‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 3)Chapitre 61 sur 72 · RUE TA SE M · texte numérisé non relu

RUE TA SE M

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par l'Ancien et le Nouveau Testament, que les Grecs et les Russes commenceront à rompre avec l'Église romaine, avec le centre de l'unité catholique, avec la métropole de l'humanité chrétienne; car, dans cette première lettre de Cérulaire, il n’est question ni de la procession du Saint-Esprit ni de la primauté du Pape ; mais, avant tout, du pain azyme et du sabbat.

Pour bien comprendre cette seconde difliculté, il faut savoir que le sabbat ou le samedi est pour les Juifs un jour de fête et non pas de jeûne ; que, pour les Chrétiens d'Occident, les samedis de carême sont des jours de jeùne, comme les vendredis, et non pas de fête, comme les dimanches, tandis que les Grecs ne jeünent pas les sa-

medis de carême, mais qu'ils y déjeunent comme les dimanches et à

fêtes. Tout le monde conclura que ceux qui ont en ceci quelque chose de commun avec les Juifs, ce sont les Grecs et non pas les Latins. Les Grecs concluent tout le contraire. Telle est la logique des Grecs.

Un troisième reproche que Cérulaire fait aux Latins, c’est de manger des viandes suffoquées, tels que les petits oiseaux pris à la tendue: c'est-à-dire que, pour le pain azyme et pour le sabbat, il accuse et condamne les Latins de ce qu'ils font comme les Juifs ; et que, pour la viande suffoquée, il les accuse et les condamne de ce qu'ils ne font pas comme eux. Telle est encore une fois la logique de Cérulaire et des Grecs. Un quatrième et dernier reproche, c'est que les Latins ne chantent point Alleluia pendant le carème, mais seulement une fois, à Pâques, ce qui est encore faux en grande partie ; car ils chantent Alleluia depuis Pâques jusqu'à la Septuagésime.

Ces accusations niaises sur des choses de soi indifférentes son! accompagnées de raisonnements si ineptes, que la lecture en est in supportable. Et cependant Cérulaire ajoute: Voilà ce qu'ont enseigné Pierre et Paul, ainsi que les autres apôtres et Jésus-Christ même voilà ce que la sainte Église catholique a reçu et conservé religieus ment. Il finit sa lettre en exhortant l’évêque de Trani à désabuse les autres, comme il était déjà désabusé lui-même, et, promettanl s’il le fait, de lui envoyer un écrit contenant des vérités plus im portantes !.

Le saint pape Léon, ayant lu cette lettre de Cérulaire de Consta tinople et de Léon d'Acride, ayant surtout appris les démarche plus audacieuses du premier, leur écrivit à tous deux une lettre ps torale en quarante et un articles, sur l'union et l'unité de l’Églis lettre qui respire la charité, l'humilité, l'autorité du prince (l

1 Apud Baron., 1053.

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Liv. LXUI. — De 1024

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à 1054 de l'ère chr,] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 583

apôtres, et qui, dans bien des endroits, est d'une éloquence d'autant plus vraie qu'elle est moins cherchée, En voici la substance :

« Ce que Jésus-Christ nous à recommandé le plus, ce qu'il a le plus demandé à son Père Pour nous, c'est la paix et l'union. Malheur donc au monde à cause des scandales ! malheur aux hommes misérables qui déchirent l'unité de l'Église, plus cruels en cela que les bourreaux de Jésus-Christ, qui respectèrent sa robe sans couture. Honte à l'hérésie impie, qui s'efforce de diviser cette unité indivisible ! Loin d'elle ces vautours perfides, ces oiseaux de proie, qui ne vivent que de la mort d'autrui ! Que la colombe revienne à l'arche, cette colombe qui, reposant sur la tête du Seigneur Jésus, unit et anime tout son Corps, qui est l'Église. Malheur aux hommes superbes qui, membres et précurseurs de l’Antechrist, ce roi de tous les enfants de l'orgueil, ne cessent de répandre la peste de la zizanie au milieu du froment, ct d'étouffer, autant qu'il est en eux, la mois-

son, que le ciel s’attend à recueillir. C’est de leurs temps périlleux que le disciple bien-aimé a voulu nous instruire, quand il dit : Mes petits enfants, c'est la dernière heure ; et comme vous avez entendu que l’Antechrist vient, maintenant déjà il y a eu beaucoup d’antechrists. Cette dernière heure, commencée au premier avénement du Sauveur, s’étendra jusqu’au second. Combien d'antechrists elle a déjà eus ou découverts, qui pourra le dire? C'est d'eux que parle le docteur des nations dans les Actes des apôtres : Je sais qu'après mon départ il entrera parmi vous des loups ravisseurs, qui n'épargneront pas le troupeau, et qu’il s'élèvera d'entre vous-mêmes des

hommes qui tiendront un langage pervers pour entrainer des disciples après eux.

« Comme presque toutes les pages de la sainte parole retentissent

de ces choses et d’autres semblables, contre l'impudente fureur des hérétiques, nous sommes Stupéfait d'étonnement, et nous déplorons, avec les larmes de la charité, que les pontifes de l'Église se soient tellement endormis, qu'au lieu d’être les coopérateurs de Dieu, ils se font les sectateurs de ceux dont la mémoire a péri avec le son, et dont ils voient les cités détruites. De là, et de là uniquement, ce qu'enfin nous épanchons avec un indicible brisement et gémissement de cœur et de corps, ce qui bouleverse toutes les entrailles de l'Église, notre mère, ce qui blesse tous les sentiments des Chrétiens, ce qui confond et foule aux pieds la discipline ecclésiastique et la vigueur des saints canons ; c’est que vous, jusqu’à présent, notre très-cher lère en Jésus-Christ et pontife de Constantinople, et vous Léon l'Acride, vous passez

él une incroyable audace, condamné publiquement l’Église aposto-

pour avoir, par une nouvelle présomption

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lique et latine, sans l'avoir ni entendue ni convaincue, principalement parce qu’elle ose célébrer la commémoration de la passion du Seigneur avec des azymes. Certes, votre reproche est inconsidéré, la gloire que vous vous donnez vous-mêmes n’est pas bonne ; car c'est contre le ciel que vous dirigez votre bouche, lorsque votre langue, en passant sur la terre, s'efforce, par des argumentations et des conjectures humaines, de saper et de renverser l’ancienne foi. Certes, si vous ne venez au plus‘tôt à résipiscence, vous serez incorporés à cette queue du dragon, qui entraina la troisième partie des étoiles du cielet les jeta sur la terre. Voilà que, près de mille vingt ans après la -passion du Sauveur, l'Église romaine commence à apprendre, par vous, de quelle manière elle doit célébrer lé souven : de sa passion, comme si la présence, la conversation, l'instruction prolongée et la mort précieuse de celui-là ne lui avait servi de rien, à qui le Fils du Dieu vivant a dit : Tu es heureux, Simon, fils de Jona, parce que ce n’est pas la chair et le sang qui t'ont révélé ces choses, mais mon Père qui est au ciel.

-« Vous ne considérez donc pas quelle imprudence c’est de dire que le Père a caché par son Fils la forme du culte, le rite du sacrifice visible, au prince des äpôtres, à Pierre, auquel il a daigné révéler très-pleinement par lui-même le secret ineffable de l’invisible divinité du même Fils? Et à celui auquel il a été dit, non par un ange ni par-un prophète, mais par le Seigneur des prophètes et des anges : Et moi je te dis : Tues Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église ; à la tête de celui-là vous vous efforcez de soustraire Jésus-Christ, hors qui personne ne peut poser d'autre fondement à l'Église universelle ? Ce que le très-dévot Pierre a démontré, el vivant et mourant, lorsqu'il a demandé à être crucifié ia tête en bas, pour faire entendre, sans doute par inspiration divine, que c’est Jésus-Christ le fondement véritable, la pierre angulaire; et que lui. Pierre, est lu pierre carrée. posée sur ce fondement pour recevoir et

soutenir avec une incorruptible solidité toute la construction de :

l'Église. En effet, la sainte Église a été ainsi édifiée sur la pierre, qui est Jésus-Ch:'st, et sur Pierre, fils de Jean, pour être absolument invincible aux portes de l'enfer, c’est-à-dire aux disputes des hérétiques, qui entraînent les hommes vains dans la perdition. C'est ce que promet la vérité même, elle par qui est vrai tout ce qui est vrai: Les portesde l'enfer ne prévaudront point contreelle. Promesse dont le même Fils proteste avoir obtenu l'effet du Père, quand il a dit

Pierre : Simon, voici que Satan vous a demanué à cribler comme du à

froment ; mais moi j'ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille point: et toi, quand tu seras converti, affermis tes frères. Quelqu'un pous-

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à 1054 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 585

sera-t-il donc la démence jusqu’à supposer quela prière de celui dont le vouloir est pouvoir a été vaine en quelque chose ? N'est-ce point par le Siége du prince des apôtres, savoir l'Église romaine, tant par Pierre en personne que par ses successeurs, qu'ont été réprouvées, convaincues et vaincues les erreurs de tous les hérétiques * et les cœurs des.frères n’ont-ils pas été confirmés dans la foi de Pierre, qui n'a point défailli jusqu’à présent, ni ne défaudra jamais?

« Nous ne voulons pas rappeler nommément les quatre-vingt-dix hérésies et plus, qui, en des temps divers et par des aberrations diverses, sont sorties de l'Orient ou d’entre les Grecs mêmes, pour corrompre la virginité de la mère, la sainte Église catholique; mais nous croyons devoir dire en partie combien l’église de Constantinople, par ses pontifes, a suscité de pestes, que la Chaire apostolique et romaine a virilement vaincues, terrassées et suffoquées : c'est un Eusèbe de Nicomédie, usurpateur du siége de Constantinople et porteétendard du maudit Arius; c’est un Macédonius, hérésiarque, qui étrangle son prédécesseur le bienheureux Paul, qui blasphème le Saint-Esprit, qui torture les Chrétiens, qui persécute les catholiques jusqu’à la mort, et, comme un autre Julien, les marque au front : c'est l’arien £udoxe, qui envahit le siége et ordonne l'hérétique Eunomius ; c’est Démophile, arien ; c’est Maxime, cynique et apolliuariste. Le premier concile de Constantinople, après avoir ordonné Nectaire, écrivit au pape Damase : La jeune église de Constantinople, ruinée par les blasphèmes des hérétiques, nous venons de l'arracher comme de la gueule du lion. Mais ce vieux basilic venimeux n'était pas encore étouffé ; car Jean Chrysostôme, successeur de Nectaire, fut déposé par son ingrate église et mourut en exil. Son successeur Arsace persécutait les disciples du bienheureux Jean par l’épée des soldats. Vient ensuite l’hérésiarque Nestorius, qui nic la maternité divine de Marie et introduit deux personnes en Jésus-Christ. C’est l'hérésiarque Eutychès, qui confond les deux natures en Jésus-Christ et cause le meurtre.de saint Flavien. Que dirons-nous d'Acace, qui d'abord accuse, et qui ensuite rétablit l'hérétique Pierre d'Alexandrie? Après ceux-là, c'est l’hérétique eutychien, Anthime, quele pape Agapet dépose à Constantinople même ; c’est Eutychius, qui prétend qu’à la résurrection nos corps seront impalpables, et qui est réfuté par saint Grégoire, alors diacre ; c'est son successeur Jean, qui, par orgueil, s'arroge le titre de patriarche universel : vanité présomptueuse, dont les évêques ne cessent de se rendre coupables depuis quatre cents

y ans. Que dirons-nous des monothélites Sergius, Pyrrhus et Paul ?

Pyrrhus, qui, après avoir rétracté l'erreur à Rome, retourne à son vomissement ; Paul, que vous égalez en témérité et en arrogance,

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quand: vous osez juger l'Église romaine, qu'il n'est permis ni à vous ni à aucun mortel de juger 1. »

Comme le grand prétexte que les Grecs mettaient en avant pour autoriser l'ambition de leurs patrierc es, c'était que Constantin avait transporté l'empire de Rome à Constantinople, saint Léon IX leur oppose la donation de Constantin au pape Silvestre, donation, que les Grecs reconnaissaient pour authentique, et qu'ils ont insérée dans leur droit canon. Mais, ajoute-t-il, nous avons un témoignage plus grand que Constantin. Sur quoi il rapporte et développe les paroles par lesquelles Jésus-Christ promet l'autorité suprême de son Église à saint Pierre ; ies paroles par lesquelles effectivement il la lui donne ; les paroles et les faits de l'Écriture, qui en montrent l'exercice par tout l'univers. Il observe que saint Paul a loué la foi des Romains etdit qu’elle était annoncée par tout le monde, tandis qu'il blâme les divisions des Grecs, notamment de ceux de Corinthe.

Revenant à l’église particulière de Constantinople, le pape saint Léon dit: « Loin de nous de vouloir ajouter foi à ce que pourtant la renommée publique ne craint pas d'assurer, savoir : Qu'en promouvant çà et là des eunuques, il est arrivé à l’église de Constantinople de placer.une femme sur le siége de ses pontifes. » Cette observation montre bien que l’on n'avait pas encore inventé la fable de la papesse Jeanne; car on la place entre Léon IV et Benoît III, environ deux cents ans avant saint Léon IX. « Que dire encore? ajoute le saint Pape; vous avez eu tant d’hérétiques et de schismatiques, qui ont attaqué et travaillé à déchirer l'Église catholique et apostolique, que l'Église latine ou d'Occident peut bien dire avec l'épouse des Cantiques ; Les enfants de ma mère ont combattu contre moi. En effet, la Chaire apostolique et romaine, qui, par l'Évangile, a engendré l'Église latine en Occident, n’est-elle pas la mère de l’église de Constantinople en Orient, puisqu'elle s'est appliquée à la réparer, et par son glorieux fils Constantin, et par les nobles et les sages de Rome, non-seulement quant aux mœurs, mais encore quant aux murailles ? Si vous prétehdez le contraire, pourquoi donc les acclamations à la louange de votre empereur se font-elles en latin? pourquoi donc à l'église récite-t-on aux Grecs des leçons en latin? N'est-ce point par respect pour cette mère qui, après avoir été éprouvée par toutes les cruautés et les tortures des païens, et épurée par la flamme des persécuteurs, a mis au monde une fille délicate, savoir : l’église de Constantinople ?

« Et certes, déjà la dixième persécution contre les Chrétiens, de-

1 Labbe, t. 9, epist, 5,

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Liv, LXII, — De 1524 t permis ni à vous

à 1054 de l'ère chr.] DE L'EGLISE CATHOLIQUE. 587

puis Néron, s'était complétement refroidie; déjà l'incendie de la fureur de ce monde s'était calmé; déjà Rome, adulte et âgée, victrieuse dans le culte divin et ceinte d’une couronne, triomphait dans une profonde paix ; déjà une armée innombrable de martyrs de tout sexe et de tout âge, engraissée de nos azymes, avait brisé toutes les attaques de l’idolâtrie ; déjà elle tenait sous ses pieds, et le monde, et le prince même de ce monde; déjà, non-seulement les pontifes| 1 de notre rite, mais encore leurs ministres, parmi lesquels Laurent et (p Vincent, insultaient et aux tourments et aux bourreaux, qui n’en | pouvaient plus. Et voilà que cette tille délicate, assise bien tranquille dans le cabinet, énervée par les délices, la mollesse et l’oisiveté, qui À n'est jamais descendue dans l'arène des martyrs pendant que sa 4 mère combat{ait pour elle: la voilà qui ne rougit pas de s’arroger la À primauté, de déroger à la vieillesse émérite de sa mère ; de n’avoir aucun égard, ne füt-c* que par humanité, pour son corps épuisé par les travaux et les années, pour ses bras ridés et affaiblis, mais autrefois nerveux et levés pour combattre les combats du Seigneur : la voilà qui ne rougit pas de n'avoir aucun respect pour ses cheveux blancs ; mais, avec une lettre de jeune fille, après ses innombrables triomphes, elle ose la provoquer à de nouvelles guerres contre ellemême ; elle prétend la priver de la nourriture solide des parfaits, la ramener au lait des hommes charnels, et, par une impudeur contre nature, lui présenter ses mamelles desséchées par le schisme et l’hérésie. Encore si elle pouvait donner du lait véritable ; mais ce n'est que de l’eau bourbeuse des fleuves de Babylone et d'Égypte, qui enfle et ne désaltère pas. Si celui-là est maudit, qui irrite sa mère corporelle qui a conçu dans l’iniquité et engendré pour la mort, que sera-ce'donc d’irriter sa mère spirituelle qui nous a conçus dans la grâce et enfantés à la vie ?

« Une raison de plus pour la fille de n’être pas ingrate, c’est que sa mère l'a honorée par-dessus les autres. En effet, lorsque l’église de Constantinople n’avait aucun privilége ni divin ni humain qui la distinguât des autres églises, et que celles d’Antioche et d'Alexandrie gardaient leurs prérogatives par respect pour le prince des apôtres, sa pieuse mère, l’Église romaine, a ordonné en quelques conciles, que le pontife de Constantinople serait honoré comme évêque de la ville impériale, sauf l’ancienne dignité des siéges pontificaux et apostoliques. » Le Pape reproche à Cérulaire, d’après le bruit public, d’avoir fait fermer toutes les églises des Latins, et d’avoir ôté les monastères aux abbés et aux moines, jusqu’à ce qu'ils vécussent selon les maximes des Grecs. « Combien l’Église romaine n'est-elle pas plus modérée? puisque, au dedans et au dehors de Rome, il y a

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588 HISTOIRE UNIVERSELLE {Liv. LXIHII. — De 1024

plusieurs monastères et plusieurs églises des Grecs, sans qu’on les empêche de suivre les traditions de leurs pères. Au contraire, on les y exhorte, parce que nous savons que la différence des coutumes. selon les lieux et les temps, ne nuit point au salut, pourvu qu’on soit uni par la foi et la charité, qui nous rend tous recommandables à Dieu. »

Voici comme le saint conclut son instruction. « La foi de l'Église romaine, foi édifiée par Pierre sur la pierre, ni n’a défailli jusqu'à présent, ni ne défaudra jamais, le Christ, son Seigneur, ayant prié pour elle, comme il l’atteste lui-même à l’approche de sa passion : J'ai prié pour toi, Pierre, afin que ta foi ne défaille point ; lors donc que tu seras converti, affermis tes frères. Par où il. montre que la foi des frères périclitera par des défaillances diverses ; mais que, par la foi. immuable et indéfectible de Pierre, comme par le secours d’une ancre ferme, elle sera fixée et affermie sur le fondement de l'Église universelle. Ce que personne ne nie, à moins d’attaquer ces paroles mêmes de la vérité; car comme c’est sur le pivot que roule toute la porte, de même aussi c’est sur Pierre et ses successeurs que roule le bien de toute l’Église. Et comme le gond ou le pivot, en demeurant immobile, conduit et ramène la porte, de même aussi Pierre et ses successeurs ont un jugement libre sur toute l'Eglise, personne ne pouvant changer leur état, parce que le Siége suprême n'est jugé par personne. C’est pourquoi, retenant avec fermeté la foi et les institutions, nous crions à tout le monde, du haut de la Chaire apostolique: Quand nous-mêmes ou un ange du ciel vous annoncerait autre chose que ce qui vous a été annoncé, qu'il soit anathème! Et nous ne nous tairons pas parce qu’on dira que nous ne sommes pas tels que nous devons être, ni tel qu'était Pierre. Nous devrions nous taire sans doute, si nous nous recommandions nousmêmes ; mais parce que ce n’est pas nous que nous préchons, mais le Seigneur Jésus, à nous, les serviteurs de ses serviteurs, il nous importe peu que nous soyons jugés par vous ou par qui que ce soit : car celui qui nous'juge, c'est le Seigneur. Et vous-mêmes, si enflés que vous soyez, oseriez-vous dire que vous êtes tels que vous devez être, ou tels qu'Alexandre, que Chrysostôme, ou Flavien? Et cependant vous exigez soigneusement des brebis. la laine et le lait, sans craindre qu’on ne vous reproche de n'être pas pareils à vos prédécesseurs. Pourquoi cela, si ce n’est que tous les. prêtres, quoique inégaux en mérite, sont égaux par l’oflice , et que ce qui est dû à l'office ne doit pas être refusé à cause du mérite? Eh bien, il en est de même du successeur de saint Pierre.

« Au reste, hommes vous-mêmes, pensez de l’homme ce que

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s-mêmes, si enflés els que vous devez u Flavien ? Et cela laine et le lait, pas pareils à vos tous les, prêtres, , et que ce qui est nérite? Eh bien, il

> l’homme ce que

vous voulez: notre conscience n

ous répond d'une chose, c'est que nous désirons souverainement le salut et l'exaltation de toutes les églises de Dien; mais que qui que ce soit s’arroge et. usurpe par orgueil quoi que ce soit, contre notre Siége apostolique et ses lois, 1 voilà ce que nous ne saurions tolérer: car, quiconque s'efforce de détruire ou de diminuer l'autorité ou les priviléges de l'Église romaine, celui-là machine la subversion et la perte, non d’une seule église, | mais de toute la chrétienté ; car enfin, par la compassion et le sou- A tien !© qui respireront ses filles Opprimées d’une manière ou d’une autre, si on étouffe leur mère unique ? de qui invoqueront- elles le secours ? auprès de qui pourront-elles se réfugier ? car c’est elle qui 4 reçu, soutenu, défendu et Athanase et tous les catholiques, et qui les a rendus à leurs siéges dont ils avaient été chassés.

« Nous vous conjurons donc, par les entrailles de Jésus-Christ, A50yons un même corps et un même esprit. Imitons les membres Qu corps humain, qui ne se jalousent point, mais se réjouissent et {'affligent les uns avec les autres. Évitons l'orgueil et l'envie, qui ne

cherchent qu’à déchirer le corps de Jésus-Christ. Pourquoi envier

quelque chose à l’Église romaine, puisque, par la charité, tout vous Aievient commun ? Quant à nous, nous regardons votre gloire comme

k nôtre: pourquoi donc vous efforcez-vous de nous ravir celle que tous ont accordée et Dieu et les hommes. ? Est-ce que la main ou le pied ne regardent point l'honneur ou le déshonneur de la tête comme le leur propre ? Que si vous ne ressentez point en vous ceite hernonie de notre corps, vous n'y êtès donc pas, vous n'y vivez donc pas. Et si vous n'êtes. pas dans le corps du Christ, qui est l'Église, Qi vous n'en vivez, considérez donc où vous êtes et qui vous êtes. ous êtes retranchés, vous pourrissez, comme un Sarment retranché lu cep ; vous êtes jetés dehors, vous séchez, pour être jetés au feu et brûler, Daigne la divine miséricorde écarter loin de vouscemalheurt! , | Comme cette lettre était déjà bien longue, le Pape leur dit à la fin W'il leur envoie quelques passages des Pères, pour réfuter leur écrit ontre les azymes, ‘n attendant qu'il y réponde lui-même plus inplement par un autre écrit à part.

Le pape saint Léon IX recut vers le même temps une lettre de

ierre, nouveau patriarche d'Antioche, qui lui donnait avis de son pdination, lui envoyant sa profession de foi et lui demandant sn immunion et sa confirmation. Il chargea de cette lettre e Jérusalem, qui devait la mettre en main à [lalie méridionale, pour être rendue

un pèlerin Argyre, gouverneur de au Pape. On voit, par ja ré-

! Labbe, t, 9, p. 949-971.

590 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LAN, — De1014

ponse de saint Léon, que Pierre d'Antioche reconnaissait la primauté Æ ne de l'Église romaine, et que c'était ce qui l'engageait à consulter le fâc Saint-Siége, suivant en cela les décrets des conciles et des Pères, né qui ont ordonné unanimement que les causes majeures et difficiles à YO! seraient portées à son tribunal, pour y être jugées définitivement. dri Le Pape loue Pierre d’Antioche de son amour pour Punité, et WE 511 l'exhorte à maintenir lui-même les prérogatives de son église, la W pat troisième après celle de Rome, lui offrant son secours contre ceux n'a qui s’efforçaient de diminuer l'ancienne dignité de l’église d'Antioche, qu' c'est-à-dire contre Michel Cérulaire, patriarche de Constantinople, & ÿ ( qui, s’attribuant le second rang, rejetait conséquemment le patriarche dox d’Antioche au quatrième. Pierre avait prié le Pape de lui donner WE You des raisons de la division qui régnait dans l'Église universelle, Le pers Pape répond que, par la grâce de Dieu, l'Église romaine conserve le faits lien del’unité, et que, s’il y a quelque semence de schisme, c'est de brui la part de l'église grecque ; il exhorte Pierre à en extirper ju qu'aux puli derniers germes dans ses quartiers, et ajoute : Quant à not aumi- à Pam lité, qui a été élevée au faîte du trône apostolique pour approuver qui ce qui doit être approuvé, comme aussi pour improuver ce qui Juifs mérite l’improbation, ellé loue et elle confirme de grand cœur hi penc promotion épiscopale de votre très-sainte fraternité, en supposant Chri toutefois qu'elle ait été faite selon les canons. Il reconnait pour E 1e catholique sa profession de foi et met la sienne, selon qu’il était Céru d'usage, marquant, sur l’article du Saint-Esprit, qu’il procède du avait Père et du Fils. Il dit sur la prédestination, que Dieu ne prédestine des ( que les biens, mais qu’il prévoit les biens et les maux ; que lagräæh Da prévient et suit l’homme, sans détruire son libre arbitre ; que l'âme le } est créée de rien et coupable du péché originel, tant qu’elle n’a point} lrar été purifiée par le baptême. IL approuve les sept premiers concile église généraux et ne dit rien du huitième, peut-être parce qu’on n'avait décida ançun point de doctrine !. les fai Au mois de janvier 1034, le saint Pape envoya à Constantinopl homn trois légats : Humbert, cardinal-évêque de Sainte-Rufine ; Pierre, fils L’e

archevêque d’Amalfi ; et Frédéric, diacre et chancelier de l'Églis@entièr romaine, frère de Godefroi, duc de Lorraine et parent de l’empereigtérul: Henri. 11 les chargea de deux lettres, l’une pour l’empereur Constat d'Anti tin Monomaque, l’autre pour le patriarche Michel Cérulaire dnoine Constantinople; l’une et l’autre en réponse à celles qu'il venait di rec

recevoir d'eux. Le patriarche avait témoigné dans la sienne un graïf Ain: désir de la réunion des églises. Le Pape l'en félicite et témoigne qu'il la } 1 Labbe, t. 9, p. 975. {Lab

(Liv. XIE, — De 104

à 1054 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 591

ne la souhaitait pas moins; mais il ne lui dissimule point les bruits fâcheux que l’on répandait sur son Compte. On dit que vous êtes néophyte ; que vous n'êtes pas monté par degrés à l’épiscopat ; que vous voulez soumettre à votre domination les patriarches d’Alexan drie et d'Antioche, et les priver des anciens priviléges de leurs dignités ; que, par une usuwrpation sacrilége, vous prenez le titre de

patriarche universel, que saint Pierré ni aucun de ses successeurs p n'a voulu prendre, quoique le concile de Chalcédoine eût ordonné qu'on le donnât à saint Léon et aux Papes suivants. Mais qui ne s'étonnera, ajoute le Pape, qu'après des Saints et des Pères orthodoxes pendant mille vingt ans depuis la passion du

VOUS Soyez avisé de calomnier l'Église des Latins, an persécutant publiquement tous ceux qui p faits avec des azymes? No

bruit commun et par la le pulie, où l'on prétend pro pain levé, le sacrement d

mnaissait la primauté ageait à consulter le nciles et des Pères, majeures et difficiles rgées définitivement.

our pour lPunité, et es de son église, la secours contre ceux de l’église d'Antioche, le de Constantinople, emment le patriarche » Pape de lui donner Église universelle. Le e romaine conserve le de schisme, c’est de en extirper ju qu'aux Quant à notice aumiique pour approuver ur improuver ce qui ne de grand cœur la ernité, en supposant ns. Îl reconnaît pour nue, selon qu’il était prit, qu’il procède du que Dieu ne prédestine :s maux ; que la grâce re arbitre ; que l'âme , tant qu’elle n’a poin} sept premiers conciles -être parce qu’on n\

Sauveur, vous

» SOUS peine de mort pendant les huit jours Christ ou ses disciples ai ne répond point aux aut

pain levé de la Pâque. Est-il à présumer que Jésus-

ent prévariqué en ce point ? Saint Léon IX JE

libelle de Cérulaire, parce qu'il V r, dont il avait chargé ses légats g l'erreur des Grecs touchant le pain fermenté 1,

Dans la lettre à l'empereur Monomaque, le Pape le loue de son hi ile pour le rétablissement de

érence qu'il avait eue avec le duc Argyre sur la manière de les réduire, non en

ls faisant mourir, mais en les 'amenant au devoir par la crainte des lommes, et la résolution où il était, avec le secours de ses très-chers ils l'empereur Henri et lui Constantin, de procurer la Pacification lentière de la république chrétienne. 11 se plaint des entreprises de Gérulaire contre les Latins et contre les patriarches d'Alexandrie et l'Antioche, prie Monomaque de rendre à l'Église romaine ses patri-

moines situés dans les lieux dépendants de son empire, et finalement hi recommande ses légats 2,

Ainsi, après la douloureuse bätaille de Dragon DU la plupart de ses amis et de ses p

voya à Constantinopl sainte-Rufine : Pierre, chancelier de l'Église t parent de l’emperett ir l'empereur Constat Michel Cérulaire 4 \ celles qu’il venait d Jans la sienne un gran slicite et témoigne qu

ara, Où il avait perarents, le pape saint Léon IX,

‘Labbe, t, 9, p. 978. — 2 Ibid., p. 981.

592 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXII. — De 1024 en récompense. de son afiliction, vit ces mêmes terribles Normands

se soumettre à lui et au Saint-Siége avec l'humilité d'un peuple À

vaincu ; il vit l'église mourante d'Afrique lui, adresser ses derniers adieux et lui demander la paix et l'union d'elle-même avec ellemême ; il vit le nouveau patriarche d'Antioche, métropole du plus lointain Orient, lui demander la communion apostolique et la confirmation de sa promotion épiscopale ; il vit et l'empereur et le pa-

triarche de Constantinople lui demander l’union des Grecs et des |

Latins, c'est-à-dire l'union et l’alliance du monde entier. Mais saint Léon ne devait pas voir sur la terre la suite de ces événements.

Au commencement de l'an 1054, il se sentit attaqué d'une ma- À

ladie qui lui causa d’abord plus de faiblesse que de douleur, et qui,

lui ayant ôté le goùt de toute nourriture, le réduisit à n’user plus À d'autre aliment que d’eau. Il ne laissa pas dé célébrer encore l'an- |

niversaire de son ordination le 12 de février, auquel il dit la messe

pour la dernière fois. La maladie se déclara ensuite ; et, assuré qu'il à

n’en devait pas relever , il se fit transporter de Bénévent à Rome. Les Normands, dont les chroniqueurs d'Allemagne supposent que le

Papeétait prisonnier, tandis que ceux d’Italie, ainsi que son biographe | Wibert, rapportent simplement qu'il se rendit de lui-même au milieu |

d'eux; les Normands, que l'on avait regardés comme ses ennemis, ne marquèrent pas moins d'empressement que ceux du pays pour Ini rendre tous les bons offices dont ils étaient capables, et pour exprimer la douleur qu'ils avaient de le perdre. Il les avait réduits sous le joug de Jésus-Christ, non par la force des armes humaines, mais par la douceur de l'esprit évangélique, qui leur avait rendu ce joug léger et qui les avait parfaitement soumis à l'Église : de sorte que ceux mêmes dont il avait paru le captif parurent à leur tour ses captifs, avec leur prince Onfroi à leur tête. Ils marchèrent autour de sa litière pour le conduire jusqu'à Capoue, comme des vaincus attachés à un char de triomphe.

Le saint partit de Capoue après douze jours de repos, accompagnt de l'abbé du Mont-Cassin, et arriva à Rome après un mois de marche. Le 17 d'avril, qui était le second dimanche d'après Pâques, se sentant proche de sa fin et se souvenant des devoirs du bon pasteur. dont l'Église récitait l’évangile en ce jour, il fit assembler les évêques et son clergé dans sa chambre, et leur fit une longue et ardente exhortation touchant l'obligation qu'ils avaient de veiller à toule heure et sur eux-mêmes et sur le toupeau de Jésus-Christ. Le lendemain, il se fit porter dans l'église de Saint-Pierre, où il passa tout ja journée à prier et à donner à tous ceux qui étaient présents de avis salutaires pour leur salut. Le soir venu, il ordonna qu’on |

viteu qu'il la réf dans était « culte de ses La lempc évêqu miracl

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Liv. LXII. — De 1024

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évêque de Ségni, miracles, par un anonyme, qui en fut témoin oculaire 1.

à 1054 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE,

menât devant son tombeau ; il s'y prosterna avec larmes , et dit : Vous voyez, mes frères, de tant de richesses et d’honneurs, quelle chétive demeure nous attendons : moi, entouré jusqu’à présent de tant de richesses et de dignités, je n’attends de tout cela que le marbre que vous voyez. Et, levant la main, ik lo marqua du signe de la croix, en disant : Bénie sois-tu entre les pierres, toi qui as été jugée digne de m'être associée, non pour mon mérite, mais par la miséricorde divine; reçois-moi avec plaisir, et présente-moi au triomphe de la résurrection le jour des récompenses; car je crois que mon Rédempteur est vivant, et qu’au dernier jour je ressusciterai dé terre, et que, dans ma chair, je verrai Dieu, mon Sauveur. Et il parla ainsi en versant des larmes.

Le dix-neuf au matin, il se fit présenter devant l’autel de Saint- Pierre, où il resta prosterné en oraison pendant une heure. S'étant ensuite fait remettre sur son lit, il fit sa confession aux évêques, entendit la sainte messe, reçut l’extrême-onction et le saint viatique. II demanda ensuite un moment de silence aux assistants, comme pour reposer, et rendit son âme à Dieu sans que personne s’én aperçt. Dieu fit connaître dès ce moment combien la mort de son ser viteur était précieuse devant lui. La multitude et l'éclat des miracles qu'il fit en sa considération, à la vue de toute la ville, porta bientôt la réputation de sa sainteté et l'opinion de la gloire dont il jouissait dans le ciel jusqu'aux extrémités des lieux où le nom de Jésus-Christ était connu. C'est ce qui excita les fidèles à honorer sa mémoire d’un culte religieux dès qu’il cessa de vivre ; et l’on pent dire que le jour de ses funérailles fut la première solennité de sa fête. La vie du pape saint Léon IX a été écrite par trois auteurs conlmporains : par son archidiacre Wibert de Toul, par saint Brunon, et enfin l’histoire particulière de sa mort ct de ses

1 Acta SS., 19 april. Biblioth PP.,t, 90.

FIN DU TRRIZIÈME VOLUNE,

AVS INNININS VUVVNVNUVNUN SN NN NN VA VV VIN NV Ne VONVVUN

SOMMAIRES

DU TREIZIÈME VOLUME

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