LXI. — De 9p
né son Pané.
été, comme mais sur des t, en quelque le Saxe. Bien Bavière, sur.
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sans doute, et le zèle de qui aiment is volontiers nt contre les nposition, et ; ‘Mais à qui acile et d'a-
ujets de cet ersonnes, je n coupable, | à travailler nteux. Je ne plus besoin e résolution sources ét à er dans mon est à l'écart, ret de cori emprunté couvent de se Richarde
à 991 de l'ère chr.]
et les religieuses qui la Suppléaient dans ses fonctiois, puis la bienveillante Gerberge 1, au royal caractère, de l'autorité de laquelle je dépends aujourd’hui. Moins avancée que moi en âge, mais plus avancée en science (la nièce d’un empereur devait être supérieure en tout), Gerberge a daigné me former amicalement par la lecture de quelques bons auteurs, dans lesquels elle avait été elle-même instruite par de savants personnages,
« Bien que l’art de moduler les vers soit chose difficile, principalement pour une femme, j'ai osé, me confiant dans le secours d’en haut, traiter en vers héroïques les sujets de ce livre. Je n'ai pas eu, au surplus, d'autre but dans ce travail que d'empêcher le faible taiu.t qui m'a été confié de croupir dans mon sein et de s’user dans la rouille. J'ai voulu le forcer à rendre, sous le marteau de la dévotion, au moins quelques sons à Ja louange de Dieu. » C’est ainsi que s’exprimait une religieuse-poëte vers la fin du dixième siècle.
De ces huit poëmes, l’histoire de saint Théophile est la plus extraordinaire. Écrite d’abord par un de ses disciples, qui se dit témoin oculaire, elle nous a été conservée par Métaphraste, et nous parait authentique. Théophile était donc économe de l’église d’Adana en Cilicie, vers l'an 538, sous l'empire de Justinien. Exact, pieux et. charitable, il était chéri de tout le monde, particulièrement de son évêque, qui avait en lui la plus grande confiance. L'évêque étant mort, Théophile fut choisi d’une voix unanime pour lui succéder; il protesta de son indignité, disant que ce lui était assez d'être économe de l’église. On le porta malgré lui aux pieds du métropolitain qui devait le consacrer; mais, prosterné sur le pavé, il continuait à se dire indigne d’un tel honneur et à le refuser absolument. Le métropolitain, voyant son obstination, en ordonna un autre. Queique temps après, le nouvel évêque Ôta la charge d'économe à Théophile, qui se retira chez lui et continua de s'appliquer aux bonnes œuvres. Mais cela ne dura guère. Le même tentateur qui perdit un apôtre fit naître dans son cœur le regret d’avoir été dépouillé de sa charge et le désir de la recouvrer. Cette passion alla bientôt si loin. qu'elle le fit recourir à des maléfices.
Il y avait dans la même ville un Juif, adonné aux opérations diaboliques, et qui en avait déjà perdu plusieurs. Théophile alla Je trouver de nuit, pour réclamer son intervention. Le Juif lui recommanda de venir la nuit suivante, à la même heure, afin de le pré-
II ya une lettre du pape Jean XHI à Gerberge, ahbesse de Gandersheim, où, à la prière des deux empereurs Othon, père et fils, il prend ce monastère sous la protection spéciale du Saint-Siége. Mansi, Concil., t, 18, p. b29,
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senter à son maître. À l’heure convenue, le Juif conduit Théophile dans le cirque, . où se donnaient les spectacles pendant le jour, en lui disant : Quelque chose que vous voyiez ou que vous entendiez, ne vous épouvantez pas, mais surtont ne faites pas le signe de la croix. Théophile l’ayant promis, ils virent aussitôt le prince des ténèbres assis au milieu d’une cour nombreuse, qui faisait des acclamations. Le Juif ayant exposé l'affaire, Satan dit que, si Théophile voulait être son serviteur, il lui rendrait sa place, avec plus de crédit qu'auparavant. Théophile se déclara prêt à tout, pourvu qu’on vint à son aide, et il se mit à baiser les pieds du prince infernal, qui ajouta : Il obtiendra tout, pourvu qu'il renie le Fils de Marie et Marie elle-même, et qu'il le fasse par écrit. Alors Satan entra dans Théophile et dit : Je renie le Christ et sa Mère, et il en fit une cédule, qu'il scella de son anneau.
Dès le lendemain, l’évêque rendit la place d'économe à Théophile, qui, pendant quelque temps, en eut bien de la joie. Mais enfin Dieu, en considération de ses bonnes œuvres passées, eut pitié de luiet fit naître le repentir dans son cœur. Rentré en lui-même et considérant l’abîme où il s'était précipité, Théophile ne fit plus qe gémir, que verser des larmes, que jeûner.et prier. Il eut recours à la sainte Vierge, et passa quarante jours de suite à prier, à jeùner et à pleurer dans son église. Au bout de ce temps, la Mère du Sauveur lui apparut, lui reprocha son crime, ajoutant : Que pour l’injure qu’il lui avait faite à elle-même, il pourrait facilement en obtenir le pardon, tant elle aimait les Chrétiens, surtout ceux qui recourentà elle avec une dévotion sincère ; mais que, pour l’injure faite à son Fils, il fallait une grande pénitence. Théophile répondit qu'il espérait la faire, à l’exemple de tant de pécheurs qui avaient obtenu miséricorde. La Mère de Dieu lui fit faire alors une profession de foi sur la divinité et l’incarnation du Christ, après quoi elle dit : A cause du baptême que vous avez reçu par mon Fils Jésus-Christ, Notre-Seigneur, et à cause de l'extrême compassion que j’ai pour vous autres Chrétiens, croyant à ta sincérité, je vais le supplier à genoux pour toi, afin qu'il te reçoive. ts
Théophile passa trois jours dans la même église, à prier, à jeûner, à répandre des larmes, prosterné sur le pavé. La Mère de miséricorde lui apparut une seconde fois, avec un visage respirant la bienveillance et la joie, et lui dit : Le Seigneur a reçu vos larmes et a exaucé vos prières à cause de moi, pourvu toutefois que vous persévériez dans ces sentiments jusqu'à la mort. Théophile le promit, mais la supplia de faire en sorte qu'il récupérât cette fatale cédule d’apostasie. Il passa dans les larmes et les prières trois autres jours,
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1 Acta SS., XI,
XE FF De 962
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#99t de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 225
après lesquels la sainte Vierge Marie lui apparut en songe, et, à son réveil, il trouva sur sa poitrine ce funeste papier avec le sceau ; il en eut une si grande joie, qu’il trembla de tous. ses membres. Le lendemain, qui était un dimanche, tout le peuple étant à l'église pour la messe solennelle, Théophile, après la lecture de l'évangile, se prosterna aux pieds de l’évêque, raconta tout haut l'histoire de sa chute et de son pardon, et remit à l'évêque l'horrible billet, qui fut lu devant tout le monde et ensuite brûlé. Après la messe, il alla
de nouveau dans l’église de la Sainte-Vierge pour la remercier. Ayant
- pris quelque nourriture, il tomba malade, distribua tous ses biens
aux pauvres, dit adieu aux frères et, mourut saintement le troisième jour.
C'est de quoi son disciple et biographe, nonimé Eutychien, assure avoir été témoin oculaire !, Et c’est ce que la religieuse de Gandersheim mit en vers latins, ainsi que Marbode, évêque de Rennes. L'histoire de saint Théophile est citée par saint Bernard, par saint Bonaventure, et dans plusieurs anciennes hymnes. Celle de Protérius et de Basile est pareille pour le fond, mais non pour l'authenticité. Ce n'est plus par ambition, mais par amour, que l'esclave d'un riche habitant de Césarée se voue au diable. Éperdument amoureux de la file de Protérius, que son père destinait au cloître, ce jeune homme, aidé de l’esprit malin, parvint à se faire aimer d'elle et l'épousa au grand déplaisir de sa famille. Cependant la jeune femme, s’étant bientôt aperçue que son mari n’osait pas entrer dans l’église, devina la vérité. Elle sollicita aussitôt et obtint la séparation, et, suivant son premier dessein, se voua à la vie monastique. Cependant le jeune homme, repentant de son crime, fut exorcisé par saint Basile, qui contraignit le démon à rendre la cédule que l'imprudent avait souscrite.
Outre ces huit poëmes, dont il est aisé de voir la tendance morale et chrétienne, la religieuse de Gandersheim a fait six ou sept comédies en prose, à l’imitation de Térence. Honorer et recommander la chasteté, tel est le but presque unique qu’elle s'y propose. J'ai voulu, dit-elle dans la préface, substituer d’édifiantes histoires de vierges pures aux déportements des femmes païennes. Je me suis efforcée, selon les facultés de mon faible génie, de célébrer les victoires de la chasteté, particulièrement celles où l’on voit triompher là faiblesse des femmes, et où la brutalité des hommes est confondue.
Le premier drame, intitulé Gallicanus, est en deux parties. Dans lapremière, Constantin le Grand, impatient de soumettre les Scythes,
l Acta SS., 4 febr.
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charge de cette mission ditlicile le plus habile de ses lieutenants. Gallicanus, encore païen. Avant de partir, Gallicanus demande à l'empereur de lui accorder, s’il réussit dans cette campagne, la main de sa fille Constantia, dont il est amoureux. L'embarras de l'empereur est très-grand ; car non-seulement sa fille est Chrétienne, mais “elle a fait secrètement vœu de virginité. Constantia conseille à son père de ne donner qu’un vague espoir à Gallicenus, et cependant elle le fait prier d'emmener avec lui, pendant cette guerre, Paul et Jean, ses primiciers ; elle prendra de son côté, auprès d’elle, Attica et Arténia, les deux filles de Gallicanus. Celui-ci, satisfait de ces arrangements, offre un sacrifice aux idoles et se met en marche. Dans une première rencontre, les Scythes, guidés par leur roi Brandan, ont l'avantage sur les Romains ; les tribuns eux-mêmes lâchent pied. Dans cette extrémité, Gallicanus, par le conseil de Paul et Jean. invoque le Christ, et aussitôt il voit apparaître un personnage portant une croix, qui rerd le courage à ses troupes et ôte la force aux ennemis. Les Scythes mettent has les armes et se reconnaissent tri. butaires de Constantin. A son retour, Gallicanus, converti au christianisme, consent, ainsi que Constantia l'avait prévu, à ce qu’elle entre dan” un cloître, et lui-même se voue, comme ses deux filles, à la vie monastique.
Dans la seconde partie de ce drame, c’est la persécution de Julien l’Apostat, Gallicanus, placé entre l’apostasie et la confiscation de ses biens, persiste dans la foi et se retire en Égypte, où il périt martyr. Julien, forcé de garder plus de mesure avec Jean et Paul, qui on rempli de hautes fonctions dans le palais, cherche à les faire rentrer à son service et à leur faire abjurer le christianisme. Il échoue dans cette double tentative. Furieux, il ordonne à Térentianus de les mettre à mort et de les enterrer secrètement. Ce crime ne reste pas longtemps impuni. Julien, d’abord, est frappé; puis le fils du meuwrtrier, tourmenté par les démons, confesse publiquement le crime de
son père et la gloire des deux martyrs. Térentianus, effrayé, a r- |
cours au baptême ; et son fils, délivré de la possession, se fait ausii Chrétien. Telle cst cette pièce, que Roswith emprunta pour le font à une légende ancienne, mais peu sûre 1.
Le second drame, intitulé Dulcitius, est emprunté à des actes plus anciens et plus sûrs. Les vierges Agape, Kionie et Irène, ayant refusé d’abjurer le culte du vrai Dieu, sont remises, par l’emperetr Dioclétien, à la garde de Dulcitius, officier du palais. Celui-ci, les aya fait enfermer dans le vestibule des cuisines, cherche à s’introduir
1 Acta SS., 25 et 26 junii.
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l'Acla SS.,
3 lieutenant.
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* LXI. — De 962
à 991 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 227
auprès d'elles, pendant la nuit, dans une intention criminelle 3 Mais, frappé d'aveuglement comme autrefois les habitants de Sodome, il saisit, au lieu des prisonnières, les chaudrons et les lèchefrites, qu'il couvre de baisers. Pour se venger, il condamne ces pieuses vierges à être exposées nues aux regards du peuple; mais leurs vêtements s'unissent si étroitement à leur chair, qu'il est impossible de les en dépouiller, et lui-même donne à la foule le Spectacle honteux d’un juge qui s'endort sur son tribunal, et qu'il faut emporter endormi. L'empereur, instruit de ces prodiges, qu'il attribue: à la magie, charge le comteSisinnius d'accomplir sa vengeance. Agape et Kionie, livrées aux flammes, souhaitent de réunir leur âme à l'époux divin, etexpirent sans douleur au milieu dubrasier. La plus jeune, Irène, dont Sisinnius espérait vaincre plus aisément la résistance, suit courageusement l'exemple de:ses sœurs: Sisinnius ordonne qu’on la traîne däns un lieu de débauche; mais, en chemin, deux anges, vêtus en messagers, apportent aux gardes l’ordre de conduire Irène au sommet d'une montagne voisine. A la nouvelle de cette dernière déception, Sisinnius s’élance à cheval et court à la montagne ; mais il tourne incessamment à l’entour, et ne peut ni avancer ni revenir sur ses pas. Enfin Irène, qui consent au martyre, tombe percée d'une flèche et expire en louant le Seigneur 1,
Le troisième drame, intitulé Callimague, est tiré de l’histoire apostolique d’Abdias, auteur ancien, mais peu sûr. Drusiana, femme du prince Andronique, nouvellement convertie ‘et baptisée par l’apôtre saint Jean, vivait dans la continence. Callimaque, jeune païen, épris de sa beauté, en devient éperdument amoureux, lui déclare sa passion et proteste qu’il ne prendra ni repos ni relâche qu'il ne l'ait faittomber dans ses piéges. Drusiana le repousse avec horreur ; mais, se trouvant seule, elle dit à elle-même : Hélas! Seigneur Jésus- Christ, que me sert d'avoir fait profession. de chasteté ? ma beauté n'en a pas moins été un appât pour ce jeune fou. Voyez mon efiroi, Seigneur ; voyez de quelle douleur je suis pénétrée. Je ne sais ce qu'il laut que. je fasse : si je dénonce l’audace de Cailimaque, je causcrai peut-être des discordes civiles ; si je me tais, je ne pourrai, sans ton Secours, mon Dieu, éviter les embûches du démon. Ordonne plutôt, Ô Christ ! que je meure en toi bien vite, afin que je ne sois pas une occasion de chute pour ce jeune voluptueux. Après cette prière, Drusiana est saisie d’une petite fièvre et succombe. Son époux Andronique, afiligé de cette mort subite dont il soupçonne la cause secrète, va trouver l’apôtre saint Jean, et, de son conseil, dépose
lAcla SS., 3 april,
228 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXI, — De9ç2
avec honneur le corps de Drusiana dans: un tombeau de marbre, sous la garde de Fortunatus, un de ses esclaves. Mais Fortunatus ést un misérable qui se laisse corrompre par l'argent de Callimaque, et l'infroduit auprès du tombeau pour assouvir sa passion sur le cadavre. Callimaque est au moment de commettre son crime, quand un énorme serpent l'enveloppe avec le perfide esclave, et les fait mourir l'un et l’autre avec sa morsure envenimée, Dans l'inter. valle, l’apôtre saint Jean et Andronieue viennent au ‘tombeau, afin de prier pour la dé{: "#us-Christ leur apparaît en chemin et leur dit que c'est en t.. le Drusiana et pour la résurrection de celui qui est étendu mo: près de sa tombe. Après cette apparition, dont la cause leur échappe, ils trouvent le sépulcre ouvert, le corps de Drusiana-hors de sa tombe, et, à côté, deux cadavres enlacés dans les nœuds d'un serpent. Andronique devine ce que cela signifie et l'explique à l'apôtre, qui chasse le serpent, ressuscite Callimaque et lui ordonne de confesser son crime. Callimaque le fait avec un profond repentir et se déclare Chrétien. L'apôtre, à la prière d’Andronique, ressuscite Drusiana, son épouse, qui le prie à son tour de ressusciter le malheureux esclave. L'apôtre ne veut pas le faire luimême, mais le permet à Drusiana. Le perfide esclave, se voyant ressuscité par celle qu’il avait trahie, voyant le repentir et la conversion de celui par qui il's’était laissé corrompre, redemande de mourir, et meurt en effet, pour ne pas voir leur bonheur.
Deux autres drames de Roswith sont tirés d'histoires authentiques et ont entre eux beaucoup de ressemblance : c'est le solitaire saint Abraham qui se déguise en militaire pour ramener à la vertu « nièce Marie, qui s'était abandonnée au mal ; c’est saint Paphnure, qui emploie un stratagème pareil pour convertir la courtisane Thaïs. Un dernier drame est le martyre de trois vierges ayant les noms de Foi, d’Espérance et de Charité, filles de sainte Sophie, mais sur lesquelles il n’y a aucune légende certaine.
Ces drames, écrits en latin correct par une religieuse allemande du dixième siècle, étaient joués par des religieuses, écoutés par d’autres religieuses. Il s'ensuit d'abord que cette langue leur était familière : ce qui ne se trouve peut-être dans ancun siècle depuis. De plus, quoique plusieurs de ces drames traitent des matières et des aventures fort délicates, la diction de la pieuse nonne demeure toujours aussi pure et aussi chaste que ses intentions sont candides et irréprochables. Deux littérateurs modernes : le fameux Érasme, dans un de ses colloques ; un poëte anglais, dans une pièce de théâtre, ont traité un sujet pareil à celui d'Abraham et de Paphnuce. Eh bien, il est reconnu aujourd’hui que, pour la délicatesse des sc: ‘-
à 991 de l’è
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: LXI, — De 962
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à 991 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 229
ments, la finesse et la retenue du langage, l'inspiration religieuse et l'élévation morale, la bonne religieuse du dixième siècle l'emporte incontestablement et sur le poëte anglais et sur le fameux Érasme. Ce n’est pas tout : dans ces drames, la religieuse de Gandersheim se montre très-familiarisée avec la musique, l'astronomie et même avec la philosophie d’Aristote. On y trouve même l'apologie de la science.
Après une discussion philosophique sur l’art musical, les disciples de Paphnuce lui demandent : Et d’où avez-vous tiré ces connaissances, dont nous n'avons pu suivre l'exposition sans fatigue ? Paphnuce : C'est une faible goutte que, par hasard et sans la chercher, j'ai Vue, en passant, jaillir des sources abondantes de la science ; je l'ai recueillie, et j'ai voulu vous en faire part. Les disciples : Nous rendons grâce à votre bonté; cependant cette maxime de l’Apôtre nous effraye : Dieu choisit les insensés suivant le monde, pour conlondre les prétendus sages. Paphnuce : Sages ou insensés mériteront d’être confondus devant le Seigneur, s'ils font le mal. Les disciples : Sans doute. Paphnuce : Toute la science qu'il est possible d'avoir n’est pas ce qui offense Dieu ; mais l’injuste orgueil de celui qui sait. Les disciples : Cela est vrai. Paphnuce : Et à quoi la science et les arts peuvent-ils être mieux employés qu’à la louange de celui qui a créé tout ce qu'il faut savoir et qui nous fournit à la fois la matière et l'instrument de la science ? Les disciples : 11 n’y a pas de meilleur emploi du savoir. Paphnuce : Car mieux nous £avons par quelle loi admirable Dieu a réglé le nombre, la proportion et l’équilibre de toutes choses, plus nous brülons d'amour pour lui. Les disciples : Et c'est avec justice. Telle est l'apologie que la bonne religieuse de Gandersheim fait de la science. Certes, cela n’est pas mal pour un siècle d’ignorance et de barbarie; mais c’est au lecteur à juger s’il est encore permis de qualifier de la sorte le siècle de Roswith 1,
Pendant qu’une simple religieuse caltivait avec tant de succès les sciences ei les lettres, au fond de l'Allemagne, un homme né pauvre les cultivait avec plus de gloire encore en France. Cet hommese nomnait Gerbert ; il était né en Auvergne, à Aurillac même ou dans le voisinage, d'une famille obscure. Jeune encore, il embrassa la vie religieuse dans le monastère que le comte Saint-Gérald ou Gérold avait londé dans cette ville, vers la fin du 9me siècle. IL s’y appliquait à l'étude de la-grammaire, lorsque Borrel, comte de Barcelone, et duc
! Ceillier, t, 19. Revue des Deux-Mondes, 15 novembre 1839. Université catholique, t. 6, p. 419. Roswithæ Opera. Wittembergæ, 1707.
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de l'Espagne citérieure, vint au monastère en pèlerinage. L'abbé, qui le reçut avec beaucoup d'humanité, lui demanda, entre autres choses, s’il y avait en Espagne des hommes habiles dans les sciences. Le duc ayant répondu très-affirmativement, l'abbé le pria d'emmener avec lui quelqu'un des siens pour l’instruire dans les sciences et les arts. Borrel s’y accorda volontiers, et, du consentement dés frères, emmena le jeune Gerbert avec lui; il le confia à l'évêque de Vich ou Auson en Catalogne, nommé Hatton, chez lequel k jeune homme s’instruisit à fond dans l'étude des mathématiques.
Voilà ce que nous apprend un disciple même de Gerbert, le moine Richer, dans le troisième livre de son Histoire, retrouvée et publiée tout récemment. Richer, fils d’un consciller du roi Louis d'Outre-mer, embrassa la vie monastique à Saint-Remi de Reims, et y eut pour maître dans les sciences, les lettres et les arts, Gerbert lui-même.
Du témoignage irrécusable de cet historien, il résulte deux choses essentielles : la première, c'est que Gerbert ne fut point le disciple des Arabes, comme l'ont supposé faussement des écrivains postérieurs; la seconde, c’est qu'il existait des écoles chrétiennes en Espagne où l’on enseignait les mêmes sciences que chez les Musulmans de cette contrée. :
Les sciences s'étaient mieux conservées en Catalogne qu'ailleurs, parce que ces cantons avaient été moins exposés aux incursions des Normands. De plus, leur proximité de l'Espagne les mettait à portée de profiter des connaissances dont les Arabes faisaient alors profession. Gerbert mit tout à profit pour s'instruire. H cultiva avec soin les savants du pays. On en juge ainsi par l'étroite liaison qu'il contracta avec Guérin ou Warin, abbé de Saint-Michel de Cusan, homme non moins célèbre par son savoir que par sa piété, et qui avait d’habiles artistes dans son monastère 1,
L'historien Richer nous apprend d’autres faits non moins intéressants.
Le duc Borrel et l’évêque Hatton, ayant eu l'inspiration de faire le pèlerinage de Rome, y conduisent avec eüx le. jeune homme qu'on leur a confié. Après avoir prié devant les saints apôtres, ils se présentent au pape de bienheureuse mémoire, Jean XIE, qui remarqua bien vite les talents du jeune Gerbert’et son désir d'apprendre. Et parce que la musique et l’astronomie étaient alors ignorées en Italie, le Pape manda promptement au roi Othon Ie, qu'il lui était arrivé un jeune homme très-versé dans les mathématiques et trèscapable d'en instruire les siens. Le roi lui conseilla aussitôt de le
1 Hist, lit. de France, !. 6. Ccillier, t, 19,