‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 3)Chapitre 33 sur 72 · LXI. — De · texte numérisé non relu

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Comme il avait un grand talent pour les arts, il les cultiva avec soin lorsqu'il fut évêque. Il faisait écrire des livres, non-seulement dans le monastère de sa cathédrale, mais en plusieurs autres lieux : en sorte qu'il assembla une nombreuse bibliothèque, tant de livres ecclésiastiques que de livres philosophiques. Il cherchait à perfectionner la peinture, la mosaïque, la serrurerie, l'orfévrerie, recueillant avec soin ce que les étrangers envoyaient au roi d'ouvrages des plus curieux, et faisant élever des jeunes gens de beau naturel pour les former à ces arts. Quoique trèsappliqué à ses fonctions ecclésiastiques, il ne laissait pas de servir si bien le roi et l'État, qu'il altirait l’envie des autres seigneurs. La Saxe était depuis longtemps exposée aux courses des pirates et des Barbares. Le saint évêque les avait souvent repoussés, tantôt par ses seules troupes, tantôt avec le secours des autres ; mais ils étaient maîtres des deux côtés de l’Elbe et de la navigation de cette rivière ; en sorte qu’ils se répandaient par toute la Saxe et venaient presque à Hildesheim. Pour les arrêter. il fit bâtir deux forteresses en deux endroits de son diocèse, et, y ayant mis garnison, il procura la sûreté du pays.

Nonobstant ces dépenses, il enrichit son église par l'acquisition de plusieurs terres, cultiva les anciennes et les orna de beaux bâtiments. Quant à son église cathédrale, il décora de peintures exquises les murailles et les lambris. Il fit, pour la procession solennelle des grandes fêtes, un livre d'évangiles, enrichi d’or et de pierres précieuses ; des encensoirs du plus grand prix; des calices en grand nombre, un d’une pierre d’onyx, un de cristal, un autre de l'or le plus pur, du poids de vingt livres ; une couronne d’or et d'argent, d'une prodigieuse grandeur, suspendue au milieu de l’église, sans compter une infinité d’autres présents de ce genre. Il enferma de murailles et de tours le cloître de la cathédrale, en sorte que c'était à la fois un ornement et une défense. Il n'y avait rien de pareil dans toute la Saxe. Enfin, il bâtit une chapelle magnifique, pour y garder un morceau de la vraie croix, que le roi Othon III lui avait donné, et qui fit plusieurs miracles. Saint Bernward fit la dédicace de cette chapelle, l'an 996, quatrième de son ordination, le 10m de septembre 1,

‘ Act. Bened., sect. 6, pars 1.

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Un autre savant évêque du même temps et du même pays fut Burchard, évêque de Worms. Il était né dans la Hesse, de parents nobles, qui l'envoyèrent faire ses études d’abord à Coblentz, ensuite au monastère de Lobes ét à Liége. Villegise, archevêque de Mayence, l'éleva dans les ordres jusqu'au diaconat, et se l’attacha par divers bienfaits. L'empereur Othon Il étant revenu de Rome en Saxe, Villegise alla le voir accompagné de Buürchard, qui était connu de ce prince. Francon, évêque de Worms, était mort depuis quelque temps, et on lui avait déjà donné deux successeurs, dont l’un n'avait survécu à sa nomination que trois jours, l’autre que quatorze. Othon offrit l'évêché à Burchard et le pressa même de l’accepter; mais il résista jusqu’à ce qu'il eut pris avis de l'archevêque. Villegise lui conseilla de se soumettre, et il le sacra lui-même. C'était vers l'an 1006.

Burchard était encore jeune, plein d’ardeur pour l'étude. N'ayant personne auprès de lui qui pût seconder ses désirs, il pria Baldric, évêque de Liége, avec lequel il était lié d'amitié, de lui envoyer un homme de lettres pour l'aider dans l'étude des divines Écritures, Baldric lui envoya le moine Olbert, qui était en grande réputation et fut depuis abbé de Gemblours. Les progrès de Burchard furent si rapides, qu’il devint en peu de temps un des plus savants évêques de son siècle. Sa vie était édifiante. Il ne vivait que de pain et d’eau, de légumes et de fruits, passait une partie de la nuit à visiter les pauvrés, faisait de longues prières et de grandes atmônes » et célébrait tous les jours la messe, Il fonda plusieurs monastères, et un collège de vingt chanoines, sous le nom de Saint-Paul. Il rétablit la vie commune dans les monastères de Saint-Cyriac et de Saint-André. En 1022 il assista au concile de Sélingstadt, et c’est lui qui nous à conservé les vingt canons qui y furent faits. Il mourut au mois d'août 1026. On ne lui trouva d'argent que trois deniers ; Mais dans un petit coffre, un cilice et une chaîne de fer usée d’un côté. Avant de mourir, il donna l’absolution à tous ceux qu'il avait excommuniés, et fit à ceux qui étaient venus le voir dans ce dernier moment, une-exhortation pathétique sur la vanité et l’incanstance des grandeurs et des richesses de ce monde.

Ce qi l’occupa surtout dès le commencement de son épiscopat, ce fut la composition d'une théologie canonique, pour rétablir l’observation des canons dans son diocèse, en instruire les prêtres, et faire revivre les anciennes pénitences. Il fut aidé dans ce travail par Walther, évêque de Spire, qui l'avait excité à lentreprendre ; par Brunichon, prévôt de l’église de Worms, auquel il le dédia, mais surtout par Olbert son maitre. Afin d’en mûrir l’ensemble et les

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détails avec plus de calme, il se retirait à deux lieues de Worms, dans une espèce d’hermitage qu'il s’était fait construire. Dans ce long ouvrage, il ne dit rien de lui-même; et, pour preuve, il‘indique les sources où il a puisé. Ce sont les divines Écritures; les écrits des Pères, saint Basile , saint Jérôme , saint Augustin , saint Ambroise, saint Benoît, saint Isidore; les lettres décrétales des Papes, les canons des apôtres et ceux des conciles; les pénitentiels de Rome, de saint Théodore de Cantorbéry et du vénérable Bède. Tout l'ouvrage est divisé en vingt livres, dont l’auteur donne lui-même le sommaire.

Le premier traite de l'autorité et de la primauté du Pape; du pouvoir des patriarches, des primats, des métropolitäins , des conciles; de tout ce qui regarde les jugements ecclésiastiques ; de l’ordination des évêques et de leurs devoirs. Le second, des autres membres du clergé, de leurs qualités, de leurs fonctions, de leur entretien. Le troisième, des églises et de leurs biens temporels ; des livres canoniques, et de ceux qui. sont rejetés comme apocryphes. Le quaième, des sacrements de baptéme et de confirmation. Le cinquième, de l'eucharistie. Le sixième, des crimes et de leurs pénitences. Le sptième, des degrés dans lesquels le mariage est défendu. Le huitième, des obligations des hommes ét des femmes consacrés à Dieu, et des pénitences qu’il faut imposer à ceux ou à celles qui ont agi contre leurs vœux. Le neuvième, des vierges et des veuves qui n’ont point reçu le voile; des ravisseurs, des mariages légitimes, des transgressions des gens mariés, et des pénitences qu'ils doivent faire. Les dixième, onzième et douzième, des pénitences que méritent les enchanteurs, les voleurs , les parjures et autres pécheurs. semblables. Le treizième, du jeûne du carême. Le quatorzième, de la pénitence qu'il faut imposer à la crapule: et à l'ivrognerie. Le quinzième, des empereurs, des princes et autres laïques en autorité et de leur ministère, Le seizième, de la: manière de juger, et de la pénitence des Rux témoins. Le ,dix-septième, de la pénitence des fornicateurs et des incestueux. Le dix-huitième, de la visite, de la pénitenice et de la réconciliation des malades. Le dix-neuvième, de la commutation des pénitences pour ceux qui ne pouvaient les accomplir à la lettre. Le vingtième livre ést intitulé Des Spéculations; parce qu’il y est parlé de la Providence, de la prédestination, de l’avénement de l’Antechrist et de ses œuvres, de la résurrection, du jour du jugement, des peines de l’enfer et de la félicité éternelle 1.

On le voit, dans cette théologie morale et judiciaire, tout se tient. La règle, c’est'la parole de Dieu, interprétée et appliquée par son

1 Ceïllier, t, 20.

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Église. Tous les ordres de l'Église et de l'empire y trouvent leur droits et leurs devoirs, depuis le Pape jusqu'au moindre clerc, depuis l'empereur jusqu'au moindre chef de famille. Maintenant, si cette règlè ainsi expliquée et appliquée ne remédie pas à tout dans le temps, il y a x jugement dernier et génétal, il y a une éternité de peines et de récompenses.

Les critiques modernes ont remarqué quelques : méprises dans l'immense travail du saint et savant évêque de Worms ; quelques citations qui ne sont pas tirées des pièces originales, mais d'autres collections fautives. Cela n'est pas étonnant. Dans les dixième et onzième siècles, on n’avait- pas, comme nous ayons de nos jours, les magnifiques éditions des Pères et des conciles, par les Bénédictins et les Jésuites, les Mabillon, les Labbe, les Mansi, les Ballerini, rassemblées dans des bibliothèques publiques ou particulières. Il fallait alors tout transcrire à la main, sur des manuscrits souvent difficiles à lire, qu'on empruntait de Rome ou.d’aiHeurs. Ce qu'il y.a d'étonnant, c'est que daus ces siècles on ait su tant de choses et on se soit trompé si peu, et que dans le nôtre nous sachions si peu et nous nous trompions si souvent. Par exemple : il y a quelques années, ayant remarqué le formulaire du pape saint Hormisdas, souscrit par un concile œcuménique et par plus de deux mille évêques d'Orient nous le citâmes comme une pièce décisive sur bien des questions. Aussitôt, l’homme lé plus savant de France en cs matières, M. Picot, rédacteur de l'Ami de la Religion et du Roi, qui passait aux yeux de bien des gens: pour le concile permanent des Gaules, soutint dans son journal que le formulaire du pape Hormisdas n'existait point ; et, pour le convaincre de son existence, il fallut montrer au dock Picot que Bossuet lui-même, dans sa Défense de la Déclaration gallicane, le cite comme une règle inviolable. Aujourd’hui encore, et les professeurs d'histoire, et les orateurs de la tribune parlementaire, laissent ignorer à la. France les chartes constitutionnelles de Charlemagne et de Louis le Débonnaire, ainsi ‘que les faits analogues, dont la connaissance serait pourtant si propre à concilier aujourd'hui les hommes et les choses. :

Quant à la fameuse collection du faux Isidore, d'où Burchard de Worms a fait quelques emprunts pour la sienne, un homme des plus savants et des plus judicieux de nos jours, le docteur Mœhler, a pris à cœur de la bien étudier et dans san ensemble et dans ses détails. Voici en deux mots comme il en juge. Dans la pensée de l'auteur, cette fameuse collection n’est ni plus ni moins qu’un manuel de théologie à l'usage des ecclésiastiques, où sont exposés et inculqués ies principaux points du dogme, de la morale, des sacrements, de

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la liturgie, de la constitution de l'Église, du devoir pastoral, avec leur application aux besoins de l’époque, Pour rendre.cette théologie plus attrayante et plus respectable, elle est en forme de lettres, sous le nom de divers Papes des trois premiers siècles. Dans ces lettres, l'auteur ne dit rien ou presque rien de lui-même; il ne fait que choisir et lier ensemble ce que les Papes et d'autres Pères postérieurs au troisième siècle ont réellement écrit dans leurs ouvrages authentiques. Ces choix sont généralement bien faits. Rien n'indique que l'auteur ait intention de tromper personne ; au contraire , il insiste beaucoup sur l'obligation, pour les ecclésiastiques , de s'appliquer à l'étude. Enfin, à en juger par les abus et les désordres contre lesquels l’auteur inconnu s'élève, le docteur Mœbhler regarde comme le plus probable, que cette collection a été composée dans le royaume de Lorraine, au temps de Charles le Chauve, ou peu après t,

Si étonnant que fussent les évêques d’Hildesheim et. de Worms, par leur génie et leur science, ils voyaient quelque chose de plus étonnant encore dans le diocèse du prernier : c'était une simple religieuse du couvent de Gandersheim. En effet, l’un des phénomènes littéraires du siècle de Louis XIV, c'est que madame de Sévigné lisait saint Augustin dans la langue de saint Augustin; c’est que la mère Angélique Arnaud entendait le latin de sen bréviaire : les historiographes de Port-Royal y voient la merveille de leur docte confrérie et même de leur siècle. Si donc le siècle de fer, le siècle d'ignorance et de barbarie, récélait, au milieu de ces prétendues ténèbres, une merveille semblable, une merveille bien plus grandè, que dirionsnous ? Si cette merveille se trouvait, non pas uniquement dans la ville capitale, mais au fond d’une province naguère barbare, que dirions-nous ?

Or, cette merveille du dixième siècle, merveille plus étonnante que madame de Sévigné et la mère Angélique ne le furent au siècle deLouis XIV, c'est une simple religieuse du couvent de Gandersheim, au pays actuel de Hanovre; elle était née vers l’an 940, et se nommait Roswith. Sans sortir de sa. pieuse retraite, elle apprit le latin, le grec, la philosophie d’Aristote, la musique et les autres arts libéfaux, Ses uniques maîtres furent deux religieuses du même monastère. Ce qui est encore plus merveilleux, elle composa un grand

| nombre de poésies latines, qui commencent à exciter la surprise et

l'admiration du dix-neuvième siècle, et à lui faire -considérer Ja nonne Roswith comme une gloire, non-seulement pour l'Allemagne,

‘Mélanges et Fragments du docteur Mahler, recuelliis et publiés par Dœllinger. Ratisbonne, 1839 (en ul'emand), t. 4, p. 283.

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mais pour l’Europe entière, No s avons déjà mentionné son Pans. ÿyrique, ou Histoire des Othons. Ce panégyrique ‘n'a été, comme l'avoue l’auteur, composé sur aucun document éctit, mais sur des relations orales et pour ainsi dire confidentielles ; ce sont, en quelque sorte, des mémoires de la famille dncale et impériale de Saxe. Bien que les troubles excités par la révolte de Henri, duc de Bavière, sur. nommé le Querelleur, père ‘de l’abbesse Gerberge, contre son frère Othon Ier, soient fort atténués par la: plume officieuse de Roswith, ce poëme n'offre pas moins un tableau intéressant et véridiqué des intrigues:qui agitèrent alors:la maison impériale. .

Outre le Panégyrique des Othons, la religieuse de Gandersheim à composé huit poëmes : 4e Histoire de la bienheureuse mierge Marie; 20 Histoire de l’Ascension de. Notre-Seigneur; 3° la Passion de saint Gangolfe, autrement Gengoulfe, martyr; 4° Histoire de saint Pélage de Cordoue; Bo la Chute et la Conversion de saint Théophile ; 60 Histoire des saints Protésius et Basile ; To. Histoire de la Passion de saint Denis Aréopagite; 8 Histoire de la Passion de sainte Agnès, vierge et martyre. À la tête de ces. huit poëmes, la religieuse poëte mit la préface suivante : FE

« Voici un petit livre dont la diction est peu ornée sans doute, mais auquel du moins n’ont pas-manqué l'application et le zèle de l’auteur. Je l'offre à la critique des juges bienveillants qui aiment mie‘x corriger un écrivain que le discréditer. Je-reconnais volontiers que j'ai dû commettre beaucoup de fautes, non-seulement contre les règles de la poésie, mais aussi contre celles de la composition, et qu'ainsi ce recueil est loin d’être exempt de reproches; mais à qui confesse ses erreurs, on doit, ce semble, un pardon facile et d'amicales corrections.

« Si l’on m'accusait d’avoir tiré quelques-uns des sujets de cet opuscule de livres réputés apocryphes par quelques personnes, je répondrais qu'il n’y a pas eu de ma part présomption coupable, mais simplement ignorance; car lorsque je commençai à travailler sur ce Canevas, je ne savais pas que ce fût un livre douteux. Je ne l'ai pas eu plus tôt appris, que je l'ai rejeté. J'ai d'autant plus besoin d'indulgence, que j'ai apporté moins de confiance et de résolution dans la composition de cet ouvrage. Dépourvue de ressources et à un âge encore éloigné de la maturité, il m'a fallu travailler dans mor rustique isolement, loin du secours des doctes. Ainsi, c’est à l'écart, et en quelque sorte à la dérobée, qu’à force de composer et de corriger, je suis parvenue à mettre au jour cet écrit. J'en ai emprunté le fond à l'Écriture sainte, que m'ont apprise dans ce couvent de Gandersheim, d'abord la sage et bienheureuse maîtresse Richarde

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