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à 1650 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 19
trouvé sans corruption. L'auteur de sa vie et les actes de sa cano-
plusieurs malades. Après sa mort, il s'opéra plusieurs miracles par « la vertu de son intercession. Turibe fut béatifié l'an 1679, par Inno- ! cent XI, et canonisé l'an 1726, par Benoît XIII 1.
Dans son épiscopat de vingt-cinq ou vingt-six ans, saint Turibe tint trois conciles provinciaux avec les évêques de cette partie de l’Amérique, et treize ou quatorze synodes diocésains avec les princi- { paux ecclésiastiques de son archevêché. Ces conciles et ces synodes * du Nouveau-Monde peuvent servir de modèle à l’ancien. Saint Tu- » ribe de Lima, comme saint Charles de Milan, s’y efforce d'appliquer * au clergé et au peuple les remèdes salutaires du concile de Trente, : et cela dans l'esprit du concile et avec l'approbation du Saint-Siége. Le concile œcuménique ordonne de tenir celui de la province tous . les trois ans, celui du diocèse chaque année : à cause de la grande . distance des lieux, le pape Grégoire XIII permit à saint Turibe de .ne tenir celui de son diocèse «ue tous les deux ans, et celui de sa ‘ province tous les sept ans. Dès l’an 1559, il y eut un premier concile : provincial à Lima, un second en 1567, où fut reçu le concile de , Trente : le premier sous saint Turibe est ainsi le troisième. Sa pre-
inière session eut lieu dans la cathédrale de Lima, le jour de l’As-
1 nisation rapportent que de son vivant il ressuscita un mort et guérit
can vtt
% somption de la sainte Vierge, quinze août 1582; la cinquième et der-
.uière, le dix-huit octobre 1583 : il dura ainsi plus de quatorze mois. © Dans la première session, il y eut, avec le sairt archevêque de Lima, ‘Antoine de Saint-Michel, évêque d'Impériali ; Sébastien Lartaun, ‘évêque de Cusco ; Diégo de Medellin, évêque de San-Yago de Chili; . Alphonse Guerra, évêque du Rio de la Plata. Dans l'intervalle de la première session à la seconde, arriva l’évêque de Quito, Pierre : Pegna, qui prit séance dans quelques congrégations, puis mourut de maladie et de vieillesse au mois de mars 1583. Dans le même temps arivèrent François Victoire, évêque de Tucuman, et Alphonse Granier de Avalos, évêque de Plata, qui assistèrent à la seconde session, ie quinze août 1583. L'évêque de Cusco mourut le neuf octobre de là même année,
Dans la première session, on lut le décret du concile œcuménique de Trente touchant la tenue des éonciles provinciaux; les évêques “rent leur profession de foi et écoutèrent les règlements du concile de Tolède sur la manière de se comporter en ces saintes assemblées. D: cette première session à la seconde, les Pères tinrent chaque jour deux congrégations dans le chapitre de la cathédrale, avec les dépu-
l'Endecrnsa
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tés des églises, les théologiens et les jurisconsultes les plus habiles : ? le vice-roi, Martin Henriquèz, y assistait souvent, mais il mourut au mois de mars 1583. En la seconde session, on lut quarante-quatre chapitres ou canons; la plupart se rapportent à l’instruction et au salut des Indiens, anciens habitants du pays, dont quelques-uns étaient encore sauvages. Le concile publia un catéchisme en leur langue, avec défense à leurs curés de les obliger à en prendre un autre. Il en ! fit même un abrégé, pour faciliter l'instruction des plus ignorants. Il recommande vivement aux curés les écoles des jeunes Ind': is, mais défend d’abuser de leurs services ou travaux, et en ce cas oblige à restitution. Il défend expressément de recevoir quoi que ce soit des Indiens pour l'administration des sacrements, même ce qui était d'u- | sage parmi les Espagnols. Il veut même qu’on leur donne quelquefois des confesseurs extracrdinaires, de peur qu'ils ne soient trop gê. | nés avec leurs pasteurs habituels!. Le concile a une tendresse de mère pour les Indiens, même pour les nègres esclaves. Il défend aux maîtres d'empêcher leurs esclaves noirs de contracter des riariages ou d’user de ceux qu'ils ont contractés, ni de séparer les époux en des lieux si divers, qu’ils ne puissent plus se revoir ou du moins de longtemps ; car la loi humaine de la servitude ne üoit point déroger à la loi naturelle du mariage ?.
Le dixième chapitre ou canon contient sur cette matière une décision importante, d'autant plus que, ayant été examinée à Rome, on n'y a rien trouvé à redire. Le concile : > demande : Que faut-il faire lorsque, de deux époux infidèles, l’un se convertit? Il répond : Quant à ceux qui étant déjà mariés, se convertissent à la foi, tandis que leur conjoint demeure encore infidèle, le précédent concile y a sagement pourvu en décrétant que : Si la partie infidèle montre une espérance prochaine de conversion, le Chrétien ne doit nullement passer à d’autres noces, ainsi qu’il a été défini par les saints canons, mais attendre à gagner son conjoint dans le Seigneur; s'il diffère sa conversion, sans toutefois être dangereux pour le conjoint déjà baptisé, en le dé. tournant de la foi ou en l’entrainent au péché (car, dans ce cas, les saints canons veulent absolument qu'on les sépare, et accordent al Chrétien la puissances de contracter un nouveau mariage), alors il) faudrait encore attendre six mois & l’exhorter fréquemment à se con? vertir. Mais comme il faut prévenir le péril du néophyte, en demetr} rant longtemps en la couche de l'infidèle, de perdre la foi du Christ | en voulant garder la foi à l’homme ; comme il faut en mème temps |
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[Liv. LXXXVII. — De 1605
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1 C. 3,4, 5, 6, 38, 48. D'Aguirre, Cuilectio maæ, Conc. omnium Hispanie {| : orbis, Bomip, 4788, 1, 6. = 3, 26
à 1650 de l’ère ct
pourvoir à sa | 4 nous ordonnon . que, qui, ayant * contracter un n 1 la charité qu’il ! tion, il ordonn:
s'il le croît utile ‘ saurait prescrir . versité des cire:
* pour tous les in!
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: session troisièm : des prêtres. On :curés des Indier *glomérés, ils au dans les mines, de cette espèce.
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vailler. Au chap:
Comme la vie ch exige des habitu et de l’homme, € animal, ensuite « ment à tous les € de metire tout en agrestes, ils s’ac exemple, qu'ils 1 rangés, mais lavé laiète de quelque Ja maison ils aier que les maisons n
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XXV
— De 1605
habiles :
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à 1650 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 81 pourvoir à sa liberté, de peur de forcer au célibat celui qui brûle,
nous ordonnons que, passé les six mois, l'affaire soit déférée à l'évé-
que, qui, ayant bien examiné la chose, déclarera au fidèle qu'il peut + contracter un nouveau mariage, à cause du scandale de la foi ou de Î la charité qu’il souffre; que s’il ne voit aucun péril dans la cohabita- ) tion, il ordonnera d'attendre l’infidèle, ou conseillera de cohabiter, : s'il le croït utile, suivant le conseil de l’apôtre saint Paul. Car on ne 2 saurait prescrire la même loi à tous les néophytes, à cause de la di- . versité des circonstances et parce que la position n’est pas la même pour tous les infidèles. C’est pourquoi, dans le doute, il faut, pour | éviter une grave erreur, consulter la prudence de l’évêque et décider, lorsqu'il y a lieu, suivant le chapitre du droit : Quanto, De divortiis.
Le dernier canon s'occupe de la fondation des séminaires, et Ia : session troisième, de la bonne vie et des obligations des évêques et : des prêtres. On défend tout négoce aux ecclésiastiques, surtout aux :curés des Indiens. Partout où il y a deux ou trois cents Indiens agglomérés, ils auront un propre prêtre, ainsi que ceux qui travaillent \dans les mines, dans les plantations de sucre et autres établissements ‘de cette espèce. La quatrième session s’occupe principalement de la - visite des paroisses, notamment de celles des Indiens, Il faut traiter ‘ceux-ci avec beaucoup de douceur, comme de petits enfants, ne les punir qu'avec une grande modération. Le concile donne partout l'exemple de cette tendresse maternelle : pour les fêtes d'obligation, il en impose beaucoup moins aux Indiens qu'aux }spagnols. Cepen- ‘dant, ajoute-t-il, si les Indiens en veulent fêter un plus grand nombre avec nous et s'y abstenir d'œuvre servile, il leur sera libre de le “faire par dévotion, et personne ne les forcera d'aucune manière à travailler. Au chapitre quatrième de la cinquième session, il est dit : Comme la vie chrétienne et divine qu’enseigne la foi de l'Évangile exige des habitudes qui ne soient pas indignes de la raison naturelle et de l'homme, et comme, suivant l’Apôtre, il y a d’abord ce qui est animal, ensuite ce qui est spirituel, nous recommandons extrême ment à tous les curés et aux autres que regarde le soin des Indiens, de metire tout en œuvre pour que, déposant les mœurs farouches et agrestes, ils s’accoutument aux institutions humaines et polies. Par exemple, qu'ils viennent daus Le: temples, non pas sales et mal arrangés, mais lavés, peignés et propres; que les femmes se couvrent liète de quelque voile, suivant la recommandation de l'Apôtre ; qu’à la maison ils aient des tables pour manger, des lits pour dormir ; que les maisons mêmes, par l'ordre, la propreté, la beauté, rappelent, non des étabies d'animaux, mais une habitation d’'h. “imes :
XXV
ainsi des autres choses semblables, qu’il faut réaliser, non avec nl violent et odieux empire, mais plutôt avec une sollicitude et une gra! vité paternelles. Enfin, est-il dit dans le cinquième et dernier cha.!
pitre ou canon, puisqu'il est d'expérience que la nation indienne .
attirée à la connaissance et à la vénération du Dieu suprême, au del
de ce qu'on peut dire, par les cérémonies extérieures et par la spler.| | deur du culte divin, les évêques auront grand soin, ainsi que les «| rés, que tout ce qui appartient au culte de Dieu se fasse avec toute l'attention et la majesté possibles. On n’y négligera nullement l'étude de la musique, soit pour former des chantres, soit pour l'emploi da! flûtes et autres instruments. Les évêques l’établiront dans l’ordre, de la manière et aux lieux qu'ils le jugeront opportun pour la gloire | + Dieu et le salut des âmes, ;
Les actes du concile de Lima ayant été envoyés au roi Philippe! le conseil d'Espagne n’y trouva rien à reprendre ; le roi envoya la! actes au pape Sixte-Quint, pour qu’ils fussent approuvés ou mod: fiés par l'autorité apostolique ; la congrégation des cardinaux pour! l'interprétation du concile de Trente y donna son approbation, apr! avoir modéré quelques sanctions pénales qui lui parurent trop sé: vères : le tout ayant été ainsi autorisé par le Saint-Siége, le roi d'Er pagne fit imprimer les actes à Madrid, et, le dix-huit septembre 1591 adressa une ordonnance au vice-roi du Pérou, qui rendait le concik civilement exécutoire dans tout le royaume.
Outre le grand et le petit catéchisme, les Pères du concile de Lim dressèrent encore plusieurs autres pièces, notamment des formula pour procéder à la visite des églises, des questions qu'il fallait faire, parmi lesquelles se trouvent les deux suivantes : Sait-on qu quelque clerc ait maltraité les Indiens, en les contraignant à quelqu chose qu’ils n'étaient pas obligés de faire, ou d’une autre manièr quelconque, ou en usant de leur service malgréeux et sans leur dorner le salaire convenable? Sait-on que quelque personne ait pri quelque chose des vaisseaux naufragés, ce qui est défendu, sou peine d’excommunication apostolique, dans la bulle Zn eœné Dr mini?? À la fin du catéchisme se trouvaient les priviléges accordé aux Indiens par les Papes. Par exemple, ils n'étaient obligés à jeûne! que les vendredis de carême, le Samedi-Saint et la veille de Noël. Er carème, ils pouvaient manger des mêmes viandes que ceux qui! avaient une bulle de la croisade. Ils pouvaient se marier dans k| troisième et le quatrième degré de consanguinité, et dans tous l&
temps de l’année, L'Indien converti, ayant plusieurs femmes, pouvai}
1 D'Aguirre,
(. £, p. 53 et seqq. —? Ibid., p, 58.
HISTOIRE UNIVERSELLE Liv, LAXXVIE = Der] 1
à 1650 de l'ère cl
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II, — De 161% À on avec un?
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1 à 1650 de l’ère chr.] DE L'EGLISE CATHOLIQUE, 83
« garder celle qui se convertissait la première, Leurs curés pouvaient les absoudre de tous les péchés, même de ceux réservés au Pape.
rent en Amérique, peuvent être initiés à tous les ordres, pourvu qu'ils sachent bien la langue indienne et qu'ils aient d'ailleurs toutes les qualités requises par le concile de Trente 1,
A la suite du second concile de Lima sous saint Turibe, en 1591, se trouve le coutumier ou cérémonial de cette église métropolitaine, publié par le saint archevêque. Il mérite d'être consulté; tout y est réglé avec détail, jusqu’au son des cloches, aux fonctions de l’organiste et des enfants de chœur. Vient ensuite un bref de Paul V, » donné le deux décembre 1605, qui accorde des indulgences à une ‘ très-aimable dévotion des Péruviens envers la sainte mère de Dieu. | Tous les samedis soir, Indiens et Espagnols s’assemblent à l'église, à ‘ la fin de complies, pour chanter ou entendre chanter le Salve, Regina, et les litanies de la sainte Vierge, litanies plus longues, plus variées + et, à notre avis, plus pieuses encore que celles de Lorette, Elles nous % ont paru si belles, que nous les mettons à la fin de ce volume. Voici | comme elles commencent : Ave, Maria : ora pro nobis. Ave, filia Dei » Patris : ora pro nobis. Ave, mater Dei filiè : ora pro nobis. Ave, sponsa 1 Spiritüs sancti : ora pro nobis, Ave, templum Trinitatis : ora pro nobis. Parmi les touchantes invocations, il y a les suivantes : Nourrice * du petit enfant : Mère des orphelins : Mère pieuse des mineurs, priez « pour nous ?!
+ Le troisième concile provincial de Lima fut célébré le deux avril . 1601. L'évêque du Paraguay s'était mis en route pour venir, lors- “qu'il mourut; l’évêque de Tucuman fut pris de la dyssenterie en
tnt ets DM 2 ES ls Gi
| chemin, et ne put arriver à Lima. Il n’y eut avec le saint archevêque
< que l’évêque de Quito, Louis Lopèz, et l'évêque de Panama, An- | toine Calderon. Ils renouvelèrent généralement les décrets des con- 4 ciles précédents, et envoyèrent à Rome une série de questions à . faire aux évêques nommés pour le Nouveau-Monde #, Dans les Sy- . nodes diocésains que saint Turibe tint régulièrement tous les deux ‘ans, suivant l’indult de Grégoire XIII, sa principale application fut de faire exécuter dans son vaste diocèse les règlements du concile ; œcuménique de Trente et des conciles provinciaux du Pérou. L'an 1585, fut célébré dans la ville de Mexique un concile proincial de tout le royaume, où l’on cite deux autres tenus antérieurement, mais qu'on ne connaît pas d’ailleurs. Celui de 1383 fut présidé par l'archevêque Pierre Moya de Contreras, qui était en
PP, Gi et 62, — 2 P, 419, = 3 P, 478.
84 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv.LXXXVII, — De 1605
même temps vice-roi du royaume et président du sénat. Outre le À
président, il s’y trouva six évêques : de Guatimala, de Méchoacan,
de Tlascala, de Yucatan, de la Nouvelle-Galice et d’Antequera. De |
tous les conciles provinciaux, c’est peut-être le plus remarquable qui se soit tenu dans l'Église, Ses décrets, divisés en cinq livres, chaque livre en plusieurs titres, suivis d’un recueil de statuts ecclésiastiques, forment un corps complet de droit canon, conforme au concile de Trente, et applicable aux besoins spirituels du Nouveau-Monde. Ap. prouvé à Rome le vingt-sept octobre 1589, il fut imprimé à Mexique l’an 1621, et se trouve dans le dernier tome de la collection de Labbe. L'esprit y est le même que dans les conciles du saint archevêque de Lima.
Tandis que les deux métropolitains du Nouveau-Monde lui donnaient ainsi les règles et l'exemple de la sainteté, la ville de Mexique admirait un saint homme, nommé Grégoire Lopèz, que tous ceux
ne en
qui ont pu le connaître ou lire sa vie représentent comme un pro- | dige de vertu, digne d’être canonisé. Lima, de son côté, admirait sa | sainte Rose, la première du Nouveau-Monde à qui l'Église ait dé-
cerné un culte public.
Elle était d'extraction espagnole, et naquit à Lima dans l’année 4586. Elle reçut au baptême le nom d'Isabelle, mais les couleurs dé. licates de son visage lui firent donner celui de Rose. Elle montra dès ses premières années une grande patience dans les souffrances et un aniour extraordinaire pour la mortification. Encore enfant, elle jeûnait trois jours de la semaine au pain et à l’eau, et ne vivait les autres jours que d'herbes et de racines mal ssaisonnées. Sainte Catherine de Sienne fut le modèle qu'elle se proposa dans ses exer cices. Elle avait en horreur tout ce qui était capable de la porter à l'orgueil et à la sensualité, et se faisait un instrument de pénitence de toutes les choses qui auraient pu communiquer à son âme le poison des vices. Les éloges que l'on donnait continuellement à s« beauté lui faisaient craindre de devenir pour les autres une occasion de chute; aussi, lorsqu'elle devait paraître en public, elle se frottait le visage et les mains avec l'écorce et la poudre du poivre des Indes, qui, par sa qualité corrosive, altérait la fraîcheur de sa peau. Elle triompha de l’amour-propre par une humilité profonde et par un renoncement parfait à sa propre volonté. Elle obéissait à ses parents
dans les plus petites choses, et tout le monde était étonné de la do!
cilité et de la patience qu’elle montrait dans tout ce qui lui arrivait,
Ses parents étant tombés d’un état d’opulence dans une grandk !
misère, elle entra dans la maison du trésorier Gonsalvo, et pourvit à : } : + fiinmé ‘1 +. Me males li à leurs besoins en travaillant presque nuit et jour. Mais, maigre ü
1650 de l’ère c
continuité de :
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Elle fut épro cutions de la pa resses, des ari . Dieu, qui ne pe:
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[. — De 1605
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1650 de l’ère chr.] DE L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 85
continuité de son travail, elle n'interrompit jamais le commerce intime qu'elle entretenait avec Dieu. Peut-être n’eût-elle pas pensé à changer d'état si ses amis ne l’eussent pressée de se marier. Pour se délivrer de leurs sollicitations et pour accomplir plus facilement le vœu qu'elle avait fait de rester vierge, elle entra chez les religieuses du tiers-ordre de Saint-Dominique. Son amour pour la solitude lui fit choisir une petite cellule écartée. Elle y pratiqua tout ce que la pénitence a de plus rigoureux. Elle portait sur sa tête un cercle garni en dedans de pointes aiguës, à l’imitation de la couronne d'épines que le Sauveur avait portée. Cet instrument de péuitence lui rappelait le mystère de la passion, qu’elle ne voulait jamais perdre
: de vue. À l'entendre parler d'elle-même, elle n'était qu'une misé-
| rable pécheresse qui ne méritait pas de respirer l’air, de voir la lu- : mière du jour et de marcher sur la terre : de là ce zèle à louer la
divine miséricorde, dont elle éprouvait si particulièrement les effets. Lorsqu'elle parlait de Dieu, elle était comme hors d'elle-même, e: le feu qui la brûlait intérieurement rejaillissait jusque sur son visage.
. C’est ce qu’on remarquait surtout quand elle était devant le Saint-
Sacrement, et qu’elle avait le bonheur de communier. Une ferveur
« aussi grande et aussi soutenue lui mérita plusieurs grâces extraor- * dinaires.
Elle fut éprouvée, pendant quinze ans, par de violentes persé-
| cutions de la part des personnes du dehors, ainsi que par des séche- . resses, des aridités et beaucoup d’autres peines intérieures. Mais
PS ur ls
| Dieu, qui ne permettait ces épreuves que pour perfectionner sa vertu,
la soutenait et la consolait par l’onction de sa grâce. Une maladie longue et douloureuse lui fournit une nouvelle occasion de pratiquer la patience. « Seigneur, disait-elle souvent alors, augmentez mes souffrances, pourvu qu'en même temps vous augmentiez votre amour dans mon cœur. » Enfin elle entra dans la bienheureuse éternité, le 24 août 1617, dans la trente-unième année de son âge. L'archevêque de Lima assista à ses funérailles ; le chapitre, le sénat
} et les compagnies de la ville se firent un honneur de porter tour à , tour son corps au tombeau. Plusieurs miracles opérés par son inter-
| cession ayant été examinés juridiquement par les commissaires » apostoliques et attestés par plus de cent témoins, Clément X la canonisa l'an 1671, et fixa sa fête au 30 d'août 1.
En 1610, la capitale du Pérou avait vu un autre saint personnage
. Passer de la terre au ciel. Saint François Solano naquit à Monsilia
en Andalousie, diocèse de zordoue, au mois de mars 1549. Son père
86 HISTOIRE UNIVERSELLE [Liv. LXXX VII, — De 1005
et sa mère, distingués par leur rang et leur piété, lui inspirèrent dès la première enfance la crainte et l'amour de Dieu. Il fit ses étude
chez les Jésuites, où il s’attira l'affection de tout le monde par modestie et sa douceur. Sa présence seule prévenait les jeux et les |
paroles déshonnètes. Il aimait tant la paix, qu’il s'empressait à concilier les querelles de ses condisciples. Un jour même, voyant deux hommes se battre en duel, il alla hardiment à eux, et leur dit avec une douceur extrême : Pour l'amour de Dieu! ne vous battez pas d'une manière si dangereuse ; car il n’y a personne pour vous récon: cilier, et certainement vous vous blesserez à mort. Touchés de cette remontrance ingénue, les deux hommes remirent l'épée dans le fourreau et se quittèrent en paix.
Les heures qui n'étaient point données à l'étude, le jeune François les employait à cultiver le jardin de son père, et il charmait ce
travail par le chant des cantiques. Pour croître en piété, non moins |
qu'en science, il fréquentait assidûment les sacrements de pénitence
et d’eucharistie. A l’âge de vingt ans, il entra chez les Franciscains |
de Monsilia. Les austérités du noviciat ne suflisaient point à sa fer.
veur. Sous ses vêtements ordinaires il portait un rude cilice, obser- |
vait un jeûne presque continuel, couchait sur des sarments, avec un bloc de bois pour oreiller, pendant l'Avent et le carême, et se donnait fréquemment la discipline jusqu'au sang. Après sa profession, il suivit les études de philosophie et de théologie. À mesure qu'il comprenait ces sciences, il les tournait en méditations, accompagnées de prières et de larmes, en sorte qu’il devint à la fois et plus savant et plus saint. Nommé maître des novices, puis supérieur d'un couvent, il instruisait et commandait plus d'exemple que de parole, Ayant obtenu d’abdiquer ces charges, il se donna tout entier au salut des âmes, prêchant avec beaucoup de foi, de charité et de fruit le pauvre peuple de la contrée. Quand il était envoyé à la quête, il assemblait autour de lui les petits enfants, et récitait avec eux les principales vérités de la doctrine chrétienne. La peste s étant déclarée dans le pays, François se dévoua au service des malades, et pour l'âme et pour le corps. Il leur apprenait à sanctifier leurs peines, et tâchait d’y porter remède. Ceux qui échappaient à la mort, il les habillait à neuf, et les reconduisait chez eux au chant des cantiques. Le religieux qui le secondait étant mort, François fit tout
seul l'office de deux. Il fut atteint lui-même; mais à peine rétabli, il |
retourna servir ses chers malades, jusqu’à ce que le fléau eût cessé.
Sa foi et sa charité obtinrent plus d’une guérison extraordinaire. Comme les populations reconnaissantes lui témoignaient une
grande estime et afection, l’humble François cherchait à s’y dérober,
“1 1650 de l'ère chr
21! demanda la p espérant y verse dans l’Amériq | vaisseau t ass Jun banc de sable tremède, engage:
‘loupe. François multitude ne po “ plaise ue, pour 2 frères que voilà « : éternelle ! Aussit ricorde divine. ( : intidèles, il les ir -conféra le bapt.
:rompit le navire ! “plupart des néol] laquelle se trou ‘était au comble crainte, le saint à mériter son se chaloupe revien( il leur prêcha la même l'exemple les épaules nues nuits entre la vie :çois n’y monta q “vire qui les ava | avaient éloigné 1 1 habit fut emporte * Quand les mis : Lima, François la province du . liser les peuplai : langues étaient : temps, moins pa | grâce de celui qi « gues nouvelles, ! langues en perfe * ci, dans les cor mais bientôt ils : Comme à la prer seule langue, il «
De 1605
spirèren es étude e par sa ux et les it à con-
ant deux |
dit avec attez pas 1S r'écon.
de cette dans le
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à sa fer.
>, obser- |
avec un se donofession, ure qu'il 1pagnées 1S Savant ‘un Cou- | parole ‘au salut : fruit le quête, il eux les tant délades, et er leurs la mort, les canfit tout
établi, il |
it cessé.
aire.
ont une lérober,
à 1650 de l'ère hr.) Di L'ÉGLISE CATHOLIQUE. 1
21! demanda la permission d'aller prêcher les Barbares de l'Afrique,
espérant y verser son sang pour la foi. Il obtint seulernent d'aller L dans l'Amérique méridionale en 1589. Sur les côtes du Pérou, le | vaisseau t assailli d'une furieuse tempête, qui le poussa contre dun banc de sable et y fit une voie d'eau Le pilote, n'y voyant pas de Jremède, engagea les principaux passagers à se sauver dans la chaloupe. François Solano était du nombre , Considérant que la mul ide ne pouvait en protite it haut : À Dieu ne | plaise ue, pour l'amour de la vie temporelle, je me sépare de mes frères que voilà et qui sont en péril et de la vie temporelle et de la vie éternelle ! Aussitôt, élev. : la croix, il les exhorta à implorer la misé- Lricorde divine. Comme cans le nombre il y avait des nègres encore » infidèles, il les instruisit en peu de mots de la foi chrétienne, et leur -conféra le baptême. Quelques moments après, un coup de vent Lrompit le navire en deux. La moitié, dans laquelle se trouvaient la plupart des néophytes, disparut dan: flots. L'autre moitié, dans laquelle se trouvait saint François, se mit à surnager. La terreur .était au comble parmi ses compagnons de naufrage: seul sans crainte, le saint homme les exhorte à mettre leur confiance en Dieu, à mériter son secours par la prière et la pénitence, assurant que la chaloupe reviendrait les prendre après trois jours. Dans l'intervalle, il leur prêcha la retraite sur le débris du navire, leur donnant luimême l'exemple de la pénitence en se frappant avec des cordes sur les épaules nues. Après qu’ils eurent ainsi passé trois jours et trois nuits entre la vie et la mort, ils virent apparaître la chaloupe. Fran- » çois n'y monta que le dernier, et aussitôt s’engloutit la partie du navire qui les avait sauvés pendant trois jours. Comme les vagues l'avaient éloigné la chaloupe, le saint homme la joignit à la nage ; son « habit fut emporté par les flots, mais il le retrouva à terre, sur le rivage. À Quand les missionnaires se furent un peu remis de leurs fatigues à | Lima, François Solano fut envoyé à plus de sept cents lieues, dans la province du Tucuman, autrement Rio de la Plata, pour évangé- . liser les peuplades errantes dans les forêts et les déserts. Leurs - langues étaient diverses et très-difficiles : il les apprit en peu de : temps, moins par les efforts de l'esprit et de la mémoire que par la « grâce de celui qui a dit : Ceux qui croiront en moi parleront des lan- « gues nouvelles. Car au bout de quinze jours il parlait une de ces | langues en perfection, de manière à surpasser les indigènes. Ceuxci, dans les commencements, attribuèrent ce prodige à la magie; mais bientôt ils remarquèrent quelque chose de plus merveilleux. } Comme à la première Pentecôte, tandis que le saint parlait dans une seule langue, il était compris dans toutes les autres.