Histoire universelle de l'église catholique [microforme]
DE 1605, MORT pu pape CLÉMENT VIII, PACIFICATION DE LA FRANCE, A 1650, PACIFICATION DE L’ALLEMAGNE PAR LE TRAITÉ DE WEST- PHALIE, ET A 1660, MORT DE SAINT VINCENT DE PAUL,
Le monde et l’Église pendant le dix-septième siècle, — Ce que c’est qu’un prêtre,
CE QUE C'EST QUE LE MONDE. — SOUFFRANCES DE L'ÉGLISE AU JAPON. ELLE ENVOIE DES MISSIONNAIRES SÉSUITES EN CHINE.
Qu'est-ce que le monde ? Un sénateur romain, le païen Tacite, a répondu : Corrompre et se laisser Corrompre, c'est ce qu'on appelle le
monde 1, En quoi l'historien des césars, sans qu’il s’en doute, n’est que l'écho de l'Évangile.
Le Sauveur du monde dit à ses
VOUS m'aimez, gardez mes commandements ; et je Drierai mon Père, et
, 3, Sur quoi un évêque français,
! Corrumpere et corrumpi, 14, 15-17,
seculum vocatur, Germania, n. 19, — 2 Joan.,
ON 6 Lo GA A re Be
2 HISTOINE UNIVERSELLE [Liv, LXXXVIL — De 1605
qui connaissait le monde et la cour , Bossuet, fait ce commentaire :
« C'est cet esprit qui est venu enflammer l'Église à l'amour de Jésus-Christ et à la pratique de ses préceptes... L'esprit de vérité : Quelle est la consolation de l'homme parmi les travaux et les erreurs, si ce n'est la vérité? L'esprit de vérité est donc notre véritable consolateur, en mettant la vérité à la place de la séduction du monde et de l'illusion de nos sens. — Que /e monde ne peut recevoir : Le monde est tout faux. Qu'est-ce que le monde, sinon la concupiscence
à 1650 de l'4
tribue une de s'élever force de ch et la man juger par | toutes ses & de droiture
reries ; 2 r de la chair, la concupiscence des yeux et l'orgueil de la vie 1? La con- que c'est le cupiscence de la chair nous livre à des plaisirs qui nous aveuglent. formes; éc La concupiscence des yeux, l'esprit de curiosité, nous mène à des ceux qu’on
connaissances, à des épreuves inv iles : on cherche toujours, et on ne trouve jamais, ou bien on trouve le mal. L'orgueil de la vie, qui dans les hommes du monde en fait tout le soutien, nous impose par de pompeuses vanités. Le faux est partout dans le monde, et l'esprit de vérité n’y peut entrer. On est pris par la vanité ; on ne peut ouvrir les yeux à la vérité. — Que le monde ne peut recevoir, parce qu'il ne le voit pas et ne le connaît pas; parce qu’il ne veut ni le voir ni le connaître ; il est livré, il est séduit. Le monde est tout dans la malignité ?, est tout plongé dans le mal. Le monde pense mal de tout ; il ne veut pas croire qu'il y ait de véritables vertus, parce qu'il n’en veut point avoir, ni qu’il y ait d'autres motifs des choses humaines que le plaisir et l'intérêt, ni qu'il y ait de bien solide que dans les choses corporelles. Jouissons, dit-il, des biens qui sont 3; tout le reste n’est qu'idée, imagination, pâture des esprits creux : tout ce qui est, c'est ce qu'on sent, c’est ce qu’on touche, c’est ce qui échappe continuellement des mains qui le serrent. Plus on serre les choses glissantes, plus elles échappent. La nature du monde est de glisser, de passer vite, d'aller en famée, en néant. Comment donc pourra-t-il connaître l'esprit de vérité? et comment pourra-t-il le recevoir? — Le monde ne peut pas le recevoir. Il y a l'esprit de vérité et l'esprit d'erreur. Qui est possédé de l’un ne peut pas recevoir l'autre. L'homme sensuel ne Peut pas entendre ce qui est de l'esprit de Dieu; ce lui est folie, et il ne peut pas l'entendre, parce qu’il le faut examiner par l'esprit # ; et son esprit est tout plongé dans les sens ; il fait quelque effort, et il ne le peut pas, et il retombe toujours dans son sens charnel 5. »
j Le même évêque dit de plus : « Le monde établit des maximes : elles ont toutes leur fondement sur nos inclinations COrrompues ; mais le monde leur donne une certaine autorité, ou plutôt leur at-
afin d'être :
dans l’histo exil. Voilà | pour la cou leur ambitic dans le sang un objet pl nation : Ut à une chimi Sur eux ets accable, con €0s omnis sa le comble au gement. Ain Il s'est laissé insensé a fait au-dessus de non encore c rité suprême Bossuet aj plus opposé sieurs, la par … reuse, chacun cipe et le cen!
{ humain y jeti Quant au c son nom est
1 Joan., 11, 50 de la Passion, t bice, t. 16, p. 9.
| 14 Joan., 2, 16. — 2 Ibid., 5, 19, — 3 Sap., 2, 6. — * 1 Cor., 2, 14. — 5 Bus- Suet, Médiations sur l'Évangile, 90e jour.
mentaire :
‘amour de de vérité :
es erreurs, table condu monde voir : Le Cupiscence ? La coniveuglent.
ène à des irs, et on la vie, qui npose par l'esprit de ouvrir les qu’il ne le 1i le conlignité 3, ilne veut eut point s que le es choses este n’est est, c'est ontinuellissantes, le passer onnaître Le monde ‘eur, Qui ensuel ne lie, et il rit ; et rt, et il 5,»
aximes :
mpues ; leur at-
— © Bos-
tribue une tyrannie contre laquelle les Chrétiens n'ont pas le courage de s'élever : ce sont comme des jugements arrêtés et qui passent en force de choses jugées. — Jésus-Christ veut condamner ces maximes, et la manière de les condamner est nouvelle et inouïe : il se laisse juger par le monde, et, par l'iniquité de ce jugement, il infirme toutes ses sentences, De là il se voit que le monde n’a pas le principe de droiture ; et c'est pourquoi ses jugements 4° sont pleins de bizarreries ; 2 n’ont point de stabilité ni de consistance. Mais vous direz que c'est le peuple emporté : voyons ce que le monde juge dans les formes; écoutons le jugement des Pontifes et le jugement de Pilate, ceux qu'on appelle les honnêtes gens. Pilate condamne un innocent, afin d'être ami de César : il s’est trompé ; sa disgrâce sera marquée dans l’histoire, et il y aura une tour qui deviendra fameuse par son exil. Voilà pourtant les honnêtes gens, ceux qui ont de grandes vues pour la cour et pour la fortune : ils ont mal jugé du Fils de Dieu , et leur ambition les a corrompus, pour leur faire tremper leurs mains dans le sang du juste, — Mais les prêtres et les Pontifes ont encore
un objet plus haut : ils songent à sauver l'État et l'autorité de la
nation : Ü£ non tota gens pereat 1; sur cela ils sacrifient Jésus-Christ à une chimère d'intérêt public.
Mais ce sang, qu'ils ont répandu, est sur eux et sur leurs enfants, selon leur parole : il les poursuit, il les
accable, comme Jésus-Christ le leur avait annoncé : {/{ veniat super €08 Omnis sanguis justus, qui effusus est Super terram ? : ils mettent le comble au crime et à la vengeance par le dernier trait de leur jugement. Ainsi, en jugeant Jésus-Christ, tout le monde s'est trompé. Il s’est laissé juger, et l’extravagance de ce jugement criminel et insensé a fait paraître que le monde ne sait pas juger. Jésus s’est mis au-dessus de tous les jugements humains, regardé commeun bomme, non encore comme Fils de Dieu ; et c’est ce qui lui donne une autorité suprême au-dessus de tous les jugements du monde 3, »
Bossuet ajoute enfin : « Si nous en croyons l'Évangile, rien de plus opposé que Jésus-Christ et le monde; et de ce monde, messieurs, la partie la plus éclatante et par conséquent la plus dangereuse, chacun sait assez que c’est la cour. Comme elle est le principe et le centre de toutes les affaires du monde, l'ennemi du genre humain y jette tous ses appâts, y étale toute sa pompe #, »
Quant au chef de cette Opposition à Jésus-Christ et à son Église, son nom est Satan, c’est-à-dire l’opposant, l'adversaire. Le Fils de
1Joan., 11, 50. — de la Passion, t, 13, bice, t. 16, p. 9.
2 Matth., 23, 35, — 53 Sermon pour le samedi de ia semaine D. 268, édit, de Versailles. — #* Panégyrique de saint Sul-
4 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVII. — De 1606
Dieu l'appelle Ze prince de ce monde 1, et l'Apôtre, avec plus d'énergie encore, le Dieu de ce siècle 1,
Écoutons le même évêque, parlant ainsi de la vérité et de l'Église à des personnes revenues de l'hérésie :
« Les hommes haïssent la vérité qui les reprend : ils ne veulent pas la connaître, de crainte qu'elle ne les juge; mais elle ne perd point son droit, et ils la perdent elle-même. Ceux qui nous reprennent nous signifient la sentence de Dieu contre nos vices. La loi qui est en Dieu la prononce ; les hommes qui nous reprennent la signifient ; la lumière de la conscience la veut mettre à exécution, — Deux moyens de connaître la vérité : premièrement, en elle-même ; secondement, par l'autorité, sur la foi d'autrui. Dans le premier, point de | soumission. C’est à Dieu seul de faire connaître la vérité en l’une et | l'autre manières, parce que « c’est lui qui éclaire tout homme venant | en ce monde : » Z{luminat omnem hominem venientem in hune mun-
dum 3. Il ne peut ni tromper ni être trompé. Quand les hommes attestent quelque point, leur témoignage ne produit qu'opinion et |
tent de son témoignage. Or, il est juste que Dieu soit adoré en ces È deux manières. La vérité qui se découvre et l'autorité qui fléchit M
est réservée pour l’autre vie; la foi et la soumission sont pour la terre. Il faut que la vérité soit découverte ; en attendant, pour s'y M préparer, que son autorité soit révérée. Vous perdez quelque chose ; du vôtre, le droit de juger, qui nous est si cher, que nous voulons 4 nous mêler de juger de tout, même des choses les plus cachées : et À
| capable de l'honorer, c’est-à-dire le sacrifice non-seulement des | | sens, mais de la raison même.
al « De l'Église. On cherche vainement dans la médecine un remède * | unique et universel qui remette tellement la nature dans sa véritable | constitution, qu'il soit capable de la guérir de toutes ses maladies. Ce qui ne se trouve pas dans la médecine se trouve dans la science sacrée. Elle fournit à chaque hérésie son remède particulier ; mais elle # prescrit aussi un remède général contre toutes les hérésies, dans l'a-
gion, qu'il renferme entièrement en lui-mêine la condamnation de toutes les erreurs, la détestation de tous les schismes, l’antidote de M" | tous les poisons, enfin la guérison infaillible de toutes les maladies. « Ce jour-là, mes très-chères sœurs, auquel Dieu vous ouvrant
| 1 Juan., 14, 30. - ? Éphés., 6, 12, — 3 Joan., 1, 9.
doute : au contraire, quand Dieu parle, la foi et la conviction résul- 4
doivent dominer la raison et la captiver. La vue claire de la vérité À fond : l'Églis
c'est là faire à Dieu le sacrifice qui lui est le plus agréable, le plus LA
| mour de l'Église, qui rétablit si heureusement le principe de la reli- A
1 à 1650 de l’àt 2 les yeux st … et vous in «+ rable que
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1 Act., 15, 98.
1, — De 1606 18 d'énergie
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à 1650 del'èrechr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE, 5
: { les yeux sur l'égarement de ve. voies, vous fit connaître son Église et vous inspira d'y rentrer, 4.1: doit être plus cher et plus mémo- © rable que votre propre naissance, plus cher même que votre bap- + lême. C’est la marque de son efficace, qu’il ne perde pas sa vertu, # même dans des mains sacriléges. Mais que sert le baptème sion n’en conserve pas la grâce et si l’on demeure séparé de l'Église ? La marque 2 de la milice dans les troupes est une marque d'honneur ; en un soldat fugitif, c'est le témoignage de sa désertion. Ainsi le büptême, qui est la marque de la milice chrétienne, dans l'Église est une marque d'honneur; dans le schisme, une conviction de la révolte, Plûüt à Dieu non-seulement rappeler à votre souvenir le jour que vous vous 1 êtes données à l'Église, mais encore renouveler votre première fer- À veur! Pour cela, je vous dirai ce que c’est que la sainte Église; je © vous montrerai d'abord ce qu'elle est à Jésus-Christ et à ses enfants, etje vous ferai voir ensuite ce qu'elle est en elle-même dans la société à de ses membres. Par le premier, vous apprendrez ce que nous lui © sommes ; par le second, comment et en quel esprit nous y devons … vivre.
4 «Qu'est-ce que l'Église? C'est l'assemblée des enfants de Dieu, "1 l'armée du Dieu vivant, son royaume, sa cité, son temple, son trône, | son sanctuaire, son tabernacle, Disons quelque chose de plus profond : l'Église, c’est Jésus-Christ; mais Jésus-Christ répandu et communiqué. — Jésus-Christ est à nous en deux manières : par sa foi, qu'il nous engage ; par son esprit, qu’il nous donne : les noms d'épouse et celui de corps sont destinés à représenter ces deux choses. — L'Église est mère et nourrice tout ensemble : mère, contre ceux qui disent qu'elle n'était plus lorsqu'ils ont paru dans le monde. Si # elle n'était plus, d'où sont-ils nés et qui les a engendrés à Jésus- 4 Christ? L'Église est aussi nourrice ; car elle a du lait pour nourrir © ses enfants et leur procurer l'accroissement dans la vie spirituelle.
1 « Manière de rechercher la vérité des hérétiques et des catho- : liques : ceux-là par l'esprit particulier. C’est ce qui les a divisés de k: l'Église ; c'est ce qui les divise entre eux. Cet esprit particulier, c’est 4 le glaive de division qu'ils ont pris en main pour se séparer de l'Église; par le mêmeils se sont divisés entre eux. Les catholiques cher-
| chent, au contraire, la vérité avec l'unité, parce qu’ils suivent l’autorité de l'Église : « Z{ a semblé bon au Saint-Esprit et à nous 1.— Pour 4 Ctre filles de l’Église, il faut aimer sa doctrine, aimer ses cérémonies; + rien à dédaigner quand on voit que le Saint-Esprit a admiré jusqu'aux
1 Act., 15, 98,
6 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXXVII. — De 1605
franges de son habit 1 ; que l'époux a été charmé même d'un de ses cheveux ?, Tout ce qui est dans l'Église respire un saint amour, qui blesse d’un pereil trait le cœur de l'époux. — Venez être membres vivants ; venez à l’épouse, soyez épouses. Venez à l'épouse par la foi, soyez épouses par l'amour. Les sociétés hérétiques se vantent d'être l'épouse ; mais écoutez les noms qu'elles portent : Zwingliens, Luthériens, Calvinistes. Ce n’est pas le nom de l'époux; ce sont des épouses infidèles qui, ayant quitté l'époux véritable, ont pris les noms de leurs adultères. Je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle 3, Renouvellement de toutes choses par l’Église : relation de toutes choses à l'Église et de l'Église à toutes choses. Hors de l'Église, la lumière éblouit; dans l’Église l'obscurité illumine, parce que Dieu, qui aveugle avec la lumière, éclaire, quand il lui plait, avec de la boue, Comme il fit à l'aveugle-né. »
Voilà donc, d’après l'illustre prélat français du dix-septième siècle, ce que c’est que l’Église et le monde, l'esprit de l’un et l'esprit de l'autre : nous en avons vu l'opposition et la lutte dans tous les siècles ; cettr lutte ne cessera point dans le dix-septième et les suivants. C'est même là le véritable secret de l’histoire.
Au concile de Trente, l'Église de Dieu avait expliqué et sanctionné la règle de la foi contre toutes les erreurs, la règle des mœurs et de la discipline contre tous les abus, non pour s’en tenir à une stérile spéculation, mais pour s’en faire une application pratique à ellemême, dans son chef et dans ses membres. L'Égiise romaine s’est si bien approprié et identifié les règlements du concile de Trente, que, depuis cette époque :lest devenu impossible, suivant l'historien protestant de la papauté pendant les seizième et dix-septième siècles, d'obtenir le pontificat suprême, ni de le conserver, sans une conduite qui réponde à la haute idée que le monde chrétien en a 5.
L’excellent pape Clément VIII, mort le 7 mars 1605, ent pour successeur Léon XI, auparavant cardinal de Florence. Il fut le quatrième Pape de la famille de Médicis. Né dans l’année 1333 ou 1536, nommé au baptême Alexandre-Octavien, il montra de bonne heure beaucoup d'inclination pour l'étude, pour la vertu et pour l'état ecclésiastique. Empêché par sa mère de suivre sa vocation, il s'engagea dans la milice séculière. Sa mère étant morte, il revint à son premier penchani, reçut la prêtrise, et vécut dans la retraite, occupé d’études et de prières. Cosme de Médicis, grand-duc de Toscane, l'envoya son ambassadeur auprès de Pie V. Grégoire XIII le nomme évêque de Pis-
1 Ps. 44, 45. — % Cant., 4, 9, — 3 Apoc., 21, 1. — # Bossuet, Pensées chrétiennes et morales, t. 15, D. 559-563. — 5 Ranke, t, 3, p. 292,
à 1650 de 1 toie, puis et estimé qui prédi temps. L’ auprès de fication d à Rome | grands ho lieues, ac Mayenne, chef de la de Condé ques, par furent enr de la mère vins entre Clément V l’ambassac ses Annale vernement roles du S cause de la prit le non C'était le 1:
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à 1650 de l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 7
toie, puis archevêque de Florence, enfin cardinal, Il était fort connu et estimé de saint Philippe de Néri et de sainte Madeleine de Pazzi, qui prédirent l’un et l’autre qu’il serait Pape, mais pour fort peu de temps. L'année 1596, il fut envoyé par Clément VIII légat en France, auprès de Henri IV, pour recevoir de la bouche de ce prince la ratification de toutes les promesses que ses ambassadeurs avaient faites à Rome lors de son absolution. Il fut reçu en France avec les plus grands honneurs. Le roi lui-même alla au-devant de lui jusqu’à huit lieues, accompagné d’une foule de princes, en particulier du duc de Mayenne, pour montrer avec quelle confiance il en usait avec l’ancien chef de la ligue. A l'approche de Paris, il fut reçu par le jeune prince de Condé et les autres seigneurs de France ; au faubourg Saint-Jacques, par le parlement et les autres corps de l'État. Toutes ses bulles furent enregistrées sans aucune clause ni réserve. Il reçut l'abjuration de la mère du prince de Condé. En 1598, il concilia la paix de Vervins entre la France et l'Espagne. Au conclave qui suivit la mort de Clément VIII, les voix se portaient sur le cardinal Baronius, lorsque l'ambassadeur d'Espagne jui donna l'exclusion, à cause que, dans ses Annales, il attaquait les prétentions du roi de Naples sur le gouvernement ecclésiastique de la Sicile. Baronius répondit par ces paroles du Sauveur : Bienheureux ceux qui souffrent persécution à cause de la justice. A sa place on élut le cardinal de Florence, qui prit le nom de Léon XI, en mémoire de Léon X, son grand-oncle. C'était le 1er avril 4605. A l'heure même qu'il fut couronné, son petit-neveu, Lélius, prenait l'habit de Carme déchaussé. Le nouveau Pape le voyant arriver à son audience pieds nus, en fut touché jusqu'aux larmes, et dit : Voici mon cardinal ! Ce fut en effet le seul qu'il créa ; car étant tombé malade avant la fin du mois, les cardinaux, les ambassadeurs le prièrent vainement de donner la pourpre à un neveu qu'il avait élevé lui-même, qu'il aimait beaucoup, et qui en était digne par sa inodestie. Il y a plus : son confesseur lui ayant parlé dans le même sens, il renvoya son confesseur, en prit un autre, et mourut saintement entre ses mains, à l’âge de soixante-dix ans, le 27me jour de son exaltation, vivement regretté de tout le monde 1, Il'eut pour successeur Paul V, qui, comnie autrefois le roi Saül, surpassait de la tête les autres hommes. Il se nommait Camille Borghèse, né à Rome, en 1552, d'Antoine Borghèse, émigré de Sienne à Rome, où il se distingua tellement par sa vertu et par la science du droit, qu’on l’appelait communément l'avocat, et que Paul III le
£onsultait souvent sur les affaires les plus graves. Son fils Camille
1 Spond, an. 1596, 1598 et 1665. Pallat. Gesta Pontif. Leo X1.
8 HISTOIRE UNIVERSELLE (Liv. LXXXVIL. — De 1605
suça la piété avec le lait ; il étudia la philosophie à Pérouse, et la jurisprudence à Padoue. Il eut toujours une si grande dévotion pour la mère de Dieu et pour la virginité, qu’on croit bien qu'il mourut vierge lui-même. Honoré de diverses fonctions sous Grégoire XIII, Sixte V, Urbain VII et Grégoire XIV, il s’en acquitta de manière à augmenter toujours la haute estime qu'on avait de son mérite. Clément VIII l’envoya son légat en Espagne, pour obtenir des secours à l'empereur Rodolphe contre les Turcs, et aux catholique de France contre les huguenots. Il y fut singulièrement aimé du prince royal, depuis Philippe III. Nommé cardinal en 1596, et vicaire de Rome, il reçut, en 1560, l’abjuration de cinquante hérétiques, entre lesquels Étienne Calvin, parent de l’hérésiarque, qui entra chez les Carmes déchaussés et y mourut saintement. Après la mort de Léon XI, les voix du conclave se portaient sur le cardinal Tosco de Mantoue, lorsque Baronius observa qu’il n’était point assez réservé dans ses paroles, et qu’il en employait quelquefois de peu éonvenables. Les voix se portèrent alors sur Baronius lui-même ; mais il résista de toutes ses forces. Enfin on élut à l'unanimité le cardinal Borghèse, qui ne s’y attendait guère, n'étant âgé que de cinquante-trois ans.
Paul V embellit Rome d’un grand nombre d’édifices, et acheva la basilique de Saint-Pierre. Ses aumônes étaient immenses ; il en fournissait de secrètes tous les mois pour nourrir les enfants trouvés, secourir les filles nubiles et les femmes honnêtes que la misère aurait pu exposer au déshonneur. Chaque année il distribuait un million d'écus d’or aux pèlerins pauvres, un million et demi aux autres nécessiteux. Il subvenait à la pénurie de ses sujets par du blé, des habits et de l’argent. Il retint dans la foi catholique les réfugiés d’Écosse, d'Angleterre et de l'Irlande, en leur assignant des revenus annuels. Il érigea un séminaire, sous le nom de Saint-Paul, dans le couvent des Carmes déchaussés, à Rome, pour la conversion des hérétiques ; il en convertit lui-même plusieurs par sa seule vue, Il ordonna, dans les coiléges des religieux, d'enseigner le grec, l’hébreu et l'arabe, pour procurer plus facilement le salut des infidèles. C’est pourquoi il tit graver des caractères chaldaïques, et imprimer un bré-
viaire chaldéen. Il envoya des livres, des missels, des calices, des or- ‘A
nements sacerdotaux aux Maronites du mont Liban, qui, en reconnaissance, lui érigèrent une statue dans leur église patriarcale. Il envoya des missionnaires aux Indes, à la Chine, en Perse, au Congo, et à d’autres régions lointaines. Il reçut les ambassadeurs d’un roi du Japon, du roi de Perse, du roi de Congo : l'ambassadeur de ce dernier, qui venait offrir son royaume au Siége apostolique, étant mort à Rome, Paul V, qui l'avait visité dans sa maladie et lui avait
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e, et la jution pour il mourut goire XIII, manière à érite. Clé- SECOUrS à de France nce royal, e Rome, il re lesquels es Carmes on XI, les Mantoue, ins ses pa- . Les voix de toutes e, qui ne acheva la il en fourtrouvés, ère aurait n million utres né- , des hagiés d’'É- Jenus an- 1, dans le n des héie, Il orl'hébreu les. C’est r un brés, des orn reconarcale. Il à Congo, d’un roi ur de ce 1e, étant lui avait
1650 dé l'ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 9
onné sa bénédiction, lui érigea un monument funèbre l'an 1608. Au commencement de son pontificat, comme le Jeudi-Saint il avait les pieds d’un certain nombre de pèlerins et les servait à table, il se trouva parmi eux des pèlerins d'Orient, infectés de diverses erreurs. De retour dans leur pays, ils parlèrent avec admiration de a piété et de la charité du Pape. Émerveillé et touché de leurs dis- “cours, le patriarohe de Babylone, nommé Élie, envoya aussitôt à Rome des nonces avec le recueil des lois chaldéennes, suppliant le Pape que, comme les Chaldéens s’avouaient soumis à l’ glise ro- “maine, il voulût bien expurger leurs lois de ce qu’il pouvait y avoir M'erreurs. Le Pape en donna la commission à pierre Strozzi et André
Justiniani, qui instruisirent si bien le nonce patriarcal, nommé Adam, archimandrite des moines Chaldéens, qu'il publia lui-même “de petits traités en langue vulgaire : De la primauté du Siége apo- “stolique ; de la Trinité ; de la génération éternelle du Verbe de Dieu ; We l'Incarnation, des deux volontés et des deux opérations en Jésus-
Christ ; de ceux qui sont en dissentiment avec l'Église romaine. Et es traités, Paul V ne les jugea pas indignes d’être joints à la profesion de foi et aux lettres pontificales. Le patriarche Élie assembla ans la ville d'Ahmed un concile où se tr es évêques, les moines,
u Pape ; tous les assist
siége apostolique, clause : Et s’il y a S envoyons, nous La lettre était souscrite du patriarche et
de cinq archevêques 1.
Il vint aussi des nonces de Melchisédech, patriarche d'Arménie. aul V les reçut avec bonté, recommanda au patriarche de mêler de eau avec le vin dans le saint sacrifice, de souscrire au concile de halcédoine, de professer la foi suivant le formulaire transmis en rabe, de lire assidñment les conciles, et dans les doutes consulter Église romaine, mère et maîtresse de toutes les églises. Il recomanda le même patriarche et tous les Chrétiens d'Arménie au roi de
Perse. De là s'établit entre le Pape et le patriarche une amitié si ntime, qu’après trois ans il y eut une nouvelle légation ?.
D'un autre côté, Paul V aida l'empereur Ferdinand U à dompter les hérétiques révoltés de Hongrie et de Bohême : à cet effet, il imposa des décimes pendant six ans au clergé de tout l'état ponti-
cal, pour servir de solde aux troupes, auxquelles il comptait, chaque née, trente mille écus d’or. Pour repousser la tyrannie des Turcs,
1 Pallat, Pau F, — 2 Ibid., Paul V, et Bzov., in Paul. F.