‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 5)Chapitre 41 sur 97 · Hodèges, nférait avec it des juge · texte numérisé non relu

Hodèges, nférait avec it des juge

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à 1300 de l'ère ohr.j: DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 193

reur fit réflexi: que cetts conférence ne serait d'aucune utilité, en ce que, si Grêgoire était jugé coupable, il demeurerait en repos ; s'il tait innocent, ses accusateurs seraient reconnus calomniateurs, le scandale recommencerait, et l'on disputerait sans fin ; que ceux que Grégoire avait ordonnés se couvriraient d'infamie en le déclarant hérétique, et d'autant plus qu'ils avaient souscrit le tome pour le-, quel ils voulaient le condamner. Par ces raisons, l'empereur contremanda ceux qui devaient assister au jugement, et ils en furent contents eux-mêmes.

Mais ils conseillèrent à l'empereur d'envoyer demander à Grégoire sa démission, en lui représentant qu'il ne lui serait pas avantageux de s'exposer à un jugement, et promettant de déclarer qu’ils le reconnaissaient orthodoxe et n'avaient aucun doute sur sa doctrine, mais qu’ils étaient seulement scandalisés de l'écrit de Marc, que

L Grégoire lui-même avait enfin désapprouvé. L'historien Pachymère

fut employé à cette négociation avec le questeur Choumac. Enfin Grégoire demanda que la déclaration dé son innocence fût faite dans une assemblée publique, en présence du sénat et de l'empereur, avec l'élite des moines, et il promit de donner aussitôt sa démission. Cette réponse de Grégoire causa de la division entre ceux qui étaient séparés de lui. Les uns disaient que, lorsqu'il aurait reçu leur déclaration, il se regarderait comme confirmé dans son siége par leur propre témoignage, et chercherait à les. punir de leur calomnie, et ils concluaient à poursuivre le jugement. Les autres voulaient qu'on justifiât Grégoire par condescendance, comme n'étant pas si scandalisés de son tome que de l'écrit de Marc ; mais ils demandaient qu'il promit par écrit de donner aussitôt sa démission. Il ne promit que de parole, mais en prenant Dieu à témoin; et ils se contentèrent de ce serment. Le premier parti, qui était celui des évêques d'Éphèse, persista toujours à refuser la justification de Grégoire, et l'empereur, irrité contre eux, les chassa de sa présence, et leur ordonna de demeurer enfermés dans leurs logis, sans voir personne, jusqu'à ce qu’il y eût un nouveau patriarche. Ensuite il assembla les autres dans le grand palais, en sa présence, en celle de tout le sénat, du clergé, des moines et d’un peuple nombreux. Là, Théolepte, évêque de Philadelphie, parlant au nom de tous les adversaires de Grégoire, qui étaient présents, le déclara orthodoxe, rejetant tout le scandale sur l'écrit de Marc.

Le lendemain, Grégoire composa tout à loisir l'acte de sa démission, où il disait : Je n’ai été placé sur le siége patriarcal ni de mon mouvement ni par les sollicitations de mes amis ; Dieu seul

sait comment j'y suis monté. J'y ai déjà passé six ans et plus, et, xx. 13

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pendant ce temps, j'ai fait tout ce qui m'a été possible pour réunir à l'église tous cenx qui s'en étaient séparés. Mes soins toutefois ont eu un succès contraire à mon intention ; en sorte que quelques-uns croyaient que jamais cette paix si désirable ne se ferait si. je ne me retirais, Jo n’ai pu me résoudre à demeurer en place avec une telle Opposition ; j'ai mieux aimé voir réunir les partis divisés. C’est donc pour procurer là paix et faire cesser les scandales si pernicieux aux âmes que je fais ma démission de dignité patriarcale, sans toute. fois renoncer au sacerdoce, que je prétends, par la miséricorde de Dieu, conserver toute ma vie: car ma conscience ne me reproche rien qui m’en éloigne. On peut donc désormais slire un autre pa. triarche, qui puisse en exercer dignement les fonctions, et réunir les membres divisés de l’église.

Grégoire donna cet acte écrit de sa main, mais sans souscription : ce qui fit croire à quelques-uns qu'il prétendait rentrer un jour dans le siége, d'autant plus qu'il n'alléguait pour cause de sa démission que le bien de la paix ; en sorte que, si son espérance était frustrée, il voudrait revenir, n'ayant rien qui le rendit indigne du sacerdoce. Mais l’empereur et Théoiepte de Philadelphie, le principal moteur de cette affaire, crurent avoir tout fait en tirant la démission de Grégoire, etobligèrént les autres de s’en contenter, sans lui rien demander de plus. Grégoire se réconcilia avec ceux qui étaient malcontents de lui depuis longtemps, entre autres Germain d'Héraclée et Néophyte de Pruse, qu'il avait déposés. Ensuite il se retira au petit monastère d’Aristine, attenant à celui de Seint-André, où demeurait Théodore, cousine de l’empereur ; et cette princesse avait grand soin de lui, Cela se passait vers le mois de juin 1289 1. ‘

Après la démission de Grégoire, l'empereur Andronic fit éxaminer son tome avec plus de liberté, pour voir si.on pourrait le corriger, Il assembla plusieurs des savants sur ce sujet, et entin il fut résolu qu'on retranckerait l'explication du passage de saint Damascène. Cependant l'empereur s’appliquait toujours à réunir les partis divisés, particulièrement les arsénites, qui étaient encore subdivisés entre eux. La plupart suivaient un nommé Hyacinthe, la minorité Jean Trachaniote. Ceux-ci reprochaient aux autres l'épreuve du feu qu'ils avaient voulu faire, la traitant non-seulement d'ignorance, mais d’impiété, les nommant adorateurs du feu, et s'éloignant d'eux jusqu’à ne vouloir pas leur parler, L'empereur avait fait enfermer Jean pour ce sujet dans une forteresse ; mais alors, pendant la vacance du siége patriarcal

à 1300 de l'é

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XVI, De 1276

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à 1300 de l'ère car.]

donna une grande liberté, espérant ainsi le rarnener à l'union. Il y employa même Athanase, patriarche d'Alexandrie, pour lequel Jean témoignait une grande estime ; mais, voyant qu'il était impossible de le ramener, it fut plus irrité que devant, et le remit en prison. Ensuite il s’'appliqua à gagner Hyacinthe, jusqu’à lui donner un trèsbeau cheval, l’admettre souvent à son audience, et lui accorder des grâces pour plusieurs personnes. Hyacinthe flatta quelque temps l'empereur de belles espérances, tirant les choses en longueur, et faisant des propositions chimériques. Mais enfin ce prince les abandonna tous à leur opiniâtreté, et résolut, avec le sénat et les évêques, de faire un patriarche, cherchant ur sujet qui en fût digne #. :

On en proposa trois, à l’ordinaire. Le premier, Gennade, qui, après avoir été archevêque de la première Justinienne, aujourd'hui Locride, et y avoir demeuré quelque temps, s’en était démis; le second, Jacques, abbé du mont Athos, homme de mœurs simples et rempli de piété ; letroisième, Athanase, anachorète, natif d’auprès d'Andrinople, mais demeurant sur les montagnes de Gano en Thrace, et se trouvant alors à Constantinople parce que l’eunuque Eonopolite l’avait fait connaître à l'empereur, qui en avait conçu une haute estime. Gennade refusa le siég patriarcal, quoiqu’on le pressât fortement de l'accepter, et, entre les deux autres, Athanase fut préféré. Il s'en défendit aussi d'abord ; mais il parut céder à la violeñce que lui faisaient l'empereur et le coneile.

C'était un homme d’une grande vertu, mais sans littérature et sans usage-de la vie civile, exercé dès l’enfance aux travaux de la vie monastique, à l’abstinence, aux veilles, à coucher à terre, propre à vivre en solitude sur les montagnes et dans les cavernes. Aussi, dès son entrée au patriarcat, il parut bien différent de ses prédécesseurs. Il allait à pied dans les rues, portant un habit rude et des sandales grossières faites de sa main, et-vivait dans une extrême simpiicité ; mais comme il était dur envers lui-même, aussi manquait-il d'humanité et de condescendance envers les autres. On avança contre lui ces reproches, quand l’empereur délibéra sur son élection, et on allégua, pour preuve de sa cruauté, qu'il avait crevé les yeux à un âne pour avoir mangé les herbes du jardin des moines, D’ autres, au contraire, lui attribuaient des miracles, et disaient qu’un jour, ayant amassé des herbes, il en chargea un loup qu'il rencontra, et lui commanda de les porter au monastère. Mais on sut depuis que c'était un homme nommé Loup. Toutefois, l'empéreur, ayant baiancé le bien et le mal que l’on disait d'Athanase,

! Dachym., 1, 2, Andron., c. 11 et 12.

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jugea que le bien l'emportait, et se détermina à le faire patriarche 1, Il le déclara publiquement dans le grand palais, le 14me d'octobre 1289, et, du palais, Athanase se rendit à pied à Sainte-Sophie, où peu après il reçut l'ordination. En cette cérémonie arrivèrent quelques légers accidents, que les Grecs superstitieux prirent pour des prodiges et des présages qu'Athanase serait chassé ‘du siége patriar. cal, comme ses prédécesseurs. On remarqua entre autres, que, lorsqu'on lui mit sur le cou le livre des évangiles, suivant la coutume, les paroles qui se trouvèrent à l'ouverture du livre étaient des malédictions, et, ayant tourné quelques feuillets, on ne rencontra pas mieux, Il attira bientôt après lui des moines du dehors, qui parurent d’une rigueur excessive aux moines de Constantinople, qu'ils accusaient de relâchement ; comme de ne pas observer les deux jeûnes de la semaine, faisant deux repas, usant de vin, d'huile et de ragoûts, en un mot, se nourrissant comme des séculiers, quelques-uns même ayant de l'argent. Les compagnons du patriarche recherchaient si curieusement toutes ces fautes, et les punissaient si sévèrement, que les plus réguliers ne se croyaient pas en sûreté. Le patriarche Grégoire de Chypre mourut peu de temps après d’une longue maladie, et, comme quelques-uns disaient, du chagrin de se voir mébprisé ; l'empereur défendit qu'il fût enterré comme évêque ?,

Bientôt le patriarche Athanase se rendit odieux par sa sévérité, et encore plus par celle de ses ministres, c’est-à-dire des moines étrangers qu'il avait attirés autour de lui de divers côtés. Ils attaquaient principalement les moines de Constantinople, et leur faisaient des crimes de tout ce qui sentait un peu le relâchement. A l’un on avait trouvé de l'or, à l’autre un habit neuf, à l'autre deux ou trois tuniques ; à celui-ci une croix d'argent, ou un couteau bien fait, ou un essuie-main blanc. Cet autre s'était baigné, ou, étant malade, avait consulté un médecin. Toutes ces fautes étaient châtiées par des réprimandes, des pénitences, des prisons et de rudes disciplines, On levait même des taxes sur les monastères, sous prétexte d’ôter la matière des passions. Le relâchement des moines de Constantinople donnait matière à cette sévérité. Athanase ne leur permettait ni de se nourrir délicatement, ni de garder de l'argent, ni de vivre dans l'oisiveté. Il voulait que leurs habits fussent simples et leur contenance modeste, et surtout qu'ils marchassent à pied, trouvant fort absurde que, tandis qu'il allait à pied lui-même, on les vit, superbe-

ment montés sur des chevaux fringants, faire du fracas dans les rues et les places publiques.

1 Pachym., 1. 2, Andron., c, 13 et 44, = ? Ibid., c. 15, 16, 19.

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4 1300 de l'ère chr.]

Il ne pouvait souffrir ceux qui, avant que d'être bien instruits de la vie monastique, s’enfermaient dans des cellules sous prétexte d’une plus haute perfection , ou qui fréquentaient les maisons des grands, ou qui se prévalaient de la simplicité des femmes, à la faveur de leur habit, etseles assujettissaient, quelquefois jusqu’à leur insinuer des hérésies ; enfin ceux qui, par vanité ou par intérêt, affectaient destransports d’une fureur fanatique. Athanase s’efforçait de réprimer tous ces faux moines : ceux qu’il jugeait corrigibles, il les renfermait dans les monastères nombreux, les exhortant à observer de tout leur pouvoir le renoncement à leur propre volonté. Quant aux incorrigibles, ou il les enfermait dans des prisons, pour les sauver malgré eux, ou il les chassait de Constantinople. PAR

Athanase entreprit aussi de réformer le clergé. Les plus considérables, voyant d’abord à ses manières et à ses‘regards terribles l'amertume de son zèle, se tenaient cachés et enfermés chez eux, ou même furent réduits à sortir de la ville. Mais il s'attacha principalement à en éloigner les évêques, qui y séjournaient en grand nombre, et à les renvoyer dans leurs diocèses, disant qu'il était juste que chacun gouvernât le sien, comme le patriarche prenait soin de Constantinople, et que chacun veillât sur son troupeau, sans se contenter d'en tirer du revenu. Il craignait aussi que, se trouvant ensemble, ils ne fissent des cabales les uns contre les autres, et contre lui-même. Enfin, il ne voulait point qu’ils s’absentassent de leurs diocèses, sinon pour tenir les gconciles tous les ans, suivant les canons, ou pour

solliciter auprès de l’empereur ou du patriarche quelque affaire spirituelle, et retourner aussitôt. On a plusieurs lettres qu’il écrivit à ce sujet à l’empereur Andronic et à divers évêques.

Enfin son zèle pour la justices’étendait aux plus grands, jusqu'aux parents de l’empereur et à ses enfants, qui craignaient plus les réprimandes du patriarche que celles de l'empereur même, tant il s'était acquis d'autorité par sa vie irrépréhensible et le respect que l'empereur avait pour lui 4. Toutefois, ce prince n'eut pas la force de le soutenir, ni de résister aux clameurs publiques qui s’élevèrent contre lui, la quatrième année de son pontificat. Ce n’était d’abord que des murmures secrets ; mais on en vint ensuite aux rlaintes déclarées : tout le monde s’éleva contre Athanase ; les évêques, les moines, les laïques ; et on ne le menaçait pas de moins que de le mettre en pièces s’il ne quittait le siége de Constantinople. Quelquesuns du peuple lui disaient des injures jusque dans l’église ; d’autres

lui jetaient des pierres quand il paraissait dehors.

? Pachym., 1. 2. Andron, Gregoras, |. 6, c. 5.

Se voyant donc abandonné, le patriarche Athanase cormposa un écrit qui contenait de grandes plaintes de ce qu'après l'avoir placé malgré lui sur le siège patriarcal, on avait trouvé mauvais qu'il usât de son pouvoir contre:les pécheurs scandaleux, et on avait reçu leurs accusations contre lai, jusqu’à l’obliger à se déposer, quoiqu'il ne se sentit coupable d'aucun crime, ni contre la foi, ni contre les mœurs, Il concluait en Prononçant anathème contre tous. les auteurs de cette injustice, quels qu'ils fussent. Athanase souscrivit cet écri de sa main, le scella de sa bulle de plomb, l'enferma dans deux pots de terre liés ensemble d’une corde, et le plaça lui-même dans les galeriés hautes de l’église Sainte-Sophie, sur le haut d’une colonne, voulant laisser à la postérité ce monument éternel de son innocence et de son ressentiment.

Après avoir ainsi déposé secrètement un anathème qui retombait sur l'empereur, il lui écrivit et lui envoya la lettre suivante : Confiant en Dieu, et, après Dieu, en la parole de votre majesté, qui est de Dieu, je me suis chargé du gouvernement de cette église, Que, si quelqu'un m'accuse de n'avoir point administré au gré. de chacun, Dieu m'est témoir que je ne concevais rien de mieux. Mais, puisque le Christ vous a établi le curateur de:son Église et de l'empire, pour les diriger suivant son bon plaisir, je le dis en présence de mon Seig&neur Jésus-Christ, encore que je sois, pécheur, je ne sache pas néanmoins avoir rien fait de contraire aux règles du sacerdoce. Que S’il.y en a qui se sont élevés contre moi, à dire des choses faites pour outrager et aflliger un homme, et s’il y en à qui croient ces choses, qu'ils en proposent ce qu'ils jugent propre à ma déposition, Si on me fait tort, je serai. justifié en ce jour-là ; car, quant à mon abdication, je la regarde comme anticanonique : tel est mon jugement. Mais, comme je parle à un empereur qui craint les jugements de Dieu, si vous l’ordonnez, je renonce à ma volonté, et je remets à Dieu et à votre majesté, qui est de lui, ce qui me regarde, afin, que, selon ce qu'elle jugera devoir être agréable à Dieu et salutaire à mon âme, vous daigniez me favoriser, me conseiller et me seconder ; afin que mon âme participe aux bienfaits de Dieu, à l’égal de votre majesté, qui est de Dieu.

Telle fut la lettre du patriarcue Athanase à l'empereur Andronic. Le patriarche ne la signa point, tandis qu'il avait signé en cestermes l'anathème secret : Athanase, par la miséricorde de Dieu, archevéque de Constantinople, la nouvelle Rome, patriarche œcuménique. Avec la lettre, le patriarche fit prier l’empereur de lui envoyer des personnes de confiance pour leur résigner les maisons pairiarcales, et des gardes pour le protéger pendant qu'il allait se retirer. Il espérait que l'em-

HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv, LXXVI, — De 1216.

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VE. — De 1210

à 1300 de l’ère shr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 199

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Se voyant ainsi déçu dans son attente, Athanase sortit la nuit même du palais patriarcal, et gagna le monastère de Cosmidion, d’où il envoya à l'empereur une démission conçue en ces termes : Puisque nous avons été mis sur le siége patriarcal pour procurer la paix au peuple qui a son nom du Christ, et que les choses ont tourné contre notre espérance et contre l’espérance de ceux qui nous avaient fait cette violence, en sorte que le peuple nous a jugé être à rejeter, à écarter, et sans jugement ; nous-même étant d’ailleurs comme faible, et pécheur, et insuffisant, et non digne d’un pareil ministère : en conséquence, nous renonçons à eux avec le pontificat. Que si, par ignorance, nous avons fait quelque chose autrement qu'il ne convenait, nous en demandons pardon. Que le Seigneur vous pardonne aussi à vous! Il voudra bien procurer ce qui est utile, gouverner tous les deux, et pourvoir un pasteur convenable, par l’intercession de la Mère de Dieu 1. |

Telle fut la démission du patriarche Athanase, Nous avons tâché de conserver dans la traduction, autant que possible, toutes les tournures équivoques et louches qui se trouvent dans l'original; car, même chez les meilleurs Grecs de cette époque, il n’y a jamais rien decomplétement franc et loyal. C’est, comme chez les meilleurs Juifs, un péché originel et héréditaire, que la ruse et la tromperie, même entre eux. Au lieu de s’en corriger, on dirait qu’ils ont peur d’en perdre l'habitude.

Comme on cherchait un successeur au patriarche Athanase, il se trouva à Constantinople un moine nommé Cosme, qui avait été longtemps marié; puis, ayant quitté sa femme, il embrassa la vie monastique, et, étant venu à Constantinople, il entra dans le monastère de Saint-Michel, et y exerça plusieurs charges, même celle d’ecclésiarque ou sacristain, Dans le temps de la réunion avec les Latins, l’'empereur Michel voulut savoir les sentiments des moines de cette maison, pour en.chasser tous ceux qui s’opposeraient à sa volonté. Cosme fut de ce nombre, et, ayant été mis en prison, il y demeura longtemps volontairement, et :.: fat délivré par l'intercession du patriarche d’Alexandrie. Alors il se set ra dans une cellule qu’il avait fait bâtir sur son fonds dans une île, et vint à la connaissance du grand connétable

1 Pachym., ec. 23 et 24.

200 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXVI,

qu'il le mit au nombre de ses confesseurs, et le tenait pour un saint, Les évêques, étant donc assemblés pour choisir un patriarche, n'en trouvèrent point de plus agréable à l'empereur, ni de plus conve. nable à la circonstance du temps; car, sous son pontificat, ils espé. raient voir le calme, après la tempête excitée par la rigueur excessive d'Athanase, En effet, Cosme était bon et compatissant : son seul dé: faut était d’être un peu intéressé, moins par inclination naturelle que par simplicité et par habitude à la vie privée. Ainsi il fut élu tout d'une voix; on lui changea son nom en celui de Jean ; l’empereur lui donna le bâton pastoral, suivant la coutume, et il fut ordonné le 4e jour de janvier 1294.

L'empereur Andronic Paléologue fit couronner par ce patriarche son fils aîné Michel, qu'il avait associé à l'empire dès l’année précédente 1293. Il le fit couronner solennellement à Sainte-Sophie, le 24me de mai 1294, jour auquel les Grecs célèbrent la mémoire du grand Constantin, Il fit expédier un acte authentique de ce couronnement, et voulut qu'il rût souscrit à l'ordinaire par les prélats; mais il les pria d'y ajouter des excommunications et les malédictions les plus terribles, sans espérance d’absolution, pour quiconque oserait se révolter contre le nouvel empereur. C'est ce qu’il ne put persuader au patriarche ni aux évêques. Il suffit, lui dirent-ils, que les lois imposent aux rebelles des peines si rigoureuses, que la vie, quand ils sont convaincus, leur devient plus insupportable que la mort. Il n’est pas juste et ne nous convient pas à nous, qui devons être pleins de compassion, d'y ajouter encore contre ces malheureux la séparation d'avec Jésus- Christ. Il vous sied bien de faire observer la sévérité des lois, c'est Pour vous un devoir indispensable; mais vous ne devez pas contraindre l'Église à être impitoyable, elle qui a coutume d'intercéder pour les malheureux.

L'empereur, se voyant refrsé, ne voulut pas même recevoir les lettres que les prélats offraient de faire expédier; mais il leur témoigna son ressentiment par une novelle qu'il publia pour retrancher les présents qui se faisaient aux ordinations des évêques, où l'on avait accoutumé de distribuer à tout le clergé des gratifications, chacun selon sa fonction. L'empereur traitait cet usage de simoniaque, et en faisait honte au clergé. Quelques évêques, voulant paraître désinté-

— De 1216 Glabas Tarchaniote, qui aimait les moines et les hommes vertueux, et qui le fit connaître à l'empereur Andronic. Pour cet effet, il le ra. mena à Constantinople, et lui donna le &ouvernement de son monas. tère de la Mère-de-Dieu.

Cosme était dans une belle vieillesse, sans aucune teinture des livres profanes, mais humble fs doux; et l'empereur le goûta tellement,

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à 1300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 201

ressés, donnèrent dans le sens de l'empereur; mais la plupart s'y opposèrent, représentant que c'était une ancienne coutume, autorisée par des lois; que ces droits, attachés aux charges, étaient nécessaires pour la subsistance des ecclésiastiques, et que leur retranchement nuirait au service. Ils ne gagnèrent rien, et la constitution fut publiée et souscrite par le patriarche et tous les évêques, excepté seulement ceiui de Smyrne et celui de Pergame. Mais ce ne furent pas les évêques qui en souffrirent; ce fut le clergé, qui n’y avait pas consenti 1,

L'an 1297, au mois de septembre, de jeunes garçons de la maison du patriarche Jean, cherchant des nids de pigeons dans les galeries hautes de l'église de Sainte-Sophie, appliquèrent une échelle contre une colonne, au haut de laquelle ils prirent des pigeonneaux; mais ils trouvèrent de plus deux pots de terre qui enfermaient un écrit. L'ayant tiré et déplié, ils furent bien surpris de ce qu'ils y lurent, et le portèrent au patriarche, qui crut devoir le communiquer à l’empereur Andronic. C'était précisément l’anathème secret que le patriarche Athanase y avait déposé avant de donner sa démission.

Le patriarche Jean ayant donc lu cet écrit et l'ayant fait lire à l’empereur, iis furent l’un et l’autre fort embarrassés. Car il était évident que cet anathème tombait sur l’empereur, et il était prononcé par un homme qui en avait le pouvoir, étant encore patriarche; mais alors, étant devenu simple particulier, il n'avait plus le pouvoir de lever cette censure. Sur cette difficulté, ils assemblèrent le patriarche d’Alexandrie, Jean, ancien métropolitain d’Éphèse, et les évêques qui se trouvèrent à Constantinople, qui furent tous indignés de l’action d’Athanase, et le soupçonnèrent d’avoir voulu se préparer une voie pour rentrer dans son siége. Quant à l’anathème, les uns croyaient qu'il fallait le prier de le lever lui-même; les autres disaient que c'était lui demander l'impossible, puisqu'il n’était plus que simple particulier j mais les plus instruits soutenaient qu'il ne fallait point d’absolution, et que la censure était nulle et contre les canons , étant prononcée secrètement, sans que ceux qu’elle frappait en eussent connaissance.

L'empereur, toutefois, fut d'avis d'envoyer vers Athanase pour le faire expliquer. Il reconnut son écrit et. déclara qu'il était prêt à lever la censure, comme il fit en effet par un nouvel écrit: où il disait en substance : Le chagrin et l'amertume de cœur où m'’avaient mis les persécutions que j'ai souffertes pendant mon patriarcat m'ont fait composer cet écrit, que j'ai caché dans Sainte-Sophie. Mais après ma démission, je n'ai pensé qu’à me mettre l'esprit en repos et à en effacer tout ce que cet écrit contient de plus fâcheux, pardonnant

1 Pachym., 1, 8, Andron., ©. 1.*

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de bon cœur à tous ceux qui m'ont persécuté ; car je sais. bien que quiconque connaît les commandements de Dieu et pense au jugement futur, ne peut garder une inimitié et prononcer des malédictions contre ceux qui l'ont offensé. J'avais donc tellement ôté de mon esprit toutes ces tristes pensées, que j'ai même vublié de reprendre l'écrit et de le supprimer. Mais, puisqu'il a été trouvé , je déclare que, dès ma renonciation au patriarcat, j'ai dépouillé tout ressenti. ment et tout désir de vengeance , et j'ai levé ces excommunications et toutes autres censures ; et, de plus, par ce présent écrit, j’accorde un plein pardon à tous ceux qui m'ont offensé et que j'ai frappés de quelque censure connue ou à connaître, et je veux garder avec tous la paix et la charité selon Dieu , sans aucune animosité ni ressentiment contre personne. La date est du mois de septembre 1297,

Six mois après, et à la fin du mois de mars 1298, mourut l’ancien patriarche Jean Veccus , la plus grande lumière qu'eût alors l'église grecque. Depuis plus de quinze ans qu'il avait quitté le siége de Constantinople, il avait toujours vécu en exil et en diverses prisons. Celle où il mourut était un château nommé de Saint-Grégoire. Il fit un testament où il dit : Plusieurs, mourant en exil et en prison, et n'ayant rien de quoi disposer, ne laissent pas de faire un testa. ment pour se justifier des crimes dont on les accuse. Je fais le mien, au contraire, pour confesser le crime pour lequel ;je suis persécuté, qui est de soutenir que le Saint-Esprit procède du Père par le Fik. Il s'étend ensuite sur la! preuve de ce dogme, et ajoute à la fin : Je n'ai à disposer ni d'argent ni d'héritages : on m'’a tout ôté avec mon siége ; mais le peu qui me reste dans ma pauvreté, je le laisse à par. tager à ceux qui sont demeurés avec moi dans ma prison, dont l'un me tient lieu de fils, l’autre de domestique. Il fut enterré sans cérémonie au lieu même où il était logé. Constantin Méliténiote, qui était enfermé avec lui, fut transféré à Constantinople et mis avec Georges Métochite, diacre de la grande église, autre disciple de Veccus; mais, comme ils ne pouvaient s’accorder avec les schismatiques au gré de l'empereur, on les enferma dans le grand palais. Jean Veccus a laissé grand nombre d’écrits, la plupart sur la procession du Saint-Esprit et l'union des églises 1.

À l’occasion de la retraite du patriarche Athanase, l'historien Nicéphore Grégoras fait les réflexions que voici : J'oubiiais presque de dire qu’autrefois l’Église ne manquait pas de personnages éclairés, qui, répandus dans les différents quartiers de Constantinople, expliquaient, à différents jours, les uns les psaumes du prophète David,

1 Pachym.,1, 3, Andron , c. 29. Allat. Consens., p. 163. Græcia orthod.,t.1.

41300 de l'èr

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11300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 203

les autres les épitres du grand Paul, d’autres les préceptes évangéliques du Sauveur. Tous ceux qui étaient revêtus de la dignité sacerdotale annonçaient la parole de Dieu dans les paroisses , portaient l'instruction dans le sein des familles et dans les maisons des particuliers. C'était quelque chose de divin dans la vie humaine ; c'était une voie certaine pour connaître la vérité et pratiquer la vertu ; c'était comme une irrigation continuelle des âmes par les eaux de la

| grunde fontaine de Dieu. Avec le temps, toutes ces choses ont dis-

paru; de nos jours, toutes les bonnes mœurs sont abolies et comme abimées dans les profondeurs de la mer. Ensuite, cette peste ayant gagné les autres églises , les âmes de toute la multitude chrétienne se trouvent jusqueaujourd’hui dans un désert aride, sans chemin et sans eau. Le mal en est venu à cet excès, que, pour une obole, on fait de part et d’autre les serments les plus horribles , des serments tels que la plume se refuse à. les écrire ; car la lumière de la raison et de la doctrine étant éteinte, tout se confond , le grand nombre croupit dans l’abrutissement, et nul n’est plus capable de connaître ce qui est utile et en quoi la piété diffère de l’impiété 1.

Voilà ce que l’historien grec rous apprend sur l'ignorance et la corruption du clergé et du peuple grecs , opposés à l’union avec l'Église romaine; ignorance, corruption générale et invétérée, à laquelle il.ne .voit pas de remède ; il en donne pour preuve les inutiles efforts du patriarche Athanase, dont le pontificat avait fait naître

| de si grandes espérances de réforme. Plus loin, il nous signalera une

des canses qui rendaient ce mal incurable : c'était la politique des empereurs grecs. Sur l'an 4320, il nous dira d’un nouveau patriarche, Gérasime, subrogé à un autre : C'était un homme à cheveux blancs, mais simple’ et presque entièrement sourd de vieillesse. Quant à la littérature grecque, il n'en avait pas goûté du bout du doigt. Mais c'était précisément cette ignorance et cette simplicité qui lerendaient propre à servir les bons plaisirs de l’empereur À car c’est pour cette raison que les empereurs choisissent de tels sujets pour les grandes places ; afin qu’ils soient maniablemént soumis à leurs ordres, comme des esclaves, et qu’ils ne leur résistent en rien?. Voilà ce que dit Nicéphore Grégoras.

Un échantillon de cette ignorance servile se voit dans celui-là même qui paraissait devoir y porter remède, le patriarche Athanase, quand il dit à l'empereur Andronic que Jésus-Christ l'avait chargé de gouverner l'Église comme l'empire, que c'était ainsi à lui à décider du sort des patriarches et des évêques. Il ignorait donc que ce n’est

1 Nicéph. Grégoras, 1, 6, c. 5. n.5et 6. — 2? Ibid., 1, 8, c. 2, n. 8.

je bâtirai mon Église, et les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle; et je te donnerai les clefs du royaume des cieux > et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux. Et encore : Pais mes agneaux, pais mes brebis. 11 ignorait donc ce que. dit le plus illustre patriarche de Constantinople, saint Jean-Chrysostôme : Que Pierre aurait pu, lui seul, élire un apôtre à la place de Judas, comme étant celui sous la main de qui tous les autres ont été placés ; car c'est à Pierre que le Christ a dit : Quand tu seras converti » affermis tes frères 1. Il ignorait donc ce que dit saint Grégoire de N ysse : C'est par Piérre que Jésus-Christ a donné aux évêques les clefs du royaume céleste 2, Il ignorait donc ce que disent les historiens grecs Sozomène, Socrate et autres, dès le quatrième siècle, que tout ce que le concile d'Antioche avait fait contre saint Athanase était nul , « parce que là règle ecclésiastique défend de rien décider, de s’assembler en concile, et de faire aucuns canons sans le consentement de l'évêque de Rome 8, »

Ainsi donc, dans le treizième siècle, toute cette kyrielle de patriar. ches grecs qui se succèdent sur le siége de Constantinople, suivant les caprices de l’empereur, comme des valets suivant les caprices de leur maître ; tous ces chefs du clergé grec ignorent ce que leurs plus Saints prédécesseurs, ce que leurs historiens les plus connus, ce que l'Évangile même dit de plus capital sur la constitution divine de l'Église et le pouvoir divin de son Chef établi par le Christ ! Ils igno. rent ce que leurs Pères ont cru; ils ignorent ce qu’ils croient eux. mêmes sur le Saint-Esprit ! Ils ignorent que Saint Épiphane, dans son Ancurat, dans son exposition de foi catholique, qui devait servir d’ancre aux fidèles au milieu des opinions flottarites de l'hérésie, répète jusqu’à huit et dix fois que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils, qu’il est du Père et du Fils, qu'il est, qu'il procède de l'un et de l’autre. Ils ignorent que cette proposition : Le Saint-Esprit procède du Père par le Fils, est l'expression commune de leurs Pères, et que, si elle est moins juste que l’autre, ce n’est pas une excuse pour eux de l'ignorer. Et c’est sur cette ignorance crasse ou affectée qu'ils rompent avec le centre de l’unité catholique, qu'ils refusent au successeur de saint Pierre l’obéissance qui lui est due par tous les

1 Homil. III, in act. agost., n.92,t. 9, p. 24 et sega. ‘édit. Bened. — 2 T. Ill, p. 814, édit. Paris, — 8 Socrat., 1, 2, c. 17 Sozom , L. 8, c. 10. Hist. Tripart., l.4, c. 9,

(Liv. LXXVE. — Dear

point à César ou à Hérode et leurs successeurs, mais à Pierre et } ses successeurs, que le Christ a dit : Tu es Pierre, et sur cette pierre

à 1300 de l'ère

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des tourbillons de flammes et de fumée s'élever du château de Bile-

à 1300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 20

Chrétiens, pour la prostituer servilement aux successeurs de Dioclétien et de Julien l’Apostat.

Mais déjà campaient dans l’Asie-Mineure les futurs exterminateurs du bas-empire de Constantinople, les terribles exécuteurs de la vengeance divine sur l’incurable perfidie des Grecs. L'empire des Seljoukides ou Turcomans d'Icône avait succombé sous les coups des Tartares ; une dizaine d'émirs ou généraux turcs s’en partagèrent les débris; la Bithynie et tout le pays qui est situé dans les environs du mont Olympe échurent à Othman, Osman ou Athman. Ce prince devint bientôt le plus redoutable de tous; insensiblement lui et son fils engloutirent la puissance des autres émirs et réunirent sur leur téte toutes leurs possessions. Othman est le chef de ces terribles Ottomans que nous verrons détruire l’empire des Grecs, et dont les descendants sont aujourd’hui si nonchalamment assis sur le trône croulant de Constantinople.

Ce chef avait voué aux Grecs une haine implacable, surtout depuis qu'ils avaient tenté de s'emparer de sa personne par trahison. Un Grec, gouverneur du château de Jarissar, voulant faire les noces de sa fille, y invita plusieurs seigneurs de sa nation et les plus distingués de ceux des Turcs qui résidaient dans le voisinage de son gouvernement. Il pressa surtout Othman de venir honorer la fête de sa présence. Othman, instruit du complot qu'il avait formé de profiter de cette occasion pour l'arrêter, se crut en droit d’opposer perfidie à perfidie. Il fit accroire au gouverneur Biledik, complice de celui de Jarissar et son futur gendre, qu’il craignait qus les autres Turcs, ses rivaux, ne vinssent, pendant qu'il assistera t à ses noces, attaquer Karahissar, lieu de sa résidence, et il finit par le prier de vouloir bien donner asile à ses femmes, et y recevoir avec elles ses effets les plus précieux. Le gouverneur de Biledik consentit avec empressement à une proposition qui paraissait s’accorder si bien avec ses projets. Il allait du même coup se défaire de ce redoutable guerrier et se mettre en possession de toutes ses richesses. Othman fit déguiser en femmes quarante jeunes gens déterminés, qui se couvrirent de longs voiles, suivant l'usage des Musulmans, et il les envoya au gouverneur de Biledik, avec une grande quantité de caisses qui ‘contenaient, disaiton, ses trésors, mais qui, en effet, n’étaient remplies que d'armes et de torches. Une plaine, située près du château de Biledik, avait été choisie pour être le théâtre de la fête. Othman s’y rendit avec un cortége peu nombreux; mais il avait fait cacher dans un bois voisin une troupe de cent hommes bien armés. Les convives étaient assemblés et commençaient déjà à se livrer à la joie, lorsqu'on vit tout à coup

dik, auquel les prétendues femmes du Musulman avaient mis le fou, Aussitôt le gouverneur, son beau-père, et tous les gens de leur suite quittent le festin pour aller éteindre l'incendie; au même instant, les soldats d'Othman sortent de leur embuscade, se précipitent sur les Grecs et les taillent en pièces. Après ce coup de main, Othman s rendit aisément maître et du château de Biledik et de celui de Jar. sar. La mariée tomba entre ses mains, etil la donna pour épouse à son fils Orkan. ‘On prétend qu'elle devint mère du sultan Amurath, qui institua la milice des Janissaires, composée d'esclaves chrétiens, qu'on élevait dès l'enfance dans les erreurs du mahométisme t,

Telles furent les premières noces que célébrèrent ensemble les Grecs R

et les Ottomans.

Tandis que Constantinople se séparait ainsi du vicaire de Jésus. Christ, du Siége de saint Pierre, du centre de l'humanité chrétienne pour devenir un jour la résidence du vicaire de Mahomet, la capitale de son empire antichrétien, la principale porte de l'enfer contre l'É. glise de Dieu ; dans ce temps-là même, à l'extrémité de l'Allemagne, sur les frontières des Slaves demi-barbares et des Grecs irremédiblement dégénérés, remplacés bientôt par les Tures et leur indomptable barbarie, la Providence formait une dynastie nouvelle et in peuple nouveau : la dynastie et le peuple d'Autriche, dynastie et population sincèrement chrétiennes, toujours unies au centre de l'Église catholique, et qui plus d'une fois serviront de boulevard à la chré. tienté contre les plus terribles assauts des Ottomans.

Autriche et Austrasie sont le même nom, en vieux allemand Ost-rich, et signifient royaume de l'Est. L’Austrasie franque, dont la capitale était Metz, s’étendait jusqu’à l'Autriche allemande, dont la capitale est Vienne. Des héros chrétiens tels que Charles-Martel Pepin le Bref, Charlemagne, Godefroy de Bouillon, sortent de l'Austrasie pour combattre la puissance antichrétiéenne de Mahomet, em France, en Espagne, en Palestine, des héros chrétiens sortiront de l’Austrasie et de l'Autriche, pour achever cette lutte sous les murs de Vienne et de Belgrade, et dans ::4 «aux de Lépante.

La première dynastie des murgraves et ducs d'Autriche, la maison de Babenberg, ou Bamberg, dont le plus illustre fut le margrave saint Léopold, s'était éteinte l'an 1268, dans la personne du duc Frédéric, de quila tête tomba à Naples sous la hache de l’exécuteur, avec celle de Conradin, dernier rejeton de la dynastie de Frédéric Barberousse, après avoir été vaincus: et faits prisonniers l'un €

1 Hist. du Bas-Empire, 1. 103, n. 25 et 26. Art de vérifier les dates. De Hammer. Hist. des Osmans ou Ottomans, t. 1, en allemand.

HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXVI. — De 1,

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à 1300 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 207

l'autre par Charles, roi de Sicile, frère de saint Louis de France. Les duchés d'Autriche, de Styrie et de Carniole, demeurés vacants, reveaient à l'empire ; mais, pendant bien des années, l'empire luimême n'eut point de chef universellement reconnu.

Dans cet interregne, le duc-roi de Bohême, Primislas-Ottocare II, s'empara de trois duchés, et s’en fit donner l'investiture, sans l'assentiment des princes, par Richard de Cornouailles, un des rois élus des Romains. Il refusa, dit-on, la couronne impériale en 1260 ; mais, en 1273, quand il la vit donnée à Rodolphe de Habsbourg, il futle.seul des électeurs à lui refuser sa voix et son rommage, Le nouveau roi des Romains confirma généralement tous les priviléges et les fiefs accordés par ses prédécesseurs, notamment par Frédérie IE, jusqu’à son excommunication et sa déposition. Mais en même temps, il avait soin de faire rentrer les biens de l'empire usurpés dans l'interrègne par certains seigneurs. Le comte palatin, Louis de Bavière, qui sous ce rapport était sans reproche, fut établi juge desautres.

Ottocare de Bohême fut cité à trois diètes successives, tant pour rendre son hommage au nouveau roi des Romains que pour restituer les trois duchés. Comme il ne satisfit point, il fut mis au ban de l'empire. Toutefois, Rodolphe lui laissa encore un an pour reconnaître et réparer sa faute. Ottocare, qui comptait sur ses forces et sur celles de son allié, le duc Henri de Bavière, ne craignait guère Rodolphe. Et, de fait, Rodolphe n'était pas bien riche. Un de ses amis lui ayant demandé vers ce temps où en était son trésor et qui est-ce qui devait le garder, il répondit : Je n’ai point de trésor, tout mon argent consiste en ces cinq mauvais schellings que voici. — Mais, reprit l’autre, avec quoi donc voulez-vous faire cette guerre ? — Dieu la fait avec moi, et moi pour lui ! fut la réponse de Rodolphe. — Ottocare s'attendait à le voir pénétrer par la Bohême, lorsque tout à coup il apprit qu'il avait traversé la Bavière soumise, qu’il était devant Vienne, près de s’en rendre maître, secondé par une armée de Hongrois. Ottocare, qui s'était raillé plus d'une fois de Rodolphe, se trouva prodigieusement confondu. Pendant trois jours, il ne sut quel parti prendre. A la fin, comme il lui revenait des nouvelles toujours plus fâcheuses, il envoya son vieux conseiller, l’évéque Brunon d’Olmulz, proposer la paix.

Elle se fit aux conditions suivantes. Le ban de l'empire sera levé, ainsi que l’excommunication portée par l'archevêque de Salzbourg. L'Autriche, la Styrie, la Carinthie, la Carniole sont restituées à l’empire. Le roi des Romains investira le roi Ottocare de tous les fiefs

208 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXVI. — De 12:ç

tous fiefs dans les pays cédés. Sa fille Cunigonde épousera le comte Hartman, fils du roi, qui donnera une de ses filles à V- teslas, fils d'Ottocare. Le roi de Hongrie, Ladislas III, encoree était compris dans la paix.

Le roi Ottocare de Bohême était un des souverains les plus riches et les plus magnifiques de son temps. Il vint à la prestation de l'hommage avec une escorte brillante. Les chevaliers de Rodolphe, en leur plus riche tenue, se présentaient sur deux rangs. Déjà l'on voyait le roi de Bohême, et Rodolphe avait encore son manteau gris, couleur de la maison de Lorraine, qu’il aimait à porter comme allié de cette maison. Le comte palatin s’approchant, lui dit : Sire! le Bohémien s'approche avec une grande suite, tout respléndissant d’or et de pierreries ; ne voudriez-vous pas mettre votre habit de

fête, pour l’effacer ? — Le roi répondit : Le seigneur Ottocare s'est |

souvent raillé de mon habit gris, aujourd’hui cet habit le confondra. Et, se tournant, il dit à un de ses secrétaires : Mets ton manteau sur mes épaules, afin que le roi de Bohême s'amuse bien de ma pauvreté. Et il s'assit ainsi, sur un siége de campagne, à la porte de Vienne, sur le bord de la grande route ; chacun connaissait sa taille extraordinaire, son grand nez aq'ilin, son manteau gris et son haut casque. Le roi Ottocare s’approcha, fit le serment que lui dicta le comte palatin, ploya le genou, et, en présence de ses plus grands ennemis, reçut les fiefs dont avaient ioui les rois de Bohême et les margraves de Moravie. Ils lui furent octroyés par Rodolphe, roi des Romains, toujours auguste, comte de Habsbourg et de Kybourg. Cela eut lieu le 25 novembre de l’année du salut 1976 1.

Cette paix fut rompue , et la guerre éclata de nouveau en 1278. Ottocare avait de puissants alliés , même parmi les princes de l'empire. Rodolphe ne voyait arriver que lentement ses troupes; à la fin lui arriva une armée considérable de Hongrois et Comans , avec le jeune roi de Hongrie, Ladislas. Les armées ennemies n'étaient séparées que d’une lieue. Dans la nuit du vingt-quatre au vingt-cinq août, des seigneurs de Bohême offrirent à Rodolphe de se défaire d'Ottocare, s’il voulait leur promettre de les laisser retourner tranquillement chez eux, et de ne pas se mêler du gouvernement de leur pays durant laiminorité de Venceslas. Quelques lettres allèrent jusqu'à lui offrir la couronne de Bohéme. Rodolphe avertit Ottocare d'être en garde contre la trahison. Ottocare se moqua de l’a:ertissement, et le prit pour une ruse de guerre. Cependant il fit renou-

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