‹ Histoire universelle de l'église catholique [microforme] (volume 5)Chapitre 43 sur 97 · VI. — De · texte numérisé non relu

VI. — De

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veler leur serment de fidélité à tous ses capitaines. Bien loin d’imiter la magnanimité de Rodolphe , Ottocare mit sa tête à prix, et deux chevaliers ayant pris l'engagement de tuer le roi des Romains, il leur prédit et leur souhaïta une longue postérité en récompense.

C'était le vingt-six août 1278. Un ruisseau bordé de saules séparait les deux armées. Rodolphe portait une armure commune. On lui avait conseillé de ne rien mettre d’extraordinaire , à cause du grand nombre de ceux qui étaient envoyés contre sa personne. Accompagné de l’évêque Henri de Bâle , il parcourut encore une fois les rangs, parlant à plusieurs, les exhortant tous, et leur montrant l'ennemi : Vous devez et pouvez battre ce parjure , car Dieu protége volontiers la bonne cause. Du reste, remettez-vous-en à son bon plaisir. L'évêque Henri célébra la messe solennelle ; toute l’armée se prépara à la mort. Le mot d'ordre fut Jésus-Christ ! le cri de guerre : Rome et l'empire romain à toujours ! Et quand les bataillons commencèrent à s’avancer lentement, l'évêque entonna le cantique de la bataille : Sainte Marie, mère et vierge, soyez sensible à tous nos besoins ! Un chevalier de Bâle éleva la voix si puissamment, que les deux armées l’entendirent. Un vassal de l’évêque ne put retenir son coursier, qui l’emporta dans les rangs ennemis. L'évêque s'écria qu’il fallait l’en tirer à coups d’épée; tous s’écrièrent après lui : En avant ! en‘avant! croyant que le signal était donné. Rodolphe fit aussitôt retentir les trompettes et les clairons.

On se battait déjà depuis plusieurs heures, quand, malgré la simplicité de son costume, Rodolphe fut reconnu à sa taille et à sa démarche. Un premier cavalier fond sur lui la lance baïssée ; le roi, d'un coup de la sienne, le renverse sans connaissance. D’autres arrivent, qui avaient promis de le tuer ; quelques-uns sont tués par les gardes du prince; mais enfin, de deux cavaliers ennemis, l’un transperce le cheval du roi et le renverse dans le ruisseau, l’autre lui pose un épieu à lui-même sur la gorge. Mais à l'instant un chevalier fidèle , Henri Walter de Saint-Gal, se met au-devant de son maître, détourne de lui l’épieu, et le relève. En même temps l’arrière-garde arrive comme un éclair, le commandant lui offrit son cheval. Ne vous inquiétez pas d’un seul homme, répondit Rodolphe, courez là, c'est là qu’il y a péril. La bataille devient plus acharnée : l’arrièregarde de Rodolphe fond tout droit sur les gardes du corps d’Ottocare. Ce dernier combattait en héros. Maïs ses troupes commencent à fuir. Il donne le signal à son arrière-garde d'avancer, il n’est pas obéi. Alors, voyant ia journée perdue, il se précipite au plus fort de la mêlée; ses troupes n'observent plus d'ordre; son fils Nicolas, qu'il protégeait de son épée, est fait prisonnier par deux Hongrois, qui

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l'emmènent aux pieds de leur jeune roi Ladislas » Contempiant l: bataille du haut d’une colline. O tocare se voit entouré de deux che. valiers allemands suivis des leurs, qui l’écartent avec quatre des siens du milieu de la mêlée. Deux des quatre sont tués, deux s'en. fuient. Les deux ennemis se précipitent sur le roi de Bohême, le renversent de cheval, et tombent sur lui à, coups d'épée , de massue et de poignard. Il leur promit de l'or en abondance. Menez-moi vivant et prisonnier à votre maître, vous vous en trouverez bien. Tout fut en vain. Ils lui répondirent : Souviens-toi d’un tel, et d’un tel! C'étaient deux piénipotentiaires qu'il avait fait mourir. Et ils l’achevèrent par dix-sept blessures. Quand ils le virent étendu mort, ils furent eux-mêmes épouvantés de leur action, et prirent la fuite,

La victoireétait décisive, mais sanglante : quatorze mille morts res-

taient sur la place. Rodolphe en écrivit aussitôt la nouvelle au pape Nicolas IIT, à l'archevêque de Salzbourg et au doge de Venise, I disait au premier : Nous croyons convenable d'informer votre Sainteté apostolique , quelle issue a eue la lutte que l'illustre roi de Bohême a soulevée contre nous et contre l'empire romain, après avoir violé méchamment le serment de fidélité et d'hommage qu'il avait prêté , lui, l’infatigable adversaire de l'empire , qui en voulait manifestement à notre bonheur et à notre vie. A la dernière Pentecôte, il s’avança avec son armée contre les terres de l'empire, le mit à feu et à sang, et emporta quelques châteaux et quelques villes. Par tant de crimes et d'’outrages, il nous a forcé d'employer la puissance du glaive que Dieu nous a donné, pour la défense de l'empire dont il avait sapé la base. Rodolphe fait un grand éloge de la valeur des deux armées. L'une et l’autre, dit-il, aspiraient tellement au triomphe, que chacun regardait comme une récompense et un devoir d’acheter la victoire par la mort , et de vaincre en mourant. La terre était tellement inondée de sang, que non-seulement les combattants, mais encore les spectateurs pouvaient prendre à dégoût la vie. Mais enfin notre‘armée l'emporta, non par sa propre force, mais par celle du Tout-Puissant.

Rodolphe termine sa lettre par faire de la bravoure de son adversaire le plus grand éloge. Quoique le roi vit ses bataillons dispersés et soi-même abandonné d'à peu près tous , il ne voulut pas néanmoins céder à nos enseignes victorieuses , mais il se défendit avec une veleur prodigieuse , avec une force et une bravoure de géant, jusqu’à ce que quelques-uns des nôtres l’eussent blessé mortellement et renversé avec son cheval, C’est seulement alors que ce brillant roi perdit la victoire avec la vie, non par la vertu de notre puissance, mais par la main du Très-Haut, qui décida notre cause dans sa mi-

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