mines étaient ou épuisées, ou réduites de beaucoup par la perte de celles de h Thrace macédonienne que Philippe commençait à eiq)loiter. Le commerce avait passé en des mains étrangères , et si l'on en excepte qudques îles et i quelques villes sans importance, les possessions lointaines étaient perdues ; il fallait faire venir de loin les objets de première nécessité. Dans son discours contre Leptine, Démosthènes nous apprend que, de tous les Grecs, les Athéniens étaient ceux qui faisaient les plus considérables importations de grains ^. Ce qu'on nous dit de ceux de *^ Crimée et surtout de ceux de Théodosia , où régnait Leucon (qui fiit fait citoyen par les Athéniens), peut nous faire juger de la quantité du numéraire j qu'il fallait exporter. U y avait dans le système de l'impôt de véritables absurdités : les droits de sortie étaient , selon Démosthènes , 3 y^ pour cent sur les grains du Bosphore ; et d'après les registres de l'administration , cet orateur porte à quatre cent mille médimnes (chacun de 160 Uvres de Rome pesant) la quantité venue de ce pays. U est Êicile de cal-

1 Edit. de Bekker, pag. 4»i. Irrt yaiû fnTrotj toS-S*', cti

culer à quel point furent poussées les choses dans les années où la récolte venait à manquer en Grèce. Ce fiit dans une pareille circonstance que Leucon fit présent à la ville d'Athènes du 'grain dont elle avait besoin pour sa consommaHon. L'on retira i5 talens , près de 90,000 francs , d'un petit excédant dont on crut pouvoir se passer. Si de toutes ces choses on veut tirer une conclusion générale , ce sera nécessairement que les richesses et le numéraire allaient alors s'accumuler dans des états qui ne tenaient en politique aucun rang; et c'est ce qui porta Rhodes, Byzance et les villes de la côte septentrionale de l'Asie mineure à un si haut degré de splendeur.

Mais la guerre sacrée renversa totalement tous les rapports étabU$ jusqu'alors : le culte grec reçut de telles atteintes des attaques dont le temple fut l'objet, qu'il y eut impossibilité de le reconstituer jamais; car le dieu, et son oracle sacré, demeurèrent dix ans au pouvoir de ceux dont les mains avaient pro&né le trésor. Que de changemens durent se faire dans l'esprit léger des Grecs pendant une guerre de dix ans, soutenue au moyen dés richesses des temples ! Quelle impression dut faire sur eux la vue de courtisanes et de jeunes garçonsr parcourant les provinces parés des couronnes sacrées! A Métaponte, par exemple, une joueuse de cithare assista k une fête publique , portant un objet précieux

le peuple, ne voulant point s'appliquer à penser, s'abandonna aux yoluptës qui se liaient au culte : la splendeur et la pompe des fêtes le plongèrent de plus en plus dans la superstition. Les classes moyennes, formées ou gâtées par les sophistes, se créèrent un système à part, et rirent de la religion, et les grands s'en servirent pour gouverner, comme on fait usage d'une machine. Alors le mysticisme se plaça, comme partout ailleurs, à côté de l'incrédulité; car il est toujours accueilli par les générations efféminées, parce qu^elles conservent tout juste autant de force d'imagination qu'il en faut pour le délire. Aus^i vit -on s'établir facilement une prétendue philosophie pythagoricienne. Platon contribua beaucoup à ouvrir la voie aux rêveries de ceux qui changèrent en système mystique et oriental une religion faite pour les sens. Nous ne faisons qu'indiquer ici une idée^ que nous développerons plus tard, quand nous parlerons de la littérature philosophique.

Quoique nous ayons marqué pour terme à cette section le moment où Onomarque prit part aux affaires pubUques, nous ferons encore remarquer une autre conséquence de la guerre sacrée , qui néanmoins ne devint sensible qu'après sa rnort En moins de six ans, on mit en circulation une masse immense de métaux monnayés. Si l'on se souvient de ce que nous avons dit de la fortune des Athéniens,

dans laquelle le numéraire n'entrait que pour une fiable portion , si l'on se ra{qp€ilè Feffet produit en Europe par la découverte de l'Amérique , si Ton réfléchit comment l'abondance des inétaux précieux en diminua la valeur, on concevra aisément ce qui dut arriver. Au m<iyen âge, du moins, l'effet ne fut C[ue pi^gressif , les métaux se répandirent sur toute l'Europe; mais en Grèce tout fut brusque et concentré d$ms un petit espace. Le numéraire d'Amérique profita à toutes les classes, à toutes les professions; celui de la guerre sacrée passa entre les mains d'hommes qui en firent Femploi le plus abject, et qui le prodiguèrent précisément au seul genre d'industrie que les états bien constitués doivent repousser. Pour déterminer ce que fiirent les rapports des fortunes anciennes aux fortunes nouvelles, il fiiudrait 'connaître avec précision la somme mise en 'circulation par la guerre de Phocideji or on ne le pourra jamais. Selon Diodore, en peu d'années soixante milUons seraient entres dans le commerce. Que rôh considère combien peu il y a de numéraire aujourd'hui, mêmie dans les états les plus riches; que l'on songe à la proportion existant alors entre l'argent et les objets de première nécessité , et l'on jugera quelle! subite et terrible révolution dut opérer l'entrée en circulation de ces trésors de Delphes. On en entretenait la plus vile populace, et il fallut que les Phocidiens

le peuple, ue voulant point s'applio — s'abandonna aux voluptés qui se )'| ^ ' la spl(»ndeur et la pompe des f^ ;* de plus en plus dans la supr;^ / moyennes, formées ou gâtée/;' . i i-

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quiDz-^We» ^''^- XIll, pag. 6o5. Il y est dit, entre autres

I ' ^*Onomarque fit cadean à Fan de ses nombreux fa-

^ r^Ag quatre étrilles d'or qui ayaient été données an temple

P ^u^ Sybarites. PhajUus fit passer entre les mains de k

f\^t àe flûte Bromia , fille de Dinias , deux vases de genres

Lg£tens {Keip^nciov Km ittffav^iov), qui avaient été offerts

.. rile de Péparèthe. Le même donna à Lycolas une couronne

Je launer d'or, venant dT!phèse, et à Damippe une offrande

gttiibuée à Plisthène.

/ 9 Diodoie de Sicile, liv. XVI, §. S7, tom. II, pag. ia6.

/ lies Athéniens et les Lacédémoniens qui soutenaient les Pbo-

/ cidiens, participaient à cette impiété {/Luréff^ov Si tmç otîpi-

ffieûç)^ recevant de plus forts subsides que n'en comportait leur contingent.

la tactique militaire ne contributeent pas moins à prqMuner la domination macédonienne

Jusqu'au temps dont nous écrivons l'histoire , il y ayait eu la plus intime liaison entre le système militaire des Grecs et les institutions politiques de chaque état La tactique en était moins soumise aux inventions de chacun. L'occasion indiquait les campemens , les marches , le choix des positions et beaucoup d'autres choses encore; mais. la conn portion des armées et leur équipement^ avaient leur principe dans les mœurs et dans la constitu-* tien même. Voilà pourquoi la masse des principaux citoyens 9 celle qui gouvernait, était pesamment araiée; voilà pourquoi aussi il y avait, proportion gardée , peu d'armés à la légère. La cavalerie était si peu nombreuse , que de nos jours les rapporta de nombres dans lesquels eUe figurait envers l'in* Êmterie, sembleraient tout-à-fait ridicules ou même impossibles* à. admettre. La cause en est surtout dans la disposition du pays, qui n'était propre ni à déployer la cavalerie ni à la 'nourrir. D'ailleurs le cavalier était obUgé de pourvoir à l'entretien du cheval , et la plupart des citoyens avaient pour cela une fortune trop bornée. En Thessalie, au contraire^ (m voyait servir à cheval les principaux citoyens : c'était la portion essentielle de l'armée, tandis que les vassaux formaient d'innombrables troupes légères. Les Athéniens, moins entravés par leurs vieilles

institutions que les Spartiates, comprirent bientôt le besoin d'avoir une cavalerie. Dès la première agression de leur part, ils ^se servirent avec succès .de celle de leurs alliés de Tbessalie. Dans la suite, ayant conquis les plaines de l'Eubée, plus propres i 'que TAttique à l'éducation des cbevaux, ils purent : organiser une cavalerie national^. Mais les Spar- : liâtes ne sentirent jamais la nécessité de renforcer . là leur, et d'autant moins que, pour faire leurs « guerres d'Asie, ils s'en procuraient Êicilement cha ■ l'étranger. Le vieux système militaire se maintiiti t donc cbéz eux jusqu'au temps dont nous parlons. \ Épaminondas et Pélopidàs changèrent entière* îs ment l'art de la guerre. Iphicrate, comme Ta Ëôt % depuis Frédéric II, sut composer son armée d'une multitude peu sûre et recrutée au hasard ; et Jason ^ de Tbessalie fit voir atnt Grecs quelle était la su- \ périorité d'une cavalerie régulière. Il fit plus, il organisa aussi l'infanterie légère. Les innovatioiis qu'Ipbicrate ^ introduisit dans les armures, et dani \

1 Iphicrate, chap. i. JSamque ille pedestria arma mutavit^ , cum ante- illum imper atorem maximis cfy-peis , brevibus hastit, minutis gladiis uterentur. Ille e contraria peltam pro pamUL fecit, a quo postea peltastœ pedites appellantur , itt ad mottu | cancur»us{/ue €ssent Uifiores, Hastœ modum duplicavit, gladiot longiores fecit. * Idem genus loricarum mutavit et pro férreii atque œneis linteas dédit. Quo facto expeditiores milites red' ' didit. N^an pondère detractô , quod œquc corpus tegeret ac fève e8S9t, -curavit.

les manœuvres avaient pour but de faciliter les mouvemens du soldat, de surprendre et de cerner l'ennemi, de s'emparer de ses avantages, et d'embrouiller dans ses opérations un adversaire dont la tactique ne pouvait être égalée , mais que cette méthode inconnue troublait et étonnait. On sait combien ce système lui réussit. U dut une grande partie de sa réputation à une surprise, par suite de laquelle un corps de Spartiates fut contraint de se rendre, quoique d'ailleurs ce fait d'armes ait été fort peu remarquable par, lui-même»

A dater de cette époque , les guerres fureht presque toujours faites par des mercenaires ; ce fut une véritable spéculation, que, de se mettre au service de la Perse. On en revenait chargé, d'or, et de vices étrangers. La Grèce elle-même avait en quelque sorte des armées permanentes de meri^enaires : il leur fallait une tout autre organisation, une di^cir pline toute différente de. celle qui avait gouverné les anciennes armées de citoyens; caç ceux.-oi avaient reçu chacun une instruction conforma à ce que les lois de Tétat prescrivaient pour ses différentes castes» Dans la période suivante, un homme né pour le commandement fit faire de grands progrès à la science militaire , et il établit suc elle la puissance qui ouvrit à son fils l'empire du monde.

État des lettres , et surtout des sciences politiques i

et oratoires.

Ne vOtJant pas faire une histoire complète de la littérature, nous avons dans la période précédente omis de parler de la poésie lyrique. Nous n'avons point nommé Pindare, météore brillant, mais unique, dans la cité qui I0. vit naître. En effet, nous nous occupons moins du caractère particulier des auteurs , que de la marche igénérale de la civilisation. Dans la période que nous examinons en ce moment, nous garderons le silence sui-'Ies philosophes d'Athènes. Il eh sera plus convenablement ^ question après Alexandre , ce prince ne devant ; pas être séparé d'Aristote. Ce qui appartient plus |^ spécialement à l'époque dont il s'agit maintenant, ■ c'est l'éloquence; elle se mit alors en rapport plus | direct avec les autres parties de la science. Déflios* thènes et ses contemporaihs la portèrent au plus haut degré de. splendeur. Désormais elle renferma en ellcHmêtne toutes les connaissances politiques et sociales, qui devinrent indispensables à l'homme qui voulait jouer am rôle dans l'état. L'époque qui pré- 4)éda la bataille de Chéronée est toute entière à l'art oratoire et aux négociations , et la suprématie de la Grèce parut être désormais le prix de la ruse et de la diplomatie, bien plus que de la prépondérance

des armes. Cicéron remarque que, jusqu'à Péridès, Téloquence fut plutôt un effet de la nature que de Fart; elje ne devint science qu'au moyen de la philosophie , de l'art dramatique , de la granunaire et des écoles, et elle parvint à son apogée, quand un talent inné, joint à l'éducation et favorisé par les circonstanèes , eut amené Démosthènes sur la scène du monde. Arrivée au-delà du but, cette science ne fut plus qu'une profession. Nous ne fiôsons point ici l'histoire de l'éloquence S nous ne jugeons point les orateurs. Nous nous bornerons à examiner leur influence sur la politique et sur la cmlitadon. ^

1 Si BOUS Tonlions parler de Téloquence en général, sauf nous borner aux orateurs , en tant qn^ils représentent lenr épo^ qne, il faudrait toujours s^attaclier à la philosophie et ne point perdre de vue la marche de Fart dramatique.

a Vo^es les noms de tons ctsx qui se. sont signalés par leur éSlotpuMcef dans la Bibliothèque grecque de Fabricius, toni..II , pag. 74^« Vojea aussi THistoire critique des orateurs grecs de Enlmkeiiius , pag. laa. A, cette occasion nous ferons remarquer qne Tédition d^AIde^ deyenne-si rare, renferme des morceaux ^pi^ KeisLc n^a point reproduits. Il ne faudrait pas sV- .bandoMieT sans réserve, pour ce qui concerne le jugement des omtenn, à Denys d^Halicamasse , à Hermogdne ou à Philostrate. Le premier était trop exclusivement savant, le second était égaré par les tropes des orateurs d^Asie. Pour -Quintilien., il avait le goût italien des périodes arrondies , de ^U chute des sjUabes, de Pharmonie des motsî mais ce goût.Mcrifie souvent le sens à Poreille.

Dans soil étal le plus simple, Féloquence est inséparable de la publicité et de la liberté. On la retrouve chez les sauvages de l'Amérique septentrionale , chez les Scandinaves , che^ les anciens Germains , chez les Grecs d'Hbmère ; car on sait que , dans la suite , les rhéteurs regardaient ses poésies comme un recueil de modèles pour les orateurs et pour les hommes d'état. Il y a moins d'art dans les discours d'Hérodote , et cependant ils expriment mieux les idées dé son siècle. Déjà le rôle de l'orateur devenait plus difficile, parce que déjà les affaires se compliquaient; aussi ferions-nous remonter jusqu'à Thémislocle le commencement de Fart, si des orateurs et des rhéteurs il'avaient formellepient compté Périclès lui-même parmi ceux qui n'attachaient d'importance qu'au fond de la pensée, sans se soucier de la forme de l'expression.^

1 Cicéron, Brutus, cap, 8, donne' une histoire abrégée de Téloquence d^Athènes : — — Themistocles fuit , quem constat tum prudentia, tum etiam éloquent ta prœ^titisse^ post Periclet, tjui cum Jlorertt omni génère virtutis , hac tamen fuit laude elarissimus, CUonem ^tiam temporihus illis , turbulentuvi iUum ^uidem civem^ sed tamen eloifuentem' constat fuisse. Huic œtati suppures jilcibiades , Critias , Ther amenés ^ quihus temporibus ^uod dicendi genus viguerit , ex JThucjrdidis scriptis i ^ui ipse tum fuit , intelligi maxime potest. Grandes erant verbis, crebri sententiis , compressione rerum brèves et ob eam ipsam causam interdum subobseuri. — Plutarque , dans son Antiphon , dit : u Nous ne connaissons aucun discours judiciaire de tous les

D'après ce que nous savons de Thémistocle, on ne peut nier qu'il n'y eût dans ses discours de la ruse et du sophisme, et, par 'conséquent, qu'il n'y mît de l'art et qu'il ne visât à des effets calculés; aussi le cite-t-on généralement parmi les orateurs dont le langage est étudié. Quant à Périclès, nous savons positivement qu'il s'était appliqué à la dialectique, et ce qu'il dit dans Thucydide , suppose que dans ses discours il faisait de la philosophie Ip même usage que les tragiques. U ne dédaigne point les moyens dont se sert Cléon, seulement il les emploie avec la délicatesse qui lui convient. U élève le peuple jusqu'à lui-, au lieu de descendre jusqu'à ses auditeurs. Au temps de Périclès l'état était parvenu à un tel degré de grandeur, qu'il n'était plus

« orateurs antérieurs k Antiphon, nous n'en connaissons pas « même de ses c'otateqipoiri^ins : on n^avait point coutume « d^écrire ses discours. Thémistocle , Aristide ni Périclès né « Pont fait, quoique les circonstances leur en fournissent « beaucoup d^bccasions , • et qu^elles parussent ^éme les y t pousser. " Eschine , qui sera pour nous dVne bien plus glande autorité que Plutarque , s^exprime ayec plus de précision; il dit, dans son discours contre Timarque, pag. a58 , édit. de Bekker : « Ces anciens orateurs , Périclès , Thémisa tode , Aristide , étaient si éloignés de ce qui paraissait op- « posé à la simplicité, quHls ne faisaient pas même comme « nous faisons tous , quHls . ne sortaient point la main de « leur Tétemeut pour gesticuler j cela leur paraissait théâtral « {-^paffv T/) j et pour ce motif ils s'en abstenaient.**

possible d'observer la disposition de Solon sur les délibérationspubliques^ Il fallut dès-lors une science particulière pour ouvrir un avis ou donner un conseil au milieu d'afl^res aussi embrouillées que l'étaient celles d'Athèi^es. C'est ce que, daQS les Mémoires de Xénophon , Socrate tâche de faire entendse à Alcibiade et à d'autres encore. On n'en tenait pas compte, à la vérité, ainsi que le prouve l'eremple de C^n et celui d'Alcibiade lui-même. Platon nous dit aussi avec quelle légèreté on en agissait à cet égard Cependant, en règle générale, l'émission d'une opinion dans Içs affaires publiques et le soin de prononcer un discours judiciaire, se lièrent au gouvernement de l'état, ils constituèrent bientôt une branche d'é-

1 Eschine contre Ctésiph. , pag. 379 , édit. dé Bekker : « Je « Toadrais bien , Athéniens , que le conseil des cinq cents (( et les assemblées du peuple fussent tenus , selon Tordre «^ ancien , par. ceux qui en ont la sunreillanct , et que les lois 1^ de Solon , sur les orateurs , fussent observées. Diaprés ces « lois, ce serait dVbord an plus âgé des citoyens à monter <c à la tribune : sans trouble et sans confusion on écouterait <i les conseils de son expérience ^ après lui , chacun pourrait « émettre son opinion par rang^ d^âge. Mais de nos jours» « poursoit Eschine , on n^ntend plus crier : Quel est parmi et les Athéniens dg4g de plus de cinquante ans celui qui veut il parler? et ifuel est celui parmi les autres qui veut parler «c ensuite? Les lois sont impuissantes pour remédier aai a désordres des rhéteurs; les prytanes, les proèdres et la tribu « qui préside n^y peuvent pas dayanUgè, quoique «ette tribu a compose le dixième de tout le sénat. ^

tudes qui, loin de se renfermer dans l'enceinte des écoles, contribuèrent à Téducation du peuple ailier.

Le premier qui fît un art de la parole et qui réduisit le gouvernement en science,* fut Antiphon : sous tous les rapports il doit être placé avant GorfgLaSj Polus, Prodicus et avant les autres orateurs duj temps qui suivit immédiatement celui-là ^ D'abord, semblable à un charlatan de la foire, il vendait à Corinthe des consolations philosophiques ; mais ce métier ne lui ayant point réussi, il revint à Athènes pour y établir une fabrique de paroles. Bientôt on le vit, homme d'état, contribuer, après l'expédition de Sicile > à créer dans sa patrie la honteuse oligarchie des quatre cents. Un tel orateur serait va peine digne d'être cité, s'il n'avait, à lui seul, fondé un nouveau genre d'éloquence. On veut que Thucydide , qu'Alcibiade , que Lysias, qu'Archinoûs , aient profité de ses leçons , et que les sophistes aient marché sur ses traces. Si les deux iitralogUs et les trois déclamations que nous lisons

1 PlttUrque le dit expressétaient dans le ytvû^ KvTiipSvTOç 9 pla€sé oidÎBaîreraent à la tête ' des discours ou déclamations. ^ H ne ê€ fit /e disciple dp personne y car de son temps il rCy a avait point encore (Thonkme qui se fàt occupé de la rédaction a de discours écrits , point de sophiste qui se fût mis à la tête « dfune école de dialectique ou de rhétorique. Antiphon eut « reeoufs aux liyres écrits ayant lui , et prit ses exemples « principalement aux poètes. ^

soùs son nom, viennent effectivement de lui, on ne pourra s'empêcher de reconnaître qu'il avait pris dans ses exercices le mauvais goût que Sénèque et Quintilien blâment si fort dans lés rhéteurs de leur temps. Antiphon faisait composer ses élèves sur des sujets donnés, mais ces sujets étaient du nombre de ceux qui ne se présentent point, ou qui se présentent fort rarement : c'était par exemple l'empoisonnement d'un père ou quelque assassinat bien aventureux. Il débitait ensuite ses compositions pour servir de modèles en pareils cas. Du reste il est étranger à l'ampoule et à l'enflure de Gorgias et de Polus. *

Vers le temps où Antiphon venait de faire une

1 Parmi les onze déclamations que nous avons, mais dont je contesterais Tauthenticitë , la première est une accusation d^empoisonnement ; les quatre morceaux suiyans ont pour objet, 1.* une accusation de meurtre sans indices; a.** une défense contre cette accusation ; .3.*^ une xioùyelle accusation) enfin 4'° UAC réplique. Viennent ensuite quatre morceaux semblables pour un meurtre , où à la vérité il j a des indices, mais auquel manque Tintention de tuer. Il y a, après cela, une défense pour meurtre ; enfin le onzième discours a encore le meurtre pour sujet. Antiphon paraissant avoir adopté ce genre , il est fâcheux que nous ayons perdu le seul discours étranger aux exercices de Técole, celui par lequel il défendit sa propre tête. Cicéron, in Bruto, cap. la : — quo (commf Antiphon) neminem unquam melius uUam orauisse capitis causam , cum se ipse defenderet, se audiente , lotuples auctor scripsit Thucj-dides.

science de ce qui, jusque-là, n'était qu'un don de k nature, Empédocle, en Sicile, appliquait la philosophie à l'éloquence, tandis que Tisias et Corax écrivaient les premiers préceptes de la rhétorique et de la dialectique. Gorgias, disciple d'Empédocle^, réussit si bien en ce genre, qu'il s'opéra tout à coup une révolution complète : on vit naître bientôt une fourmilière de sophistes et de dialecticiens. Thrasimaque, Polus, Hippias, son compatriote Alcidamas, etProdicus de Céos, se montrèrent presque en même temps. Avant eux, Mélissus et Protagohis avaient déjà poussé fort loin la dialectique : de la nature , et de la vie sociale , ils avaient fait passer la philosophie dans les écoles. Protagoras d'Abdère^, Gorgias et Thrasymaque , sont célèbres encore par

1 Quinetil. Imtit, orat., lih, III ^ cap, i : ^am. primus post eot, quoê poé'tœ tradiderunt , movUse cliqua circa rhetoricen Empedocles dicitut, jértiuni autem scriptores antiquissimi Corax et Tisias Siculi : quos insecutus est vir ejusdem insulœ , Gorgias Leontinus ^ ^Empedoclis {ut traditur) discipulus, Is bene" ficio longissimœ œtatis (nam eentum et navem vixit annos) cum nuUtis simul Jloruit t ideoque et illorum, de quibus supra dixi , fuit œmulus et ultra Socratem usque duravit,

a Cicéron recommande à celui i qui se roue à réloquence , de traduire le Protagoras de Platon , afin de s^exercer à la dialectique ; l^onomique de Xénophon , afin de s'approprier le stjle noble et facile d'une philosophie pratique et populaire ; «nfin , il yeut qu'on traduise les discours de Démosthènes et d'Eschine pour et contre Ctésiphon; afin de conuattre à fond deux modèles d'un genre différent.

( ^7o) les immenses richesses qu'ils ont amassées au moyen de leurs leçons de dialectique et de rhétorique. Ces honunes appartiennent autant à l'histoire de la philosophie qu'à celle de l'éloquence. Euathlus, disciple de Protagoras, qui lui avait payé sa rhéto* rique plus de douze mille francs , écrivit un traité sur l'art de son maître. Quant à Prodicus, il récitait des déclamations philosophique» pour un prix fixe Le Protagoras, l'Hippias, le Théœtétus de Platon, font très-bien connaître ces sophistes. Us sont interlocuteurs dans ses dialogues , où l'on imite surtout l'ampoule de Gorgîas et de Polus, et la trompeuse dialectique de Protagoras ^ Platon montre conunent les sophistes s'introduisaient partout, et comment , lors du second voyage de Protagoras à Athènes, ils étabhrent leur quartier- général dans la maison du riche CalKas. * Si l'on voulait juger

I Platon, Protagoras y édit. de TanchRÎts, pag. i53.

a Platon, Pro^goras. a Le portier, qai est n,n eunuque, « nous entendit, je pense,' .et apparemment que la quantité a des sophistes qui arriyaient là à tous momens Payait mis (c de mauyaise kumeuf contre tous ceux qui approchaient dt et la maison ^ car nous n^ayons pas plus tôt heurté , qu^onp yrant sa porte , et nous yojrant : Ah , ah , dit-il , yoici entr core des sophistes ^ il n^a pas le temps ^ et prenant sa porte « ayec les deux mains, il nous la ferme au nei de toute s» A force. Nous heurtons encore, et il nous répond, la porte K fermée : Est-ce. que yous ne m^ayez pas entendu ?. ne yous « ai-je pas dit qu'il n'a pas le temps? — Mon ami, lui ai-je

Gorgias sur les deux déclamations qu'on lit dans la collection des orateurs grecs ^, on en aurait une idée encore plus défavorable que celle qu'on en prend dans .Platon. Ce philosophe nous dépeint Hippias comme un misérable charh|tan, qui se vante dans la boutique des banquiers de savoir faire des tours de toute espèce^. Il allait aux jeux olympiques se poster dans la cour du temple, offrant de parler et|de répandre sur tous les sujets donnés. Toutefois on ne s'aperçut pas immédiatement de l'influence de ces sophistes sur l'éducation des hommes d'état et sur la httérature : il j avait encore trop 'de bon sens, trop de bon goût, pour que cette mode bruyante pût triompher. Socrate, de son côté, fit beaucoup de bien ; n^étant pas entièrement étranger à l'art des sophistes , il opposait la froide raison à leurs bravades ^ leur science sortit régénérée de son école. Isocrate et lui créèrent une doctrine d'un tout autre genre , et Théodore , Euripide , Lysias, marquent la transition qui s'opéra pour arriver à^ ce nouvel état de la science.

I dit y noos ne dem^Bdons pas Callias , et nous ne sommes I pas des sophistes ; onrre donc sans crainte : nous Tenons I ponr Toif Protagoras , et ta n^as qu'à nous annoncer. Avec I tout cela il eut encore bien de la peine à nous ouvrir. ^

1 ReisLe, Orat. grœci, pag. 91. C'est un panégy'rique d'Hélène et une défense de Palaméde^ le sujet même annonce de Taines déclamations.

a Platon 9 Hippias, édit. Taucbnitz, pag. aa.

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ngocraties^. Le discours qui a pour sujet le retour

lindocide dans sa patrie, est plus court, mais il

I Denji d^Halîcamasse y de Lfsia judicium , éd. de Tauch- ^* pag. a 3 8. KatBoLpoç iffrt riv iffxnvuAV ttcLvu , t^ tjiç kniMMç yhm^rmç aptrroç xaiytiv, ou tÏç Àp^oLiatç , ? Kip^pnrett IDumr À SwiLviiS)êÇ 9 ixxi tHç jlûlt i)ttivov roV ^povo9

9 Édition de Reiske, de la page 68 jusqu^à la fin. Bekker, piç. 135 et 196.

( ^73) Mais , avant de nous en occuper , accordons un regard aux vestiges de l'ancienne éloquence : ûcé* Ton compte encchre pour elle Cléon * et sa manière démagogique ; il classe même parmi les anciens orateurs, Critias, Alcibiade et Tliéraniène : cela peut nous surprendre, car tous trois étaient élèves de s(h phistes , et deux d'entre eux avaient pendant lonj^ temps suivi Socrate avec assiduité: Andocide, l'adversaire d' Alcibiade, serait, peut-être, plus convenablement rangé dans cette catégorie. On ne voit dans tpus ses discours que l'honmie public, jamau le rhéteur ^. Il ne nous faudrait qu'une phrase de , celui qu'il prononça pour l'inauguration des mystères, pour prouver qu'il était bien loin d'accorder une timide attention aux paroles ^. Ce discours , le plus important de tous, n'a pas d'exorde artistement

mm

1 Ciceroyin Bruto , cap. j , in fin. Cleonem etidm temporiM illis 3 turbulentum illum quidem ciftfni , ted tamen eloqaentem constat fuisse,

a Slaiter, in Zeat^onibus Andocideis , Lejde, 180.49 in*3*% a traité à fond tout cer ^i, concerne cet orateur. Il a rassemblé aussi les jugemens des anciens, et il a réfuté Taylor, qui coii«> teste Tauthenticité du discours contre Alcibiade. Sluiter a fait yaloir aussi les argumens de Luzac et les notes trouvées dans les papiers de Yalk^nacfr.

3 J'entends par là le retour des mots Vfxuç et vixSf dans la phrase suivante : iyta JV, eo otvS^iç , J^nco/Lieu vjLiSf HndUàk KAt vjLUv ys pfJVflfc ;^ap/f«fl-ôflw , ^ ijuLOi et^ici TrohXoS iv^^

disposé, point de propositions de philosophie générale, point de prosopopée; enGn il n y a pas plus d'apostrophes individuelles. Andocide va droit aux èits et les rapporte d'une manière vive , mais apologétique. Il iàut le lire attentivement pour connaître la situation intérieure d'Athènes, comme les Grecs autrefois le lisaient pour saisir les nuances introduites dans leur langue jusqu'à Lysias ; car ces nuances se trouvaient plus particuUèrement consignées dans les discours d' Andocide et dans ceux de Critias K La péroraison de la harangue sur l'inauguration des mystères , réunit tout ce qui peut nmuer les esprits : elle prouve par un bel exemple ^'une haute naissance, relevée par un mérite réel et par une popularité raisonnable , est honorée nême au sein de la démocratie la plus effrénée, tndis que l'orgueil nobiliaire, dépourvu de mérite, lefikhaïr, même dans les monarchies et dons les iiûtocraties^. Le discours qui a pour sujet le retour d^Andocide dans sa patrie, est plus court, mais il

1 Denji d^Halîcamasse , de Ljrsia judicium , éd. de Tauch- \ liti, p«g. a 3 8. KoBûLpoç irrt Tnv iffxnvûstv TreLvu y x^ tjiç

iiTiMMÇ yhÊirmiç aptrroç ttatyciv, ou 7Î!ç Àp^etieiç, ti Ki^fnTAê nXosrwr a^ BovKvSiSiiç , aAAsè riç kolt i)ttivov toV Xpovo¥

2 Édition de Reûke, de la page 68 jusqu^à la fin. Bekker, pag. 125 et 196.

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