‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 3)Chapitre 31 sur 72 · LXI. — Dep · texte numérisé non relu

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une extrême horreur de faire mourir ce parent, ille menaça de le déshériter. Enfin on en vint aux mains, et le parent fut tré de [a main de Sergius. Quoique Romuald n’eût eu d'autre part au meurtre que d'y avoir été présent, il voulut en faire pénitence pendant quarante jours, et se retira pour cet effet au monastère de Saint-Apollinaire de Classe: 6

Là, touché par les exhortations d'un frère convers, il, résolut de se donner entièrement à Dieu et demanda l’habit monastique. Mais les moines, craignant la dureté de son père, n’osaient le lui accorder, Romuald s’adressa donc à Honestus, archevêque de Ravenne, qui avait été abbé de. Classe. Ce prélat l'exhorta à suivre son saint désir, etcommanda aux moines de le recevoiz sans hésiter, ce qu'ils firent, appuyés d’une telle autorité. Romuald avait alors vingt-quatre ans, et Honestus était entré dans le siége de Raveñnne l'an 9714, d’où il s'ensuit que Romuald ne pouvait être né plus tôt que vers l’an 932. Il demeura environ trois ans au monastère, de Classe ; mais voyant que l'observance y était relâchée, il commença à reprendre sévèrement les moines, leur méttant la règle devant les yeux. Indignés de la hardiesse de ce jeune homme, ils résolurent sa mort, et comme ilse levait la nuit avant les autres pour prier, ils voulaient le précipiter d’une terrasse ; mais étant averti par un des complices, il évita le péril. | sa ,

Comme il avançait de plus en plus dans le désir de la perfection, il apprit qu'il y avait près de Venise un ermite nommé Marin, d’une haute spiritualité. Ayant donc demandé le consentement de l’abbé et des moines de Classe, qui jui fut facilement accordé, il s’embarqua pour l'aller trouver et se rit sous sa conduite. Marin était un homme d'une grande simplicité ét. d’une grande pureté, mais qui n’avait roint eu de maitre dans la vie solitaire. Il récitait tous les jours le psautier ; et. comme Romuald ne savait. rien quand il quitta le monde, à peine pouvait-il encore lire en ce temps-là. Marin lui donnait des. coups de baguette sur la ‘tête du côté gauche pour le corriger ; et Romuald, après l'avoir longtemps souffert, lui dit enfin : Mon maitre, frappez-moi, s’il vous plait, du côté droit, car je n’enlends presque plus. du côté gauche. Marin admira sa patience et radoucit son indiscrète sévérité, de

Pierre Urséole, alors duc ou doge de Venise, était monté à cette dignité par le crime. Vital Candidien, son prédécesseur, étant devenu suspect aux Vénitiens, ils conspirèrent contre lui et résolurent de l'attaquer dans son palais et de le tuer avectoute sa famille; mais comme il se tenait sur ses gardes, ils s'avisèrent de brûler la maison de Pierre Urséole, contiguë au palais, et l'y firent consentir en lui

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promettant de le faire duc, ce qui fut exécuté, Pierre, ayant ainsi satisfait à son ambition, fut touché du remords de son crime et demanda conseil à un abbé nommé Guérin, qui était venu des Gaules, allant en divers lieux faire des pèlerinages de dévotion. 1] consulta aussi Marin et Romuald, et tous trois convinrent que Pierre devait renoncer, non-seulement à sa dignité mal acquise, mais encore au monde, et embrasser la vie monastique. Il se déroba donc secrètement à sa femme et à sa famille, avec un dé ses amis nommé Jean Gradenic; ils allèrent joindre les trois autres, et s'étänt embarqués tous cinq, ils arrivèrent dansles Gaules, au monastère de Saint- Michel de Cusan, que Guérin gouvernait dès l’an 973. Pierre Urséole et Gradenic s’en rendirent moines ; mais Marin et Romuald demeurèrent près du monastère, continuant à mener la vie érémitique à laquelle ils étaient accoutumés, et au bout d’un an les deux autres se joignirent à eux.

Comme autrefois saint Antoine, Romuald eut à souffrir bien de assauts de la part des malins esprits; mais, comme Antoine, il les vainquit par la foi, l'humilité et la confiance en Dieu. Il se distingua tellement entre ses compagnons par son zèle, qu'il devint bientôt leur maître, et Marin lui-même se soumit à sa conduite. Pendant un an, Romuald ne prit pour nourriture, par jour, qu’une poignée de pois chiches; et‘pendant trois ans, lui et Gradenic vécurent du blé qu’ils recucillaient en labourant à la main, redoublant ainsi par leur travail la rigueur du jeûne. Romuald ayant lu dans la Vie des Pères que quelques-uns jeûnaient toute la semaine, hors le samedi et le dimanche, entreprit de les imiter, et vécut ainsi plus de quinze ans. Ensuite il remit au jeudi le soulagement qu'il prenait le samedi, tant pour se conformer à l'usage de l’Église romaine, que pour rendre le jeûne plus supportable, n'étant que de deux ou trois jours de suite. Il fit, depuis, la règle des ermites de jeûner tous les jours, hors le jeudi et le dimanche, auxquels ils pouvaient manger des herbes et user de toute sorte de boisson; mais pendant les deux carêmes de l’année, ils jeünaient toute la semaine. Il défendait aux autres de passer un jour entier sans manger, quoiqu'il le fit souvent lui-même, et disait que quiconque aspire à la ‘perfection doit manger tous les jours, en sorte qu'il ait tous les jours faim.

Le comte Oliban, à qui le monastère de Cusan avait appartenu, était un seigneur des Gaules, chargé de grands péchés. Il vint un jour voir saint Romuald et lui raconta toute sa vie comme en confession ; après quoi le saint homme lui dit qu'il ne pouvait se sauver qu'en embrassant la vie monastique. Le comte en fut surpris, et dit que les hommes spirituels à qui il s'était déjà confessé ne lui avaient

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jamais conseillé une si rude pénitence. Il fit venir des évêques.et des abbés qui l'avaient accompagné; et, après avoir délibéré tous ensemble, ils se rangèrent à l'avis de Romuald, avouant quela crainte les avait empêchés jusque-là de donner au comte ce conseil. Alors Oliban convint avec Romuald d'aller au Mont-Cassin, sous prétexte de pélerinage, et d'y embrasser la vie monastique. 1

Cependant Sergius, père de Romuald, touché lui-même de la grâce de Dieu et de l'exemple de son fils, se fit moine au monastère de Saint-Sévère, près de Ravenne; mais, quelque temps après, il s’en repentit et voulut retourner au monde. Les moines èn donnèrent aussitôt avis à Romuald, qui résolut d'aller au secours de son père, et chargea l’abbé Guérin et Jean Gradenic de conduire le comte Oliban au Mont-Cassin. Les habitants de cette partie des Gaules qu’habitaient Romuald et ses compagnons, et-qui était probablement sur les frontières d'Espagne, apprenant que le saint:homme songeait à quitter leur pays, en furent extrémement afiligés ; et, après avoir cherché un moyen de prévenir cette perte, ils n'en trouvèrent point de plus sûr que d'envoyer des gens le tuer, afin d’avoir au moins ses reliques pour la protection du pays. Romuald, en étant averti, se rasa entièrement la tête ; et comme les meurtriers approchaient de sa cellule, il se mit à manger de-grand malin, comme par gourmandise. Eux crurent qu’il avait perdu l'esprit, et se retirèrent sans lui faire aucun mal. S'étant ainsi sauvé de leur dévotion brutale, il partit du fond des Gaules, nu-pieds, un bâton à la main, et arriva à Ravenne, où, trouvant son père résolu à retourner au siècle, il lui mit les pieds dans les entraves, le chargea de fers’ et le frappa rudement, jusqu’à ce que, maltraitant son corps, il eût guéri son âme et l'eùt fait revenir à sa première résolution. Il y persévéra et mourut saintement quelque temps après. .

Pour le comte Oliban, ayant laissé ses terres à son fils, il partit pour l'Italie avec l'abbé Guérin, Jean Gradenic et Marin; car Pierre Urséole, autrefois duc de Venise, était déjà mort, et saintement ; son nom a été inséré dar.s le martyrologe romain par le pape Benoit XIV, au 10 janvier. Oliban menait-avec lui quinze mulets chargés de son trésor; mais, arrivé au Mont-Cassin, il renvoya ses gens fort surpris et fort affligés. Marin s'en alla peu de temps après en Apulie, et y demeura dans la solitude, où il fut enfin tué par des coureurs arabes. L'abbé Guérin, accoutumé aux pèlerinages, résolut d'aller à Jérusalem, et Jean Gradenic avec lui; mais Oliban, l'ayant appris, les pria avec larmes de ne pas l’abandonner, puisque Romuald le leur avait recommandé. lis partirent toutefois; mais à peine entraient-ils dans la plaine, que le cheval de Guérin rompit

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la jarabe à Gradenic, qui fut ainsi obligé de revenir au Mont-Cassin, et, s'étant fait bâtir une cellule près du monastère, y vécut près de trente ans et y finit saintemént sa vie.

Saint Romuald, après la mort de son père, se retira dans les marais de Classe et se renferma dans une cellule écartée. Le démon l'y suivit, comme il fit jadis à saint ‘Antoine, et lui livra de nouveaux assauts. Îl essaya de le vaincre par la tristesse de la mélancolie, ct il le battit même un jour cruellement. Romuald, plein de confiance en celui qui nous'a tous sauvés , s’écria au fort de ses peines :’O mon doux Jésus! pourquoi m'avez-vous donc abandonné ? M'avez-vous donc entièrement livré à la puissance de mes ennemis ? A peine eut-il prononcé ces paroles, que les démons prirent la fuite. Non-seulement le saint recouvra sa première tranquillité, mais il goûta encore des délices et des consolations. qui le ravirent hors de lui-même. Uni à Dieu par l'amour le plus tendre et le plus fort, il bravait les esprits de ténèbres qui lui apparaissaient sous diverses formes d’animaux : Me voici, leur disait-il, je suis prêt ; venez, faites voir si vous avez quelque force, Quoi ! êtes-vous déjà à bout ? êtes-vous déjà vaincus ? Vous n'avez plus de machine contre un pauvre serviteur de Dieu ? Les démons, ainsi mis en fuite, suscitèrent contre lui ses propres disciples. Ayant construit à Sarsine un monastère en l'honneur de saint Michel, il demeurait auprès dans une cellule. Les moines du nouveau monastère étaient peu dociles à ses avis. Un jour le marquis Hugues envoya au saint sept livres d'argent. Romuald en envoya soixante pièces à un monastère qui venait d’éprouver un incendie, et réserva le reste pour des occasions semblables. Ses propres moines de Saint-Michel truuvèrent mauvais qu’il donnât ainsi aux autres, au lieu de réserver tout à eux.

Irrités d’ailleurs des reproches qu'il leur faisait, ils s’en vinrent à sa cellule, armés de pieux et de perehes, l’accablent de coups, lui prennent tout ce qu'il avait et le chassent du territoire. Le démon, ne pouvant l'empêcher de travailler à son salut, voulut au moins l'empêcher de travailler au salut des autres. Et de fait, Romuall pensa quelque temps ne s'occuper plus que de lui-même ; mais cette pensée le jeta dans un si grand trouble, qu’il en serait mort s’il ne l'avait repoussée. De leur côté, ses mauvais moines ne tardèrent pôint à ressentir les châtiments du ciel. Pour célébrer leur honteuse victoire, ils voulurent faire un festin. L'an d'eux, qui s’était montré le plus violent, alla acheter du miel pour en faire un des mets les plus délicats ; mais, en passant sur un pont de planches, il tomba dans la rivière et se noya. Les autres dormant au milieu de la nuit, comme à l'ordinaire, il tomba une si grande quantité de neige,

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qu'elle enfonça le toit,'que la maison s'écroula sur eux et qu'ils furent tous meurtris ou estropiés. C'était vers l’an 995. C’est ainsi que Dieu préparait son serviteur à devenir le père de plusieurs saints et d’une congrégation utile à l'Église, qui produit encore de nos jours de savants et grands personnages, tels que le cardinal Zurla et le pape Grégoire XVI. Nous avons la vie de saint Romuald, très-bien écrite par un autre saint de son temps et de son pays, saint Pierre Damien. Car le dixième siècle, que l’on a tant décrié, produisit non-seulement des saints en grand nombre, mais encore des hommes capables d’érire leurs vies d’un bon style 1. ‘

Le roi, depuis empereur, Othon III, voyait la preuve de l’unet de l'autre dans son précepteur saint Bernward ou Bernard. Othon III n'avait que quatre ans quand il fut couronné roi de Germanie, l'année même que mourut son père. Quelque temps après, l'impératrice Théophanie, sa mère, lui donna pour précepteur le prêtre Bernward. Il était de la première noblesse de Saxe, neveu de Folcmar, qui fut évêque d'Utrecht, en 977, et tint ce siége douze ans. Cet oncle donna le jeune Bernward à Osdag, évêque d'Hildesheim, qui le mit sous la conduite de Tangmar, chef de son école; celui-ci l’accueillit avec beaucoup d'affection, et, pour sonder sa capacité, lui donna d'abord à étudier certaines parties plus faciles de l'Écriture sainte : le jeune enfant, éclairé d’une lumière éclatante, commeun autre Daniel, la méditait avec une ardeur continuelle ; ils’associait ceux de ses condisciples qu’il y voyait le plus appliqués ; il cherchait avec eux à en pénétrer les sens les plus intimes. Avant même qu'il tssistât aux classes, il écoutait attentivement, à l'écart, les leçons qu'y donnait le maître, les explications qu'il tirait de différents livres ; et puis, par un heureux larcin, il les enseignait lui-même parfaitement àses petits camarades. Émerveillé de cette application furtive, le maître n'omit rien pour développer de si heureux talents. De son côté, l'évêque Osdag, qui présageait quelque chose de grand dans le jeune Bernward et qui le fit exorciste, le lui recommanda d’une manière spéciale.

Le prêtre Tangmar, qui a écrit lui-même et très-bien la vie de son cher et digne élève, profita de toutes les circonstances pour développer de plus en plus ce merveilleux génie. Les jours mêmes qu'ils voyageaient ou se premenaient ensemble à cheval étaient employés toutentiers à l'étude ; tantôt c'étaitune lecture non moins longue que sils avaient été en classe, tantôt ils luttaient à faire des vers ou de la prose, tantôt ils exerçaient l'intelligence aux raisonnements les

1 Acta SS., 7 febr. Act, Bened., sect. 5.

plus subtils de la logique. Fréquemment le jeune élève adressait au maître, quoique toujours avec beaucoup de modestie, les questions les plus subtiles, tirées du fond même de la philosophie. A cette facilité et cette activité prodigieuses pour les sciences, qui nereposait pas même pendant les repas, il joignait une aptitude et une application non moindres aux arts même mécaniques. Il excellait dans l'écriture, la peinture, l'architecture et même dans l’art de travailler les métaux. Pour les affaires domestiques et autres semblables, il les terminait avec une promptitude et une aisance, comme si de sa vie il n’avait fait autre chose. En un mot, c'était un génie universel, chéri à la fois de Dieu et des hommes. Villegise, archevêque de Mayence, le tint quelque temps auprès de lui, l’ordonna sous-diacre, diacre et même prêtre. Après quoi Bernward retourna auprès d'Adalbéron, comte palatin, son aïeul maternel, qui, bien qu’il eût beaucoup d'enfants, avait pour lui une affection particulière. Bernward était jour et nuit auprès de ce vieillard, lui rendant tous les services que demandaient ses infirmités et son grand âge, et l’assista ainsi jusqu'à la fin.

Après sa mort, il vint à la cour du roi Othon, qui avait alors sept ans, et gagna tellement les bonnes grâces de l’impératrice Théophanie, que, du consentement de tous les grands, elle mit sous sa conduite le jeune prince. Bernward s’en acquitta si bien, que le roi fit, en peu de temps, de grands progrès. Tous les autres le flattaient et l’excitaient aux divertissements, auxquels il n'était que trop porté par son âge ; l'impératrice elle-même, craignant de perdre l'affection de son fils, avait une complaisance excessive pour toutes ses inclinations. Saint Bernward était le seul qui s’y opposait et retenait son disciple par la crainte, mais avec tant d’art, qu’il ne perdait rien de son amitié, et qu'après la mort de l'impératrice Théophanie, le jeune Othon la lui donna tout entière, comme à celui qui lui tenait lieu de père et de mère. Bernward lui faisait examiner les conseils que lui donnaient ses flatteurs, l'accoutumant de bonne heure à découvrir les artifices de la dissimulation. Aussi le prince avait en lui sa principale confiance, et lui faisait rendre, par tous les autres, le respect que méritait sa vertu.

Gerdag, évêque d'Hildesheim, étant mort, Bernward fut élu d'un commun consentement pour lui succéder, et préféré à plusieurs autres nobles qui servaient dans le clergé du palais. Il fut sacré par Villegise, archevêque de Mayence, son métropolitain, le 45me de janvier 993. Quoiqu'il fût encore jeune, il surpassait les vieillards en gravité, donnait à la prière la plus grande partie des puits, et assistait assidûment aux offices divins. Après la messe solennelle, il don-

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