‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 3)Chapitre 22 sur 72 · LA SECONDE DYNAËTIE A LA TROISIÈME, VERS LA FIN DU DIXIÈME SIÈCLE · texte numérisé non relu

LA SECONDE DYNAËTIE A LA TROISIÈME, VERS LA FIN DU DIXIÈME SIÈCLE

A Les Papes transfèrent l'empire d'Occident aux princes d’Alle: magne, dont le premier, cédant à de mauvais conseils, com-

mence par faire un antipape, — Grands et saints personnages ,

par toute l’Église. — La nonne Roswith, au fond de l’Allemagne, écrit, en latin élégant et correct, des comédies chrétiennes. — Le moîne Gerbert d’Aurillac étudie et enseigne les sciences, avec l'applaudissement de tous ses contemporaîäns, — Les Russes se convertissent avec leur grand-duc Wladimir, — La troisième dynastie de France succède à la seconde d’ane manière peut-être unique dans l’histoire, — Révolutions beaucoup moins fréquentes ct moins sanglantes chez les nations catholiques de l'Occident que chez les Grécs de Constantinople, les Musulmans de Bagdad et les peuples de la Chine,

Comme nous l’avous déjà vu, les empereurs d'Occident étaient les défenseurs titulaires de l’Église romaine contre les infidèles, les hélrétisues, les schismatiques et les séditieux. Défendre l'Église romaine, voilà ce qu'ils promettaient avec serment à leur sacre. Dès

Dors, il était tout naturel que le chef de l'Église romaine, le Pape,

choisit celui des princes chrétiens qu'elle devait avoir pour protecteur. Cette réflexion, l'historien Glaber la faisait déjà dans le onzième

Dsiècle, Il parait très-raisonnable, dit-il, et très-bien établi, pour main-

tenir la paix, qu'aucun prince ne prenne le titre d'empereur, sinon celui que le Pape aura choisi pour son mérite et auquel il aura donné la marque de cette dignité !. Ce que dit ici Glaber avait été reconnu, Comme un principe fondamental, par Charlemagne et ses descenjdants, en particulier par l'empereur Louis Il, dans sa lettre à l’em-

Dpereur grec de Constantinople, où il pose pour base de son droit de

régner comme empereur, que c'est de l'Église romaine Le sa fap sq £ q

LGlab., 1, 1, sub fin,

116 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXI. — be ges M à o01 de l'ère chr.:

mille a reçu d’abord l'autorité de la royauté et ensuite celle de l'em. Mi y fit apporter | pire {. Nous voyons la même chose dans la translat’-n de la dignité RS ses compagnons impériale aux princes d'Allemagne. Othon Ier la demande d’abord BB autres : au pape Agapit IT, et ne l'obtient pas. Le pape Jean XII l'y appelle, Notre très-che mais aux conditions suivantes, jurées par le futür empereur : Qu'i Dieu, vaincu les conserverait au pape Jean XII sa vie et sa dignité; que, sans sa par. MR universelle à laq ticipation, il ne ferait à Rome aucune ordonnance concernant les Ro. MRrecevoir par nous mains ; qu'il rendrait au Pape tout ce qu'il récupérerait des terres de MMronne triomphale saint Pierre; qu’il exalterait selon son pouvoir l’Église romaine et Mn sainte Église d son chef 1, temelle, et, pour Les einpereurs d'Occident étant les défenseurs titulaires de l'Églis empereur avec |: romaine, les habitants de Rome leur prétaient un serment de fidélité giise du prince d mais cette fidélité était subordonnée à celle qu'ils devaient au Pape, Ecouvernement de leur véritable souverain. La formule du serment que firent les Ro. apprit à notre Pat mains aux empereurs Louis et Lothaire, l’an 824, sous le pape Et EMharvait amenés à la gène I, contient cette clause : Sauf la foi que j’ai promise au Seignew Mretomber, faute d ayostolique. On en voit autant, l’an 895, dans le serment à l'empereur EMquoi nous ordonn Arnoulfe, sous le pape Formose. Il n’y a aucun doute qu’au couron- Bis l'Elbe, comm nement d'Othon on ne fit la même chose, ni plus ni moins. iége archiépisco] Charlemagne comprit parfaitement, et par l'esprit et par le cœur, iuñragants. Nous ce que les empereurs d'Occident étaient et devaient être aux Papes. Rrès-pieux empere Et ce qu’il comprit si bien, il l’accomplit de même. Il fut le défer- Mersebourg soit « seur, l’ami, le confident des Pontifes romains. H veillait à leur hon. bourg, parce qu'u neur et à leur sanctification, non moins qu’à leur sûreté: il savait Nous voulons que avec les ménagements délicats de la piété filiale, leur suggérer le Rs aptisés par l’enip avis convenables pour conserver l'humilité et les autres vertus dans Bkeurs, puissent ét: une dignité si éminente. Pour le bien de l'humanité chrétienne, et par Ecbourg et à tel a là même de l'humanité entière, il acheva de fonder l'indépendance Mpronnons pe lec même temporelle de l’Église romaine. Ses descendants, s’ils n'eurent Me Mayence, de T pas la même intelligence, eurent généralement la même volonté ESRvorisent de tout Tous ils manifestèrent et se transmirent, pour le chef de l'Église, Eur le ministère de pour le centre de l'univers chrétien, une affection sincère et filiale. Mistianisme les S Aucun empereur issu de Charlemagne n’occasionna ni ne favorisa de ESréchés aux lieux « schisme ou d’antipape. Cette gloire si belle et si pure, les évêques archevêque de M: les peuples de France la partagent avec eux. Nous verrons si les en: Mrerenants seront f pereurs, les évêques et les peuples de Germanie sauront l’acquérit fricr 969 1: maise de même. Cette bonne han:

L'empereur Othon, nouvellement couronné, était encore à Ront Se dura guère. Dà quand il obtint du pape Jean XII l'érection de la ville de Magdebour En ent des suites l en métropole. Il y avait fondé un monastère dès l'an 997, et l'an Et Les causes ni

!Baron,, an, 871, n, 63, — ? Baron,, ad an, 960. Lt ucr. Bened., sect.

E. — De 969 M à 991 d2 l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 117

le de l'em. LE il y fit apporter le corps de saint Maurice et ceux de quelques-uns de la dignité & ses compagnons. Dans la bulle d’érection, le pape Jean XII dit entre le d’abord RM autres : FAIRE Ne ‘y appelle, Notre très-cher et très-chrétien fils Othon, ayant, par le secours de eur : Qui DS Dieu, vaincu les nations barbares, est venu à la £haire souveraine et ns Sa par. universelle à laquelle nous présidons par l'autorité de Dieu, afin de ant les Ro. recevoir par nous, du bienheureux Pierre, prince des apôtres, la cous terres de MRronne triomphale, le faîte victorieux de l'empire, pour la défense de Oomaine ct MS sainte Église de Dieu ; nous l'avons accueilli avec une affection paternelle, et, pour la défense de la sainte Église de Dieu, l’avons sacré empereur avec la bénédiction de saint Pierre. Et comme, dans l’égise du prince des Apôtres, nous traitions ensemble de l'État et du gouvernement de toute la chrétienté, le très-pieux empereur Othon

de l'Église le fidélité, Lau Pape,

nt les Ro. Bupprit à notre Paternité comment, après avoir vaincu les Slaves, il les pape Et Murait amenés à la foi chrétienne, nous priant de ne pas les exposer à 1 Seigneur retomber, faute de pasteur, sous la puissance du démon. C’est pour- “empereur ESquoi nous ordonnons que le monastère de Magdebourg, bâti en Saxe,

Ut COUrON-

r le cœur,

sur l'Elbe, comme étant le plus proche de ces nations, soit érigé en iége archiépiscopal, qui puisse gouverner tout ce tronpeau par ses suffragants. Nous voulons aussi qu'en exécution du vœu fait par le

ux Papes. EStrès-pieux empereur pour avoir défait les Hongrois, le monastère de

le défen- EMersebourg soit érigé en siége épiscopal soumis à celui de Magde- Jeur hon Bourg, parce qu'un seul pasteur ne peut suffire pour tant de nations. ; 1 avai, MNous voulons que le cens et la dime de tous les peuples qui ont été ggérer ls Baptisés par l’empereur, ou qui le seront par les soins dé ses succesrtus dans EReurs, puissent être distribués aux siéges de Magdebourg et de Merne, et par Etbourg et à tel autre qu'ils voudront. Nous voulons aussi, et nous pendant Erdonnons pe“ le commandement de saint Pierre, que les archevêques

s n'euren! Be Mayence, de Trèves, de Cologne, de Salzbourg et de Hambourg,

e volonté. Bvorisent de tout leur pouvoir ces deux érections. Et quand Dieu, » l'Église Mur le ministère de l'empereur ct de ses successeurs, aura amené au

et filiale. EStristianisme les Slaves voisins, nous voulons qu'ils établissent des avorisa de ESvéchés aux lieux convenables, dont les évêques soient consacrés par vêques 4 rchevéque de Magdebourg et deviennent ses suffragants. Les consi Les ent Erevenants seront frappés d’anathème, Cette bulle est du 19me de fél'acquéti Erier 069 1: mais elle ne fut exécutée que six ans après.

| Cette Bonne harmonie entre l’empereur Othon et le pape Jean XII e à Ron Be dura guère, Dès l'année 963, il survint une dissension politique, gdebourt EM ent des suites fâcheuses, mais dont nous ne Savons pas bien au l'an ste les causes ni jes circonstances ; car le récit le plus détaillé que

Act. Bened., sect. 5, p. 575. Mansi, Concil.,t, 18, p. 461.

118 HISTOIRE UNIVERSELLE [LIV. LXT, — Degg

nous en ayons est de Luitprand, dont nous connaissons le caractèn passionné, satirique et partial.

Après avoir dit que le nouvel empereur, ayant reçu du pape Jem et des principaux de Rome, sur le corps de saint Picrre, le serment que jamais ils ne donneraient secours à Bérenger ni à son fils Ada bert, se hâta de retourner dans sa patrie, Luitprand continue en

termes : Cependant le Pape, oubliant le serment qu'il avait fait wi B

saint empereur, envoya vers Adalbert pour qu’il vint à lui, l’assurant avec serment qu'il l’aiderait contre la puissance du très-saint empe. reur; car le saint empereur avait tellement épouvanté Adalbert, k persécuteur des églises de Dieu et du même pape Jean, qu’il aba donna l'Italie et se réfugia chez les Sarrasins du Fressinet. Le jus empereur, ne pouvant assez admirer pourquoi le pape Jean ainui alors Adalbert, que précédemment il haïssait si fort, appela quelque:

uns de ses familiers, les envoya à Rome pour en savoir la vérité. [|

envoyés reçurent cette réponse, non de personnes quelconques oua petit nombre, mais de tous les citoyens de Rome : Le pape Jean lai le très-saint empereur qui l’a délivré d'Adalbert, par la même raisu que le Siable hait son Créateur. L'empereur ne cherche qu’à plairei Dieu et à procurer le bien de son Église et de l'État ; le pape Jean hi tout le contraire. Témoin la veuve de Rainier, son vassal, à qui, pa la passion qu'il a pour elle, il a donné le gouvernement de plusieun villes; et, de plus, des croix et des calices d’or de l’église de Saint Pierre. Témoin Stéphanie qui vient de mourir en se délivrant de qu’elle avait conçu de lui. Que si tout le reste gardait le silence, k palais de Lafran, autrefois l'habitation des saints, maintenant un li infâme, ne tairait point son amie, la femme de Stephanas, sœur à la concubine de son père. Témoin l'absence des femmes étrangèr, qui n’osent plus visiter l’église des apôtres, sachant que depuis quelque jours il a abusé par force de quelques-unes, mariées, veuves et vierge Témoin les églises des apôtres qui tombent en ruine, qui laissent pé nétrer la pluie, non plus par quelques gouttes, mais par torrent, jusque sur les saints autels. Quelle peur ne nous font pas les poutté quand nous allons prier Dieu! La mort qui règre dans la toiture now empêche de prolonger nos prières et nous force d'abandonner bia tôt la maison du Seigneur. Témoin les femmes quelconques, bell

ou communes; car elles sont pour lui les mêmes, soit qu’elles foulel

de leurs pieds le noir caillou, soit qu'elles se fassent porter park magnifiques montures. Voilà pourquoi il y a la même discorde ent lui et le saint empereur, qu'entre les loups et les agneaux; c'est po

oser impunément tout cela, qu'il cherche à se faire un défensihe d’Adalbert, C'est en ces termes que Luitprand fait parler ls

à 991 de l'ère chr.

Romains aux e L'empereur, € jeune, il pourra bien. Maïs allon:

s'est enfermé. N | ferons des remor gré, au moins pa Pendant que l’er voya Léon, prot mier des grands | fait par emporte:

avait reçu un évê qui étaient infidi manquait à sa pi non au Pape, dar L'empereur ré met de changer proche qu’il me f nez vous-mêmes glise toutes les te sance, et c’est à « cette forteresse; 4 si auparavant no!

sounettons à sa ]

idiacre Jean, infic Duous ne les avons

pris qu'on les a nople, où le Pape un Bulgare, nom:

du Pape, et Zaché

puis peu, consaci

prêcher, mais de

Aiavions pas vu k

son nom t.

Ce récit de Lui se plaignait que 1 prêter serment à | réduisait à son ob par un sophisme :

Di fallait bien les pi

1 Luitpr., 1, 6,0, 6

TE. — Dee > caractère

pape Jean le serment à fils Ada.

nue en ce

rait fait au

, l'assuran aint empe.

dalbert, le qu'il abane t. Le just ean aim | quelques.

vérité, Les l

ques oue e Jean lai Ême raison là plairei 6 Jean fi à qui, par e plusieurs de Saint vrant dec silence, k ant un lu s, Sœur dé étrangère, is quelqué s et vierge, aissent péir torrent, les pour iture noù nner bier ques, bells

Îles foule

ter park corde ent ; c'est po

défensif parler la -

Romains aux envoyés, et les envoyés à l'empereur. Il continue. L'empereur, entendant ces choses, dit en parlant du Pape : Il est

à 991 de l'ère chr.]

jeune, il pourra se corriger par les exemples et les avis des gens de

bien. Mais allons d’abord nous emparer de Montfeltre, où Bérenger

s'est enfermé. Nous irons ensuite trouver le seigneur Pape, nous lui .

| ferons des remontrances paternelles ; et, si ce n’est pas de son plein gré, au moins par : .pect humain, il deviendra un homme parfait. Pendant que l'empereur assiégeait ladite forteresse, le Pape lui envoya Léon, protoscriniaire de l'Église romaine, et Démétrius, le premier des grands de Rome, promettant de se corriger de ce qu'il avait it par emportement de jeunesse, et se plaignant que l'empereur avait reçu un évêque nommé Léon et un diacre-cardinal nommé Jean, qui étaient infidèles au Pape. Il se plaignait encore que l'empereur manquait à sa promesse, en se faisant prêter serment à lui-même, et non au Pape, dans les lieux qu’il réduisait à son obéissance, L'empereur répondit aux envoyés du Papé: Quant à ce qu'il promet de changer de conduite, je lui en rends grâces; quant au reproche qu’il me fait de manquer moi-même à mes promesses, éxaminez vous-mêmes si cela est vrai. Nous avons promis de rendre à l'Église toutes les terres de saint Picrre qui viendraient.en notre puissance, et c'est à cette fin que nous travaillons à chasser Bérenger de celte forteresse; car comment pourrions-nous lui rendre cetté terre, si auparavant nous ne l’arrachons aux mains des ravisseurs et ne la sounettons à sa puissance? Quant à l'évêque Léon et au cardinaljdiacre Jean, infidèles à son égard, qu'il nous accuse d’avoir reçus,

Drous ne les avons ni vus ni reçus en ces temps; mais nous avons ap-

pris qu'on les à arrêtés à Capoue, comme ils allaient à Constantinople, où le Pape les envoyait à notre préjudice. On a pris avec.eux un Bulgare, nommé Salec, élevé chez les Hongrois, ami très-familier du Pape, et Zachée, méchamt homme ct ignorant, que le Pape a, de-

Dpuis peu, consacré évêque, et a en oyé chez les Hongrois pour leur

précher, mais de nous attaquer. Nous,ne l’aurions pas cru, si nous Aiavions pas vu les lettres du seigneur Pape, scellées en plomb avec son nom ti,

Ce récit de Luitprand mérite une attention particulière. Le Pape & plaignait que l'empereur, contrairement à sa promesse, se faisait prêter serment à lui-même, et non pas au Pape, dans les lieux qu'il

Mréduisait à son obéissance, L'empereur ne répond à cette plainte que

Par Un sophisme : qu'avant de rendre les terres à l'Église romaine,

Uri CD € 2 24

Ji! lait bien les prendre aux usurpateurs, Sans aucun doute; mais la

!Luitpr., 1 6, e, 6, Labbe, t, 9, p. G48, Baron, an, 963,

130 WiSTOIRE UNIYERSELLE (Liv. LXI, — De #6 question était de savoir pourquoi, en les prenant, il se faisait prêter serment à lui-même et non pas au Pape. On voudrait plus de fran. chise dans le premier empereur de Germanie. Il y a plus. On voit, par se récit de Luitprand, que le pape Jean XII envoyait deux am. bassadeurs à Constantinople, deux autres chez les Hongrois pour y prêcher, et que, contre le droit des gens, l'empereur Othon fit art. ter ces ambassadeurs du chef de l'Église et leur ôta leurs apiers, À notre avis, ces manœuvres décèlent un oppresseur de l'Église bien plus qu’un protecteur. Enfin, comme le Pape accuse d’infidélité lu ambassadeurs destinés pour Constantinople, il parait que la trahison y fut pour quelque chose, et que la politique du premier empereur de Germanie, à l'égard du successeur dé saint Pierre, ressemblait quelque peu à la politique des Grecs, qui avaient coutume de cor. rompre les légats du Suint-Siége. On conçoit alors sans peine que le Pape cherchât ailleurs un appui contre une politique aussi peu loyal et aussi peu chrétienne.

Luitprand , alors évêque de Crémone, continue : Après cette ré. ponse, l'empereur envoya Landohard, archevêque de Munster, « Luitprand, évêque de Crémone, à Rome, avec les envoyés du Pape, pour justifier suprès de lui la conduite de l’empereur, avec ordre aux vassaux de ces évêques, qui les accompagnaient, de prouve son innocence par le duel, si le Pape ne recevait pas ses excuses, À coup sûr, voilà un expédient fort étrange, que deux évêques proposent le duel au Pape pour prouver l'innocence de l'empereur. Cela seul suftirait pour rendre cette innocence suspecte. Les deu évêques envoyés par l’empereur étant arrivés à Rome, continue Luitprand, qui était l’un des deux, virent bien, à la réception que leur fit le Pape, combien il était dégoûté du saint empereur. Il ne voulut recevoir sa justification ni par le serment ni par le duel, mai derneura dans son opiniâtreté. Cependant, huit jours après, il renvoya avec eux Jean, évêque de Narni, et Benoît, cardinal-diacre, pour amuser encore l'empereur pendant qu’il invitait Adalbert à revenir. Celui-ci partit donc de Fraissinet et vint à Centumcelles « de là à Rome, où le Pape le reçut avec honneur, au lieu de le cha ser, comme il devait.

Le saint empereur, c'est Luitprand qui parle, ayant passé toil l'été au siége de Montfeltre, vint avec son armée à Rome, où la Romains l’invitaient en secret à venir. Que dis-je, en secret? La mr jeure partie des grands de Rome, s’étaat saisis du château de Saint: Paul, invitèrent le saint empereur jusqu'à lui donner des otages, Bref : l'empereur vint camper auprès de Rome ; le Pape et Adalbet s'enfuirent ; les citoyens reçoivent le saint empereur dans la ville

À 901 de l'ère cl

avec tous les élire ou faire ç roi, son fils. V ajoute qu’à l'a uns favorisaie Pape; les aut pereur avec le

Trois jours romains et du de Saint-Pierr ques. Angelfri où il mourut bert, archevêq venne et Ada ces tr’ is arche élaie. des di en avait pas u Il y avait en ot plusieurs autre laïques des pli ici remarquer il ne s’y en tro

Quand on e séant au seigr

D concile : Ô vou

glise, dites-not mains et les c l peuple : Nc nous demande bylone et dans vêtements de E fait si ouverten L'empereur ré cusations en ps est à faire, Alor vu célébrer la Jean, cardinaldans une écuri lut une accusat que le pape Jea

1 Pagi, an. 963

l, — De 96 sait prêter s de fran.

. On voit, deux am.

oÏs pour y n fit arré.

apiers, À “glise bien fidélité les a trahison empereur essemblait e de corine quele peu loyale

cette ré.

unster, ct du Pape, vec ordre e prouver | EXCUSES, ques prompereur, Les deu continue ption que sur. Îl ne luel, mais S, il renal-diacre, dalbert à ncelles et e le char

assé tout e, où les ? La mi de Saint:

s otages, Adalbert s la ville

à #1 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 121

avec tous les siens, et lui promettent fidélité, et jurent de ne jamais élire ou faire ordonner de Pape sans son consentement ou celui du roi, son fils. Voilà ce que dit Luitprand, Le continuateur de Réginon ajoute qu’à l'arrivée de l'empereur, les Romains se divisérent : les uns favorisaient l'empereur, se plaignant d’être opprimés par le Pape; les autres soutenaient le Pape, et, toutefois, reçurent l'em-: pereur avec les honneurs convenables et lui donnèrent des otages!.

Trois jours après, continue Luitprand, à la prière des évêques romains et du peuple, on tint une grande assemblée dans l'église de Saint-Pierre. L'empereur y assista avec environ quarante évéques. Angelfrid, patriarche d’Aquilée, étant tombé malade à Rome, où il mourut quelque temps après, un diacre tenait sa place. Valbert, archevêque äe Milan, y était en personne, avec Pierre de Ravenne et Adaldague de Brême, qui avait suivi l’empereur. Après ces tr‘ is archevêques étaient trois évêques allemands; les autres étaie.. des diverses parties de l'Italie. On peut remarquer qu'il n'y en avait pas un seul qui ne fût sous la domination de l’empereur. Il ÿ avait en outre treize cardinaux-prêtres, trois cardinaux-diacres, plusieurs autres clercs officiers de l'Église romaine, et quelques hiques des plus nobles, avec toute la milice des Romains. On peut ici remarquer encore que, sur plus de quarante prêtres-cardinaux, il ne s’y en trouve que treize, et sur sept diacres, que trois.

Quand on eut fait silence, le saint empereur dit : Il serait bienséant au seigneur pape Jean d'assister à un si illustre et si saint concile : Ô vous, saints Pères, qui travaillez en commun pour l'Église, dites-nous donc pourquoi il l'a évité. Alors les pontifes romains et les cardinaux, les prêtres et les diacres, dirent avec tout le peuple : Nous sommes surpris que votre très-sainte prudence nous demande ce que personne n'ignore, pas même en Ibérie, à Babylone et dans l'Inde. 11 n’est pas de ceux qui viennent avec des vêtements de brebis, et qui, au dedans, sont des loups rapaces ; il fait si ouvertement les œuvres du diable, qu'il n’use d'aucun détour. L'empereur répondit : 11 nous paraît juste que l'on propose les accusations en particulier, pour délibérer ensuite en. commun ce qui est à faire, Alors Pierre, cardinal-prêtre, se leva et dit qu’il l'avait vu célébrer la messe sans communier. Jean, évêque de Narni, et Jean, cardinal-diacre, dirent qu'ils l'avaient vu ordonner un diacre dans une écurie et hors des temps solennels. Benoît, cardinal-diacre, lut une accusation au nom de tous les prêtres et les diacres, portant que le pape Jean faisait les ordinations des évêques pour de l'argent,

1 Pagi, an. 963.

192 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXI, = De so

et qu'il avait ordonné pour évêque, à Todi, un enfant de dix ans,

Quant à l'adultère, is dirent qu'ils n’avaient pas vu des yeux, mais

qu'ils savaient pour certain qu’il avait abusé de la veuve de Rainier,

de Stéphanie, concubine de son père, d'une autre vouve nommée

Anne et de sa nièce ; qu’il avait fait du sacré palais un lieu de débau.

Che ; qu’il avait été publiquement à la chasse ; qu'il avait füit évever les

yeux à Benoit, son père spirituel, qui était mort aussitôt ; Qu'il avait fait mourir Jean, cardinal-sous-diacre, après l'avoir fait eunuüque ; qu'il avait fait faire des incendies, et avait paru l'épée au côté, portant le casque et la cuirasse, Tous, tant clcres que laïques, décla. rèrent qu’il avait bu du vin pour l'amour du diable; qu’en jouant aux dés, il avait invoqué le secours de Jupiter, de Vénus et des autres faux dieux ; qu'il n'avait dit ni matines, ni les heures cano-

niales, ni fait sur lui le signe de la croix 1.

: Comme les Romains n'entendaient pas la langue saxonne que parlait l’empereur, il fit dire à l'assemblée, par Luitprand, évêque de Crémone : Il arrive souvent, et nous le savons par expérience, que ceux qui sont constitués en dignité sont calomniés par leurs envieux, ce qui me rend suspecte cette accusation qui vient d'être lue par le diacre Benoît. C'est pourquoi je vous conjure, au nom de Dieu qu'on ne peut tromper, et de sa sainte Mère, et par le corps de saint Pierre, dans l’église duquel nous sommes, que l'on n'avance rien contre le seigneur Pape, qu’il n'ait effectivement commis et qui n’ait été vu par des hommes dignes de foi. Les évêques, le clergé et le peuple de Romedirenttous d’une voix : Si le pape Jean n’a pascommis ce que le diacre Benoît vient de lire et encore d’autres crimes plus honteux, que saint Pierre ne nous délivre point de nos péchés, que nous soyons chargés d’anathème et mis à li gauche au dernier jour ! Si vous ne nous croyez pas, croyez au moins votre armée qui l’a vu, il y a cinq jours, l'épée au côté, portant le bouclier, le casque et la cuirasse. Il n’y avait que le Tibre entre deux, qui empêcha qu'il ne füt pris en cet équipage. Le saint empereur dit : Il y en a autant de témoins que de soldats dans notre armée. Le saint concile ajouta :S'il plaît au saint empereur, on enverra des lettres au seigneur Pape, pour qu'il vienne et qu’il se purge de tout cela. On lui écrivit done une lettre en ces termes.

Au souverain Pontife et Pape universel, le seigneur Jean ; Othon, par la clémence divine, empereur auguste, avec les archevêques de Ligurie, de Toscane, de Saxe, de France, salut dans le Seigneur. Étant venus à Rome pour le service de Dieu, comme nous deman-

1 Labbe, t, 9, p. 648. Luitpr., 1, 6, c. 7.

à 991 de l'ère el

dions à vos fil prêtres, les di pourquoi vou personne et d si honteuses, d'un histrion.

vous en marc voulions les e:

point. Sachez mais par tous sacrilége, d'in vin pour l'ami Vénus et les a ternité de ven l'insolence du se fera rien qu Dans cette ] cause réelle di pape Jean X] Othon violait s cilié avec Adal lettre, et l’em souverain Po d'user de son :

Car ayant lu c serviteur des tendu dire que VOUS eXCOn in!

vous n'ayez le Telle fut la ré, rante évêques.

ces quarante é rieure à la sie un autre Pape tous les quarar canoniquemen Cette répon:

plus de quinze où se trouvèr Modène, de T'

1 Luitpr., 1. 6,

h De 962 dix ans, UX, mais > Rainier, nommée le débauêrevcr les qu'il avait unique ; té, pors, déclan jouant s et des es Cano-

nne que vêque de ace, que envieux, je par le eu qu'on Pierre, onre le t été vu euple de s ce que onteux, ie nous our ! Si a vu, il ue et la qu'il ne tant de ita : S'il * Pape, it donc

Othon, ques de gneur.

leman-

à 901 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 123

dions à vos fils de Rome, savoir : les évêques, les cardinaux, les prêtres, les diacres et tout le peuple, la cause de votre absence et pourquoi vous ne vouliez pas nous voir, nous les défenseurs de votre personne et de votre Église, ils ont avancé contre vous des choses si honteuses, qu'elles vous feraient rougir si on vous les racontait d'un histrion. Afin que votre Grandeur ne les ignore pas toutes, nous vous en marquons quelques-unes en peu de mots; car, si nous voulions les exprimer toutes nommément, un jour entier ne suffirait point. Sachez donc que vous êtes accusé, non par un petit nombre, mais par tous les clercs et les laïques, d’homicide, de parjure, de sacrilége, d'inceste avec vos parentes et deux sœurs, d'avoir bu du via pour l'amour du diable, et d'avoir invoqué, dans le jeu, Jupiter, Vénus et les autres démons. Nous prions donc instamment votre Paternité de venir vous justifier sur tous ces chefs. Si vous craignez l'insolence du peuple, nous vous promettons avec serment qu'il ne se fera rien que selon les saints canons !.

Dans cette lettre, qui est datée du 6 novembre, on dissimule la

cause réelle de toute cette affaire, la cause politique, savoir : que le pape Jean XII, justement alarmé de la manière dont l'empereur Othon violait ses promesses et même le droit des gens, s'était réconcilié avec Adalbert, Une autre observation, c'est que, dans cette même lettre, et l’empereur et ses évêques reconnaissaient Jean XII pour souverain Pontife et Pape universel, et par là même encore en droit d'user de son autorité à leur égard; ce qu’il ne manqua pas de faire. Car ayant lu cette lettre, il y répondit en ces termes : Jean, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à tous les évêques. Nous avons entendu dire que vous voulez faire un autre Pape. Si vous le faites, je vous excominunie de la part du Dieu tout-puissant, en sorte que vous n'ayezle pouvoir d’ordonner personne ni de célébrer la messe. Telle fut la réponse de Jean XII?. Comme, de l’aveu même des quarante évêques, il était souverain Pontife et Pape universel ; comme ces quarante évêques n'avaient certainement pas une autorité supérieure à la sienne ; comme ils avaient réellement le dessein de faire un autre Pape, ainsi que la suite le fait voir, il s’ensuit qu'ils étaient tous les quarante bien canoniquement excommuniés, et par là même canoniquement incapables d'être ni témoins ni juges.

Cette réponse fut lue dans la seconde session de l'assemblée, tenue plus de quinze jours après la précédente, savoir le 22me de novembre, où se trouvèrent Henri, archevêque de Trèves, et les évêques de Modène, de Tortone et de Plaisance, qui n’aveient pas été à la pre-

1 Luitpr,, 1. 6, c. 8,9 et 10, — ? Jbid., et Labbe, t: 9, p. 650.

em min :

124 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv, LXI, — De 9ç2

mière session. De leur avis, on écrivit au Pape une seconde lettre en

ces termes : Au souverain Pontife et Pape universel, le seigneur Jean;

Othon, par la clémence divine, empereur auguste, et avec lui le saint

synode assemblé à Rome pour le service de Dieu, salut dans b

Seigneur. Dans le synode quia été célébré le 6 de novembre, nous

vous avons adressé des lettres où étaient contenues les paroles de vos

accusateurs et les chefs d'accusation. Nous y avons prié votre Gran. deur de la manière qu'il convenait. Nous avons reçu de vous des lettres, non telles que les demandaict les circonstances du temps, mais telles qu'on peut les attendre d'hommes vains ct inconsidérés, Il fallait donner une excuse raisonnable de ne pas venir au synode, Les députés de votre Grandeur devaient s’y trouver pour dire que, si vous n'êtes pas venu au saint concile, c’est par maladie, on par quelque autre difficulté. [1 y a dans vos lettres une autre chose, qu'il siérait, non pas à un évêque, mais à un jeune étourdi d'écrire; car vous nous avez exCommuniés tous, en sorte que nous n'ayons plus le pouvoir de chanter la messe ni de faire des ordinations ecclésiastiques, si nous établissons à Rome un autre évêque. En effet, il y est écrit : Que vous n'ayez le pouvoir d'ordonner personne. Nous autres nous avons pensé jusqu'à présent, nous croyons même encore, que deux négations (ne et personne) valent une aflirmation, à moins pourtant que votre autorité n'ait infirmé les règles des anciens autours. Mais répondons à ce que vous avez voulu dire, non à ce que vous avez dit. Si vous venez au concile pour vous justifier, nous obéirons sans aucun doute à votre autorité; mais si vous méprisez de venir et de vous justifier, d'autant plus que rien ne vous empêche de venir, ni la navigation, ni la maladie, ni la longueur du chemin, nous mépriserons votre excommunication, nous la retournerons plutôt contre vous-même, parce que nous pouvons le faire justement. Judas, le taitre ou plutôt le vendeur de Notre-Seigneur Jésus-Christ , avait reçu avec les autres le pouvoir de lier et de délier. Tant qu'il fut bon, il put lier et délier comme les autres disciples; mais après que, devenu homicide par le venin de la cupidité, il voulut tuer la vie, que peut-il encore, sinon se lier lui-même, en s’étranglant par un lien funeste 1?

Telle fut la seconde missive de l'empereur Othon et de ses quarante ou quarante-quatre évêques au pape Jean XIE, qu'ils reconnaissaient encore pour souverain Pontife et Pape universel. Cette missive, datée du 22 décembre, n'est pas peu curieuse, et sous le rapport grammatical, et sous le rapport doctrinal. Le Pape avait dit

1 Luitpr., 1,9, c. 8, 9et 10. Labbe, p. 651.

à 001 de l'ère ch

dups sa répons pouvoir d'ordo nare, Sur cette eu français, les à propos de do donc que, à m la syntaxe, les une affirmation marque était jt montrent aussi latine. Pour p excommunier, délier tant qu’il mauvais ; autre qui est une erre tant sur la gran voulaient en re la férule.

Adrien, cardi de cette seconde plus le pape Je:

dans la plaine, ] il était. [ls rapp troisième fois..A attendu son arri sence; mais co point, nous vou:

Étant opprimé | nous 1 envoyé ( Dieu, de venir er | de Saint-Pierre.

ce que nous avc fidélité qu’il m'a à Rome le même ditions, et, à la :

| s'est revêtu d'u lare ce qu'il en Dans cette allo loute l'affaire, la deux lettres ou

! Labbe, p, Gst,

— De 96?

lettre en ur Jean; li le saint dans le re, Nous es de vos re Granvous des 1 temps, isidérés, synode, lie que, , Où par se, qu'il ire; car ns plus Clésiasil y est S autres re, que JS pour iuteurs, le vous béirons renir ét > venir, us mé- , Contre das, le > Avait it bon, S que, la vie, par un

$ qua- 'eCoN- Cette ous le ait dit

à 991 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 125

dans sa réponse : Je vous excommunie, en sorte que vous n'ayez le pouvoir d'ordonner personne, ut non habeatis Licentiam ullum ordinare. Sur cette phrase, dont la construction est la même en latin et eu français, les quarante évêques de l'empereur germanique jugèrent à propos de donner au Pape une leçon de grammaire. Ils observent donc que, à moins que le Pape n'ait réformé les anciennes règles de la syntaxe, les deux négations ne et personne, non et ullum, valaient une affirmation. Nous laissons au lecteur à juger combien cette remarque élait juste et Spirituelle. Ces quarante censeurs du Pape se montrent aussi forts sur la doctrine chrétienne que sur la grammaire latine. Pour prouver que le Pape n'avait pas le pouvoir de les excommunier, ils enseignent que Judas cut le pouvoir de lier et de délier tant qu’il demeura bon, maïs qu'il le perdit dès qu'il devint mauvais ; autrement, que la puissance se perd dès qu'on pèche. Ce qui est une erreur manifeste et condamnée par l'Église. En un mot, tant sur la grammaire que sur la doctrine, ces quarante évêques, qui voulaient en remontrer au Pape, méritaient eux-mêmes de sentir la férule.

Adrien, cardinal-prêtre, et Benoit, cardinal-diacre, furent chargés de cette seconde missive; mais arrivés au libre, ils ne trouvèrent plus le pape Jean, qui, du moins Luitprand le dit, s’en était allé dans la plaine, portant un carquois, et personne ne put leur dire où il était. ls rapportèrent donc la lettre au concile assemblé pour la troisième fois..Aussitôt l’empereur, prenant la parole, dit : Nous avons attendu son arrivée pour proposer nos plaintes contre lui en sa présence; mais comme nous savons certainement qu'il ne viendra point, nous vous prions instamment de bien considérer sa perfidie. ‘ant opprimé par Bérenger et Adalbert, révoltés contre nous, il nous 1 envoyé des députés en Saxe, nous priant, pour l'amour de Dieu, de venir en Italie et de le délivrer de leurs mains, lui et l’église

| de Saint-Pierre. Sans que nous ayons besoin de le dire, vous voyez

cæ que nous avons fait avec l’aide de Dieu. Cependant, oubliant la fidélité qu’il m'avait juréé sur le corps de saint Pierre, il a fait venir à Rome le même Adalbert; il l’a soutenu contre moi, à fait des séditions, et, à la vue de nos troupes, il est devenu chef de guerre et

| s'est revêtu d’une cuirasse et d’un casque. Que le saint concile dé-

chre ce qu'il en ordonne 1,

Dans cette allocution de l'empereur, on voit la véritable cause de loute l'affaire, la cause politique. On n’en avait point parlé dans les deux lettres ou citations, mais seulement des accusations sur les

! Labbe, p, 651,

126 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv, LXJ, — De 06

mœurs. De cette manière, on espérait peut-être attirer le Pape sous la main de l'empereur, qui l'eût traité alors comme un sujet rebelle,

Enfin l'empereur ayant dit que le saint concile déclare ce qu'il en ordonne, les évêques romains, le reste du clergé et tout le peuple dirent, suivant le récit de Luitprand : A un mal inouï, il faut un remède inoui. Si, par des mœurs corrompues, il ne nuisait qu’à luimême, on devrait le tolérer; mais combien son exemple en a-t-il perverti d’autres ! Nous prions donc votre Grandeur que ce monstre soit chassé de la sainte Église romaine, et qu'on mette à sa plac un homme qui nous donne bon exemple. Ce que vous dites nous plaît, répondit l'empereur, et rien ne nous sera plus agréable que de pouvoir trouver un sujet digne d'être élevé sur ce Siége saint et universel. Ils dirent tous d’uneoix et par trois fois : Nous choisis. sons le vénérable Léon protoscriniaire, pour souverain Pasteur et Pape universel, à la place de l’apostat Jean, rejeté pour ses mauvaises mœurs. L'empereur y ayant consenti, ils menèrent Léon au palais de Latran, selon la coutume. I] fut sacré souverain Pontife au mois de décembre, en un jour convenable, dans l’église de Saint-Pierre, etils lui jurèrent fidélité. Tel est le récit de Luitprand, un des principaux acteurs dans cette affaire !,

Charlemagne et les évêques de France, dans une conjoncture semblable, se conduisirent d'une manière différente, Un concik aussi était assemblé pour juger les accusations por‘es contre le pape Léon III. Mais aussitôt que l'affaire eut été proposée, tous les archevêques, évêques et abbés s’écrièrent d’une voix unanime : Nous n’osons juger le Siége apostolique, qui est le chef de toutes les églises de Dieu. C’est à ce Siége et au Pontife qui le remplit à nous juger tous, sans qu'il puisse être jugé par personne, suivant l’ancienne coutume. Nous obéirons canoniquement à tout ce qu’il plaira au souverain Pontife d’ordonner 2.

Lorsqu’en 800 les évêques de France disaient que telle était l'ancienne règle, ils disaient vrai. Trois siècles auparavant, sous le règne du Goth Théodoric, cent quinze évêques étaient convoqués à Rome pour juger des accusations semblables contre le pape Symmaque. Les évêques remontrèrent au roi que c'était à Symmaque, encor qu'il fût l'accusé, à convoquer le concile, et que le successeur de saint Pierre ne pouvait être soumis au jugement de ses inférieurs. Théodoric, qui toutefois était arien, montra aux évêques que le Pape lui-même avait demandé ce concile par ses lettres. C’est une chose inouie et sans exemple, ajoutaient les évêques, que le Pontife romain

4 Luitpr., |, G. — 2? Anagst. in Leon, III,

v 001. de l'ère ch

soit mis en ju donné à ces é évêques eussel fois leur entref tous les évêqu à nom de tous 8 nous ordonne de comprendr:

rieurs et princi pontifes, si qu le Pape de Ro c'est l'épiscopa Voilà comm parlaient, agiss cement du net auraient dû le violé toutes les dans leur conci supérieur ; car, est inférieur au venait de décré qu'un, fort de siége, soit le Ps si, dans un conc controverse tou mander des exf audacieusement cienne Rome 2.

séculière de l’er pape Jean XII, tième concile g Contre eux n'’er évêques excom juges dans une moins, qui entr chef de l’Église Maintenant, le

5 gulière, jamais

s'en faut tout qu prudence canon

! Labbe, t, 4, p.

, — De 96 tv 901 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 197

Pape sous soit mis en jugement par-devant nous. Enfin, quoique le Pape eût t rebelle, donné à ces évêques le pouvoir de juger son affaire, quoique ces € qu'ilen évêques eussent fini par remettre le tout au jugement de Dieu, toutele peuple fois leur entrepriso parut une témérité et répandit l'alarme parmi

il faut un tous les évêques des Gaules ; et saint Avit de Vienne leur écrivit, au qu'à lui LR nom de tous ses collègues, ces paroles entre autres : Comme Dieu ‘en at-il nous ordonne d'obéir aux puissances de la terre, il n’est pas aisé e monstre de comprendre comment le supérieur peut être jugé par ses infé- \ sa placo rieurs et principalement le chefde l’Église universelle, Dans les autres lites nous pontifes, si quelque chose chancelle, on peut le réformer ; mais si

éable que e saint et 1s Choisisasteur et nauvaises au palais e au mois 1t-Pierre, des prin-

le Pape de Rome est révoqué en doute, ce n’est plus un évêque, c'est l'épiscopat même qui semble vaciller 1,

Voilà comme les évêques, notamment ceux des Gaules, pensaient, parlaient, agissaient, et à la fin du cinquième siècle et au commencement du neuvième. Les quarante évêques de l'empereur Othon auraient dû les prendre pour modèles en 963; ils n'auraient pas violé toutes les règles pour faire un antipape. En effet, que voit-on dans leur conciliabule ? Des inférieurs qui s’arrogent de juger leur supérieur ; car, sans contestation aucune, tout concile particulier estinférieur au Pape. Quant au concile œcuménique, le huitième venait de décréter, dans son vingt-unième canon, l'an 870 : Si quelqu'un, fort de la puissance du siècle, cherche à expulser de son

njoncture n concile

xs contre siége, soit le Pape, soit un des patriarches, qu'il soit anathème ! Que sée, tous si, dans un concile universel, il s'élève quelque ambiguïté ou quelque nanime : controverse touchant l'Église romaine, il faut respectueusement detoutes les mander des explications, et les recevoir de même, mais non porter

audacieusement une sentence contre les souverains Pontifes de l’ancienne Rome 3, Ainsi les quarante évêques qui, forts de la puissance séculière de l’empereur Othon, cherchent à expulser de son Siége le pape Jean XII, se. trouvaient directement sous l'anathème du hui-

lit à nous vant l'and'il plaira

était l'an- ième concile général, et l’excommunication que le Pape prononce s le règne contre eux n’en est qu’une application très-juste, Ce sont quarante à Rome évêques excommuniés, et par là incapables, non-seulement d’être minaque. juges dans une cause ecclésiastique, mais encore d'y servir de té- 2, encor moins, qui entreprennent de juger at de déposer leur supérieur, le esseur de MN chef de l'Église universelle.

nférieurs. Maintenant, leur procédure füt-elle pour le reste parfaitement rée le Pape EF gulière, jamais elle ne pourrait remédier à ce vice radical; mais il ine chose Sen faut tout qu’ils aient observé les formes essentielles de la jurisfe romain prudence canonique. Les mêmes personnes, à savoir l’empereur et

! Labbe, t, 4, p. 1862, — ? Labbe, t, 8, p. 1140,

128 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXL. — De9g2

plusieurs des évêques, y sont à la fois accusateurs, témoins et jnges, Au lieu de faire trois citations, on décide brusquement l'affaire après ia seconde. C’est un laïque qui préside un tribunal d’évêques ; c'est un laïque qui prononce la sentence, ou plutôt il n’en prononce point: il déclare simplement qu'il a pour agréable qu’on chasse le Pape accusé et qu'on en mette un autre à sa place. Et ce laïque venait de recevoir de ce même Pape la dignité impériale; et ce laïque venait de lui promettre avec serment, que, de sa volonté, de son conseil ou de son consentement, il ne perdrait ni la vie ni la dignité qu'il avait ! En vérité, dans tout ceci, l'empereur Othon reste bien au. dessous, non-seulement de Charlemagne, mais encore de l’arien Théodoric. :

Tout cela est vrai, quoi qué”l'on »ense des accusations portées contre Jean XIT. Quant à ces accusations en elles-mêmes, comme le tribunal était incompétent et qu'il n’a point observé les formes canoniques, ce ne sont encore aujourd'hui que des accusations, ct non pas des preuves juridiques et péremptoires. Voici ce qu’en pensait, dans le douzième siècle, Othon de Frisingue, un des auteurs les plus judicieux de l'Allemagne. J'ai trouvé dans quelques chron:ques, mais composées par des Teutons, que le pape Jean vécut d’une manière répréhensible, et qu’il fut souvent averti à cet égard par des évêques et d’autres de ses sujets. A quoi il nous paraît difficile d'ajouter creance, parce que l'Église romaine revendique pour ses Pontifes le privilége spécial que, par les mérites de saint Pierre, aucune porte de l'enfer ni aucune tempête ne les entraîne dans une ruine finale !.

Pour résumer notre jugement sur toute cette affaire, nous r'egardons comme une chose hors de doute, avec Baronius, Muratori Mansi, Becchetti, de Marca, Noël Alexandre, Kerz et autres, que l'assemblée des quarante évêques présidés par l’empereur Othon, est un conciliabule schismatique et Léon VIIE un antipape. Now jugeons l'autorité de Luitprand trop peu grave pour regarder comme certain que Jean XIT ait précisément commis les excès qu’il lui reproche; mais il nous paraît souverainement probable que ce Pontife a donné lieu par sa conduite à une aussi mauvaise renommée, Prince temporel de Rome avant l'âge de dix-huit ou dix-neuf ans, où il en devint encore le chef spirituel, il est bien à croire que le jeune Pape se conduisit en jeune prince, sans penser que ce que le monde excus dans celui-ci comme des fredaines de jeune homme, devient dans

l’autre un énorme scandale, qui retentit à travers les siècles et les

{ Otho Frising., 1. 6, c. 23,

à 991 de l'ère chui

peuples, comm ls enfers. Qu’ ceux qui monte monter ! :

Après avoir l'empereur Oth point trop. cha:

Aussitôt les cite le projet de le c Bteurs teutoniqu à saient par devar Othon, ayant dé ilentua une n Réginon ; une 1 À massacre fut tel mis fin, pas un lendemain 3 jan a lité à l'empereu preur part pour l'antipape. Aus:

pape Léon se sa Camérino, où il ajoutent que le ] diacre ; la langu et fustiger l’évé l'empereur. Voil c qu'ils ne dise:

2 condamner tout les actes, dont v L'an du Seigne a été tenu un co giles étant placé Jean XIL présids Ces seize évêque se conçoit faciler Parmi ces seize Comme ayant ass Le pape Jean Vous savez, bien:

dant deux mois vous demande si Da Cté tenu dans r AU,

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