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à 991 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 209
magistrats qui étaient venus au monastère, après avoir bien cherché et longtemps attendu, s’en retournèrent fort afligés, et furent contraints d’élire un autre archevêque.
Quelque temps après, les Sarrasins ayant fait une incursion dans la Calabre, 'saint Nil se retira dans la forteresse avec ses moines, excepté trois, qui, étant demeurés dans le monastère, furent pris etemmenés en Sicile. Saint Nil songea à les retirer ; et, ayant amassé cent tarins d'or des revenus du monastère, il les envoya à Palerme, par un frère fidèle, avec un mulet qu'on lui avait donné et une lettre adressée au secrétaire de l’émir, qui était Chrétien et pieux. Il Jut l settre à l'émir, son maître, qui admira la sagesse et la vertu du saint abbé ; et ayant fait venir les moines, il les.traita avec honneur et retint seulement le mulet pour se souvenir d’eux ; Mais il les renvoya avec l’argent et plusieurs peaux de cerfs, les chargeant d’une lettre où il disait : Si tes moines ont été maltraités, c'est ta faute; si tu t'étais fait connaître à moi, Je t’aurais envoyé une sauvegarde avec laquelle tu n’aurais pas eu besoin de sortir de ton monastère; etsi tu voulais bien venir chez moi, tu pourrais t’établir dans tout le pays, et je te traiterais avec toutes sortes d'honneur et de respect. Le saint homme, prévoyant que toute la Calabre allait être ravagée par les Sarrasins, résolut d'en sortir; mais il ne voulut pas aller en Orient, craignant la grande opinion que l’on avait de lui ; car sa réputation était venue jusqu'aux empereurs. Il aima donc mieux demeurer chez les Latins, où il croyait être inconnu ; niais il était regardé partout comme un apôtre. Car, étant venu à Capoue, il fat reçu avec très-grand honneur par le prince Pandolfe, et les premiers de la ville, jusque-là qu'ils voulaient le faire évêque ; et ils l'eussent fait si le prince ne fût pas mort. Maisils appelèrent Aligerne, abbé du Mont-Cassin, et lui enjoignirent de donner au saint abbé un des monastères de la dépendance du sien , tel qu'il voudrait. Saint Nil étant donc allé voir le fameux monastère du Mont-Cassin, toute la communauté vint au-devant de lui jusqu’au pied de la montagne, les prêtres et ies diacres revêtus de leurs ornements, ‘omme un jour de fête, portant des cierges et des encensoirs. Il guérit toutes leurs maladies corporelles et spirituelles, et admira le bel ordre et la régularité de cette maison, qu’il trouva au-dessus de celle des Grecs. Ensuite l’abbé Aligerne, qui était lui-même en ré- Putation de sainteté, et les principaux d’entre les moines le conduisirent au monastère qui lui était destiné, savoir, Saint-Michel en Yal-de-Luce, où il demeura quinze ans. L'abbé et les moines le prièrent de venir avec toute sa communauté, au grand monastère, et d'y célébrer l'office en grec. D'abord il s’en excusait par humilité,
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mais enfin il l’accorda. 11 composa une hymneen l'honneur de saint Benoît, comprenant tous ses miracles; et, prenant toute sa communauté, qui était de plus de soixante moines, il :nonta au Mont-Cassin et y célébra les vigiles d’un chant fort harmc nieux; car il y en avait plusieurs qu’il avait instruits à lire et à chanter parfaitement.
Après l'office, tuas les moines latins vinrent le trouver, avec la permission de leur abbé, et lui tirent diverses questions sur les devoirs des moines et sur des passages de l’Écriture, et il leur répondit en latin. Un lui demanda : Si une fois dans l’année je mange de là viande par condescendance pour mon. corps, quel mal y aura-t.il? Saint Nil répondit : Si vous vous portez bien toute l’année et qu'une seule fois vous tombiez et vous rompiez une jambe, quel mal y aura-t-il? Ts l’interrogèrent aussi touchant le jeûne du samedi I répondit : Que celui qui mange ne méprise point celui qui ne mange pas, et que celui qui ne mange pas ne condamne point celui qui mange. Si vous nous reprenez de ce que nous.ne jeünons pas le samedi, prenez garde de combattre les colonnes de l'Église, saint Athanase, saint Basile, saint Grégoire, saint Chrysostôme et les conciles mêmes. Nous faisons bien de ne pas jeüner le samedi, pour nous opposer aux manichéens, qui s’affligent ce jour-R en haine de l'Ancien Testament ; mais nous ne nous abstenons pas du travail, pour ne pas nous conformer aux Juifs. Vous aussi vous avez raison de jeûner ce jour-là pour vous préparer au dimanche !, C'est ainsi que saint Nil, par ses instructions et ses exemples, sanctifiait l’Italie. méridionale et cimentait l'union religieuse entre les Grecs et les Latins. Nous avons sa vie très-bien écrite par un de ses disciples.
Dans le même temps, Dieu suscitait en l’Halie septentrionale un autre apôtre, un autre patriarche de la vie solitaire: c'était saint Romuald. Il naquit à Ravenne, de l'illustre famille des ducs: et. dans sa première jeunesse, cédant au penchant de l’âge et abusant de la commodité des richesses, il s’abandonna à l’impureté. Toutefois, ayant la crainte de Dieu, il s’efforçait souvent de se relever et se proposait de faire quelque chose de grand. Quand il était à la chasse, s’il trouvait dans le bois un endroit agréable, il disait en lui-même : Que des ermites seraient bien ici ! qu'ils y seraient en repos et à couvert des agitations du siècle ! Son père, nommé Sergius, était homme du monde et fort attaché à ses intérêts. Il avait pris querelle avec un de ses parents pour un pré qu’ils se disputaient: voyant que son fils Romuald mollissait dans cette affaire et avait
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